Le Livre, tome II, p. 216-232

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 216.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 216 [232]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 217.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 217 [233]. Source : Internet Archive.

XI. Bibliomanes et bibliolâtres

Nous avons vu défiler jusqu’ici, dans les divers chapitres du présent ouvrage, nombre de passionnés liseurs et d’enthousiastes bibliophiles, nous avons entendu leurs éloquentes déclarations, leurs pieuses et ardentes professions de foi ; mais il est d’autres noms encore à citer, d’autres cas plus particuliers, où la passion va jusqu’à l’exagération et la singularité et tombe dans la démence ; où le bibliophile se transforme en bibliomane, où il devient le bibliolâtre, pour qui le livre est tout, et pour qui parfois tout le reste n’est rien et ne compte plus.

« L’innocente et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aiguë poussée au délire, a écrit Charles Nodier[216.1]…. Du sublime au

[II.232.216]
  1.  L’Amateur de livres, dans les Français peints par eux-mêmes, t. II, p. 84. (Paris, Delahays, s. d.) Voir aussi, du même délicat écrivain, qui a tant aimé les livres et les connaissait si bien, le Bibliomane (dans les Contes de la veillée, pp. 268-281 ; Paris, Charpentier, 1875). Ce bibliomane, que nous peint Charles Nodier, ou plutôt dont il prononce devant nous l’oraison funèbre, « sur la tombe duquel il vient jeter des fleurs », « ce bon Théodore », qui a passé sa vie au milieu des livres et ne s’occupait que de livres, avait coutume de ne regarder les femmes « qu’au pied », et quand une chaussure élégante avait frappé son attention : « Hélas ! soupirait-il avec un gémissement profond, voilà bien du maroquin perdu ! Que de belles reliures on ferait ! » Pendant vingt ans. Théodore n’a eu qu’une dispute avec son tailleur : « Monsieur, lui dit-il un jour, cet habit est le dernier que je reçois de vous, si l’on oublie encore une fois de me faire des poches in-quarto ». Sur sa tombe, on grava l’inscription suivante, « qu’il avait parodiée pour lui-même de l’épitaphe de Franklin » (cf. supra, t. I, p. 174) :

     Ci-git,
    sous sa reliure de bois,
    un exemplaire in-folio
    de la meilleure édition
    de l’homme, écrite dans une langue de l’age d’or,
    que le monde ne comprend plus.
    C’est aujourd’hui
    un bouquin
    gâté,
    maculé,
    dépareillé,
    imparfait du frontispice,
    piqué des vers,
    et fort endommagé de pourriture.
    On n’ose attendre pour lui
    les honneurs tardifs
    et inutiles
       de la réimpression.
      ↩

Le Livre, tome II, p. 217-233

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 217.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 217 [233]. Source : Internet Archive.

ridicule, il n’y a qu’un pas. Du bibliophile au bibliomane, il n’y a qu’une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane, quand son esprit décroît ou quand sa fortune s’augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l’autre. »

Le bibliolâtre, aussi bien, du reste, que le bibliomane et le bibliophile, est très souvent doublé d’un

Le Livre, tome II, p. 218-234

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 218.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 218 [234]. Source : Internet Archive.

bibliotaphe, d’un « enterreur de livres ». En effet, semblable à l’avare qui cache son trésor, pareil à l’amoureux qui ne confie sa belle à personne, le passionné du livre doit, logiquement et fatalement, garder pour lui seul, avec un soin jaloux, l’objet de sa tendresse.

Il est aussi — mais le fait est bien plus rare, heureusement — doublé parfois d’un biblioklepte, d’un « voleur de livres ». Ainsi Dibdin (1776-1847), l’un des plus célèbres bibliographes de l’Angleterre, nous avoue, dans une de ses lettres[218.1], qu’il se félicite d’avoir pu rester seul dans une bibliothèque publique (celle de Strasbourg), « sans que sa conscience ait aucun reproche à lui faire », c’est-à-dire, sans euphémisme et tout nettement, sans avoir succombé à la tentation de glisser quelques précieux volumes dans ses poches[218.2].

Ces fervents des beaux livres et des somptueuses reliures ont été durement malmenés par un chroniqueur du siècle dernier, Edmond Texier (1816-1887), qui a eu son heure de vogue.

[II.234.218]
  1.  La xxxve : Révérend Thomas Frognall Dibdin, Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France, traduit de l’anglais, avec des notes par Théodore Licquet et G.-A. Crapelet (Paris, Crapelet, 1825, 4 vol. in-8). Voir le tome IV, page 350, et la note de Crapelet de la page 176.  ↩
  2.  J’ai recueilli, dans mon volume Amateurs et Voleurs de livres (Paris, Daragon, 1903), les noms des plus fameux bibliokleptes, et les anecdotes les plus piquantes qui les concernent : je n’y reviendrai pas ici.  ↩

Le Livre, tome II, p. 219-235

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 219.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 219 [235]. Source : Internet Archive.

« De tous les êtres créés par Dieu, dit-il[219.1], le bibliophile est, sans contredit, le plus égoïste et le plus féroce. La passion de l’or n’est rien comparée à celle du livre. Le public ne comprendra jamais toutes les passions malsaines qui agitent l’âme d’un amateur de bouquins à la vue d’un exemplaire unique ou même noté comme rare sur les catalogues. Pour arriver à la possession de cet exemplaire, il n’est pas de lâchetés qu’il ne fît, et il en est quelques-uns qui iraient volontiers jusqu’au crime. Le fait suivant, qui s’est passé à Londres, démontrera mieux que tout ce que je pourrais dire à quels excès peut se laisser entraîner un homme bien né qui ne sait pas refréner le démon bibliographique.

« Deux gentlemen, grands amateurs, conviennent de faire fabriquer à frais communs chez Wittigham, le premier imprimeur de l’Angleterre, un livre qui ne sera tiré qu’à deux exemplaires ; ils commandent le vélin, achètent des caractères neufs, surveillent l’impression et le tirage, et n’épargnent rien pour faire de ces deux exemplaires, enrichis de gravures originales, les deux merveilles de la typographie moderne. L’édition imprimée, tirée et brochée, est portée chez un relieur, qui donne aux deux volumes un vêtement splendide et de tous points semblable,

[II.235.219]
  1.  Les choses du temps présent, Collectionneurs et Bibliomanes, pp. 143-147.  ↩

Le Livre, tome II, p. 220-236

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 220.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 220 [236]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221 [237]. Source : Internet Archive.

et nos deux gentlemen entrent chacun en possession de son trésor.

« Vous croyez peut-être que ces deux hommes sont heureux ? Pas du tout : celui-ci envie l’exemplaire de celui-là. A quelque temps de là, l’un des deux part pour la campagne ; l’autre se rend aussitôt, son exemplaire sous le bras, chez son ami absent, et prie la femme de cet ami de lui communiquer pour un instant le second exemplaire, afin de comparer les gravures de l’un avec celles de l’autre. La femme, sans défiance, livre le bouquin, que l’ami semble feuilleter avec le plus grand soin, et dont il déchire, sans qu’on le voie, deux ou trois feuillets ; après quoi il retourne triomphant chez lui, avec son exemplaire désormais unique.

« Cependant le propriétaire de l’exemplaire lacéré revient, apprend la visite de l’ami, se doute de quelque chose, examine son livre, et intente un procès au lacérateur, qui est condamné à 2 000 livres de dommages-intérêts. La Société des Bibliophiles veut à son tour rayer de sa liste le nom du coupable, mais il se présente fièrement devant elle et dit : « Quel est celui d’entre vous qui n’en aurait pas fait autant que moi ? — Au fait ! » répliqua un des membres. Et son nom ne fut pas rayé.

« … Le vrai bibliomane croit, comme Alexandre[220.1], que rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à

[II.236.220]
  1.  L’auteur a sans doute voulu faire allusion ici à César, qui a dit, par la voix de Lucain, dans la Pharsale (livre II, vers 657, p. 46, collection Nisard) :
    •  Nil actum credens, quum quid superesset agendum.  ↩

Le Livre, tome II, p. 221-237

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221 [237]. Source : Internet Archive.

faire, qu’il possède peu de chose tant qu’il peut envier les trésors d’un autre. Un de mes amis, grand dénicheur de livres rares, m’a avoué qu’il avait été pris d’un invincible désir de mettre le feu à sa propre bibliothèque, après avoir visité celle de M. le duc d’Aumale…. L’envie, la jalousie, l’appétence du bien d’autrui, tels sont les moindres défauts du bibliomane. »

Du bibliomane peut-être ; mais le véritable ami des livres ignore ces rancunes, ces haines, ces farouches convoitises, cette rage, tous ces vilains et honteux sentiments. Il est, d’ordinaire, — surtout s’il ne sépare pas l’amour des livres de l’amour des lettres, — plus pondéré, plus réfléchi, plus calme. « Les amis du livre oublient volontiers, a remarqué Jules Janin[221.1], — et bien plus équitablement, bien plus exactement que ne vient de le faire Edmond Texier, — oublient volontiers… toutes les passions mauvaises, les vanités misérables, les ambitions malsaines, les petits honneurs, les petits devoirs : le vrai bibliophile est content de lui-même et des autres. »

L’égoïsme et la férocité ne sont, d’ailleurs, pas

[II.237.221]
  1.  Journal des Débats, 17 septembre 1866, ap. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 68, note.  ↩

Le Livre, tome II, p. 222-238

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 222.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 222 [238]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223 [239]. Source : Internet Archive.

plus le privilège des bibliomanes que des inventeurs, comme l’a bien prouvé Balzac dans sa Recherche de l’absolu, — que de tous les amoureux et de tous les passionnés, tous les exaltés et tous les possédés — passionnés et possédés de la femme, de l’argent ou du pouvoir.

Nous allons passer en revue les plus curieux exemples de bibliomanie et de bibliolâtrie, — revue succincte et sommaire, qu’il eût été facile de prolonger, et qui demanderait à elle seule tout un volume.

Le célèbre helléniste Guillaume Budé (1467-1540) trouva moyen, le jour même de son mariage, de ne pas délaisser ses livres, ses muets trésors, et de passer au milieu d’eux « pour le moins trois heures », — ce qui ne l’empêcha pas, du reste, de devenir père de sept fils et de quatre filles. C’est lui aussi, raconte-t-on, qui, pour ne pas quitter son cabinet et s’arracher à la page commencée, répliqua à un domestique, qui venait lui annoncer, tout haletant, que le feu était à la maison : « C’est bien, avertissez ma femme. Vous savez bien que je ne m’occupe pas des affaires du ménage[222.1] ! »

[II.238.222]
  1.  Cf. Bayle, Dictionnaire historique et critique ; Fertiault, les Légendes du livre, pp. 93 et 199. — Une réponse analogue fut, dit-on, faite par Corneille à un « jeune homme, auquel il avait accordé sa fille, et que l’état de ses affaires mettait dans la nécessité de rompre ce mariage ». Ce jeune homme se présente un matin chez Corneille, et pénètre jusqu’à son cabinet de travail : « Je viens, monsieur, lui dit-il, retirer ma parole, et vous exposer les motifs de ma conduite. — Eh ! Monsieur, réplique Corneille, ne pouviez-vous, sans m’interrompre, parler de tout cela à ma femme ? Montez chez elle ; je n’entends rien à toutes ces affaires-là…. » (Helvétius, De l’esprit, Discours IV, chap. i, t. II, p. 278, note ; Paris, Chasseriau, 1822.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 223-239

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223 [239]. Source : Internet Archive.

Il fallut pareillement enlever à ses livres, le matin de ses noces, un autre éminent helléniste et philosophe du xvie siècle, Adrien Turnèbe (1512-1565) : il avait oublié la cérémonie à laquelle il devait participer ce jour-[223.1].

Le savant imprimeur Frédéric Morel le Jeune (1558-1630), qui a été professeur au Collège de France et était aussi un acharné travailleur, terminait ses recherches sur le sophiste grec Libanius[223.2], quand on vint le prévenir que sa femme, pour laquelle, notez bien, il avait une réelle et très vive affection, et qui était alors dangereusement malade, demandait à le voir. « Encore deux mots, et j’y vais ! » répondit-il. Mais les deux mots se prolongèrent plus que de rai-

[II.239.223]
  1.  Fertiault, op. cit., p. 199 ; et Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 786.  ↩
  2.  Né à Antioche vers 314, mort vers l’an 400, Libanius fut un des derniers défenseurs, et le plus éloquent, du paganisme contre l’envahissement de la religion chrétienne. Il enseigna toujours la modération, l’indulgence, la sagesse, et compta, parmi ses auditeurs, l’empereur Julien, saint Basile et saint Jean Chrysostome.  ↩

Le Livre, tome II, p. 224-240

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224 [240]. Source : Internet Archive.

son, et le même messager accourut lui dire que la malade venait d’expirer. « Hélas ! j’en suis bien marri, car c’était vraiment une bonne femme ! » soupira Frédéric Morel en se replongeant dans ses livres[224.1].

L’érudit abbé Goujet (1697-1767) mourut de douleur d’avoir été contraint de vendre sa bibliothèque. On en a dit autant ou à peu près de Scaliger et de Patru[224.2].

[II.240.224]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 807. En même temps que cette anecdote relative à Frédéric Morel, G.-A. Crapelet, dans ses Études pratiques et littéraires sur la typographie (pp. 147-148, note), nous en conte une autre, concernant son père, qui était prote et correcteur à l’imprimerie de Stoupe, une des plus importantes de Paris à la fin du xviiie siècle. Charles Crapelet « était, dans toute l’étendue du terme, esclave de ses doubles fonctions, et tellement préoccupé des intérêts des ouvriers, que, le jour même de ses noces, vers minuit, il quitta la compagnie, pour aller corriger des épreuves qu’il savait être attendues par les imprimeurs. Ma mère, — continue G.-A. Crapelet, — m’a raconté ce fait, et toute l’inquiétude que causa la disparition subite du marié. Le grave Stoupe, qui était dans la confidence de son Charles, comme il l’appelait, se divertit quelques instants de l’embarras visible de la personne la plus intéressée dans l’événement, mais il ne tarda pas à rassurer tout le monde. Vers trois heures du matin, le marié revint partager les plaisirs de la réunion. »  ↩
  2.  Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 264. « Amis, voulez-vous connaître un des grands malheurs de la vie ? Eh bien ! vendez vos livres. » (Joseph Scaliger, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 288.) Et Jules Janin (ap. Id., ibid.) : « Celui-là qui veut connaître en un seul bloc toutes les misères d’ici-bas, qu’il vende ses livres : Bibliothecam vendat ! »  ↩

Le Livre, tome II, p. 225-241

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225 [241]. Source : Internet Archive.

Au milieu des troubles de la Ligue, le docte médecin Jacques Goupil ou Gopile (….-1564), professeur de botanique à Paris, voit sa bibliothèque mise au pillage, et il en meurt de désespoir[225.1].

Le publiciste et libraire Colnet du Ravel (1768-1832), l’auteur de l’Art de dîner en ville, à l’usage des gens de lettres, succomba de même au chagrin qu’il ressentit en voyant « flotter sur la Seine les livres de l’Archevêché », après le sac de cet édifice, livres qu’il avait été chargé jadis, par le cardinal Fesch, de mettre en ordre, et dont il avait rédigé le catalogue[225.2].

Le philologue strasbourgeois et helléniste passionné Richard Brunck (1729-1803), que des revers de fortune obligèrent, en 1791, à se défaire d’une partie de sa bibliothèque, et qui dut recourir, en 1801,

[II.241.225]
  1.  Michaud, Biographie universelle, art. Goupil ; et Mouravit, op. cit., p. 389 ; « … Jacques Gopile, le docte médecin du xvie siècle, dont Scévole de Sainte-Marthe a compris l’éloge dans le premier livre de ses charmantes petites notices, datées, à Poitiers, de 1598. »  ↩
  2.  Larousse, op. cit. C’est le brave et spirituel Colnet, surnommé « l’Ermite de Belleville », connu de tout Paris pour sa sobriété et pour « ne jamais dîner en ville ». qui répliqua, tout en mangeant sur le coin d’une table, — un jour que le riche et peu scrupuleux Étienne, de l’Académie française, tentait de l’amener à trafiquer de sa plume, et lui disait : « Mais comment pouvez-vous vivre avec d’aussi chétifs gains que les vôtres ? Comment faites-vous ? — Vous voyez, monsieur Étienne, voilà comment je m’y prends : je dîne de deux œufs durs. » (Cf. Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 330.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 226-242

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 226.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 226 [242]. Source : Internet Archive.

à ce même expédient, demeura inconsolable de la perte de ses bien-aimés livres : « Quand on parlait devant lui de quelque auteur qu’il avait possédé, les larmes lui venaient aux yeux. De ce moment, les lettres grecques, qui lui avaient valu sa réputation, lui devinrent tout à fait odieuses. » Il mourut peu après la dernière vente, le dernier coup[226.1].

Forcé, lui aussi, de mettre ses livres aux enchères, le prince Camerata (xixe siècle) se brûle la cervelle aussitôt après la dispersion de ses chers trésors[226.2].

Un Américain, M. Bryan, nous conte M. Jules Claretie[226.3], avait fait don, il y a quelques années, à la Bibliothèque de l’Arsenal, d’une magnifique collection de livres romantiques, parmi lesquels se trouvaient un exemplaire du célèbre Paul et Virginie, de Curmer, « sur chine, avec le chiffre de Jules Janin, J.J., couronné de roses, sur la reliure pleine, » et une Notre-Dame de Paris, sur chine également, d’une valeur de quinze mille francs. Un jour on annonça à M. de Heredia, administrateur de ladite

[II.242.226]
  1.  Michaud, op. cit.  ↩
  2.  Jules Janin, ap. Fertiault, les Légendes du livre, pp. 135 et 202. Un autre grand seigneur du même temps, le comte de Labédoyère, dont tous les bouquinistes des quais connaissaient bien « le sac et le chien mouton », s”imaginant qu’il était fatigué de ses livres, les vendit, « puis passa le reste de sa vie à courir après dans les ventes et à les racheter à tout prix, comme autant d’enfants prodigues qui auraient fui de la maison paternelle ». (Firmin Maillard, les Passionnés du livre, p. 125.)  ↩
  3.  Le Journal, numéro du 10 novembre 1903.  ↩

Le Livre, tome II, p. 227-243

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 227.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 227 [243]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228 [244]. Source : Internet Archive.

bibliothèque, un vieux monsieur à l’air fort pauvre, qui désirait lui parler. C’était M. Bryan. Il dit simplement : « Je voudrais revoir mes livres ». On le plaça devant ces belles reliures ; et, en feuilletant celle Notre-Dame de Paris et ce Paul et Virginie, il les regardait avec de tels yeux que M. de Heredia se demanda si le donateur ne rêvait pas de les reprendre. Mais non, il s’éloigna tranquillement. Deux jours plus tard, on apprenait qu’il s’était tué : avant de se donner la mort, il avait tenu à contempler une dernière fois ces livres qui avaient jadis tant réjoui ses yeux.

Une des plus singulières morts que les livres aient causées, c’est celle du marquis de Chalabre (xixe siècle), succombant au désespoir qu’il éprouvait de ne pouvoir se procurer un volume qui n’existait pas, une Bible, « qu’en un moment d’humour, avait inventée Charles Nodier[227.1] ».

[II.243.227]
  1.  Mouravit, op. cit., p. 28. Les bibliophiles ont été plus d’une fois à l’affut de livres introuvables, voire de livres imaginaires et imaginés. « L’heureux mortel qui ferait la trouvaille de l’Historique Description du solitaire et sauvage pays de Médoc, par feu M. de la Boëtie, conseiller du Roy en sa cour de Parlement, à Bordeaux, etc., etc. (Bordeaux, Millanges, 1593, in-12), deviendrait du coup presque célèbre et presque riche. Depuis plus d’un siècle et demi, on cherche cette Historique Description, dont l’existence même a été mise en doute. Le livre est pourtant mentionné, avec son titre très détaillé, dans la Bibliothèque historique. » (Revue bibliographique belge, 1902, citée par le Journal de la Jeunesse, 13 septembre 1902, Supplément.) A propos du marquis de Chalabre, je glane cette anecdote dans l’Histoire de l’imprimerie, de Paul Dupont (t. II, p. 177) : « … Le marquis de Chalabre avait légué sa bibliothèque à Mlle Mars. Cette bibliothèque était réellement du plus grand prix, mais Mlle Mars lisait peu ou plutôt ne lisait pas du tout. Elle chargea Merlin, son ami, de classer les livres du défunt et d’en faire la vente. Merlin s’acquitta de cette mission en toute conscience ; il feuilleta et refeuilleta si bien chaque volume, qu’un jour il entra dans la chambre de Mlle Mars, tenant trente à quarante billets de mille francs, qu’il déposa sur une table. « Qu’est-ce que cela, Merlin ? demanda Mlle Mars. — Je ne sais, Mademoiselle, dit celui-ci. — Comment, vous ne savez ? Mais ce sont des billets de banque. — Sans doute. — Où donc les avez-vous trouvés ? — Mais dans un portefeuille pratiqué sous la couverture d’une Bible très rare. Comme la Bible était à vous, les billets de banque sont aussi à vous. » Mlle Mars prit les billets de banque, qui, en effet, étaient bien à elle, et eut grand peine à faire accepter à Merlin, en cadeau, la Bible dans laquelle les billets de banque avaient été trouvés. Quant aux autres livres, auxquels il semble que cette aubaine inattendue aurait dû servir de rançon, ils n’en furent pas moins vendus aux enchères et à beaux deniers comptants, au profit de la légataire. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 228-244

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228 [244]. Source : Internet Archive.

Pétrarque (1304-1374) mourut en belle place, et comme devrait mourir tout bibliophile. Ses gens s’étonnaient de ne pas le voir sortir de sa bibliothèque : « Il y reste bien longtemps aujourd’hui… Peut-être est-il malade ? » Doucement on entre, on s’approche…. Il était assis près de la fenêtre, un livre entre les mains, sans bouger. « Il dort sans doute…. » Mais non :

Sur son Virgile ouvert le doux Pétrarque est mort[228.1].

Le journaliste Armand Bertin (1801-1854), directeur des Débats, qui possédait une des plus belles

[II.244.228]
  1.  Fertiault, les Légendes du livre, p. 49.  ↩

Le Livre, tome II, p. 229-245

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 229.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 229 [245]. Source : Internet Archive.

collections de livres qui existât, s’éteignit de même dans sa bibliothèque. C’était quelque temps après la mort de sa femme, qu’il chérissait. Très malade, moribond, il s’était fait transporter au milieu de ses livres, avait pris entre ses mains un volume particulièrement aimé de sa défunte compagne, et il le feuilletait, le contemplait, quand la mort vint lui clore les yeux[229.1].

Jacques-Charles Brunet (1780-1867), l’auteur du Manuel du libraire, mourut pareillement, assis dans son fauteuil, au milieu de ses livres, après une longue vie, toute consacrée à l’étude et au travail. Il pouvait se dire et disait de lui-même : « … Si le caractère et l’esprit ont été souvent dominés par le tempérament ; si, par conséquent, je suis resté un homme médiocre, je ne dois pas regarder cela comme un malheur, puisque j’ai été préservé de l’ambition, qui trop souvent tourmente les esprits plus brillants et plus ardents que le mien, et que, satisfait d’une modeste fortune, fruit de travaux utiles, j’ai pu jouir d’une douce indépendance, et couler des jours paisibles, au milieu des agitations qui ont renversé, à côté de moi, tant d’existences en apparence dignes d’envie[229.2] ».

C’est dans sa bibliothèque aussi que mourut le col-

[II.245.229]
  1.  Fertiault, op. cit., p. 28 ; et Drames et Cancans du livre, p. 263.  ↩
  2.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 137-138.  ↩

Le Livre, tome II, p. 230-246

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 230.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 230 [246]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231 [247]. Source : Internet Archive.

lectionneur Motteley (….-1850)[230.1]. il y a un demi-siècle, « Motteley, nous conte M. Firmin Maillard[230.2], était un amateur enragé et jaloux ; chaque porte de son appartement était garnie d’une serrure à secret, et la porte d’entrée, outre la serrure ordinaire, était encore agrémentée d’un énorme cadenas. Il recevait fort peu, n’aimant pas les visites, et se refusait obstinément de faire à sa demeure les réparations les plus urgentes, dans la crainte d’un contact imprévu, mais possible, entre des ouvriers aux mains blanches de plâtras et les superbes reliures de ses livres, lesquels furent seuls témoins de sa mort, qui arriva brusquement, au milieu de la nuit. Son cabinet valait bien cent mille francs, mais on ne découvrit chez lui qu’une somme à peine suffisante pour le faire enterrer. »

Motteley légua à l’État sa bibliothèque, riche en éditions elzéviriennes, en manuscrits à miniatures et en magnifiques reliures françaises et étrangères. Il eut soin, d’ailleurs, dans son testament[230.3], de bien spécifier que cette collection serait placée « dans une galerie ou salon portant cette inscription : Musée bibliographique formé par le bibliophile Motteley » ; et il exigea que le célèbre bibliophile Paul Lacroix[230.4] fût

[II.246.230]
  1.  Cf. Paul Dupont, op. cit., t. II, p. 175.  ↩
  2.  Op. cit., p. 139.  ↩
  3.  Cf. Paul Dupont, op. cit., t. II, p. 176.  ↩
  4.  Paul Lacroix, qui appelle Motteley « le bibliophile par excellence », a donné sur lui d’amusants détails dans la préface des Amoureux du livre de M. F. Fertiault, pp. xxiii et suiv. Voici l’une de ces anecdotes : « Le 24 février 1848, les révolutionnaires (ceux-là mêmes qui ont incendié la bibliothèque de Motteley dans le palais du Louvre, aux derniers soupirs de l’affreuse Commune de 1871) envahirent le Palais-Royal et commencèrent par jeter dans la cour du palais les livres de la Bibliothèque pour en faire un feu de joie. Motteley accourt ; ce n’est plus un bibliophile, c’est un lion, c’est un apôtre : Brûler des livres ! s’écrie-t-il. Vous n’êtes pas des hommes, vous êtes des bêtes brutes ! Vous ne savez donc pas lire ? » On s’empare de lui, on veut le coucher sur un bûcher de livres, auxquels on a mis le feu. « O Voltaire ! crie Motteley, ce ne sont plus les Parlements qui brûlent les livres ; c’est le bon peuple de Paris ! » L’invocation à Voltaire sauva Motteley et la Bibliothèque du Palais-Royal. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 231-247

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231 [247]. Source : Internet Archive.

spécialement chargé de rédiger une notice sur sa bibliothèque, et d’en composer le catalogue, à l’adresse de la postérité, travail important, qui devra être, ajoutait-il, « rémunéré d’une manière digne du gouvernement français ».

Ces admirables livres de Motteley, qui avaient été déposés à la Bibliothèque du Louvre, furent dévorés par le feu, durant les incendies de mai 1871.

Parmi les bibliophiles et savants morts des chutes qu’ils ont faites, du haut d’un escabeau ou d’une échelle, en essayant d’atteindre quelque rayon supérieur de leur bibliothèque, — tués ainsi et aussi au champ d’honneur, — on nomme l’illustre bibliothécaire de Dresde, F. A. Ebert (1791-1834)[231.1] ; le marquis de Morante (1808-1868), bibliophile espa­gnol[231.2] ;

[II.247.231]
  1.  Graesel, Manuel de bibliothéconomie, p. 15.  ↩
  2.  Fertiault, les Légendes du livre, pp. 64 et 193.  ↩

Le Livre, tome II, p. 232-248

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 232.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 232 [248]. Source : Internet Archive.

« le zélé Rover (….-….), mort à quatre-vingt-deux ans, d’une chute qu’il fit en prenant un de ces volumes au milieu desquels il passa sa vie dans la plus sauvage retraite[232.1] ».

Le savant historien et épigraphiste allemand Théodore Mommsen (1817-1903), s’étant rendu, un soir de janvier 1903, dans sa bibliothèque, avec une bougie à la main, communiqua le feu à ses longs cheveux blancs, et fut très grièvement brûlé à la tête et au visage[232.2]. Il mourut le 1er novembre suivant.

Un des plus curieux types de « bibliolâtres » qui

[II.248.232]
  1.  Mouravit, op. cit., p. 136, n. 2. A propos des échelles destinées à atteindre les rayons supérieurs des bibliothèques, citons l’anecdote suivante, contée par le Dr Véron, dans ses Mémoires d’un bourgeois de Paris, t. II, p. 249 (Paris, Librairie nouvelle, 1856) : « M. Corbière (le comte de Corbière [1767-1853], qui fut ministre sous la Restauration) ne se calmait sur la politique qu’en rangeant et dérangeant les livres de sa bibliothèque. Un député d’une certaine importance, qui avait obtenu une audience, arrive à l’heure indiquée : il est introduit chez le ministre. Il le cherche partout, et le trouve enfin dans sa bibliothèque, sur une échelle double, occupé de ses livres. Le député, pour ne pas contrarier le ministre en le forçant de descendre, n’hésita pas à monter de l’autre côté de l’échelle, jusqu’à ce qu’il se trouvât face à face avec M. Corbière. C’est ainsi que se passa l’audience. Rien de plus plaisant et de plus grotesque que ce ministre et le solliciteur en haut de l’échelle, gesticulant et s’adressant à bout portant des demandes et des réponses. »  ↩
  2.  Le Journal, numéro du 27 janvier 1903.  ↩

Le Livre, tome II, p. 233-249

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 233.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 233 [249]. Source : Internet Archive.

aient existé fut Antoine Magliabecchi (1633-1714), de Florence, « l’un des hommes les plus extraordinaires de son siècle[233.1] ». Né « dans la dernière classe du peuple », Magliabecchi avait commencé par être au service d’un marchand de fruits et de légumes[233.2]. Quoiqu’il ne sût pas lire, une espèce d’instinct lui tenait sans cesse les yeux fixés sur les maculatures et les feuilles des vieux livres destinées à envelopper la marchandise vendue. Un libraire du voisinage, ayant remarqué cette particularité, interrogea l’enfant, qui lui avoua combien il s’ennuyait chez le marchand fruitier, et quelle serait sa joie s’il pouvait être à son service, dans une maison pleine de livres. Il obtint cette faveur, et son nouveau maître reconnut bientôt combien il avait lieu de s’applaudir de son acquisition ; car le jeune apprenti, par sa mémoire incroyable, fut, au bout de quelques jours, en état de trouver plus promptement que le libraire lui-même tous les livres qu’on lui demandait. Ce fut là qu’il apprit à lire et qu’il connut Michel Ermini, bibliothécaire du cardinal de Médicis, qui l’aida de ses conseils et de ses leçons. Sous la di-

[II.249.233]
  1.  Dit la Biographie universelle de Michaud, à qui j’emprunte la plupart des détails qui suivent.  ↩
  2.  D’autres biographes font de lui un orfèvre. « A l’âge de quarante ans, Antonio Magliabecchi était encore ce que le hasard de la naissance l’avait fait, un simple orfèvre, qui habitait une boutique bien achalandée sur le Pont-Vieux. (Dr Hœfer, Nouvelle Biographie générale.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 234-250

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 234.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 234 [250]. Source : Internet Archive.

rection de ce maître, il fit de rapides progrès. Il étudiait sans cesse, et il était doué d’une mémoire si heureuse, qu’il n’oubliait, pour ainsi dire, rien de ce qu’il avait lu. Il devint bientôt « l’oracle des savants » : il répondait à toutes leurs questions avec une précision admirable, citant l’auteur, l’édition et la page même où l’on pouvait trouver la solution des difficultés qu’on lui proposait. Aussi le Père Angelo Finardi trouva[234.1], dans les mots Antonius Magliabecchius, l’anagramme Is unus bibliotheca magna : « Celui-ci est, à lui seul, une grande bibliothèque ».

Le grand-duc Cosme III, informé du mérite de ce jeune homme, le nomma conservateur de la bibliothèque qu’il venait d’établir dans son palais, et l’autorisa en même temps à faire copier les manuscrits de la Laurentienne qu’il croirait utiles au public. Magliabecchi se trouva là dans son élément ; mais l’immense quantité de livres dont il était entouré ne suffisait pas à son insatiable avidité. Non seulement il parvint à retenir la place où était chaque livre dans ces deux vastes bibliothèques, de manière à pouvoir le retrouver au besoin les yeux fermés, mais il voulut se rendre aussi familières les autres bibliothèques principales de l’Europe. Bien qu’il ne se fût jamais éloigné de Florence que de quelques lieues, il vint à bout, par la lecture des catalogues, tant im-

[II.250.234]
  1.  Avec un peu de bonne volonté, et en donnant aux mots une légère entorse.  ↩

Le Livre, tome II, p. 235-251

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 235.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 235 [251]. Source : Internet Archive.

primés qu’inédits, par sa correspondance et par ses entretiens avec les plus savants voyageurs, de connaître mieux que personne tous les grands dépôts littéraires ; et sa mémoire prodigieuse les lui rendait toujours présents. On raconte, à ce sujet, qu’un jour le grand-duc lui ayant demandé un ouvrage fort rare, Magliabecchi lui répondit :

« Monseigneur, il m’est impossible de vous le procurer ; il n’y en a au monde qu’un exemplaire, et cet exemplaire se trouve à Constantinople, dans la bibliothèque du Grand Turc : c’est le septième volume de la deuxième armoire du côté droit, en entrant. »

Magliabecchi « avait une manière particulière de lire ou plutôt de dévorer les livres. Quand un ouvrage nouveau lui tombait sous la main, il examinait le titre, puis la dernière page, parcourait les préfaces, dédicaces, tables, jetait un coup d’œil sur chacune des divisions principales, et avait alors assez vu pour être en état de rendre compte non seulement de ce que le livre contenait, mais encore des sources où l’auteur avait puisé.

« Devenu bibliothécaire, Magliabecchi ne changea rien à ses habitudes ; il était toujours négligé dans sa mise, et il avait pour tout ameublement deux chaises et un grabat sur lequel il passait le petit nombre d’heures qu’il ne pouvait pas dérober au sommeil ; le plus souvent même il dormait tout ha-

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