Tome III. Prédilections particulières et auteurs préférés › I. Prédilections particulières pour certains livres et certains auteurs

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Le Livre, tome I, p. 225-249

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 225.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 225 [249]. Source : Internet Archive.

I. Prédilections particulières pour certains livres et certains auteurs

Thucydide (471-401 av. J.-C.), assistant, à l’âge de quinze ans, à une lecture qu’Hérodote faisait de ses Histoires devant le peuple d’Athènes, fut tellement frappé de la beauté du style, qu’il entra dans une espèce de transport et d’enthousiasme, et versa des larmes de joie[225.1].

Démosthène (381-322 av. J.-C.) faisait tant de cas de l’Histoire de Thucydide, qu’il la copia « jusqu’à huit fois de sa belle écri­ture[225.2] », pour mieux se pénétrer du style de cet historien.

[I.249.225]
  1.  Peignot, Manuel du bibliophile, t. I. p. 31. — C’est de même à Peignot, dont la seconde partie du Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29 à 413 (ou son Traité du choix des livres, p. 14 à 207), est consacrée à la « Prédilection particulière que des hommes célèbres de tous les temps ont eue pour certains ouvrages et surtout pour les chefs-d’œuvre littéraires », que j’emprunte les détails suivants ci-dessus non accompagnés d’indications de sources.  ↩
  2.  Cf. Lucien, Contre un ignorant bibliomane, IV, trad. Talbot, t. II, p. 272.  ↩

Le Livre, tome I, p. 226-250

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 226.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 226 [250]. Source : Internet Archive.

Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) avait un tel culte pour Homère, qu’il portait toujours l’Iliade avec lui, et, en se couchant, la mettait sous son chevet avec son épée. Après la défaite de Darius, on trouva, parmi les dépouilles de ce prince, une cassette d’un très beau travail et de très grande valeur ; on la porta à Alexandre, qui aussitôt y renferma l’Iliade en disant : « Il est naturel que l’ouvrage le plus parfait de l’esprit humain soit renfermé dans la cassette la plus précieuse du monde[226.1] ». Traversant un jour le Sigée et voyant le tombeau d’Achille : « O fortuné héros, s’écria-t-il, d’avoir eu un Homère pour chanter tes victoires ! »

Scipion l’Africain (235-183 av. J.-C.) et Lucullus (115-47 av. J.-C.) faisaient leurs délices des ouvrages de Xénophon.

Cicéron (106-43 av. J.-C.) regardait Démosthène comme le plus grand de tous les orateurs dans tous les genres. Un jour qu’on lui demandait quel était le plus beau discours de Démosthène, il répondit : « Le plus long ». Outre Démosthène, Cicéron avait une prédilection marquée pour Aristote, Platon et Théophraste.

Marcus Brutus (86-42 av. J.-C.), l’assassin de César, lisait sans relâche l’Histoire de Polybe, et il en fit un abrégé pour son usage personnel.

Virgile (70-19 av. J.-C.) avait un tel culte pour

[I.250.226]
  1.  Cf. le récit de Plutarque, supra, pp. 4-5.  ↩

Le Livre, tome I, p. 227-251

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 227.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 227 [251]. Source : Internet Archive.

Homère, qu’on le surnommait l’Homérique. Il suffit d’ailleurs de lire Virgile pour reconnaître en lui un admirateur d’Homère.

L’empereur romain Adrien (70-138), par esprit de contradiction et amour du paradoxe, autant que par mauvais goût, affectait de préférer Antimaque à Homère, Ennius à Virgile, Cœlius Antipater à Salluste[227.1], etc.

L’empereur romain Tacite (200-275) avait une estime particulière pour les ouvrages de Tacite, dont il se faisait gloire de descendre. Il honora la mémoire de ce grand historien en ordonnant de placer sa statue dans les bibliothèques publiques, et d’effectuer, chaque année, aux dépens du fisc, dix nouvelles copies de ses livres. Malheureusement le règne de ce prince fut de très courte durée, de six mois seulement, et ses ordres ne purent être mis à exécution suffisamment longtemps pour nous conserver en entier les écrits de Tacite.

L’empereur romain Julien dit l’Apostat (331-363) était enthousiaste d’Homère et du « divin » Platon.

Théodoric Ier (-451), roi des Visigoths d’Espagne, avait un goût particulier pour Virgile.

[I.251.227]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 70 ; Duruy, Histoire des Romains, t. V, p. 1. — Antimaque, poète du ve siècle av. J.-C. — Cœlius Antipater (iie siècle av. J.-C.), auteur d’Annales auxquelles eut souvent recours Tite-Live. (Cf. A. Pierron, Histoire de la littérature romaine, p. 186.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 228-252

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 228.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 228 [252]. Source : Internet Archive.

Charlemagne (742-814) aimait beaucoup la Cité de Dieu de saint Augustin. Parlant du goût de Charlemagne pour les Lettres, Gabriel Naudé, dans son Addition à l’histoire de Louis XI, dit[228.1] : « Son Homère était le livre de saint Augustin, la Cité de Dieu, qu’il se faisait lire pendant son dîner, et mettre sous son chevet lorsqu’il allait dormir ».

Alfred le Grand, roi d’Angleterre (849-900), avait pour les fables d’Ésope une estime particulière, et il les traduisit en vers saxons.

Louis IX, roi de France (1215-1270), faisait des Psaumes de David sa lecture ordinaire.

Pour Pétrarque (1304-1374), comme nous l’avons vu[228.2], « Cicéron est un homme unique, une voix unique, un génie unique ». Il ne l’adore pas tout à fait comme un Dieu, mais « il l’admire et le vénère comme un homme d’un génie divin ».

Théodore Gaza ou Gazès, de Thessalonique, célèbre grammairien grec (1398-1478), disait que si tous les livres des anciens étaient dans le feu, il en tirerait de préférence Plutarque.

Louis XII, roi de France (1462-1515), faisait, dit Gabriel Naudé[228.3], « un grand estat des Commentaires de César » et du traité Des devoirs de Cicéron.

André Navagero (en latin Naugerius), homme

[I.252.228]
  1.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 83-84.  ↩
  2.  Page 11, note.  ↩
  3.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 88.  ↩

Le Livre, tome I, p. 229-253

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 229.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 229 [253]. Source : Internet Archive.

politique et littérateur italien (1483-1529), avait un goût très vif pour Catulle. Son affection pour cet auteur lui avait fait prendre en haine les épigrammes de Martial, à tel point qu’ayant fondé chez lui une fête annuelle en l’honneur des Muses, il ne manquait jamais, durant cette solennité, de sacrifier aux mânes et à la mémoire de Catulle un exemplaire de Martial. D’autres prétendent qu’il faisait ce sacrifice le jour de sa naissance, et que, ramassant tout ce qu’il pouvait rencontrer d’exemplaires de Martial dans la ville de Venise, il les brûlait ce jour-[229.1]. On a attribué ces mêmes faits à l’érudit Marc-Antoine Muret (1526-1585), qui était également passionné pour Catulle.

Antoine Duprat, cardinal et chancelier de France (1463-1535), aimait tellement les écrits de Rabelais, qu’il lui était impossible de s’en passer, et que, dans tous ses voyages, partout, il avait toujours son Rabelais sur lui.

Un autre cardinal, Jean du Bellay (1492-1560), n’avait pas une passion moins vive pour les récits du curé de Meudon. Il alla même, raconte-t-on, jusqu’à refuser d’admettre à sa table un savant de grande réputation, parce que ce savant n’avait pas

[I.253.229]
  1.  « Un illustre président du Parlement de Toulouse, nommé Caminade, ne pensait pas si désavantageusement de Martial ; tous les ans il faisait cadeau, en étrennes, d’un exemplaire de cet auteur à notre poète Maynard (1582-1646). » (Peignot, op. cit., t. I, p. 89.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 230-254

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 230.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 230 [254]. Source : Internet Archive.

lu le livre : ainsi appelait-on alors l’œuvre de Rabelais[230.1].

Jules-César Scaliger (1484-1558) assurait qu’il aimerait mieux avoir fait la troisième ode du quatrième livre d’Horace : Quem tu, Melpomene, semel, etc., que d’être roi d’Aragon[230.2].

Charles-Quint (1500-1558) faisait de Thucydide « le compagnon de toutes ses entreprises ». Il lisait aussi avec passion les Mémoires de Commines.

Le maréchal de France Pierre Strozzi (1500-1558) « avait pris pour sa part » les Commentaires de César[230.3].

[I.254.230]
  1.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, p. 90.  ↩
  2.  Un des fils de Jules-César Scaliger (qui eut quinze enfants), Joseph-Jules Scaliger (1540-1609), s’était acquis, de son vivant, « une telle réputation, que Juste Lipse écrivait qu’il aimerait mieux jouir de l’entretien de Scaliger que de voir toute la pompe triomphale d’un ancien consul romain. Ce compliment était peut-être dû en partie à la terreur qu’inspirait l’espèce de despotisme exercé par l’orgueilleux Scaliger sur tous les littérateurs de son temps. Casaubon tremblait en écrivant, quand il pensait que ce qu’il écrivait serait vu par Joseph Scaliger. » Etc. (Peignot, op. cit., t. I, pp. 93-94, note.)  ↩
  3.  « On récite de plusieurs chefs de guerre, qu’ils ont eu certains livres en particulière recommandation ; comme le grand Alexandre, Homère, Scipion Africain, Xénophon, Marcus Brutus, Polybius ; Charles cinquième, Philippe de Commines, et dit-on, de ce temps, que Machiavel est encore ailleurs en crédit. Mais le feu mareschal Strozzi, qui avoit pris César pour sa part, avoit sans doute bien mieux choisi ; car, à la vérité, ce debvroit estre le bréviaire de tout homme de guerre, comme estant le vrai et souverain patron de l’art militaire. » (Montaigne, Essais, II, xxxiv ; t. III, p. 212. Paris, Charpentier, 1862.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 231-255

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 231.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 231 [255]. Source : Internet Archive.

Mélanchthon (1497-1560) bornait toute sa bibliothèque à quatre auteurs dont les noms commencent par la même lettre : Platon, Pline, Plutarque et Ptolémée[231.1].

L’amiral de Coligny (1517-1572) faisait, dans sa jeunesse, sa lecture habituelle des Éléments d’Euclide et des Vies des hommes illustres de Plutarque.

Le poète Jean Dorat ou Daurat (1508-1588) admirait tellement certaine épigramme d’Ausone (la 107e : In puerum formosum), qu’il prétendait qu’un démon en était l’auteur.

Le célèbre jurisconsulte Cujas (1520-1590) disait des ouvrages de Paul de Castro, professeur de droit, mort à Florence en 1437 : Qui non habet Paulum de Castro tunicam vendat et emat. Ce mot a été appliqué depuis à l’ouvrage de Domat (1625-1696), Des lois civiles dans leur ordre naturel.

Montaigne (1533-1592) aimait Boccace, Rabelais et Jean Second. Il estimait les Géorgiques de Virgile « le plus accompli ouvrage de la poésie ». Lucrèce, Catulle et Horace lui semblaient être, avec Virgile, les quatre meilleurs poètes latins. Il affectionnait aussi particulièrement Lucain et Térence, Plutarque

[I.255.231]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 95, à qui, comme je l’ai dit, sont empruntés tous les faits et détails non accompagnés de notes. — Bien que Mélanchthon ait commenté et édité Pline le Jeune (la Grande Encyclopédie, art. Mélanchthon), il s’agit ici de Pline l’Ancien. Pline sans épithète s’appliquant d’ordinaire à l’auteur de l’Histoire naturelle ↩

Le Livre, tome I, p. 232-256

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 232.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 232 [256]. Source : Internet Archive.

« depuis qu’il est Français », Sénèque, Cicéron, surtout dans ses ouvrages de philosophie morale et dans ses lettres à Atticus (bien que, ajoute-t-il, — et c’est là une des erreurs de goût de Montaigne, — « sa façon d’escrire me semble en­nuyeuse[232.1] »), Diogène Laërce, César et Salluste.

Le poète Passerat (1534-1602) mettait, en tête de ses auteurs favoris, Properce, Catulle et Tibulle.

Le savant Juste Lipse (1547-1606) goûtait tellement Tacite qu’il l’avait appris par cœur en entier. On raconte qu’il fit un jour le pari de réciter de mémoire tous les endroits des ouvrages de cet historien qu’on lui désignerait, consentant à être poignardé s’il venait à se tromper ou à se trouver à quia. Il est à remarquer cependant que le célèbre philologue ne donne aucune place à Tacite dans la déclaration suivante : « Je n’admire que trois hommes, Homère, Hippocrate et Aristote. Ce sont les seuls, à mon avis, qui ont porté l’humanité au delà de ses forces et de sa sphère natu­relle[232.2]. »

Comme l’amiral de Coligny, Henri IV (1553-1610) avait, dans sa jeunesse, un goût particulier pour les Éléments d’Euclide et les Vies de Plutarque[232.3].

[I.256.232]
  1.  Montaigne, Essais, II, x ; t. II, pp. 211 et s. (Paris, Charpentier, 1862.) Ce chapitre x du livre II est entièrement consacré par Montaigne à ses ouvrages préférés.  ↩
  2.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 108.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 126, n. 1, la lettre de Henri IV à Marie de Médicis : « … Plutarque me sourit toujours d’une fraîche nouveauté ; l’aimer, c’est m’aimer, » etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 233-257

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 233.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 233 [257]. Source : Internet Archive.

Le chancelier François Bacon (1561-1626) disait, que « les livres ne sont que des répétitions…. Fouillez les Grecs, les Romains, les Arabes et tous les auteurs modernes : vous ne verrez partout qu’Aristote, Platon, Euclide et Plolémée. »

Malherbe (1555-1628) comptait parmi ses préférés Stace, Sénèque le Tragique, Juvénal, Ovide, Martial, et surtout Horace, qu’il appelait son bréviaire.

Richelieu (1585-1642) faisait de l’Argenis[233.1], du romancier anglais Jean Barclay, son livre favori. Il plaçait en tête des savants de son époque Saumaise, Grotius et Jérôme Bignon. Par une singulière hyperbole, il comparait aux quatre éléments quatre écrivains de son temps, qu’il regardait comme les meilleurs : le cardinal de Bérulle, comparé au feu pour son élévation ; le cardinal Duperron, à la mer pour son étendue ; le Père Coeffeteau, à l’air pour sa vaste capacité ; et Du Vair, à la terre pour l’abondance et la variété de ses productions. Ces quatre prétendus éléments sont bien déchus et bien oubliés maintenant, et l’on voit, ajoute Peignot[233.2] que les goûts littéraires de Son Éminence étaient bien au-dessous de ses talents politiques.

L’écrivain espagnol Quevedo (1580-1645) admirait par-dessus tout Don Quichotte ; quand il le lisait, il

[I.257.233]
  1.  Roman satirique, qui dépeint les intrigues et les vices des cours princières.  ↩
  2.  Op. cit., t. I. p. 114.  ↩

Le Livre, tome I, p. 234-258

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 234.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 234 [258]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 235.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 235 [259]. Source : Internet Archive.

était, disait-il, tenté de brûler tous ses ouvrages.

Grotius (1580-1645) avait toujours un exemplaire de Lucain dans sa poche, et, raconte Gui Patin, « il le baisait plusieurs fois le jour ». Consulté par M. Dumaurier, ambassadeur de France en Hollande, sur les livres qu’il devait lire et étudier de préférence, Grotius lui indiqua les suivants : l’Ecclésiaste et le livre De la Sagesse ; les Vers dorés de Pythagore ; toutes les œuvres de Platon ; la Rhétorique et la Politique d’Aristote ; les Harangues de Démosthène ; les Fragments de Théognis et de Phocylide[234.1] ; les tragédies d’Euripide ; les Caractères de Théophraste ; les comédies de Térence ; les Offices et les Oraisons de Cicéron ; les écrits de Salluste ; les Épîtres d’Horace ; le Manuel d’Épictète ; les œuvres philosophiques de Sénèque ; les tragédies de Sénèque ; les Opuscules de Plutarque ; les écrits d’Hiéroclès, d’Arrien, de Dion Cassius[234.2] ; l’ouvrage de

[I.258.234]
  1.  Théognis (vie siècle av. J.-C.), le poète gnomique par excellence (gnomê, sentence). Phocylide de Milet, contemporain de Théognis : il est aussi « le type le plus complet du poète gnomique, un Pibrac grec, comme l’appelle M. Croiset ». (La Grande Encyclopédie.) Une traduction des Sentences de Théognis, de celles de Phocylide, ainsi que des Vers dorés de Pythagore, dues toutes les trois à Pierre-Charles Lévesque (1737-1812), se trouve dans le volume Moralistes anciens (Bibliothèque des philosophes et des historiens grecs ; Paris, Lefèvre, 1840 ; in-18).  ↩
  2.  Hiéroclès, philosophe grec de l’École néo-platonicienne, vivait à Alexandrie vers le milieu du ve siècle de notre ère ; il est l’auteur d’un Commentaire sur les vers dorés de Pythagore, d’un Traité de la Providence, etc. — Arrien (Flavius), historien grec, né vers l’an 105, a écrit la vie d’Alexandre le Grand (Anabase), un Manuel sur la philosophie d’Épictète, etc. — Dion Cassius, autre historien grec, né vers l’an 155, auteur d’une Histoire romaine, écrite dans la manière de Polybe, mais de moindre valeur.  ↩

Le Livre, tome I, p. 235-259

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 235.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 235 [259]. Source : Internet Archive.

Polybe sur les Républiques, les Pandectes et le Code de Justinien. « On est surpris de ne pas voir Homère, Virgile et les Vies de Plutarque figurer dans cette liste[235.1]. »

Vaugelas (1585-1630) faisait très grand cas du style de l’Histoire romaine de Coeffeteau. Il délaissa ensuite Coeffeteau et lui préféra les traductions de d’Ablancourt, surtout celle d’Arrien, qui lui servit de modèle pour sa traduction de Quinte-Curce.

Le savant médecin Samuel Sorbière (1615-1670) mettait les Offices de Cicéron au-dessus de tous les livres, excepté l’Écriture sainte. Pour les modernes, il les plaçait dans l’ordre suivant : Charron, Montaigne, Balzac et La Mothe-Le Vayer. « Ces quatre messieurs, disait-il, font presque toute ma bibliothèque. »

Gui Patin (1601-1672) dit, dans une de ses lettres[235.2] : « L’Histoire de Pline est un des plus beaux livres du monde ; c’est pourquoi il a été nommé la Bibliothèque des pauvres. Si l’on met Aristote avec lui, c’est une bibliothèque presque complète. Si l’on y

[I.259.235]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 117-118.  ↩
  2.  Datée du 12 septembre 1645. (Gui Patin, Lettres choisie, p. 20. Paris, Jean Petit, 1688.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 236-260

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 236.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 236 [260]. Source : Internet Archive.

ajoute Plutarque et Sénèque, toute la famille des bons livres y sera, père et mère, aîné et cadet. » Gui Patin était grand admirateur d’Hippocrate, de Galien et de Cicéron. « Juvénal, dit-il encore, est mon cher ami d’entre les anciens, avec Virgile et Lucrèce, sans pourtant que je méprise aucun des autres. Je compte, au nombre de mes intimes et des premiers auteurs modernes, le bon Érasme, le docte Scaliger, et l’incomparable M. de Saumaise. Feu M. Grotius était aussi mon ami[236.1]…. »

L’historien anglais Hyde de Clarendon (1608-1674) lisait tous les jours quelques passages de Tite-Live et de Tacite, ses auteurs favoris.

Milton (1608-1674) lisait chaque matin un chapitre de la Bible en hébreu. Après l’Écriture sainte, son livre préféré était Homère, qu’il savait presque par cœur. Milton avait trois filles, auxquelles, dit-on, il avait fait apprendre à lire et à bien prononcer huit langues, qu’elles n’entendaient pas. Il avait coutume de dire qu’ « une langue suffisait à une femme » ; mais il voulut, comme il était devenu aveugle, que ses filles fussent capables de lui faire les lectures dont il avait besoin. On a su par l’une d’elles que ce qu’il se faisait lire le plus souvent c’était Isaïe en hébreu, Homère en grec, et les Métamorphoses d’Ovide en latin[236.2]. Milton avait aussi, paraît-il, spé-

[I.260.236]
  1.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 121.  ↩
  2.  Cf. Id., op. cit., t. I, p. 356, n. 1.  ↩

Le Livre, tome I, p. 237-261

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 237.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 237 [261]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 238.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 238 [262]. Source : Internet Archive.

cialement « pratiqué Tacite », et l’on a vendu, il y a quelque douze ans, un exemplaire du Discours sur Tacite, de l’historien italien Malvezzi (1599-1654), traduit en anglais par sir Richard Baker (1568-1645), exemplaire chargé de notes en latin et en anglais attribuées à Milton[237.1].

Turenne (1611-1675) avait, dans sa jeunesse, une grande admiration pour Quinte-Curce.

Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676) ne voyait rien de plus beau sur terre que son poème de Clovis, et il en était si enchanté qu’il en renvoyait la gloire à Dieu : « Oui, dit-il dans ses Délices de l’esprit, Dieu m’a sensiblement assisté, puisqu’il m’a permis de finir un aussi beau livre ». On prétend qu’un plaisant, lorsque Desmarets lui envoya son volume des Délices de l’esprit, mit à l’errata : Délices, lisez Délires.

Pierre Corneille (1616-1684) faisait ses lectures favorites de Tacite, de Tite-Live, et surtout de Lucain et de Sénèque (le Tragique ?)[237.2].

Pétrone, que Juste Lipse appelle auctor purissimæ impuritatis, était l’admiration du grand Condé (1621-1686), et cette admiration était telle « qu’il pensionnait un lecteur, uniquement chargé de lui réciter le Satyricon[237.3] ».

[I.261.237]
  1.  Revue bleue, 18 février 1893, p. 224.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 128-129.  ↩
  3.  J.-N.-M. de Guerle, Recherches sur le Satyricon. Œuvres complètes de Pétrone, trad. Panckoucke, p. xxvii. (Paris, Garnier, 1876.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 238-262

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 238.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 238 [262]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239 [263]. Source : Internet Archive.

La reine Christine de Suède (1626-1689) professait le même culte pour le même Pétrone, « qu’elle mettait au-dessus de tous les auteurs latins », nous apprend un de ses fami­liers[238.1], et pour Martial, « qu’à l’âge de vingt-trois ans elle savait tout entier par cœur[238.2] », ce qui, soit dit en passant, révèle de singulières dispositions chez une jeune per­sonne[238.3]. Ajou-

[I.262.238]
  1.  Ap. Adolphe Retté, la Revue (ancienne Revue des Revues), 1er octobre 1904, p. 349.  ↩
  2.  Gui Patin, ap. Adolphe Retté, ibid. ; et Peignot, op. cit., t. I, p. 131.  ↩
  3.  Pétrone et Martial, qui ont si amplement et complaisamment décrit les amours hors nature et toutes les immondes passions de la Rome vieillissante, peuvent être considérés comme les deux écrivains latins « qui bravent le plus l’honnêteté ». Les dispositions de la jeune Christine ne se démentirent d’ailleurs pas, et il n’y a aucun doute sur la facilité et la licence de ses mœurs. Elle était, nous conte et nous démontre la Princesse Palatine (voir sa lettre du 10 novembre 1719 : Correspondance, t. II, pp. 185-186 ; Paris. Charpentier, 1869), « livrée à tous les genres de débauche ». Quant à ses lectures préférées, l’anecdote suivante révèle une fois de plus la liberté de goûts et d’allure de cette souveraine. « Saumaise étant à Stockholm, et au lit, malade de la goutte, lisait pour se désennuyer le Moyen de parvenir ; la reine Christine entre brusquement chez lui sans se faire annoncer : il n’a que le temps de cacher sous sa couverture le petit livre honteux (perfacetum quidem, ai subturpiculum libellum). Mais Christine, qui voit tout, l’a vu ; elle va prendre hardiment le livre jusque sous le drap, et, l’ouvrant, se met à le parcourir de l’œil avec sourire ; puis, appelant la belle de Sparre, sa fille d’honneur favorite, elle la force de lui lire tout haut certains endroits qu’elle lui indique, et qui couvrent ce noble et jeune front d’embarras et de rougeur, aux grands éclats de rire de tous les assistants. Huet tenait l’histoire de la bouche de Saumaise, et il la raconte en ses mémoires. » (Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvie siècle, p. 272, n. 3. Paris, Charpentier, 1869.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 239-263

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239 [263]. Source : Internet Archive.

tons, comme correctif, qu’elle faisait aussi un cas particulier de Catulle, de Sénèque le Tragique et de Lucain[239.1], et qu’elle ne se lassait pas de lire Pascal. « Vous êtes, écrivait-elle à l’auteur des Provinciales[239.2], le précepteur du genre humain et le flambeau du monde ; je lis vos ouvrages, je les médite sans cesse, et je sens que mon esprit se réveille, se fortifie et s’anime avec une telle nourriture…. »

Ménage (1613-1692) regardait Plutarque comme l’auteur le plus essentiel ; il disait, ainsi que Théodore Gaza[239.3] : « Si tous mes livres étaient au feu, et que je n’en pusse sauver qu’un, ce serait Plutarque ».

Antoine Arnauld, le grand Arnauld (1612-1694), aimait passionnément Cicéron, et il estimait, avec son coreligionnaire Claude Lancelot[239.4], « que lui seul doit tenir lieu de beaucoup d’auteurs, et entretenir agréablement ceux qui aiment les Belles-Lettres durant toute leur vie[239.5] ».

[I.263.239]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 131.  ↩
  2.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 190.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 228.  ↩
  4.  Préface de la Méthode latine de Port-Royal.  ↩
  5.  Sur Cicéron, voir supra, pp. 10-14.  ↩

Le Livre, tome I, p. 240-264

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 240.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 240 [264]. Source : Internet Archive.

La Fontaine (1621-1695), entendant lire, à l’âge de vingt-deux ans, une ode de Malherbe[240.1], se prit d’admiration pour ce poète ; il s’attacha ensuite à Horace, à Virgile, à Térence, à Quintilien. Parmi les auteurs français, il prit un goût particulier pour Rabelais, Marot, d’Urfé (l’Astrée) et Voiture. Il écrivait à Saint-Évremond, en 1687[240.2] :

J’ai profité dans Voiture ;
Et Marot, par sa lecture,
M’a fort aidé, j’en conviens.
Je ne sais qui fut son maître :
Que ce soit qui ce peut être,
Vous êtes tous trois les miens.

Puis il ajoute : « J’oubliais maître François (Rabelais), dont je me dis encore le disciple, aussi bien que celui de maître Vincent (Voiture), et celui de maître Clément (Marot). Voilà bien des maîtres pour un écolier de mon âge ». La Fontaine avait alors soixante-six ans. C’est surtout de Rabelais qu’il raffolait. Il aimait aussi les Fabliaux, Villon et Mellin de Saint-Gelais. Parmi les Italiens, il donnait, comme nous l’avons vu[240.3], la préférence à l’Arioste, à Boccace, à Machiavel et au Tasse :

[I.264.240]
  1.  L’Ode sur la mort de Henri IV. (Cf. P. Mesnard, Notice biographique sur La Fontaine : La Fontaine, Œuvres, t. I., p. xv. Paris, Hachette. 1883. Collection des Grands Écrivains.)  ↩
  2.  La Fontaine, Œuvres, t. IX. p. 403 (même édition).  ↩
  3.  Supra, p. 148.  ↩

Le Livre, tome I, p. 241-265

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 241.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 241 [265]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242 [266]. Source : Internet Archive.

Je chéris l’Arioste, et j’estime le Tasse ;
Plein de Machiavel, entêté de Boccace,
J’en parle si souvent qu’on en est étourdi ;
J’en lis qui sont du Nord, et qui sont du Midi[241.1].

II aimait les Grecs, faisait ses délices de Platon, qu’il appelait « le plus grand des amuseurs », et de Plutarque, qu’il lisait en latin, « car la belle langue des Grecs lui était inconnue », nous apprend l’abbé d’Olivet[241.2].

La Fontaine dit encore[241.3] :

Térence est dans mes mains ; je m’instruis dans Horace ;
Homère et son rival (Virgile) sont mes dieux du Parnasse.

On sait que, sur le tard, La Fontaine s’enthousiasma du prophète Baruch. Voici dans quelles circonstances : « … Il accompagnait quelquefois Racine dans ses dévotions ; témoin le jour où cet ami, étant avec lui à Ténèbres, lui mit dans les mains les petits Prophètes. Il trouvait, il est vrai, l’office un peu long, et Racine lui donna le saint livre pour l’occuper. L’essentiel est que la lecture fit merveille. La Fontaine y devint admirateur enthousiaste de Baruch ; et, pendant quelques jours, il ne rencontra plus un ami sans lui dire : « Avez-vous lu Baruch ? C’était un beau génie[241.4] ».

[I.265.241]
  1.  La Fontaine, Épitre à Monseigneur l’évêque de Soissons, en lui donnant un Quintilien…. (Œuvres, t. IX, p. 204 ; même édition.)  ↩
  2.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 141.  ↩
  3.  Dans la même épître, ibid., p. 202.  ↩
  4.  Louis Racine, Mémoires, ap. P. Mesnard, Notice biographique sur La Fontaine : La Fontaine, Œuvres, t. I, p. cxci ; même édition.  ↩

Le Livre, tome I, p. 242-266

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242 [266]. Source : Internet Archive.

Claude Lancelot, savant de Port-Royal (1615-1695), plaçait en tête des auteurs latins, pour la pureté de la langue, Térence, Cicéron, César, Virgile et Horace. Puis venaient Quinte-Curce, Salluste et Tite-Live.

Mme de Sévigné (1626-1696) était passionnée pour les Essais de morale de Nicole ; puis pour Corneille, « dont je suis folle », écrit-elle[242.1] ; pour La Fontaine, dont les fables « sont divines »[242.2] ; et pour « le grand Bourdaloue[242.3] ».

Selon La Bruyère (1639-1696), « Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace, ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images[242.4] ».

Racine (1639-1699) savait presque par cœur, à l’âge de seize à dix-sept ans, Sophocle et Euripide, dans leur texte original. Il avait déjà chargé d’apostilles les marges du Platon et du Plutarque, édi-

[I.266.242]
  1.  Lettre du 9 mars 1672 (t. I, p. 473. Paris, Didot, 1867). « Vive donc notre vieil ami Corneille ! » écrit-elle encore (let. du 16 mars 1672, p. 477). « Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent : ce sont des traits de maître qui sont inimitables. »  ↩
  2.  Lettre du 20 juillet 1679 (t. III, p. 463). « On croit d’abord en distinguer quelques-unes ; et, à force de relire, on les trouve toutes bonnes. » (Ibid. ↩
  3.  Lettre du 28 mars 1689 (t. V, p. 366). Voir aussi t. I. p. 141, et passim ↩
  4.  La Bruyère, Caractères, Des ouvrages de l’esprit, p. 10. (Paris, Dezobry, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 243-267

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243 [267]. Source : Internet Archive.

tions de Bâle, texte grec également, sans traduction latine, dont il se servait dans ses classes. Étant encore à Port-Royal, entre 1655 et 1658, il trouva par hasard le roman grec de Théogène et Chariclée, d’Héliodore. Il le dévorait, lorsque, raconte-t-on, le sacristain et professeur, Claude Lancelot, le surprit dans cette lecture, lui arracha le livre et le jeta au feu. Le jeune Racine réussit à s’en procurer un autre exemplaire, qui eut le même sort. Il en acheta un troisième, et, pour n’en plus craindre la perte, l’apprit par cœur ; il le porta alors au bon Lancelot et lui dit : « Vous pouvez brûler celui-ci comme vous avez brûlé les autres : je n’en ai plus besoin[243.1] ».

Saint-Évremond (1613-1703) écrit[243.2] :

« … Don Quichotte, de Cervantès, est un ouvrage que je puis lire toute ma vie, sans être dégoûté un seul moment. De tous les livres que j’ai lus, Don Quichotte est celui que j’aimerais mieux avoir fait : il n’y en a point, à mon avis, qui puisse contribuer davantage à nous former un bon goût sur toutes choses…. Quevedo[243.3] paraît un auteur fort ingénieux ; mais je l’estime plus d’avoir voulu brûler tous ses livres, quand il lisait Don Quichotte, que de les avoir su faire. » Et plus loin[243.4] : « Les Essais de Montaigne,

[I.267.243]
  1.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, pp. 165 et s.  ↩
  2.  De quelques livres espagnols, italiens et français, Œuvres choisies, p. 406. (Paris, Garnier, s. d., édit. Gidel.)  ↩
  3.  Cf. supra, pp. 233-234.  ↩
  4.  Op. cit., même page.  ↩

Le Livre, tome I, p. 244-268

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 244.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 244 [268]. Source : Internet Archive.

les poésies de Malherbe, les tragédies de Corneille et les œuvres de Voiture se sont établi comme un droit de me plaire toute ma vie ».

Bossuet (1627-1704), consulté sur celui de tous les ouvrages qu’il préférerait avoir fait, répondit : « Les Lettres provinciales de Pascal[244.1] ». Il avait aussi une prédilection particulière pour le poète latin Horace, prédilection que rien ne justifie, remarque Lamartine[244.2]. « Peut-être aussi, continue-t-il, cette inexplicable prédilection pour le moins divin de tous les poètes tenait-elle à ce que la poésie avait apparu à Bossuet enfant pour la première fois dans les pages de ce poète. Cette ravissante apparition s’était prolongée et changée en reconnaissance dans son âme. Il y a, dans les bibliothèques comme dans le monde, de mauvaises rencontres qui deviennent de vieilles amitiés. »

Lamartine ignorant, qui ne sait que son âme[244.3],

qui n’a rien compris à notre xvie siècle, qui a méconnu et malmené Montaigne[244.4], qui a traité Rabelais d’ « infâme cynique » et de « grand boueux de

[I.268.244]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 172.  ↩
  2.  Lamartine, Lectures pour tous, Vie de Bossuet, pp. 420-421. (Paris, Hachette, 1860.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, Notes et Pensées, p. 462.  ↩
  4.  Cf. Lamartine, les Confidences, livre XI, xvi, p. 315. (Paris, M. Lévy, 1855.)  ↩

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