Le Livre, tome III, p. 125-139

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125 [139]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

III. L’Impression

L’imprimerie « mûre en naissant » ; sa glorification. — Incunables : leurs caractères distinctifs. Création ou apparition des lettres j et v, des points sur les i, des virgules et autres signes de ponctuation. — Marques des anciens imprimeurs. — « Ménagez vos yeux » : pas de livres imprimés en caractères trop fins. — Le point typographique. Œil d’une lettre ; corps ; hauteur en papier ; talus ; approche ; queue ; pleins ; déliés ; obit ou apex, empattement ; espaces ; cadrats ; cadratins ; demi-cadratins ; garnitures ou lingots, etc. — Anciens noms des caractères d’imprimerie avec leur force de corps. — Caractères : romain (romain Didot, Raçon, Plon, Grasset, etc. ; caractères distinctifs de l’Imprimerie nationale) ; elzevier, italique. — Caractères de fantaisie : allongée, alsacienne, antique, classique, égyptienne, italienne, latine, normande, etc. — Casse. — Police des lettres. — Encre d’imprimerie. — Empreintes. Clichage et stéréotypie. Procédé anastatique. — Machine à composer : linotype, électrotypographe, etc. — Avilissement de la librairie. — La correction typographique. — Plus de correcteurs. — Aucun livre sans faute. — Millésime. — Foliotage. — Aberrations typographiques. Modern style. — Index alphabétique. Table des matières. — Rapports de la typographie avec les facultés visuelles : pas de caractères inférieurs au « huit » ; pas de lignes trop longues ; interlignage. Encore une fois : « Gare à vos yeux ! »

L’imprimerie, cette invention qui, selon le mot de Louis XII, « semble estre plus divine que humaine[125.1] »,

[III.139.125]
  1.  Déclaration du 9 avril 1513. Cf. G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 28, qui constate encore (p. 2) que « l’art typographique…, cette admirable invention était regardée comme l’œuvre de la divinité même, » et (p. ij) que, « dès ses premières œuvres, l’imprimerie fut divinisée ». « Typographia, Deorum manus et munus, imo ipsa, cum mortuos in vitam revocet, omnino diva est. » (Casp. Klock, De Ærario, I, xix, 43, ap. G.-A. Crapelet, op. cit., p. ij, n. 1.) « Dès 1460, dit M. Gustave Mouravit (le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 160, n. 1), Jean Temporarius écrivait de sa main, sur un exemplaire du De Officiis de Fust et Schoeffer (Metz, 1456) : « Typographia donum Dei præstantissimum. » Le Bulletin du bibliophile (9e série, p. 237) a reproduit tout entière cette note fort curieuse. On peut en rapprocher ces vers de Claude-Louis Thiboust, le poète typographe du xviiie siècle :
    •  Hæc ars fata domat, mentes hæc luce serenat,
      Doctorum hæc merito gloria et orbis amor ;

     distique qui a été ainsi traduit par Charles Thiboust, fils de Claude-Louis :

    •  Cet art ingénieux sait braver le destin ;
      Par son secours l’esprit en devient plus divin ;
      Il conduit les savants au Temple de Mémoire ;
      Il fait de l’univers et l’amour et la gloire.

     (Typographiæ excellentia, pp. 20 et 21 ; Paris, 1734, in-8.) Voir aussi l’éloge de l’imprimerie, « invention divine », ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 568, 569, 570, 571, 602, 634, 750, 827, 879, 888, 904. Joachim du Bellay (1524-1560) appelait « excellemment » l’imprimerie « sœur des Muses » et aussi dixième Muse ». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XIII, p. 308.) Étienne Pasquier (1529-1615), dans ses Recherches de la France (chap. xx et lxvi ; t. I, p. 136, et t. II, p. 205 ; Paris, Didot, 1849), fait également grand éloge de l’imprimerie, « qui baille vie aux bonnes lettres ». Louis XIV déclare, dans un édit de 1649, « l’imprimerie le plus beau et le plus utile de tous les arts ». (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 827.) En tête de son Manuel typographique (t. I, p. iv). Fournier le Jeune a inscrit — et modifié comme il suit — les vers bien connus de la Pharsale de Brébeuf :

    •  C’est de Dieu que nous vient cet art ingénieux
      De peindre la parole et de parler aux yeux.

     Plus loin (t. I, p. vij), il dit que l’imprimerie est « regardée à juste titre comme un présent du ciel ». Et Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii ; t. I, p. 216 ; Paris, Hachette, 1860) : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution-mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; » etc. (Cf. notre tome I, p. 109, où, après cette déclaration de Victor Hugo, se trouve une importante remarque de Michelet.) « Dans les divers pays où l’imprimerie est introduite, on peut juger, dès son origine, de l’état de la civilisation de chacun d’eux par la nature des ouvrages qu’elle publie, et l’histoire de l’esprit humain est inscrite tout entière dans ta bibliographie. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 736.) De nombreux poèmes ont été consacrés à la glorification de l’imprimerie. Nous citions, il y a un instant, le poème latin de Claude-Louis Thiboust (1667-1737), Typographiæ excellentia, qui a été composé et imprimé par lui en 1718, et dont les trois courtes sections ont respectivement pour titre : Liquator (le Fondeur), Compositor (le Compositeur), Typographus (l’Imprimeur) ; il donne une idée exacte de ce que l’imprimerie était alors. On trouvera ces vers (moins le distique que nous avons reproduit tout à l’heure, et qui termine ce petit poème) dans l’Essai sur la typographie d’Ambroise Firmin-Didot (col. 899 et s.), avec la traduction qu’en a faite, et publiée en 1754, le fils de l’auteur, Charles Thiboust. Dans ce même ouvrage (col. 846), on trouvera aussi un fragment d’une Épitre sur le progrès de l’imprimerie, par Didot fils aîné [Pierre Didot], publiée en 1784, et qu’il a « adressée à son père ». Rappelons qu’Ernest Legouvé (1807-1903), le fils du chantre du Mérite des Femmes, a débuté par une pièce de vers sur l’Invention de l’imprimerie, qui obtint le prix de poésie à l’Académie française en 1829 (cf. Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, t. I, p. 62) ; et qu’à cette même date, Hégésippe Moreau (1810-1838), futur typographe, composa une épître Sur l’imprimerie, dédiée à M. Firmin-Didot. Il est même probable que cette épitre fut, sinon présentée, du moins originairement destinée au susdit concours académique, où, parmi les concurrents, figurèrent : L. Pelletier, dont le poème (bien mauvais, mais accompagné de notes intéressantes), parut en 1832, sous le titre la Typographie (cf. p. 200) ; « Bignan, le lauréat perpétuel de l’Académie française ; Mme Tastu, presque célèbre ; Saintine, qui avait résumé le sujet par cette heureuse comparaison :

    •  Voilà donc le levier
      Qu’Archimède implorait pour soulever le monde ! »

     (René Vallery-Radot, Œuvres complètes de Hégésippe Moreau, Introduction, t. I, pp. 24-25.) Citons encore le drame en cinq actes et en vers d’Édouard Fournier (1819-1880), Gutenberg, représenté à l’Odéon, le 8 avril 1869. En opposition et comme contre-partie, signalons la célèbre tirade de Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs (Œuvres complètes, t. I, p. 18 ; Paris, Hachette, 1862) : « Le paganisme, livré à tous les égarements de la raison humaine, a-t-il laissé à la postérité rien qu’on puisse comparer aux monuments honteux que lui a préparés l’imprimerie, sous le règne de l’Évangile ? Les écrits impies des Leucippe et des Diagoras sont péris avec eux ; on n’avait point encore inventé l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain ; mais, grâce aux caractères typographiques…. A considérer les désordres affreux que l’imprimerie a déjà causée en Europe, à juger de l’avenir par le progrès que le mal fait d’un jour à l’autre, on peut prévoir aisément que les souverains ne tarderont pas à se donner autant de soins pour bannir cet art terrible de leurs États, qu’ils en ont pris pour l’y introduire…. » La prévision ou prédiction ne s’est guère réalisée ; on pourrait même presque dire que c’est l’inverse qui s’est produit, que c’est l’imprimerie, « cet art terrible », qui a « banni », ou est en train de bannir, les souverains de leurs États, et d’implanter partout la démocratie. Citons encore, dans le même ordre d’idées, le mot du comte de Salaberry (1766-1847), député de Loir-et-Cher sous la Restauration, et si fameux alors par son esprit rétrograde, son royalisme exalté et son intolérance : « L’imprimerie est la seule plaie dont Moïse ait oublié de frapper l’Égypte ». (Cf. Charles de Rémusat, Correspondance, t. I, p. 375, note ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 126-140

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.

atteignit, dès l’origine et presque d’emblée, un degré de perfection qu’elle n’a depuis jamais dépassé. « Le Livre mériterait la devise Nascendo maturus,

Le Livre, tome III, p. 127-141

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.

mûr en naissant qui accompagnait, au xvie siècle, les portraits de Gaston de Foix, et formait la légende d’un emblème : une plante aussitôt mûre que

Le Livre, tome III, p. 128-142

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.

poussée…. On peut dire que, dès l’instant où Gutenberg eut l’idée de séparer les caractères, de les placer dans la forme en alignant des mots, d’encrer

Le Livre, tome III, p. 129-143

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

le tout et de tirer sur papier une épreuve de la composition ainsi obtenue, le Livre était parfait. Tout au plus pouvait-on entrevoir, dans un temps prochain, quelques modifications de détail ; l’imprimerie était mûre, mûre en naissant[129.1]. »

Et l’on peut dire encore que nulle part, dans ces

[III.143.129]
  1.  Henri Bouchot, le Livre, l’Illustration, la Reliure, p. 10. Ailleurs, dans son ouvrage sur la Lithographie, pages 249 et 276, le même écrivain généralise en ces termes la remarque ci-dessus : « C’est une loi des arts graphiques de naître à peu près parfaits ; la typographie, la gravure en taille-douce, la taille sur bois, n’ont bénéficié que de petits progrès de détail ; leur principe demeure invariable…. Malgré les transformations apportées par les presses à vapeur, les artistes [imprimeurs lithographes] s’en tiennent encore au vieil instrument [la presse à moulinet], comme on en est resté, pour l’impression des livres de bibliophiles, aux outils de Gutenberg, tout primitifs et tout simples. » De même, la peinture à l’huile : « En vérité, comme l’a dit Fromentin [Eugène Fromentin : 1820-1876], il semble que, sous le pinceau de cet homme [Jean Van Eyck : 1390-1441], l’art de peindre ait dit son dernier mot, et cela dès sa première heure. » (A.-J. Wauters, la Peinture flamande, p. 55.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 130-144

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130 [144]. Source : Internet Archive.

premiers temps, on n’a fait mieux qu’en France. Le plus ancien historien de l’imprimerie parisienne, André Chevillier (1636-1700), invoquant l’autorité d’un écrivain d’outre-Rhin, le constate en ces termes : « Si les Allemands ont eu la gloire d’avoir inventé l’imprimerie et de l’avoir pratiquée les premiers, les Français ont eu celle de s’être distingués dans cet art, et de l’avoir porté jusqu’au point de sa dernière perfection. Un savant Allemand, Henry Meibomius [1555-1625], qui écrivit, l’année 1604, le Chronicon Riddaghusense, en tombe d’accord, quand il dit : « Quod scribendi genus ut Moguntiæ in Germania inventum, ita apud Italos excultum, et in Galliis demum perfectum est ». Ce sont les Français qui ont fait les plus beaux ouvrages de l’imprimerie[130.1]. »

Une autre particularité à noter, c’est que l’invention de l’imprimerie, en même temps qu’elle donnait au Livre, dont elle abaissait considérablement le prix de revient et par suite le prix de vente, une soudaine et très grande extension, en amoindrissait aussi les mérites artistiques et la somptuosité. C’est, du reste, une règle générale et infaillible : ce qu’on gagne en quantité on le perd en qualité. Dans son bon petit ouvrage sur l’Art de la reliure en France[130.2],

[III.144.130]
  1.  André Chevillier, l’Origine de l’imprimerie de Paris, page 58.  ↩
  2.  Pages 41-43.  ↩

Le Livre, tome III, p. 131-145

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 131.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 131 [145]. Source : Internet Archive.

Édouard Fournier (1819-1880) accompagne cette remarque des intéressants développements que voici :

« La découverte de l’imprimerie, qui popularisa le Livre, porta, par contre, un terrible coup à son luxe. Il lui fallut subir le sort de tout ce qui se démocratise ; il dut, pour pénétrer enfin chez le peuple, se faire plus humble d’apparence, plus simple d’habit. Chez les grands seigneurs et dans les abbayes, il ne changea rien d’abord, il est vrai, à sa magnificence extérieure. Ainsi Louis de Bruges, sire de la Gruthuyse [1422-1492], dont Louis XII acheta la bibliothèque, continua à faire revêtir ses volumes de velours uni ou ciselé et de diverses cou­leurs[131.1], par d’habiles ouvriers, dont Livin Stuart[131.2] semble avoir été le plus expert[131.3] ; ainsi l’abbé de Saint-Bavon, Livin Huguenois, célébré par Érasme, ne se départit pas non plus de la somptueuse habitude qu’il avait prise de ne posséder que des livres illustrés de peintures et habillés d’or et de soie, bysso auroque.

[III.145.131]
  1.  Cf. Van Praet, Recherches sur Louis de Bruges, p. 81. (Paris, 1831.)  ↩
  2.  Cf. Paulin Paris, Manuscrits français de la Bibliothèque impériale, t. I, pp. 59-65 ; t. II, pp. 314-323 ; et baron de Saint-Genois, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Gand, page 46.  ↩
  3.  « Son nom indique qu’il était d’Écosse, où l’on comptait alors, en effet, d’excellents relieurs. Les Anglais avaient aussi excellé dans la reliure au moyen âge. Parmi les dix relieurs de Paris qui figurent dans la taille de 1272, deux sont Anglais. » (Édouard Fournier, op. cit., ibid.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 132-146

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132 [146]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

Mais, ailleurs, chez les lecteurs nouveaux que la vulgarisation du livre avait fait surgir, et qui s’étaient multipliés avec lui, il fallut, comme je l’ai dit, que, devenu chose du peuple, il se présentât dans un déshabillé plus populaire.

« Tout changea en lui. Dans l’intérieur des volumes, le papier de chiffon, depuis longtemps connu, mais presque toujours dédaigné, remplaça le parchemin, et, en revanche aussi, le parchemin, qui n’avait guère osé jusqu’alors se montrer que sur les cahiers et les livres d’écoliers, remplaça sur les couvertures le velours et la soie. »

Décrire les origines — origines si confuses et si obscures — de l’imprimerie, en retracer l’histoire, excéderait le cadre de notre travail, où nous avons surtout pour but d’examiner les résultats acquis, d’étudier l’œuvre effectuée, le Livre, dans ses principaux éléments, et de rechercher les meilleurs moyens de le mettre à profit et d’en jouir[132.1].

[III.146.132]
  1.  Pour l’étude des origines de l’imprimerie, nous indiquerons spécialement, outre le volume d’André Chevillier, que nous venons de mentionner, les ouvrages suivants : G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, tome I (le seul paru) ; Paris, Crapelet, 1837 ; in-8. (C’est un des livres les plus consciencieux, les plus soignés et les meilleurs qu’on ait publiés sur l’imprimerie : « cet ouvrage, que tout imprimeur doit étudier, fut malheureusement interrompu par la mort de l’auteur, typographe instruit et passionné pour son art, » dit Ambroise Firmin-Didot, dans son Essai sur la typographie, col. 740, note 3.) — Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques (Bibliothèque de poche) ; Paris, Delahays, 1857 ; in-16. (La première édition est de 1846.) — Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie (Extrait du tome XXVI de l’Encyclopédie moderne) ; Paris, Didot, 1851 ; in-8. — Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts et professions qui se rattachent à la typographie…, Paris, Delahays, s. d. [1851] ; in-8. — Auguste Bernard, De l’origine et des débuts de l’imprimerie en Europe ; Paris. Imprimerie impériale, et chez Jules Renouard et Cie, 1853 ; 2 vol. in-8. — Mlle Pellechet, Catalogue général des incunables des bibliothèques de France, tomes I et II ; Paris, Alphonse Picard, 1897 et suiv. ; « chef-d’œuvre de la nouvelle école bibliographique », a dit, en parlant de cet ouvrage, M. Léopold Delisle (Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, Introduction, t. I, p. lxxvi). — A. Christian, directeur de l’Imprimerie nationale, Origines de l’imprimerie en France, Conférences faites les 25 juillet et 17 août 1900 ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 ; in-4. — Et surtout le grand et magistral ouvrage de M. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France au xve et au xvie siècle ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 et suiv. ; tomes I, II et III, in-4 (en cours de publication). — Le journal la Presse, du 25 février 1837, retrace en ces termes les diverses phases de l’imprimerie : « Durant le premier siècle qui en a suivi la découverte, l’imprimerie apparaît sous la forme d’un missel ; sous la forme d’un pamphlet, le siècle suivant ; plus tard, elle a été petit livre bien libertin, et in-folio bien lourd. Un journal, à cette heure, en est le symbole. » A la suite de cette citation, Crapelet (op. cit., p. 313, n. 1) ajoute : « Ne pourrait-on pas dire aussi, avec plus de justesse peut-être, que l’imprimerie a été religieuse à sa naissance ; religieuse et littéraire dans sa jeunesse ; littéraire et politique dans sa maturité et sa vieillesse ; et que, politique et industrielle maintenant, elle est parvenue à la décrépitude ?… »  ↩

Le Livre, tome III, p. 133-147

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.

Après quelques détails sur les premiers livres imprimés, les incunables, nous aborderons donc le côté pratique de notre sujet.

On appelle incunables (du latin incunabulum, berceau), ou encore, mais plus rarement, paléotypes (παλαιός, ancien, et τύπος, modèle, type), les livres

Le Livre, tome III, p. 134-148

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

imprimés depuis l’origine de l’imprimerie (1450 environ) jusqu’en l’an 1500 inclusivement[134.1].

Les incunables ont pour principaux caractères distinctifs :

1º L’épaisseur, l’inégalité et la teinte jaunâtre du papier.

2º L’irrégularité et la grossièreté des caractères typographiques, très frappantes notamment dans les types romains sortis des presses italiennes ; mais ces défauts ne subsistèrent pas longtemps, et les caractères acquirent bientôt, comme nous venons de le dire, un degré de perfection qui n’a pas été surpassé.

[III.148.134]
  1.  Les incunables, aujourd’hui si prisés et si recherchés, n’ont été jadis que trop souvent méconnus, dédaignés et dilacérés. « Au xviie siècle encore, dit Vigneul-Marville, un bon bibliothécaire de la ville d’Orléans parcourait les boutiques [d’épicerie] pour sauver de la fatale balance ces prétendus fatras. Quant aux incunables de Saint-Nicolas-du-Port, il est avéré qu’il y a une cinquantaine d’années [vers 1810], à Nancy, une dame, voulant se procurer une robe, vendit aux brocanteurs un rayon de la bibliothèque de son mari, rayon composé en partie de plaquettes imprimées à Saint-Nicolas, de format in-16. Ces plaquettes ont été vues et touchées, mais leurs possesseurs ultérieurs sont restés ignorés. » (Edmond Werdet, Histoire du livre en France, t. IV, p. 184, n. 1.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 135-149

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135 [149]. Source : Internet Archive.

3º L’absence de signatures, de réclames[135.1], de pagination, et, dans les plus anciens incunables, de registre, c’est-à-dire de la table indicatrice des cahiers composant l’ouvrage : ces cahiers étaient indiqués par les premiers mots de leur première page[135.2].

4º L’absence de titre séparé ou frontispice[135.3] : le titre, ou plutôt le sujet du livre, se trouvait énoncé au début du texte, dans ce qu’on nomme la suscription ou l’incipit ; c’est par ce dernier mot, ou par son équivalent : Cy commence… que commençait le plus souvent le texte. « C’est vers 1476 ou 1478 qu’on a commencé à imprimer les titres de livres sur un feuillet séparé, et les titres des chapitres se voient déjà dans les Épitres de Cicéron, de 1470[135.4]. »

5º L’absence du nom de l’imprimeur, du lieu et de la date de l’impression : ces indications ne tardèrent pas à figurer à la dernière page des volumes, dans un paragraphe final appelé souscription ou explicit (qui signifie finit, se termine, est déroulé ; sous-entendu le mot volume, et par allusion aux anciens manuscrits, qui avaient la forme de rou­leaux[135.5] :

[III.149.135]
  1.  Sur la signification de ces mots, voir supra, p. 96.  ↩
  2.  Cf. ce qui est dit ci-dessus (p. 97, n. 2), à propos de l’imposition au début de l’imprimerie.  ↩
  3.  « Frontispice : titre orné de figures gravées ou imprimées. » (Littré, op. cit.) Voir infra, p. 214, n. 2.  ↩
  4.  Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, p. 72, n. 1.  ↩
  5.  Cf. notre tome I, page 57.  ↩

Le Livre, tome III, p. 136-150

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 136.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 136 [150]. Source : Internet Archive.

c’est par ce mot Explicit… ou Cy finist… que ce dernier paragraphe commençait d’ordinaire), opposé à suscription et à incipit. La souscription porte aussi les noms d’adresse et de colophon (κολοφών, achèvement). M. Henri Bouchot[136.1] et, après lui, M. Édouard Rouveyre[136.2] emploient aussi dans ce sens le mot signature, qui, en bibliographie, désigne spécialement les lettres ou chiffres placés en pied de la première page de chaque feuille, et peut, par conséquent, prêter ainsi à confusion.

6º La quantité d’abréviations : un ƶ pour la conjonction et ; — une sorte de 3 ou de 9 pour la particule latine cum ou la particule française con, et pour la finale de certains mots : te ou te = tecum ; neq = neque ; quib = quibus ; no = nous ; vo = vous ; etc. ; — le q avec la partie inférieure traversée par un trait en forme de croix pour signifier quam ou quod ; — le signe  correspondant au latin rum : nostro = nostrorum ; angelo = angelorum ; quo = quorum ; ea = earum ; ut = utrumque ; etc. ; — la fréquente suppression de certaines lettres remplacées par un petit trait horizontal, appelé titre[136.3], placé au-dessus du mot ainsi abrégé : nr̃e pour notre ; bõs pour bons ; presẽt ou même pr̃s̃t pour

[III.150.136]
  1.  Le Livre, l’Illustration, la Reliure, pp. 33, 36, 56 et 103.  ↩
  2.  Connaissances nécessaires à un bibliophile, 5e édit., t. II, p. 204.  ↩
  3.  En latin titulus ; en espagnol tilde (ñ, n tilde) : cf. Littré, op. cit., art. 2. Titre.  ↩

Le Livre, tome III, p. 137-151

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 137.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 137 [151]. Source : Internet Archive.

présent ; lẽq̃l pour lequel ; Dñs pour Dominus ; etc.[137.1]. Ces modes d’abréviation provenaient des manuscrits, où ils étaient en nombre bien plus considérable encore. Une partie des syllabes, parfois toutes les lettres d’un mot, sauf la première, étaient supprimées. Ainsi, dans un manuscrit connu sous le nom de Virgile d’Asper, qu’on date du xie siècle, et actuellement à la Bibliothèque nationale, le texte est écrit de telle sorte qu’il faut, pour le lire, le connaître par cœur. Le premier vers des Bucoliques y est représenté sous cette forme :

Tityre, t. p. r. s. t. f.

pour :

Tityre, tu patulæ recubans sub tegmine fagi.

Ces abréviations, où une ou deux lettres initiales servent à exprimer un mot entier, portent le nom de sigles[137.2]. Les sigles étaient très fréquemment usités non seulement dans les manuscrits, mais dans les inscriptions lapidaires, sur les médailles, etc. Quant aux notes tironiennes, ce sont aussi de simples lettres, initiales ou médianes, employées pour figurer des mots entiers et abréger l’écriture. Ce nom vient de Tullius Tiro, affranchi de Cicéron, qui perfectionna ce système de sténographie[137.3].

[III.151.137]
  1.  Cf. L.-A. Chassant, Dictionnaire des abréviations latines et françaises…. (Paris, Aubry, 1866.)  ↩
  2.  De siglæ, contracté de singulæ : — singulæ litteræ : cf. Littré, op. cit., art. Sigle.  ↩
  3.  Cf. Ludovic Lalanne, op. cit., pp. 46 et s.  ↩

Le Livre, tome III, p. 138-152

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138 [152]. Source : Internet Archive.

7º La rareté des alinéas et des chapitres.

8º L’absence de lettres capitales au commencement des chapitres ou divisions : dans les premiers temps, les imprimeurs laissaient en blanc la place de ces grandes lettres, qui étaient mises à la main par des calligraphes et rubricateurs[138.1].

9º L’absence de signes de ponctuation.

10º Des traits obliques au lieu de points sur les i.

Etc., etc.[138.2].

Les lettres minuscules j et u se confondaient autrefois respectivement avec l’i et le v. C’est Louis Elzevier qui, établi à Leyde en 1580, a introduit en typographie la distinction entre l’i et le j, et entre l’u et le v minuscules. Quant aux majuscules J et U remplaçant I et V, elles furent créées, en 1619, par l’imprimeur strasbourgeois Lazare Zetner[138.3].

Les points sur les i datent, paraît-il, du commencement du xie siècle. C’est alors « qu’on s’aperçut qu’il serait bon, pour faciliter la lecture des manuscrits, de faire usage de ce point, afin de ne pas confondre un m avec in ou un ni ». Mais ce n’est que

[III.152.138]
  1.  De rubricare, rubrum facere, peindre en rouge : de rubrica, rubrique, sanguine, craie rouge, etc. Cf. Ducange, Glossarium ↩
  2.  Sur les caractères distinctifs des incunables, cf. Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, pp. 72 et s. ; et Jules Cousin, De l’organisationdes bibliothèques publiques et privées, pp. 97-103.  ↩
  3.  Cf. Émile Javal, Physiologie de la lecture et de l’écriture, p. 19, n. 1 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 629.  ↩

Le Livre, tome III, p. 139-153

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 139.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 139 [153]. Source : Internet Archive.

depuis l’an 1350 que cet usage s’est généralisé. « Il a donc fallu deux siècles pour vulgariser cette réforme[139.1]. »

« Joseph Scaliger prétend qu’Alde Manuce est le premier qui a introduit dans le latin la virgule, le point-virgule et l’accent grave, et qu’avant lui, personne n’en avait fait usage. Cette assertion demande une explication, car elle donnerait à entendre qu’avant Alde il n’existait ni virgule, ni accent, ce qui serait faux. La virgule a été inventée dans le viiie siècle, et le point-virgule dans le ixe ; les autres marques de repos le furent ensuite…. Ainsi l’on voit que les signes de ponctuation sont plus anciens que la découverte de l’imprimerie ; mais leur désignation actuelle, c’est-à-dire la valeur que nous leur donnons, est assez moderne. D’ailleurs ils étaient fort rares ancien­nement[139.2], » et, comme nous le disions il y a un instant, on n’en trouve pas dans les livres du xve siècle, dans les incunables.

Quant aux points suspensifs, « ils sont d’invention moderne », remarque Ernest Legouvé, qui ne les appelle jamais que « petits points »[139.3]. « Vous n’en trouverez pas un seul exemple avant le xviiie siècle,

[III.153.139]
  1.  Mémorial de la librairie française, 20 janvier 1905, p. 41.  ↩
  2.  Gabriel Peignot, op. cit., p. 73, n. 1.  ↩
  3.  Cette locution « petits points », dans le sens de points suspensifs, ne se trouve ni dans Littré, ni dans Hatzfeld, ni dans Larousse, dans aucun dictionnaire ni traité de typographie.  ↩

Le Livre, tome III, p. 140-154

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 140.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 140 [154]. Source : Internet Archive.

continue-t-il[140.1]. Que représentent les petits points ? Une phrase inachevée…. Diderot est le premier que je vois en faire usage, et abus…. Laharpe disait : « Diderot multiplie les petits points dans le dialogue écrit, pour qu’il représente plus au naturel le dialogue parlé ». Scribe, de notre temps, a été le grand inventeur des petits points[140.2]. »

Les anciens imprimeurs et éditeurs avaient tous des marques typographiques, allégoriques le plus ordinairement, sortes d’ « armes parlantes », accompagnées de devises, dont ils ornaient les titres et frontispices de leurs livres. Elles avaient pour but de préserver ces publications des contrefaçons, but que fréquemment elles n’atteignaient guère, « ce brigandage (la contrefaçon) étant aussi ancien que l’impri­merie[140.3] ». Beaucoup d’éditeurs et quelques

[III.154.140]
  1.  Ernest Legouvé, l’Art de la lecture, p. 71. C’est par une erreur évidente que Legouvé a écrit en cet endroit : « Vous n’en trouverez pas un seul exemple dans le xviie siècle ni dans le xviiie siècle », puisque, ailleurs, dans la Lecture en action, page 58, il déclare que c’est Diderot (1713-1784) qui a, le premier, fait usage des points suspensifs.  ↩
  2.  Id., la Lecture en action, pp. 57-58. II y a là encore une flagrante inexactitude d’expression : Scribe n’a pas été l’inventeur — ni petit ni grand — des points suspensifs ; il en a seulement beaucoup usé.  ↩
  3.  Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., pp. 97, 99 et 100.  ↩

Le Livre, tome III, p. 141-155

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141 [155]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142 [156]. Source : Internet Archive.

imprimeurs d’aujourd’hui ont des marques analogues, monogrammes ou vignettes, qu’ils placent au-dessus de leur firme[141.1], c’est-à-dire du nom et de l’adresse de leur maison[141.2].

Voici quelques-unes de ces anciennes marques, dont, le plus souvent et pour abréger, j’ai supprimé la devise, presque toujours « héroïque » ou à équivoque :

Les Alde (Alde Manuce : 1449-1515) avaient pour marque une Ancre, autour de laquelle était enroulé un dauphin ;

Arnould et Charles Angelier (1542)[141.3] : deux Anges liés ;

[III.155.141]
  1.  De l’anglais firm : du bas-latin firma, convention, maison de commerce, raison sociale. Daupeley-Gouverneur, (le Compositeur et le Correcteur typographes, p. 180) écrit à tort « le firme » : ce mot est du féminin : cf. Littré, op. cit., Supplément.  ↩
  2.  « Il y a vingt-cinq ans, j’étais fondeur en caractères, et je préparais un spécimen pour l’Exposition. Je cherchais à imiter nos anciens et à trouver une devise qui pût bien faire en tête de mon spécimen. Le hasard me fit rencontrer, dans un vieux livre espagnol, la devise que je cherchais : c’étaient les vingt-cinq lettres de l’alphabet rangées en cercle, avec cette inscription : Vis bene conjunctis. « leur force est dans leur bon assemblage ». C’était une devise de fondeur et d’imprimeur, une devise qui me semble d’une profonde vérité. Faites un bon assemblage de lettres, il en sortira un livre qui élèvera les âmes et servira l’humanité. » (Édouard Laboulaye, la Science du bonhomme Richard, la Jeunesse de Franklin, p. 42 ; Paris, Henry Bellaire, 1872.)  ↩
  3.  La plupart des dates, mises ainsi entre parenthèses dans cette liste, désignent des millésimes de publications faites par ces imprimeurs-éditeurs, et indiquent, par conséquent, à quelle époque ils vivaient ; presque toutes sont empruntées à l’ouvrage d’Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, passim.  ↩

Le Livre, tome III, p. 142-156

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142 [156]. Source : Internet Archive.

Josse Bade, d’Asch, près de Bruxelles (1529) : une Presse typographique (Prelum ascensianum, la presse ascensienne, c’est-à-dire d’Asch) ;

Cardon, de Lyon (1610) : un Chardon ;

Sébastien Chapelet (1630) : un Chapelet ;

Nicolas Chesneau (1574) : un Chêne ;

Simon de Colines (1520) : deux Lapins (en vieux français : conil, lapin), ou encore le Temps avec sa faux ;

Corbon (1613) : un Cœur bon, avec cette devise : Ego dormio, et cor meum vigilat[142.1] ;

Gilles Corrozet (1536) : une Rose dans un Cœur ;

Gillet Couteau (1520) : des Couteaux ;

Étienne Dolet (1509-1546) : une Doloire (sorte de hachette) ;

Jehan du Moulin (1519) : un Moulin entre deux licornes ;

Jean du Pré, de Lyon (1487) : ses initiales[142.2] ;

Guillaume du Puy (1504) : un Puits, « le puits de Jacob », avec Jésus-Christ d’un côté et la Samaritaine de l’autre[142.3] ;

Les Elzevier, de Hollande (le plus ancien est

[III.156.142]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 815.  ↩
  2.  Cf. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France, t. III, p. 470.  ↩
  3.  Cf. Jacques-Charles Brunet, Manuel du libraire, t. V, col. 1668.  ↩

Le Livre, tome III, p. 143-157

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 143.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 143 [157]. Source : Internet Archive.

Louis Elzevier : 1540-1617) : un Arbre ou une Minerve ;

Les Estienne : un Olivier (la mère d’Henri Ier Estienne [1470-1520], chef de cette illustre famille d’imprimeurs, se nommait Laure de Montolivet) ;

Galliot du Pré (1512) : une Galiote ou Galère, surmontée de ces mots : « Vogue la gallée[143.1] » ;

Ulrich Gering (1510) : un Soleil ;

Les Gryphe, de Lyon (le plus célèbre et le plus ancien est Sébastien Gryphe, né en Souabe : 1493-1556) : un Griffon placé sur un cube, lié par une chaîne à un globe ailé ;

Olivier Harsy ou de Harsy (1556) : une Herse ;

Thielman Kerver (1520) : deux Licornes ;

Jean de la Caille (1641) : trois Cailles[143.2] ;

Guillaume Le Bé (1539) : la lettre B ;

Michel et Philippe Le Noir (1489) : trois Nègres ou Négresses, à la tête très noire ;

Guy ou Guyot Marchant (1483) : une Portée de plain-chant et deux Mains entrelacées, avec cette

[III.157.143]
  1.  Remarquer que le mot galée, anciennement synonyme de galère, désigne, en langage typographique, la planchette à rebord sur laquelle le compositeur place les lignes qu’il a composées dans le composteur.  ↩
  2.  Un autre Jean de la Caille (1664-1720), sans doute le fils de celui-ci, fut aussi imprimeur et publia une Histoire de l’imprimerie et de la librairie (Paris, 1689, in-4), ouvrage de médiocre valeur. « La Caille est le moins exact et le moins instruit des historiens de l’imprimerie. » (Fournier le Jeune, ap. Michaud, op. cit., art. Caille (Jean de la). Cf. aussi Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 825 et 829.  ↩

Le Livre, tome III, p. 144-158

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144 [158]. Source : Internet Archive.

devise en rébus : Sola fides sufficit, tirée de l’hymne Pange, lingua[144.1] ;

Nivel ou Nivelle et son gendre Sébastien Cramoisy (1589) : une Cigogne ;

Les Plantin, d’Anvers (Christophe Plantin, fondateur de la célèbre « Architypographie plantinienne », né près de Tours : 1514-1589) : un Cep de vigne ou un Compas ouvert ;

Philippe Pigouchet (1489) : deux Sauvages (homme et femme) ;

Jean Temporal, de Lyon (1550) : le Temps armé de sa faux ;

[III.158.144]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 744. « Guy ou Guyot Marchant, prêtre, maître ès arts et imprimeur, avait établi son atelier dans une maison du Champ-Gaillard, derrière le collège de Navarre…. La grande maison du Champ-Gaillard, où fut établi le premier atelier de Guy Marchant, appartenait au collège de Navarre ; elle était située derrière ce collège, rue Clopin, à l’angle de la rue Bordelle (emplacement actuel de l’École polytechnique). (Anatole Claudin, op. cit., t. I, pp. 335 et 380, et t. II, p. 555.) Ce coin de Paris avait été ainsi baptisé à cause des femmes « gaillardes » qui y avaient élu domicile. La rue Clopin et sa voisine, la rue d’Arras, ont porté jadis le nom de rue du Champ-Gaillard. (Cf. J.-A. Dulaure, Histoire de Paris, t. II, p. 351 ; Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864 ; et Frédéric Lock, Dictionnaire de l’ancien Paris, art. Arras et Clopin.) Guy Marchant avait pris pour enseigne le nom de son quartier, le Champ-Gaillard, dont, en jouant sur les mots, selon l’usage du temps, il avait fait : Au chant Gaillard. De là cette portée de plain-chant, avec les deux notes musicales sol, la. Les deux mains jointes étaient l’emblème de la bonne foi et de la confiance. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., p. 90.)  ↩

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