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Le Livre, tome I, p. 180-204

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 180.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 180 [204]. Source : Internet Archive.

ans, des fonctions universitaires, en dernier lieu celles d’inspecteur d’Académie à Dijon, aux appointements annuels de 3000 francs ; après toute une vie de labeur opiniâtre et de services rendus à ses concitoyens, à l’enseignement et à la science, Peignot mourut pauvre, sans titres ni rubans, ce qui, selon la remarque de son bio­graphe[180.1], « est le meilleur éloge qu’on puisse faire » de ce modeste et savant, de cet excellent et heureux homme, de ce vrai sage.

J’ai déjà eu recours plus d’une fois, pour le présent travail, aux livres de Gabriel Peignot, et j’y puiserai encore. Je me bornerai ici, dans cette sorte de

[I.204.180]
  1.  J. Simonnet, op. cit., p. 63. Comme Gabriel Peignot, Ludovic Lalanne (1815-1898), un autre grand ami des livres, un autre érudit également aussi laborieux que modeste, l’auteur de l’excellent petit volume, Curiosités bibliographiques, que j’ai mis amplement déjà et mettrai encore à contribution, l’auteur des Curiosités littéraires, des Curiosités biographiques, Curiosités philologiques, Curiosités militaires, etc., du Dictionnaire historique de la France, etc., ne fut rien et ne voulut rien être — que bibliothécaire. Faisant allusion à sa haute taille et en même temps à ses invincibles scrupules et à sa dignité de caractère, il disait que, pour arriver, il fallait se résoudre « à passer sous des portes trop basses, et que cela le gênait de se courber ». (Renseignement personnel.) — Ajoutons que, vingt ans après la mort de Gabriel Peignot, c’est-à-dire en 1869, le Bibliophile Jacob, Gustave Brunet et Pierre Deschamps provoquèrent une souscription pour venir en aide à sa veuve et à ses enfants, qui se trouvaient dans la plus grande détresse. Précédemment deux souscriptions avaient été ouvertes de même en faveur d’un autre docte et infatigable bibliographe, « de Quérard, l’une pour le faire vivre, l’autre pour le faire enterrer ». (Firmin Maillard, les Passionnés du livre, p. 138.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 117-141

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 117.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 117 [141]. Source : Internet Archive.

de la Grèce ; car l’art typographique, comme toutes les choses à leur début, n’avait pas encore pris une grande extension ni poussé de telles racines, qu’il pût satisfaire les désirs ardents et vraiment royaux de ce roi, le plus excellent de tous…. J’y ai vu des auteurs grecs innombrables et des commentaires infinis sur presque tous les poètes, commentaires peu ou point connus des savants…. O cruauté des Turcs ! ô farouche folie des barbares ! ô extermination des belles-lettres !… Ainsi cette bibliothèque vraiment précieuse a péri d’une si misérable façon, que, toutes les fois que le souvenir me revient en mémoire (et il m’y revient souvent), je m’écrie avec Virgile :

…. Quis, talia fando…
Temperet a lacrymis[117.1] ? »

Machiavel (1469-1530) avait coutume, avant d’entreprendre sa lecture quotidienne de quelque chef-d’œuvre d’Athènes ou de Rome, de revêtir ses plus beaux habits, comme pour se rendre plus digne de cette haute fréquentation et, en même temps, faire honneur à cet hôte illustre. « … Le soir venu, je retourne chez moi, et j’entre dans mon cabinet : je me dépouille, sur la porte, de ces habits de paysan, couverts de poussière et de boue ; je me revêts d’habits de cour, ou de mon costume, et,

[I.141.117]
  1.  « Qui, à un tel récit, pourrait retenir ses larmes ? » (Virgile, Énéide, II, vers 6 et 8.) Ap. Lalanne, op. cit., p. 216.  ↩

Le Livre, tome I, p. 111-135

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111 [135]. Source : Internet Archive.

lettres, serait chose superflue. Il va de soi que la nouvelle découverte fit rapidement tomber le prix des livres, précédemment si élevé[111.1]. « Que d’actions de grâces ne vous rendra pas le monde littéraire et chrétien ! dit Jean-André, évêque d’Aléria[111.2], au pape Paul II (1418-1471), qui avait introduit l’imprimerie à Rome. N’est-ce pas une grande gloire pour Votre Sainteté d’avoir procuré aux plus pauvres la facilité de se former une bibliothèque à peu de frais, et d’acheter, pour vingt écus, des volumes corrects, qu’antérieurement on pouvait à peine obtenir pour cent écus, quoiqu’ils fussent remplis de fautes de copistes ? Maintenant on peut acheter un volume moins cher que ne coûtait autrefois sa reliure. »

Notons, en outre, que, durant ce même siècle, deux autres grands événements vinrent, comme l’imprimerie, modifier l’état des connaissances humaines et en provoquer l’accroissement : la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, qui fit refluer en Italie et dans tout l’Occident quantité de

[I.135.111]
  1.  « La découverte de l’imprimerie, qui popularisa le Livre, porta, par contre, un terrible coup à son luxe. Il lui fallut subir le sort de tout ce qui se démocratise ; il dut, pour pénétrer enfin chez le peuple, se faire plus humble d’apparence, plus simple d’habit. » Etc. (Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 41. Paris, Dentu, 1888. In-18.)  ↩
  2.  Dans la dédicace en tête de l’édition des Épitres de saint Jérôme, donnée à Rome en 1470 : ap. Petit-Radel, op. cit., pp. 219-220 ; et Lalanne, op. cit., p. 136.  ↩

Le Livre, tome I, p. 110-134

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 110 [134]. Source : Internet Archive.

La date de l’invention est incertaine : elle oscille entre 1440 et 1450 ; le nom de l’inventeur est mal connu : ce nom de Gutenberg est écrit tantôt Gudinberg, tantôt Gutenberger, tantôt Gudenburch, tantôt même on l’appelle Gens­fleisch[110.1]. On a même longtemps cru, et certains, paraît-il, estiment encore que Gutenberg ou Gensfleisch ou son associé Fust ou Faust ne sont que de perfides plagiaires, que le véritable inventeur est le Hollandais Laurent Coster (de Harlem)[110.2]. Rien, en un mot, de plus confus et de plus obscur que cette question des origines de l’imprimerie, qui a fait couler des tonnes d’encre.

Décrire l’impulsion donnée par ce nouveau mode de reproduction de la pensée à l’expansion du livre, à la diffusion et à l’amour de la science et des

[I.134.110]
  1.  Cf. Lalanne, op. cit., p. 64, note 1.  ↩
  2.  « Laurent Coster, né en 1370, avait soixante-dix ans en 1440, époque la plus éloignée qu’on puisse attribuer à la découverte de l’imprimerie, et cette année même est celle de la mort de Laurent Coster. » (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, p. 590.) « L’imprimerie était née…. Cela se passait entre l’an 1440 et l’an 1450 de notre ère. » (Egger, Histoire du livre, p. 119.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 103-127

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 103.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 103 [127]. Source : Internet Archive.

moines, voulant parfois gagner deux ou cinq sous, raclaient un cahier et en faisaient des petits psautiers, qu’ils vendaient aux enfants ; quant aux marges, ils en faisaient de petits livres qu’ils vendaient aux femmes. Maintenant donc, ô homme studieux ! conclut Benvenuto, casse-toi la tête pour faire des livres[103.1]. »

Suivant l’exemple de saint Louis, notre roi Charles V dit le Sage ou le Savant (1337-1380) forma une bibliothèque ou « librairie », mais avec l’intention qu’elle ne fût pas dispersée après sa mort, et pût servir à ses successeurs. Il donna l’ordre à son valet de chambre et bibliothécaire, Gilles Malet, de dresser le catalogue de cette collection, qui était installée dans une des tours du Louvre, — la Tour de la Librairie, — et y occupait trois étages. « Les croisées en étaient ornées de vitres peintes, défendues par des barreaux de fer et des grillages. Les lambris étaient de bois d’Irlande et le plafond en bois de cyprès. Une lampe d’argent suspendue et trente petits chandeliers y étaient disposés pour éclairer les lecteurs[103.2]. »

Gilles Malet, dans son catalogue, consacre à chaque salle un chapitre spécial. La « première chambre par bas » renfermait 274 manuscrits ; la « chambre du milieu », 255 ; et la « troisième cham-

[I.127.103]
  1.  Ap. Lalanne, op. cit., pp. 211-212.  ↩
  2.  Sauval, ap. Petit-Radel, op. cit., p. 133.  ↩

Le Livre, tome I, p. 101-125

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 101.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 101 [125]. Source : Internet Archive.

Pétrarque, qui a bien mérité le nom de Restaurateur des lettres[100.1], fit connaître Sophocle à l’Italie ; cita Aristophane plus directement qu’on ne l’avait fait avant lui ; découvrit, dans la bibliothèque du chapitre de Vérone, les Lettres familières de Cicéron[100.2] ; et, en donnant à la république de Venise plusieurs manuscrits, posa ainsi, comme il le dit lui-même, les premiers fondements de la bibliothèque de Saint-Marc. Oubliés dans une petite pièce voisine des quatre chevaux de bronze qui ornent la façade de Saint-Marc, ces manuscrits s’y détériorèrent, et aujourd’hui il n’en subsiste qu’un très petit nombre[100.3].

Un autre illustre écrivain du même temps, Jean Boccace (1313-1375), fut aussi un grand ami des livres, qui sentait saigner son cœur à la vue des mutilations et profanations dont ils étaient victimes. Voici en quels termes un de ses commentateurs, Benvenuto

[I.125.101]
  1.  Cf. Mézières, op. cit., p. 328.  ↩
  2.  On montre encore à la bibliothèque Laurentienne (à Florence) un manuscrit des Lettres de Cicéron, Ad familiares, copiées par Pétrarque, gros recueil à épaisse couverture de bois garnie de cuivres, qui faillit coûter cher à son maître. Afin d’avoir toujours auprès de lui ce manuscrit, dont il se servait très fréquemment, Pétrarque l’avait mis debout « contre la porte de sa bibliothèque. Mais, en passant par là et en pensant à autre chose, il renversa plusieurs fois le livre qui vint chaque fois le frapper à la jambe gauche et à la même place. Il en résulta une blessure qu’il négligea d’abord, qui le fit ensuite beaucoup souffrir, qui le retint au lit plusieurs jours, et qui le mit en danger de perdre la jambe ». (Mézières, op. cit., p. 339.)  ↩
  3.  Lalanne, op. cit., pp. 227 et 191.  ↩

Le Livre, tome I, p. 100-124

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 100.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 100 [124]. Source : Internet Archive.

touché de son état, lui rendit sa clef, et le poète recouvra aussitôt ses forces[100.1]. »

Pétrarque a non seulement composé différents opuscules relatifs à la bibliophilie, De l’abondance des livres, De la réputation des écri­vains[100.2], etc., remplis de sages conseils et aussi de fines et malicieuses remarques[100.3], il témoignait le plus grand zèle, une véritable passion, pour la découverte et l’exhumation des manuscrits. On voit, dans sa correspondance, qu’il les faisait rechercher en France, en Angleterre, en Italie et jusqu’en Grèce, et qu’il ne passait jamais à proximité d’un ancien monastère, sans se détourner pour en visiter la bibliothèque. « Vers la vingt-cinquième année de ma vie, raconte-t-il dans une de ses lettres[100.4], étant arrivé à Liège et ayant appris qu’il s’y trouvait bon nombre de livres, je m’y suis arrêté et j’y ai retenu mes compagnons jusqu’à ce que j’eusse copié moi-même une oraison de Cicéron, et fait transcrire une autre par un de mes amis ; je répandis ensuite ces ouvrages en Italie. »

[I.124.100]
  1.  Zimmermann, De la solitude, chap. vii, pp. 164-165, trad. Marmier. (Paris, Victor Masson, 1855.)  ↩
  2.  Ces deux petits livres font partie de son grand ouvrage philosophique De remediis utriusque fortunæ, et ont été traduits par Victor Develay. (Paris, Librairie des bibliophiles, 1883.)  ↩
  3.  Nous en citerons des extraits plus loin, dans le tome II, chap. iv, en parlant du « Choix des livres ».  ↩
  4.  Ap. Petit-Radel, op. cit., pp. 136-137 ; et Lalanne, op. cit., pp. 226-227.  ↩

Le Livre, tome I, p. 093-117

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94 [118]. Source : Internet Archive.

A desenor muert à bon droit
Qui n’aime livre ne ne croit.

« Celui-là meurt à bon droit déshonoré, qui n’aime livre ni ne croit. »

Durant la première moitié du xive siècle, fut composé un opuscule latin Philobiblion, Tractatus pulcherrimus de amore librorum[093.1], tout entier consacré à la louange du livre, et qu’on peut considérer comme le plus ancien ouvrage de bibliophilie que nous ait légué le moyen âge[093.2] Ce petit livre est d’une importance capitale dans le sujet qui nous occupe. L’auteur, Richard de Bury (1287-1345), avait été successivement évêque de Durham, grand chancelier et trésorier d’Angleterre, et il fut le fondateur de la bibliothèque d’Oxford, la seconde des bibliothèques ouvertes au public, la première étant, comme nous l’avons vu, celle du Vatican[093.3]. C’est peu de temps avant sa mort, survenue le 14 avril 1345, que Richard de Bury termina son Philobiblion, dont plusieurs copies ne tardèrent pas à se répandre, et qui fut imprimé pour la première fois en 1473[093.4]. « Les livres, écrit le judicieux évêque[093.5], ce sont des

[I.117.093]
  1.  Hippolyte Cocheris en a donné une excellente édition avec traduction (Paris, Aug. Aubry, 1856. In-16).  ↩
  2.  Cf. Lalanne, op. cit., p. 186.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 80.  ↩
  4.  Cf. Cocheris, op. cit., Introduction, pp. xv et xxii ↩
  5.  Philobiblion, chap. i, pp. 16-17 et 207 : « Hi sunt magistri, qui nos instruunt sine virgis et ferula, sine verbis et cholera, sine pannis et pecunia. Si accedis, non dormiunt ; si inquirens interrogas, non se abscondunt ; non remurmurant, si oberres ; cachinnos nesciunt, si ignores. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 090-114

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [114]. Source : Internet Archive.

confesseur Geoffroi de Beaulieu[090.1], — d’un grand soudan des Sarrasins, qui faisait soigneusement rechercher, transcrire à ses frais, et placer dans une bibliothèque les livres de toute espèce pouvant être utiles aux savants de son pays, et qui les mettait à leur disposition toutes les fois qu’ils en avaient besoin, le pieux roi résolut de faire copier à ses frais, dès qu’il serait de retour en France, tous les livres utiles et authentiques des saintes Écritures qu’il pourrait trouver dans les différentes abbayes, afin que lui et ceux de ses sujets qui étaient lettrés et religieux pussent y étudier, pour leur utilité particulière et pour l’édification de leur prochain. Ce qu’il avait résolu, il l’exécuta quand il fut de retour. Il fit, en effet, préparer un local convenable et sûr, à Paris, dans le trésor de sa chapelle, et y réunit de nombreux textes de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Grégoire et des autres docteurs orthodoxes. Il allait y étudier lui-même, quand il en avait le temps, et accordait volontiers aux autres la permission d’y étudier avec lui. Il aimait mieux faire copier les livres que de les acheter, parce que, disait-il, il augmentait ainsi le nombre des exemplaires des saintes Écritures, et les rendait plus utiles…. Quand il étudiait dans ses livres, et que quelques-uns de ses serviteurs qui n’étaient point lettrés se trouvaient présents, il leur traduisait

[I.114.090]
  1.  Ap. Lalanne, op. cit., pp. 160-161.  ↩

Le Livre, tome I, p. 087-111

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87 [111]. Source : Internet Archive.

Le théologien grec et patriarche de Constantinople Photius (815-891), dont l’ambition provoqua le schisme qui sépare l’Église grecque de l’Église romaine, était aussi un très fervent amateur de livres. Il possédait une riche bibliothèque, dont il avait dressé lui-même un catalogue contenant non seulement des analyses détaillées, mais des extraits de ses livres, catalogue d’autant plus précieux pour nous, que beaucoup de ces ouvrages, près de cinq cents, ont disparu, et ne nous sont aujourd’hui connus que par les appréciations et les citations de Photius[087.1].

Le savant moine d’Aurillac Gerbert, qui devint pape, en 999, sous le nom de Sylvestre II, avait réussi, à force de peines et de soins, à se former une nombreuse bibliothèque. Dans sa correspondance, depuis son avènement à la papauté, il est sans cesse question de livres et des sommes d’argent qu’il destine à rechercher et acquérir des manuscrits dans toute l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, et aussi des copies à faire et des corrections de textes à effectuer[087.2].

« Deux obstacles principaux empêchaient, à cette époque, au xe siècle, constate très justement Petit-Radel[087.3], les livres de devenir communs et d’accélé-

[I.111.087]
  1.  Egger, op. cit., pp. 270-271.  ↩
  2.  Lalanne, op. cit., p. 155 ; Petit-Radel, op. cit., p. 82.  ↩
  3.  Op. cit., p. 105.  ↩

Le Livre, tome I, p. 084-108

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84 [108]. Source : Internet Archive.

nistrées que celles de beaucoup de monastères, et les bibliothèques, réunies à leur intention, souvent mieux composées et plus riches[084.1]. »

Charlemagne (742-814), qui ne négligeait rien de ce qui concernait les livres, avait accordé à l’abbé de Saint-Bertin un diplôme l’autorisant à se procurer par la chasse les peaux nécessaires pour relier les volumes de son abbaye. Les soins qu’il prenait de sa propre bibliothèque sont consignés dans une lettre de Leidrard, qui nous apprend que cet empereur avait choisi le monastère de l’île Barbe, près de Lyon, pour y placer ses livres. Il avait aussi fondé une bibliothèque au monastère de Saint-Gall[084.2].

Éginhard (771-844), qui, en s’excusant « de présenter un livre au lecteur », a si modestement et gracieusement inscrit dans le « prologue » de sa Vie de l’empereur Charles, ce beau précepte de Cicéron : « Confier ses pensées à l’écriture sans être capable de les bien disposer, de les embellir ou d’y répandre un charme qui attire le lecteur, c’est abuser outre mesure de son loisir et des lettres[084.3], » — Éginhard nous donne d’intéressants détails sur les lectures de

[I.108.084]
  1.  La Grande Encyclopédie, art. Bibliothèque, p. 649.  ↩
  2.  Petit-Radel, op. cit., p. 59 ; Lalanne, op. cit., pp. 283 et 150.  ↩
  3.  « … Sed mandare quemquam literis cogitationes suas, qui eas nec disponere, nec illustrare possit, nec delectatione aliqua allicere lectorem ; hominis est, intemperanter abutentis otio et literis. » (Cicéron, Tusculanes, I, 3, Collect. Nisard, t. III, p. 622.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 082-106

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 82.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 82 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83 [107]. Source : Internet Archive.

obligé, l’ennemi déclaré et forcé, de l’antiquité grecque et latine. « Quelques conciles avaient défendu aux évêques de lire les livres des païens, et saint Grégoire reprit sévèrement Didier, évêque de Vienne, de ce qu’il enseignait la grammaire[082.1]. » Ce pape saint Grégoire, Grégoire le Grand, passe pour avoir livré aux flammes un grand nombre d’ouvrages anciens, Tite-Live, entre autres[082.2]. Au xiiie siècle encore, la règle des Dominicains s’opposait à ce qu’ils étudiassent les livres païens[082.3].

[I.106.082]
  1.  Abbé Fleury, Mœurs des chrétiens, IV, 4, p. 275. (Paris, Dezobry, 1853.)  ↩
  2.  Cf. Lalanne, op. cit., pp. 199-200. « Ajoutons, dit Lalanne en ce même endroit, que si ce pape n’a pas brûlé les auteurs de l’antiquité, on peut croire, d’après son mépris prononcé pour la littérature profane, qu’il était bien capable de le faire. » En effet, il se vantait « de ne pas éviter le désordre du barbarisme, de dédaigner d’observer les cas des prépositions ; car je regarderais comme une indignité de plier la parole divine sous les lois du grammairien Donat ». Apprenant que Didier, l’évêque de Vienne (Dauphiné), donnait des leçons de grammaire, il lui écrit : « On me rapporte une chose que je ne puis répéter sans honte ; on dit que Ta Fraternité explique la grammaire à quelques personnes. Nous sommes affligés… car les louanges de Jupiter ne peuvent tenir dans une seule et même bouche avec celles de Jésus-Christ. » (Cf. Demogeot, Histoire de la littérature française, p. 53 ; Bayle, Dictionnaire historique et critique, t. VII, pp. 225-226, Paris, Desoer, 1820 ; etc.) « II est rapporté dans la Vie de saint Jérôme qu’il fut battu de verges par un ange, qui lui reprochait, en le frappant, de lire avec plus d’ardeur Cicéron que l’Évangile. » (Lacordaire, ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 404.)  ↩
  3.  Cf. Cocheris, Introduction au Philobiblion, p. xliii : « Le règlement des Dominicains s’opposait à ce qu’ils étudiassent les livres païens : « In libris gentilium philosophorum non studeat, et si ad horam suscipiat seculares scientias, non addiscat, nec artes quas liberales vocant ». Cet article très explicite est suivi d’un autre, qui les invite à ne lire que les écrits théologiques : « sed tantum libros theologicos tam juvenes quam alii legant ». Etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 080-104

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 80 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 81 [105]. Source : Internet Archive.

affectée aux archives, affectation sanctionnée plus tard par le pape Grégoire le Grand (540-604). Cette bibliothèque de Saint-Jean-de-Latran, que le pape Nicolas V (1398-1455), passionné pour les lettres, fit transférer au Vatican et enrichit considérablement, est la plus ancienne des bibliothèques publiques de l’Europe moderne[080.1].

Néanmoins, durant ces premiers siècles du moyen âge, c’est surtout, c’est presque exclusivement dans les monastères que se réfugie l’amour des livres et de l’étude. Pas de couvent qui ne se piquât d’honneur d’avoir sa bibliothèque : « Monastère sans livres, place de guerre sans vivres, » disait un proverbe d’alors : Claustrum sine armario, quasi castrum sine armamentario[080.2]. La plupart des règles conven-

[I.104.080]
  1.  Cf. Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 148 et 190. La Grande Encyclopédie (art. Bibliothèque, p. 651) estime que « la première bibliothèque vraiment publique que l’Europe ait connue est la bibliothèque Ambrosienne, à Milan, fondée par le cardinal Borromée (1608) ».  ↩
  2.  Géraud, op. cit., p. 227. « La bibliothèque est le vrai trésor d’un monastère ; sans elle, il est comme une cuisine sans casseroles, une table sans mets, un puits sans eau, une rivière sans poissons, un manteau sans vêtements, un jardin sans fleurs, une bourse sans argent, une vigne sans raisins, une tour sans gardes, une maison sans meubles. Et, de même qu’on conserve soigneusement un bijou dans une cassette bien fermée, à l’abri de la poussière et de la rouille, de même la bibliothèque, suprême richesse du couvent, doit être attentivement défendue contre l’humidité, les rats et les vers. » (Thomas A Kempis, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 235-236. Paris, Claudin, 1877.) « Une abbaye n’était pas seulement un lieu de prière et de méditation, c’était encore un asile ouvert contre l’envahissement de la barbarie sous toutes ses formes. Ce refuge des livres et du savoir abritait des ateliers de tout genre, » etc. (Aug. Thierry, Essai sur l’histoire du Tiers État, p. 17. Paris, Furne, 1868. In-16.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 057-081

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57 [081]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58 [082]. Source : Internet Archive.

droite, et le déroulait, au fur et à mesure de la lecture, avec sa main gauche[057.1] ; cette dernière main lui servait à enrouler de nouveau graduellement la portion du volume dont il avait pris connaissance ; de là les expressions : evolvere ou explicare librum ou volumen ; ad umbilicum ou ad umbilicos ou ad cornua[057.2] pervenire ou perducere, pour signifier « lire un livre, le lire jusqu’au bout ». Le verbe explicare (dérouler, supin explicatum, ou explicitum, d’où le participe explicitus) s’appliquait d’ailleurs aussi bien à la transcription qu’à la lecture des livres. Explicitus liber, « le livre est déroulé », formule qu’on abrégea dès le iiie siècle[057.3], et qu’on réduisit à explicit, fin d’un livre, les lignes finales, où le copiste prend congé du lecteur, commençant d’ailleurs d’ordinaire par ce mot : Explicit[057.4]….

[I.081.057]
  1.  Le papier se déroulait ainsi dans la même direction que l’écriture, en sorte que la lecture s’effectuait de gauche à droite, comme celle des feuilletons de nos journaux. « Parmi les peintures d’Herculanum, plusieurs représentent des volumes tantôt isolément, tantôt entre les mains de personnes qui les lisent. Tous ceux qui sont ouverts se déroulent, à l’exception d’un seul, horizontalement et de gauche à droite, dans le sens de leur longueur. » (Géraud, op. cit., p. 79.)  ↩
    •  Explicitum nobis usque ad sua cornua librum.
      Et quasi perlectum, Septiciane, refers.
      Omnia legisti….

     « Tu me rends mon manuscrit, Septicianus, comme si tu l’avais déroulé et lu jusqu’au bout. Tu as tout lu…. » (Martial, XI, 107, trad. Nisard, p. 522.)  ↩

  2.  Lalanne, op. cit., p. 21.  ↩
  3.  « Explicit, Finitur, absolvitur, cui opponitur Incipit. Voces frequentes in mss…. Constat Explicit vocabulum minime latinum esse, quamvis a latino sermone ortum. » (Ducange, Glossarium, art. Explicit.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 053-077

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53 [077]. Source : Internet Archive.

bases de ce cylindre, — se nommaient frontes ; elles étaient souvent coloriées. Les extrémités de la baguette, appelées, elles aussi, umbilici, se trouvaient d’ordinaire garnies de petits boutons, bossettes ou pommettes (cornua), qui étaient d’ivoire, d’argent, d’or, ou de pierre précieuse, suivant le prix et le luxe du manuscrit. Ces petites pièces, travaillées avec beaucoup d’art, formaient un point brillant au centre de chaque volume (d’où ce nom d’umbilicus, nombril), et « portaient sans doute, soit au milieu, soit autour de la bossette, le nom de l’auteur du livre[053.1] ». Peut-être aussi une étiquette contenant ce nom et le titre de l’ouvrage était-elle suspendue par un fil à ce bouton[053.2]. Quant aux volumes de condition plus modeste, ils portaient sur leur tranche supérieure, c’est-à-dire sur celle qu’on plaçait en vue, une languette de papyrus ou de parchemin, dite

[I.077.053]
  1.  Peignot, op. cit., p. 56.  ↩
  2.  Egger, op. cit., p. 14. Il règne, dans ces menus détails, plus d’une incertitude. Cf. aussi Lalanne, op. cit., p. 23 ; et Géraud, op. cit., pp. 101-102.  ↩

Le Livre, tome I, p. 051-075

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51 [075]. Source : Internet Archive.

ceux de Thucydide ou d’Homère aient été jamais réunis sur un seul rouleau, dont la longueur aurait atteint 80 mètres ; mais nous possédons des papyrus égyptiens qui ont près de 45 mètres de longueur. Des rouleaux aussi considérables étaient d’un maniement incommode, ce qui fit dire à Callimaque, poète et bibliothécaire alexandrin vers 260 av. J.-C.  : μεγα βιϐλίον, μεγα κακόυ[051.1]. » La forme, la nature même des volumina, obligeaient ainsi les auteurs à publier leurs ouvrages par sections, et par sections relativement peu étendues : c’est ce qui explique la division en livres des œuvres de la plupart des écrivains latins, d’Horace, de Virgile, d’Ovide, de Martial, Stace, Tibulle, Properce, Apulée, Aulu-Gelle, etc.,

[I.075.051]
  1.  Grand livre, grand inconvénient. Ainsi déjà on se plaignait des grands formats. « Chez les Romains, dont le sens était si exquis pour tout ce qui tient aux choses du goût, on publiait les poésies en petits volumes, et les ouvrages d’histoire en grand format. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 197, note.) Cf. Lalanne, op. cit., p. 24. Remarquons cependant que, d’après Peignot (op. cit., p. 45), la hauteur des volumina était relativement et forcément assez restreinte, les feuilles de papyrus étant collées à la suite les unes des autres, non dans le sens de la hauteur de la plante, — ce qui aurait donné des rouleaux de 2 mètres à 2 m. 50 de haut (cf. supra, p. 46) et aurait été tout à fait incommode, voire impraticable, — mais dans le sens de leur longueur. Dans cette position, leur hauteur n’était plus que de 14 pouces (environ 38 centimètres) pour les plus grandes feuilles de papyrus, et de 5 pouces (14 centimètres) pour les plus petites ; les volumina ne pouvaient donc guère dépasser (en défalquant la rognure des deux tranches) 35 ou 36 centimètres de hauteur.  ↩

Le Livre, tome I, p. 045-069

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45 [069]. Source : Internet Archive.

quait[045.1]. Ce mode de fabrication paraît avoir été identique en Grèce et dans le monde romain ; le livre, à Athènes comme à Rome, se composait originairement d’une longue bande de papyrus roulée sur elle-même, nommée en latin volumen, rouleau (au pluriel

[I.069.045]
  1.  Pour l’étude du livre dans l’antiquité, j’ai eu recours d’abord à l’excellent ouvrage de H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, particulièrement chez les Romains, (Paris, Techener, 1840 ; in-8, 232 p.), qui est si abondamment documenté, si soigneusement et consciencieusement fait : on peut dire que l’auteur (mort en 1844, à 32 ans) a passé en revue tous les écrivains latins et grecs, et a butiné tout ce qui se rapporte à la question du livre chez les anciens ; si bien que son « Essai », quoique datant de plus d’un demi-siècle, reste encore et sans conteste le meilleur travail qu’on ait publié sur cette question. J’ai mis aussi à contribution Gabriel Peignot, Essai historique et archéologique sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens (Dijon, Lagier, et Paris, Renouard, 1834) ; puis Lalanne Ludovic, Curiosités bibliographiques (Paris, Delahays, 1857), qui s’est, lui aussi, beaucoup servi de l’ouvrage de Géraud ; Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts… qui se rattachent à la typographie (Paris, Delahays. s. d.) ; Egger, Histoire du livre depuis ses origines jusqu’à nos jours (Paris, Hetzel, s. d.), et le Papier dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Hachette, 1867) ; Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la Miniature (chap. i et vii) (Paris, Quantin, s. d,) ; Delon, Histoire d’un livre, 6e édit. (Paris. Hachette, 1898) ; Dr James Gow, Minerva, Introduction à l’étude des classiques scolaires grecs et latins, édition française publiée par M. Salomon Reinach (Paris, Hachette, 1890), pp. 18-26, où la question du livre chez les anciens m’a paru bien résumée ; Anthony Rich, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, trad. Chéruel (Paris, Didot, 1873) ; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (Paris, Hachette; en cours de publication) ; etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 042-066

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42 [066]. Source : Internet Archive.

à côté du temple d’Apollon[042.1] ; etc. Une autre bibliothèque, créée par Auguste en l’honneur de sa sœur Octavie, la bibliothèque Octavienne, fut, peut-être aussi, aménagée sous les galeries d’un temple, qui était voisin du théâtre de Marcellus[042.2]. Sous le règne de Titus (40-81), la bibliothèque Octavienne fut détruite par un incendie.

Trajan (52-117) édifia une bibliothèque célèbre à Rome, la bibliothèque Ulpienne (d’Ulpius, nom de famille de cet empereur). Placée d’abord sur le forum de Trajan, elle fut transportée plus tard dans les Thermes de Dioclétien. « Au temps de Constantin (245-313), Rome en comptait vingt-neuf (de bibliothèques publiques), parmi lesquelles la bibliothèque Palatine et la bibliothèque Ulpienne étaient les plus considérables[042.3]. » Constantin fit copier quantité de

[I.066.042]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 14-15 ; et Lalanne, op. cit., pp. 141-142.  ↩
  2.  Cf. Juste Lipse, Traité des bibliothèques anciennes, chap. vi, ap. Peignot, Manuel bibliographique, p. 22 : « … Mon guide me conduit, par de magnifiques degrés, au temple en marbre blanc élevé au dieu dont la chevelure est toujours intacte (Apollon)…. Là, toutes les créations des génies anciens et modernes sont mises à la disposition des lecteurs…. Le gardien de ces lieux sacrés m’ordonna d’en sortir. Je me dirige vers un autre temple, situé près d’un théâtre voisin ; il me fut aussi défendu d’y entrer. Ce premier asile des belles-lettres, la Liberté, qui y préside, ne me permit pas d’en fouler le vestibule…. » (Ovide, les Tristes, III, 1, p. 693, trad. Nisard ; cf. aussi, dans cette traduction, les notes de la page 748.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 217.  ↩

Le Livre, tome I, p. 027-051

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 27.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 27 [051]. Source : Internet Archive.

portés en Perse. Un grand nombre d’années après, le roi Seleucus Nicanor les rendit aux Athéniens. Dans la suite, les Ptolémées fondèrent en Égypte une riche bibliothèque qui renfermait près de sept cent mille volumes rassemblés ou écrits par leurs ordres. Mais, dans la première guerre d’Alexandrie, tandis que la ville était au pillage, il arriva, non par suite d’aucun ordre, mais par l’imprudence de quelques soldats auxiliaires, que le feu prit à la bibliothèque, et cette magnifique collection fut la proie de l’incendie. »

D’un récit de Diogène Laërce (iie s. av. J.-C.), on peut conclure qu’il y avait à Athènes, au ive siècle avant Jésus-Christ, des espèces de cabinets de lecture[051.1] ; et l’on y constate, à peu près vers le même temps, l’existence de boutiques de librairie servant de lieux de rendez-vous et de conversation aux amateurs de livres[051.2]. Il en était de même à Rome, ainsi qu’il résulte d’un passage d’Aulu-Gelle[051.3] : les lettrés et curieux se réunissaient volontiers chez les libraires (bibliopola, æ), pour converser et discuter.

Les devantures des libraires étaient, des deux

[I.051.027]
  1.  « Antigone de Caryste… affirme qu’après l’édition des livres de Platon, ceux qui souhaitaient d’en savoir le contenu payaient, pour cela, ceux qui les possédaient. » (Vie de Platon, ap. Lalanne, op. cit., p. 113.)  ↩
  2.  Diogène Laërce, Vie de Zénon, ap. Lalanne, op. cit., p. 113.  ↩
  3.  Nuits attiques, XIII, 30, p. 653.  ↩

Le Livre, tome I, p. 024-048

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 24.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 24 [048]. Source : Internet Archive.

dignes, je le vois, de rester sous la clef[024.1] ; » etc.

Les temples de Vertumne et de Janus dont il est ici question se trouvaient voisins du forum Cæsaris et de l’Argilète, où la plupart des libraires de Rome avaient leurs magasins[024.2]. Quant aux Sosie, « ils tenaient, paraît-il, le premier rang parmi ces libraires…. Les Sosie étaient d’une famille plébéienne très connue. Deux frères de cette maison se distinguaient alors dans la librairie par la correction et la reliure des livres ; aussi étaient-ils chargés de publier et de débiter les ouvrages d’Horace, qui sans doute n’était pas leur plus mauvaise pratique, ainsi que son ami Virgile[024.3]. »

Athénée[024.4] fait mention des plus célèbres bibliothèques formées par des Grecs, et nous cite celle de Polycrate, tyran de Samos, celle d’Euclide l’Athénien, de Nicocrate de Chypre, d’Euripide, et celle d’Aristote, qui passa entre les mains de Théophraste, puis de Nélée, et fut achetée par Ptolémée Philadelphe ; il nous apprend[024.5], en outre, qu’au commence-

[I.048.024]
    •  Vertumnum Janumque, liber, spectare videris ;
      Scilicet ut prostes Sosiorum pumice mundus !
      Odisti claves, etc.

     (Horace, Épîtres, I, 20, trad. Panckoucke, pp. 322-323. Paris, Garnier, 1866.)  ↩

  1.  Cf. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, pp. 174-175.  ↩
  2.  Peignot, Essai… sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens, p. 40.  ↩
  3.  Ap. Lalanne, Curiosités bibliographiques, p. 139.  ↩
  4.  Ap. Egger, Histoire du livre, pp. 283 et 313.  ↩

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