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Le Livre, tome III, p. 157-171

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 157.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 157 [171]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 158.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 158 [172]. Source : Internet Archive.

A propos de l’impression, nous adresserons encore une fois aux lecteurs la recommandation que nous leur avons faite en parlant des papiers : « Ménagez vos yeux ! »

Donc, à part les dictionnaires et ouvrages de référence, à part les sommaires, les notes, index, tableaux, etc., où l’on est bien obligé de réduire et serrer le texte, pas de livres imprimés en caractères trop fins, et, pour préciser, en caractères inférieurs au « corps huit »[157.1]. On sait que les caractères d’imprimerie, — qui sont composés de plomb et d’antimoine ou régule (environ 4 de plomb pour 1 d’antimoine), — se mesurent et se classent par points, quel que soit d’ailleurs leur genre, qu’ils appartiennent au romain, à l’elzevier ou à l’italique : nous verrons dans un instant ce que signifient ces noms. Le point[157.2], unité typographique, n’a pas

[III.171.157]
  1.  Tel est le chiffre donné approximativement par M. Émile Javal, dans sa Physiologie de la lecture et de l’écriture, p. 121 : « … Ceci nous amène à faire choix de caractères d’environ huit points…. » Le célèbre oculiste allemand Hermann Cohn, professeur à l’Université de Breslau, va bien plus loin, et, dans son livre Comment doivent être les caractères de labeur et de journaux, conseille « de ne pas employer de corps au-dessous du dix ». Il ajoute qu’on doit, d’une façon générale, interligner très fortement. (Cf. le Courrier du livre, 1er août 1903, p. 459.)  ↩
  2.  L’invention du point typographique est due à Pierre-Simon Fournier, alias Fournier le Jeune [1712-1768] ; elle remonte à 1737 environ ; mais la mesure initiale dont s’était servi cet imprimeur et graveur était conventionnelle, partant sujette à discussions et à erreurs (cf. Émile Leclerc, op. cit., pp. 40 et 42). Le « point Fournier » fut modifié en 1753 par François-Ambroise Didot, qui prit pour base la mesure légale d’alors le pied de roi [0m,324, d’après Littré], dont il divisa la ligne [0m,0022558, d’après Littré] en six parties égales, en six points [0m,0022558 : 6 = 0,00037597, soit 0mm,376 ou 0mm,38]. Un caractère d’imprimerie ayant exactement pour longueur ces six points se nomme le six ; s’il a un point de plus, c’est-à-dire sept points, le sept ; huit points, le huit ; etc. (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 846.) — C’est Fournier le Jeune qui a dit que « la théorie d’un art si utile (l’imprimerie) ne devrait être ignorée d’aucun de ceux à qui l’usage des livres est familier », et qu’ « il serait à souhaiter que tout homme de lettres fût en état de juger sainement de la mécanique de ses productions ». (Manuel typographique, t. I, p. ix.) Voir aussi le Courrier du livre, 15 avril 1906, p. 245.  ↩

Le Livre, tome III, p. 145-159

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 145.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 145 [159]. Source : Internet Archive.

Rolin Thierry (1588) : trois Épis de riz (tiers riz) ;

Geoffroy Tory (1512) : un Pot cassé[145.1] ;

Michel Vascosan (1530) : une Presse typographique ;

Antoine Vérard (1498) : un Écusson fleurdelisé supporté par deux anges ;

Pierre Vidoue ou Vidove (1510) : la Fortune sous les traits d’une femme, avec cette devise : Audentes juvo[145.2] ;

Simon Vostre (1491) : deux Léopards à tête de lévrier.

Etc., etc.[145.3].

[III.159.145]
  1.  « Geoffroy Tory… naquit à Bourges. Vers 1480…. La première de ses éditions nous donne la date de 1512. Il avait adopté comme marque de fabrique un vase dans lequel est tombé un toret de graveur [toret, s. m., instrument servant à percer : Frédéric Godefroy, Lexique de l’ancien français], en le fracassant en partie, et la devise Non plus. » (Léon Gruel, Conférences sur la reliure et la dorure des livres, p. 46.)  ↩
  2.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 749 ; et Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., p. 93.  ↩
  3.  Outre les ouvrages d’Ambroise Firmin-Didot, de Jacques-Charles Brunet, d’Anatole Claudin, et de Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, mentionnés en notes dans le cours de la liste ci-dessus, cf. L.-C. Silvestre, Marques typographiques ou Recueil des monogrammes, chiffres, enseignesdes libraires et imprimeurs qui ont exercé en France depuis l’introduction de l’imprimerie, en 1470, jusqu’à la fin du xvie siècle (Paris, Potier, 1853-1865 ; in-8) ; — et Paul Delalain, Inventaire des marques d’imprimeurs et de libraires de la collection du Cercle de la librairie (Paris, Cercle de la librairie, 1886-1888 ; in-8).  ↩

Le Livre, tome III, p. 144-158

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144 [158]. Source : Internet Archive.

devise en rébus : Sola fides sufficit, tirée de l’hymne Pange, lingua[144.1] ;

Nivel ou Nivelle et son gendre Sébastien Cramoisy (1589) : une Cigogne ;

Les Plantin, d’Anvers (Christophe Plantin, fondateur de la célèbre « Architypographie plantinienne », né près de Tours : 1514-1589) : un Cep de vigne ou un Compas ouvert ;

Philippe Pigouchet (1489) : deux Sauvages (homme et femme) ;

Jean Temporal, de Lyon (1550) : le Temps armé de sa faux ;

[III.158.144]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 744. « Guy ou Guyot Marchant, prêtre, maître ès arts et imprimeur, avait établi son atelier dans une maison du Champ-Gaillard, derrière le collège de Navarre…. La grande maison du Champ-Gaillard, où fut établi le premier atelier de Guy Marchant, appartenait au collège de Navarre ; elle était située derrière ce collège, rue Clopin, à l’angle de la rue Bordelle (emplacement actuel de l’École polytechnique). (Anatole Claudin, op. cit., t. I, pp. 335 et 380, et t. II, p. 555.) Ce coin de Paris avait été ainsi baptisé à cause des femmes « gaillardes » qui y avaient élu domicile. La rue Clopin et sa voisine, la rue d’Arras, ont porté jadis le nom de rue du Champ-Gaillard. (Cf. J.-A. Dulaure, Histoire de Paris, t. II, p. 351 ; Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864 ; et Frédéric Lock, Dictionnaire de l’ancien Paris, art. Arras et Clopin.) Guy Marchant avait pris pour enseigne le nom de son quartier, le Champ-Gaillard, dont, en jouant sur les mots, selon l’usage du temps, il avait fait : Au chant Gaillard. De là cette portée de plain-chant, avec les deux notes musicales sol, la. Les deux mains jointes étaient l’emblème de la bonne foi et de la confiance. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., p. 90.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 143-157

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 143.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 143 [157]. Source : Internet Archive.

Louis Elzevier : 1540-1617) : un Arbre ou une Minerve ;

Les Estienne : un Olivier (la mère d’Henri Ier Estienne [1470-1520], chef de cette illustre famille d’imprimeurs, se nommait Laure de Montolivet) ;

Galliot du Pré (1512) : une Galiote ou Galère, surmontée de ces mots : « Vogue la gallée[143.1] » ;

Ulrich Gering (1510) : un Soleil ;

Les Gryphe, de Lyon (le plus célèbre et le plus ancien est Sébastien Gryphe, né en Souabe : 1493-1556) : un Griffon placé sur un cube, lié par une chaîne à un globe ailé ;

Olivier Harsy ou de Harsy (1556) : une Herse ;

Thielman Kerver (1520) : deux Licornes ;

Jean de la Caille (1641) : trois Cailles[143.2] ;

Guillaume Le Bé (1539) : la lettre B ;

Michel et Philippe Le Noir (1489) : trois Nègres ou Négresses, à la tête très noire ;

Guy ou Guyot Marchant (1483) : une Portée de plain-chant et deux Mains entrelacées, avec cette

[III.157.143]
  1.  Remarquer que le mot galée, anciennement synonyme de galère, désigne, en langage typographique, la planchette à rebord sur laquelle le compositeur place les lignes qu’il a composées dans le composteur.  ↩
  2.  Un autre Jean de la Caille (1664-1720), sans doute le fils de celui-ci, fut aussi imprimeur et publia une Histoire de l’imprimerie et de la librairie (Paris, 1689, in-4), ouvrage de médiocre valeur. « La Caille est le moins exact et le moins instruit des historiens de l’imprimerie. » (Fournier le Jeune, ap. Michaud, op. cit., art. Caille (Jean de la). Cf. aussi Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 825 et 829.  ↩

Le Livre, tome III, p. 142-156

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142 [156]. Source : Internet Archive.

Josse Bade, d’Asch, près de Bruxelles (1529) : une Presse typographique (Prelum ascensianum, la presse ascensienne, c’est-à-dire d’Asch) ;

Cardon, de Lyon (1610) : un Chardon ;

Sébastien Chapelet (1630) : un Chapelet ;

Nicolas Chesneau (1574) : un Chêne ;

Simon de Colines (1520) : deux Lapins (en vieux français : conil, lapin), ou encore le Temps avec sa faux ;

Corbon (1613) : un Cœur bon, avec cette devise : Ego dormio, et cor meum vigilat[142.1] ;

Gilles Corrozet (1536) : une Rose dans un Cœur ;

Gillet Couteau (1520) : des Couteaux ;

Étienne Dolet (1509-1546) : une Doloire (sorte de hachette) ;

Jehan du Moulin (1519) : un Moulin entre deux licornes ;

Jean du Pré, de Lyon (1487) : ses initiales[142.2] ;

Guillaume du Puy (1504) : un Puits, « le puits de Jacob », avec Jésus-Christ d’un côté et la Samaritaine de l’autre[142.3] ;

Les Elzevier, de Hollande (le plus ancien est

[III.156.142]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 815.  ↩
  2.  Cf. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France, t. III, p. 470.  ↩
  3.  Cf. Jacques-Charles Brunet, Manuel du libraire, t. V, col. 1668.  ↩

Le Livre, tome III, p. 141-155

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141 [155]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142 [156]. Source : Internet Archive.

imprimeurs d’aujourd’hui ont des marques analogues, monogrammes ou vignettes, qu’ils placent au-dessus de leur firme[141.1], c’est-à-dire du nom et de l’adresse de leur maison[141.2].

Voici quelques-unes de ces anciennes marques, dont, le plus souvent et pour abréger, j’ai supprimé la devise, presque toujours « héroïque » ou à équivoque :

Les Alde (Alde Manuce : 1449-1515) avaient pour marque une Ancre, autour de laquelle était enroulé un dauphin ;

Arnould et Charles Angelier (1542)[141.3] : deux Anges liés ;

[III.155.141]
  1.  De l’anglais firm : du bas-latin firma, convention, maison de commerce, raison sociale. Daupeley-Gouverneur, (le Compositeur et le Correcteur typographes, p. 180) écrit à tort « le firme » : ce mot est du féminin : cf. Littré, op. cit., Supplément.  ↩
  2.  « Il y a vingt-cinq ans, j’étais fondeur en caractères, et je préparais un spécimen pour l’Exposition. Je cherchais à imiter nos anciens et à trouver une devise qui pût bien faire en tête de mon spécimen. Le hasard me fit rencontrer, dans un vieux livre espagnol, la devise que je cherchais : c’étaient les vingt-cinq lettres de l’alphabet rangées en cercle, avec cette inscription : Vis bene conjunctis. « leur force est dans leur bon assemblage ». C’était une devise de fondeur et d’imprimeur, une devise qui me semble d’une profonde vérité. Faites un bon assemblage de lettres, il en sortira un livre qui élèvera les âmes et servira l’humanité. » (Édouard Laboulaye, la Science du bonhomme Richard, la Jeunesse de Franklin, p. 42 ; Paris, Henry Bellaire, 1872.)  ↩
  3.  La plupart des dates, mises ainsi entre parenthèses dans cette liste, désignent des millésimes de publications faites par ces imprimeurs-éditeurs, et indiquent, par conséquent, à quelle époque ils vivaient ; presque toutes sont empruntées à l’ouvrage d’Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, passim.  ↩

Le Livre, tome III, p. 138-152

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138 [152]. Source : Internet Archive.

7º La rareté des alinéas et des chapitres.

8º L’absence de lettres capitales au commencement des chapitres ou divisions : dans les premiers temps, les imprimeurs laissaient en blanc la place de ces grandes lettres, qui étaient mises à la main par des calligraphes et rubricateurs[138.1].

9º L’absence de signes de ponctuation.

10º Des traits obliques au lieu de points sur les i.

Etc., etc.[138.2].

Les lettres minuscules j et u se confondaient autrefois respectivement avec l’i et le v. C’est Louis Elzevier qui, établi à Leyde en 1580, a introduit en typographie la distinction entre l’i et le j, et entre l’u et le v minuscules. Quant aux majuscules J et U remplaçant I et V, elles furent créées, en 1619, par l’imprimeur strasbourgeois Lazare Zetner[138.3].

Les points sur les i datent, paraît-il, du commencement du xie siècle. C’est alors « qu’on s’aperçut qu’il serait bon, pour faciliter la lecture des manuscrits, de faire usage de ce point, afin de ne pas confondre un m avec in ou un ni ». Mais ce n’est que

[III.152.138]
  1.  De rubricare, rubrum facere, peindre en rouge : de rubrica, rubrique, sanguine, craie rouge, etc. Cf. Ducange, Glossarium ↩
  2.  Sur les caractères distinctifs des incunables, cf. Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, pp. 72 et s. ; et Jules Cousin, De l’organisationdes bibliothèques publiques et privées, pp. 97-103.  ↩
  3.  Cf. Émile Javal, Physiologie de la lecture et de l’écriture, p. 19, n. 1 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 629.  ↩

Le Livre, tome III, p. 132-146

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132 [146]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

Mais, ailleurs, chez les lecteurs nouveaux que la vulgarisation du livre avait fait surgir, et qui s’étaient multipliés avec lui, il fallut, comme je l’ai dit, que, devenu chose du peuple, il se présentât dans un déshabillé plus populaire.

« Tout changea en lui. Dans l’intérieur des volumes, le papier de chiffon, depuis longtemps connu, mais presque toujours dédaigné, remplaça le parchemin, et, en revanche aussi, le parchemin, qui n’avait guère osé jusqu’alors se montrer que sur les cahiers et les livres d’écoliers, remplaça sur les couvertures le velours et la soie. »

Décrire les origines — origines si confuses et si obscures — de l’imprimerie, en retracer l’histoire, excéderait le cadre de notre travail, où nous avons surtout pour but d’examiner les résultats acquis, d’étudier l’œuvre effectuée, le Livre, dans ses principaux éléments, et de rechercher les meilleurs moyens de le mettre à profit et d’en jouir[132.1].

[III.146.132]
  1.  Pour l’étude des origines de l’imprimerie, nous indiquerons spécialement, outre le volume d’André Chevillier, que nous venons de mentionner, les ouvrages suivants : G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, tome I (le seul paru) ; Paris, Crapelet, 1837 ; in-8. (C’est un des livres les plus consciencieux, les plus soignés et les meilleurs qu’on ait publiés sur l’imprimerie : « cet ouvrage, que tout imprimeur doit étudier, fut malheureusement interrompu par la mort de l’auteur, typographe instruit et passionné pour son art, » dit Ambroise Firmin-Didot, dans son Essai sur la typographie, col. 740, note 3.) — Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques (Bibliothèque de poche) ; Paris, Delahays, 1857 ; in-16. (La première édition est de 1846.) — Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie (Extrait du tome XXVI de l’Encyclopédie moderne) ; Paris, Didot, 1851 ; in-8. — Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts et professions qui se rattachent à la typographie…, Paris, Delahays, s. d. [1851] ; in-8. — Auguste Bernard, De l’origine et des débuts de l’imprimerie en Europe ; Paris. Imprimerie impériale, et chez Jules Renouard et Cie, 1853 ; 2 vol. in-8. — Mlle Pellechet, Catalogue général des incunables des bibliothèques de France, tomes I et II ; Paris, Alphonse Picard, 1897 et suiv. ; « chef-d’œuvre de la nouvelle école bibliographique », a dit, en parlant de cet ouvrage, M. Léopold Delisle (Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, Introduction, t. I, p. lxxvi). — A. Christian, directeur de l’Imprimerie nationale, Origines de l’imprimerie en France, Conférences faites les 25 juillet et 17 août 1900 ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 ; in-4. — Et surtout le grand et magistral ouvrage de M. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France au xve et au xvie siècle ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 et suiv. ; tomes I, II et III, in-4 (en cours de publication). — Le journal la Presse, du 25 février 1837, retrace en ces termes les diverses phases de l’imprimerie : « Durant le premier siècle qui en a suivi la découverte, l’imprimerie apparaît sous la forme d’un missel ; sous la forme d’un pamphlet, le siècle suivant ; plus tard, elle a été petit livre bien libertin, et in-folio bien lourd. Un journal, à cette heure, en est le symbole. » A la suite de cette citation, Crapelet (op. cit., p. 313, n. 1) ajoute : « Ne pourrait-on pas dire aussi, avec plus de justesse peut-être, que l’imprimerie a été religieuse à sa naissance ; religieuse et littéraire dans sa jeunesse ; littéraire et politique dans sa maturité et sa vieillesse ; et que, politique et industrielle maintenant, elle est parvenue à la décrépitude ?… »  ↩

Le Livre, tome III, p. 125-139

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125 [139]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

III. L’Impression

L’imprimerie « mûre en naissant » ; sa glorification. — Incunables : leurs caractères distinctifs. Création ou apparition des lettres j et v, des points sur les i, des virgules et autres signes de ponctuation. — Marques des anciens imprimeurs. — « Ménagez vos yeux » : pas de livres imprimés en caractères trop fins. — Le point typographique. Œil d’une lettre ; corps ; hauteur en papier ; talus ; approche ; queue ; pleins ; déliés ; obit ou apex, empattement ; espaces ; cadrats ; cadratins ; demi-cadratins ; garnitures ou lingots, etc. — Anciens noms des caractères d’imprimerie avec leur force de corps. — Caractères : romain (romain Didot, Raçon, Plon, Grasset, etc. ; caractères distinctifs de l’Imprimerie nationale) ; elzevier, italique. — Caractères de fantaisie : allongée, alsacienne, antique, classique, égyptienne, italienne, latine, normande, etc. — Casse. — Police des lettres. — Encre d’imprimerie. — Empreintes. Clichage et stéréotypie. Procédé anastatique. — Machine à composer : linotype, électrotypographe, etc. — Avilissement de la librairie. — La correction typographique. — Plus de correcteurs. — Aucun livre sans faute. — Millésime. — Foliotage. — Aberrations typographiques. Modern style. — Index alphabétique. Table des matières. — Rapports de la typographie avec les facultés visuelles : pas de caractères inférieurs au « huit » ; pas de lignes trop longues ; interlignage. Encore une fois : « Gare à vos yeux ! »

L’imprimerie, cette invention qui, selon le mot de Louis XII, « semble estre plus divine que humaine[125.1] »,

[III.139.125]
  1.  Déclaration du 9 avril 1513. Cf. G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 28, qui constate encore (p. 2) que « l’art typographique…, cette admirable invention était regardée comme l’œuvre de la divinité même, » et (p. ij) que, « dès ses premières œuvres, l’imprimerie fut divinisée ». « Typographia, Deorum manus et munus, imo ipsa, cum mortuos in vitam revocet, omnino diva est. » (Casp. Klock, De Ærario, I, xix, 43, ap. G.-A. Crapelet, op. cit., p. ij, n. 1.) « Dès 1460, dit M. Gustave Mouravit (le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 160, n. 1), Jean Temporarius écrivait de sa main, sur un exemplaire du De Officiis de Fust et Schoeffer (Metz, 1456) : « Typographia donum Dei præstantissimum. » Le Bulletin du bibliophile (9e série, p. 237) a reproduit tout entière cette note fort curieuse. On peut en rapprocher ces vers de Claude-Louis Thiboust, le poète typographe du xviiie siècle :
    •  Hæc ars fata domat, mentes hæc luce serenat,
      Doctorum hæc merito gloria et orbis amor ;

     distique qui a été ainsi traduit par Charles Thiboust, fils de Claude-Louis :

    •  Cet art ingénieux sait braver le destin ;
      Par son secours l’esprit en devient plus divin ;
      Il conduit les savants au Temple de Mémoire ;
      Il fait de l’univers et l’amour et la gloire.

     (Typographiæ excellentia, pp. 20 et 21 ; Paris, 1734, in-8.) Voir aussi l’éloge de l’imprimerie, « invention divine », ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 568, 569, 570, 571, 602, 634, 750, 827, 879, 888, 904. Joachim du Bellay (1524-1560) appelait « excellemment » l’imprimerie « sœur des Muses » et aussi dixième Muse ». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XIII, p. 308.) Étienne Pasquier (1529-1615), dans ses Recherches de la France (chap. xx et lxvi ; t. I, p. 136, et t. II, p. 205 ; Paris, Didot, 1849), fait également grand éloge de l’imprimerie, « qui baille vie aux bonnes lettres ». Louis XIV déclare, dans un édit de 1649, « l’imprimerie le plus beau et le plus utile de tous les arts ». (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 827.) En tête de son Manuel typographique (t. I, p. iv). Fournier le Jeune a inscrit — et modifié comme il suit — les vers bien connus de la Pharsale de Brébeuf :

    •  C’est de Dieu que nous vient cet art ingénieux
      De peindre la parole et de parler aux yeux.

     Plus loin (t. I, p. vij), il dit que l’imprimerie est « regardée à juste titre comme un présent du ciel ». Et Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii ; t. I, p. 216 ; Paris, Hachette, 1860) : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution-mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; » etc. (Cf. notre tome I, p. 109, où, après cette déclaration de Victor Hugo, se trouve une importante remarque de Michelet.) « Dans les divers pays où l’imprimerie est introduite, on peut juger, dès son origine, de l’état de la civilisation de chacun d’eux par la nature des ouvrages qu’elle publie, et l’histoire de l’esprit humain est inscrite tout entière dans ta bibliographie. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 736.) De nombreux poèmes ont été consacrés à la glorification de l’imprimerie. Nous citions, il y a un instant, le poème latin de Claude-Louis Thiboust (1667-1737), Typographiæ excellentia, qui a été composé et imprimé par lui en 1718, et dont les trois courtes sections ont respectivement pour titre : Liquator (le Fondeur), Compositor (le Compositeur), Typographus (l’Imprimeur) ; il donne une idée exacte de ce que l’imprimerie était alors. On trouvera ces vers (moins le distique que nous avons reproduit tout à l’heure, et qui termine ce petit poème) dans l’Essai sur la typographie d’Ambroise Firmin-Didot (col. 899 et s.), avec la traduction qu’en a faite, et publiée en 1754, le fils de l’auteur, Charles Thiboust. Dans ce même ouvrage (col. 846), on trouvera aussi un fragment d’une Épitre sur le progrès de l’imprimerie, par Didot fils aîné [Pierre Didot], publiée en 1784, et qu’il a « adressée à son père ». Rappelons qu’Ernest Legouvé (1807-1903), le fils du chantre du Mérite des Femmes, a débuté par une pièce de vers sur l’Invention de l’imprimerie, qui obtint le prix de poésie à l’Académie française en 1829 (cf. Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, t. I, p. 62) ; et qu’à cette même date, Hégésippe Moreau (1810-1838), futur typographe, composa une épître Sur l’imprimerie, dédiée à M. Firmin-Didot. Il est même probable que cette épitre fut, sinon présentée, du moins originairement destinée au susdit concours académique, où, parmi les concurrents, figurèrent : L. Pelletier, dont le poème (bien mauvais, mais accompagné de notes intéressantes), parut en 1832, sous le titre la Typographie (cf. p. 200) ; « Bignan, le lauréat perpétuel de l’Académie française ; Mme Tastu, presque célèbre ; Saintine, qui avait résumé le sujet par cette heureuse comparaison :

    •  Voilà donc le levier
      Qu’Archimède implorait pour soulever le monde ! »

     (René Vallery-Radot, Œuvres complètes de Hégésippe Moreau, Introduction, t. I, pp. 24-25.) Citons encore le drame en cinq actes et en vers d’Édouard Fournier (1819-1880), Gutenberg, représenté à l’Odéon, le 8 avril 1869. En opposition et comme contre-partie, signalons la célèbre tirade de Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs (Œuvres complètes, t. I, p. 18 ; Paris, Hachette, 1862) : « Le paganisme, livré à tous les égarements de la raison humaine, a-t-il laissé à la postérité rien qu’on puisse comparer aux monuments honteux que lui a préparés l’imprimerie, sous le règne de l’Évangile ? Les écrits impies des Leucippe et des Diagoras sont péris avec eux ; on n’avait point encore inventé l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain ; mais, grâce aux caractères typographiques…. A considérer les désordres affreux que l’imprimerie a déjà causée en Europe, à juger de l’avenir par le progrès que le mal fait d’un jour à l’autre, on peut prévoir aisément que les souverains ne tarderont pas à se donner autant de soins pour bannir cet art terrible de leurs États, qu’ils en ont pris pour l’y introduire…. » La prévision ou prédiction ne s’est guère réalisée ; on pourrait même presque dire que c’est l’inverse qui s’est produit, que c’est l’imprimerie, « cet art terrible », qui a « banni », ou est en train de bannir, les souverains de leurs États, et d’implanter partout la démocratie. Citons encore, dans le même ordre d’idées, le mot du comte de Salaberry (1766-1847), député de Loir-et-Cher sous la Restauration, et si fameux alors par son esprit rétrograde, son royalisme exalté et son intolérance : « L’imprimerie est la seule plaie dont Moïse ait oublié de frapper l’Égypte ». (Cf. Charles de Rémusat, Correspondance, t. I, p. 375, note ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 112-126

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 112.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 112 [126]. Source : Internet Archive.

que deux francs et demi, valeur actuelle, et remplaçaient avantageusement les in-folio, qui coûtaient dix fois plus et qu’on ne pouvait lire que sur un pupi­tre[112.1] ». Un privilège de dix ans fut accordé à Alde, le 13 novembre 1502, par le sénat de Venise, pour lui garantir l’emploi exclusif de ce format. Ce privilège lui fut renouvelé, le 17 décembre de la même année, par le pape Alexandre VI, puis maintenu pour quinze ans par le pape Jules II, en 1513, et confirmé par Léon X, dès la première année de son pontificat, le 28 novembre 1513, « … le tout sous les peines d’excommunication et d’amende de cinq cents ducats d’or envers les contrefac­teurs[112.2] », ce qui n’empêcha d’ailleurs pas les imitations et contrefaçons de se produire en grand nombre, en Italie aussi bien qu’en France.

Au xviie siècle, et en dépit du succès des elzeviers, les gros et grands volumes étaient encore les plus appréciés. « Leurs formats et leurs caractères (des elzeviers) étaient trop petits », remarque très justement M. Henri Bouchot[112.3].

Nous voyons au xviiie siècle le format in-4 employé de préférence par les imprimeurs de Hollande, même

[III.126.112]
  1.  Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 644.  ↩
  2.  G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, pp. 65 et suiv. Cf. aussi Ambroise Firmin-Didot, op. cit., ibid.  ↩
  3.  Op. cit., p. 170.  ↩

Le Livre, tome III, p. 055-069

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55 [069]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56 [070]. Source : Internet Archive.

et l’aspect de l’ancien vélin véritable, provenant de la peau de jeunes veaux, est un papier sans grain, très uni, lisse et satiné, excellent pour le tirage des vignettes. C’est au célèbre et si original imprimeur anglais John Baskerville (1706-1775) qu’est due l’invention du papier vélin ; elle remonte à 1750, et le premier ouvrage tiré sur cette sorte de papier fut une édition de Virgile, datée de 1757 et publiée par Basker­ville[055.1]. D’une façon générale, tout papier fabriqué à la forme, tout papier « de cuve », dépourvu de grains et de vergeures, est qualifié de vélin[055.2].

Le papier de Chine se fabrique avec l’écorce du bam­bou[055.3]. Il a une teinte grise ou jaunâtre, un aspect

[III.069.055]
  1.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 205 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 686. En France, le papier vélin fut employé pour la première fois, en 1780, par MM. Johannot (cf. Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile, t. II, p. 428).  ↩
  2.  On rencontre fréquemment, dans les catalogues et annonces de librairie, cette locution : « papier de cuve du Marais », « vélin de cuve des fabriques du Marais ». Ce n’est pas à Paris, dans le quartier du Marais, comme certains se l’imaginent, que se trouvent ces fabriques de papier à la forme, mais dans le département de Seine-et-Marne, sur la rivière du Grand-Morin, près et en aval de Jouy-sur-Morin, au lieudit « le Marais ». Non loin de là, sur la rivière du Petit-Morin, en amont de la Ferté-sous-Jouarre, au lieudit « le Gouffre » ou « Usine de Biercy », se trouve une autre papeterie à la forme, qui appartient à la Banque de France, et où elle fait fabriquer le papier de ses billets.  ↩
  3.  « Inventeurs du papier, les Chinois en préparent plusieurs espèces qui manquent à l’Europe ; cependant eux-mêmes donnent toujours la préférence aux papiers coréens et japonais. Dès l’année 153 de l’ère vulgaire, Tsaïloun avait enseigné à ses compatriotes l’art de remplacer les tablettes en bambou par du papier, dont les écorces d’arbre, le fil de chanvre, les vieilles toiles, les filets de pêche lui fournissaient la pâte. Depuis cette époque, on emploie aussi pour la fabrication du papier, les jeunes pousses de bambou, le rotin, les algues marines, le glaïeul, la fibre du broussonetia papyrifera, les cocons de vers à soie. » (Élisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. VII, pp. 583-584.) Voir aussi, sur le papier de Chine, H. de Balzac, Illusions perdues, t. I, les Deux Poètes, pp. 116-118 (Paris, Librairie nouvelle, 1857). « Un inventeur de génie, Tsaï-lun (Tsaïloun), fabriqua le premier, en Chine, vers l’année 153 après Jésus-Christ, le papier proprement dit…. Le nom de Tsaï-lun est populaire dans le Céleste Empire. Un temple lui a été élevé, et, plus de mille ans après sa mort, on lui offrait des sacrifices. » (Louis Figuier, op. cit., pp. 177-178.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 054-068

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 54.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 54 [068]. Source : Internet Archive.

ger, après la révocation de l’édit de Nantes, portèrent leur industrie et leurs procédés aux Pays-Bas, et, de là, nous expédièrent leurs produits. Lorsqu’il est de bonne qualité, de pur fil, le papier de Hollande, d’ordinaire vergé, est résistant, ferme, sonore, — sonnant, comme on dit, — et de très bel aspect. De l’avis de certains bibliophiles, il a ou il aurait parfois, quand il est trop collé sans doute, l’inconvénient de ne pas très bien prendre l’en­cre[054.1], et de donner accidentellement aux impressions une apparence un peu terne et grisâtre.

Le papier whatman, du nom de l’inventeur, l’Anglais Whatman, établi à Maidstone (comté de Kent), vers 1770[054.2], ressemble au papier de Hollande, mais il est toujours dépourvu de vergeures. Comme le hollande, il est grené, très ferme et très solide. On l’emploie beaucoup pour le dessin linéaire et le lavis[054.3].

Le vélin, ainsi nommé parce qu’il a la transparence

[III.068.054]
  1.  Jules Richard (l’Art de former une bibliothèque, p. 68) va même jusqu’à dire que, pour que « le sec s’opère, … sur les vergés de Hollande ou autres, il faut souvent quatre ans, et parfois davantage. » ce qui est manifestement exagéré.  ↩
  2.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 734, qui écrit à tort Whatmann : la véritable orthographe est Whatman (avec un seul n) ; cf. Chamber’s English Dictionary, art. Paper. (London, Chambers, 1898.)  ↩
  3.  Un autre papier, employé spécialement pour le dessin, est le papier canson (du nom de l’inventeur, Barthélémy de Canson : 1773-1859) ; c’est un beau papier fort et lisse, qui se fabrique à Annonay.  ↩

Le Livre, tome III, p. 008-022

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 8.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 8 [022]. Source : Internet Archive.

que le papier, probablement inventé par les Chinois, a été introduit en Europe par les Arabes[008.1].

« La découverte, faite par Casiri, à la bibliothèque de l’Escurial, d’un manuscrit arabe sur papier de

[III.022.008]
  1.  « C’est à Saint-Philippe, autrefois Xativa [ou mieux Jativa], que la fabrication du papier fut introduite en Europe par les Arabes, dès leur arrivée en Espagne. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 705.) « Cette ville de Xativa [Jativa, à 56 kilomètres au sud-ouest de Valence] fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on nomme à présent San Felipe [Saint-Philippe]. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xxiii, note : Œuvres complètes, t. II, p. 437 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1867.) « L’usage du papier de coton fut introduit très anciennement en Sicile par les Arabes. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 670.) Seuls sans doute le papier de chiffon et le papier fait avec certaines plantes, comme le bambou, seraient originaires de Chine. « Il parait que ce fut à la Mecque, vers la fin du viiie siècle, que fut inventé le papier de coton, charta bombycina, cuttunea ou damascena : l’usage s’en répandit promptement en Orient et en Égypte. Au xiie siècle, Eustathe, dans son Commentaire sur l’Odyssée, dit que l’art de faire du papyrus n’était plus pratiqué. En France, Pierre le Vénérable, évêque de Cluny, dit, Dans son Traité contre les Suisses, en 1122 : « Les livres que nous lisons tous les jours sont faits de peau de mouton, de bouc ou de veau, de papyrus ou de papier de chiffon, ex rasuris veterum pannorum… ». En 1189, Raymond Guillaume, évêque de Lodève, donne à Raymond de Popian plein pouvoir de construire sur l’Hérault un ou plusieurs moulins à papier. Dès la fin du xiie siècle, le papier de chiffon devient de plus en plus commun. » (Id., op. cit., col. 729-730, note 4.) Rappelons que, dans son roman les Deux Poètes (Illusions perdues, t. I, pp. 113-118 ; Paris, Librairie nouvelle, 1857), à propos des entreprises et tentatives d’un de ses personnages, l’imprimeur David Séchard, Balzac a succinctement résumé l’histoire du papier.  ↩

Le Livre, tome III, p. 005-019

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 5.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 5 [019]. Source : Internet Archive.

qui a permis de dire que le papier semble « nous avoir été transmis par un don spécial de Dieu[005.1] ». Il a cela de particulier et d’admirable qu’étant le produit de substances presque sans valeur et souvent de matières de rebut[005.2], le résultat d’une trituration de loques et de chiffons, une fois façonné et imprimé, devenu livre ou journal, il acquiert une puissance

[III.019.005]
  1.  « La chose la plus nécessaire aux estudiants est le papier, qu’on peut dire nous avoir été transmis par un don spécial de Dieu. » (L’avocat Montholon, au nom du recteur de l’Université de Paris, Registres du Parlement, 17 janvier 1564, ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 730-731.) Comme nous le verrons plus loin (p. 125), notre roi Louis XII usait de la même hyperbole en parlant de l’imprimerie, d’origine « plus divine qu’humaine », elle aussi.  ↩
  2.  « … Personne n’ignore que chose plus abjecte, vile et contemptible, ne peut estre que la matière dont se fait le papier. Tellement qu’à dire le vray, il n’y a rien que la manufacture de l’ouvrier, laquelle est d’autant plus louable et recommandable, comme c’est une industrie très grande, et d’une si vile et contemptible matière, et quasi ex nihilo, faire une chose si utile, si nécessaire et si commode pour tous. » (L’avocat Montholon. ap. id., op. cit., col. 732.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 351-367

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 351.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 351 [367]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 352.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 352 [368]. Source : Internet Archive.

que l’atmosphère pouvait être ce jour-là chargée d’humidité ; avant d’entrer dans son cabinet, ils changeront de costume, mettront chacun une robe de chambre (il en a deux toutes neuves pour cet usage), un bonnet et des pantoufles, leurs vêtements et leurs chaussures ordinaires pouvant introduire de la poussière, — la chose la plus pernicieuse pour les livres. Ce sont, du reste, des précautions auxquelles il se soumet lui-même. Les deux amis acceptèrent ; mais ce fut inu­tile[351.1] : il traîna la chose en longueur, et finalement mourut, laissant cependant sa fameuse bibliothèque à l’État ; mais, ajoute M. Firmin Maillard, avec des stipulations qui n’avaient d’autre but que d’écarter autant que possible de ses diables de livres les malheureux lecteurs[351.2]. »

[II.367.351]
  1.  Edmond Texier, dans son volume les Choses du temps présent (pp. 147-148) fait un récit qui diffère sensiblement de celui de M. Firmin Maillard. Il se borne à dire, sans le nommer, que le baron Westreenen contraignait ses amis les plus intimes, lorsqu’ils manifestaient le désir de visiter ses richesses, « à l’humiliante condition de revêtir par-dessus leur habit une grande robe sans manches et sans ouvertures pour laisser passer les bras ». Touchante confiance !  ↩
  2.  La Bibliothèque ou Muséum Meermanno-Westreenianum, qui occupe à la Haye un local distinct de la Bibliothèque royale, sur les confins de la ville, au bord du canal dit Prinzessegracht, n’est ouverte au public que les premier et troisième jeudis du mois. — A propos du baron Westreenen, rappelons qu’il s’est spécialement occupé de l’histoire de l’imprimerie dans les Pays-Bas, et s’est tout particulièrement attaché à prouver que la première idée de l’emploi des caractères mobiles est due aux Hollandais, — à Laurent Coster, de Harlem, — idée qui s’est ensuite perfectionnée à Strasbourg et à Mayence. Cette thèse, dont l’erreur est pleinement démontrée aujourd’hui, — puisque « Laurent Coster, né en 1370, avait soixante-dix ans en 1440, époque la plus éloignée qu’on puisse attribuer à la découverte de l’imprimerie, et que cette année même est celle où il est mort » (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 590). — a été également soutenue par un autre bibliographe hollandais, le baron Gérard Meerman (1722-1771), père du comte Jean Meerman (1753-1815). C’est ce dernier qui a laissé à la ville de la Haye la riche bibliothèque de son père, bibliothèque qu’il avait lui-même beaucoup augmentée, et qui a été réunie à celle du baron Westreenen.  ↩

Le Livre, tome II, p. 319-335

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 319.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 319 [335]. Source : Internet Archive.

Les rois eux-mêmes étaient astreints à cette clause, obligés de déposer un gage, quand ils empruntaient un volume à une bibliothèque conventuelle. Louis XI, désirant faire copier un manuscrit du médecin arabe Razi ou Rasis (-923), « le plus beau et le plus singulier thresor de nostre Faculté » de médecine de Paris, n’en obtint communication que moyennant le dépôt d’une somme de « douze marcs d’argent, vingt livres sterling, et l’obligation d’un bourgeois, — un nommé Malingre, — pour la somme de cent écus d’or[319.1] ».

Certains livres même, dans les bibliothèques publiques, notamment à Leyde, à la Laurentienne, à la cathédrale d’Hereford, etc., étaient alors attachés par des chaînettes de fer à leurs rayons ou à leurs pupitres, de façon à ne pouvoir être consultés que sur place : c’étaient les catenati, les « enchaînés ».

Les livres des bibliothèques publiques, ceux surtout des cabinets de lecture[319.2], offrent, pour la santé,

[II.335.319]
  1.  Peignot, Manuel bibliographique, p. 50, n. 1 ; et Ludovic Lalanne, op. cit., pp. 135-136.  ↩
  2.  Disons, en passant, que c’est en 1742 qu’a été établi à Paris, par les soins du libraire François-Augustin Quillau, le premier cabinet de lecture, « le premier cabinet littéraire où se réunissent les lecteurs ». (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 844.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 224-240

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224 [240]. Source : Internet Archive.

son, et le même messager accourut lui dire que la malade venait d’expirer. « Hélas ! j’en suis bien marri, car c’était vraiment une bonne femme ! » soupira Frédéric Morel en se replongeant dans ses livres[224.1].

L’érudit abbé Goujet (1697-1767) mourut de douleur d’avoir été contraint de vendre sa bibliothèque. On en a dit autant ou à peu près de Scaliger et de Patru[224.2].

[II.240.224]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 807. En même temps que cette anecdote relative à Frédéric Morel, G.-A. Crapelet, dans ses Études pratiques et littéraires sur la typographie (pp. 147-148, note), nous en conte une autre, concernant son père, qui était prote et correcteur à l’imprimerie de Stoupe, une des plus importantes de Paris à la fin du xviiie siècle. Charles Crapelet « était, dans toute l’étendue du terme, esclave de ses doubles fonctions, et tellement préoccupé des intérêts des ouvriers, que, le jour même de ses noces, vers minuit, il quitta la compagnie, pour aller corriger des épreuves qu’il savait être attendues par les imprimeurs. Ma mère, — continue G.-A. Crapelet, — m’a raconté ce fait, et toute l’inquiétude que causa la disparition subite du marié. Le grave Stoupe, qui était dans la confidence de son Charles, comme il l’appelait, se divertit quelques instants de l’embarras visible de la personne la plus intéressée dans l’événement, mais il ne tarda pas à rassurer tout le monde. Vers trois heures du matin, le marié revint partager les plaisirs de la réunion. »  ↩
  2.  Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 264. « Amis, voulez-vous connaître un des grands malheurs de la vie ? Eh bien ! vendez vos livres. » (Joseph Scaliger, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 288.) Et Jules Janin (ap. Id., ibid.) : « Celui-là qui veut connaître en un seul bloc toutes les misères d’ici-bas, qu’il vende ses livres : Bibliothecam vendat ! »  ↩

Le Livre, tome II, p. 223-239

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 223 [239]. Source : Internet Archive.

Il fallut pareillement enlever à ses livres, le matin de ses noces, un autre éminent helléniste et philosophe du xvie siècle, Adrien Turnèbe (1512-1565) : il avait oublié la cérémonie à laquelle il devait participer ce jour-[223.1].

Le savant imprimeur Frédéric Morel le Jeune (1558-1630), qui a été professeur au Collège de France et était aussi un acharné travailleur, terminait ses recherches sur le sophiste grec Libanius[223.2], quand on vint le prévenir que sa femme, pour laquelle, notez bien, il avait une réelle et très vive affection, et qui était alors dangereusement malade, demandait à le voir. « Encore deux mots, et j’y vais ! » répondit-il. Mais les deux mots se prolongèrent plus que de rai-

[II.239.223]
  1.  Fertiault, op. cit., p. 199 ; et Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 786.  ↩
  2.  Né à Antioche vers 314, mort vers l’an 400, Libanius fut un des derniers défenseurs, et le plus éloquent, du paganisme contre l’envahissement de la religion chrétienne. Il enseigna toujours la modération, l’indulgence, la sagesse, et compta, parmi ses auditeurs, l’empereur Julien, saint Basile et saint Jean Chrysostome.  ↩

Le Livre, tome II, p. 148-164

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148 [164]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149 [165]. Source : Internet Archive.

peut dire, le sentiment de la lecture, le plaisir que vous vous étiez promis ne deviendra-t-il pas un supplice ? et quel profit rapporterez-vous de ce labeur ? Ainsi en est-il d’un livre où les incorrections, l’imperfection du tirage, le peu d’élégance ou l’usure des caractères offensent le regard, lassent la patience et mettent à chaque instant le lecteur en défiance de l’exactitude du texte qu’il a sous les yeux. Avec quel plaisir, au contraire, — plaisir intime et charmant, — l’intelligence se laisse aller à suivre ces élégantes petites avenues, si gracieuses, si bien alignées, où le spectacle qui se déroule le long du chemin apparaît mille fois plus attrayant et sympathique ; avec quelle jouissance l’homme sérieux dévore ce volume, où l’exactitude scrupuleuse de la correction, l’égalité parfaite du tirage, le choix intelligent et délicat d’un type approprié à la nature de l’œuvre, viennent s’ajouter à la beauté des caractères, aux harmonieuses proportions du format et de la justification[148.1] ! »

C’est ce qui faisait dire à l’un des anciens historiens de l’imprimerie, à André Chevillier (1636-1700) : que « rien n’est plus agréable aux yeux » qu’un beau livre, et qu’ « on ne se lasse point de le regarder[148.2] ».

[II.164.148]
  1.  Op. cit., pp. 162-163. La justification, c’est-à-dire « la longueur des lignes ». (Littré, Dictionnaire.)  ↩
  2.  C’est à propos du Corps du Droit civil, avec les commentaires d’Accurse, imprimé à Paris, en 1576, en cinq volumes in-folio, que Chevillier témoignait cet enthousiasme, enthousiasme qu’il explique, d’ailleurs, et justifie par la description détaillée, et en quelque sorte technique, de l’ouvrage en question : « … Livre où l’on voit, dans une même page, un très grand travail, toutes sortes de bons caractères gros et menus, une bonne encre, le rouge mêlé agréablement avec le noir, le grec bien formé, cinq ou six colonnes d’impression, les lignes bien droites, les mots bien assemblés, une bonne correction, enfin une feuille chargée de différents caractères, et le tout sans confusion. C’est, à mon avis, un chef-d’œuvre de l’art, et ce que j’ai vu, en matière d’imprimerie, de plus accompli, et de plus agréable aux yeux. On ne se lasse point de regarder ce livre quand on l’a en grand papier, » etc. (André Chevillier, l’Origine de l’Imprimerie de Paris, p. 60. Paris, Jean de Laulne, 1694.) Cf. aussi, sur cet ouvrage, ce « chef-d’œuvre de l’art », imprimé par Olivier Harsy, Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 789.  ↩

Le Livre, tome II, p. 145-161

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 145.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 145 [161]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 146.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 146 [162]. Source : Internet Archive.

que possède l’extérieur du livre : — un format commode, ni trop grand ni trop petit ; un caractère d’impression bien net et suffisamment gros, que l’œil perçoive aisément et suive sans fatigue ; un papier de bonne qualité, dont, notamment pour nos papiers d’aujourd’hui, la blancheur ne miroite pas et n’éblouisse pas le regard ; enfin une correction de texte irréprochable[145.1].

[II.161.145]
  1.  « La correction, la plus belle parure des livres. » (G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraire sur la typographie, p. 20.) Le célèbre imprimeur vénitien Alde Manuce disait qu’il voudrait racheter d’un écu d’or toute faute pouvant se rencontrer dans ses livres : « … Sic tamen doleo, ut, si possem, mutarem singula errata nummo aureo ». (Ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 647.) Une légende rapporte « que Robert Estienne exposait des épreuves devant sa maison, voisine du Collège de Beauvais et des Écoles du Droit Canon (e regione Scholæ Decretorum) situées rue Saint-Jean-de-Beauvais, et qu’il donnait une récompense aux écoliers qui y découvraient des fautes. Si ce moyen a été employé par Robert Estienne, il n’a pu lui sauver que des incorrections très légères, car ce savant imprimeur avait lu et relu ses épreuves avant de les exposer, et les écoliers n’étaient pas de force à découvrir des fautes graves après la lecture d’un homme aussi habile et aussi exercé dans ce genre de travail. D’ailleurs, le fait en lui-même, qui n’est rapporté que comme un on-dit par Jans. Almeloveen dans sa Dissertatio de Vitis Stephanorum, me paraît fort douteux, » etc. (G.-A. Crapelet, op. cit., pp. 213-214.) Et lord Byron à son imprimeur Murray : « Je me soucie moins que vous ne pourriez croire du succès de mes ouvrages, mais la moindre faute de typographie me tue…. Corrigez donc, si vous ne voulez me forcer à me couper la gorge. » (Ap. Id., op. cit., p. 304.) Ambroise Firmin-Didot (op. cit., col. 618) dit très justement, en parlant des coquilles, que « ces erreurs et transpositions de lettres blessent encore plus l’œil typographique qu’une note fausse ne blesse une oreille musicale ».  ↩

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