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Le Livre, tome I, p. 099-123

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 99.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 99 [123]. Source : Internet Archive.

encore dans une de ses lettres[099.1], et cependant j’en ai peut-être plus qu’il ne faut…. Les livres nous charment jusqu’à la moelle, nous parlent, nous donnent des conseils, et sont unis à nous par une sorte de familiarité vivante et harmonieuse. »

« Pétrarque tombait dans l’hypocondrie quand il cessait de lire ou d’écrire…. Dans le cours de ses fréquents voyages, il écrivait partout où il s’arrêtait[099.2]. Un de ses amis, l’évêque de Cavaillon, craignant que l’ardeur avec laquelle le poète travaillait à Vaucluse n’achevât de ruiner sa santé, déjà très ébranlée, lui demanda un jour la clef de sa bibliothèque. Pétrarque la lui remit, sans savoir pourquoi son ami voulait l’avoir. Le bon évêque enferma dans cette bibliothèque livres et écritoires, et lui dit : « Je te défends de travailler pendant dix jours ». Pétrarque promit d’obéir, non sans un violent effort. Le premier jour lui parut d’une longueur interminable ; le second, il eut un mal de tête continu ; le troisième, il se sentit des mouvements de fièvre. L’évêque,

[I.123.099]
  1.  Ap. Mézières, Pétrarque, p. 332. (Paris, Didier, 1868.)  ↩
  2.  Il avait une veste de cuir, sur laquelle il écrivait, durant ses promenades, lorsqu’il manquait de papier ou de parchemin. Ce vêtement, couvert d’écriture et de ratures, était encore, en 1527, conservé par le cardinal Sadolet comme une précieuse relique littéraire. (Géraud, op. cit., pp. 9-10.) Cf. Pascal revenant « quelquefois de la promenade avec les ongles chargés de caractères qu’il traçait dessus avec une épingle : ces caractères lui remettaient dans l’esprit diverses pensées qui auraient pu lui échapper ». (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. IV, p. 599.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 091-115

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [115]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92 [116]. Source : Internet Archive.

du latin en français les passages qu’ils ne comprenaient pas. »

Malheureusement, cet essai de bibliothèque publique n’eut pas de suite : « par une étrange aberration, le saint roi détruisit lui-même l’avenir que se pouvait promettre une si sage institution, en dispersant ses livres et en les distribuant par testament entre divers monastères[091.1] ».

Saint Louis n’aimait pas à lire ni à entendre lire en mangeant ou au sortir de table[091.2]. « Il n’est si bon livre, disait-il à ses chapelains, qui vaille après manger une causerie[091.3]. »

[I.115.091]
  1.  Géraud, op. cit., p. 228.  ↩
  2.  « …. Il (saint Louis) avoit la bible glosée, et originaux de saint Augustin et d’autres sainz, et autres livres de la sainte escripture, esquex il lisoit et fesoit lire moult de foiz devant lui el tens dentre disner et heure de dormir, cest a savoir, quant il dormoit de jour ; mès pou li advenoit que il dormist a tele heure…. Chascun jour… il sen raloit en sa chambre ; et adoncques estoit alumee une chandelle de certaine longueur, cest a savoir de trois piez ou environ ; et endementieres que ele duroit, il lisoit en la bible ou en un autre saint livre ; et quant la chandele estoit vers la fin, un de ses chapelains estoit apelé, et lors il disoit complie avecques lui. » (Vie de saint Louis, par le Confesseur de la reine Marguerite, dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 79. Paris, Imprimerie royale, 1840.)  ↩
  3.  Cité par Ph. de Grandlieu (Léon Lavedan) dans le Figaro du 26 août 1879, p. 1, col. 2. Je n’ai pu trouver la source originale de ce mot. — Je rejette en note, et dans les termes mêmes où je les trouve, les menus propos suivants, dont le contrôle ne m’a pas été non plus possible et qui peuvent être sujets à caution : « Un des courtisans du roi Alphonse V dit le Sage s’avisa de soutenir en sa présence qu’il avait lu dans l’histoire qu’un certain roi d’Espagne disait que « la science ne convient nullement aux gens distingués par leur rang ou par leurs richesses. — Vous vous trompez, répondit Alphonse, ce n’est pas un roi qui l’a dit : c’est un bœuf ou un âne. » (Jean Darche, Essai sur la lecture, p. 30.) S’agit-il ici d’Alphonse V le Magnanime, appelé aussi le Sage (cf. Larousse, Petit Dictionnaire complet illustré, 134e édit., p. 862 ; ni le Grand Dictionnaire de Larousse, ni Michaud, ni Hœfer, etc., ne mentionnent ce surnom de « le Sage » appliqué à ce souverain), roi d’Aragon, de Naples et de Sicile (….-1458), dont il a été question tout à l’heure (p.  89, note) ; ou bien d’Alphonse X (et non V), également surnommé le Sage, (et Sabio, le Savant), roi de Castille et de Léon (1226-1284), à qui l’on attribue cet aveu, dépouillé de modestie, mais rempli d’excellentes intentions : « Si le Père éternel avait daigné me consulter quand il a créé le monde, je lui aurais certainement donné quelques bons conseils, et, à nous deux, nous aurions fait mieux que ce qu’il a fait tout seul » ? (Cf. Michaud, Biographie universelle ; Hœfer, Nouvelle Biographie ; etc.) Un autre Alphonse, roi d’Aragon (sans autre indication), « disait qu’entre toutes les choses que les hommes recherchent pendant leur vie, il n’y a rien de meilleur que d’avoir « de vieux bois pour brûler, de vieux vin pour boire, de vieux amis pour la société (pour causer), et de vieux livres pour lire. » (Un Libraire [P. Chaillot jeune), Manuel du libraire, du bibliothécaire…, p. 155.) Walter Scott (l’Antiquaire, chap. vi, p. 40 ; trad. Albert Montémont) attribue ce mot « au roi Alphonse de Castille », sans préciser non plus davantage, et comme s’il n’y avait eu qu’un seul roi de Castille du nom d’Alphonse. Selon M. Fertiault (les Amoureux du livre, p. 171), cette sentence, apologie du vieux bois, du vieux vin, des vieux amis et des vieux livres, émane d’ « Alphonse le Sage, roi d’Aragon ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 080-104

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81 [105]. Source : Internet Archive.

affectée aux archives, affectation sanctionnée plus tard par le pape Grégoire le Grand (540-604). Cette bibliothèque de Saint-Jean-de-Latran, que le pape Nicolas V (1398-1455), passionné pour les lettres, fit transférer au Vatican et enrichit considérablement, est la plus ancienne des bibliothèques publiques de l’Europe moderne[080.1].

Néanmoins, durant ces premiers siècles du moyen âge, c’est surtout, c’est presque exclusivement dans les monastères que se réfugie l’amour des livres et de l’étude. Pas de couvent qui ne se piquât d’honneur d’avoir sa bibliothèque : « Monastère sans livres, place de guerre sans vivres, » disait un proverbe d’alors : Claustrum sine armario, quasi castrum sine armamentario[080.2]. La plupart des règles conven-

[I.104.080]
  1.  Cf. Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 148 et 190. La Grande Encyclopédie (art. Bibliothèque, p. 651) estime que « la première bibliothèque vraiment publique que l’Europe ait connue est la bibliothèque Ambrosienne, à Milan, fondée par le cardinal Borromée (1608) ».  ↩
  2.  Géraud, op. cit., p. 227. « La bibliothèque est le vrai trésor d’un monastère ; sans elle, il est comme une cuisine sans casseroles, une table sans mets, un puits sans eau, une rivière sans poissons, un manteau sans vêtements, un jardin sans fleurs, une bourse sans argent, une vigne sans raisins, une tour sans gardes, une maison sans meubles. Et, de même qu’on conserve soigneusement un bijou dans une cassette bien fermée, à l’abri de la poussière et de la rouille, de même la bibliothèque, suprême richesse du couvent, doit être attentivement défendue contre l’humidité, les rats et les vers. » (Thomas A Kempis, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 235-236. Paris, Claudin, 1877.) « Une abbaye n’était pas seulement un lieu de prière et de méditation, c’était encore un asile ouvert contre l’envahissement de la barbarie sous toutes ses formes. Ce refuge des livres et du savoir abritait des ateliers de tout genre, » etc. (Aug. Thierry, Essai sur l’histoire du Tiers État, p. 17. Paris, Furne, 1868. In-16.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 079-103

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 79.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 79 [103]. Source : Internet Archive.

et ces ministres, ils les choisirent forcement parmi les plus instruits de leurs nouveaux sujets. Ainsi le roi des Ostrogoths Théodoric (457-525), qui ne savait pas écrire[079.1], attira autour de lui les plus savants hommes de son temps, l’évêque de Pavie Eunodius, Boèce, l’auteur du traité De la Consolation, traducteur et commentateur d’Aristote, et l’historien philosophe Cassiodore (468-562), dont il fit son secrétaire et l’un de ses principaux dignitaires. Cassiodore finit par se retirer dans le monastère de Viviers, qu’il avait fondé près de sa ville natale Squillace, en Calabre ; il y organisa un vaste atelier de copistes pour la transcription des ouvrages anciens, et mérita le surnom de « Conservateur des livres de l’antiquité latine »[079.2].

A peu près dans ce même temps, le pape Hilaire (mort en 467) établit, à la basilique de Saint-Jean-de-Latran, deux bibliothèques, dont l’une devait être

[I.103.079]
  1.  « Théodoric n’ayant jamais pu apprendre à écrire son nom avait fait percer à jour, dans une mince lame d’or, les initiales Théod. ; lorsqu’il voulait signer, il posait sur le papier cette lame, promenait la plume dans les contours des lettres, et les traçait ainsi à travers la plaque métallique, au bas de l’acte où il devait apposer son nom. » (Écrivain anonyme du ve siècle, publié à la suite de l’Ammien Marcellin de Wagner, ap. Géraud, op. cit., p. 42.) « L’empereur Justin l’Ancien (450-527) signait de la même manière les quatre premières lettres de son nom ; mais il se servait d’une plaque en bois et d’un roseau, et il fallait encore que sa main fût conduite. » (Procope, ap. Géraud, ibid. ↩
  2.  Cf. Egger, op. cit., p. 303.  ↩

Le Livre, tome I, p. 074-098

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 74.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 74 [098]. Source : Internet Archive.

espèces d’encres rouges. La plus estimée, chez les Latins, était le minium, qui a été longtemps regardé comme une couleur sacrée. On en peignait le corps des triomphateurs et la figure de Jupiter aux jours de fête[074.1]. Aujourd’hui le nom de minium s’applique à l’oxyde rouge de plomb. Mais on pense que « celui des anciens n’était pas différent du sulfure de mercure, qu’on appelle encore cinabre, et vermillon quand il est en poudre. On le nommait aussi coccum[074.2]. La rubrique, rubrica, espèce de sanguine ou d’ocre brûlée, était d’un rouge moins éclatant et plus sévère que le minium. On l’employait pour écrire les titres des lois ; de là, chez les anciens eux-mêmes, une synonymie bien constatée entre les mots rubrica et titulus, lex ou formula. De là l’épithète de rubræ, rouges, donnée par Juvénal aux lois anciennes[074.3]…. »

En général, l’encre noire ordinaire des anciens pouvait assez facilement s’effacer, quand elle était fraîche, avec une éponge et de l’eau ; lorsqu’elle était sèche, il fallait faire usage du grattoir.

« Comme la matière première pour écrire était, dans l’antiquité, beaucoup plus rare que ne l’est le papier de nos jours, il arrivait souvent qu’on lavait et qu’on grattait un parchemin portant de l’écri-

[I.098.074]
  1.  Cf. Pline l’Ancien, XXXIII, 36.  ↩
  2.  Cf. Martial, III, 2, vers 11.  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 51.  ↩

Le Livre, tome I, p. 073-097

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 73.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 73 [097]. Source : Internet Archive.

dans la journée, encore trouvent-ils mille prétextes pour retarder l’instant du travail : l’encre est trop épaisse, la sépia s’évapore dans l’eau[073.1]…. »

Outre l’encre noire, et la sèche, les anciens possédaient une « encre indienne », dont parle Pline l’Ancien[073.2], « qui est aussi mentionnée par Vitruve, et pourrait bien avoir donné naissance à l’encre de Chine[073.3] ». Ils connaissaient aussi les encres de couleur, et particulièrement l’encre ou liqueur d’or et celle d’argent. Les plus fréquemment employées des encres de couleur étaient l’encre rouge et l’encre bleue ; les plus rares, l’encre verte et l’encre jaune. Ces encres de couleur ne servaient guère que pour les initiales et pour les titres, et comme on avait recours le plus souvent, dans ce cas, à l’encre rouge, les titres ne tardèrent pas à prendre le nom de rubricæ, rubriques (ruber, rouge). Il y avait plusieurs

[I.097.073]
  1.  Géraud, op. cit., pp. 49-50.
    •  Jam liber, et bicolor positis membrana capillis,
      Inque manus chartæ, nodosaque venit arundo.
      Tunc queritur, crassus calamo quod pendeat humor ;
      Nigra quod infusa vanescat sepia lympha ;
      Dilutas queritur geminet quod fistula guttas.

     « … Enfin il prend son livre ; enfin le parchemin à deux couleurs, le papier, la plume, sont dans ses mains. Mais bientôt il se plaint : l’encre, trop épaisse, reste suspendue au bec de sa plume, ou elle (la sépia) est trop claire et ne marque point, ou bien elle marque double. » (Perse, Satires, III, vers 10-14, trad. F. Collet, p. 72, et trad. Nisard, pp. 324-325.)  ↩

  2.  XXXV, 25.  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 50.  ↩

Le Livre, tome I, p. 071-095

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 71.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 71 [095]. Source : Internet Archive.

Constantinople se servaient, pour leurs souscriptions, d’un roseau d’argent[071.1]. »

Le pinceau (penicillum) n’était guère employé que pour tracer les lettres d’or ou de cinabre ; on en a fait usage surtout au moyen âge pour l’ornement des manuscrits. « Cependant, observe Géraud[071.2], les Égyptiens l’ont parfois employé pour écrire sur du bois à l’encre noire. Il existe au musée de Turin deux textes hiératiques écrits de cette manière sur la face intérieure de deux couvercles de cercueil. » Les Chinois n’ont eu, jusqu’à nos jours, d’autre instrument pour écrire que le pinceau.

L’encre ordinaire (atramentum, quelquefois encaustum), en usage chez les Latins comme chez les Grecs, était un simple composé de noir de fumée, de gomme et d’eau. « On obtenait le noir de fumée de plusieurs manières. Voici celle qui est décrite par Vitruve. On bâtissait une chambre voûtée comme une étuve ; les murs et la voûte étaient revêtus de marbre poli. Au devant de la chambre, on construisait un four qui communiquait avec elle par un double conduit. On brûlait dans ce four de la résine ou de la poix, en ayant soin de bien fermer la bouche du four, afin que la flamme ne pût s’échapper au dehors, et se répandît ainsi, parle double conduit, dans la chambre voûtée ; elle

[I.095.071]
  1.  Géraud, op. cit., pp. 42-43.  ↩
  2.  Ibid.  ↩

Le Livre, tome I, p. 070-094

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 70.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 70 [094]. Source : Internet Archive.

après avoir taillé en pointe leurs calami, fendaient cette pointe en deux par le milieu, absolument comme sont taillées et fendues nos plumes actuelles. Ils effectuaient cette double opération à l’aide d’un canif (scalprum ou scalpellum librarium), et quand la pointe du calamus venait à s’émousser, ils l’affilaient avec la pierre ponce (pumex, pumicis), ou avec une pierre à aiguiser (cos, cotis).

L’usage du calamus (roseau), pour écrire, a duré jusqu’au vie ou viie siècle[070.1] ; le roseau a été alors remplacé par les plumes d’oie ou d’autres oiseaux. Quant aux plumes métalliques, bien qu’on les regarde comme une invention moderne, elles sont « d’une origine assez ancienne. Rader, dans ses commentaires sur Martial[070.2], dit que, de son temps, on a trouvé, chez les Daces, un roseau d’argent qu’il supposa avoir servi à Ovide pendant son exil. Laissant de côté la partie purement hypothétique de cette assertion, il n’en reste pas moins constaté qu’on a découvert, au xvie siècle, une plume métallique reconnue pour être un ustensile ancien. Au moyen âge, s’il faut en croire Montfaucon[070.3], les patriarches de

[I.094.070]
  1.  Peignot, op. cit., p. 71.  ↩
  2.  XIV, 38, cité par Schwarz, VI, 8. (Ap. Géraud, op. cit., pp. 42-43.)  ↩
  3.  Palæographia græca, p. 21.  ↩

Le Livre, tome I, p. 062-086

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 62.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 62 [086]. Source : Internet Archive.

quels les livres étaient placés à plat, à côté les uns des autres, le titre en dessus[062.1].

Le nom de codex avait originairement servi à désigner un livre, aussi de forme rectangulaire, composé de tablettes de bois rassemblées par un même côté[062.2]. Tant en Grèce qu’à Rome, ces tablettes servaient pour les besoins de la vie courante ; elles recevaient d’ordinaire un enduit de cire (d’où leur nom de tabellæ ceræ, ceratæ tabellæ ou simplement ceræ[062.3]), sur lequel on traçait les caractères à l’aide d’un instrument pointu, le style (γραφίς, graphium, stilus ou stylus).

« Les tablettes de bois étaient connues des Hébreux à l’époque où fut rédigé le Livre des Rois, et des Grecs dès le temps d’Homère ; mais les Romains furent les premiers à les faire entrer dans la pratique journalière. Ils en fabriquaient avec le buis, l’if, l’érable et d’autres bois durs ; les plus précieuses étaient en citrus, sorte de cyprès venant d’Afrique. Elles étaient disposées, tantôt en forme de livre ou de portefeuille (car elles avaient souvent

[I.086.062]
  1.  Géraud, op. cit., p. 220.  ↩
  2.  « Les anciens Latins appelaient caudex un assemblage de planches symétriquement disposées les unes sur les autres. Lorsque, après avoir écrit sur des tablettes isolées, on imagina de les réunir en les superposant, le livre carré qu’on forma ainsi prit le nom de codex. » (Géraud, op. cit., p. 125.)  ↩
  3.  On les appelait aussi libelli, adversaria, pugillares, etc. Cf. Peignot, op. cit., pp. 58-59.  ↩

Le Livre, tome I, p. 060-084

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 60.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 60 [084]. Source : Internet Archive.

num ; mais, à l’exception de ceux qui nous ont conservé des fragments d’Hypéride et quelques passages de poètes et de prosateurs malheureusement fort mutilés, aucun texte important d’auteur classique ne nous est parvenu sur papyrus. Tous nos textes complets d’auteurs de premier ordre sont écrits sur une autre matière, le parchemin[060.1]. »

Le parchemin (pergamena), fabriqué avec des peaux de moutons, de chèvres ou d’ânes, non tannées, mais simplement raclées après macération[060.2], doit son nom à la ville de Pergame, où il passe pour avoir été, sinon inventé, du moins employé d’abord et perfectionné. « Pline rapporte, d’après le témoignage de Varron, que les rois de la dynastie des Ptolémées, jaloux de l’importance naissante de la bibliothèque de Pergame, qui menaçait de rivaliser avec celle d’Alexandrie, défendirent l’exportation du papyrus, ce qui obligea les scribes pergaméniens à adopter une matière nouvelle[060.3]. »

C’est dans le courant du ve siècle avant Jésus-Christ que le parchemin apparut[060.4] ; mais ce n’est

[I.084.060]
  1.  Dr Gow, op. cit., p. 20.  ↩
  2.  « Le parchemin se fait avec la pellicule intérieure de la bête, celle qui adhère immédiatement à la chair, » dit Géraud, op. cit., p. 10.  ↩
  3.  Dr Gow, ibid.  ↩
  4.  Et même bien antérieurement, paraît-il, quinze siècles avant l’ère actuelle. Cf. l’article de M. Albert Maire, Matériaux sur lesquels on écrivait dans l’antiquité, dans la Revue scientifique, 20 août 1904. p. 236.  ↩

Le Livre, tome I, p. 059-083

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 59.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 59 [083]. Source : Internet Archive.

Au lieu de l’écorce (liber, d’où le nom de livre) du papyrus, on s’est aussi servi parfois de l’écorce intérieure, du liber, d’autres végétaux, du hêtre et du tilleul principalement, et aussi de bandes de toile préparées pour recevoir l’écriture, et que Tite-Live désigne sous le nom de libri lintei[059.1].

« Il nous reste un grand nombre de papyrus trouvés dans des tombes égyptiennes et à Hercula-

[I.083.059]
  1.  Ces libri lintei, déposés dans le temple de Monéta, devaient avoir un caractère religieux. (Géraud, op. cit., p. 22.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 057-081

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57 [081]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58 [082]. Source : Internet Archive.

droite, et le déroulait, au fur et à mesure de la lecture, avec sa main gauche[057.1] ; cette dernière main lui servait à enrouler de nouveau graduellement la portion du volume dont il avait pris connaissance ; de là les expressions : evolvere ou explicare librum ou volumen ; ad umbilicum ou ad umbilicos ou ad cornua[057.2] pervenire ou perducere, pour signifier « lire un livre, le lire jusqu’au bout ». Le verbe explicare (dérouler, supin explicatum, ou explicitum, d’où le participe explicitus) s’appliquait d’ailleurs aussi bien à la transcription qu’à la lecture des livres. Explicitus liber, « le livre est déroulé », formule qu’on abrégea dès le iiie siècle[057.3], et qu’on réduisit à explicit, fin d’un livre, les lignes finales, où le copiste prend congé du lecteur, commençant d’ailleurs d’ordinaire par ce mot : Explicit[057.4]….

[I.081.057]
  1.  Le papier se déroulait ainsi dans la même direction que l’écriture, en sorte que la lecture s’effectuait de gauche à droite, comme celle des feuilletons de nos journaux. « Parmi les peintures d’Herculanum, plusieurs représentent des volumes tantôt isolément, tantôt entre les mains de personnes qui les lisent. Tous ceux qui sont ouverts se déroulent, à l’exception d’un seul, horizontalement et de gauche à droite, dans le sens de leur longueur. » (Géraud, op. cit., p. 79.)  ↩
    •  Explicitum nobis usque ad sua cornua librum.
      Et quasi perlectum, Septiciane, refers.
      Omnia legisti….

     « Tu me rends mon manuscrit, Septicianus, comme si tu l’avais déroulé et lu jusqu’au bout. Tu as tout lu…. » (Martial, XI, 107, trad. Nisard, p. 522.)  ↩

  2.  Lalanne, op. cit., p. 21.  ↩
  3.  « Explicit, Finitur, absolvitur, cui opponitur Incipit. Voces frequentes in mss…. Constat Explicit vocabulum minime latinum esse, quamvis a latino sermone ortum. » (Ducange, Glossarium, art. Explicit.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 053-077

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53 [077]. Source : Internet Archive.

bases de ce cylindre, — se nommaient frontes ; elles étaient souvent coloriées. Les extrémités de la baguette, appelées, elles aussi, umbilici, se trouvaient d’ordinaire garnies de petits boutons, bossettes ou pommettes (cornua), qui étaient d’ivoire, d’argent, d’or, ou de pierre précieuse, suivant le prix et le luxe du manuscrit. Ces petites pièces, travaillées avec beaucoup d’art, formaient un point brillant au centre de chaque volume (d’où ce nom d’umbilicus, nombril), et « portaient sans doute, soit au milieu, soit autour de la bossette, le nom de l’auteur du livre[053.1] ». Peut-être aussi une étiquette contenant ce nom et le titre de l’ouvrage était-elle suspendue par un fil à ce bouton[053.2]. Quant aux volumes de condition plus modeste, ils portaient sur leur tranche supérieure, c’est-à-dire sur celle qu’on plaçait en vue, une languette de papyrus ou de parchemin, dite

[I.077.053]
  1.  Peignot, op. cit., p. 56.  ↩
  2.  Egger, op. cit., p. 14. Il règne, dans ces menus détails, plus d’une incertitude. Cf. aussi Lalanne, op. cit., p. 23 ; et Géraud, op. cit., pp. 101-102.  ↩

Le Livre, tome I, p. 052-076

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 52.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 52 [076]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53 [077]. Source : Internet Archive.

et les dimensions, généralement restreintes, de chacun de ces livres. Aussi ne faut-il pas se faire illusion sur le nombre considérable de volumes, de rouleaux, de certaines bibliothèques anciennes : quand nous lisons, par exemple, « que la bibliothèque d’Alexandrie renfermait sept cent mille volumes, il faut bien se persuader que cette masse énorme de volumes était peut-être le produit des veilles de six à sept mille auteurs tout au plus, et que toute cette bibliothèque d’Alexandrie n’aurait peut-être pas occupé trente à quarante mille de nos in-folio actuels[052.1]. »

C’était autour d’une baguette, dite umbilicus, fixée à la dernière feuille, baguette de cèdre, de buis ou d’ivoire, que la bande de papyrus s’enroulait[052.2]. Les deux tranches du rouleau, — les deux

[I.076.052]
  1.  Peignot, op. cit., pp. 46-47. « Combien d’écrivains anciens dont la fécondité en petits volumes ou rouleaux est attestée par l’histoire ! La plupart en ont laissé cent cinquante, deux cents, quatre cents, et jusqu’à cinq à six cents ; Pline l’Ancien, lui seul, en a écrit pour sa part plus de quatre cents, et il en eût laissé bien davantage sans sa fin tragique (voir, à ce sujet, la lettre de son neveu, livre III, 5). Bien plus, Origène nous apprend qu’un certain Didyme d’Alexandrie avait composé, du temps de Jules César, six mille volumes ; Sénèque ne lui en attribue que quatre mille, et Athénée trois mille cinq cents ; c’est déjà fort honnête. Mais cela prouve qu’il faut restreindre cette idée de volume à un seul rouleau de parchemin ou de papyrus renfermant cinquante, soixante, quatre-vingts de nos pages. » (Id., ibid. ↩
  2.  Géraud (op. cit., p. 96) dit qu’ « il est certain que, pour rendre la lecture du rouleau plus commode, on le garnissait de deux ombilics, un au commencement et l’autre à la fin. » Peignot (op. cit., p. 57) ne parle que d’un seul ombilic : « … Cette longue bande de feuilles réunies tenait, par une de ses extrémités, du côté de la droite (fin du volume), à un bâton ou cylindre (l’umbilicus) sur lequel on la roulait ; et son autre extrémité du côté de la gauche (commencement du volume) était adaptée à une peau ou pièce de parchemin solide qui en formait la couverture, portait le titre, et, par le moyen de courroies (les lora, au singulier lorum) qui en faisaient partie, serrait fortement le volume lorsqu’il était fermé, c’est-à-dire roulé. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 050-074

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50 [074]. Source : Internet Archive.

avoir couvert avec cette colle la feuille de papyrus, on la pressait dans la main pour l’égoutter, ensuite on la dépliait et on l’étendait à coups de maillet ; chaque feuille subissait deux fois cette opération[050.1]. »

Pour écrire sur la bande de papyrus, on traçait, en colonnes verticales, de véritables pages d’écriture (paginæ), dont chacune avait à peu près le même nombre de lignes, et qui se succédaient parallèlement l’une à l’autre ; au contraire, pour les lettres ou missives, auxquelles suffisaient de petits rouleaux, — « le papier à lettres » (charta epistolaris), — les lignes étaient écrites dans le sens le plus étroit de la bande, de manière à ne former qu’une colonne d’un bout à l’autre du rouleau[050.2].

« Il n’est pas probable, remarque l’auteur de Minerva[050.3], que des ouvrages aussi volumineux que

[I.074.050]
  1.  Géraud, op. cit., p. 31.  ↩
  2.  « Les lettres s’écrivaient sur la même matière que les livres, c’est-à-dire sur le papier d’Égypte. Le papier auguste ou royal fut celui qu’on employa principalement à cet usage : Augustæ in epistolis auctoritas relicta. (Pline l’Ancien, XIII, 24.) On le nommait, comme chez nous, papier à lettres, charta epistolaris. (Martial, XIV, 8 [11].) Il paraît qu’on taillait, pour les lettres, des feuilles de papier auguste, auxquelles on donnait une très petite dimension. On trouve une preuve de ce fait dans Sénèque, qui termine ainsi sa quarante-cinquième épître : « Pour ne pas dépasser les limites d’une lettre qui ne doit pas remplir la main gauche de celui qui la lit, je renvoie à un autre jour ce qui me restait à dire. » (Géraud, op. cit., p. 114.)  ↩
  3.  Dr James Gow, Minerva, édit. publiée par M. Salomon Reinach, pp. 18-19.  ↩

Le Livre, tome I, p. 049-073

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 49.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 49 [073]. Source : Internet Archive.

de colle et assujettir entre elles les bandes de papyrus, dans le sens de leur longueur. Sur ces bandes longitudinales on en posait transversalement d’autres, qui, coupant les premières à angle droit, formaient, avec elles, une espèce de claie. Les feuilles, plagulæ, ainsi faites, étaient soumises à l’action d’une presse, puis séchées au soleil ; ensuite on les réunissait en un rouleau, scapus (en attendant que, revêtu d’écriture, il prît le nom de volumen), qui, du temps de Pline, contenait vingt feuilles. Au ive siècle, la main de papyrus, comme nous dirions aujourd’hui, n’était plus que de dix feuilles[049.1]. »

Mais, avant même d’être collées ainsi bout à bout et réunies en rouleau, ces feuilles subissaient diverses autres opérations : chacune d’elles était battue au marteau, et soigneusement polie au moyen de la pierre ponce, d’une dent d’animal, ou d’un coquillage ; puis ordinairement encollée, afin que l’écriture pût s’y tracer sans bavures. « La colle commune se composait de fleur de farine délayée avec de l’eau bouillante, dans laquelle on jetait quelques gouttes de vinaigre. La mie de pain fermenté, détrempée également dans l’eau bouillante, formait une colle de meilleure qualité, moins épaisse, et qui donnait au papier une finesse égale à celle d’une étoffe de lin ; l’une et l’autre devaient être employées dans les vingt-quatre heures. Après

[I.073.049]
  1.  Géraud, op. cit., p. 27.  ↩

Le Livre, tome I, p. 046-070

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 46.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 46 [070]. Source : Internet Archive.

volumina ; de volvere, rouler), d’où nous avons fait volume.

La plante nommée papyrus par les Égyptiens, et ϐίϐλος par les Grecs, est une espèce de roseau de la famille des cypéracées, qui croît dans les marais de l’Égypte, de l’Abyssinie, de la Syrie, de la Sicile et de la Calabre. Elle a une racine ou rhizome féculent, dont les anciens Égyptiens se nourrissaient, et une tige ou hampe triangulaire haute de 2 mètres à 2 m. 50, sans feuilles et terminée par une large et élégante ombelle[046.1]. C’est avec la tige du papyrus que les anciens fabriquaient leur papier.

Dans son Histoire naturelle[046.2], Pline nous donne d’amples détails sur les diverses opérations de cette fabrication, « mais les trois chapitres qu’il a consacrés à cette matière sont parfois si obscurs, que, malgré de nombreux commentaires et même diverses expériences tentées sur du papyrus de Sicile, l’interprétation de quelques passages reste toujours incomplète[046.3] ». Voici les plus importants de ces détails, tels qu’ils ont été exposés et interprétés par Géraud et par Egger.

La tige seule du papyrus, avons-nous dit, était bonne à faire du papier. On commençait par la

[I.070.046]
  1.  Larive et Fleury, Dictionnaire des mots et des choses, art. Papyrus.  ↩
  2.  XIII, 23-26, trad. Littré. (Collection Nisard, Paris, Didot, 1877.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 25.  ↩

Le Livre, tome I, p. 045-069

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45 [069]. Source : Internet Archive.

quait[045.1]. Ce mode de fabrication paraît avoir été identique en Grèce et dans le monde romain ; le livre, à Athènes comme à Rome, se composait originairement d’une longue bande de papyrus roulée sur elle-même, nommée en latin volumen, rouleau (au pluriel

[I.069.045]
  1.  Pour l’étude du livre dans l’antiquité, j’ai eu recours d’abord à l’excellent ouvrage de H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, particulièrement chez les Romains, (Paris, Techener, 1840 ; in-8, 232 p.), qui est si abondamment documenté, si soigneusement et consciencieusement fait : on peut dire que l’auteur (mort en 1844, à 32 ans) a passé en revue tous les écrivains latins et grecs, et a butiné tout ce qui se rapporte à la question du livre chez les anciens ; si bien que son « Essai », quoique datant de plus d’un demi-siècle, reste encore et sans conteste le meilleur travail qu’on ait publié sur cette question. J’ai mis aussi à contribution Gabriel Peignot, Essai historique et archéologique sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens (Dijon, Lagier, et Paris, Renouard, 1834) ; puis Lalanne Ludovic, Curiosités bibliographiques (Paris, Delahays, 1857), qui s’est, lui aussi, beaucoup servi de l’ouvrage de Géraud ; Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts… qui se rattachent à la typographie (Paris, Delahays. s. d.) ; Egger, Histoire du livre depuis ses origines jusqu’à nos jours (Paris, Hetzel, s. d.), et le Papier dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Hachette, 1867) ; Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la Miniature (chap. i et vii) (Paris, Quantin, s. d,) ; Delon, Histoire d’un livre, 6e édit. (Paris. Hachette, 1898) ; Dr James Gow, Minerva, Introduction à l’étude des classiques scolaires grecs et latins, édition française publiée par M. Salomon Reinach (Paris, Hachette, 1890), pp. 18-26, où la question du livre chez les anciens m’a paru bien résumée ; Anthony Rich, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, trad. Chéruel (Paris, Didot, 1873) ; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (Paris, Hachette; en cours de publication) ; etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 044-068

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 44.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 44 [068]. Source : Internet Archive.

le Jeune, laissa à son élève la bibliothèque qu’il avait reçue de son père et qui se montait à soixante-deux mille volumes….

« Enfin nous trouvons, dès le iie siècle, des bibliothèques publiques dans de petites villes de l’Italie : Tibur en possédait une assez bien fournie, située dans un temple d’Hercule. Pline le Jeune nous apprend lui-même qu’il avait prononcé un discours pour l’inauguration de la bibliothèque de Côme, sa patrie ; et l’ensemble de sa lettre[044.1] prouve que cette collection avait été formée peut-être en entier, mais bien certainement en partie, par lui et sa famille. Dans une ancienne inscription découverte à Milan, nous trouvons, entre autres choses, que Pline le Jeune avait donné, pour la réparation ou l’entretien de cette bibliothèque, une somme de cent mille sesterces (environ 25 000 francs)[044.2]. »

Ainsi que nous le verrons plus loin, les chrétiens héritèrent du zèle des littérateurs romains pour les collections de livres, et formèrent à leur tour de nombreuses bibliothèques.

Avant de quitter les anciens, disons succinctement ce qu’était le livre chez eux et comment il se fabri-

[I.068.044]
  1.  I, 8.  ↩
  2.  Géraud, op. cit., pp. 217-218.  ↩

Le Livre, tome I, p. 042-066

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42 [066]. Source : Internet Archive.

à côté du temple d’Apollon[042.1] ; etc. Une autre bibliothèque, créée par Auguste en l’honneur de sa sœur Octavie, la bibliothèque Octavienne, fut, peut-être aussi, aménagée sous les galeries d’un temple, qui était voisin du théâtre de Marcellus[042.2]. Sous le règne de Titus (40-81), la bibliothèque Octavienne fut détruite par un incendie.

Trajan (52-117) édifia une bibliothèque célèbre à Rome, la bibliothèque Ulpienne (d’Ulpius, nom de famille de cet empereur). Placée d’abord sur le forum de Trajan, elle fut transportée plus tard dans les Thermes de Dioclétien. « Au temps de Constantin (245-313), Rome en comptait vingt-neuf (de bibliothèques publiques), parmi lesquelles la bibliothèque Palatine et la bibliothèque Ulpienne étaient les plus considérables[042.3]. » Constantin fit copier quantité de

[I.066.042]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 14-15 ; et Lalanne, op. cit., pp. 141-142.  ↩
  2.  Cf. Juste Lipse, Traité des bibliothèques anciennes, chap. vi, ap. Peignot, Manuel bibliographique, p. 22 : « … Mon guide me conduit, par de magnifiques degrés, au temple en marbre blanc élevé au dieu dont la chevelure est toujours intacte (Apollon)…. Là, toutes les créations des génies anciens et modernes sont mises à la disposition des lecteurs…. Le gardien de ces lieux sacrés m’ordonna d’en sortir. Je me dirige vers un autre temple, situé près d’un théâtre voisin ; il me fut aussi défendu d’y entrer. Ce premier asile des belles-lettres, la Liberté, qui y préside, ne me permit pas d’en fouler le vestibule…. » (Ovide, les Tristes, III, 1, p. 693, trad. Nisard ; cf. aussi, dans cette traduction, les notes de la page 748.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 217.  ↩

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