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Le Livre, tome II, p. 199-215

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 199.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 199 [215]. Source : Internet Archive.

on ne peut mieux. Avant même d’être passée, à peu près tout entière, entre les mains des financiers et brasseurs d’affaires, elle avait encouru bien des reproches.

La Bruyère traite les journalistes, « les nouvellistes », avec le plus profond dédain[199.1].

« J’ai su qu’il n’y a rien à apprendre dans les journaux, écrit d’Alembert[199.2], sinon que le journaliste est l’ami ou l’ennemi de celui dont il parle, et cela ne m’a pas paru fort intéressant à savoir. »

« La presse, il le faut avouer, est devenue un des fléaux de la société, et un brigandage intolérable, » déclare Voltaire[199.3].

« S’ils (les journaux) m’accusaient d’avoir assassiné mon père, disait un jour Chateaubriand (1768-1848)[199.4], je n’essayerais pas de le nier aujourd’hui, parce que demain ils me démontreraient, de quelque façon, que je me suis défait de ma mère aussi, et, sur ma seconde protestation, ils feraient entrevoir, en outre, que j’ai bien un peu guillotiné M. de Malesherbes….

[II.215.199]
  1.  « Le devoir du nouvelliste est de dire : Il y a tel livre qui court et qui est imprimé chez Cramoisy en tel caractère, » etc. (La Bruyère, les Caractères, Des ouvrages de l’esprit, édit. Hémardinquer ; p. 20. Paris, Dezobry, 1849.)  ↩
  2.  Cité par Hémardinquer, dans son édition de La Bruyère, p. 20.  ↩
  3.  Lettre à un membre de l’Académie de Berlin, 15 avril 1752 : Œuvres complètes, t. VII, p. 763. (Paris, édit. du journal le Siècle, 1869.)  ↩
  4.  Ap. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, pp. 422-423).  ↩

Le Livre, tome II, p. 120-136

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 120.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 120 [136]. Source : Internet Archive.

Religion et morale

Philosophie politique et morale
Histoire naturelle, etc.

[II.136.120]
  1.  Mably est à présent bien oublié et dépassé.  ↩
  2.  Dans sa lettre Du moyen de dresser une bibliothèque… (Œuvres, t. X, p. 116), La Mothe-Le Vayer dit que Pline l’Ancien est, à lui seul, « une bibliothèque entière » ; et Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe (p. 2), confirme cet éloge par ce distique :
    •  Quid juvat innumeris repleri scrinia libris ?
      Unus præ cunclis Plinius esse potest.  ↩

Le Livre, tome II, p. 098-114

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098 [114]. Source : Internet Archive.

de la tentation de ces messieurs les acheteurs publics des sottises d’autrui ; je ne veux que de bons ouvrages, c’est pour cela que j’ai une bibliothèque peu garnie. »

Saint-Évremond nous apprend[098.1] qu’ « un choix délicat » le réduit à peu de livres, où il cherche « beaucoup plus le bon esprit que le bel esprit » ; que ce sont les livres latins qui lui fournissent le plus d’agréments, et qu’il ne se lasse pas de les relire. « La vie est trop courte, dit-il encore[098.2], pour lire toute sorte de livres et charger sa mémoire d’une infinité de choses, aux dépens de son jugement. »

« Quelques-uns, par une intempérance de savoir, et par ne pouvoir se résoudre à renoncer à aucune sorte de connaissance (sic), les embrassent toutes et n’en possèdent aucune, remarque La Bruyère[098.3] ; ils aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien, et être faibles et superficiels dans diverses sciences, que d’être sûrs et profonds dans une seule. Ils trou-

[II.114.098]
  1.  De la lecture et du choix des livres : Œuvres choisies, p. 403. (Paris, Garnier, s. d.)  ↩
  2.  Portrait de Saint-Évremond fait par lui-même : op. cit., p. 436. Voir, pour plus de détails sur Saint-Évremond, notre tome I, page 145.  ↩
  3.  Les Caractères, De la mode, p. 349. (Paris, Dezobry, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 294-318

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 294.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 294 [318]. Source : Internet Archive.
  • Isaïe (785-681 av. J.-C.) Voir Bible.

Le Livre, tome I, p. 242-266

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 242 [266]. Source : Internet Archive.

Claude Lancelot, savant de Port-Royal (1615-1695), plaçait en tête des auteurs latins, pour la pureté de la langue, Térence, Cicéron, César, Virgile et Horace. Puis venaient Quinte-Curce, Salluste et Tite-Live.

Mme de Sévigné (1626-1696) était passionnée pour les Essais de morale de Nicole ; puis pour Corneille, « dont je suis folle », écrit-elle[242.1] ; pour La Fontaine, dont les fables « sont divines »[242.2] ; et pour « le grand Bourdaloue[242.3] ».

Selon La Bruyère (1639-1696), « Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace, ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images[242.4] ».

Racine (1639-1699) savait presque par cœur, à l’âge de seize à dix-sept ans, Sophocle et Euripide, dans leur texte original. Il avait déjà chargé d’apostilles les marges du Platon et du Plutarque, édi-

[I.266.242]
  1.  Lettre du 9 mars 1672 (t. I, p. 473. Paris, Didot, 1867). « Vive donc notre vieil ami Corneille ! » écrit-elle encore (let. du 16 mars 1672, p. 477). « Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent : ce sont des traits de maître qui sont inimitables. »  ↩
  2.  Lettre du 20 juillet 1679 (t. III, p. 463). « On croit d’abord en distinguer quelques-unes ; et, à force de relire, on les trouve toutes bonnes. » (Ibid. ↩
  3.  Lettre du 28 mars 1689 (t. V, p. 366). Voir aussi t. I. p. 141, et passim ↩
  4.  La Bruyère, Caractères, Des ouvrages de l’esprit, p. 10. (Paris, Dezobry, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 156-180

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156 [180]. Source : Internet Archive.

et quelle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l’ouvrage, il est bon, et fait de main d’ouvrier[156.1] ».

Fénelon (1651-1715), si épris de l’antiquité et si nourri de la lecture des anciens, fait dire à Télémaque : « Pour mieux supporter l’ennui de la captivité et de la solitude, je cherchai des livres…. Heureux, disais-je, ceux qui… se divertissent en s’instruisant, et qui se plaisent à cultiver leur esprit par les sciences ! En quelque endroit que la fortune ennemie les jette, ils portent toujours avec eux de quoi s’entretenir ; et l’ennui, qui dévore les autres hommes, au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s’occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire, et qui ne sont point, comme moi, privés de la lecture[156.2] ! »

[I.180.156]
  1.  La Bruyère, op. cit., Des ouvrages de l’esprit, p. 19.  ↩
  2.  Télémaque, livre II, p. 28. (Paris, Dezobry, s. d.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 154-178

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 154.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 154 [178]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155 [179]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156 [180]. Source : Internet Archive.

du Conseil de juillet 1763. Elle a passé depuis en masse dans la Bibliothèque du Roi[154.1]. »

La Bruyère (1646-1696) a tracé un célèbre portrait de bibliomane, qui ne lit jamais, — qui, par conséquent, n’a rien de commun avec les amis des livres et des Lettres, — qui ne s’occupe que de faire luxueusement relier ses volumes, et dont la bibliothèque n’est qu’une tannerie[154.2] :

« Je vais trouver cet homme, qui me reçoit dans une maison où, dès l’escalier, je tombe en faiblesse d’une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. Il a beau me crier aux oreilles, pour me ranimer, qu’ils sont dorés sur tranche, ornés de filets d’or, et de la bonne édition ; me nommer les meilleurs l’un après l’autre, dire que sa galerie est remplie, à quelques endroits près qui sont peints de manière qu’on les prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes, et que l’œil s’y trompe ; ajouter qu’il ne lit jamais, qu’il ne met pas le pied dans cette galerie, qu’il y viendra pour me faire plaisir ; je le remercie de sa complaisance, et ne veux, non plus que lui, voir sa tannerie, qu’il appelle biblio­thèque[154.3]. »

[I.178.154]
  1.  Sainte-Beuve, op. cit., t. II, p. 168, n. 1.  ↩
  2.  Ce maniaque « était un financier du nom de Morel, dont le descendant, M. Morel de Vindé, fut aussi bibliophile, mais avec une ardeur plus intelligente. » (Édouard Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 206.)  ↩
  3.  La Bruyère, Caractères, De la mode, p. 349. (Paris, Dezobry, 1849.) Ce vigoureux burin n’a pas manqué de mettre aux champs plus d’un bibliographe. L’un d’eux, L. Derome, a riposté de cette sorte : « … On n’a rien écrit à cet égard de plus brutal et de plus grossier que ces paroles de La Bruyère : « Je vais, dit-il, trouver cet homme, — le bibliophile, — qui me reçoit dans une maison où, dès l’escalier, » etc. (Encore une fois rappelons bien qu’il ne s’agit pas d’un bibliophile, d’un ami des livres, mais d’un maniaque, qui ne lit jamais.) « La Bruyère, continue rageusement L. Derome, était un parasite, habitué à vivre dans la domesticité des grands ; il leur rendait en dédain et en mauvais propos l’hospitalité qu’ils lui accordaient. Campé derrière Sénèque et Diogène, sur les hauteurs de la philosophie stoïcienne, il faisait profession de médire de beaucoup de choses qui lui manquaient. D’abord des femmes, parce qu’il avait une figure de soldat, selon l’expression d’un auteur contemporain, et n’avait point le don de leur être agréable ; du pouvoir, qui n’était point à sa portée ; des richesses, qui lui faisaient aussi défaut ; de la noblesse, parce qu’il n’avait pas de naissance ; du luxe des vêtements, parce que le prince de Conti lui laissait porter des habits râpés ; des palais et de ce qu’ils contiennent, y compris les livres, n’ayant de quoi loger ni des livres, ni un mobilier, ni sa personne. C’est l’éternelle fable du renard et des raisins qui sont trop verts. Vivant d’ailleurs dans les coulisses du grand théâtre de la cour, il n’avait qu’à se pencher pour voir défiler une à une les vanités du xviie siècle, et il était merveilleusement doué pour en saisir à première vue les côtés grotesques. Aucun détail de mœurs ne lui échappe : son œil pénétrant ne laisse passer aucune misère sans la noter d’un mot qui est un stigmate. Dans le musée qu’il nomme Caractères, la vérité coule à flots pressés ; mais regardez à celui qui la dit, et mesurez, si vous pouvez, l’amertume de son fiel ; nulle part l’éloge ne tempère l’animosité chagrine ; la religion elle-même n’est qu’un sauf-conduit qui sert d’enseigne à son humeur, et l’austérité un manteau qui le défend. II parle des livres du ton d’un homme en colère ; on dirait qu’ils l’ont mordu à la jambe. Ce n’est pas à eux qu’il en veut, mais à ceux qui les possèdent, qui les couvrent de leurs armoiries. Or, ce ne sont pas des manants. Ce sont les grands du royaume, les hommes d’État, les gens d’Église, l’aristocratie mondaine et lettrée, quiconque a, en France, une place considérable au soleil. Le coup de poing du sombre janséniste tombe sur eux comme une lettre de cachet. Leur effarement est inutile et leurs menaces vaines ; le roi n’entend pas qu’on touche à ce bouledogue ; il lui accorde la protection dont jadis il a honoré Molière. » (L. Derome, le Luxe des livres, pp. 29-32.)  ↩