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Le Livre, tome III, p. 145-159

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 145.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 145 [159]. Source : Internet Archive.

Rolin Thierry (1588) : trois Épis de riz (tiers riz) ;

Geoffroy Tory (1512) : un Pot cassé[145.1] ;

Michel Vascosan (1530) : une Presse typographique ;

Antoine Vérard (1498) : un Écusson fleurdelisé supporté par deux anges ;

Pierre Vidoue ou Vidove (1510) : la Fortune sous les traits d’une femme, avec cette devise : Audentes juvo[145.2] ;

Simon Vostre (1491) : deux Léopards à tête de lévrier.

Etc., etc.[145.3].

[III.159.145]
  1.  « Geoffroy Tory… naquit à Bourges. Vers 1480…. La première de ses éditions nous donne la date de 1512. Il avait adopté comme marque de fabrique un vase dans lequel est tombé un toret de graveur [toret, s. m., instrument servant à percer : Frédéric Godefroy, Lexique de l’ancien français], en le fracassant en partie, et la devise Non plus. » (Léon Gruel, Conférences sur la reliure et la dorure des livres, p. 46.)  ↩
  2.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 749 ; et Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., p. 93.  ↩
  3.  Outre les ouvrages d’Ambroise Firmin-Didot, de Jacques-Charles Brunet, d’Anatole Claudin, et de Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, mentionnés en notes dans le cours de la liste ci-dessus, cf. L.-C. Silvestre, Marques typographiques ou Recueil des monogrammes, chiffres, enseignesdes libraires et imprimeurs qui ont exercé en France depuis l’introduction de l’imprimerie, en 1470, jusqu’à la fin du xvie siècle (Paris, Potier, 1853-1865 ; in-8) ; — et Paul Delalain, Inventaire des marques d’imprimeurs et de libraires de la collection du Cercle de la librairie (Paris, Cercle de la librairie, 1886-1888 ; in-8).  ↩

Le Livre, tome III, p. 144-158

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 144 [158]. Source : Internet Archive.

devise en rébus : Sola fides sufficit, tirée de l’hymne Pange, lingua[144.1] ;

Nivel ou Nivelle et son gendre Sébastien Cramoisy (1589) : une Cigogne ;

Les Plantin, d’Anvers (Christophe Plantin, fondateur de la célèbre « Architypographie plantinienne », né près de Tours : 1514-1589) : un Cep de vigne ou un Compas ouvert ;

Philippe Pigouchet (1489) : deux Sauvages (homme et femme) ;

Jean Temporal, de Lyon (1550) : le Temps armé de sa faux ;

[III.158.144]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 744. « Guy ou Guyot Marchant, prêtre, maître ès arts et imprimeur, avait établi son atelier dans une maison du Champ-Gaillard, derrière le collège de Navarre…. La grande maison du Champ-Gaillard, où fut établi le premier atelier de Guy Marchant, appartenait au collège de Navarre ; elle était située derrière ce collège, rue Clopin, à l’angle de la rue Bordelle (emplacement actuel de l’École polytechnique). (Anatole Claudin, op. cit., t. I, pp. 335 et 380, et t. II, p. 555.) Ce coin de Paris avait été ainsi baptisé à cause des femmes « gaillardes » qui y avaient élu domicile. La rue Clopin et sa voisine, la rue d’Arras, ont porté jadis le nom de rue du Champ-Gaillard. (Cf. J.-A. Dulaure, Histoire de Paris, t. II, p. 351 ; Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864 ; et Frédéric Lock, Dictionnaire de l’ancien Paris, art. Arras et Clopin.) Guy Marchant avait pris pour enseigne le nom de son quartier, le Champ-Gaillard, dont, en jouant sur les mots, selon l’usage du temps, il avait fait : Au chant Gaillard. De là cette portée de plain-chant, avec les deux notes musicales sol, la. Les deux mains jointes étaient l’emblème de la bonne foi et de la confiance. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., p. 90.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 140-154

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 140.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 140 [154]. Source : Internet Archive.

continue-t-il[140.1]. Que représentent les petits points ? Une phrase inachevée…. Diderot est le premier que je vois en faire usage, et abus…. Laharpe disait : « Diderot multiplie les petits points dans le dialogue écrit, pour qu’il représente plus au naturel le dialogue parlé ». Scribe, de notre temps, a été le grand inventeur des petits points[140.2]. »

Les anciens imprimeurs et éditeurs avaient tous des marques typographiques, allégoriques le plus ordinairement, sortes d’ « armes parlantes », accompagnées de devises, dont ils ornaient les titres et frontispices de leurs livres. Elles avaient pour but de préserver ces publications des contrefaçons, but que fréquemment elles n’atteignaient guère, « ce brigandage (la contrefaçon) étant aussi ancien que l’impri­merie[140.3] ». Beaucoup d’éditeurs et quelques

[III.154.140]
  1.  Ernest Legouvé, l’Art de la lecture, p. 71. C’est par une erreur évidente que Legouvé a écrit en cet endroit : « Vous n’en trouverez pas un seul exemple dans le xviie siècle ni dans le xviiie siècle », puisque, ailleurs, dans la Lecture en action, page 58, il déclare que c’est Diderot (1713-1784) qui a, le premier, fait usage des points suspensifs.  ↩
  2.  Id., la Lecture en action, pp. 57-58. II y a là encore une flagrante inexactitude d’expression : Scribe n’a pas été l’inventeur — ni petit ni grand — des points suspensifs ; il en a seulement beaucoup usé.  ↩
  3.  Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, op. cit., pp. 97, 99 et 100.  ↩

Le Livre, tome III, p. 132-146

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132 [146]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

Mais, ailleurs, chez les lecteurs nouveaux que la vulgarisation du livre avait fait surgir, et qui s’étaient multipliés avec lui, il fallut, comme je l’ai dit, que, devenu chose du peuple, il se présentât dans un déshabillé plus populaire.

« Tout changea en lui. Dans l’intérieur des volumes, le papier de chiffon, depuis longtemps connu, mais presque toujours dédaigné, remplaça le parchemin, et, en revanche aussi, le parchemin, qui n’avait guère osé jusqu’alors se montrer que sur les cahiers et les livres d’écoliers, remplaça sur les couvertures le velours et la soie. »

Décrire les origines — origines si confuses et si obscures — de l’imprimerie, en retracer l’histoire, excéderait le cadre de notre travail, où nous avons surtout pour but d’examiner les résultats acquis, d’étudier l’œuvre effectuée, le Livre, dans ses principaux éléments, et de rechercher les meilleurs moyens de le mettre à profit et d’en jouir[132.1].

[III.146.132]
  1.  Pour l’étude des origines de l’imprimerie, nous indiquerons spécialement, outre le volume d’André Chevillier, que nous venons de mentionner, les ouvrages suivants : G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, tome I (le seul paru) ; Paris, Crapelet, 1837 ; in-8. (C’est un des livres les plus consciencieux, les plus soignés et les meilleurs qu’on ait publiés sur l’imprimerie : « cet ouvrage, que tout imprimeur doit étudier, fut malheureusement interrompu par la mort de l’auteur, typographe instruit et passionné pour son art, » dit Ambroise Firmin-Didot, dans son Essai sur la typographie, col. 740, note 3.) — Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques (Bibliothèque de poche) ; Paris, Delahays, 1857 ; in-16. (La première édition est de 1846.) — Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie (Extrait du tome XXVI de l’Encyclopédie moderne) ; Paris, Didot, 1851 ; in-8. — Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts et professions qui se rattachent à la typographie…, Paris, Delahays, s. d. [1851] ; in-8. — Auguste Bernard, De l’origine et des débuts de l’imprimerie en Europe ; Paris. Imprimerie impériale, et chez Jules Renouard et Cie, 1853 ; 2 vol. in-8. — Mlle Pellechet, Catalogue général des incunables des bibliothèques de France, tomes I et II ; Paris, Alphonse Picard, 1897 et suiv. ; « chef-d’œuvre de la nouvelle école bibliographique », a dit, en parlant de cet ouvrage, M. Léopold Delisle (Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, Introduction, t. I, p. lxxvi). — A. Christian, directeur de l’Imprimerie nationale, Origines de l’imprimerie en France, Conférences faites les 25 juillet et 17 août 1900 ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 ; in-4. — Et surtout le grand et magistral ouvrage de M. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France au xve et au xvie siècle ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 et suiv. ; tomes I, II et III, in-4 (en cours de publication). — Le journal la Presse, du 25 février 1837, retrace en ces termes les diverses phases de l’imprimerie : « Durant le premier siècle qui en a suivi la découverte, l’imprimerie apparaît sous la forme d’un missel ; sous la forme d’un pamphlet, le siècle suivant ; plus tard, elle a été petit livre bien libertin, et in-folio bien lourd. Un journal, à cette heure, en est le symbole. » A la suite de cette citation, Crapelet (op. cit., p. 313, n. 1) ajoute : « Ne pourrait-on pas dire aussi, avec plus de justesse peut-être, que l’imprimerie a été religieuse à sa naissance ; religieuse et littéraire dans sa jeunesse ; littéraire et politique dans sa maturité et sa vieillesse ; et que, politique et industrielle maintenant, elle est parvenue à la décrépitude ?… »  ↩

Le Livre, tome III, p. 033-047

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 33.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 33 [047]. Source : Internet Archive.

là sa caractéristique, le moyen de le reconnaître du premier coup d’œil — a toujours les bords irréguliers, plus ou moins marqués de boursouflures et d’aspérités, ce qui provient du contact de la pâte avec le cadre de la forme. Le papier à la mécanique, au contraire, qui, comme nous allons le voir, se fabrique sans cadre, d’une façon continue, et se sectionne à volonté, se tranche mécaniquement, a toujours cette section très nette, ses bords bien réguliers et lisses.

A propos des anciens papiers de fil, un écrivain anglais du xviie siècle, Thomas Fuller, a fait cette remarque, sans doute plus curieuse qu’exacte, que le papier participe du caractère de la nation qui le fabrique. Ainsi, dit-il, « le papier vénitien est élégant et fin ; le papier français est léger, délié et mou ; le papier hollandais, épais, corpulent, spon­gieux[033.1] ». Ajoutons que, « si Fuller avait connu le papier gris sur lequel les Allemands impriment leurs ouvrages, il l’eût certainement comparé à la teinte terne et nébuleuse qui assombrit l’esprit dans les cerveaux germaniques[033.2] ».

Passons à la fabrication mécanique, la fabrication

[III.047.033]
  1.  Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques, p. 108.  ↩
  2.  Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 96.  ↩

Le Livre, tome III, p. 002-016

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 2.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 2 [016]. Source : Internet Archive.

constitution, ayant « un bon fond », résistera mieux qu’un être chétif et débile aux assauts de la maladie et retardera d’autant l’inévitable triomphe de la mort, de même un livre imprimé sur papier de qualité irréprochable bravera, bien mieux qu’un volume tiré sur mauvais papier, les injures du temps et les incessantes menaces de destruction.

Aussi les bibliophiles ont-ils toujours attaché une importance capitale à la qualité du papier des ouvrages destinés à leurs collections. Les splendides reliures de Jean Grolier n’abritaient que des exemplaires de choix, des « exemplaires en papier fin et en grand papier, que les imprimeurs tiraient exprès pour lui[002.1] ». « MM. de Thou » (notamment le célèbre historien Jacques-Auguste de Thou), « qui ont été si longtemps chez nous la gloire et l’ornement des belles-lettres, dit Vigneul-Marville[002.2], n’avaient pas seulement la noble passion de remplir leurs bibliothèques d’excellents livres, qu’ils faisaient rechercher par toute l’Europe ; ils étaient encore très curieux que ces livres fussent parfaitement bien conditionnés. Quand il s’imprimait en France, et même dans les pays étrangers, quelque bon livre, ils en faisaient tirer deux ou trois exemplaires pour eux, sur de beau et grand papier qu’ils faisaient faire

[III.016.002]
  1.  P. L. Jacob (Paul Lacroix), Mélanges bibliographiques, page 5.  ↩
  2.  Mélanges d’histoire et de littérature, t. I, pp. 26-27. (Paris, Prudhomme, 1725 ; 5 vol. in-12.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 308-324

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 308.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 308 [324]. Source : Internet Archive.

« les enveloppes royales qui déshonorent ces matériaux immortels », dût cette opération coûter quatre millions. « Nous n’en sommes pas à quatre millions près, quand il s’agit d’une opération publique, vraiment républicaine, et qui intéresse l’honneur national[308.1]. »

La Convention, grâce en partie à Marie-Joseph Chénier, repoussa cette barbare et stupide proposition.

Mais un autre écrivain du même temps, ce paradoxal et ce fou de Sébastien Mercier (1740-1814)[308.2], — qui déclarait que le cri de la grenouille est des plus agréables à entendre, et que le prétendu chant du rossignol est horripilant ; que c’est le soleil qui tourne autour de la terre ; etc.[308.3], — Mercier n’avait pas attendu l’avènement de la Révolution pour réclamer la suppression des bibliothèques publiques.

« Ce monument du génie et de la sottise,

[II.324.308]
  1.  Ap. Eugène Despois, le Vandalisme révolutionnaire, p. 221. Voir particulièrement, dans cet ouvrage, sur le sujet qui nous occupe, les chapitres xv et xvi, Rapports de Grégoire sur le vandalisme et Bibliothèques ↩
  2.  « Fou furieux », dit le bibliophile Jacob (l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 février 1877, col. 75) ; mais qui ne manque pas de talent, et dont les écrits sont d’une originalité parfois pleine d’intérêt.  ↩
  3.  Cf. Larousse, op. cit. « Ce bizarre Mercier…, qui s’intitulait lui-même le premier livrier de France », est un de ces excentriques qualifiés qui frisent le génie et qui le manquent…. Il ne pouvait souffrir un livre relié, et, dès qu’il en tenait un, il lui cassait le dos. (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. X, p. 84.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 294-310

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 294.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 294 [310]. Source : Internet Archive.

M. B.-H. Gausseron déclare de même, dans son intéressant petit volume Bouqui­niana[294.1], que « les livres, jusque dans la maison du bibliophile, ont un implacable ennemi, c’est la femme…. La femme, l’ennemie-née du bibliophile. »

« L’amour des livres, c’est une marque de délicatesse, mais c’est une délicatesse d’homme : les femmes, pour la plupart, ne le comprennent pas, écrit M. Porel[294.2]. Pour les ouvrages du xviiie siècle, qu’elles veulent acquérir maintenant parce qu’ils sont à la mode, elles ont été depuis longtemps particulièrement malfaisantes. »

Et le maître bibliophile Jacob, si expert en ces matières, et d’habitude cependant si courtois et indulgent, atteste à son tour, et nettement et formellement, que « les femmes n’aiment pas les livres et n’y entendent rien : elles font, à elles seules, l’enfer des bibliophiles :

[II.310.294]
  1.  Bouquiniana, notes et notules d’un bibliophile, pp. 36 et 94. — ouvrage destiné à « tous les amants du livre, curieux des opinions et des impressions de ceux qui l’ont aimé avant eux » (p. 6), où l’auteur a réuni, comme nous l’avons fait dans notre tome I et comme nous le faisons ici encore, un grand nombre de maximes et pensées sur les livres et la lecture. M. Gausseron a glané de préférence parmi les écrivains anglais.  ↩
  2.  Préface du catalogue de sa bibliothèque, journal le Temps, 25 février 1901.  ↩

Le Livre, tome II, p. 286-302

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 286.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 286 [302]. Source : Internet Archive.

d’un chapitre, lui avait fourni, pendant plusieurs années, des cahiers de fort beaux manuscrits grand in-folio, dont il s’était servi pour faire des bandes et prendre la mesure des habits qu’il faisait. Il en montra quelques restes, où il était encore facile de se rendre compte que c’étaient des manuscrits du xiie siècle[286.1]. »

La cordonnerie pour dames accomplit, pendant plus de vingt-cinq ans, au dire du bibliophile Jacob[286.2], « une effroyable hécatombe de livres anciens ». Voici comment :

« Le quartier qui forme le talon de la chaussure a besoin d’être fortifié par une doublure en cuir plus mince et plus rigide que celui de l’empeigne ; mais le pied délicat des femmes ne s’accommode pas de ce quartier dur et solide[286.3], qui soutient le quartier d’un soulier d’homme. Les cordonniers avaient donc imaginé de doubler le quartier des chaussures de dames avec de la peau de veau ou de mouton déjà assouplie, qu’ils empruntaient à la reliure des vieux livres. On voit d’ici l’objet principal du travail de l’équarrisseur de vieux livres. Les peaux de veau ou

[II.302.286]
  1.  Abbé Lebeuf, ap. Édouard Rouveyre, op. cit., 5e edit., t. VIII, p. 86.  ↩
  2.  Le commerce des livres anciens, dans les Miscellanées bibliographiques, publiées par Édouard Rouveyre et Octave Uzanne, t. II, pp. 75-76.  ↩
  3.  Il faudrait plutôt, il me semble : de cette doublure en cuir dur et solide, qui soutient le quartier, etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 285-301

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 285.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 285 [301]. Source : Internet Archive.

pas été la proie des épiciers du barbare moyen âge ?

« L’épicier du xixe siècle a déclaré une guerre à mort aux parchemins, sans doute en haine de la noblesse. L’âge d’or de l’épicerie date de la Révolution française, car la docte congrégation de Saint-Maur et la confrérie des épiciers ne pouvant subsister ensemble, l’une a tué l’autre.

Ah ! doit-on hériter de ceux qu’on assassine !

Le bénédictin faisait des livres, maintenant l’épicier en défait[285.1]. »

Les tailleurs et les cordonniers ont été aussi de terribles « équarrisseurs de livres ». L’abbé Lebeuf, l’historien du diocèse de Paris, nous conte que M. Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, sortant, après cinq ans de captivité, du donjon de Vincennes, où Richelieu l’avait fait enfermer pour cause de jansénisme, entra chez un tailleur et se fit prendre mesure d’un habit. Là, « il s’aperçut que le misérable artisan avait découpé les bandes sacrilèges, servant à prendre les mesures, dans les Œuvres de saint Augustin en grand papier, que le cardinal de Richelieu avait fait saisir dans la prison de son inflexible ennemi[285.2] ».

Un tailleur d’habits, de la même époque sans doute, « racontait qu’un archiviste, ou garde-titre

[II.301.285]
  1.  P. L. Jacob, les Amateurs de vieux livres, p. 40. (Paris, Rouveyre, 1880.)  ↩
  2.  Ap. Édouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, 5e édit., t. VIII, p. 86.  ↩

Le Livre, tome II, p. 152-168

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 152.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 152 [168]. Source : Internet Archive.

et hautes considérations formulées à leur sujet par trois éminents bibliographes du siècle dernier, Hippolyte Rigault (1821-1858), Édouard Laboulaye (1811-1883) et le bibliophile Jacob (Paul Lacroix, 1807-1884) :

« Quoi de plus désirable que la passion des vieux livres ? dit Hippolyte Rigault[152.1]. Non des rares et des coûteux : celle-là, c’est le privilège des riches et des enrichis ; encore n’est-elle souvent qu’une passion factice et toute de vanité, une manière de donner à des millions un air intellectuel, chez les faux bibliophiles…. L’amour des vieux livres, humbles, mal reliés, qu’on achète pour peu de chose et qu’on revendrait pour rien, voilà la vraie passion, sincère, sans artifice, où n’entrent ni le calcul, ni l’affectation. C’est un bon sentiment que ce culte de l’esprit et ce respect touchant pour les monuments les plus délabrés de la pensée humaine ; c’est un bon sentiment que cette vénération pour ces livres d’autrefois qui ont connu nos pères, qui ont peut-être été leurs amis, leurs confidents. Voilà les sentiments qu’éveille dans le cœur l’amour des vieux volumes : aimable passion qui est plus qu’un plaisir, qui est presque une vertu…. On compte ses prisonniers avec un air vainqueur ; on les range un par un sur

[II.168.152]
  1.  Ap. Mouravit, op. cit., pp. 170-172.  ↩

Le Livre, tome II, p. 086-102

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086 [102]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087 [103]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089 [105]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091 [107]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092 [108]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093 [109]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.

IV. Dénombrement des livres.
— Beaucoup de livres ou peu ?
— Choix des livres
— Lire beaucoup ou beaucoup relire ?
— Relectures

Nous avons vu[086.1] que Sénèque et Pline le Jeune sont d’avis que « la multitude des livres dissipe l’esprit », et que « beaucoup relire vaut mieux que lire beaucoup de choses » : Multum legendum esse, non multa.

C’est aussi l’opinion de l’Ecclésiaste[086.2] : « Il n’y a

[II.102.086]
  1.  Tome I, pages 17 et 19.  ↩
  2.  Chap. xii, verset 12. Voici, comme simple curiosité, quelques « dénombrements des livres existants ». Le premier, publié en 1823, est dû à l’ingénieux et érudit Gabriel Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, pp. 2-4, note). « Le curieux…. qui s’était occupé à chercher ce que nous appelions la pierre philosophale, c’est-à-dire le nombre approximatif des livres qui ont été mis sous presse depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à 1817, a revu ses calculs et les a continués jusqu’à 1822…. Voici l’exposé sommaire de son travail, qui nous parait plus curieux qu’utile. Il a d’abord puisé dans Maittaire, Panzer et les autres auteurs qui ont travaillé sur les éditions du xve siècle, et y a trouvé un aperçu de 42 000 ouvrages imprimés de 1436, ou plutôt 1450 [date plus probable de l’invention de l’imprimerie], à 1536. Voilà pour le premier siècle. Passant ensuite au dernier siècle (de 1736 à 1822), qui doit lui servir de base pour les calculs des deux siècles intermédiaires, et se servant des renseignements que lui ont fournis, sur le nombre de tous les ouvrages publiés dans ce dernier siècle, les journaux littéraires, les grands catalogues de librairie, ceux des foires d’Allemagne, l’excellente Bibliographie de la France, etc., etc., il a calculé par approximation que, depuis quatre-vingt-six ans, c’est-à-dire depuis 1736, on a pu imprimer en totalité environ 1 839 960 ouvrages : voilà pour le dernier siècle. Restent les deux siècles intermédiaires qui vont de 1536 à 1736. Ici les données étaient plus incertaines ; aussi notre calculateur a établi des proportions progressives de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premières bases les produits du premier et du dernier siècle, et pour secondes bases les événements civils, politiques et religieux qui ont pu, de temps en temps, donner plus d’activité à la presse, comme nous l’éprouvons en France depuis plusieurs années ; de sorte qu’il a trouvé, pour le second siècle, 575 000 ouvrages ; et, pour le troisième, 1 225 000. Ainsi les quatre siècles typographiques donnent le résultat suivant :
    1er siècle, de 1436 [1450] à 1536………42 000 ouvrages
    2e siècle, de 1536 à 1636………575 000 ouvrages
    3e siècle, de 1636 à 1736………1 225 000 ouvrages
    4e siècle, de 1736 à 1822 (incomplet)………1 839 960 ouvrages
    Total………3 681 960 ouvrages

     « Voilà donc, pour les quatre siècles, un total de 3 681 960 ouvrages imprimés dans les différentes parties du monde. Notre amateur suppose que chaque ouvrage, terme moyen, peut être évalué à trois volumes, ce qui nous parait un peu trop fort ; et il porte le tirage aussi, terme moyen, à 300 exemplaires pour chacun. Il en résulterait qu’il serait sorti de toutes les presses du monde jusqu’à ce jour environ 3 313 764 000 volumes ; mais, selon lui, les deux tiers au moins de cette masse énorme ont été détruits, soit par d’un usage journalier, soit par des accidents, soit par l’impitoyable couteau de l’épicier ou de la beurrière, qui, semblable au glaive d’Hérode, s’abat chaque jour sur tant d’innocents. Il ne nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans toutes les bibliothèques publiques et particulières du monde, que 1 104 588 000 volumes. Notre calculateur ajoute que si tous ces volumes, auxquels il donne, terme moyen, un pouce d’épaisseur, étaient rangés les uns à côté des autres, comme dans un rayon de bibliothèque, ils formeraient une ligne de 15 341 500 toises [valeur de la toise : 1 mètre 949], ou de 7 670 lieues de poste. Nous ne présentons ces résultats, — ajoute Peignot, — que pour ce qu’ils valent, les considérant plutôt comme un jeu d’esprit que comme un calcul sérieux, puisqu’ils sont appuyés sur des bases extrêmement vagues, et que la vérification en est impossible. Ils nous paraissent un peu exagérés. Cependant, lorsque l’on considère qu’il a été imprimé plus de 36 000 000 d’exemplaires d’un seul ouvrage, la Bible, et plus de 6 000 000 d’un autre ouvrage, l’Imitation de Jésus-Christ ; que la seule Société biblique britannique, de 1804 à 1820, a distribué à ses frais 2 617 268 Bibles ou Nouveaux Testaments ; que la Société biblique russe en a fait imprimer en seize langues différentes, jusqu’en 1817 seulement, plus de 196 000 exemplaires ; que la Société biblique protestante de Paris en a aussi publié une grande quantité, il faut convenir que le nombre des livres en tous genres est d’une telle immensité, qu’il devient incalculable. On en sera encore plus convaincu quand on saura qu’il existe plus de 80 000 ouvrages sur la seule histoire de France ; le catalogue publié en 1768, 5 volumes in-folio, en renferme déjà près de 49 000. et il y en manque plus de 2 000. »

     Le savant Daunou (1761-1840) a effectué un calcul, calcul partiel, qui ne comprend que les livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’en l’an 1500. « Il résulte d’un travail très intéressant de M. Daunou, inséré dans le Bulletin du bibliophile de 1842, page 396, dit Ambroise Firmin-Didot (Essai sur la typographie, col. 713), sur le nombre et la nature des ouvrages publiés dans le xve siècle, qu’on peut évaluer le nombre des éditions à 13 000, qui, à raison de 300 exemplaires par édition, donneraient environ 4 000 000 de volumes [3 900 000] répandus en Europe en 1501, sur lesquels Daunou estime que les ouvrages de scolastique et de religion forment au moins les six septièmes, et les ouvrages de littérature ancienne et moderne et de sciences diverses un septième. » — Un autre calcul, appliqué à la même période de temps, au xve siècle, et dû au bibliographe Petit-Radel (1756-1836), fournit un total sensiblement plus élevé et certainement exagéré : 5 153 000 volumes. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 100.)

     De son côté, Charles Nodier (1780-1844) a failles remarques suivantes (Mélanges de littérature et de critique, ap. Fertiault, op. cit., p. 350) : « On a calculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l’imprimerie a produits depuis son invention s’élèverait à 3 277 764 000 volumes [ou plutôt 3  313 764 000 ; cf. supra, p. 87], en admettant que chaque ouvrage a été tiré à 300 exemplaires…. D’après cette hypothèse, [en supposant que tous les exemplaires existent : tout à l’heure, dans le calcul de Peignot, nous n’en avions que le tiers, — deux tiers étaient supposés détruits] et en donnant à chaque volume un pouce d’épaisseur seulement, il faudrait, pour les ranger côte à côte sur la même ligne, un espace de 18 207 lieues, qui fait un peu plus du double de la circonférence de la terre…. Mais comme on n’a ordinairement qu’un exemplaire d’un livre, ce qui réduit cette appréciation à la 300e partie, il est probable qu’on pourrait ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siècles sur un rayon de 61 lieues de longueur ; ou, ce qui serait plus facile, plus commode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté…. »

     Un autre « dénombrement » a été effectué plus récemment par un bibliographe américain anonyme. Voici ces calculs, empruntés au Mémorial de la librairie française, 19 février 1903, page 101 : « Un Américain… détaille comme suit les volumes existant dans les États-Unis : 420 000 000 dans les familles ; 150 000 000 chez les savants, écrivains, inventeurs ; 60 000 000 chez les éditeurs et libraires ; 50 000 000 dans les bibliothèques publiques ; 12 000 000 dans les bibliothèques des lycées et collèges ; 8 000 000 chez les étudiants.

     « Pour les autres pays, le Yankee calcule d’après les mêmes proportions, et il obtient : 1 800 000 000 pour l’Europe occidentale ; 460 000 000 pour l’Europe orientale ; 240 000 000 pour le reste du monde. Ce qui forme un total de 3 200 000 000 de volumes répartis sur toute la surface du globe terrestre.

     « Mais, tandis que le statisticien opiniâtre amasse ses données et additionne ses chiffres, d’autres livres paraissent. Par an, l’Allemagne publie 25 000 livres nouveaux [ou 25 000 seulement] ; la France, 13 000 ; l’Italie, 10 000 ; [les États-Unis, 8 300 : Mémorial de la librairie française, 18 mai 1905, p. 270] ; l’Angleterre, 7 000. Il faut joindre à cela la production annuelle des autres pays, et l’on a un total de 75 000 livres nouveaux par an dans le monde entier. Si l’on suppose que chacun de ces ouvrages est tiré en moyenne à 1 000 exemplaires, la provision mondiale de volumes s’accroît donc annuellement de 75 000 000 d’unités. »

     Quant à la richesse des grandes bibliothèques publiques des divers pays, au nombre de volumes qu’elles renferment, voici les chiffres que je puise principalement, pour la France, dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France publié sous la direction de M. Paul Joanne, et, pour les autres pays, dans le précieux annuaire Minerva, Jahrbuch der gelehrten Welt, 1903-1904.

     France. Paris : Bibliothèque Nationale, la plus riche de toutes les collections existantes, et celle qui contient le plus de livres rares : environ 3 000 000 de volumes (3 500 000, dit le Nouveau Larousse illustré) ; les rayons sur lesquels ces livres sont rangés « formeraient, mis bout à bout, une longueur de 60 kilomètres » ; près de 300 000 cartes géographiques, et plus de 100 000 manuscrits (Minerva). (Sur les origines de la Bibliothèque Nationale, voir notre tome I, pages 103-108, et l’Index alphabétique.) Bibliothèque de l’Arsenal : 250 000 vol., 8 000 mss (Minerva dit : 454 000 vol., 9 654 mss). Bibliothèque Mazarine : 250 000 vol. (Minerna : 300 000 vol.); 4 500 mss (chiffre officiel). Bibliothèque Sainte-Geneviève : 200 000 vol., 4 000 mss. Bibliothèque de la Sorbonne ou de l’Université : 125 000 vol. et quelques manuscrits. — Besançon : 130 000 vol. (Minerva : 100 000 vol., 2 200 mss). — Bordeaux : 170 000 (200 000) vol., 1 500 mss (cf. Joanne, op. cit., t. I, pp. 504 et 508). — Douai : 80 000 vol. — Grenoble : 400 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 172 000 vol., 2 090 mss). — Lille : 75 000 vol., 800 mss (Minerva : 100 000 vol., 1 432 mss, et Bibliothèque de l’Université : 194 000 vol. ; le Guide Joanne, le Nord (1902), page 228, donne aussi, pour la Bibliothèque municipale de Lille, 100 000 vol. et 900 mss). — Lyon : 130 000 vol., 2 400 mss (Minerva : 250 000 vol.). — Marseille : 90 000 vol., 1 350 mss (Minerva : 112 000 vol., 1 689 mss). — Montpellier : 130 000 vol. — Nancy : 88 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 118 596 vol., 1 471 mss) ; Bibliothèque de l’Université : 37 000 vol. (Minerva : 141 270 vol.). — Rouen : 135 000 vol., 3 800 mss. — Toulouse : 100 000 vol. (Minerva : 200 000 vol., 1 000 mss). — Troyes : 80 000 vol., 2 700 mss (Minerva : 125 000 vol., 6 000 mss). — Versailles : 150 000 vol.

     Allemagne. Berlin : 1 228 000 vol., 33 000 mss. — Augsbourg : 200 000 vol., 2 000 mss. — Bamberg : plus de 300 000 vol., 4 500 mss. — Bonn, Bibliothèque de l’Université : 301 500 vol., 1 452 mss. — Breslau : 312 000 vol., 3 700 mss. — Cassel, Bibliothèque nationale (Landesbibliothek) : 191 500 vol., 700 mss ; Bibliothèque municipale (der Stadt) : 124 000 vol., 5 711 mss. — Cologne : 180 000 vol. — Dresde : 468 000 vol., 6 000 mss. — Francfort-sur-Mein : 298 000 vol. — Gœttingue, Bibliothèque de l’Université : 518 000 vol., 6 369 mss. — Gotha : plus de 180 000 vol., environ 7 000 mss. — Halle, Bibliothèque de l’Université : 216 000 vol., 938 mss. — Hambourg : 341 000 vol., 7 000 mss. — Heidelberg, Bibliothèque de l’Université dite la Palatine, fondée en 1390 : 400 000 vol., 4 000 mss et 3 000 papyrus. (Sur la Bibliothèque Palatine, voir infra, chap. xii, p. 274.) — Iéna. Bibliothèque de l’Université : plus de 200 000 vol., 900 mss. — Koenigsberg, Bibliothèque de l’Université : 262 000 vol., 1 500 mss. — Mayence : 200 000 vol., 1 100 mss. — Munich : 1 000 000 de vol., 40 000 mss. — Strasbourg : 114 500 vol., 783 mss ; Bibliothèque de l’Université : 843 000 vol. — Stuttgart : 500 000 vol., 5 000 mss. — Tubingen, Bibliothèque de l’Université : 420 000 vol., 3 800 mss.

     Angleterre. Londres, British Museum : 2 000 000 de vol. (Mémorial de la librairie française, 10 février 1903, page 101), — Oxford, la célèbre Bodléienne (de Thomas Bodley, son fondateur, mort en 1612) : 500 000 vol., 30 000 mss.

     Autriche. Vienne : 900 000 vol., 24 000 mss. — Budapesth, Bibliothèque de l’Université : 242 000 vol., 2 048 mss. — Cracovie, Bibliothèque de l’Université : 366 000 vol., 6 215 mss. — Lemberg (Léopol ou Lwów), Bibliothèque de l’Université : 177 000 vol.; Institut national Ossolinski : 113 000 vol., 4 505 mss. — Prague, Bibliothèque de l’Université : 307 000 vol., 3 312 mss.

     Belgique. Bruxelles : 500 000 vol., 27 000 mss.

     Danemark. Copenhague : 600 000 vol., 20 000 mss.

     Espagne. Madrid : 600 000 vol., 30 000 mss. — Escurial : environ 30 000 vol., 4 627 mss.

     Hollande. La Haye : 115 000 vol. — Leyde, Bibliothèque de l’Université : 190 000 vol., 6 400 mss.

     Italie. Rome, Bibliothèque Angélique (fondée par l’érudit Angelo Rocca vers 1614) : environ 80 000 vol., 2 326 mss ; Bibliothèque Barberini (la Barberiniana) : 60 000 vol., 10 000 mss ; Bibliothèque Casanatense (du nom du cardinal napolitain Casanate), dite aussi Bibliothèque de la Minerve : 114 856 vol., 5 431 mss ; Bibliothèque de l’Université, dite aussi Bibliothèque Alexandrine ou de la Sapienza : 110 000 vol., 312 mss ; Bibliothèque Vaticane : 24 000 mss (dont 5 000 grecs, 16 000 latins et 3 000 orientaux) ; Bibliothèque nationale centrale Victor-Emmanuel : 350 000 vol., 6 200 mss. — Ferrare : 91 000 vol., environ 2 000 mss. — Florence, Bibliothèque royale nationale (la Magliabecchiana, du savant Magliabecchi, mort en 1714, dont nous parlerons plus loin) : 496 000 vol., 18 731 mss ; Bibliothèque Mediceo-Laurenziana (la Laurentienne, fondée en 1444 par Cosme de Médicis ; « fondée en l’église de Saint-Laurent par le pape Clément VII » [Jules de Médicis, ….-1534], dit Diderot (Encyclopédie, art. Bibliothèque : Œuvres complètes, t. XIII, p. 457) ; elle passa longtemps pour la plus riche bibliothèque de l’Europe) : 10 801 vol., 9 676 mss ; Bibliothèque Maracelliana (fondée par l’abbé Marucelli, mort en 1713) : 150 000 vol., 1 500 mss ; Bibliothèque Ricciadiana (fondée en 1600 par la famille Riccardi) : 33 500 vol., 3 905 mss. — Milan, Bibliothèque nationale (la Brera) : 231 000 vol., 1 684 mss ; Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise, fondée vers 1608, par le cardinal Borromée) : 200 000 vol., 8 300 mss. — Naples, Bibliothèque nationale dite Borbonica (fondée en 1734, et ouverte au public en 1804, par Ferdinand IV de Bourbon) : 380 000 vol., 7 874 mss. Il existe à la Borbonica « une salle spéciale pour les aveugles, très nombreux à Naples, et à qui l’on fait la lecture moyennant une légère rétribution ». (Larousse, op. cit., art. Bibliothèque, t. II, p. 697, col. 4.) — Padoue, Bibliothèque de l’Université : 148 000 vol., 2 326 mss. — Palerme, Bibliothèque nationale : 160 000 vol., 1 532 mss ; Bibliothèque communale : 216 000 vol., 3 263 mss. — Turin, Bibliothèque nationale (précédemment Bibliothèque de l’Université) : 300 000 vol., 4 146 mss (antérieurement à l’incendie du 26 janvier 1904). — Venise, Bibliothèque Saint-Marc (la Marciana, commencée par Pétrarque, mais réellement fondée par le cardinal Bessarion, en 1468) : 405 000 vol., 12 000 mss.

     Portugal. Lisbonne : 400 000 vol., 15 000 mss.

     Russie. Saint-Pétersbourg   1 500 000 vol., 33 347 mss. — Moscou, Bibliothèque de l’Université : 282 000 vol. — Varsovie, Bibliothèque de l’Université : 526 000 vol., 1 384 mss.

     Suède et Norvège. Christiania, Bibliothèque de l’Université : 403 000 vol. — Stockholm, Bibliothèque royale : 315 000 vol., 10 435 mss. — Upsal, Bibliothèque de l’Université : 315 654 vol.

     Suisse. Bâle : 250 000 vol., 1 500 mss. — Genève : 150 000 vol., 1 500 mss. — Zurich : 170 000 vol., 4 500 mss.

     Amérique du Nord. États-Unis. Boston : 850 000 vol. — Chicago, Bibliothèque publique : 300 000 vol. ; Bibliothèque de l’Université : 367 000 vol. — New-York, Bibliothèque de l’Université : 362 000 vol. — Philadelphie. Bibliothèque de l’Université : 224 000 vol. — Washington, Bibliothèque du Congrès : 1 195 535 vol., 103 115 mss (1 800 000 mss, dit le Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, septembre 1905, p. 169).

     Amérique du Sud. Buenos-Ayres : 97 000 vol. — Montevideo : 40 000 vol., 1 580 mss. — Rio-de-Janeiro : 266 000 vol. — Santiago de Chili : 112 000 vol., 7 000 mss.

     Certains bibliographes et théologiens d’autrefois, comme le Père Kircher (Athanase Kircher, célèbre jésuite allemand : 1602-1680), ont cru qu’il existait en Éthiopie, au monastère de la Sainte-Croix, une bibliothèque merveilleuse contenant dix millions cent mille volumes, tous sur parchemin. Voici ce qu’écrivent à ce sujet Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, pp. 141-142 (Paris, Estienne Michallet, 1680) ; Diderot, dans l’Encyclopédie, art. Bibliothèque (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 451-452 ; Paris, Garnier, 1876) ; d’autres encore : « Tout cela n’est rien en comparaison de la bibliothèque qu’on dit être dans le monastère de la Sainte-Croix, sur le mont Amara, en Éthiopie. L’histoire rapporte qu’Antoine Brieus et Laurent de Crémone furent envoyés dans ce pays par Grégoire XIII pour voir cette fameuse bibliothèque, qui est divisée en trois parties, et contient en tout dix millions cent mille volumes, tous écrits sur de beau parchemin, et gardés dans des étuis de soie. On ajoute que cette bibliothèque doit son origine à la reine de Saba, qui, lorsqu’elle visita Salomon, reçut de lui un grand nombre de livres, particulièrement ceux d’Énoch sur les éléments et sur d’autres sujets philosophiques, avec ceux de Noé sur des sujets de mathématiques et sur le rit sacré ; et ceux qu’Abraham composa dans la vallée de Mambré…. On y trouve aussi les livres de Job, ceux d’Esdras, des sibylles, des prophètes, etc. Nous rapportons ces opinions, moins pour les adopter que pour montrer que de très habiles gens y ont donné leur créance, tels que le Père Kircher, jésuite. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 176-200

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 176.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 176 [200]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177 [201]. Source : Internet Archive.

V. Époque contemporaine

Un des hommes de notre temps qui ont le mieux connu les livres, qui en ont le mieux parlé, et ont le plus fait pour en répandre la connaissance et l’amour, c’est Gabriel Peignot (1767-1849) : son érudition, son jugement, son goût, sa méthode et sa puissance de travail, son ordre, sa clarté, toutes ses excellentes qualités sont aujourd’hui unanimement consta­tées[176.1].

[I.200.176]
  1.  Il n’en a pas toujours été ainsi. Voir, dans le Manuel du libraire de J.-C. Brunet, l’article Peignot : « Les productions bibliographiques de Peignot, quoiqu’elles soient un peu trop superficielles…. Au reste, toujours modeste dans ses écrits (conclut néanmoins Brunet), toujours rempli d’indulgence pour ceux des autres, cet estimable homme de lettres a dû rencontrer plus d’amis que de censeurs ; et d’ailleurs, il est juste de le reconnaître, ses ouvrages ont beaucoup servi à populariser la bibliographie. » Voir aussi l’article Peignot dans la Biographie universelle de Michaud : « On pourrait désirer aussi que Peignot eût souvent été plus sévère dans le choix de ses matériaux…. Du reste, la bonne foi et l’absence de prétention sont chez lui des qualités incontestables et précieuses. » « M. Peignot, l’un des plus savants et laborieux bibliographes de ce siècle. » (Quérard, la France littéraire, t. VII, p. 10.) « M. Peignot est un des savants qui ont le mieux mérité de la science bibliographique. » (Renouard, Catalogue d’un amateur, t. IV, p. 214.) « Ce judicieux Traité du choix des livres, de Peignot… ouvrage qui devrait être connu de tous ceux qui se vouent à la culture intellectuelle…. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 109.) « Peignot a été le bibliographe le plus savant de ce siècle. Son érudition était immense. (Larousse, Grand Dictionnaire.) Etc. — On trouve dans les Curiosités de l’histoire des arts de P. L. Jacob, Notice sur le parchemin et le papier, p. 1 (Paris, Delahays, 1858), une note singulière, et que je signale ici, en raison même de cette étrangeté : « Nous n’hésitons pas, dit le bibliophile Jacob, à réimprimer sous notre nom quelques pages que nous avons publiées dans un grand ouvrage collectif [les Beautés du moyen âge et de la Renaissance (mœurs et arts), par MM. Émile Bégin, Champollion-Figeac, Depping, etc. (Parchemin, Papier), sans pagination ; Paris, à l’Administration du moyen âge et de la Renaissance, 5, rue du Pont-de-Lodi, s. d.] sous le nom du savant Gabriel Peignot, avec son autorisation formelle, en nous aidant de ses ouvrages, il est vrai, et en leur empruntant des passages textuels. Ç’a été de la part de l’illustre bibliographe une marque d’estime et de confiance que de nous permettre de lui attribuer un travail qu’il n’avait pas même revu ; nous ne croyons pas devoir plus longtemps lui laisser, après sa mort, la responsabilité de notre œuvre. » Tout ce que l’on peut dire, en réponse à cette réclamation en reprise de possession, c’est : 1º qu’il est regrettable qu’elle ne se soit pas formulée du vivant de « l’illustre bibliographe » co-intéressé ; 2º que de telles substitutions, fraudes et manigances n’étaient nullement dans les habitudes de l’honnête, laborieux et scrupuleux Peignot.  ↩

Le Livre, tome I, p. 109-133

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 109.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 109 [133]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110 [134]. Source : Internet Archive.

III. Depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’à l’avènement de Louis XIV

L’invention de l’imprimerie, cette invention « qui semble être plus divine qu’hu­maine[109.1] », est, comme l’atteste Victor Hugo[109.2], « le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle est volatile, insaisissable, indestructible. » « Le monde, ce jour-là, entra dans l’infini, » constate, à son tour, l’historien Michelet[109.3] ».

[I.133.109]
  1.  Louis XII, Déclaration du 9 avril 1513 concernant les libraires de Paris, ap. Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 124.  ↩
  2.  Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii (t. I, p. 216. Paris, Hachette, 1858).  ↩
  3.  Histoire de France, livre XII, chap. iv (t. VII, p. 175. Paris, Marpon et Flammarion, 1879). Michelet fait cette très juste remarque, que je signale en passant : « Des deux découvertes (la mobilité des caractères et la fonte), la première était une chose naturelle, nécessaire, amenée par un progrès invincible…. La grande invention, c’est la fonte ; là fut le génie, la révolution féconde. » « Il est assez surprenant, dit, de son côté, Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, p. xxxvi), que les anciens n’aient pas connu l’imprimerie, eux qui l’ont presque touchée au doigt ; car ils avaient des caractères alphabétiques en relief, fondus soit en fer, soit en airain, dont ils se servaient pour marquer des vases en terre et autres ustensiles. Il existe au Muséum de Portici » — c’est-à-dire sans doute aujourd’hui au Musée de Naples — « une boîte remplie de ces sortes de caractères anciens, trouvés à Herculanum. Comment, avec de telles données, n’a-t-on pas eu l’idée de la possibilité d’imprimer ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 045-069

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45 [069]. Source : Internet Archive.

quait[045.1]. Ce mode de fabrication paraît avoir été identique en Grèce et dans le monde romain ; le livre, à Athènes comme à Rome, se composait originairement d’une longue bande de papyrus roulée sur elle-même, nommée en latin volumen, rouleau (au pluriel

[I.069.045]
  1.  Pour l’étude du livre dans l’antiquité, j’ai eu recours d’abord à l’excellent ouvrage de H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, particulièrement chez les Romains, (Paris, Techener, 1840 ; in-8, 232 p.), qui est si abondamment documenté, si soigneusement et consciencieusement fait : on peut dire que l’auteur (mort en 1844, à 32 ans) a passé en revue tous les écrivains latins et grecs, et a butiné tout ce qui se rapporte à la question du livre chez les anciens ; si bien que son « Essai », quoique datant de plus d’un demi-siècle, reste encore et sans conteste le meilleur travail qu’on ait publié sur cette question. J’ai mis aussi à contribution Gabriel Peignot, Essai historique et archéologique sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens (Dijon, Lagier, et Paris, Renouard, 1834) ; puis Lalanne Ludovic, Curiosités bibliographiques (Paris, Delahays, 1857), qui s’est, lui aussi, beaucoup servi de l’ouvrage de Géraud ; Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts… qui se rattachent à la typographie (Paris, Delahays. s. d.) ; Egger, Histoire du livre depuis ses origines jusqu’à nos jours (Paris, Hetzel, s. d.), et le Papier dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Hachette, 1867) ; Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la Miniature (chap. i et vii) (Paris, Quantin, s. d,) ; Delon, Histoire d’un livre, 6e édit. (Paris. Hachette, 1898) ; Dr James Gow, Minerva, Introduction à l’étude des classiques scolaires grecs et latins, édition française publiée par M. Salomon Reinach (Paris, Hachette, 1890), pp. 18-26, où la question du livre chez les anciens m’a paru bien résumée ; Anthony Rich, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, trad. Chéruel (Paris, Didot, 1873) ; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (Paris, Hachette; en cours de publication) ; etc.  ↩