Tome II. L’amour des livres et de la lecture › III. Depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’à l’avènement de Louis XIV

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Le Livre, tome I, p. 109-133

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 109.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 109 [133]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110 [134]. Source : Internet Archive.

III. Depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’à l’avènement de Louis XIV

L’invention de l’imprimerie, cette invention « qui semble être plus divine qu’hu­maine[109.1] », est, comme l’atteste Victor Hugo[109.2], « le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle est volatile, insaisissable, indestructible. » « Le monde, ce jour-là, entra dans l’infini, » constate, à son tour, l’historien Michelet[109.3] ».

[I.133.109]
  1.  Louis XII, Déclaration du 9 avril 1513 concernant les libraires de Paris, ap. Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 124.  ↩
  2.  Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii (t. I, p. 216. Paris, Hachette, 1858).  ↩
  3.  Histoire de France, livre XII, chap. iv (t. VII, p. 175. Paris, Marpon et Flammarion, 1879). Michelet fait cette très juste remarque, que je signale en passant : « Des deux découvertes (la mobilité des caractères et la fonte), la première était une chose naturelle, nécessaire, amenée par un progrès invincible…. La grande invention, c’est la fonte ; là fut le génie, la révolution féconde. » « Il est assez surprenant, dit, de son côté, Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, p. xxxvi), que les anciens n’aient pas connu l’imprimerie, eux qui l’ont presque touchée au doigt ; car ils avaient des caractères alphabétiques en relief, fondus soit en fer, soit en airain, dont ils se servaient pour marquer des vases en terre et autres ustensiles. Il existe au Muséum de Portici » — c’est-à-dire sans doute aujourd’hui au Musée de Naples — « une boîte remplie de ces sortes de caractères anciens, trouvés à Herculanum. Comment, avec de telles données, n’a-t-on pas eu l’idée de la possibilité d’imprimer ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 110-134

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110 [134]. Source : Internet Archive.

La date de l’invention est incertaine : elle oscille entre 1440 et 1450 ; le nom de l’inventeur est mal connu : ce nom de Gutenberg est écrit tantôt Gudinberg, tantôt Gutenberger, tantôt Gudenburch, tantôt même on l’appelle Gens­fleisch[110.1]. On a même longtemps cru, et certains, paraît-il, estiment encore que Gutenberg ou Gensfleisch ou son associé Fust ou Faust ne sont que de perfides plagiaires, que le véritable inventeur est le Hollandais Laurent Coster (de Harlem)[110.2]. Rien, en un mot, de plus confus et de plus obscur que cette question des origines de l’imprimerie, qui a fait couler des tonnes d’encre.

Décrire l’impulsion donnée par ce nouveau mode de reproduction de la pensée à l’expansion du livre, à la diffusion et à l’amour de la science et des

[I.134.110]
  1.  Cf. Lalanne, op. cit., p. 64, note 1.  ↩
  2.  « Laurent Coster, né en 1370, avait soixante-dix ans en 1440, époque la plus éloignée qu’on puisse attribuer à la découverte de l’imprimerie, et cette année même est celle de la mort de Laurent Coster. » (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, p. 590.) « L’imprimerie était née…. Cela se passait entre l’an 1440 et l’an 1450 de notre ère. » (Egger, Histoire du livre, p. 119.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 111-135

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111 [135]. Source : Internet Archive.

lettres, serait chose superflue. Il va de soi que la nouvelle découverte fit rapidement tomber le prix des livres, précédemment si élevé[111.1]. « Que d’actions de grâces ne vous rendra pas le monde littéraire et chrétien ! dit Jean-André, évêque d’Aléria[111.2], au pape Paul II (1418-1471), qui avait introduit l’imprimerie à Rome. N’est-ce pas une grande gloire pour Votre Sainteté d’avoir procuré aux plus pauvres la facilité de se former une bibliothèque à peu de frais, et d’acheter, pour vingt écus, des volumes corrects, qu’antérieurement on pouvait à peine obtenir pour cent écus, quoiqu’ils fussent remplis de fautes de copistes ? Maintenant on peut acheter un volume moins cher que ne coûtait autrefois sa reliure. »

Notons, en outre, que, durant ce même siècle, deux autres grands événements vinrent, comme l’imprimerie, modifier l’état des connaissances humaines et en provoquer l’accroissement : la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, qui fit refluer en Italie et dans tout l’Occident quantité de

[I.135.111]
  1.  « La découverte de l’imprimerie, qui popularisa le Livre, porta, par contre, un terrible coup à son luxe. Il lui fallut subir le sort de tout ce qui se démocratise ; il dut, pour pénétrer enfin chez le peuple, se faire plus humble d’apparence, plus simple d’habit. » Etc. (Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 41. Paris, Dentu, 1888. In-18.)  ↩
  2.  Dans la dédicace en tête de l’édition des Épitres de saint Jérôme, donnée à Rome en 1470 : ap. Petit-Radel, op. cit., pp. 219-220 ; et Lalanne, op. cit., p. 136.  ↩

Le Livre, tome I, p. 112-136

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 112.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 112 [136]. Source : Internet Archive.

manuscrits grecs[112.1], et, en 1464, l’établissement des postes en France par Louis XI[112.2], qui, d’abord créées pour le service exclusif du roi et de son gouvernement, ne tardèrent pas à se généraliser, ce qui permit à tous les érudits, travailleurs et chercheurs, aux libraires, imprimeurs, etc., de correspondre entre eux, d’entretenir ensemble des relations plus régulières et plus fréquentes.

Ces faits rappelés, reprenons notre revue succincte des fervents du Livre et servants des Lettres, et notre « florilège » de leurs beaux « dicts », préceptes, sentences et exemples.

Le cardinal Bessarion (1395-1472), qui, deux fois, faillit être élu pape, mérite une des premières places dans cette galerie. Il fut un des plus féconds écrivains et l’un des plus zélés bibliophiles de son époque. Dans sa célèbre lettre du 4 mai 1468, adressée au doge et au sénat de Venise, par laquelle il fait don de ses précieuses collections « à la vénérable bibliothèque Saint-Marc », dont elles sont encore aujourd’hui l’une des richesses, il nous conte les débuts de sa passion et nous en dépeint toute l’ardeur : « Dès ma plus tendre enfance, écrit-il, tous mes

[I.135.112]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 138 et 162.  ↩
  2.  Édit du 19 juin 1464. Cf. Lequien de la Neufville, Usage des postes chez les anciens et les modernes, pp. 56 et s. (Paris, Delatour, 1730) ; et Alexis Belloc, les Postes françaises, pp. 16-23 (Paris, Didot, 1886).  ↩

Le Livre, tome I, p. 113-137

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 113.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 113 [137]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114 [138]. Source : Internet Archive.

goûts, toutes mes pensées, tous mes soins n’ont eu d’autre but que de me procurer des livres pour en former une bibliothèque assortie. Aussi, dès mon jeune âge, non seulement j’en copiais beaucoup, mais toutes les petites épargnes que je pouvais mettre de côté par une grande économie, je les employais sur-le-champ à acheter des livres ; et, en effet, je croyais ne pouvoir acquérir ni d’ameublement plus beau, plus digne de moi, ni de trésor plus utile et plus précieux. Ces livres, dépositaires des langues, pleins des modèles de l’antiquité, consacrés aux mœurs, aux lois, à la religion, sont toujours avec nous, nous entretiennent et nous parlent ; ils nous instruisent, nous forment, nous consolent ; ils nous rappellent les choses les plus éloignées de notre mémoire, nous les rendent présentes, les mettent sous nos yeux. En un mot, telle est leur puissance, telle est leur dignité, leur majesté, leur influence, que, s’il n’y avait pas de livres, nous serions tous ignorants et grossiers ; nous n’aurions ni la moindre trace des choses passées, ni aucun exemple, ni la moindre notion des choses divines et humaines. Le même tombeau qui couvre les corps aurait englouti les noms célèbres[113.1].

[I.137.113]
  1.  Formey, dans ses Conseils pour former une bibliothèque…, p. 101 (Berlin, Haude et Spener, 1756), compare avec raison cette éloquente apothéose des livres à la célèbre apologie des Lettres, placée par Cicéron dans son plaidoyer pour Archias : « Hæc studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant…. ». Cf. supra, p. 13. note 1.  ↩

Le Livre, tome I, p. 114-138

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114 [138]. Source : Internet Archive.

« Cependant, quoique j’eusse déjà fait tout ce qu’il m’était possible de faire pour ma bibliothèque, je sentis tout à coup mon zèle se ranimer à la funeste nouvelle de la perte de la Grèce et de la prise de Constantinople (le 29 mai 1453), et je n’épargnai rien pour obtenir, par des recherches multipliées, tous les livres grecs que l’on pouvait découvrir ; car je craignais beaucoup que tant de grands hommes, que le fruit précieux des veilles et des sueurs de tant d’illustres écrivains, que tant de flambeaux du monde, se trouvant dans un aussi grand danger, ne vinssent à périr avec tout le reste. D’ailleurs, dans les temps anciens, les lettres grecques ont déjà fait une telle perte, que de deux cent vingt mille ouvrages qui, au rapport de Plutarque, existaient dans la bibliothèque d’Apamée, à peine il nous en reste mille. J’ai tâché, autant qu’il m’a été possible, de réunir moins un grand nombre de livres que des ouvrages excellents, et surtout de les avoir complets. Ainsi j’ai rassemblé, parmi les productions des sages de la Grèce, tout ce qu’il y avait de plus rare et de plus difficile à trouver.

« Mais, réfléchissant souvent sur cet objet, il m’a semblé que mon but ne serait pas entièrement atteint, si je ne prenais des précautions pour qu’un

Le Livre, tome I, p. 115-139

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 115.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 115 [139]. Source : Internet Archive.

trésor amassé avec tant de soins et à si grands frais ne fût ni vendu ni dispersé après ma mort, mais qu’il fût placé, pendant que j’existe encore, dans quelque lieu sûr et commode, et conservé précieusement pour l’utilité commune des amis des lettres grecques et latines[115.1]…. »

Le roi de Hongrie Mathias Corvin (1443-1490), très versé dans les lettres et les sciences, avait rassemblé à Bude, sa capitale, une superbe bibliothèque, qui contenait une grande quantité de manuscrits provenant de Constantinople. Cette bibliothèque, riche de 50 000 volumes, fut saccagée, en 1526, après la bataille de Mohacz, lorsque les Turcs, sous la conduite de Soliman, entrèrent à Bude. Les somptueuses reliures, garnies de pierreries et de fermoirs d’argent, furent arrachées par les soldats, les plus belles miniatures déchirées et enlevées ; le feu fut mis ensuite à ce qui restait, et peu de volumes échappèrent au désastre. Quelques-uns, oubliés dans une tour, y furent retrouvés un siècle plus tard, et ils font aujourd’hui partie de la bibliothèque de Vienne ; quatre autres figurent dans les collections de notre Bibliothèque nationale ; « mais on peut affirmer, dit M. Van Praet, qu’ils sont des plus beaux que renfermait celle de Bude[115.2] ».

[I.139.115]
  1.  Ap. Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. xxxi-xxxiv ↩
  2.  Ap. Édouard Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 57.  ↩

Le Livre, tome I, p. 116-140

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 116.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 116 [140]. Source : Internet Archive.

Voici en quels termes enthousiastes un poète et philologue allemand, qui vivait peu après Mathias Corvin, Brassicanus (1500-1539), décrit, dans sa préface des œuvres de Salvien, les richesses d’art et d’érudition rassemblées par le roi de Hongrie, avec quelle désolation aussi il raconte la perte de ces merveilles :

« J’ai vu tous ces livres ; mais pourquoi dirai-je des livres, quand chacun de ces livres était un trésor ? Dieux immortels, qui pourra croire de quelle jouissance a été pour moi un pareil spectacle ? Je croyais être, non dans une bibliothèque, mais, comme on dit, dans le sein de Jupiter, tant il y avait là de livres anciens, grecs et hébreux, que le roi Mathias, après la prise de Constantinople et la ruine d’un grand nombre de villes considérables, avait rachetés à grands frais, du milieu de la Grèce, et avait reçus comme des esclaves arrachés aux fers et aux chaînes des barbares.

« Il se trouvait là, à l’exclusion toutefois de tous livres des sophistes, tant d’ouvrages latins, anciens et modernes, que je ne me rappelle pas en avoir vu ailleurs un pareil assemblage. Car le roi Mathias, que l’on appellerait certainement le dévorateur des livres, entretenait à grands frais à Florence quatre fameux copistes, dont la seule et unique fonction était de lui transcrire tous les auteurs grecs et latins les plus célèbres, qu’il n’avait pu faire venir

Le Livre, tome I, p. 117-141

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 117.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 117 [141]. Source : Internet Archive.

de la Grèce ; car l’art typographique, comme toutes les choses à leur début, n’avait pas encore pris une grande extension ni poussé de telles racines, qu’il pût satisfaire les désirs ardents et vraiment royaux de ce roi, le plus excellent de tous…. J’y ai vu des auteurs grecs innombrables et des commentaires infinis sur presque tous les poètes, commentaires peu ou point connus des savants…. O cruauté des Turcs ! ô farouche folie des barbares ! ô extermination des belles-lettres !… Ainsi cette bibliothèque vraiment précieuse a péri d’une si misérable façon, que, toutes les fois que le souvenir me revient en mémoire (et il m’y revient souvent), je m’écrie avec Virgile :

…. Quis, talia fando…
Temperet a lacrymis[117.1] ? »

Machiavel (1469-1530) avait coutume, avant d’entreprendre sa lecture quotidienne de quelque chef-d’œuvre d’Athènes ou de Rome, de revêtir ses plus beaux habits, comme pour se rendre plus digne de cette haute fréquentation et, en même temps, faire honneur à cet hôte illustre. « … Le soir venu, je retourne chez moi, et j’entre dans mon cabinet : je me dépouille, sur la porte, de ces habits de paysan, couverts de poussière et de boue ; je me revêts d’habits de cour, ou de mon costume, et,

[I.141.117]
  1.  « Qui, à un tel récit, pourrait retenir ses larmes ? » (Virgile, Énéide, II, vers 6 et 8.) Ap. Lalanne, op. cit., p. 216.  ↩

Le Livre, tome I, p. 118-142

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 118.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 118 [142]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 119.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 119 [143]. Source : Internet Archive.

habillé décemment, je pénètre dans le sanctuaire antique des grands hommes de l’antiquité : reçu par eux avec bonté et bienveillance, je me repais de cette nourriture qui, seule, est faite pour moi, et pour laquelle je suis né… et, pendant quatre heures, j’échappe à tout ennui, j’oublie tous mes chagrins, je ne crains plus la pauvreté, et la mort ne saurait m’épouvanter[118.1]…. »

Un autre savant italien, le philosophe, poète et astronome Celio Calcagnini (1479-1543), qui, avant Copernic (1473-1543) et presque un demi-siècle avant Galilée (1564-1642), émit l’idée que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil[118.2], légua, par son testament, tous ses livres et instruments de mathématiques à la bibliothèque des dominicains de Ferrare, sa ville natale, et voulut reposer, après sa mort, dans le lieu où il s’était toujours plu à vivre. C’est ce qu’une épitaphe de cette bibliothèque nous apprend : Index tumili Cœlii Calcagnini, qui ibidem sepelire voluit ubi semper vixit. Et, au-dessous du mausolée, on lit une inscription où se trouvent ces belles paroles : Ex diuturno studio hoc dedicit : mortalia contemnere, et ignorantiam suam non ignorare[118.3].

[I.142.118]
  1.  Machiavel, Lettre à Francesco Vettori, Œuvres littéraires, trad. Périès, p. 456. (Paris, Charpentier, s. d.)  ↩
  2.  Cf. son opuscule Quomodo cœlum stet, terra moveatur. « Calcagnini n’aurait-il pas droit, lui aussi, à un peu d’immortalité ? » (La Grande Encyclopédie, art. Calcagnini.)  ↩
  3.  « Une longue étude lui a appris à mépriser les choses mortelles, et à ne pas ignorer sa propre ignorance. » Cf. Michaud, Biographie universelle. Voir aussi sur Calcagnini un sonnet de M. F. Fertiault, dans les Légendes du livre, pp. 78 et 196.  ↩

Le Livre, tome I, p. 119-143

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 119.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 119 [143]. Source : Internet Archive.

La lecture tient une grande place dans le programme d’études et la « discipline » que Rabelais (1483 ?-1553) institue, par l’intermédiaire de Ponocrates, à l’usage de Gargantua. Dans la matinée, « par trois bonnes heures luy estoit faicte lecture ». Puis, « au commencement du repast, » — du repas de midi, du dîner, que nous appelons aujourd’hui déjeuner, — « estoit lue quelque histoire plaisante des anciennes prouesses, jusques à ce qu’il (Gargantua) eust pris son vin. Lors (si bon sembloit) on continuoit la lecture ou commençoient à deviser joyeusement ensemble. » L’après-midi, Gargantua « se remettoit… tant à répéter la lecture matutinale qu’à poursuivre le livre entre­pris[119.1] ».

On connaît les humbles et studieux débuts de Jacques Amyot (1513-1593), qui devint évêque d’Auxerre et grand aumônier de France, et s’est acquis, comme traducteur de Plutarque et de Longus, une gloire littéraire encore brillante : tous les dictionnaires, les galeries d’enfants prodiges, les livres de morale à l’usage de la jeunesse, ont consigné ce salutaire exemple de passion pour l’étude et les livres, de courageuse et inlassable persévé-

[I.143.119]
  1.  Gargantua, chap. xxiii, pp. 41-42. (Rabelais, Œuvres, Paris, Charpentier, 1861.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 120-144

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 120.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 120 [144]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121 [145]. Source : Internet Archive.

rance. De Melun, dont il était originaire, la mère de Jacques Amyot envoyait à son fils, chaque huit jours, une miche de pain, par les bateliers qui descendaient la Seine ; et l’on rapporte que le manque d’huile obligeait l’enfant à étudier la nuit à la lueur de charbons embrasés. Pour avoir des livres à sa disposition et obtenir des lambeaux de leçons, le jeune Amyot se fit le domestique de quelques étudiants riches, et, à force de privations, de volonté et d’énergie, il réussit à apprendre le latin, le grec, la philosophie, les mathématiques ; il se fit recevoir maître ès arts, et, grâce aux protections qu’il s’était acquises, car de tout temps il en a fallu, il finit par obtenir une chaire à l’université de Bourges[120.1].

[I.144.120]
  1.  Cf. l’enfance de Pierre Ramus (1515-1572), entré comme domestique, à l’âge de douze ans, au collège de Navarre, et consacrant ses nuits à l’étude ; de Georges Stephenson (1781-1848), qui, fils d’un ouvrier chauffeur, n’ayant pas le sou pour acheter des livres d’étude, dans sa mine de Newcastle-sur-Tyne, s’improvise le cordonnier de ses compagnons ; puis, plus tard, pousse si bien son fils, que ce fils, Robert Stephenson, devient un illustre ingénieur, un des premiers sujets d’Angleterre, et repose aujourd’hui à Westminster, à côté des rois (Fertiault, les Légendes du livre, pp. 40 et 190) ; du général Drouot (1774-1847), fils d’un boulanger de Nancy : « Le jeune Drouot s’était senti poussé à l’étude des lettres par un très précoce instinct. Agé de trois ans, il allait frapper à la porte des frères des Écoles chrétiennes, et, comme on lui en refusait l’entrée parce qu’il était encore trop jeune, il pleurait beaucoup. On le reçut enfin. Ses parents, témoins de son application toute volontaire, lui permirent, avec l’âge, de fréquenter des leçons plus élevées, mais sans lui rien épargner des devoirs et des gènes de leur maison. Rentré de l’école ou du collège, il lui fallait porter le pain chez les clients, se tenir dans la chambre publique avec tous les siens, et subir, dans ses oreilles et son esprit, les inconvénients d’une perpétuelle distraction. Le soir, on éteignait la lumière de bonne heure par économie, et le pauvre écolier devenait ce qu’il pouvait, heureux lorsque la lune favorisait, par un éclat plus vif, la prolongation de sa veillée. On le voyait profiter ardemment de ces rares occasions. Dès les deux heures du matin, quelquefois plus tôt, il était debout ; c’était le temps où le travail domestique recommençait à la lueur d’une seule et mauvaise lampe. Il reprenait aussi le sien ; mais la lampe infidèle, éteinte avant le jour, ne tardait point de lui manquer de nouveau ; alors il s’approchait du four ouvert et enflammé, et continuait, à ce rude soleil, la lecture de Tite-Live ou de César. » (Lacordaire, Oraison funèbre du général Drouot, p. 2. Paris, II. Gautier, s. d.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 121-145

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121 [145]. Source : Internet Archive.

Ronsard (1524-1585) appelle très joliment ses livres familiers :

Mes bons hostes muets qui ne fâchent jamais[121.1].

Étienne Pasquier (1529-1615), l’érudit auteur des Recherches de la France, décrit ainsi, dans une de ses lettres à Achille de Harlay, son genre de vie accoutumé : « … Étant maintenant réduit en ma chambre, voici l’économie que j’y garde. J’ai d’un côté mes livres, ma plume et mes pensées ; d’un autre, un bon feu, tel que pouvait souhaiter Martial, quand, entre

[I.145.121]
    •  Car, seul maistre de moy, j’allois, plein de loisir,
      Où le pied me portoit, conduit de mon désir,
      Ayant tousjours ès mains, pour me servir de guide,
      Aristote ou Platon, ou le docte Euripide,
      Mes bons hostes muets qui ne fâchent jamais ;
      Ainsi que je les prens, ainsi je les remais ;
      O douce compagnie et utile et honneste !

     (Ronsard, Poésies pour Hélène, Élégie, p. 64. Œuvres choisies, Paris, Garnier, 1841.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 122-146

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 122.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 122 [146]. Source : Internet Archive.

les félicités humaines, il y mettait ces deux mots : focus perennis. Ainsi me dorlotant de corps et d’esprit, je fais de mon étude une étuve, et de mon étuve une étude ; et, en l’un et l’autre sujet, je donne ordre qu’il n’y ait aucune fumée : au demeurant, étude de telle façon composée, que je ne m’asservis aux livres, ains les livres à moi. Non que je les lise de propos délibéré pour les contredire ; mais tout ainsi que l’abeille sautelle d’une fleur à autre, pour prendre sa petite pâture dont elle forme son miel, aussi lis-je ores l’un, ores un autre auteur, comme l’envie m’en prend, sans me lasser, ou opiniâtrement harasser en la lecture d’un seul : car autrement, ce ne serait plus étude, ains servitude pénible. Ainsi mûrissant par eux mes conceptions, tantôt assis, tantôt debout, ou me promenant, leurs auteurs me donnent souvent des avis, auxquels jamais ils ne pensèrent, dont j’enrichis mes papiers[122.1]… ».

Montaigne (1533-1592) vivait de même dans sa « librairie », au troisième étage de sa tour, butinant çà et là, sans contrainte et selon sa fantaisie : « Là, je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je resve, tantôt j’enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voicy…. Je passe là et la plus part des jours de ma vie, et la plus part des

[I.146.122]
  1.  Étienne Pasquier, Œuvres choisies, t. II, p. 419. (Paris, Didot, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 123-147

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 123.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 123 [147]. Source : Internet Archive.

heures du jour…. C’est là mon siège ; j’essaye à m’en rendre la domination pure, et à soustraire ce seul coing à la communauté, et conjugale, et filiale, et civile…. Misérable à mon gré, qui n’a chez soy, où estre à soy ; où se faire particulièrement la court ; où se cacher[123.1]. »

« Le commerce (c’est-à-dire la fréquentation et l’usage) des livres, dit-il encore[123.2], est bien plus sûr et plus à nous (que le commerce avec les hommes par la conversation, et avec les femmes par l’amour)… il a pour sa part la constance et facilité de son service. Cettuy-cy costoye tout mon cours, et m’assiste partout ; il me console en la vieillesse et en la solitude ; il me descharge du poids d’une oysifveté ennuyeuse, et me desfaict à toute heure des compaignies qui me faschent ; il esmousse les poinctures de la douleur, si elle n’est du tout extrême et maistresse. Pour me distraire d’une imagination opportune, il n’est que de recourir aux livres ; ils me destournent facilement à eulx, et me la desrobbent : et si ne se mutinent point, pour veoir que je ne les recherche qu’au défault de ces aultres commodités, plus réelles, vifves et naturelles ; ils me receoivent toujours du mesme visage….

[I.147.123]
  1.  Essais, livre III, chap. iii (t. III, pp. 366-367. Paris, Charpentier, 1862). « Il se faut réserver une arrière-boutique, toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissions nostre vraye liberté et principale retraite et solitude, » dit ailleurs Montaigne (livre I, chap. xxxviii ; t. I, p. 359).  ↩
  2.  Op. cit., livre III, chap. iii (t. III, pp. 365-366).  ↩

Le Livre, tome I, p. 124-148

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 124.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 124 [148]. Source : Internet Archive.

J’en jouïs, comme les avaricieux des trésors, pour savoir que j’en jouïrai quand il me plaira : mon âme se rassasie et contente de ce droict de possession. Je ne voyage sans livres, ni en paix, ni en guerre : toutesfois il se passera plusieurs jours, et des mois, sans que je les emploie ; ce sera tantost, dis-je, ou demain, ou quand il me plaira : le temps court et s’en va ce pendant, sans me blecer ; car il ne se peult dire combien je me repose et séjourne en cette considération, qu’ils sont à mon costé pour me donner du plaisir à mon heure ; et à recognoistre combien ils portent de secours à ma vie. C’est la meilleure munition que j’aye trouvé à cet humain voyage ; et plainds extrêmement les hommes d’entendement qui l’ont à dire » (qui en sont privés).

« Je ne cherche aux livres, dit ailleurs Montaigne[124.1], qu’à m’y donner du plaisir par un honneste amusement : ou si j’estudie, je n’y cherche que la science qui traicte de la cognoissance de moi-mesme, et qui m’instruise à bien mourir et à bien vivre…. Si ce livre me fasche, j’en prends un aultre…. Je ne me prends guères aux nouveaux, pour ce que les anciens me semblent plus pleins et plus roides…. »

Il y aurait encore à extraire des Essais bien d’autres passages relatifs à la lecture et aux belles-lettres. En voici un dernier, où, toujours sans parti pris,

[I.148.124]
  1.  Essais, livre II, chap. x (t. II, p. 210).  ↩

Le Livre, tome I, p. 125-149

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 125 [149]. Source : Internet Archive.

aussi dépourvu d’entêtement qu’inaccessible à l’exaltation, le prudent épicurien déclare préférer à tout, même aux livres, la santé et la gaieté, nos deux meilleures pièces : « Les livres sont plaisants ; mais si, de leur fréquentation, nous en perdons enfin la gayeté et la santé, nos meilleures pièces, quittons-les : je suis de ceulx qui pensent leur fruict ne pouvoir contrepoiser cette perte…. Je n’aime pour moi que des livres ou plaisants et faciles qui me chatouillent, ou ceulx qui me consolent, et conseillent à régler ma vie et ma mort[125.1]. »

Henri IV (1553-1610) était, au dire de Scaliger[125.2], incapable de deux choses : « à savoir de lire et de tenir gravité ». D’Aubigné parle aussi de ce peu de goût de son maître pour la lecture[125.3]. « Il est fort heureux, ajoute Sainte-Beuve[125.4], après cette citation de d’Aubigné, qu’il ait lu Plutarque dans son enfance et par les soins de sa mère, car il ne l’aurait sans

[I.149.125]
  1.  Essais, livre I, chap. xxxviii (t. I, pp. 367-368).  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, p. 379.  ↩
  3.  Parmi les princes peu lisards, selon l’expression de la maréchale Lefebvre, — qui, visitant un hôtel qu’elle venait d’acheter, et voyant la pièce réservée à la bibliothèque, dont les rayons étaient dégarnis de livres, s’avisait de cet expédient : « J’en ferai un fruitier ! Lefebvre n’est pas lisard, moi, point du tout lisarde… » (cf. Fertiault, les Légendes du livre, pp. 27 et 188), — on cite le roi Charles X, qui avouait un jour : « J’en veux à M. de la Vauguyon de m’avoir si mal élevé que je n’ai jamais pu lire quatre pages de suite, même quatre pages de Gil Blas, sans m’ennuyer. » (Sainte-Beuve, op. cit., t. II, p. 550.)  ↩
  4.  Sainte-Beuve, op. cit., t. XI, p. 380.  ↩

Le Livre, tome I, p. 126-150

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 126.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 126 [150]. Source : Internet Archive.

doute pas lu plus tard ; il n’en aurait eu ni le temps ni la patience, et nous n’aurions pas cette charmante lettre, la plus jolie de celles qu’il adresse à Marie de Médicis, et qui est des premiers temps de son mariage (3 septembre 1601)[126.1]. »

La première femme de Henri IV, la reine Marguerite (1553-1615), digne petite-fille de François Ier, était savante, comme tous les Valois. Elle parlait latin, aimait les vers, en faisait et s’en faisait faire par des poètes, ses amis plus que ses commensaux, et écrivait d’agréables et curieux Mémoires. « Quand

[I.150.126]
  1.  Voici cette lettre, telle que la donne M. de Lescure, dans son édition des Lettres d’amour d’Henri IV, pp. 198-199 (Paris, Librairie des bibliophiles, 1886), sauf l’orthographe que j’ai rajeunie ; — mais ne pas oublier l’avertissement de M. G. Lanson (Histoire de la littérature française, p. 345, n. 1), précisément à propos des lettres de Henri IV : « Il faut se défier des apocryphes, parfois les plus charmantes » : — « M’amie, j’attendais d’heure à heure votre lettre ; je l’ai baisée en la lisant. Je vous réponds en mer, où j’ai voulu courre une bordée par le doux temps. Vive Dieu ! vous ne m’auriez rien su mander qui me fût plus agréable que la nouvelle du plaisir de lectures qui vous a pris. Plutarque me sourit toujours d’une fraîche nouveauté ; l’aimer, c’est m’aimer, car il a été l’instituteur de mon bas âge. Ma bonne mère, à qui je dois tout, et qui avait une affection si grande de veiller à mes bons déportements, et ne vouloir pas, ce disait-elle, voir en son fils un illustre ignorant, me mit ce livre entre les mains, encore que je ne fusse à peine plus un enfant de mamelle. Il m’a été comme ma conscience, et m’a dicté à l’oreille beaucoup de bonnes honnêtetés et maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement des affaires. Adieu, mon cœur, je vous baise cent mille fois. Ce iiie septembre, à Calais. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 127-151

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 127.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 127 [151]. Source : Internet Archive.

elle avait commencé de lire un livre, si long qu’il fût, elle ne le laissait ni ne s’arrêtait jamais jusqu’à ce qu’elle en eût vu la fin ; « et bien souvent en perdoit le manger et le dormir[127.1] ».

Le chancelier François Bacon (1561-1626), l’auteur du Novum Organum, De la dignité et de l’accroissement des sciences humaines, etc., disait[127.2] que « lire, c’est converser avec les sages » ; et il a fait, sur les livres, les ingénieuses et judicieuses comparaisons suivantes : « Les bibliothèques sont comme ces châsses où se conservent et reposent les reliques de tous les vieux saints, mais, cette fois, sans tromperie et sans imposture…. Si l’invention du vaisseau qui porte d’un endroit à un autre endroit les richesses et les agréments de la vie, qui associe les régions les plus éloignées les unes des autres dans la participation de leurs divers produits, passe pour une invention si noble, combien plus doit-on exalter les livres, qui, comme les navires, traversent les vastes mers du temps, et qui font participer les âges les plus lointains à la sagesse, aux lumières, aux découvertes les uns des autres[127.3]. »

Le jésuite bibliographe Claude Clément, Claudius Clemens (1594-1642), auteur d’un traité sur la construction, le rangement et le fonctionnement des

[I.151.127]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. VI, p. 189.  ↩
  2.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 176.  ↩
  3.  Ap. Id., ibid.  ↩

Le Livre, tome I, p. 128-152

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 128.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 128 [152]. Source : Internet Archive.

bibliothèques publiques et privées[128.1], est d’avis qu’ « il y a peu de dépenses, de profusions, je dirais même de prodigalités plus louables que celles qu’on fait pour les livres, lorsque en eux on cherche un refuge, les voluptés de l’âme, l’honneur, la pureté des mœurs, la doctrine et un renom immortel[128.2] ».

En vrai sage et très judicieusement, Gassendi (1592-1656) avait coutume de dire que, « dans le monde, la part des gens de lettres est encore la meilleure, parce qu’ils n’ont pas le loisir de s’ennuyer, ni même de se plaindre de tout ce qui afflige les autres jusqu’au fond de l’âme[128.3] ».

Au début de son Discours de la Méthode[128.4], Descartes (1596-1650) fait cette remarque : « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées….

« Mais, continue-t-il, je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la lecture des livres anciens, et à leurs histoires et à leurs fables. Car c’est quasi le même de converser avec

[I.152.128]
  1.  Musei, sive bibliothecæ tam privatæ quam publicæ exstructio, instructio, cura, usus…. (Lugduni, 1635. In-4.)  ↩
  2.  Ap. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, pp. 65-66.  ↩
  3.  Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. XIV, p. 122.  ↩
  4.  Pages 12 et 13 (Paris, Didot, 1884. In-18).  ↩

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