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Le Livre, tome II, p. 169-185

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 169.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 169 [185]. Source : Internet Archive.

s’accroît en vieillissant ; il a ses bizarreries et ses replis à l’infini, comme toutes les avarices. Les tours malicieux, les ruses, les rivalités, les inimitiés même qu’il engendre, ont quelque chose de surprenant et de marqué d’un coin à part. »

Une bonne remarque, un excellent conseil, relatif aux livres anciens et aux livres modernes, et qui résume bien la question, me semble être celui-ci :

Pour les ouvrages scientifiques, rechercher les volumes les plus récents, c’est-à-dire ceux qui enregistrent, tous les progrès et les derniers perfectionnements de la science ; pour les livres de littérature, s’attacher aux meilleurs, aux chefs-d’œuvre, si anciens qu’ils soient, la littérature classique étant, comme on l’a dit[169.1], toujours moderne.

[II.185.169]
  1.  Albert Collignon, Notes et Réflexions d’un lecteur, p. 17. « … Pour nous autres bibliophiles obstinés, plus retentit à nos oreilles le marteau des démolisseurs, plus nous devons nous appliquer à défendre contre lui nos vieux livres. Leur amour est une dernière barrière à opposer à cette malfaisante passion pour le neuf à tout prix qui irritait déjà Milton, au point qu’il prétendait qu’il vaut presque autant tuer un homme qu’un bon livre (Areopagetica). Celui qui tue un homme, remarque le poète, tue une créature raisonnable, image de Dieu ; mais celui qui détruit un bon livre détruit, pour ainsi dire, la raison elle-même, tue l’image de Dieu dans l’œil où elle habite. Beaucoup d’hommes vivent, fardeaux inutiles de la terre ; mais un bon livre est le précieux sang vital d’un esprit supérieur, embaumé et religieusement conservé comme un trésor pour une vie au delà de sa vie…. » Prince Augustin Galitzin, ap. Fertiault, op. cit., p. 215.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 162-178

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 162.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 162 [178]. Source : Internet Archive.

tesquieu[162.1], a, dans la Religion des Lettres[162.2], ainsi commenté cette pensée :

« On oublie les anciens livres, on en demande sans cesse de nouveaux, et il y a, dans ceux que l’antiquité nous a légués, des trésors inestimables de science et d’agréments qui nous sont inconnus, parce que nous négligeons d’y prendre garde. C’est l’inconvénient des livres nouveaux qu’ils nous empêchent de lire les anciens[162.3]. »

Mais il faut reconnaître que, surtout au début, dans les années d’adolescence, et chez les lecteurs peu expérimentés et peu lettrés, on ne comprend bien et l’on ne savoure bien que ses contemporains : « On est toujours inspiré d’abord par ses contemporains immédiats, par le poète de la veille ou du matin, même quand c’est un mauvais poète et qu’on vaut mieux ; il faut du temps avant de s’allier aux anciens, » a écrit Sainte-Beuve[162.4], qui est plus d’une

[II.178.162]
  1.  Voir le portrait, si soigneusement et finement fait, qu’il a tracé de Montesquieu dans la Vie littéraire, chap. ii, pp. 14 et s.  ↩
  2.  Pages 105-106.  ↩
  3.  « Les bons livres de notre siècle ne sont estimables que parce que les écrivains laborieux savent y réunir les beautés éparses dans les anciens…. Retranchez, encore une fois, des livres de nos beaux esprits tout ce dont ils sont redevables à ces premières sources (les anciens), vous les réduirez presque à rien…. » (Dom Nicolas Jamin [1711-1782], le Fruit de mes lectures, ap. Fertiault, op. cit., pp. 230-231.)  ↩
  4.  Tableau de la poésie françaiseau xvie siècle, p. 486, n. 1. (Paris, Charpentier. 1869.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 159-175

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 159.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 159 [175]. Source : Internet Archive.

Vous nous direz son vif esprit,
Exempt de morgue et d’hyperbole ;
Comme on le cultive avec fruit,
Comme il charme, comme il console.

Ah ! l’aimable et franc compagnon,
Sous bois, en juin ; puis, dans la chambre,
— Porte close au souci grognon, —
Devant un feu clair, en décembre !

On peut le prendre — ou le laisser,
Dédaignant sa verve brillante :
Nul ne risque de l’offenser,
Tant son humeur est bienveillante.

Ami sincère et sans apprêt,
Parfois même il se plaît à rire ;
Conseiller sûr et toujours prêt,
Chacun l’interroge — et l’admire.

De modeste toile vêtu,
Ou couvert de fine dorure,
Il rend au malade abattu
L’espoir qui soudain transfigure.

En vain les hivers passeront,
Détruisant palais et tonnelle ;
Nos enfants le retrouveront,
Plein d’une jeunesse éternelle.

Du causeur cher à nos loisirs,
Racontez la grâce et la gloire !
On lui doit tant de doux plaisirs,
Qu’il faut retracer son histoire.

Ce thème est sage et ravissant :
Célébrez l’attrait du bon Livre ;
Il en sera reconnaissant, —
Et vous voilà bien sûr de vivre[159.1] !

 

[II.175.159]
  1.  Ap. Fertiault, op. cit., pp. xxviii-xxix ↩

Le Livre, tome II, p. 158-174

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 158.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 158 [174]. Source : Internet Archive.
II
Au dedans

L’âme, — ce que le Livre envoie à notre esprit ;
Ce que, dans ses feuillets, en legs cher et suprême,
Un lumineux cerveau nous laissa de lui-même ;
Conseils qu’un ami mort chaque jour nous écrit ;

Fluide que l’auteur en inspiré surprit
A l’heure où du génie il reçut le baptême,
Et que, pour nous toucher, nous, ses enfants qu’il aime,
Il fixa dans son texte où sa voix nous sourit.

C’est cet éclair, ce feu, ce rayon qu’on sent vivre,
Qu’il me plaît de nommer l’âme, l’âme du Livre,
Et c’est ce que j’y bois pour me désaltérer :

Leçons de mes penseurs, hymnes de mes poètes,
J’ai tout ce qui me fait aimer, croire, espérer,
Dans ces pages du cœur… qui pour vous sont muettes[158.1].

 

C’est à M. Fertiault, le sonnettiste bibliophile renommé, qu’Alexandre Piedagnel (1831-1903), un autre poète, pareillement doublé d’un bibliophile, adressait, en 1876, ces gracieux quatrains :

Le livre

Vous allez donc parler de lui,
De cet ami vraiment fidèle,
Qui du cœur sait chasser l’ennui,
Donnant toujours fête nouvelle ?

[II.174.158]
  1.  Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 6 et 7.  ↩

Le Livre, tome II, p. 157-173

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 157.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 157 [173]. Source : Internet Archive.

M. François Fertiault (1814-….), qui a consacré au Livre deux importants et artistiques recueils de sonnets, « sonnets d’un bibliophile », — les Amoureux du livre et les Légendes du livre, — oppose aussi, très justement et finement, dans les deux pièces suivantes, dédiées « A certains bibliomanes », l’extérieur du livre à l’intérieur, la beauté physique à la beauté morale, le corps à l’âme :

Le livre

I
Au dehors

De loin vous en flairez l’arôme avant-coureur ;
Vous contemplez, ravi, sa date reculée ;
Vous caressez du doigt sa marge immaculée,
Et de sa rareté vous prônez la valeur.

Vous en aimez la tranche à la vive couleur,
La nervure du dos ou svelte ou potelée,
La robe au blanc satin d’un filet dentelée,
Le noir chagrin brodé par le fer du doreur.

Oui, vous vous pâmez d’aise, admirateurs austères,
Aux délinéaments de ses purs caractères ;
De tout choc destructeur vous savez l’abriter ;

Le couteau curieux n’y glisse point sa lame….
Quels grands bonheurs le Livre à vos yeux fait goûter !
Vous en aimez le corps, — et, moi, j’en aime l’âme :

Le Livre, tome II, p. 151-167

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 151.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 151 [167]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 152.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 152 [168]. Source : Internet Archive.

C’est une société intellectuelle, intelligente, distinguée, de tous les temps, de tous les pays, que nous associons à notre esprit en nos heures de rêveries, de méditation et de repos[151.1]. »

Mais, à côté des luxueuses publications et des coûteuses raretés et merveilles de l’imprimerie, les volumes à bon marché, les humbles et pauvres livres, les « bouquins », pour les appeler par leur nom vulgaire[151.2], ont eu aussi leurs apologistes. Voici les belles

[II.167.151]
  1.  Camille Flammarion, Stella, pp. 408-409.  ↩
  2.  « Bouquin : livre ancien, livre d’occasion. Diminutif ironique de l’allemand buch (prononcez bouc). Se prend indifféremment en bonne et en mauvaise part. » (Lorédan Larchey, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 243.) « Saint-Ange. Ce serait une honte si, après avoir tant parlé de bouquin, je laissois eschapper l’occasion d’apprendre de toy pourquoi on appelle ainsi les vieux livres. — Mascurat. J’ai autrefois observé, estant à Basle, que les Allemands appellent un livre Buc ou Bouc, comme quelques-uns prononcent ; et d’autant que les plus anciens livres imprimés nous sont venus d’Allemagne, où l’impression fut trouvée…. cela a esté cause que les François voulant parler d’un vieil livre ont dit que c’estoit un Buc ou Bouquin, comme qui diroit un de ces vieux livres d’Allemagne, qui ne sont plus bons qu’à faire des fusées. » (Gabriel Naudé, ap. Mouravit, op. cit., p. 393.) « Les bouquins, ce sont les sans-culottes des bibliothèques ! » s’écriait Grégoire, dans son rapport sur les bibliothèques, en 1794. « Les bouquins, disait-il encore, oui, dans les bibliothèques, ce sera comme dans la société ! On n’appréciera que les sottises bien habillées, les fadaises nobiliaires et autres, couvertes en maroquin, dorées sur tranche, tandis qu’on méconnaîtra ces pauvres livres modestes, dont les services pourtant compensent bien le misérable costume ; » etc. (Eugène Despois, le Vandalisme révolutionnaire, chap. xvi, p. 212.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 149-165

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149 [165]. Source : Internet Archive.

Et ce n’est pas seulement aux yeux, mais à la main, au toucher, qu’un beau livre est agréable : « Je deviendrais aveugle que j’aurais encore, je le crois, du plaisir à tenir dans mes mains un beau livre, s’est un jour écrié Silvestre de Sacy (1801-1887)[149.1]. Je sentirais du moins le velouté de sa reliure, et je m’imaginerais le voir. J’en ai tant vu ! »

« Il en est de la forme [et de l’aspect extérieur] des livres comme de la physionomie des personnes, a-t-on ingénieusement remarqué[149.2] : l’impression que l’une et l’autre produisent est favorable ou fâcheuse, indépendamment du mérite des individus et des ouvrages. »

[II.165.149]
  1.  Variétés littéraires, t. I, p. 250, Catalogue de la bibliothèque de feu J.-J. de Bure.  ↩
  2.  M. de L** (sic), ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 309.  ↩

Le Livre, tome II, p. 144-160

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 144 [160]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 145.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 145 [161]. Source : Internet Archive.

V. Livres de luxe et bouquins

Le beau livre, le livre de luxe, a naturellement trouvé, de tout temps, des appréciateurs et des admirateurs[144.1] : on ne peut méconnaître, en effet, pour le simple usage même, pour la lecture ou l’étude, le très puissant attrait et toute l’importance

[II.160.144]
  1.  Il a aussi trouvé parfois, à différentes époques, des dénigreurs et contempteurs. Aux premiers siècles de l’Église, saint Jérôme (331-420) condamnait les dépenses faites pour l’ornementation des livres : « On teint les parchemins en pourpre, dit-il, on les couvre de lettres d’or, on revêt les livres de pierres précieuses, et les pauvres meurent de froid à la porte du temple : Gemmis codices vestiuntur, et nudus ante fores emoritur Christus. » (Ap. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, p. 138.) Plus tard, les disciples de saint Bernard (1091-1153), les austères religieux de Cîteaux, blâmaient sans relâche leurs confrères et rivaux, les bénédictins de Cluny, d’enluminer et adorner les manuscrits, et il y avait même un des statuts de leur règle qui leur défendait d’employer, dans la confection des manuscrits, l’or, l’argent et même les vignettes. (Cf. Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la Miniature, pp. 163-164 ; et Géraud, op. cit., p. 53.) « Nombre de petites communautés de Cîteaux ont laissé corrompre et pourrir de beaux manuscrits, ou en ont donné les feuilles à leurs cuisiniers pour mettre sous la pâte, envelopper leur tabac, ou vendre aux épiciers et beurriers. » (Dom Guiton, ancien bibliothécaire de l’abbaye cistercienne de Clairvaux, 1744. ap. Fertiault, les Légendes du livre, p. 200.) « Nous lisons, au contraire, dans la Vie de saint Boniface, apôtre de l’Allemagne, que, parmi les livres qu’il fit venir d’Angleterre, se trouvaient les Épitres de saint Paul écrites en lettres d’or. Le même saint priait une abbesse copiste de transcrire pour lui les Épîtres de saint Pierre avec de l’encre d’or, et cela par respect pour les Saintes Écritures. » (Géraud, op. cit., pp. 53-54.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 127-143

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 127.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 127 [143]. Source : Internet Archive.

Oui, autant de lecteurs, autant de choix différents, autant de bibliothèques distinctes, puisque, outre les changements dus au temps, « à la mode », chacun de nous a ses goûts propres, ses aptitudes spéciales, et que l’éducation, la profession, la nationalité, l’âge, le tempérament, l’état de fortune, etc., quantité d’éléments variant à l’infini, viennent influencer et déterminer ce choix.

Voici cependant, sur cette question du « choix des livres », quelques sages préceptes, qu’on fera bien de méditer et d’appliquer.

D’abord ces considérations de l’écrivain suisse Léonard Meister (1741-1811)[143.1] :

« La meilleure règle à suivre dans le choix de ses lectures est celle qu’il convient de s’imposer de bonne heure dans le choix de ses liaisons. Il faut toujours tâcher de vivre avec des êtres qui nous soient supérieurs à quelques égards, qui ne soient pas du moins trop au-dessous de nous-mêmes, et puissent nous donner l’espérance de nous rendre meilleurs ou plus aimables, et, s’il est possible, l’un

[II.143.127]
  1.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 252-253.  ↩

Le Livre, tome II, p. 104-120

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 104.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 104 [120]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105 [121]. Source : Internet Archive.

« Il faut, dit le vicomte de Bonald (1754-1840)[104.1], parcourir beaucoup de livres pour meubler sa mémoire ; mais, quand on veut se former un goût sûr et un bon style, il faut en lire peu, et tous dans le genre de son talent. L’immense quantité de livres fait qu’on ne lit plus ; et, dans la société des morts comme dans celle des vivants, les liaisons trop étendues ne laissent plus aux amitiés le temps de se former. »

Jérôme Cardan (1501-1576) estimait que toute bibliothèque devrait tenir en trois volumes : l’un traitant de la vie des saints, l’autre contenant de gracieux vers propres à récréer l’esprit, et le troisième enseignant « la vie civile », c’est-à-dire les droits et devoirs du citoyen[104.2]. Mais, déjà de son vivant ou peu après, Joseph Scaliger (1540-1609) déclarait que, « pour une parfaite bibliothèque, il faudrait avoir six grandes chambres[104.3] ».

La Mothe-Le Vayer (1588-1672), dans sa lettre à un « Révérend Père », Du moyen de dresser une bibliothèque d’une centaine de livres seulement[104.4], est

[II.120.104]
  1.  Pensées sur divers sujets, p. 343. (Paris, Adrien Le Cière, 1817.)  ↩
  2.  Ap. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 137.  ↩
  3.  Ap. Fertiault, les Légendes du livre, p. 20.  ↩
  4.  La Mothe-Le Vayer, Œuvres, t. X, Petits traités en forme de lettres, écrites à diverses personnes studieuses, pp. 106-117 (Paris, Guignard, 1684). C’est de La Mothe-Le Vayer que Bayle a dit (Dictionnaire, t. X, p. 303 ; Paris, Desoer, 1820) : « Nous n’avons point d’auteur français qui approche plus de Plutarque que celui-ci ».  ↩

Le Livre, tome II, p. 101-117

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102 [118]. Source : Internet Archive.

mille qu’on ne lira jamais, du moins de suite ; mais on peut avoir besoin d’en consulter quelques-uns une fois en sa vie. C’est un grand avantage, pour quiconque veut s’instruire, de trouver sous sa main, dans le palais des rois, le volume et la page qu’il cherche, sans qu’on le fasse attendre un moment. C’est une des plus nobles institutions. Il n’y a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.

« La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent à tous les savants. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.

« Cette multitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué[101.1] que Paris

[II.117.101]
  1.  Voltaire lui-même, qui, dans ses Conseils à un journaliste (Œuvres complètes, t. IV, p. 615), écrivait : « Un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avec tous ses contemporains, on choisit quelques amis. Il ne faut pas plus s’effaroucher de voir cent cinquante mille volumes à la Bibliothèque du Roi, que de ce qu’il y a sept cent mille hommes dans Paris. » Et ailleurs : « … Le fait est que la multitude de livres inlisibles dégoûte. Il n’y a plus moyen de rien apprendre, parce qu’il y a trop de choses à apprendre…. La vue d’une bibliothèque me fait tomber en syncope. » (Voltaire, Critique historique, Lettres Chinoises, XII ; Œuvres complètes, t. V, p. 368.) Cf. encore ce qu’écrit l’abbé Sabatier de Castres (1742-1817) : « La multitude des livres est le seul moyen d’en éviter la perte ou l’entière destruction. C’est cette multiplicité qui les a préservés des injures des temps, de la rage des tyrans, du fanatisme des persécuteurs, des ravages des barbares, et qui en a fait passer, au moins une partie, jusqu’à nous, à travers les longs intervalles de l’ignorance et de l’obscurité…. La multitude prodigieuse des livres est parvenue à un tel degré que, non seulement il est impossible de les lire tous, mais même d’en savoir le nombre et d’en connaître les titres. « On ne pourrait pas lire tous les livres, dit un auteur du dernier siècle, quand même on aurait la conformation que Mahomet donne aux habitants de son paradis, où chaque homme aura 70 000 têtes, chaque tête 70 000 bouches, et chaque bouche 70 000 langues, qui parleront toutes 70 000 langages différents. » (Ap. F. Fertiault, op. cit., p. 283.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 096-112

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 096.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 096 [112]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 097.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 097 [113]. Source : Internet Archive.

« Que votre lecture soit modérée, dit, de son côté, saint Jérôme (331-420)[096.1] : ce n’est pas la lassitude, mais la prudence, qui doit vous la faire interrompre. Une lecture trop prolongée est répréhensible ; car ce qui est bon de soi-même cesse de l’être et devient sujet au blâme, si on le porte au delà des bornes. »

Pétrarque constate[096.2] qu’ « il est des gens qui croient connaître tout ce qui est écrit dans les livres qu’ils ont chez eux, et quand la conversation tombe sur un sujet : « Ce livre, disent-ils, est dans ma bibliothèque ». Pensant que cela suffit, comme si le livre était en même temps dans leur tête, ils haussent les sourcils et se taisent…. Si l’abondance des livres faisait des savants ou des gens de bien, les plus riches seraient les plus savants de tous et les meilleurs, tandis que nous voyons souvent le contraire[096.3]…. De même, dit encore Pétrarque, que la multitude des combattants a empêché plusieurs généraux de vaincre, la multitude des livres a empêché beaucoup de gens d’apprendre, et l’abondance, comme cela arrive, a produit la disette…. La multi-

[II.112.096]
  1.  Ap. Fertiault, op. cit., p. 234.  ↩
  2.  De l’abondance des livres, trad. Develay, pp. 21 et suiv. Cf. supra, t. I, p. 100.  ↩
  3.  Cf. Lucien, Contre un ignorant bibliomane, § 4 (trad. Talbot ; t. II, p. 273) : « Si la possession des livres suffisait pour rendre savant celui qui les a, elle serait d’un prix inestimable ; et si le savoir se vendait au marché, il serait à vous seuls qui êtes riches, et vous nous écraseriez, nous les pauvres. Et puis, qui pourrait le disputer en érudition aux marchands, aux bouquinistes, qui en possèdent et en vendent en si grand nombre ? Cependant… », etc. Cf. aussi Ausone, Épigrammes, XLIV, A Philomusus le grammairien (p. 21, Collection Nisard, Paris, Didot, 1887) :
    •  Emptis quod libris tibi bibliotheca referta est,
      Doctum, etc.

     « Parce que ta bibliothèque est bien garnie de livres achetés, tu te crois un savant et un grammairien, Philomusus ! A ce compte, fais-moi provision de cordes, d’archets, d’instruments, et, tout cela payé, demain te voilà musicien. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 094-110

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 095.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 095 [111]. Source : Internet Archive.

mangent le plus qui sont les plus gras et les plus sains, mais ceux qui digèrent le mieux[094.1] ».

[II.110.094]
  1.  Cf. Diogène Laërce, Vie d’Aristippe, trad. Lefèvre, ap. Plutarque, Œuvres, trad. Amyot, Supplément, t. II (XXI), p. 6. (Paris, Bastien, 1784).
    •  Ce n’est pas assez de tout lire,
      Il faut digérer ce qu’on lit,

     a dit Boufflers (1737-1815), dans sa fable le Rat bibliothécaire (Œuvres choisies, p. 129 ; Paris, Bibliothèque nationale, 1875). « A l’égard des bons livres, écrit le Père Joseph-Romain Joly (1715-1805) (ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 234), il faut en user comme des bons repas, où l’on doit manger sobrement, si l’on a envie que les aliments profitent. Scaliger nous apprend que François Junius et Théodore Marsile sont parvenus tous deux au même but, qui est l’ignorance : le premier en lisant tous les livres, et l’autre en ne lisant rien. » Et le chancelier François Bacon (1561-1626), (ap. Fertiault, op. cit., p. 176) : « Il y a des livres dont il faut seulement goûter, d’autres qu’il faut dévorer, d’autres enfin, mais en petit nombre, qu’il faut, pour ainsi dire, mâcher et digérer. » Sur les livres comparés aux aliments, cf. notre tome I, page 136, note 5.  ↩

Le Livre, tome II, p. 086-102

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086 [102]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087 [103]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089 [105]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091 [107]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092 [108]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093 [109]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.

IV. Dénombrement des livres.
— Beaucoup de livres ou peu ?
— Choix des livres
— Lire beaucoup ou beaucoup relire ?
— Relectures

Nous avons vu[086.1] que Sénèque et Pline le Jeune sont d’avis que « la multitude des livres dissipe l’esprit », et que « beaucoup relire vaut mieux que lire beaucoup de choses » : Multum legendum esse, non multa.

C’est aussi l’opinion de l’Ecclésiaste[086.2] : « Il n’y a

[II.102.086]
  1.  Tome I, pages 17 et 19.  ↩
  2.  Chap. xii, verset 12. Voici, comme simple curiosité, quelques « dénombrements des livres existants ». Le premier, publié en 1823, est dû à l’ingénieux et érudit Gabriel Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, pp. 2-4, note). « Le curieux…. qui s’était occupé à chercher ce que nous appelions la pierre philosophale, c’est-à-dire le nombre approximatif des livres qui ont été mis sous presse depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à 1817, a revu ses calculs et les a continués jusqu’à 1822…. Voici l’exposé sommaire de son travail, qui nous parait plus curieux qu’utile. Il a d’abord puisé dans Maittaire, Panzer et les autres auteurs qui ont travaillé sur les éditions du xve siècle, et y a trouvé un aperçu de 42 000 ouvrages imprimés de 1436, ou plutôt 1450 [date plus probable de l’invention de l’imprimerie], à 1536. Voilà pour le premier siècle. Passant ensuite au dernier siècle (de 1736 à 1822), qui doit lui servir de base pour les calculs des deux siècles intermédiaires, et se servant des renseignements que lui ont fournis, sur le nombre de tous les ouvrages publiés dans ce dernier siècle, les journaux littéraires, les grands catalogues de librairie, ceux des foires d’Allemagne, l’excellente Bibliographie de la France, etc., etc., il a calculé par approximation que, depuis quatre-vingt-six ans, c’est-à-dire depuis 1736, on a pu imprimer en totalité environ 1 839 960 ouvrages : voilà pour le dernier siècle. Restent les deux siècles intermédiaires qui vont de 1536 à 1736. Ici les données étaient plus incertaines ; aussi notre calculateur a établi des proportions progressives de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premières bases les produits du premier et du dernier siècle, et pour secondes bases les événements civils, politiques et religieux qui ont pu, de temps en temps, donner plus d’activité à la presse, comme nous l’éprouvons en France depuis plusieurs années ; de sorte qu’il a trouvé, pour le second siècle, 575 000 ouvrages ; et, pour le troisième, 1 225 000. Ainsi les quatre siècles typographiques donnent le résultat suivant :
    1er siècle, de 1436 [1450] à 1536………42 000 ouvrages
    2e siècle, de 1536 à 1636………575 000 ouvrages
    3e siècle, de 1636 à 1736………1 225 000 ouvrages
    4e siècle, de 1736 à 1822 (incomplet)………1 839 960 ouvrages
    Total………3 681 960 ouvrages

     « Voilà donc, pour les quatre siècles, un total de 3 681 960 ouvrages imprimés dans les différentes parties du monde. Notre amateur suppose que chaque ouvrage, terme moyen, peut être évalué à trois volumes, ce qui nous parait un peu trop fort ; et il porte le tirage aussi, terme moyen, à 300 exemplaires pour chacun. Il en résulterait qu’il serait sorti de toutes les presses du monde jusqu’à ce jour environ 3 313 764 000 volumes ; mais, selon lui, les deux tiers au moins de cette masse énorme ont été détruits, soit par d’un usage journalier, soit par des accidents, soit par l’impitoyable couteau de l’épicier ou de la beurrière, qui, semblable au glaive d’Hérode, s’abat chaque jour sur tant d’innocents. Il ne nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans toutes les bibliothèques publiques et particulières du monde, que 1 104 588 000 volumes. Notre calculateur ajoute que si tous ces volumes, auxquels il donne, terme moyen, un pouce d’épaisseur, étaient rangés les uns à côté des autres, comme dans un rayon de bibliothèque, ils formeraient une ligne de 15 341 500 toises [valeur de la toise : 1 mètre 949], ou de 7 670 lieues de poste. Nous ne présentons ces résultats, — ajoute Peignot, — que pour ce qu’ils valent, les considérant plutôt comme un jeu d’esprit que comme un calcul sérieux, puisqu’ils sont appuyés sur des bases extrêmement vagues, et que la vérification en est impossible. Ils nous paraissent un peu exagérés. Cependant, lorsque l’on considère qu’il a été imprimé plus de 36 000 000 d’exemplaires d’un seul ouvrage, la Bible, et plus de 6 000 000 d’un autre ouvrage, l’Imitation de Jésus-Christ ; que la seule Société biblique britannique, de 1804 à 1820, a distribué à ses frais 2 617 268 Bibles ou Nouveaux Testaments ; que la Société biblique russe en a fait imprimer en seize langues différentes, jusqu’en 1817 seulement, plus de 196 000 exemplaires ; que la Société biblique protestante de Paris en a aussi publié une grande quantité, il faut convenir que le nombre des livres en tous genres est d’une telle immensité, qu’il devient incalculable. On en sera encore plus convaincu quand on saura qu’il existe plus de 80 000 ouvrages sur la seule histoire de France ; le catalogue publié en 1768, 5 volumes in-folio, en renferme déjà près de 49 000. et il y en manque plus de 2 000. »

     Le savant Daunou (1761-1840) a effectué un calcul, calcul partiel, qui ne comprend que les livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’en l’an 1500. « Il résulte d’un travail très intéressant de M. Daunou, inséré dans le Bulletin du bibliophile de 1842, page 396, dit Ambroise Firmin-Didot (Essai sur la typographie, col. 713), sur le nombre et la nature des ouvrages publiés dans le xve siècle, qu’on peut évaluer le nombre des éditions à 13 000, qui, à raison de 300 exemplaires par édition, donneraient environ 4 000 000 de volumes [3 900 000] répandus en Europe en 1501, sur lesquels Daunou estime que les ouvrages de scolastique et de religion forment au moins les six septièmes, et les ouvrages de littérature ancienne et moderne et de sciences diverses un septième. » — Un autre calcul, appliqué à la même période de temps, au xve siècle, et dû au bibliographe Petit-Radel (1756-1836), fournit un total sensiblement plus élevé et certainement exagéré : 5 153 000 volumes. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 100.)

     De son côté, Charles Nodier (1780-1844) a failles remarques suivantes (Mélanges de littérature et de critique, ap. Fertiault, op. cit., p. 350) : « On a calculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l’imprimerie a produits depuis son invention s’élèverait à 3 277 764 000 volumes [ou plutôt 3  313 764 000 ; cf. supra, p. 87], en admettant que chaque ouvrage a été tiré à 300 exemplaires…. D’après cette hypothèse, [en supposant que tous les exemplaires existent : tout à l’heure, dans le calcul de Peignot, nous n’en avions que le tiers, — deux tiers étaient supposés détruits] et en donnant à chaque volume un pouce d’épaisseur seulement, il faudrait, pour les ranger côte à côte sur la même ligne, un espace de 18 207 lieues, qui fait un peu plus du double de la circonférence de la terre…. Mais comme on n’a ordinairement qu’un exemplaire d’un livre, ce qui réduit cette appréciation à la 300e partie, il est probable qu’on pourrait ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siècles sur un rayon de 61 lieues de longueur ; ou, ce qui serait plus facile, plus commode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté…. »

     Un autre « dénombrement » a été effectué plus récemment par un bibliographe américain anonyme. Voici ces calculs, empruntés au Mémorial de la librairie française, 19 février 1903, page 101 : « Un Américain… détaille comme suit les volumes existant dans les États-Unis : 420 000 000 dans les familles ; 150 000 000 chez les savants, écrivains, inventeurs ; 60 000 000 chez les éditeurs et libraires ; 50 000 000 dans les bibliothèques publiques ; 12 000 000 dans les bibliothèques des lycées et collèges ; 8 000 000 chez les étudiants.

     « Pour les autres pays, le Yankee calcule d’après les mêmes proportions, et il obtient : 1 800 000 000 pour l’Europe occidentale ; 460 000 000 pour l’Europe orientale ; 240 000 000 pour le reste du monde. Ce qui forme un total de 3 200 000 000 de volumes répartis sur toute la surface du globe terrestre.

     « Mais, tandis que le statisticien opiniâtre amasse ses données et additionne ses chiffres, d’autres livres paraissent. Par an, l’Allemagne publie 25 000 livres nouveaux [ou 25 000 seulement] ; la France, 13 000 ; l’Italie, 10 000 ; [les États-Unis, 8 300 : Mémorial de la librairie française, 18 mai 1905, p. 270] ; l’Angleterre, 7 000. Il faut joindre à cela la production annuelle des autres pays, et l’on a un total de 75 000 livres nouveaux par an dans le monde entier. Si l’on suppose que chacun de ces ouvrages est tiré en moyenne à 1 000 exemplaires, la provision mondiale de volumes s’accroît donc annuellement de 75 000 000 d’unités. »

     Quant à la richesse des grandes bibliothèques publiques des divers pays, au nombre de volumes qu’elles renferment, voici les chiffres que je puise principalement, pour la France, dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France publié sous la direction de M. Paul Joanne, et, pour les autres pays, dans le précieux annuaire Minerva, Jahrbuch der gelehrten Welt, 1903-1904.

     France. Paris : Bibliothèque Nationale, la plus riche de toutes les collections existantes, et celle qui contient le plus de livres rares : environ 3 000 000 de volumes (3 500 000, dit le Nouveau Larousse illustré) ; les rayons sur lesquels ces livres sont rangés « formeraient, mis bout à bout, une longueur de 60 kilomètres » ; près de 300 000 cartes géographiques, et plus de 100 000 manuscrits (Minerva). (Sur les origines de la Bibliothèque Nationale, voir notre tome I, pages 103-108, et l’Index alphabétique.) Bibliothèque de l’Arsenal : 250 000 vol., 8 000 mss (Minerva dit : 454 000 vol., 9 654 mss). Bibliothèque Mazarine : 250 000 vol. (Minerna : 300 000 vol.); 4 500 mss (chiffre officiel). Bibliothèque Sainte-Geneviève : 200 000 vol., 4 000 mss. Bibliothèque de la Sorbonne ou de l’Université : 125 000 vol. et quelques manuscrits. — Besançon : 130 000 vol. (Minerva : 100 000 vol., 2 200 mss). — Bordeaux : 170 000 (200 000) vol., 1 500 mss (cf. Joanne, op. cit., t. I, pp. 504 et 508). — Douai : 80 000 vol. — Grenoble : 400 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 172 000 vol., 2 090 mss). — Lille : 75 000 vol., 800 mss (Minerva : 100 000 vol., 1 432 mss, et Bibliothèque de l’Université : 194 000 vol. ; le Guide Joanne, le Nord (1902), page 228, donne aussi, pour la Bibliothèque municipale de Lille, 100 000 vol. et 900 mss). — Lyon : 130 000 vol., 2 400 mss (Minerva : 250 000 vol.). — Marseille : 90 000 vol., 1 350 mss (Minerva : 112 000 vol., 1 689 mss). — Montpellier : 130 000 vol. — Nancy : 88 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 118 596 vol., 1 471 mss) ; Bibliothèque de l’Université : 37 000 vol. (Minerva : 141 270 vol.). — Rouen : 135 000 vol., 3 800 mss. — Toulouse : 100 000 vol. (Minerva : 200 000 vol., 1 000 mss). — Troyes : 80 000 vol., 2 700 mss (Minerva : 125 000 vol., 6 000 mss). — Versailles : 150 000 vol.

     Allemagne. Berlin : 1 228 000 vol., 33 000 mss. — Augsbourg : 200 000 vol., 2 000 mss. — Bamberg : plus de 300 000 vol., 4 500 mss. — Bonn, Bibliothèque de l’Université : 301 500 vol., 1 452 mss. — Breslau : 312 000 vol., 3 700 mss. — Cassel, Bibliothèque nationale (Landesbibliothek) : 191 500 vol., 700 mss ; Bibliothèque municipale (der Stadt) : 124 000 vol., 5 711 mss. — Cologne : 180 000 vol. — Dresde : 468 000 vol., 6 000 mss. — Francfort-sur-Mein : 298 000 vol. — Gœttingue, Bibliothèque de l’Université : 518 000 vol., 6 369 mss. — Gotha : plus de 180 000 vol., environ 7 000 mss. — Halle, Bibliothèque de l’Université : 216 000 vol., 938 mss. — Hambourg : 341 000 vol., 7 000 mss. — Heidelberg, Bibliothèque de l’Université dite la Palatine, fondée en 1390 : 400 000 vol., 4 000 mss et 3 000 papyrus. (Sur la Bibliothèque Palatine, voir infra, chap. xii, p. 274.) — Iéna. Bibliothèque de l’Université : plus de 200 000 vol., 900 mss. — Koenigsberg, Bibliothèque de l’Université : 262 000 vol., 1 500 mss. — Mayence : 200 000 vol., 1 100 mss. — Munich : 1 000 000 de vol., 40 000 mss. — Strasbourg : 114 500 vol., 783 mss ; Bibliothèque de l’Université : 843 000 vol. — Stuttgart : 500 000 vol., 5 000 mss. — Tubingen, Bibliothèque de l’Université : 420 000 vol., 3 800 mss.

     Angleterre. Londres, British Museum : 2 000 000 de vol. (Mémorial de la librairie française, 10 février 1903, page 101), — Oxford, la célèbre Bodléienne (de Thomas Bodley, son fondateur, mort en 1612) : 500 000 vol., 30 000 mss.

     Autriche. Vienne : 900 000 vol., 24 000 mss. — Budapesth, Bibliothèque de l’Université : 242 000 vol., 2 048 mss. — Cracovie, Bibliothèque de l’Université : 366 000 vol., 6 215 mss. — Lemberg (Léopol ou Lwów), Bibliothèque de l’Université : 177 000 vol.; Institut national Ossolinski : 113 000 vol., 4 505 mss. — Prague, Bibliothèque de l’Université : 307 000 vol., 3 312 mss.

     Belgique. Bruxelles : 500 000 vol., 27 000 mss.

     Danemark. Copenhague : 600 000 vol., 20 000 mss.

     Espagne. Madrid : 600 000 vol., 30 000 mss. — Escurial : environ 30 000 vol., 4 627 mss.

     Hollande. La Haye : 115 000 vol. — Leyde, Bibliothèque de l’Université : 190 000 vol., 6 400 mss.

     Italie. Rome, Bibliothèque Angélique (fondée par l’érudit Angelo Rocca vers 1614) : environ 80 000 vol., 2 326 mss ; Bibliothèque Barberini (la Barberiniana) : 60 000 vol., 10 000 mss ; Bibliothèque Casanatense (du nom du cardinal napolitain Casanate), dite aussi Bibliothèque de la Minerve : 114 856 vol., 5 431 mss ; Bibliothèque de l’Université, dite aussi Bibliothèque Alexandrine ou de la Sapienza : 110 000 vol., 312 mss ; Bibliothèque Vaticane : 24 000 mss (dont 5 000 grecs, 16 000 latins et 3 000 orientaux) ; Bibliothèque nationale centrale Victor-Emmanuel : 350 000 vol., 6 200 mss. — Ferrare : 91 000 vol., environ 2 000 mss. — Florence, Bibliothèque royale nationale (la Magliabecchiana, du savant Magliabecchi, mort en 1714, dont nous parlerons plus loin) : 496 000 vol., 18 731 mss ; Bibliothèque Mediceo-Laurenziana (la Laurentienne, fondée en 1444 par Cosme de Médicis ; « fondée en l’église de Saint-Laurent par le pape Clément VII » [Jules de Médicis, ….-1534], dit Diderot (Encyclopédie, art. Bibliothèque : Œuvres complètes, t. XIII, p. 457) ; elle passa longtemps pour la plus riche bibliothèque de l’Europe) : 10 801 vol., 9 676 mss ; Bibliothèque Maracelliana (fondée par l’abbé Marucelli, mort en 1713) : 150 000 vol., 1 500 mss ; Bibliothèque Ricciadiana (fondée en 1600 par la famille Riccardi) : 33 500 vol., 3 905 mss. — Milan, Bibliothèque nationale (la Brera) : 231 000 vol., 1 684 mss ; Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise, fondée vers 1608, par le cardinal Borromée) : 200 000 vol., 8 300 mss. — Naples, Bibliothèque nationale dite Borbonica (fondée en 1734, et ouverte au public en 1804, par Ferdinand IV de Bourbon) : 380 000 vol., 7 874 mss. Il existe à la Borbonica « une salle spéciale pour les aveugles, très nombreux à Naples, et à qui l’on fait la lecture moyennant une légère rétribution ». (Larousse, op. cit., art. Bibliothèque, t. II, p. 697, col. 4.) — Padoue, Bibliothèque de l’Université : 148 000 vol., 2 326 mss. — Palerme, Bibliothèque nationale : 160 000 vol., 1 532 mss ; Bibliothèque communale : 216 000 vol., 3 263 mss. — Turin, Bibliothèque nationale (précédemment Bibliothèque de l’Université) : 300 000 vol., 4 146 mss (antérieurement à l’incendie du 26 janvier 1904). — Venise, Bibliothèque Saint-Marc (la Marciana, commencée par Pétrarque, mais réellement fondée par le cardinal Bessarion, en 1468) : 405 000 vol., 12 000 mss.

     Portugal. Lisbonne : 400 000 vol., 15 000 mss.

     Russie. Saint-Pétersbourg   1 500 000 vol., 33 347 mss. — Moscou, Bibliothèque de l’Université : 282 000 vol. — Varsovie, Bibliothèque de l’Université : 526 000 vol., 1 384 mss.

     Suède et Norvège. Christiania, Bibliothèque de l’Université : 403 000 vol. — Stockholm, Bibliothèque royale : 315 000 vol., 10 435 mss. — Upsal, Bibliothèque de l’Université : 315 654 vol.

     Suisse. Bâle : 250 000 vol., 1 500 mss. — Genève : 150 000 vol., 1 500 mss. — Zurich : 170 000 vol., 4 500 mss.

     Amérique du Nord. États-Unis. Boston : 850 000 vol. — Chicago, Bibliothèque publique : 300 000 vol. ; Bibliothèque de l’Université : 367 000 vol. — New-York, Bibliothèque de l’Université : 362 000 vol. — Philadelphie. Bibliothèque de l’Université : 224 000 vol. — Washington, Bibliothèque du Congrès : 1 195 535 vol., 103 115 mss (1 800 000 mss, dit le Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, septembre 1905, p. 169).

     Amérique du Sud. Buenos-Ayres : 97 000 vol. — Montevideo : 40 000 vol., 1 580 mss. — Rio-de-Janeiro : 266 000 vol. — Santiago de Chili : 112 000 vol., 7 000 mss.

     Certains bibliographes et théologiens d’autrefois, comme le Père Kircher (Athanase Kircher, célèbre jésuite allemand : 1602-1680), ont cru qu’il existait en Éthiopie, au monastère de la Sainte-Croix, une bibliothèque merveilleuse contenant dix millions cent mille volumes, tous sur parchemin. Voici ce qu’écrivent à ce sujet Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, pp. 141-142 (Paris, Estienne Michallet, 1680) ; Diderot, dans l’Encyclopédie, art. Bibliothèque (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 451-452 ; Paris, Garnier, 1876) ; d’autres encore : « Tout cela n’est rien en comparaison de la bibliothèque qu’on dit être dans le monastère de la Sainte-Croix, sur le mont Amara, en Éthiopie. L’histoire rapporte qu’Antoine Brieus et Laurent de Crémone furent envoyés dans ce pays par Grégoire XIII pour voir cette fameuse bibliothèque, qui est divisée en trois parties, et contient en tout dix millions cent mille volumes, tous écrits sur de beau parchemin, et gardés dans des étuis de soie. On ajoute que cette bibliothèque doit son origine à la reine de Saba, qui, lorsqu’elle visita Salomon, reçut de lui un grand nombre de livres, particulièrement ceux d’Énoch sur les éléments et sur d’autres sujets philosophiques, avec ceux de Noé sur des sujets de mathématiques et sur le rit sacré ; et ceux qu’Abraham composa dans la vallée de Mambré…. On y trouve aussi les livres de Job, ceux d’Esdras, des sibylles, des prophètes, etc. Nous rapportons ces opinions, moins pour les adopter que pour montrer que de très habiles gens y ont donné leur créance, tels que le Père Kircher, jésuite. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 078-094

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 078.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 078 [094]. Source : Internet Archive.

que nous souscrivons aux considérations suivantes :

« … L’index analytique est absolument nécessaire aux ouvrages d’histoire et de science. Un index dont le besoin est urgent est celui de ce monument national qu’on appelle une Histoire de France. C’est ainsi que les grandes Histoires de France de Michelet et de Henri Martin sont dépourvues d’index[078.1], ce qui est vraiment une lacune impardonnable pour les éditeurs de ces grands ouvrages.

« Un savant allemand a été jusqu’à écrire : « Faire un ouvrage érudit, surtout un ouvrage philologique ou linguistique, sans un index très sûr pour trouver immédiatement un renseignement cherché, est un véritable assassinat littéraire. On se tue à fouiller dans les énormes volumes de Pott, un des plus grands investigateurs des langues indo-européennes[078.2]. Beaucoup pensent qu’il en a rendu compte à Dieu ![078.3] »

Un moyen, plus efficace que cette supposition comminatoire extraterrestre, de contraindre les

[II.094.078]
  1.  M. Tanneguy de Wogan commet ici une erreur flagrante : tout un volume de l’Histoire de France de Henri Martin, le tome XVII (Paris, Furne, 1865), est rempli par un index alphabétique et analytique qui ne comprend pas moins de 606 pages.  ↩
  2.  Aussi ne peut-on considérer que comme une hâblerie ou une plaisanterie ce mot de Jacques Cujas : Qui libris sine repertorio nescit uti nescit uti : « Qui ne sait se servir de livres sans répertoire ne sait s’en servir » (Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 196.)  ↩
  3.  Baron Tanneguy de Wogan, op. cit., p. 294.  ↩

Le Livre, tome II, p. 063-079

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 063.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 063 [079]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 064.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 064 [080]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 065.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 065 [081]. Source : Internet Archive.

ordre et sans desseing, à pièces descousues[063.1] ». « Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs ; mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées d’aultruy, il (un enfant, le fils de la comtesse de Gurson, — et c’est surtout ce qu’a fait Montaigne lui-même) les transformera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement[063.2]…. »

Étienne Pasquier de même : « Tout ainsi que l’abeille sautelle d’une fleur à autre, pour prendre sa petite pâture dont elle forme son miel, aussi lis-je ores l’un, ores un autre auteur, comme l’envie m’en prend[063.3] ».

C’est le mot de Lucrèce :

Floriferis ut apes in saltibus omnia libant (ou limant),
Omnia nos itidem depascimur aurea dicta[063.4].

[II.079.063]
  1.  Essais, livre III, chap. iii ; t. III, p. 366. (Paris, Charpentier, 1862.)  ↩
  2.  Montaigne, op. cit., livre I, chap. xxv ; t. I, p. 205.  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 121-122.  ↩
  4.  « De même que l’abeille recueille tout nectar dans les prés en fleur, nous aspirons tout le suc de tes paroles d’or. » (De la nature des choses, III, vers 11-12 ; p. 145 ; Paris, Lefèvre, 1845.) La même comparaison reparaît bien souvent chez les anciens comme chez les modernes : cf. Horace (Odes, IV, 2, trad. Panckoucke, p. 114 ; Paris, Garnier, 1866) : « Ego, apis Matinæ », etc. : « Pour moi, semblable à l’abeille du mont Matinus, qui va butiner laborieusement sur le thym odoriférant, j’erre dans les bois et près des ruisseaux qui arrosent Tibur ; et là, faible poète, je forge péniblement mes vers » ; et Sénèque (Lettres à Lucilius, 84, trad. Baillard. p. 243 ; Paris, Hachette, 1860) : « Imitons, comme on dit, les abeilles, qui voltigent çà et là, picorant les fleurs propres à faire le miel, qui ensuite disposent et répartissent tout le butin par rayons…. » ; et Plutarque (Comment il faut lire les poètes, trad. Amyot, t. VIII, p. 100 ; Paris, Bastien, 1784) : « Or tout ainsi comme ès pasturages l’abeille cherche pour sa nourriture la fleur, » etc. (cf. supra, t. I, p. 137, note). Gilles Ménage écrit (Ménagiana, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 253) : « Entre tous les livres que l’on lit, il y en a beaucoup où l’on ne trouve presque rien de bon. En cela il faut imiter les abeilles ; elles voltigent sur toutes les fleurs, mais elles ne tirent pas de toutes de quoi faire du miel : « Apes in omnibus quærunt, non ex omnibus carpunt ». Et La Fontaine (Discours à Mme de la Sablière : Œuvres, t. IX, p. 186 ; Paris, Hachette, 1892. Collection des Grands Écrivains) :
    •  Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles
      A qui le bon Platon compare nos merveilles,
      Je suis chose légère, et vole à tout sujet ;
      Je vais de fleur en fleur, et d’objet en objet.

     Boileau (Discours au roi : Œuvres complètes, t. I, p. 33 ; Paris, Hachette, 1867) :

    •  Comme on voit au printemps la diligente abeille
      Qui du butin des fleurs va composer son miel,
      Des sottises du temps je compose mon fiel.

     J.-B. Rousseau (Odes, III. i, à M. le comte du Luc : Œuvres lyriques, p. 160 ; Paris, Dezobry, 1852) :

    •  Et, semblable à l’abeille en nos jardins éclose,
      De différentes fleurs j’assemble et je compose
      Le miel que je produis.

     André Chénier (Élégies, IV ; Poésies, p. 79; Paris, Charpentier, 1861) :

    •  Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin,
      Je vais changer en miel les délices du thym.

     Et ces considérations d’Édouard Charton (1807-1890), (le Tableau de Cébès, notes, pp. 170-171 ; Paris, Hachette, 1882) : « … Ce pourrait être la devise des abeilles. S’il n’est pas inutile de chercher parmi les animaux, nos « frères inférieurs », comme les appelle Michelet, des exemples à suivre, je n’en connais aucun qui soit plus digne de notre attention que celui de l’abeille. L’œuvre de sa vie est excellente et d’une parfaite unité. Jamais le laborieux insecte ailé ne s’attarde sur les plantes d’où il n’a rien à tirer de bon ; il les fuit. Quelquefois, dans un intérêt d’observation scientifique, on a essayé de le tromper en plaçant sur son passage, dans les parterres, des fleurs artificielles semblables à celles qu’elle cherche ; non ! les abeilles ont plané au-dessus une seconde à peine : leur merveilleux instinct leur a fait découvrir aussitôt la supercherie. Il n’y avait rien là pour leur servir à faire leur miel, et elles n’avaient pas de temps à perdre. »
    Etc., etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 061-077

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 061.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 061 [077]. Source : Internet Archive.

que le livre contenait, mais encore des sources où l’auteur avait puisé[061.1] ».

« Les vieux routiers de l’art de lire, remarque M. Paul Stapfer (1840-….)[061.2], savent seuls tourner les feuillets d’un livre quelconque avec une frémissante impatience, parcourir du regard le champ entier d’une page, ne point muser ni sommeiller ni se perdre dans le fatras, aller droit à la perle, et, d’un coup d’œil sûr, fondre sur la petite proie brillante qui se cache en un coin. »

On citait, il y a une vingtaine d’années, un de ces « vieux routiers », un ministre[061.3], qui avait le talent, en feuilletant les journaux et en y promenant son regard, de toujours rencontrer tout ce qui pouvait l’intéresser, de ne rien laisser échapper qui le touchât, et de ne pas s’arrêter à autre chose, de ne pas perdre un brin de temps.

S’il est des écrivains qui se formalisent de cette rapide et irrévérencieuse façon de prendre connaissance de leurs œuvres, on en trouve aussi qui se montrent plus raisonnables et comprennent mieux les choses. Agrippa d’Aubigné (1551-1630), par

[II.077.061]
  1.  Michaud, Biographie universelle, art. Magliabecchi.  ↩
  2.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 292.  ↩
  3.  M. Jules D…… ↩

Le Livre, tome II, p. 058-074

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 058.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 058 [074]. Source : Internet Archive.

propos le prince de Ligne (1735-1814)[058.1], c’est de l’ouvrir à tout hasard, et, après avoir trouvé ainsi souvent ce qui intéresse, le fermer au bout d’une ou de deux pages, et de méditer. Si on lit tout de suite, on croit, comme après avoir passé en revue un portefeuille d’estampes, qu’on n’en a vu qu’une. »

Faut-il lire vite ou lentement ? d’affilée et assidûment, ou peu à peu, à petites doses ? Cela dépend évidemment et du lecteur — de ses qualités visuelles[058.2], de sa puissance d’attention, du loisir dont il dispose, etc., — et de ce qu’il lit, du genre et de l’importance ou de l’attrait du livre qu’il tient en main. Un ouvrage de philosophie ne se lit pas comme un roman. Un livre est ennuyeux, il ne nous plaît pas, on se contente de le parcourir ; en le parcourant, « on trouve quelquefois telle page qui vous fait revenir avec plaisir sur les commencements ; mais ne parcourt pas qui veut ; les personnes méthodiques

[II.074.058]
  1.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 247.  ↩
  2.  Nous parlerons plus tard des rapports de la vue avec les caractères typographiques et avec la lecture. Disons seulement ici que, le meilleur moyen de reposer les yeux étant de regarder au loin, il est bon, lorsqu’on se sent la vue fatiguée, d’interrompre peu ou prou sa lecture et les promener les regards au dehors, dans la rue, la campagne ou le ciel.  ↩

Le Livre, tome II, p. 022-038

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 022.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 022 [038]. Source : Internet Archive.

Tout d’abord, comment lit-on à treize, quatorze ou quinze ans, voire à dix-huit, vingt ou vingt-cinq ? Comment, à ces âges, apprécie-t-on un livre, et quel fruit peut-on, d’ordinaire, retirer de ses lectures ?

« Quand on est jeune, a très justement écrit le bibliographe Alfred de Martonne (1820-….)[022.1], on n’a nul souci de la forme du livre ; qu’il soit beau ou laid, bien ou mal relié, peu importe. On se moque des éditions rares, des textes curieux, des livres de prix. On ne s’occupe que de l’idée et surtout du sentiment. On n’a cure que de ce qui plaît au cœur, et touche et émeut. Foin de l’esprit et des belles dorures ! Il n’y a pas de bibliophile de vingt ans. Quand on est jeune, on ne sait pas relire un livre. A peine sait-on le lire. On le dévore, et, pour bien juger un livre, il faut le relire et à différentes époques de sa vie. Il y a, comme cela, des livres qui sont un thermomètre de l’esprit ou plutôt du cœur. »

« Il n’y a pas de bibliophile de vingt ans » : voilà, en effet, une vérité quasi absolue, une sorte d’axiome. A vingt ans, le sentiment prime le raisonnement, prime tout. On a hâte de tout voir, de tout connaître, de tout lire, de tout feuilleter plutôt ; ceux-là sont rares qui, à cet âge heureux, relisent sans y être contraints, soit par un besoin du cœur,

[II.038.022]
  1.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 252.  ↩

Le Livre, tome I, p. 239-263

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 239 [263]. Source : Internet Archive.

tons, comme correctif, qu’elle faisait aussi un cas particulier de Catulle, de Sénèque le Tragique et de Lucain[239.1], et qu’elle ne se lassait pas de lire Pascal. « Vous êtes, écrivait-elle à l’auteur des Provinciales[239.2], le précepteur du genre humain et le flambeau du monde ; je lis vos ouvrages, je les médite sans cesse, et je sens que mon esprit se réveille, se fortifie et s’anime avec une telle nourriture…. »

Ménage (1613-1692) regardait Plutarque comme l’auteur le plus essentiel ; il disait, ainsi que Théodore Gaza[239.3] : « Si tous mes livres étaient au feu, et que je n’en pusse sauver qu’un, ce serait Plutarque ».

Antoine Arnauld, le grand Arnauld (1612-1694), aimait passionnément Cicéron, et il estimait, avec son coreligionnaire Claude Lancelot[239.4], « que lui seul doit tenir lieu de beaucoup d’auteurs, et entretenir agréablement ceux qui aiment les Belles-Lettres durant toute leur vie[239.5] ».

[I.263.239]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 131.  ↩
  2.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 190.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 228.  ↩
  4.  Préface de la Méthode latine de Port-Royal.  ↩
  5.  Sur Cicéron, voir supra, pp. 10-14.  ↩

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