Le Livre, tome I, p. 077-101

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 77.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 77 [101]. Source : Internet Archive.

II. Moyen âge

Arrivent les Barbares, Huns, Goths, Visigoths, Vandales, et l’empire romain s’écroule.

« Malheur à nos jours, parce que l’étude des Lettres périt au milieu de nous ! » s’écrie l’historien des Francs, Grégoire de Tours (539-593)[077.1]. « Et cependant, remarque, à propos de cette période de l’histoire, le savant helléniste et bibliographe Egger[077.2], on ne voit pas que l’amour des livres ait jamais disparu, même au milieu des plus terribles convulsions sociales et politiques. »

Les détails que nous donne, sur les bibliothèques de son pays et de son temps, un écrivain quelque peu antérieur à Grégoire de Tours, l’évêque de Clermont Sidoine Apollinaire (430-488), prouvent, en effet, qu’il y avait encore chez nous, à cette époque, et malgré ces agitations et ces troubles, des amis des livres et de l’étude. A en juger par les citations

[I.101.077]
  1.  « Væ diebus nostris, quia periit studium litterarum a nobis ! » (Histoire ecclésiastique des Francs, préface. Paris, Renouard, 1836. In-8.)  ↩
  2.  Histoire du livre, p. 268.  ↩

Le Livre, tome I, p. 078-102

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 78.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 78 [102]. Source : Internet Archive.

qu’on rencontre dans ses ouvrages, le savant évêque devait posséder une bibliothèque bien fournie en auteurs classiques. Il devait en être plus ou moins de même des bibliothèques qu’il mentionne, de celle de Loup, professeur à Agen et à Périgueux ; celle de Philagre, autre professeur ; celle de l’évêque de Limoges Rurice, pour qui Sidoine faisait copier des manuscrits de sa propre bibliothèque. Il nous parle surtout de la collection de livres que le préfet Tonance Ferréol avait rassemblée dans sa magnifique demeure de Prusiane, sur les bords de la rivière du Gardon, entre Nîmes et Clermont-de-Lodève. Cette collection, relativement très nombreuse, et que Sidoine, par une poétique et hyperbolique évocation, va jusqu’à comparer à la bibliothèque d’Alexandrie, se divisait en trois classes : la première à l’usage des femmes, la seconde destinée aux littérateurs de profession, et la troisième, composée d’ouvrages d’un intérêt plus général, au commun des lecteurs[078.1].

D’ailleurs, à ces Barbares devenus maîtres de l’Occident, il fallait des ministres pour les aider à gouverner, à établir et débrouiller leurs comptes ;

[I.102.078]
  1.  Cf. Diderot, Encyclopédie, art. Bibliothèque (Œuvres complètes, t. XIII, p. 461) ; Petit-Radel, Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes, pp. 39-40 ; Peignot, Manuel bibliographique, p. 50. Je relève dans Sainte-Beuve (Portraits contemporains, t. III, p. 381) un beau mot de Sidoine Apollinaire : « Legebat cum reverentia antiquos et sine invidia recentes ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 079-103

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 79.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 79 [103]. Source : Internet Archive.

et ces ministres, ils les choisirent forcement parmi les plus instruits de leurs nouveaux sujets. Ainsi le roi des Ostrogoths Théodoric (457-525), qui ne savait pas écrire[079.1], attira autour de lui les plus savants hommes de son temps, l’évêque de Pavie Eunodius, Boèce, l’auteur du traité De la Consolation, traducteur et commentateur d’Aristote, et l’historien philosophe Cassiodore (468-562), dont il fit son secrétaire et l’un de ses principaux dignitaires. Cassiodore finit par se retirer dans le monastère de Viviers, qu’il avait fondé près de sa ville natale Squillace, en Calabre ; il y organisa un vaste atelier de copistes pour la transcription des ouvrages anciens, et mérita le surnom de « Conservateur des livres de l’antiquité latine »[079.2].

A peu près dans ce même temps, le pape Hilaire (mort en 467) établit, à la basilique de Saint-Jean-de-Latran, deux bibliothèques, dont l’une devait être

[I.103.079]
  1.  « Théodoric n’ayant jamais pu apprendre à écrire son nom avait fait percer à jour, dans une mince lame d’or, les initiales Théod. ; lorsqu’il voulait signer, il posait sur le papier cette lame, promenait la plume dans les contours des lettres, et les traçait ainsi à travers la plaque métallique, au bas de l’acte où il devait apposer son nom. » (Écrivain anonyme du ve siècle, publié à la suite de l’Ammien Marcellin de Wagner, ap. Géraud, op. cit., p. 42.) « L’empereur Justin l’Ancien (450-527) signait de la même manière les quatre premières lettres de son nom ; mais il se servait d’une plaque en bois et d’un roseau, et il fallait encore que sa main fût conduite. » (Procope, ap. Géraud, ibid. ↩
  2.  Cf. Egger, op. cit., p. 303.  ↩

Le Livre, tome I, p. 080-104

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81 [105]. Source : Internet Archive.

affectée aux archives, affectation sanctionnée plus tard par le pape Grégoire le Grand (540-604). Cette bibliothèque de Saint-Jean-de-Latran, que le pape Nicolas V (1398-1455), passionné pour les lettres, fit transférer au Vatican et enrichit considérablement, est la plus ancienne des bibliothèques publiques de l’Europe moderne[080.1].

Néanmoins, durant ces premiers siècles du moyen âge, c’est surtout, c’est presque exclusivement dans les monastères que se réfugie l’amour des livres et de l’étude. Pas de couvent qui ne se piquât d’honneur d’avoir sa bibliothèque : « Monastère sans livres, place de guerre sans vivres, » disait un proverbe d’alors : Claustrum sine armario, quasi castrum sine armamentario[080.2]. La plupart des règles conven-

[I.104.080]
  1.  Cf. Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 148 et 190. La Grande Encyclopédie (art. Bibliothèque, p. 651) estime que « la première bibliothèque vraiment publique que l’Europe ait connue est la bibliothèque Ambrosienne, à Milan, fondée par le cardinal Borromée (1608) ».  ↩
  2.  Géraud, op. cit., p. 227. « La bibliothèque est le vrai trésor d’un monastère ; sans elle, il est comme une cuisine sans casseroles, une table sans mets, un puits sans eau, une rivière sans poissons, un manteau sans vêtements, un jardin sans fleurs, une bourse sans argent, une vigne sans raisins, une tour sans gardes, une maison sans meubles. Et, de même qu’on conserve soigneusement un bijou dans une cassette bien fermée, à l’abri de la poussière et de la rouille, de même la bibliothèque, suprême richesse du couvent, doit être attentivement défendue contre l’humidité, les rats et les vers. » (Thomas A Kempis, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 235-236. Paris, Claudin, 1877.) « Une abbaye n’était pas seulement un lieu de prière et de méditation, c’était encore un asile ouvert contre l’envahissement de la barbarie sous toutes ses formes. Ce refuge des livres et du savoir abritait des ateliers de tout genre, » etc. (Aug. Thierry, Essai sur l’histoire du Tiers État, p. 17. Paris, Furne, 1868. In-16.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 081-105

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81 [105]. Source : Internet Archive.

tuelles, celle de saint Benoît (480-543) notamment, prescrivaient l’enseignement et la pratique de la calligraphie et ordonnaient la transcription des manuscrits. En France, l’abbaye de Luxeuil, fondée par des moines irlandais, disciples de saint Colomban (540-615), « posséda une bibliothèque relativement riche, une école d’écrivains célèbres ; et ce furent ces écoles monastiques qui, en se répandant sur le monde chrétien, créèrent ce qu’on a appelé de nos jours les écritures nationales, dégénérescences de l’ancienne cursive romaine[081.1] ».

Mais « il ne faut pas s’y tromper, remarque Ludovic Lalanne[081.2] : la règle des couvents, comme toutes les lois en général, indique ce qui devait se faire, et non pas ce qui se faisait ; la prescription dont nous venons de parler n’était guère mieux observée que les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans les ordres religieux, qui eurent si souvent besoin d’être réformés[081.3] ». La religion chrétienne était même parfois considérée comme l’adversaire

[I.105.081]
  1.  La Grande Encyclopédie, art. Bibliothèque, p. 649.  ↩
  2.  Op. cit., pp. 31-32.  ↩
  3.  « Les bons religieux écrivent les livres, et les mauvais s’occupent d’autres choses, » déclare nettement le brave évêque Richard de Bury, dans son Philobiblion, chap. v, p. 49. (Paris, Aug. Aubry, 1856.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 082-106

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 82.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 82 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83 [107]. Source : Internet Archive.

obligé, l’ennemi déclaré et forcé, de l’antiquité grecque et latine. « Quelques conciles avaient défendu aux évêques de lire les livres des païens, et saint Grégoire reprit sévèrement Didier, évêque de Vienne, de ce qu’il enseignait la grammaire[082.1]. » Ce pape saint Grégoire, Grégoire le Grand, passe pour avoir livré aux flammes un grand nombre d’ouvrages anciens, Tite-Live, entre autres[082.2]. Au xiiie siècle encore, la règle des Dominicains s’opposait à ce qu’ils étudiassent les livres païens[082.3].

[I.106.082]
  1.  Abbé Fleury, Mœurs des chrétiens, IV, 4, p. 275. (Paris, Dezobry, 1853.)  ↩
  2.  Cf. Lalanne, op. cit., pp. 199-200. « Ajoutons, dit Lalanne en ce même endroit, que si ce pape n’a pas brûlé les auteurs de l’antiquité, on peut croire, d’après son mépris prononcé pour la littérature profane, qu’il était bien capable de le faire. » En effet, il se vantait « de ne pas éviter le désordre du barbarisme, de dédaigner d’observer les cas des prépositions ; car je regarderais comme une indignité de plier la parole divine sous les lois du grammairien Donat ». Apprenant que Didier, l’évêque de Vienne (Dauphiné), donnait des leçons de grammaire, il lui écrit : « On me rapporte une chose que je ne puis répéter sans honte ; on dit que Ta Fraternité explique la grammaire à quelques personnes. Nous sommes affligés… car les louanges de Jupiter ne peuvent tenir dans une seule et même bouche avec celles de Jésus-Christ. » (Cf. Demogeot, Histoire de la littérature française, p. 53 ; Bayle, Dictionnaire historique et critique, t. VII, pp. 225-226, Paris, Desoer, 1820 ; etc.) « II est rapporté dans la Vie de saint Jérôme qu’il fut battu de verges par un ange, qui lui reprochait, en le frappant, de lire avec plus d’ardeur Cicéron que l’Évangile. » (Lacordaire, ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 404.)  ↩
  3.  Cf. Cocheris, Introduction au Philobiblion, p. xliii : « Le règlement des Dominicains s’opposait à ce qu’ils étudiassent les livres païens : « In libris gentilium philosophorum non studeat, et si ad horam suscipiat seculares scientias, non addiscat, nec artes quas liberales vocant ». Cet article très explicite est suivi d’un autre, qui les invite à ne lire que les écrits théologiques : « sed tantum libros theologicos tam juvenes quam alii legant ». Etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 083-107

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83 [107]. Source : Internet Archive.

Le diacre saxon Alcuin (735-804), « l’homme le plus savant de son époque[083.1] » et « véritable bienfaiteur de l’esprit humain[083.2] », qui fut comme le précepteur de Charlemagne et son collaborateur dans son œuvre de renaissance littéraire, écrit une lettre « à l’Église d’Angleterre pour solliciter, en faveur de celle de Tours, un envoi de livres », copiés sur ceux qui se trouvent à la bibliothèque d’York, dont il avait été le premier bibliothécaire[083.3]. Il faut, en effet, maintenant, aux bibliothèques des monastères, ajouter ces bibliothèques d’églises, ces bibliothèques capitulaires, fondées surtout à partir du ixe siècle : tout chapitre comptant parmi ses dignitaires un écolâtre, ce maître avait besoin de livres pour enseigner Parmi les principales de ces bibliothèques, on cite en France celle (encore existante) de la cathédrale de Chartres, celles des cathédrales de Lyon, de Laon, de Reims, de Cambrai, de Rouen, de Clermont, etc. « On a même remarqué que les écoles capitulaires furent plus florissantes, mieux admi-

[I.107.083]
  1.  Éginhard, Vie de l’empereur Charles, Œuvres, trad. A. Teulet, p. 35. (Paris, Didot, 1856.)  ↩
  2.  Egger, op. cit., p. 269.  ↩
  3.  Petit-Radel, op. cit., p. 54.  ↩

Le Livre, tome I, p. 084-108

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84 [108]. Source : Internet Archive.

nistrées que celles de beaucoup de monastères, et les bibliothèques, réunies à leur intention, souvent mieux composées et plus riches[084.1]. »

Charlemagne (742-814), qui ne négligeait rien de ce qui concernait les livres, avait accordé à l’abbé de Saint-Bertin un diplôme l’autorisant à se procurer par la chasse les peaux nécessaires pour relier les volumes de son abbaye. Les soins qu’il prenait de sa propre bibliothèque sont consignés dans une lettre de Leidrard, qui nous apprend que cet empereur avait choisi le monastère de l’île Barbe, près de Lyon, pour y placer ses livres. Il avait aussi fondé une bibliothèque au monastère de Saint-Gall[084.2].

Éginhard (771-844), qui, en s’excusant « de présenter un livre au lecteur », a si modestement et gracieusement inscrit dans le « prologue » de sa Vie de l’empereur Charles, ce beau précepte de Cicéron : « Confier ses pensées à l’écriture sans être capable de les bien disposer, de les embellir ou d’y répandre un charme qui attire le lecteur, c’est abuser outre mesure de son loisir et des lettres[084.3], » — Éginhard nous donne d’intéressants détails sur les lectures de

[I.108.084]
  1.  La Grande Encyclopédie, art. Bibliothèque, p. 649.  ↩
  2.  Petit-Radel, op. cit., p. 59 ; Lalanne, op. cit., pp. 283 et 150.  ↩
  3.  « … Sed mandare quemquam literis cogitationes suas, qui eas nec disponere, nec illustrare possit, nec delectatione aliqua allicere lectorem ; hominis est, intemperanter abutentis otio et literis. » (Cicéron, Tusculanes, I, 3, Collect. Nisard, t. III, p. 622.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 085-109

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 85.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 85 [109]. Source : Internet Archive.

celui qu’il nomme « le plus illustre, le plus grand des hommes[085.1] » : « Pendant qu’il était à table, il aimait à entendre un récit ou une lecture, et c’étaient les histoires et les hauts faits des temps passés qu’on lui lisait d’ordinaire. Il prenait aussi grand plaisir aux ouvrages de saint Augustin, et principalement à celui qui a pour titre De la Cité de Dieu[085.2]. »

Dans le testament de Charlemagne, que publie Éginhard[085.3], on voit que les livres, « dont il (l’empereur) avait amassé dans sa bibliothèque une grande quantité », devaient être vendus, « et que l’argent qui en proviendrait serait distribué aux pauvres[085.4] ».

La correspondance d’Éginhard contient une fort

[I.109.085]
  1.  Prologue de la Vie de l’empereur Charles, p. xc, trad. A. Teulet.  ↩
  2.  Op. cit., p. 34.  ↩
  3.  Op. cit., p. 46.  ↩
  4.  Une note du traducteur Alexandre Teulet ajoute ici : « On n’a pas d’autres renseignements sur cette nombreuse bibliothèque réunie par Charlemagne. Cependant il est probable que, malgré la faculté qu’il laissa dans son testament, elle ne fut pas entièrement dispersée après sa mort, puisque nous retrouvons à la fin du ixe siècle une bibliothèque du Palais (libri in thesauro), dont Charles le Chauve, par le chapitre xii du capitulaire daté de Quierzy le 1er juillet 877 (dans Baluze, II, 264), ordonne le partage entre son fils, l’abbaye de Saint-Denis et l’abbaye de Sainte-Marie de Compiègne. Au reste, il semble que le goût des livres ait été héréditaire chez les Carlovingiens ; car la bibliothèque que Charlemagne augmenta sans doute de beaucoup avait été commencée par son père, Pépin le Bref, comme cela résulte de la lettre écrite à ce prince par le pape Paul Ier en 758 : Direximus etiam…. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 086-110

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 86.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 86 [110]. Source : Internet Archive.

belle lettre, adressée à son ami Loup de Ferrières, et relative aux lectures qu’il fait pour se consoler de la mort de sa femme : « … J’y serais tombé (dans le désespoir), si, avec l’aide et le soutien de la divine miséricorde, je ne m’étais aussitôt appliqué à rechercher quelle conduite, dans des peines et des malheurs semblables, des hommes plus grands et meilleurs que moi avaient su tenir et consacrer par leur noble exemple. J’avais sous la main les ouvrages de docteurs distingués, que, loin de négliger, nous devons écouter et suivre en toutes choses. C’étaient le glorieux martyr Cyprien et ces illustres interprétateurs des Écritures divines et sacrées, Augustin et Jérôme. Ranimé par leurs pensées et par leurs salutaires exhortations, je me suis efforcé de relever mon cœur abattu sous le poids du chagrin, et je me suis mis à réfléchir attentivement en moi-même sur les sentiments que je devais éprouver en voyant sortir de ce monde une compagne chérie, qui, en effet, avait cessé d’être mortelle plutôt qu’elle n’avait cessé de vivre…. Je le pense, — et en le disant je ne crains pas de me tromper, — la douleur et les tourments que m’a causés la perte de ma chère épouse dureront autant que moi et ne cesseront qu’au moment où arrivera le terme fatal des jours que Dieu voudra m’accorder pour cette vie passagère et misérable[086.1]…. »

[I.110.086]
  1.  Éginhard, Œuvres, Lettres, pp. 237-239.  ↩

Le Livre, tome I, p. 087-111

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87 [111]. Source : Internet Archive.

Le théologien grec et patriarche de Constantinople Photius (815-891), dont l’ambition provoqua le schisme qui sépare l’Église grecque de l’Église romaine, était aussi un très fervent amateur de livres. Il possédait une riche bibliothèque, dont il avait dressé lui-même un catalogue contenant non seulement des analyses détaillées, mais des extraits de ses livres, catalogue d’autant plus précieux pour nous, que beaucoup de ces ouvrages, près de cinq cents, ont disparu, et ne nous sont aujourd’hui connus que par les appréciations et les citations de Photius[087.1].

Le savant moine d’Aurillac Gerbert, qui devint pape, en 999, sous le nom de Sylvestre II, avait réussi, à force de peines et de soins, à se former une nombreuse bibliothèque. Dans sa correspondance, depuis son avènement à la papauté, il est sans cesse question de livres et des sommes d’argent qu’il destine à rechercher et acquérir des manuscrits dans toute l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, et aussi des copies à faire et des corrections de textes à effectuer[087.2].

« Deux obstacles principaux empêchaient, à cette époque, au xe siècle, constate très justement Petit-Radel[087.3], les livres de devenir communs et d’accélé-

[I.111.087]
  1.  Egger, op. cit., pp. 270-271.  ↩
  2.  Lalanne, op. cit., p. 155 ; Petit-Radel, op. cit., p. 82.  ↩
  3.  Op. cit., p. 105.  ↩

Le Livre, tome I, p. 088-112

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88 [112]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89 [113]. Source : Internet Archive.

rer les progrès de l’instruction générale. Le premier dérivait des langues savantes, dont la connaissance était rare ailleurs que dans les cloîtres, et qui tombaient en désuétude encore par la concurrence et l’usage naissant de notre langue vulgaire. L’autre était le prix excessif des manuscrits qui se trouvaient par hasard mis en vente.

« Quel homme, en effet, ne jouissant que d’une fortune médiocre, aurait pu penser alors à se former une bibliothèque nombreuse, lorsqu’il était si peu commun de savoir écrire, et qu’un seul manuscrit des Homélies d’Aimon d’Halberstadt fut acheté au xe siècle, ou plutôt échangé, par une comtesse d’Anjou, contre deux cents brebis, trois muids de grain et nombre de peaux de martre ?

« La cherté des livres en fit naître le commerce au xie siècle ; c’est l’époque à laquelle on peut juger qu’il commença en France à s’en former des magasins[088.1]. Un procès que Pierre de Blois fut obligé d’in-

[I.112.088]
  1.  Sur le « Prix des livres dans l’antiquité et au moyen âge », voir, dans les Curiosités bibliographiques de Ludovic Lalanne, pp. 130-138, un chapitre consacré à cette question. On y lit, entre autres exemples intéressants, qu’en 1394 Louis d’Orléans acheta un bréviaire en un seul volume, moyennant 40 écus d’or ; qu’un autre bréviaire à l’usage de Paris, en deux grands volumes couverts de cuir blanc, fut acheté par le même prince, en 1397, pour 200 francs d’or…. Au milieu du xve siècle, le cardinal Jacques Piccolomini ayant prié le Florentin Donat Acciaioli de lui acheter un Josèphe, Acciaioli n’osa faire l’acquisition de cet ouvrage à cause de son prix élevé ; mais il offrit au cardinal trois volumes de Plutarque pour 80 écus d’or, et les Épîtres de Sénèque pour 16. On trouve, au livre V des Épîtres d’Antoine Panormita ou de Palerme (1394-1471), une lettre adressée par ce savant au roi de Naples Alphonse V (….-1458), qui prouve bien tout l’amour et le culte qu’Antoine Panormita — un des plus célèbres littérateurs de son temps — avait voués aux livres : « Vous m’avez fait savoir dernièrement de Florence qu’il y avait à vendre, pour 120 écus d’or, les œuvres de Tite-Live, en beaux caractères. Je supplie donc Votre Majesté d’acheter en mon nom et de me faire envoyer cet historien que nous avons coutume d’appeler le roi des livres. Pendant ce temps, je me procurerai l’argent nécessaire pour rembourser le prix de l’ouvrage. Mais je désire bien savoir de vous qui a le mieux agi de Pogge ou de moi. Celui-ci, pour acheter une villa à Florence, a vendu un Tite-Live qu’il avait magnifiquement transcrit de sa main, et moi, j’ai mis en vente une terre pour acheter Tite-Live…. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 089-113

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89 [113]. Source : Internet Archive.

tenter contre un libraire de Paris nous en instruit, et nous apprenons, de la lettre écrite à un abbé de Beaugency, qu’il fut vendu à Caen une bibliothèque entière vers l’an 1170. »

Saint Louis (1226-1270) s’appliqua, comme Charlemagne, à fonder des écoles et à accroître le nombre des livres. Il avait même conçu l’idée de réunir, en un lieu accessible à tous, des copies des divers manuscrits existant en France, et ce projet de bibliothèque publique, dont la mise à exécution fut seulement tentée, et qui eût exercé une si grande influence sur les progrès de la civilisation, il l’avait emprunté aux Orientaux.

« Ayant entendu parler, lorsqu’il était encore dans les pays d’outre-mer, — raconte son aumônier et

Le Livre, tome I, p. 090-114

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [114]. Source : Internet Archive.

confesseur Geoffroi de Beaulieu[090.1], — d’un grand soudan des Sarrasins, qui faisait soigneusement rechercher, transcrire à ses frais, et placer dans une bibliothèque les livres de toute espèce pouvant être utiles aux savants de son pays, et qui les mettait à leur disposition toutes les fois qu’ils en avaient besoin, le pieux roi résolut de faire copier à ses frais, dès qu’il serait de retour en France, tous les livres utiles et authentiques des saintes Écritures qu’il pourrait trouver dans les différentes abbayes, afin que lui et ceux de ses sujets qui étaient lettrés et religieux pussent y étudier, pour leur utilité particulière et pour l’édification de leur prochain. Ce qu’il avait résolu, il l’exécuta quand il fut de retour. Il fit, en effet, préparer un local convenable et sûr, à Paris, dans le trésor de sa chapelle, et y réunit de nombreux textes de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Grégoire et des autres docteurs orthodoxes. Il allait y étudier lui-même, quand il en avait le temps, et accordait volontiers aux autres la permission d’y étudier avec lui. Il aimait mieux faire copier les livres que de les acheter, parce que, disait-il, il augmentait ainsi le nombre des exemplaires des saintes Écritures, et les rendait plus utiles…. Quand il étudiait dans ses livres, et que quelques-uns de ses serviteurs qui n’étaient point lettrés se trouvaient présents, il leur traduisait

[I.114.090]
  1.  Ap. Lalanne, op. cit., pp. 160-161.  ↩

Le Livre, tome I, p. 091-115

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [115]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92 [116]. Source : Internet Archive.

du latin en français les passages qu’ils ne comprenaient pas. »

Malheureusement, cet essai de bibliothèque publique n’eut pas de suite : « par une étrange aberration, le saint roi détruisit lui-même l’avenir que se pouvait promettre une si sage institution, en dispersant ses livres et en les distribuant par testament entre divers monastères[091.1] ».

Saint Louis n’aimait pas à lire ni à entendre lire en mangeant ou au sortir de table[091.2]. « Il n’est si bon livre, disait-il à ses chapelains, qui vaille après manger une causerie[091.3]. »

[I.115.091]
  1.  Géraud, op. cit., p. 228.  ↩
  2.  « …. Il (saint Louis) avoit la bible glosée, et originaux de saint Augustin et d’autres sainz, et autres livres de la sainte escripture, esquex il lisoit et fesoit lire moult de foiz devant lui el tens dentre disner et heure de dormir, cest a savoir, quant il dormoit de jour ; mès pou li advenoit que il dormist a tele heure…. Chascun jour… il sen raloit en sa chambre ; et adoncques estoit alumee une chandelle de certaine longueur, cest a savoir de trois piez ou environ ; et endementieres que ele duroit, il lisoit en la bible ou en un autre saint livre ; et quant la chandele estoit vers la fin, un de ses chapelains estoit apelé, et lors il disoit complie avecques lui. » (Vie de saint Louis, par le Confesseur de la reine Marguerite, dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 79. Paris, Imprimerie royale, 1840.)  ↩
  3.  Cité par Ph. de Grandlieu (Léon Lavedan) dans le Figaro du 26 août 1879, p. 1, col. 2. Je n’ai pu trouver la source originale de ce mot. — Je rejette en note, et dans les termes mêmes où je les trouve, les menus propos suivants, dont le contrôle ne m’a pas été non plus possible et qui peuvent être sujets à caution : « Un des courtisans du roi Alphonse V dit le Sage s’avisa de soutenir en sa présence qu’il avait lu dans l’histoire qu’un certain roi d’Espagne disait que « la science ne convient nullement aux gens distingués par leur rang ou par leurs richesses. — Vous vous trompez, répondit Alphonse, ce n’est pas un roi qui l’a dit : c’est un bœuf ou un âne. » (Jean Darche, Essai sur la lecture, p. 30.) S’agit-il ici d’Alphonse V le Magnanime, appelé aussi le Sage (cf. Larousse, Petit Dictionnaire complet illustré, 134e édit., p. 862 ; ni le Grand Dictionnaire de Larousse, ni Michaud, ni Hœfer, etc., ne mentionnent ce surnom de « le Sage » appliqué à ce souverain), roi d’Aragon, de Naples et de Sicile (….-1458), dont il a été question tout à l’heure (p.  89, note) ; ou bien d’Alphonse X (et non V), également surnommé le Sage, (et Sabio, le Savant), roi de Castille et de Léon (1226-1284), à qui l’on attribue cet aveu, dépouillé de modestie, mais rempli d’excellentes intentions : « Si le Père éternel avait daigné me consulter quand il a créé le monde, je lui aurais certainement donné quelques bons conseils, et, à nous deux, nous aurions fait mieux que ce qu’il a fait tout seul » ? (Cf. Michaud, Biographie universelle ; Hœfer, Nouvelle Biographie ; etc.) Un autre Alphonse, roi d’Aragon (sans autre indication), « disait qu’entre toutes les choses que les hommes recherchent pendant leur vie, il n’y a rien de meilleur que d’avoir « de vieux bois pour brûler, de vieux vin pour boire, de vieux amis pour la société (pour causer), et de vieux livres pour lire. » (Un Libraire [P. Chaillot jeune), Manuel du libraire, du bibliothécaire…, p. 155.) Walter Scott (l’Antiquaire, chap. vi, p. 40 ; trad. Albert Montémont) attribue ce mot « au roi Alphonse de Castille », sans préciser non plus davantage, et comme s’il n’y avait eu qu’un seul roi de Castille du nom d’Alphonse. Selon M. Fertiault (les Amoureux du livre, p. 171), cette sentence, apologie du vieux bois, du vieux vin, des vieux amis et des vieux livres, émane d’ « Alphonse le Sage, roi d’Aragon ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 092-116

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92 [116]. Source : Internet Archive.

Dans un célèbre poème de cette même époque, du xiiie siècle, le Roman de Renart, je recueille ces deux vers[092.1], flétrissure infligée à tous les ignorants et à tous les ennemis du livre :

[I.116.092]
  1.  Vers 39-40.  ↩

Le Livre, tome I, p. 093-117

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94 [118]. Source : Internet Archive.

A desenor muert à bon droit
Qui n’aime livre ne ne croit.

« Celui-là meurt à bon droit déshonoré, qui n’aime livre ni ne croit. »

Durant la première moitié du xive siècle, fut composé un opuscule latin Philobiblion, Tractatus pulcherrimus de amore librorum[093.1], tout entier consacré à la louange du livre, et qu’on peut considérer comme le plus ancien ouvrage de bibliophilie que nous ait légué le moyen âge[093.2] Ce petit livre est d’une importance capitale dans le sujet qui nous occupe. L’auteur, Richard de Bury (1287-1345), avait été successivement évêque de Durham, grand chancelier et trésorier d’Angleterre, et il fut le fondateur de la bibliothèque d’Oxford, la seconde des bibliothèques ouvertes au public, la première étant, comme nous l’avons vu, celle du Vatican[093.3]. C’est peu de temps avant sa mort, survenue le 14 avril 1345, que Richard de Bury termina son Philobiblion, dont plusieurs copies ne tardèrent pas à se répandre, et qui fut imprimé pour la première fois en 1473[093.4]. « Les livres, écrit le judicieux évêque[093.5], ce sont des

[I.117.093]
  1.  Hippolyte Cocheris en a donné une excellente édition avec traduction (Paris, Aug. Aubry, 1856. In-16).  ↩
  2.  Cf. Lalanne, op. cit., p. 186.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 80.  ↩
  4.  Cf. Cocheris, op. cit., Introduction, pp. xv et xxii ↩
  5.  Philobiblion, chap. i, pp. 16-17 et 207 : « Hi sunt magistri, qui nos instruunt sine virgis et ferula, sine verbis et cholera, sine pannis et pecunia. Si accedis, non dormiunt ; si inquirens interrogas, non se abscondunt ; non remurmurant, si oberres ; cachinnos nesciunt, si ignores. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 094-118

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94 [118]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95 [119]. Source : Internet Archive.

maîtres qui nous instruisent sans verges et sans férule, sans cris et sans colère, sans costume (d’apparat) et sans argent. Si on les approche, on ne les trouve point endormis ; si on les interroge, ils ne dissimulent point leurs idées ; si l’on se trompe, ils ne murmurent pas ; si l’on commet une bévue, ils ne connaissent point la moquerie. » Et il continue : « O livres, qui possédez seuls la liberté, qui seuls en faites jouir les autres, qui donnez à tous ceux qui vous demandent, et qui affranchissez tous ceux qui vous ont voué un culte fidèle, que de milliers de choses ne recommandez-vous pas allégoriquement aux savants, par le moyen de l’Écriture, inspirée d’une grâce céleste[094.1] ! »

[I.118.094]
  1.  A cet endroit (page 17), Cocheris reproduit en note une « litanie bibliographique » latine, composée, ajoute-t-il, « dans le même esprit que tout ce qui précède. Elle a été publiée par Chasseneux, dans son Catalogus Gloriæ mundi, 1639, in-folio (p. 586, part. 12, Consid. 73) ; par Selden, dans son ouvrage sur l’usage et l’abus des livres (Amsterdam, 1688, petit in-8, p. 48) ; et par M. G. D., dans le Bulletin du bibliophile (année 1839, p. 547 et suiv.), qui l’a fait suivre d’une traduction à laquelle je renvoie les lecteurs. » Peignot, dans son Manuel du bibliophile (Discours préliminaire, t. I, p. xxxv, note 1), a aussi reproduit cette litanie, mais sa version diffère très sensiblement de celle de Cocheris ; il l’emprunte au Polyhistor de Morhof, livre I, chap. iii, — dont la première édition (1688-1692) est postérieure de près d’un demi-siècle à celle de l’ouvrage de Chasseneux mentionné plus haut, — et il l’attribue à Lucas de Penne, sans nous dire quel est ce personnage, dont le nom ne figure ni dans la Biographie universelle de Michaud, ni dans celle du Dr Hœfer, ni dans celle de Rabbe, ni dans le Dictionnaire de la Conversation, ni dans Larousse, ni dans la Grande Encyclopédie. Pour abréger, je n’insérerai ici qu’une des versions de cette « litanie bibliographique », la version donnée par Peignot, qui est moins longue et plus simple que l’autre :

     « Liber est lumen cordis, speculum corporis, virtutum magister, vitiorum depulsor, corona prudentium, comes itineris, domesticus amicus, congerro jacentis, collega et consiliarius præsidentis, myrothecium eloquentiæ, hortus plenus fructibus, pratum floribus distinctum, memoriæ penus, vita recordationis ; vocatus properat, jussus festinat, semper præsto est, nunquam non morigerus, rogatus confestim respondet, arcana revelat, obscura illustrat, ambigua certiorat, perplexa resolvit ; contra adversam fortunam defensor, secundæ moderator, opes adauget, jacturam propulsat…. »

     (Traduction : Le livre est la lumière du cœur, le miroir du corps ; il enseigne les vertus, il chasse les vices ; il est la couronne des prudents, le compagnon de voyage, l’ami domestique, la société du malade, le collègue et le conseiller de celui qui gouverne, le coffre à parfums de l’éloquence, le jardin plein de fruits, le pré orné de fleurs, le réservoir de la mémoire, la vie du souvenir ; appelé, il arrive ; commandé, il accourt ; toujours il est prêt, jamais il ne manque de complaisance ; interrogé, il répond aussitôt ; il révèle ce qui est caché, éclaire ce qui est obscur, rend certain ce qui est embrouillé ; il protège contre la mauvaise fortune, modère la prospérité, accroît les richesses, repousse la dépense….)  ↩

Le Livre, tome I, p. 095-119

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95 [119]. Source : Internet Archive.

S’autorisant de Salomon, Richard de Bury nous exhorte « à acheter les livres de bon cœur et à ne les vendre qu’avec répugnance[095.1] », et il nous recommande instamment de les manier toujours avec respect et de les conserver avec soin.

[I.119.095]
  1.  Op. cit., chap. iii, p. 28.  ↩

Le Livre, tome I, p. 096-120

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 96.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 96 [120]. Source : Internet Archive.

« … Nous obéissons à l’obligation d’une sainte piété, si nous les manions délicatement, ou si, en les remettant à leurs places réservées, nous les maintenons dans une conservation parfaite, de façon qu’ils se réjouissent de leur pureté, tant qu’ils sont entre nos mains, et qu’ils reposent à l’abri de toute crainte, lorsqu’ils sont placés dans leurs demeures. Certainement, après les saints vêtements et les calices consacrés au corps de Notre-Seigneur, ce sont les livres sacrés qui sont dignes d’être touchés le plus honnêtement par les clercs, car ils leur font injure toutes les fois qu’ils osent les prendre avec des mains sales. Aussi nous pensons qu’il est avantageux d’entretenir les étudiants sur les diverses négligences qu’ils pourraient toujours facilement éviter, et qui nuisent considérablement aux livres[096.1]. » Et il conseille à « la gent écolière » d’ouvrir et de fermer sans les brusquer, « avec une sage mesure », les volumes qui lui sont confiés, et de ne pas manquer, la lecture terminée, « de remettre le fermoir », car il convient, ajoute-t-il ingénument, « de conserver avec plus de soin un livre qu’un soulier[096.2] ».

Sur Paris et les ressources intellectuelles qui s’y trouvent, Richard de Bury ne tarit pas d’éloges et entonne un véritable dithyrambe : « Quel torrent de

[I.120.096]
  1.  Op. cit., chap. xvii, pp. 143-144.  ↩
  2.  Ibid.  ↩

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