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Le Livre, tome III, p. 062-076

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 62.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 62 [076]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 63.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 63 [077]. Source : Internet Archive.

néanmoins ce papier est rarement blanc, et il a l’inconvénient d’être transparent[062.1].

[III.076.062]
  1.  Cf. id., op. cit., pp. 22-23 ; — G. d’Avenel, op. cit., p. 20 ; — Mémorial de la librairie française, 10 et 17 août 1905, pp. 424 et 437, où il est dit, comme nous l’avons vu tout à l’heure (p. 50, n. 1), que l’alfa « rivalise avec le chiffon pour les papiers de belle qualité ». M. Georges Olmer, op. cit., p. 18) estime, au contraire, que, « de tous les succédanés, le bois chimique est, sans contredit, le meilleur…. A notre avis, continue-t-il, il est de beaucoup supérieur à l’alfa, et présente même certains avantages sur le chiffon. » Avantages d’économie uniquement : plus loin (pp. 20 et 21), le même auteur — qui, d’une façon générale, se montre bien trop prodigue d’éloges envers la pâte de bois chimique, la « cellulose au bisulfite », — avoue que le papier de bois, même de bois chimique, « n’a pas la solidité du papier de pur chiffon », et « qu’il n’est jamais d’un blanc parfait…. En résumé, conclut-il, le bois chimique résoudrait victorieusement la question du papier sans chiffon, si l’on pouvait détruire complètement ses principes colorants et obtenir une blancheur irréprochable. » Comme correctif et mise au point, écoutons ces sages réflexions de M. G. d’Avenel (op. cit., pp. 39-40) : « … La pâte de bois a tout envahi. Les Norvégiens, qui en fournissent les éléments, prétendent que sa qualité est aussi bonne que celle de n’importe quelle autre fibre végétale : Le bois, dit Bjoness, n’est autre chose que du chiffon vierge. Les détracteurs du papier de bois se plaignent, au contraire, qu’il soit raide au toucher et manque de souplesse, ce qui le rend sujet à craquer et à se rompre ; qu’il contienne des taches noires ou brunes, disséminées à la surface, et aussi bon nombre de « bûches », — fibres en paquets mal désagrégées. Les imprimeurs affirment qu’il n’est pas « amoureux », c’est-à-dire que l’encre, mal retenue par lui, ne sèche pas assez rapidement. Personne n’est trompé cependant, puisque les gens du métier savent reconnaître la « pâte mécanique » à là seule inspection du papier, et disposent, s’ils conservent quelque doute, de réactifs à peu près infaillibles pour en déceler la présence. Seulement l’introduction de cette pâte dans le dosage est précisément le seul moyen d’abaisser la valeur marchande au niveau souhaité par l’acheteur. »  ↩

Le Livre, tome III, p. 061-075

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 61.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 61 [075]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 62.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 62 [076]. Source : Internet Archive.

C’est avec la ramie, appelée aussi ortie de Chine, et qui se cultive aujourd’hui dans le Midi de la France, que se fabriquent, avons-nous dit, les plus belles sortes de papier. « La ramie produit les plus belles qualités de papier. Elle s’emploie, dans une mesure limitée, pour des papiers de qualité spé­ciale[061.1]. » Cette fabrication est, en effet, très restreinte, et actuellement le papier de ramie ne sert guère que pour la confection des billets de banque. Il est d’un prix très élevé ; tandis que le papier de chiffon coûte 200 ou 300 francs les 100 kilos, le papier de ramie atteint et dépasse même 400 francs. Cette cherté provient des frais de préparation particulière qu’exige la ramie pour être transformée en pâte.

Le papier d’alfa, dont les Anglais ont jusqu’à présent, pour ainsi dire, le monopole de fabrication, est un papier souple, soyeux, résistant, qui supporte bien la « charge », en d’autres termes, absorbe aisément de fortes proportions de fécule et de kaolin, et qui prend bien l’impression. Son épair est régu­lier[061.2] ;

[III.075.061]
  1.  C.-F. Cross et E.-J. Bevan, op. cit., pp. 175-176. Cf.aussi G. d’Avenel, op. cit., p. 42.  ↩
  2.  « En plaçant entre le rayon visuel et le grand jour une feuille de papier quelconque, il est possible de juger de la qualité ou des défauts de la fabrication. C’est ce qu’on appelle examiner l’épair d’un papier. Bien que généralement employé par le consommateur, ce moyen n’est pas infaillible, et il ne faudrait pas s’y arrêter d’une manière absolue. En effet, si l’on s’en tenait seulement à l’examen d’un papier à l’épair, on risquerait fort de commettre des erreurs singulières d’appréciation. Ainsi, par exemple, l’épair du papier de paille est plus beau, mieux fondu que celui de pur chiffon. Ce dernier conserve toujours, plus ou moins, une légère impureté, qui ne peut être aperçue qu’à l’épair et qui ne se voit absolument pas à la surface. Un praticien exercé ne s’y trompera pas, mais une personne qui ne serait pas prévenue de cette particularité donnerait à coup sûr la préférence au papier de paille, qui lui semblerait plus propre et mieux fait. Nous avons parlé du fondu, auquel on attache parfois trop d’importance. En effet, un papier ordinaire sera mieux fondu qu’un beau papier, solide et résistant. Celui-ci sera presque toujours nuageux, parce qu’on a soin de laisser aux fibres du chiffon une certaine longueur qui augmente la solidité du papier. » (Georges Olmer, op. cit., pp. 61-62.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 050-064

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 50.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 50 [064]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51 [065]. Source : Internet Archive.

L’Imprimerie nationale, qui emploie deux catégories de papiers, paie la première 50 à 80 francs en pâtes de chiffons ou de matières textiles et filamenteuses ; la seconde, celle des pâtes de bois ou matières minérales, lui coûte 36 à 45 francs les 100 kilos…. Le Petit Journal ou le Figaro s’impriment sur du papier à 35 francs les 100 kilos…. Les sortes de papier qui se payent aujourd’hui 35 francs les 100 kilos se payaient 100 francs au lendemain de la guerre de 1870, 65 francs en 1880, et 44 francs en 1888[050.1]. »

[III.064.050]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., pp. 42, 51 et 52. « La pâte de chiffon se vend de 50 à 100 francs les 100 kilos ; celle de l’alfa, qui rivalise avec le chiffon pour les papiers de belle qualité, vaut de 40 à 45 francs. » (Mémorial de la librairie française, 10 août 1905. p. 425.) A propos du grand abaissement du prix des papiers, dû à l’emploi de la pâte de bois, et qui se produisit en France sous le règne de Napoléon III, Louis Figuier rapporte le curieux fait suivant, un projet de fondation d’une bibliothèque à un franc le kilogramme, dont les volumes seraient mis en vente, non plus seulement chez les libraires, mais chez tous les marchands et détaillants quelconques : « Vers 1865, comme M. Rouher parlait d’établir la liberté absolue de l’imprimerie et de la librairie, M. Aristide Bergès [fabricant de papier à Lancey (Isère)] s’apprêta, à cette époque, à fonder la bibliothèque à un franc le kilogramme, sans distinction de noms d’auteur ni de grosseur de volumes. Il avait calculé qu’on pouvait fabriquer, imprimer et brocher du papier à raison de 1 franc le kilogramme, en laissant un gain convenable aux auteurs et libraires, sauf à n’imprimer que les livres susceptibles d’être tirés à 100 000 exemplaires. Il fallait seulement, pour cela, pouvoir vendre les livres partout, chez le mercier, le quincaillier, le fruitier, etc., et toujours au kilogramme. Les événements ont retardé l’éclosion de cette idée hardie, dont la pâte de bois était le pivot, et que l’auteur n’a pas abandonnée. » (Louis Figuier, op. cit., p. 284.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 037-051

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 37.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 37 [051]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38 [052]. Source : Internet Archive.

ces énormes rouleaux dont la longueur atteint jusqu’à 5 000 mètres, que les presses rotatives de Marinoni se chargeront de noircir. L’opération s’accomplit toute seule. Un unique ouvrier y assiste, accoudé contre un bâti ; il se penche parfois sur lui cylindre, examine le papier, serre un écrou, verse un peu d’huile, puis rentre dans son immobilité, type expressif du travail moderne.

« De pareilles machines produisent 12 000 kilos par vingt-quatre heures : on en a construit qui atteignent 18 000 kilos ; leur grandeur, leur vitesse, tendent à augmenter sans cesse[037.1]…. »

[III.051.037]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., p. 59. « Les directeurs d’une grande papeterie d’Eisenthal, voulant se rendre compte du temps mis pour transformer un arbre en journal prêt à être lu, ont exécuté ce qui suit : A 7 h. 35 du matin, trois arbres étaient abattus dans la forêt voisine, portés à la fabrique, après avoir été écorcés. La pâte de bois liquide fut conduite jusqu’aux machines, et, à 9 h. 34. la première feuille était livrée. L’imprimerie d’un quotidien était située à 4 kilomètres de là, et, portée par une automobile, la feuille fut mise un instant après sous presse. A 10 heures du matin, elle paraissait imprimée. » (La Construction pratique, dans l’Informateur des Gens de lettres, 30 octobre 1904, p. 264.) Voici, sur cette question du défrichement des forêts et de leur transformation en papier, quelques autres renseignements statistiques, empruntés à la Nature (27 mars 1897, p. 270) : « Dans un volume de l’ « Encyclopédie Léauté », les Succédanés du papier, M. V. Urbain, répétiteur à l’École centrale, montre avec quelle intensité on défriche pour se procurer la pâte à papier. Pendant le cours de l’année 1895, dit-il, on a constaté que la France et l’Angleterre avaient manufacturé plus de 400 000 tonnes de pâte chimique, avec des bois importés de Suède et de Norvège. Ce chiffre doit attirer l’attention des économistes, car il représente le rendement en cellulose de pins ou de sapins âgés de trente ans au moins. Un pin de trente-cinq à quarante ans, de belle venue, ne cube pas plus de 1 mètre cube. Lorsqu’il aura été ébranché, écorcé, etc., il ne pourra donc former plus de 150 kilogrammes de pâte mécanique, propre à la papeterie. Il en résulte qu’un journal à grand tirage absorbe, à lui tout seul, une centaine d’arbres par numéro, en attribuant à son papier moitié de pâte de bois chimique et moitié de pâte de bois mécanique. Dans un demi-siècle, si l’on n’y prenait garde, toutes les forêts d’Europe seraient fauchées et imprimées à fond ; le bocage serait sans aucun mystère, et les rossignols de muraille seraient le dernier souvenir de leur poétique espèce…. » Un article de l’Illustration, analysé dans le Mémorial de la librairie française (22 novembre 1900, p. 622), prétend, au contraire, que cette disparition des forêts et leur transformation totale en papier n’est nullement à redouter. « Les forêts du Canada, lit-on dans cet article, sont, avec celles de la Sibérie, les plus vastes du monde. On les trouve partout, du Pacifique à l’Atlantique, et se renouvelant tous les vingt ans, elles sont, pour ainsi dire, inépuisables. Une des régions de la province de Québec peut, à elle seule, fournir plus de 500 000 tonnes de papier par an, et cela pendant un temps indéfini. » C’est être vraiment trop optimiste, et l’opinion précédente nous semble plus juste. D’abord il faut plus de vingt ans à une forêt pour se renouveler et se reconstituer ; ensuite la bouteille inépuisable est tout aussi chimérique que le mouvement perpétuel.  ↩

Le Livre, tome III, p. 036-050

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 36.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 36 [050]. Source : Internet Archive.

latéral de brusque va-et-vient, de trépidation précipitée, — comparable au balancement que le coucheur faisait subir tout à l’heure à sa forme, après ravoir retirée de la cuve. L’eau s’égoutte à travers cette toile, de même qu’à travers les vergeures et interstices de la forme. La toile passe ensuite entre des cylindres de diamètres variés, qui compriment et affinent progressivement la pâte ; puis autour de rouleaux de fonte creux, dits sécheurs, chauffés par la vapeur et enveloppés de feutre, qui la dépouillent de toute humidité et complètent sa transformation en feuille de papier[036.1].

Si divers que soient les détails de l’opération, si nombreux et si compliqués que soient les organes de la machine actuelle à papier continu, ladite transformation s’effectue en très peu de temps, elle ne demande pas plus « de quelques secondes, surtout s’il s’agit de papier mince, avec lequel, l’évaporation étant très rapide, on peut accélérer le mouvement. Pour le papier-journal, on marche à la vitesse de 70 mètres par minute. Une heure suffit pour obtenir

[III.050.036]
  1.  « Des praticiens affirment que, pour le papier comme pour les étoffes, il n’est pas de mécanisme qui vaille la main de l’homme, que la force au dynamomètre d’un mouchoir en batiste de Courtrai, le dernier textile qui soit fait à la main, est plus grande que celle du même tissu fabriqué à la machine, et qu’il en est de même de l’ancien papier, créé si laborieusement, en comparaison de cette large bande blanche qui s’échappe, en courant continu, d’entre nos rouleaux évaporateurs. » (G. d’Avenel, op. cit., pp. 54-55.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 034-048

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 34.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 34 [048]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35 [049]. Source : Internet Archive.

au moyen de la machine à papier continu, dont l’invention, comme nous l’avons dit, est due à l’ouvrier Louis Robert et date de 1799 environ ; et, au lieu de pâte de chiffons, employons de la pâte de bois.

Cette pâte, « qui apparut vers 1867, et révolutionna l’industrie des papiers[034.1], » se prépare de deux façons, mécaniquement ou chimiquement.

La pâte de bois mécanique n’est autre chose que du bois moulu, du bois réduit en poudre. Cette pulvérisation s’obtient au moyen d’une meule de grès très dur, en contact avec des bûches d’environ cinquante centimètres de long, et qui tourne avec une extrême rapidité. « A mesure que la bûche s’effrite, s’émiette et se consomme, un ressort la pousse et la tient clouée à la meule, tandis que la poussière ligneuse est entraînée par un courant d’eau incessant. Peu à peu, les bûches, rongées, disparaissent ; le bois râpé et humide s’épure dans un tamis, d’où il est amené entre d’autres meules horizontales, chargées de le raffiner comme une véritable farine[034.2] ».

La pâte mécanique ne peut toutefois être employée seule ; elle ne donnerait qu’un papier sans consistance et sans « soutien ». Il faut l’allier à la pâte chimi­que[034.3]. Le bois se compose, comme on le sait,

[III.048.034]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., p. 27.  ↩
  2.  Id., op. cit., pp. 28-29.  ↩
  3.  « L’art du fabricant consiste à marier avec sagacité les pâtes chimique et mécanique. L’une est la chaîne, l’autre la trame ; la cellulose sert de soutien et procure la solidité, mais elle est trop chère et trop dure ; le bois pulvérisé, au contraire, donne du moelleux, de l’opacité, et permet d’abaisser le prix de vente. » (G. d’Avenel, op. cit., p. 51.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 031-045

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31 [045]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32 [046]. Source : Internet Archive.

sur une pièce de feutre ou flotre[031.1], où, semblable à une crêpe, la feuille de pâte, c’est-à-dire de papier, vient se déposer, se coucher.

Le plongeur retire de la cuve sa seconde forme, à laquelle il fait subir la même opération qu’à la première. Le coucheur, en rapportant la première forme, prend cette seconde, qu’il va de même retourner sur un second feutre, placé sur la première feuille ; et, sur cette seconde feuille, il applique un troisième feutre destiné à recevoir la troisième feuille, etc.

« Ainsi l’on voit qu’au moyen de deux formes, qui sont toujours en mouvement, il n’y a point de temps de perdu : pendant qu’une forme se plonge, l’autre se couche ; quand le plongeur passe une forme au coucheur, il en reçoit une autre qui est vide, sur laquelle il pose la couverte, qu’il retire de dessus la première, et il plonge de nou­veau[031.2]. » Bien entendu, « les deux ouvriers doivent prendre soin de régler leurs mouvements, pour bien travailler d’accord, afin que l’un n’ait pas à attendre l’autre[031.3]. »

Lorsque les feuilles de feutre et de papier, ainsi intercalées et superposées, ont atteint une certaine hauteur, sont au nombre de 150 ou 200[031.4], on trans-

[III.045.031]
  1.  Le mot flotre, qu’on écrit aussi flôtre, s. m., « est une altération de feutre ». (Littré, op. cit. ↩
  2.  Lalande, op. cit., pp. 54-55.  ↩
  3.  Louis Figuier, op. cit., pp. 244-245.  ↩
  4.  M. G. d’Avenel (op. cit., p. 54) dit 800 feuilles. Louis Figuier (op. cit., p. 246) dit : La passe se compose de 6, 7 et 8 mains » (soit, — la main étant de 25 feuilles, — 150, 175 ou 200 feuilles). On nomme quet « l’assemblage et le nombre de 26 feuilles de papier avec leurs feutres ». (Littré, op. cit.) « Les ouvriers de cuve appellent un quet l’assemblage de 26 feuilles ; la porse est composée d’un certain nombre de quets, qui varie suivant la grandeur du papier. La porse de couronne a 10 quets, ou 260 feuillets, c’est-à-dire une demi-rame, et 10 feuilles de plus pour indemniser le fabricant du cassé. La porse n’est quelquefois que de 100 feuilles, lorsqu’on travaille dans les plus grandes sortes. » (Lalande, op. cit., p. 57.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 024-038

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24 [038]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25 [039]. Source : Internet Archive.

moyen de le façonner avec la terre où pourriront nos corps. C’est sur cette ordure qu’on nous imprime, et voilà une fameuse leçon pour l’orgueil de nos constructeurs de monuments ! Ces feuilles, faites avec rien, se décomposent en quelques années, se tachent, s’usent, se déchirent, redeviennent poussière et cendre, et rentrent avec avidité dans le néant dont elles n’auraient jamais dû sortir[024.1]. »

Exposer par le menu les divers procédés employés pour la fabrication du papier dépasserait de beaucoup les limites fixées à notre travail ; nous nous bornerons à résumer les principales de ces opérations, en renvoyant, pour les détails, aux traités et documents spéciaux[024.2].

[III.038.024]
  1.  Paul Stapfer, Des réputations littéraires, Épilogue, Quatre Consolations, t. II, pp. 428-429. (Paris, Fischbacher, 1901.) Cf. aussi Voltaire, la Guerre civile de Genève, poème héroïque, chant IV (Œuvres complètes, t. VI, p. 490 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1869) :
    •  Tout ce fatras fut du chanvre en son temps ;
      Linge il devint par l’art des tisserands,
      Puis en lambeaux des pilons le pressèrent ;
      Il fut papier : cent cerveaux à l’envers
      De visions à l’envi le chargèrent ;
      Puis on le brûle, il vole dans les airs,
      Il est fumée, aussi bien que la gloire.
      De nos travaux, voilà quelle est l’histoire ;
      Tout est fumée, et tout nous fait sentir
      Ce grand néant qui doit nous engloutir.  ↩
  2.  On peut consulter, par exemple, outre les ouvrages de Louis Figuier (1873-1876), Georges Olmer (1882), G. d’Avenel (1900), C.-F. Cross et E.-J. Bevan (1902 : traité des plus récents et des plus complets), déjà mentionnés par nous : Lalande (Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, connu surtout comme astronome : 1732-1807), Art de faire le papier (sans lieu ni typographe ni date [1761] ; in-folio, 150 pp., xiv planches) ; — Paul Charpentier, le Papier (tome X de l’Encyclopédie chimique, publiée sous la direction de M. Fremy ; Paris, Dunod, 1890 ; in-8) ; — G.-A. Renel, la Fabrication actuelle du papier : la Nature, 18 janvier et 15 février 1890, pp. 99-103 et 167-170 (deux très bons articles) ; — V. Mortet, le Papier, le Papier au moyen âge : Revue des bibliothèques, 1891, pp. 195-207 ; et 1892, pp. 349-350 ; — Jolivet, Notice sur l’emploi du bois dans la fabrication du papier : Exposition universelle de 1878 (Paris, Imprimerie nationale, 1878 ; in-8, 15 pp.) ; — Philipon, député, Rapport fait au nom de la Commission des douanes chargée d’examiner le projet de loi relatif à l’établissement du tarif général des douanes : Pâtes de cellulose : Journal officiel, Documents parlementaires, 12 mai 1891, pp. 884-895 ; — Eugène Campredon, le Papier, étude monographique sur la papeterie française, et, en particulier, sur la papeterie charentaise (Paris, Dunod, 1901 ; in-8, 83 pp.) ; — Henry Vivarez, les Précurseurs du papier (Lille, Imprimerie Lefebvre-Ducrocq, 1902 ; in-4, 39 pp.) ; — et les articles « Papier » dans les dictionnaires de Charles Laboulaye, (Dictionnaire des arts et manufactures), Larousse, Bouillet (nouvelle édition refondue sous la direction de MM. J. Tannery et Émile Faguet), etc. ; voir aussi passim : le Magasin pittoresque, la Revue des bibliothèques, le Bulletin du bibliophile, la Revue biblio-iconographique, etc., etc. Pour la fabrication du papier à la forme, j’ai eu recours, en outre, tout particulièrement, à la compétence de M. Gruintgens, des Papeteries du Marais : je le prie d’agréer ici mes remerciements.  ↩

Le Livre, tome III, p. 021-035

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 21.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 21 [035]. Source : Internet Archive.

courtes fibres mal digérées d’un bambou croissant dans le terreau des forêts vierges. L’éléphant serait ainsi producteur, lessiveur et broyeur de pâte. Il constituerait un appareil automatique, se vidant et se remplissant tout seul, mobile et susceptible de s’installer partout, solide, car l’animal vit très vieux, pas cher, parce qu’il se vend presque pour rien avant d’avoir été dressé[021.1]. »

On est même parvenu, dans ces dernières années, — ce qui n’a pas été chose facile et a nécessité de longues recherches, — à transformer en papier blanc le papier imprimé, les vieux papiers. C’est en Amérique et en Angleterre que ces expériences ont été effectuées[021.2].

Les essais de fabrication du papier avec d’autres

[III.035.021]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., pp. 23-24.  ↩
  2.  « Les vieux journaux et imprimé sont d’abord soumis à un bon trempage, puis déchiquetés en petits morceaux par une machine appropriée, et enfin passés au triturateur. La pâte ainsi obtenue subit un premier lavage, puis, après égouttage, est intimement mélangée avec une solution de savon. Celui-ci forme une émulsion entraînant toutes les matières grasses et colorantes contenues dans la pâte ; on s’en débarrasse par un lavage énergique. Suivant le degré d’impureté des papiers traités, on emploie, par 100 parties de papier, de 3 à 24 parties en poids de savon. » (Mémorial de la librairie française, 24 juillet 1902, p. 426.) Cf. G. d’Avenel, op. cit., pp. 24-26, où se trouve un curieux historique de la transformation des vieux imprimés en papier blanc. Mais, conclut M. G. d’Avenel, ces vieux imprimés ne peuvent fournir que des « espèces très ordinaires, car le vieux papier, fût-il de première qualité, est loin, après avoir été trituré…, de valoir du chiffon médiocre ».  ↩

Le Livre, tome III, p. 017-031

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 17.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 17 [031]. Source : Internet Archive.

Les chiffons seuls, voire le coton, les cocons de soie et le bambou, n’auraient pu fournir à une aussi colossale consommation. Heureusement qu’aujourd’hui le papier se fabrique, on serait tenté de dire presque avec tout, mais principalement avec « toute plante légèrement fibreuse », cette sorte de plante pouvant facilement se transformer en pâte[017.1]. Ainsi, la paille, la fougère, l’ortie ordinaire et la ramie (plante exotique de la famille des urticées), le jute, le sparte ou alfa (graminée très répandue en Algérie)[017.2], certains arbres surtout (sapin, épicéa, tremble, peuplier, bouleau, tilleul, etc.[017.3]), peuvent remplacer le chiffon,

[III.031.017]
  1.  Cf. Georges Olmer, Du papier mécanique et de ses apprêts…, p. 14. (Paris, Rouveyre, 1882.)  ↩
  2.  Sur le papier de ramie et le papier d’alfa, voir infra, pp. 61-62.  ↩
  3.  « Presque toutes les espèces de bois peuvent servir à la fabrication du papier, mais leur rendement est très différent : 100 kilos de noyer ou de chêne ne fourniront que 26 ou 29 kilos de pâte ; on en tirera 38 d’un quintal de saule ou de marronnier. » Etc. (G. d’Avenel, op. cit., p. 30.) Au début néanmoins, la pâte de bois fut très vigoureusement attaquée. En 1874, M. Aimé Girard, professeur de chimie au Conservatoire des Arts et Métiers, déclara qu’il ne considérait la pâte de bois que comme « une matière de remplissage qui n’a aucune des qualités nécessaires à la production du papier », « comme une simple charge, qu’il assimile au plâtre et au kaolin, substances que l’on ajoute au papier à un titre qui frise la fraude ». (Louis Figuier, op. cit., pp. 282 et 286.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 015-029

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 15.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 15 [029]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 16.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 16 [030]. Source : Internet Archive.

loppe : l’affiche remplace le crieur aux carrefours ; les courriers et messagers partant à date fixe invitent à écrire et à recevoir des lettres. Le papier demeurait précieux pourtant, et noble : Rabelais, dans le chapitre connu, où gravement il recherche qui remplira le mieux, au « privé », certaine fonction des « serviettes indispensables », ne s’avise pas qu’il suffirait, sans se creuser autant la cervelle, d’avoir « du papier dans sa poche[015.1] ». Au xviie siècle naissent les gazettes; au xviiie, les papiers de tenture pour appartements[015.2]. »

Actuellement, outre l’extension considérable prise, dans le monde entier, par la presse périodique, les emplois du papier sont innombrables ; on en consomme des quantités prodigieuses, environ soixante millions de quintaux métriques, soit six milliards de kilogrammes par an[015.3] ; on en fait « du linge » : des

[III.029.015]
  1.  Si, contrairement à ce qu’affirme M. G. d’Avenel, Rabelais s’en avise très bien, et il le dit en termes formels : « Je me torchay de foin, de paille…, de papier. » (Gargantua, livre I, chap. xiii ; t. I, p. 133 ; Paris, Didot, 1880.) Et bien d’autres que Rabelais attestent que le papier était, dès ce temps-là, communément affecté audit usage. « Toujours… qui son… de papier torche. » (Clément Marot, ap. Rabelais, ibid.) « Il vaut bien mieux se torcher… avec du papier, et principalement en ce temps qu’il est à si bon marché : en quoi nous avons barre sur les anciens…. » (Béroalde de Verville, le Moyen de parvenir, chap. xcii, p. 339 ; Paris, Gosselin, 1841.)  ↩
  2.  G. d’Avenel, op. cit., pp. 4-6.  ↩
  3.  « Une récente statistique établit que la production européenne du papier, qui, en 1875, s’élevait à 7 791 300 quintaux métriques, a atteint, en 1900, le chiffre considérable de 24 270 000 quintaux métriques. La production du monde entier peut être évaluée à 60 000 000 de quintaux métriques. » (Le Courrier du livre, 15 février 1903, p. 109.) Voici deux autres relevés statistiques bien différents du précédent et différents aussi entre eux (la statistique a de ces surprises !). L’un a été dressé par « un savant anglais », et il est emprunté à la Gazette commerciale (dans le Mémorial de la librairie française, 17 août 1905, p. 439) : « Il existe, parait-il, sur la surface du globe, 4 000 manufactures qui fabriquent annuellement 980 000 000 de kilogrammes de papier. Sur ce nombre, 300 000 000 de kilogrammes sont utilisés par les journaux, 191 000 000 de kilogrammes par la librairie, 100 000 000 de kilogrammes par le commerce, 100 000 000 de kilogrammes par les services administratifs des gouvernements, 93 000 000 de kilogrammes par l’industrie, 85 000 000 de kilogrammes par les écoles ; le reste, 101 [111] millions de kilogrammes, est employé à la correspondance privée. Pour la France, la consommation annuelle du papier est de 135 000 000 de kilogrammes ; les journaux en emploient environ 20 000 000 de kilogrammes. » L’autre statistique est extraite de l’ouvrage de M. G. d’Avenel, déjà plusieurs fois cité (pages 61-62) : « Depuis un demi-siècle, sur la surface du globe, la production du papier a décuplé. Elle était de 221 000 000 de kilos en 1850 ; elle est de 2 260 000 000 de kilos aujourd’hui. Notre fabrication nationale s’est accrue dans la même mesure : de 40 000 tonnes au début du second Empire, à 137 000 tonnes en 1867, à 350 000 tonnes en 1894. »  ↩

Le Livre, tome III, p. 007-021

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 7.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 7 [021]. Source : Internet Archive.

dernières finirent par remporter tout à fait. Il y avait des centaines d’années qu’en France on écrivait exclusivement sur du parchemin, lorsque, vers le règne de saint Louis, apparut le papier de chiffon[007.1]. »

Quant au parchemin, « il est possible que ce soit à Pergame qu’il ait été amélioré, qu’on l’y fabriquait et qu’on en faisait le commerce, puisque ce produit en a tiré son nom. On croit qu’il était connu quinze siècles avant l’ère actuelle. Les peaux de chèvre, de mouton et d’âne étaient utilisées pour sa préparation, qui était à peu près identique à celle de nos jours[007.2]. Les premiers parchemins étaient si défectueux qu’on ne s’en servait que pour envelopper les livres en papyrus et les tablettes, et pour faire des étiquettes. Ce n’est que vers le ve siècle avant notre ère que l’usage d’écrire sur parchemin fut couramment admis. A mesure que sa préparation devint meilleure, il se répandit de plus en plus. Dès le xie siècle, cette matière supplanta totalement le papyrus, devenu rare et mauvais. On sait que des ouvrages considérables, manuscrits et imprimés, sont faits sur parchemin ; jusqu’au xviiie siècle on s’en servait toujours pour les actes royaux et les transactions privées[007.3]. »

On semble à peu près d’accord pour reconnaître

[III.021.007]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., p. 2.  ↩
  2.  Cf. Daremberg, Saglio et Pottier, op. cit., art. Membrana, par M. Georges Lafaye ↩
  3.  Albert Maire, loc. cit., p. 236.  ↩

Le Livre, tome III, p. 006-020

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 6.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 6 [020]. Source : Internet Archive.

sans pareille, une sorte de souveraineté universelle. Il modifie nos idées et nos croyances, transforme nos mœurs et nos lois, renverse ou restaure les États, décide de la paix et de la guerre : il gouverne le monde, pour ainsi dire ; et il s’est tant multiplié de nos jours, on en fait une si grande et si envahissante consommation, que cette particularité est devenue une caractéristique de notre époque, qu’on a surnommé notre âge « l’âge du papier ».

Le papyrus subsista « jusque dans les premiers siècles de notre ère[006.1] », et même jusqu’au xie siè­cle[006.2]. Il était d’un prix très élevé, coûtait, — rapporte M. G. d’Avenel, dans une étude très soignée et très intéres­sante[006.3], à laquelle je me référerai souvent, — « cinq cents fois plus, a-t-on dit, que notre papier actuel[006.4], et, pour ce motif même, il avait à soutenir la concurrence des tablettes de cire et des peaux de mouton [par­chemin][006.5] savamment préparées. Ces

[III.020.006]
  1.  Le vicomte G. d’Avenel, le Mécanisme de la vie moderne, 2e série, le Papier, p. 2. (Paris, Armand Colin, 1900.)  ↩
  2.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 176 ; et Albert Maire, Matériaux sur lesquels on écrivait dans l’antiquité : Revue scientifique, 20 août 1904, p. 236.  ↩
  3.  L’étude ci-dessus indiquée, pages 1-67 de la 2e série du Mécanisme de la vie moderne ↩
  4.  « Le papier, quelle que fût sa qualité, fut toujours à Rome d’un grand prix. Une simple feuille avait la valeur de 4 ou 5 francs de notre monnaie. » (Louis Figuier, op. cit., p. 162.)  ↩
  5.  Sur le parchemin chez les anciens, et sur les tablettes de cire (tabellæ ceræ), voir notre tome I, pages 60 et suiv.  ↩