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Le Livre, tome III, p. 125-139

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125 [139]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

III. L’Impression

L’imprimerie « mûre en naissant » ; sa glorification. — Incunables : leurs caractères distinctifs. Création ou apparition des lettres j et v, des points sur les i, des virgules et autres signes de ponctuation. — Marques des anciens imprimeurs. — « Ménagez vos yeux » : pas de livres imprimés en caractères trop fins. — Le point typographique. Œil d’une lettre ; corps ; hauteur en papier ; talus ; approche ; queue ; pleins ; déliés ; obit ou apex, empattement ; espaces ; cadrats ; cadratins ; demi-cadratins ; garnitures ou lingots, etc. — Anciens noms des caractères d’imprimerie avec leur force de corps. — Caractères : romain (romain Didot, Raçon, Plon, Grasset, etc. ; caractères distinctifs de l’Imprimerie nationale) ; elzevier, italique. — Caractères de fantaisie : allongée, alsacienne, antique, classique, égyptienne, italienne, latine, normande, etc. — Casse. — Police des lettres. — Encre d’imprimerie. — Empreintes. Clichage et stéréotypie. Procédé anastatique. — Machine à composer : linotype, électrotypographe, etc. — Avilissement de la librairie. — La correction typographique. — Plus de correcteurs. — Aucun livre sans faute. — Millésime. — Foliotage. — Aberrations typographiques. Modern style. — Index alphabétique. Table des matières. — Rapports de la typographie avec les facultés visuelles : pas de caractères inférieurs au « huit » ; pas de lignes trop longues ; interlignage. Encore une fois : « Gare à vos yeux ! »

L’imprimerie, cette invention qui, selon le mot de Louis XII, « semble estre plus divine que humaine[125.1] »,

[III.139.125]
  1.  Déclaration du 9 avril 1513. Cf. G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 28, qui constate encore (p. 2) que « l’art typographique…, cette admirable invention était regardée comme l’œuvre de la divinité même, » et (p. ij) que, « dès ses premières œuvres, l’imprimerie fut divinisée ». « Typographia, Deorum manus et munus, imo ipsa, cum mortuos in vitam revocet, omnino diva est. » (Casp. Klock, De Ærario, I, xix, 43, ap. G.-A. Crapelet, op. cit., p. ij, n. 1.) « Dès 1460, dit M. Gustave Mouravit (le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 160, n. 1), Jean Temporarius écrivait de sa main, sur un exemplaire du De Officiis de Fust et Schoeffer (Metz, 1456) : « Typographia donum Dei præstantissimum. » Le Bulletin du bibliophile (9e série, p. 237) a reproduit tout entière cette note fort curieuse. On peut en rapprocher ces vers de Claude-Louis Thiboust, le poète typographe du xviiie siècle :
    •  Hæc ars fata domat, mentes hæc luce serenat,
      Doctorum hæc merito gloria et orbis amor ;

     distique qui a été ainsi traduit par Charles Thiboust, fils de Claude-Louis :

    •  Cet art ingénieux sait braver le destin ;
      Par son secours l’esprit en devient plus divin ;
      Il conduit les savants au Temple de Mémoire ;
      Il fait de l’univers et l’amour et la gloire.

     (Typographiæ excellentia, pp. 20 et 21 ; Paris, 1734, in-8.) Voir aussi l’éloge de l’imprimerie, « invention divine », ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 568, 569, 570, 571, 602, 634, 750, 827, 879, 888, 904. Joachim du Bellay (1524-1560) appelait « excellemment » l’imprimerie « sœur des Muses » et aussi dixième Muse ». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XIII, p. 308.) Étienne Pasquier (1529-1615), dans ses Recherches de la France (chap. xx et lxvi ; t. I, p. 136, et t. II, p. 205 ; Paris, Didot, 1849), fait également grand éloge de l’imprimerie, « qui baille vie aux bonnes lettres ». Louis XIV déclare, dans un édit de 1649, « l’imprimerie le plus beau et le plus utile de tous les arts ». (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 827.) En tête de son Manuel typographique (t. I, p. iv). Fournier le Jeune a inscrit — et modifié comme il suit — les vers bien connus de la Pharsale de Brébeuf :

    •  C’est de Dieu que nous vient cet art ingénieux
      De peindre la parole et de parler aux yeux.

     Plus loin (t. I, p. vij), il dit que l’imprimerie est « regardée à juste titre comme un présent du ciel ». Et Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii ; t. I, p. 216 ; Paris, Hachette, 1860) : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution-mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; » etc. (Cf. notre tome I, p. 109, où, après cette déclaration de Victor Hugo, se trouve une importante remarque de Michelet.) « Dans les divers pays où l’imprimerie est introduite, on peut juger, dès son origine, de l’état de la civilisation de chacun d’eux par la nature des ouvrages qu’elle publie, et l’histoire de l’esprit humain est inscrite tout entière dans ta bibliographie. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 736.) De nombreux poèmes ont été consacrés à la glorification de l’imprimerie. Nous citions, il y a un instant, le poème latin de Claude-Louis Thiboust (1667-1737), Typographiæ excellentia, qui a été composé et imprimé par lui en 1718, et dont les trois courtes sections ont respectivement pour titre : Liquator (le Fondeur), Compositor (le Compositeur), Typographus (l’Imprimeur) ; il donne une idée exacte de ce que l’imprimerie était alors. On trouvera ces vers (moins le distique que nous avons reproduit tout à l’heure, et qui termine ce petit poème) dans l’Essai sur la typographie d’Ambroise Firmin-Didot (col. 899 et s.), avec la traduction qu’en a faite, et publiée en 1754, le fils de l’auteur, Charles Thiboust. Dans ce même ouvrage (col. 846), on trouvera aussi un fragment d’une Épitre sur le progrès de l’imprimerie, par Didot fils aîné [Pierre Didot], publiée en 1784, et qu’il a « adressée à son père ». Rappelons qu’Ernest Legouvé (1807-1903), le fils du chantre du Mérite des Femmes, a débuté par une pièce de vers sur l’Invention de l’imprimerie, qui obtint le prix de poésie à l’Académie française en 1829 (cf. Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, t. I, p. 62) ; et qu’à cette même date, Hégésippe Moreau (1810-1838), futur typographe, composa une épître Sur l’imprimerie, dédiée à M. Firmin-Didot. Il est même probable que cette épitre fut, sinon présentée, du moins originairement destinée au susdit concours académique, où, parmi les concurrents, figurèrent : L. Pelletier, dont le poème (bien mauvais, mais accompagné de notes intéressantes), parut en 1832, sous le titre la Typographie (cf. p. 200) ; « Bignan, le lauréat perpétuel de l’Académie française ; Mme Tastu, presque célèbre ; Saintine, qui avait résumé le sujet par cette heureuse comparaison :

    •  Voilà donc le levier
      Qu’Archimède implorait pour soulever le monde ! »

     (René Vallery-Radot, Œuvres complètes de Hégésippe Moreau, Introduction, t. I, pp. 24-25.) Citons encore le drame en cinq actes et en vers d’Édouard Fournier (1819-1880), Gutenberg, représenté à l’Odéon, le 8 avril 1869. En opposition et comme contre-partie, signalons la célèbre tirade de Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs (Œuvres complètes, t. I, p. 18 ; Paris, Hachette, 1862) : « Le paganisme, livré à tous les égarements de la raison humaine, a-t-il laissé à la postérité rien qu’on puisse comparer aux monuments honteux que lui a préparés l’imprimerie, sous le règne de l’Évangile ? Les écrits impies des Leucippe et des Diagoras sont péris avec eux ; on n’avait point encore inventé l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain ; mais, grâce aux caractères typographiques…. A considérer les désordres affreux que l’imprimerie a déjà causée en Europe, à juger de l’avenir par le progrès que le mal fait d’un jour à l’autre, on peut prévoir aisément que les souverains ne tarderont pas à se donner autant de soins pour bannir cet art terrible de leurs États, qu’ils en ont pris pour l’y introduire…. » La prévision ou prédiction ne s’est guère réalisée ; on pourrait même presque dire que c’est l’inverse qui s’est produit, que c’est l’imprimerie, « cet art terrible », qui a « banni », ou est en train de bannir, les souverains de leurs États, et d’implanter partout la démocratie. Citons encore, dans le même ordre d’idées, le mot du comte de Salaberry (1766-1847), député de Loir-et-Cher sous la Restauration, et si fameux alors par son esprit rétrograde, son royalisme exalté et son intolérance : « L’imprimerie est la seule plaie dont Moïse ait oublié de frapper l’Égypte ». (Cf. Charles de Rémusat, Correspondance, t. I, p. 375, note ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 077-091

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 77.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 77 [091]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 78.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 78 [092]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 79.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 79 [093]. Source : Internet Archive.

Pour parer à ce danger si universellement reconnu, à l’anéantissement plus ou moins rapide de la plupart des impressions (livres et périodiques) d’aujourd’hui, M. Gaston Menier, député de Seine-et-Marne, a récemment saisi la Chambre d’une proposition tendant à modifier la loi sur la presse, et stipulant que « les exemplaires des imprimés destinés aux collections nationales ou au dépôt légal devront être tirés sur un papier spécial, dont les conditions de fabrication auront été indiquées par le ministère de l’Intérieur, et portant une vignette d’authenticité[077.1] ».

[III.091.077]
  1.  Le journal le Temps, dans la Revue biblio-iconographique, juin 1903, p. 313. Au dire de J.-L.-A. Bailly (Notices historiques sur les bibliothèques anciennes et modernes, p. 63), le roi « Henri II, en 1556, d’après les insinuations de Raoul Spifame, rendit une ordonnance… enjoignant aux libraires [éditeurs et imprimeurs] de fournir aux bibliothèques royales un exemplaire, en vélin et relié, de tous les livres qu’ils imprimeraient par privilège ». Cette ordonnance fait partie du recueil des arrêtés, des dicæarchiæ, publié, en 1556, non par le véritable roi Henri II, mais par son ménechme ou sosie, ce si curieux et parfois si judicieux halluciné, qui avait nom Raoul Spifame. — Raoul Spifame, seigneur des Granges (….-1553), avocat au Parlement, ressemblait tellement à Henri II que ses confrères du barreau avaient coutume de l’appeler « Sire » et « Votre Majesté ». A force de s’entendre ainsi désigner, Spifame prit au sérieux cette royauté imaginaire et se permit d’adresser au premier président une remontrance qui valut au prétendu monarque sa destitution d’avocat. Cette monomanie des grandeurs devint telle que la famille de Spifame le fit interdire, puis enfermer à Bicêtre, d’où il s’échappa. Henri II, touché de cette inoffensive démence, et prenant en pitié son sosie : — « Qu’il ne déshonore pas pareille ressemblance, celui qui a l’honneur d’être fait à notre image ! » disait-il, — Henri II envoya Spifame dans un de ses châteaux, où il le fit garder par des serviteurs qui reçurent l’ordre de le traiter en véritable souverain et de lui donner les noms de Sire et de Majesté. Il put ainsi régenter et décréter tout à son aise et en toute sûreté. Le recueil des arrêts de ce roi postiche, contenant environ 300 pièces, a été imprimé sous le titre de Dicæarchiæ Henrici regis Christianissimi progymnasmata (1556, in-8), et divers historiens et jurisconsultes, des plus érudits même, comme Pierre-Jacques Brillon, comme Sainte-Marthe, l’ont, — par une singulière et bien drolatique confusion, — attribué au véritable Henri II. Parmi les idées de ce très remarquable fou, il en est de fort sages et de tout à fait pratiques, qui ont, après lui, fait victorieusement leur chemin dans le monde. Ainsi Spifame suppose, dans son livre, « que le parlement ordonne la fixation du commencement de l’année au 1er janvier ; le dépôt de tout ouvrage nouveau à la Bibliothèque du roi ; l’éclairage de Paris ; la suppression des justices seigneuriales ; la réunion des biens de l’Église au domaine ; la réduction du nombre des fêtes ; l’établissement de chambres du commerce ; des commissaires de police dans chaque quartier ; les abattoirs hors des villes ; l’unité des poids et mesures ; la conversion des cloches superflues en canons et en monnaie ; etc. » (Henri Martin, Histoire de France, t. IX, page 8, note 1.) Cf. aussi Michaud, Biographie universelle ; Larousse, op. cit. ; etc. Gérard de Nerval, dans ses Illuminés (pp. 1-20 ; Paris, Michel Lévy, 1868), a consacré tout un chapitre à Raoul Spifame, sous le titre « le Roi de Bicêtre ».  ↩

Le Livre, tome III, p. 066-080

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 66.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 66 [080]. Source : Internet Archive.

ou faux parchemin, un papier non collé, trempé quelques secondes dans une solution d’acide sulfurique, opération qui lui donne instantanément une transparence jaunâtre et une consistance rappelant le vrai parche­min[066.1]. Le parchemin végétal, dont la première fabrication remonte à 1846 et est due à l’ingénieur Poumarède et au vulgarisateur scientifique Louis Figuier[066.2], est fréquemment utilisé pour les couvertures de volumes[066.3].

Le papier serpente est un papier très mince et sans colle, destiné principalement à protéger les gravures contre le maculage.

Le papier pelure d’oignon, ou simplement pelure, est aussi un papier très mince, très léger et non collé ; il s’emploie notamment pour les copies de lettres ; une certaine espèce de papier pelure collé est utilisée comme papier à lettre économique : par sa légèreté, elle permet d’éviter les surtaxes postales[066.4].

Le papier joseph (du nom de son inventeur, Joseph Montgolfier : 1740-1810), ou papier de soie, qui est blanc, fin, très souple et soyeux, est employé, comme le serpente, pour protéger les gravures, et aussi pour envelopper de menus objets fragiles, des cristaux, des bijoux, etc.

[III.080.066]
  1.  Sur le parchemin ordinaire et proprement dit, voir t. I, pp. 60 et s., et infra, p. 282.  ↩
  2.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 307.  ↩
  3.  Et aussi, à présent, pour couvrir les pots de confiture.  ↩
  4.  Cf. Larousse, op. cit., art. Papier, t. XII, p. 150. col. 3.  ↩

Le Livre, tome III, p. 043-057

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 43.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 43 [057]. Source : Internet Archive.

plaques généralement en zinc, le papier dont on veut faire disparaître le grain, et auquel on veut donner un lustré plus ou moins prononcé. On dit que le papier est satiné lorsque ce cylindrage n’a lieu qu’une fois ; mais, si l’on répète l’opération à diverses reprises, on dit alors que le papier est glacé[043.1]. En imprimerie, au contraire, le mot satinage désigne l’opération qui consiste à faire passer entre des feuilles de carton lisse ad hoc le papier, après tirage et séchage. Ce travail a pour but de rendre le brillant au papier, et d’abattre le foulage produit par l’impression[043.2]. »

Les filigranes, que nous avons vus[043.3] se produire dans le papier au moyen d’une marque placée sur le châssis, sur la forme avec laquelle on puise la pâte, s’obtiennent aussi à l’aide du laminoir. « On filigrane au laminoir en posant les feuilles entre des plaques de zinc et des cartons contenant le dessin en relief, ou entre des plaques métalliques sur lesquelles les rais désirés ont été reproduits en relief par la galvanoplastie ; les plaques d’acier donnent,

[III.057.043]
  1.  « Le glaçage est un satinage plus prononcé. » (Louis Figuier, op. cit., p. 256.)  ↩
  2.  Georges Olmer, op. cit., pp. 53-54. Foulage, en typographie, désigne : 1º l’action exercée sur la feuille de papier par la platine dans la presse manuelle, par un cylindre dans la presse mécanique ; 2º le résultat de cette action, et particulièrement le relief produit par l’impression sur le revers de la feuille. (Cf. Larousse, op. cit. ↩
  3.  Supra, p. 28.  ↩

Le Livre, tome III, p. 040-054

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40 [054]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41 [055]. Source : Internet Archive.

duisent de si beaux papiers de luxe, n’ont pas cessé d’employer le collage à la gélatine, qui donne au papier un beau lustre et une certaine sonorité[040.1]. »

Le collage végétal, le plus répandu aujourd’hui en tout pays[040.2], s’opère à l’aide d’une sorte de savon résineux, préparé par la fusion de la résine avec du carbonate de soude ; l’addition d’un peu d’alun dans la pile raffi­neuse[040.3] précipite un composé résineux d’alumine, qui agglutine les fibres du papier, reconstitue ainsi l’adhérence primitive et naturelle existant entre les fibres végétales avant leur transformation en pâte, et permet d’écrire sur ce papier avec de l’encre ordinaire[040.4]..

Le papier collé est donc celui qui ne boit pas l’encre ordinaire, et le papier non collé, celui qui boit cette encre : les papiers buvards ou brouil­lards[040.5],

[III.054.040]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 252.  ↩
  2.  Id., op. cit., p. 240. Il existe aussi « une espèce de collage mixte, dit végéto-animal : c’est un mélange de gélatine, de résine, de fécule et d’alun ». (Id., op. cit., p. 241.)  ↩
  3.  Cf. id., op. cit., p. 239.  ↩
  4.  Cf. G.-A. Renel, la Nature, 18 janvier 1890, p. 102 ; Paul Charpentier, op. cit., p. 112 ; etc.  ↩
  5.  On fait souvent de papier brouillard le synonyme absolu de papier buvard. (Cf. Hatzfeld, Dictionnaire ; Littré, Larousse, op. cit.). On désigne cependant plus particulièrement sous le nom de papier brouillard un papier non collé mais calandré, d’ordinaire plus mince et plus léger que le papier buvard habituel, et d’ordinaire aussi de couleur brune, jaunâtre ou grise, qui s’emploie en pharmacie et thérapeutique (pansements), et sert en outre tout spécialement à confectionner les papillotes. Une sorte de papier buvard et de papier à filtrer a reçu, en raison de sa couleur, le nom de papier gris ↩

Le Livre, tome III, p. 032-046

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32 [046]. Source : Internet Archive.

porte en bloc cette pile, dite passe ou porse, — ou, plus exactement encore, porse-flotre[032.1], — sous une presse hydraulique ou à main, et on les comprime pour en faire complètement sortir l’eau et hâter la dessiccation. Ou désintercale ensuite les feuilles, on met en tas d’un côté les feutres, de l’autre les feuilles de papier, les passes blanches ou porses blanches, qu’on replace de nouveau sous la presse et qu’on comprime encore, puis qu’on porte à l’étendage, qu’on fait sécher, jusqu’à ce qu’elles soient absolument solidifiées et fermes, maniables sans risques ni difficultés.

Le papier à la forme — et c’est en quelque sorte

[III.046.032]
  1.  On nomme passe ou porse le paquet de feutres ou flotres destinés à être placés entre les feuilles de papier ; — passe-feutre ou passe-flotre, porse-feutre, ou porse-flotre, le paquet de feuilles qui viennent d’être fabriquées et sont encore intercalées avec les flotres : — passe blanche ou porse blanche, le paquet de feuilles dont les flotres ont été retirés. (Cf. id., op. cit., p. 90 ; Louis Figuier, op. cit., p. 246 ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 027-041

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 27.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 27 [041]. Source : Internet Archive.

à leur blanchiment, ce qui s’effectue de diverses façons, entre autres, en les mettant détremper en contact avec un sel de chlore : le chlore a la propriété de détruire la couleur de toutes sortes de teintures, de rendre blancs tous les tissus, les fils, fibres, etc. Ce sel de chlore est l’hypochlorite de soude, dit, par abréviation et couramment, chlorure.

Ces chiffons, déjà ainsi presque réduits en pâte, — le défilé, c’est le nom qu’on leur donne, — sont ensuite descendus dans des caisses d’égouttage, où ils achèvent de se blanchir, sous l’action du chlorure, des « sels de blanchiment », qu’ils contiennent encore, et où ils perdent peu à peu l’eau dont ils sont imprégnés. De là, ils passent dans des piles raffineuses, où le broyage et le raffinage se complètent, où le défilé devient le raffiné ou pâte proprement dite[027.1].

Pour la transformation en feuilles, la fabrication même du papier, cette pâte est transportée dans une cuve, jadis en métal, aujourd’hui en bois, et, le plus ordinairement, chauffée par un tuyau qui amène du dehors un courant de vapeur d’eau, de manière à « entretenir une chaleur douce dans la cuve »[027.2].

Les feuilles s’obtiennent à l’aide de formes, — châssis en bois d’excellente qualité et très soigneusement faits (afin de résister le mieux possible à

[III.041.027]
  1.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Défilé.  ↩
  2.  Lalande, op. cit., p. 52.  ↩

Le Livre, tome III, p. 024-038

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24 [038]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25 [039]. Source : Internet Archive.

moyen de le façonner avec la terre où pourriront nos corps. C’est sur cette ordure qu’on nous imprime, et voilà une fameuse leçon pour l’orgueil de nos constructeurs de monuments ! Ces feuilles, faites avec rien, se décomposent en quelques années, se tachent, s’usent, se déchirent, redeviennent poussière et cendre, et rentrent avec avidité dans le néant dont elles n’auraient jamais dû sortir[024.1]. »

Exposer par le menu les divers procédés employés pour la fabrication du papier dépasserait de beaucoup les limites fixées à notre travail ; nous nous bornerons à résumer les principales de ces opérations, en renvoyant, pour les détails, aux traités et documents spéciaux[024.2].

[III.038.024]
  1.  Paul Stapfer, Des réputations littéraires, Épilogue, Quatre Consolations, t. II, pp. 428-429. (Paris, Fischbacher, 1901.) Cf. aussi Voltaire, la Guerre civile de Genève, poème héroïque, chant IV (Œuvres complètes, t. VI, p. 490 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1869) :
    •  Tout ce fatras fut du chanvre en son temps ;
      Linge il devint par l’art des tisserands,
      Puis en lambeaux des pilons le pressèrent ;
      Il fut papier : cent cerveaux à l’envers
      De visions à l’envi le chargèrent ;
      Puis on le brûle, il vole dans les airs,
      Il est fumée, aussi bien que la gloire.
      De nos travaux, voilà quelle est l’histoire ;
      Tout est fumée, et tout nous fait sentir
      Ce grand néant qui doit nous engloutir.  ↩
  2.  On peut consulter, par exemple, outre les ouvrages de Louis Figuier (1873-1876), Georges Olmer (1882), G. d’Avenel (1900), C.-F. Cross et E.-J. Bevan (1902 : traité des plus récents et des plus complets), déjà mentionnés par nous : Lalande (Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, connu surtout comme astronome : 1732-1807), Art de faire le papier (sans lieu ni typographe ni date [1761] ; in-folio, 150 pp., xiv planches) ; — Paul Charpentier, le Papier (tome X de l’Encyclopédie chimique, publiée sous la direction de M. Fremy ; Paris, Dunod, 1890 ; in-8) ; — G.-A. Renel, la Fabrication actuelle du papier : la Nature, 18 janvier et 15 février 1890, pp. 99-103 et 167-170 (deux très bons articles) ; — V. Mortet, le Papier, le Papier au moyen âge : Revue des bibliothèques, 1891, pp. 195-207 ; et 1892, pp. 349-350 ; — Jolivet, Notice sur l’emploi du bois dans la fabrication du papier : Exposition universelle de 1878 (Paris, Imprimerie nationale, 1878 ; in-8, 15 pp.) ; — Philipon, député, Rapport fait au nom de la Commission des douanes chargée d’examiner le projet de loi relatif à l’établissement du tarif général des douanes : Pâtes de cellulose : Journal officiel, Documents parlementaires, 12 mai 1891, pp. 884-895 ; — Eugène Campredon, le Papier, étude monographique sur la papeterie française, et, en particulier, sur la papeterie charentaise (Paris, Dunod, 1901 ; in-8, 83 pp.) ; — Henry Vivarez, les Précurseurs du papier (Lille, Imprimerie Lefebvre-Ducrocq, 1902 ; in-4, 39 pp.) ; — et les articles « Papier » dans les dictionnaires de Charles Laboulaye, (Dictionnaire des arts et manufactures), Larousse, Bouillet (nouvelle édition refondue sous la direction de MM. J. Tannery et Émile Faguet), etc. ; voir aussi passim : le Magasin pittoresque, la Revue des bibliothèques, le Bulletin du bibliophile, la Revue biblio-iconographique, etc., etc. Pour la fabrication du papier à la forme, j’ai eu recours, en outre, tout particulièrement, à la compétence de M. Gruintgens, des Papeteries du Marais : je le prie d’agréer ici mes remerciements.  ↩

Le Livre, tome III, p. 022-036

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 22.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 22 [036]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23 [037]. Source : Internet Archive.

substances que le chiffon datent de loin déjà. On voit au British Museum un livre en langue hollandaise, publié en 1772, et imprimé sur 72 sortes de papiers provenant d’autant de matières diffé­rentes[022.1]. Quelques années plus tard, le marquis de Villette, l’ami de Voltaire, faisait imprimer à Orléans, sous la rubrique de Londres, un exemplaire de ses œuvres (Œuvres du marquis de Villette ; à Londres, 1786 ; in-18) « sur 20 sortes de papiers : papier d’écorce de tilleul, de guimauve, d’ortie, de houblon, de mousse, de roseau, etc., etc.[022.2] ».

[III.036.022]
  1.  Cf. Charles Laboulaye, Dictionnaire des arts et manufactures, art. Papier.  ↩
  2.  Charles Monselet, Curiosités littéraires et bibliographiques, p. 113. « Ce petit volume (du marquis de Villette) est curieux en ce qu’il est imprimé sur des papiers de couleurs fabriqués avec différents végétaux. L’épître dédicatoire à M. Ducrest a été composée par M. Leorier de l’Isle, [ou Léorier Delille, selon l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 30 septembre 1905, col. 470 ; ou encore, d’après Larousse, Léorier Delisle], fabricant de papier, qui annonce avoir soumis à la fabrication du papier toutes les plantes, les écorces et les végétaux les plus communs. Il a joint à ce volume des échantillons, qui sont les extraits de ses expériences, et il a cherché à prouver qu’on pouvait substituer aux matières ordinaires du papier d’autres matières les plus inutiles. Les Œuvres du marquis de Villette, en 156 pages, sont imprimées sur papier de guimauve [sur papier d’écorce de tilleul, dit l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, ibid.] ; ensuite on trouve vingt feuillets composés chacun d’une substance différente, savoir : papier d’ortie, papier de houblon, papier de mousse, papier de roseaux, papier de conferva 1re espèce, papier d’écorce d’osier, papier d’écorce de marsaut, papier d’écorce de saule, papier d’écorce de peuplier, papier d’écorce de chêne, papier de conferva 2e espèce, papier de conferva 3e espèce, papier de racines de chiendent, papier de bois de fusain, papier de bois de coudrier, papier d’écorce d’orme, papier d’écorce de tilleul, papier de feuilles de bardane et de pas-d’âne, papier de feuilles de chardons. On est surpris de ne point trouver de papier de paille dans ce recueil, l’auteur ayant soumis tant d’autres substances à ses procédés. » (Édouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, t. VIII, p. 202, 5e édit.) Sur le fabricant de papier Leorier (sic) de Liste, ou Léorier (sic) Delille, né à Valence (Dauphiné), en 1744, mort à Montargis, en 1826, voir l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 30 septembre 1905, col. 470-473 ; et les dictionnaires de Rabbe, Michaud, Larousse,  etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 308-324

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 308.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 308 [324]. Source : Internet Archive.

« les enveloppes royales qui déshonorent ces matériaux immortels », dût cette opération coûter quatre millions. « Nous n’en sommes pas à quatre millions près, quand il s’agit d’une opération publique, vraiment républicaine, et qui intéresse l’honneur national[308.1]. »

La Convention, grâce en partie à Marie-Joseph Chénier, repoussa cette barbare et stupide proposition.

Mais un autre écrivain du même temps, ce paradoxal et ce fou de Sébastien Mercier (1740-1814)[308.2], — qui déclarait que le cri de la grenouille est des plus agréables à entendre, et que le prétendu chant du rossignol est horripilant ; que c’est le soleil qui tourne autour de la terre ; etc.[308.3], — Mercier n’avait pas attendu l’avènement de la Révolution pour réclamer la suppression des bibliothèques publiques.

« Ce monument du génie et de la sottise,

[II.324.308]
  1.  Ap. Eugène Despois, le Vandalisme révolutionnaire, p. 221. Voir particulièrement, dans cet ouvrage, sur le sujet qui nous occupe, les chapitres xv et xvi, Rapports de Grégoire sur le vandalisme et Bibliothèques ↩
  2.  « Fou furieux », dit le bibliophile Jacob (l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 février 1877, col. 75) ; mais qui ne manque pas de talent, et dont les écrits sont d’une originalité parfois pleine d’intérêt.  ↩
  3.  Cf. Larousse, op. cit. « Ce bizarre Mercier…, qui s’intitulait lui-même le premier livrier de France », est un de ces excentriques qualifiés qui frisent le génie et qui le manquent…. Il ne pouvait souffrir un livre relié, et, dès qu’il en tenait un, il lui cassait le dos. (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. X, p. 84.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 296-312

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 296.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 296 [312]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 297.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 297 [313]. Source : Internet Archive.

plus présentable aux yeux d’un véritable bibliophile[296.1]. »

La mode des papillotes est, je crois, un peu passée ; mais, alors qu’elle florissait, les livres en voyaient de belles et en essuyaient de cruelles avec ces dames !

« Nous avons en main un bel ouvrage où l’on avait coupé de quoi se faire des papillotes, écrit Alkan aîné[296.2]. Les femmes surtout sont les bourreaux des livres. (Il y a bien quelques exceptions.) »

Oui, certes, il y en a, et de plus en plus[296.3] ; mais continuons notre citation :

[II.312.296]
  1.  Le Magasin pittoresque, 1875, p. 262, les Ennemis des livres.  ↩
  2.  Les livres et leurs ennemis, p. 15.  ↩
  3.  Il n’y a, en effet, rien d’absolu ici-bas, et il convient de rappeler, comme correctif et exemples de femmes bibliophiles, les noms d’Isabeau de Bavière, d’Anne de Bretagne, de Catherine de Médicis, de la marquise de Pompadour, de la comtesse de Verrue (la dame de Volupté), de la vicomtesse de Noailles, des duchesses de Raguse et de Mouchy, de Mlle Dosne, de Mlle Marie Pellechet surtout, à qui ses importants travaux sur les incunables ont valu le titre (qu’aucune femme avant elle n’avait porté) de bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque nationale ; etc. (Cf. Mouravit, op. cit., pp. 43-45 et 378 ; Mémorial de la librairie française, 4 juillet 1901, p. 395 ; et surtout Ernest Quentin-Bauchart, les Femmes bibliophiles de France ; Paris, Morgand, 1886 ; 2 vol. in-8.) Le baron Ernouf a même revendiqué, il y a quelque quarante ans, pour une vierge et martyre du xe siècle, le glorieux titre de « patronne des bibliophiles ». Il a placé tous les amis des livres sous la protection de sainte Wiborade (Weibrath, femme sage et de bon conseil), qui, issue d’une riche et puissante famille de la Souabe, se retira dans une cellule voisine du monastère de Saint-Gall, et s’occupa à broder et orner les étoffes destinées à couvrir les nombreux et somptueux manuscrits que possédait ce monastère. Une horde de barbares et de païens, des Hongrois, ayant envahi le pays, la noble recluse courut chez les moines en poussant ce cri, qui remplissait d’enthousiasme le baron biographe, et mérite encore la reconnaissance de tous les bibliophiles : « Sauvez d’abord les livres ! Cachez-les ! Vous vous occuperez ensuite de mettre à l’abri les vases sacrés ! » Est-ce cette préférence qui lui valut un si prompt châtiment, — ou une si soudaine récompense céleste ? Tant il y a que, les barbares partis, Wiborade fut trouvée morte dans sa cellule, la tête fracassée par trois coups de hache, et baignant dans son sang. (Cf. Bulletin du bibliophile, 14e série, 1860, pp. 1429-1446, article du baron Ernouf, intitulé : Une Martyre bibliophile.) On pourrait ajouter encore ici le nom d’une célèbre abbesse du xiie siècle, Herrade de Landsperg ou Landsberg (….-1195), qui composa et calligraphia de sa propre main l’Hortus deliciarum, sorte d’encyclopédie abrégée des connaissances humaines au point de vue religieux, admirable manuscrit de 648 feuillets, orné d’un grand nombre de dessins et de figures coloriées, qui se trouvait dans la bibliothèque de Strasbourg et a péri, en 1870, durant l’incendie allumé par les obus prussiens. (Cf. P. Louisy, le Livre et les Arts qui s’y rattachent, p. 56 ; Michaud, op. cit. ; Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome II, p. 272-288

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 272.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 272 [288]. Source : Internet Archive.

considérable, où, à côté des œuvres des trouvères, figuraient de nombreux livres de recherches philosophiques et de magie. Le marquis de Villena, partageant les idées ou rêveries de son temps, s’occupait, en effet, de sciences occultes et de sorcellerie. A sa mort, le roi de Castille, Jean II, fit saisir sa bibliothèque, deux pleins chariots de livres, qu’il expédia à un dominicain, son confesseur, frère Lope de Barrientos, avec ordre de l’examiner. Celui-ci, fort ignorant, aima mieux brûler que de lire. « Mais, ajoute un contemporain, il est resté dans les mains de frère Lope beaucoup d’autres ouvrages précieux, qui ne seront ni brûlés ni rendus[272.1]. »

Les missionnaires qui se répandirent dans le Nouveau Monde au lendemain de sa découverte (1492) y provoquèrent de nombreuses destructions de monuments littéraires et historiques, d’autant plus fâcheuses que ces documents étaient les seuls pouvant nous renseigner sur la langue et l’histoire des anciens peuples de ces contrées.

« Comme la mémoire des événements passés était conservée, parmi les Mexicains, au moyen de figures peintes sur des peaux, sur des toiles de coton et sur des écorces d’arbres, les premiers missionnaires, incapables de comprendre la signification de ces figures et frappés de leurs formes bizarres, les regar-

[II.288.272]
  1.  Cf. Michaud, op. cit. ; Larousse, op. cit. ; etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 267-283

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 267.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 267 [283]. Source : Internet Archive.

On connaît la réponse catégorique et typique qu’Omar aurait faite à son lieutenant, lorsque celui-ci, après s’être emparé d’Alexandrie, lui demanda ce qu’il devait faire de la bibliothèque : « Si ce que contiennent les livres dont vous me parlez est conforme au livre de Dieu (le Coran), ce livre les rend inutiles ; si, au contraire, ce qu’ils renferment est opposé au livre de Dieu, nous n’en avons aucun besoin. Donnez donc ordre de les détruire[267.1]. » En conséquence, d’après cette légende, Amrou-ben-Alas les fit distribuer dans les bains publics d’Alexandrie, dont ils suffirent à alimenter le chauffage durant six mois[267.2], — quoique le papier, sans parler du parchemin, s’il est bon pour allumer le feu, ne convienne guère pour l’entretenir.

Nous avons parlé également du pape Grégoire le Grand (540-604), saint Grégoire, qui passe pour avoir livré aux flammes un grand nombre d’ouvrages anciens, Tite-Live notamment, et qui, s’il n’a pas commis ce massacre, en était bien capable, à en juger par le mépris qu’il affichait pour les écrivains de l’antiquité[267.3].

[II.283.267]
  1.  Cf. ce que dit à ce sujet Jean-Jacques Rousseau (Discours sur les sciences et les arts : Œuvres complètes, t. I, p. 18, n. 1 ; Paris, Hachette, 1862) : « Supposez Grégoire le Grand à la place d’Omar, et l’Évangile à la place de l’Alcoran, la bibliothèque aurait encore été brûlée, » — en vertu du même raisonnement.  ↩
  2.  Cf. Larousse, op. cit., art. Omar Ier ↩
  3.  Cf. notre tome I, page 82.  ↩

Le Livre, tome II, p. 251-267

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251 [267]. Source : Internet Archive.

ment pleins de vieux livres. Il achetait des livres dans tous les pays, et possédait des bibliothèques dans les principales villes de l’Europe, notamment à Oxford, à Paris, à Bruxelles, à Gand et à Anvers. Comme il y avait de ces villes où il n’allait jamais, il s’est trouvé propriétaire d’innombrables volumes qu’il n’a jamais vus[251.1].

 

Mais le plus fameux peut-être dans cette catégorie, c’est notre concitoyen Boulard, Antoine-Marie-Henri Boulard (1754-1825)[251.2], exécuteur testamentaire de La Harpe, à qui, durant la Révolution, il avait quasiment sauvé la vie[251.3], ancien notaire, devenu maire

[II.267.251]
  1.  F. Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 265 ; et Larousse, op. cit.  ↩
  2.  Ne pas le confondre avec son homonyme Sylvestre Boulard (1750-1809 ?), imprimeur, libraire et bibliographe, auteur d’un Traité élémentaire de bibliographie (Paris, Boulard, an XIII [1804] ; in-8 ; 140 pp.) ; ni, comme l’a fait très drôlement Jean Darche, dans son Essai sur la lecture, pp. 361 et 363, avec Michel Boulard (1761-1825), ouvrier tapissier, fondateur de l’hospice Saint-Michel, à Saint-Mandé : « Un notaire de Paris, M. Boulard, que certains nomment Tapissier, avait été un bibliophile…. C’est ce même Boulard qui a consacré douze cent mille francs pour l’établissement des vieux ouvriers tapissiers de Saint-Mandé. »  ↩
  3.  « Pendant la Révolution, quoique religieux et riche, Boulard ne fut point inquiété : sa charité fut sa sauvegarde ; et c’est avec un grand courage que, pendant la tourmente, il arracha plusieurs victimes à l’échafaud. Son ami La Harpe, décrété d’arrestation, se réfugia dans sa maison, où il trouva un asile sûr, avant de pouvoir quitter Paris. » (Numa Raflin, A.-M.-H. Boulard, Bulletin de la Société historique du VIe arrondissement de Paris, janvier-juin 1904, p. 47.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 246-262

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 246.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 246 [262]. Source : Internet Archive.

thèque Mazarine. Il avait environ deux mille volumes et quelques objets d’art, qu’il a aimés jusqu’à la mort et qu’il ne lui est pas venu à l’idée de chercher à vendre — pauvre savant ! — afin de durer un peu plus.

« Son concierge et son élève l’Arménien l’accompagnèrent seuls à sa dernière demeure…. « Le malheureux est toujours seul, » disait-il souvent[246.1]. »

 

Non moins émouvante fut la fin du philosophe cartésien, catholique et libéral, Bordas-Demoulin (1798-1859), qui consacra son existence à l’étude et à la recherche de ce qu’il estimait être la vérité. Plein d’insouciance pour la vie matérielle, Bordas ne parvenait pas à se suffire à lui-même, et, maintes fois, sans quelques amis, il serait littéralement mort de faim. Il lui arrivait de garder le lit des journées entières, parce qu’il ne pouvait se tenir debout et encore moins marcher, tant était grande sa faiblesse, due au manque de nourriture. On le voyait toujours sordidement vêtu, chaussé de vieux souliers ramassés au coin des bornes, et toujours oublieux de sa misère, de ce qu’il appelait cependant « les extrémités terribles »[246.2].

Bordas-Demoulin « habitait une petite mansarde

[II.262.246]
  1.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 134-136.  ↩
  2.  Larousse, Grand Dictionnaire, où l’article Bordas-Demoulin est très bien traité. Voir aussi François Huet (1816-1865), Histoire de Bordas-Demoulin. (Paris, Hetzel, 1861 ; in-12.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 240-256

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 240.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 240 [256]. Source : Internet Archive.

Un autre des plus beaux exemples qu’on puisse citer de dévouement aux livres, et aussi de souffrance pour les livres, c’est celui du prélat polonais Joseph-André Zaluski (1701-1774), évêque de Kiew (en russe Kiev ou Kief), dont toute la fortune, tout le temps et toutes les forces furent consacrés à rassembler une bibliothèque qui finit par compter 200 000 volu­mes[240.1]. Jamais, en Europe, un simple particulier n’avait jusqu’alors formé à ses frais une collection aussi considérable. Mais à quel prix ! « Joseph-André était si zélé pour l’agrandissement de sa bibliothèque, dit l’historien Félix Bent­kowski[240.2], qu’afin de pouvoir en soutenir les frais et l’enrichir, il prenait sur son nécessaire ; n’ayant fait à midi qu’un repas frugal, il ne mangeait pour son souper qu’un morceau de pain avec du fromage. »

La bibliothèque de Zaluski, qu’il avait généreusement offerte à ses concitoyens, fut ouverte au public en 1745, et devint la « Bibliothèque nationale polonaise » ; mais les Polonais n’en profilèrent que jusqu’en 1795. A cette époque, les Russes s’étant emparés de la capitale de la Pologne, l’ordre fut

[II.256.240]
  1.  300 000, dit Larousse, op. cit. Près de 300 000, dit le Dr Hœfer, op. cit. Le chiffre de 200 000 est donné par Michaud, op. cit., t. XLV, p. 351 (2e édit.).  ↩
  2.  Ap. Michaud, op. cit.  ↩

Le Livre, tome II, p. 225-241

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225 [241]. Source : Internet Archive.

Au milieu des troubles de la Ligue, le docte médecin Jacques Goupil ou Gopile (….-1564), professeur de botanique à Paris, voit sa bibliothèque mise au pillage, et il en meurt de désespoir[225.1].

Le publiciste et libraire Colnet du Ravel (1768-1832), l’auteur de l’Art de dîner en ville, à l’usage des gens de lettres, succomba de même au chagrin qu’il ressentit en voyant « flotter sur la Seine les livres de l’Archevêché », après le sac de cet édifice, livres qu’il avait été chargé jadis, par le cardinal Fesch, de mettre en ordre, et dont il avait rédigé le catalogue[225.2].

Le philologue strasbourgeois et helléniste passionné Richard Brunck (1729-1803), que des revers de fortune obligèrent, en 1791, à se défaire d’une partie de sa bibliothèque, et qui dut recourir, en 1801,

[II.241.225]
  1.  Michaud, Biographie universelle, art. Goupil ; et Mouravit, op. cit., p. 389 ; « … Jacques Gopile, le docte médecin du xvie siècle, dont Scévole de Sainte-Marthe a compris l’éloge dans le premier livre de ses charmantes petites notices, datées, à Poitiers, de 1598. »  ↩
  2.  Larousse, op. cit. C’est le brave et spirituel Colnet, surnommé « l’Ermite de Belleville », connu de tout Paris pour sa sobriété et pour « ne jamais dîner en ville ». qui répliqua, tout en mangeant sur le coin d’une table, — un jour que le riche et peu scrupuleux Étienne, de l’Académie française, tentait de l’amener à trafiquer de sa plume, et lui disait : « Mais comment pouvez-vous vivre avec d’aussi chétifs gains que les vôtres ? Comment faites-vous ? — Vous voyez, monsieur Étienne, voilà comment je m’y prends : je dîne de deux œufs durs. » (Cf. Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 330.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 207-223

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 207.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 207 [223]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 208.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 208 [224]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 209.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 209 [225]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 210.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 210 [226]. Source : Internet Archive.

d’abord à la caisse ; et, plus il versera, plus son mérite sera grand, son génie transcendant. « Silence au pauvre ! » Ce cri, poussé par Lamennais, en 1848, à propos de la situation faite à la presse, est plus vrai que jamais[207.1].

[II.223.207]
  1.  Cf. Hippolyte Castille, Portraits historiques au xixe siècle, Lamennais, p. 36. Sainte-Beuve a même, en quelque sorte, appliqué ce mot à toute la littérature contemporaine ; il l’a englobée tout entière dans cette accusation et cet anathème : « L’argent, l’argent, on ne saurait dire combien il est vraiment le nerf et le dieu de la littérature d’aujourd’hui ». (Portraits contemporains, t. III, p. 431.) Sur le rôle et l’influence de l’argent à notre époque, Renan a publié les belles et profondes réflexions suivantes, qu’on peut rapprocher du « Panégyrique de la pauvreté », tracé par Proudhon, et que nous avons reproduit dans notre tome I, pages 206-207 : « J’appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l’on ne peut rien faire sans être riche, où l’objet principal de l’ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s’évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune, de telle sorte, par exemple, que le meilleur critérium pour prendre l’élite de la nation soit le cens. On ne me contestera pas, je pense, que notre société ne réunisse ces divers caractères. Cela posé, je soutiens que tous les vices de notre développement intellectuel viennent de la ploutocratie, et que c’est par là surtout que nos sociétés modernes sont inférieures à la société grecque. En effet, du moment que la fortune devient le but principal à la vie humaine, ou du moins la condition nécessaire de toutes les autres ambitions, voyons quelle direction vont prendre les intelligences. Que faut-il pour devenir riche ? Être savant, sage, philosophe ? Nullement ; ce sont là bien plutôt des obstacles. Celui qui consacre sa vie à la science peut se tenir assuré de mourir dans la misère, s’il n’a du patrimoine, ou s’il ne peut trouver à utiliser sa science, c’est-à-dire s’il ne peut trouver à vivre en dehors de la science pure. Remarquez, en effet, que quand un homme vit de son travail intellectuel, ce n’est pas généralement sa vraie science qu’il fait valoir, mais ses qualités inférieures. M. Letronne a plus gagné en faisant des livres élémentaires médiocres que par les admirables travaux qui ont illustré son nom. Vico gagnait sa vie en composant des pièces de vers et de prose, de la plus détestable rhétorique, pour des princes et seigneurs, et ne trouva pas d’éditeur pour sa Science nouvelle. Tant il est vrai que ce n’est pas la valeur intrinsèque des choses qui en fait le prix, mais le rapport qu’elles ont avec ceux qui tiennent l’argent. Je puis sans orgueil me croire autant de capacité que tel commis ou tel employé. Eh bien ! le commis peut, en servant des intérêts tout matériels, vivre honorablement. Et moi, qui vais à l’âme, moi, le prêtre de la vraie religion, je ne sais en vérité ce qui, l’an prochain, me donnera du pain. La profonde vérité de l’esprit grec vient, ce me semble, de ce que la richesse ne constituait, dans cette belle civilisation, qu’un mobile à part, mais non une condition nécessaire de toute autre ambition. De là la plus parfaite spontanéité dans le développement des caractères. On était poète ou philosophe, parce que cela est de la nature humaine et qu’on était soi-même spécialement doué dans ce sens. Chez nous, au contraire, il y a une tendance imposée à quiconque veut se faire une place dans la vie extérieure. Les facultés qu’il doit cultiver sont celles qui servent à la richesse, l’esprit industriel, l’intelligence pratique. Or ces facultés sont de très peu de valeur : elles ne rendent ni meilleur, ni plus élevé, ni plus clairvoyant dans les choses divines ; tout au contraire. Un homme sans valeur, sans morale, égoïste, paresseux, fera mieux sa fortune en jouant à la Bourse, que celui qui s’occupe de choses sérieuses. Cela n’est pas juste ; donc cela disparaîtra. La ploutocratie est donc peu favorable au légitime développement de l’intelligence. L’Angleterre, le pays de la richesse, est de tous les pays civilisés le plus nul pour le développement philosophique de l’intelligence. Les nobles d’autrefois croyaient forligner en s’occupant de littérature. Les riches ont généralement des goûts grossiers et attachent l’idée de bon ton à des choses ridicules ou de pure convention. Un gentleman rider, fût-il un homme complètement nul, peut passer pour un modèle de fashion. Moi, je dis tout bonnement que c’est un sot. La ploutocratie, dans un autre ordre d’idées, est la source de tous nos maux, par les mauvais sentiments qu’elle donne à ceux que le sort a faits pauvres. Ceux-ci, en effet, voyant qu’ils ne sont rien parce qu’ils ne possèdent pas, tournent toute leur activité vers ce but unique ; et, comme pour plusieurs cela est lent, difficile ou impossible, alors naissent les abominables pensées : jalousie, haine du riche, idée de le spolier. Le remède au mal n’est pas de faire que le pauvre puisse devenir riche, ni d’exciter en lui ce désir, mais de faire en sorte que la richesse soit chose insignifiante et secondaire ; que, sans elle, on puisse être très heureux, très grand, très noble et très beau ; que, sans elle, on puisse être influent et considéré dans l’État. Le remède, en un mot, n’est pas d’exciter chez tous un appétit que tous ne pourront satisfaire, mais de détruire cet appétit ou d’en changer l’objet, puisque aussi bien cet objet ne tient pas à l’essence de la nature humaine, qu’au contraire il en entrave le beau développement. » (Ernest Renan, l’Avenir de la Science, pp. 415-418.) La devise de lord Henry Seymour (milord l’Arsouille : 1805-1859) : « Avec de l’argent, on peut tout avoir et tout corrompre : il suffit d’y mettre le prix » (H. de Villemessant, Mémoires d’un journaliste, t. I, p. 245 ; et Larousse, Grand Dictionnaire, art. Original) est tout à fait celle d’une société ainsi organisée, de notre ploutocratie. Les preuves surabondent : une seule suffira. Le nom qui représente le mieux l’argent aujourd’hui, qui est synonyme de richesse, est, sans conteste, le nom de Rothschild. Dernièrement (mai 1905) est mort un des chefs de cette famille, et, dans l’énumération des titres et dignités du défunt, pas un panache ne manque ; Crésus a été tout ce qu’il a voulu et tout ce qu’on peut être ici-bas : noble. — baron (il eût pu être aussi bien duc ou prince), comme si ses aïeux avaient pris part aux Croisades, — membre de l’Institut, commandeur de la Légion d’honneur, grand dignitaire de tous les ordres imaginables, etc., tandis que des écrivains des plus éminents, des penseurs, polémistes ou stylistes de tout premier ordre, comme Proudhon, comme Balzac, Louis Veuillot, Barbey d’Aurevilly, Guy de Maupassant, etc., sont morts pauvres, et, — en supposant qu’ils aient attaché une importance quelconque aux distinctions officielles, — n’ont rien été du tout, absolument rien, pas même petits officiers d’Académie. Ce sont de telles anomalies, — c’est cette écrasante et abominable omnipotence de l’argent qui explique — certains ajoutent même : et qui justifie — les revendications des socialistes et des anarchistes. Heureusement encore, comme nous le disions en parlant de la pauvreté (t. I, p. 207), que les biens les plus appréciables de ce monde, la santé, la bonne humeur, l’amitié, l’intelligence, etc., échappent à cette odieuse tyrannie et ne s’achètent pas !  ↩

Le Livre, tome II, p. 086-102

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086 [102]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087 [103]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089 [105]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091 [107]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092 [108]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093 [109]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.

IV. Dénombrement des livres.
— Beaucoup de livres ou peu ?
— Choix des livres
— Lire beaucoup ou beaucoup relire ?
— Relectures

Nous avons vu[086.1] que Sénèque et Pline le Jeune sont d’avis que « la multitude des livres dissipe l’esprit », et que « beaucoup relire vaut mieux que lire beaucoup de choses » : Multum legendum esse, non multa.

C’est aussi l’opinion de l’Ecclésiaste[086.2] : « Il n’y a

[II.102.086]
  1.  Tome I, pages 17 et 19.  ↩
  2.  Chap. xii, verset 12. Voici, comme simple curiosité, quelques « dénombrements des livres existants ». Le premier, publié en 1823, est dû à l’ingénieux et érudit Gabriel Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, pp. 2-4, note). « Le curieux…. qui s’était occupé à chercher ce que nous appelions la pierre philosophale, c’est-à-dire le nombre approximatif des livres qui ont été mis sous presse depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à 1817, a revu ses calculs et les a continués jusqu’à 1822…. Voici l’exposé sommaire de son travail, qui nous parait plus curieux qu’utile. Il a d’abord puisé dans Maittaire, Panzer et les autres auteurs qui ont travaillé sur les éditions du xve siècle, et y a trouvé un aperçu de 42 000 ouvrages imprimés de 1436, ou plutôt 1450 [date plus probable de l’invention de l’imprimerie], à 1536. Voilà pour le premier siècle. Passant ensuite au dernier siècle (de 1736 à 1822), qui doit lui servir de base pour les calculs des deux siècles intermédiaires, et se servant des renseignements que lui ont fournis, sur le nombre de tous les ouvrages publiés dans ce dernier siècle, les journaux littéraires, les grands catalogues de librairie, ceux des foires d’Allemagne, l’excellente Bibliographie de la France, etc., etc., il a calculé par approximation que, depuis quatre-vingt-six ans, c’est-à-dire depuis 1736, on a pu imprimer en totalité environ 1 839 960 ouvrages : voilà pour le dernier siècle. Restent les deux siècles intermédiaires qui vont de 1536 à 1736. Ici les données étaient plus incertaines ; aussi notre calculateur a établi des proportions progressives de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premières bases les produits du premier et du dernier siècle, et pour secondes bases les événements civils, politiques et religieux qui ont pu, de temps en temps, donner plus d’activité à la presse, comme nous l’éprouvons en France depuis plusieurs années ; de sorte qu’il a trouvé, pour le second siècle, 575 000 ouvrages ; et, pour le troisième, 1 225 000. Ainsi les quatre siècles typographiques donnent le résultat suivant :
    1er siècle, de 1436 [1450] à 1536………42 000 ouvrages
    2e siècle, de 1536 à 1636………575 000 ouvrages
    3e siècle, de 1636 à 1736………1 225 000 ouvrages
    4e siècle, de 1736 à 1822 (incomplet)………1 839 960 ouvrages
    Total………3 681 960 ouvrages

     « Voilà donc, pour les quatre siècles, un total de 3 681 960 ouvrages imprimés dans les différentes parties du monde. Notre amateur suppose que chaque ouvrage, terme moyen, peut être évalué à trois volumes, ce qui nous parait un peu trop fort ; et il porte le tirage aussi, terme moyen, à 300 exemplaires pour chacun. Il en résulterait qu’il serait sorti de toutes les presses du monde jusqu’à ce jour environ 3 313 764 000 volumes ; mais, selon lui, les deux tiers au moins de cette masse énorme ont été détruits, soit par d’un usage journalier, soit par des accidents, soit par l’impitoyable couteau de l’épicier ou de la beurrière, qui, semblable au glaive d’Hérode, s’abat chaque jour sur tant d’innocents. Il ne nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans toutes les bibliothèques publiques et particulières du monde, que 1 104 588 000 volumes. Notre calculateur ajoute que si tous ces volumes, auxquels il donne, terme moyen, un pouce d’épaisseur, étaient rangés les uns à côté des autres, comme dans un rayon de bibliothèque, ils formeraient une ligne de 15 341 500 toises [valeur de la toise : 1 mètre 949], ou de 7 670 lieues de poste. Nous ne présentons ces résultats, — ajoute Peignot, — que pour ce qu’ils valent, les considérant plutôt comme un jeu d’esprit que comme un calcul sérieux, puisqu’ils sont appuyés sur des bases extrêmement vagues, et que la vérification en est impossible. Ils nous paraissent un peu exagérés. Cependant, lorsque l’on considère qu’il a été imprimé plus de 36 000 000 d’exemplaires d’un seul ouvrage, la Bible, et plus de 6 000 000 d’un autre ouvrage, l’Imitation de Jésus-Christ ; que la seule Société biblique britannique, de 1804 à 1820, a distribué à ses frais 2 617 268 Bibles ou Nouveaux Testaments ; que la Société biblique russe en a fait imprimer en seize langues différentes, jusqu’en 1817 seulement, plus de 196 000 exemplaires ; que la Société biblique protestante de Paris en a aussi publié une grande quantité, il faut convenir que le nombre des livres en tous genres est d’une telle immensité, qu’il devient incalculable. On en sera encore plus convaincu quand on saura qu’il existe plus de 80 000 ouvrages sur la seule histoire de France ; le catalogue publié en 1768, 5 volumes in-folio, en renferme déjà près de 49 000. et il y en manque plus de 2 000. »

     Le savant Daunou (1761-1840) a effectué un calcul, calcul partiel, qui ne comprend que les livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’en l’an 1500. « Il résulte d’un travail très intéressant de M. Daunou, inséré dans le Bulletin du bibliophile de 1842, page 396, dit Ambroise Firmin-Didot (Essai sur la typographie, col. 713), sur le nombre et la nature des ouvrages publiés dans le xve siècle, qu’on peut évaluer le nombre des éditions à 13 000, qui, à raison de 300 exemplaires par édition, donneraient environ 4 000 000 de volumes [3 900 000] répandus en Europe en 1501, sur lesquels Daunou estime que les ouvrages de scolastique et de religion forment au moins les six septièmes, et les ouvrages de littérature ancienne et moderne et de sciences diverses un septième. » — Un autre calcul, appliqué à la même période de temps, au xve siècle, et dû au bibliographe Petit-Radel (1756-1836), fournit un total sensiblement plus élevé et certainement exagéré : 5 153 000 volumes. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 100.)

     De son côté, Charles Nodier (1780-1844) a failles remarques suivantes (Mélanges de littérature et de critique, ap. Fertiault, op. cit., p. 350) : « On a calculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l’imprimerie a produits depuis son invention s’élèverait à 3 277 764 000 volumes [ou plutôt 3  313 764 000 ; cf. supra, p. 87], en admettant que chaque ouvrage a été tiré à 300 exemplaires…. D’après cette hypothèse, [en supposant que tous les exemplaires existent : tout à l’heure, dans le calcul de Peignot, nous n’en avions que le tiers, — deux tiers étaient supposés détruits] et en donnant à chaque volume un pouce d’épaisseur seulement, il faudrait, pour les ranger côte à côte sur la même ligne, un espace de 18 207 lieues, qui fait un peu plus du double de la circonférence de la terre…. Mais comme on n’a ordinairement qu’un exemplaire d’un livre, ce qui réduit cette appréciation à la 300e partie, il est probable qu’on pourrait ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siècles sur un rayon de 61 lieues de longueur ; ou, ce qui serait plus facile, plus commode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté…. »

     Un autre « dénombrement » a été effectué plus récemment par un bibliographe américain anonyme. Voici ces calculs, empruntés au Mémorial de la librairie française, 19 février 1903, page 101 : « Un Américain… détaille comme suit les volumes existant dans les États-Unis : 420 000 000 dans les familles ; 150 000 000 chez les savants, écrivains, inventeurs ; 60 000 000 chez les éditeurs et libraires ; 50 000 000 dans les bibliothèques publiques ; 12 000 000 dans les bibliothèques des lycées et collèges ; 8 000 000 chez les étudiants.

     « Pour les autres pays, le Yankee calcule d’après les mêmes proportions, et il obtient : 1 800 000 000 pour l’Europe occidentale ; 460 000 000 pour l’Europe orientale ; 240 000 000 pour le reste du monde. Ce qui forme un total de 3 200 000 000 de volumes répartis sur toute la surface du globe terrestre.

     « Mais, tandis que le statisticien opiniâtre amasse ses données et additionne ses chiffres, d’autres livres paraissent. Par an, l’Allemagne publie 25 000 livres nouveaux [ou 25 000 seulement] ; la France, 13 000 ; l’Italie, 10 000 ; [les États-Unis, 8 300 : Mémorial de la librairie française, 18 mai 1905, p. 270] ; l’Angleterre, 7 000. Il faut joindre à cela la production annuelle des autres pays, et l’on a un total de 75 000 livres nouveaux par an dans le monde entier. Si l’on suppose que chacun de ces ouvrages est tiré en moyenne à 1 000 exemplaires, la provision mondiale de volumes s’accroît donc annuellement de 75 000 000 d’unités. »

     Quant à la richesse des grandes bibliothèques publiques des divers pays, au nombre de volumes qu’elles renferment, voici les chiffres que je puise principalement, pour la France, dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France publié sous la direction de M. Paul Joanne, et, pour les autres pays, dans le précieux annuaire Minerva, Jahrbuch der gelehrten Welt, 1903-1904.

     France. Paris : Bibliothèque Nationale, la plus riche de toutes les collections existantes, et celle qui contient le plus de livres rares : environ 3 000 000 de volumes (3 500 000, dit le Nouveau Larousse illustré) ; les rayons sur lesquels ces livres sont rangés « formeraient, mis bout à bout, une longueur de 60 kilomètres » ; près de 300 000 cartes géographiques, et plus de 100 000 manuscrits (Minerva). (Sur les origines de la Bibliothèque Nationale, voir notre tome I, pages 103-108, et l’Index alphabétique.) Bibliothèque de l’Arsenal : 250 000 vol., 8 000 mss (Minerva dit : 454 000 vol., 9 654 mss). Bibliothèque Mazarine : 250 000 vol. (Minerna : 300 000 vol.); 4 500 mss (chiffre officiel). Bibliothèque Sainte-Geneviève : 200 000 vol., 4 000 mss. Bibliothèque de la Sorbonne ou de l’Université : 125 000 vol. et quelques manuscrits. — Besançon : 130 000 vol. (Minerva : 100 000 vol., 2 200 mss). — Bordeaux : 170 000 (200 000) vol., 1 500 mss (cf. Joanne, op. cit., t. I, pp. 504 et 508). — Douai : 80 000 vol. — Grenoble : 400 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 172 000 vol., 2 090 mss). — Lille : 75 000 vol., 800 mss (Minerva : 100 000 vol., 1 432 mss, et Bibliothèque de l’Université : 194 000 vol. ; le Guide Joanne, le Nord (1902), page 228, donne aussi, pour la Bibliothèque municipale de Lille, 100 000 vol. et 900 mss). — Lyon : 130 000 vol., 2 400 mss (Minerva : 250 000 vol.). — Marseille : 90 000 vol., 1 350 mss (Minerva : 112 000 vol., 1 689 mss). — Montpellier : 130 000 vol. — Nancy : 88 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 118 596 vol., 1 471 mss) ; Bibliothèque de l’Université : 37 000 vol. (Minerva : 141 270 vol.). — Rouen : 135 000 vol., 3 800 mss. — Toulouse : 100 000 vol. (Minerva : 200 000 vol., 1 000 mss). — Troyes : 80 000 vol., 2 700 mss (Minerva : 125 000 vol., 6 000 mss). — Versailles : 150 000 vol.

     Allemagne. Berlin : 1 228 000 vol., 33 000 mss. — Augsbourg : 200 000 vol., 2 000 mss. — Bamberg : plus de 300 000 vol., 4 500 mss. — Bonn, Bibliothèque de l’Université : 301 500 vol., 1 452 mss. — Breslau : 312 000 vol., 3 700 mss. — Cassel, Bibliothèque nationale (Landesbibliothek) : 191 500 vol., 700 mss ; Bibliothèque municipale (der Stadt) : 124 000 vol., 5 711 mss. — Cologne : 180 000 vol. — Dresde : 468 000 vol., 6 000 mss. — Francfort-sur-Mein : 298 000 vol. — Gœttingue, Bibliothèque de l’Université : 518 000 vol., 6 369 mss. — Gotha : plus de 180 000 vol., environ 7 000 mss. — Halle, Bibliothèque de l’Université : 216 000 vol., 938 mss. — Hambourg : 341 000 vol., 7 000 mss. — Heidelberg, Bibliothèque de l’Université dite la Palatine, fondée en 1390 : 400 000 vol., 4 000 mss et 3 000 papyrus. (Sur la Bibliothèque Palatine, voir infra, chap. xii, p. 274.) — Iéna. Bibliothèque de l’Université : plus de 200 000 vol., 900 mss. — Koenigsberg, Bibliothèque de l’Université : 262 000 vol., 1 500 mss. — Mayence : 200 000 vol., 1 100 mss. — Munich : 1 000 000 de vol., 40 000 mss. — Strasbourg : 114 500 vol., 783 mss ; Bibliothèque de l’Université : 843 000 vol. — Stuttgart : 500 000 vol., 5 000 mss. — Tubingen, Bibliothèque de l’Université : 420 000 vol., 3 800 mss.

     Angleterre. Londres, British Museum : 2 000 000 de vol. (Mémorial de la librairie française, 10 février 1903, page 101), — Oxford, la célèbre Bodléienne (de Thomas Bodley, son fondateur, mort en 1612) : 500 000 vol., 30 000 mss.

     Autriche. Vienne : 900 000 vol., 24 000 mss. — Budapesth, Bibliothèque de l’Université : 242 000 vol., 2 048 mss. — Cracovie, Bibliothèque de l’Université : 366 000 vol., 6 215 mss. — Lemberg (Léopol ou Lwów), Bibliothèque de l’Université : 177 000 vol.; Institut national Ossolinski : 113 000 vol., 4 505 mss. — Prague, Bibliothèque de l’Université : 307 000 vol., 3 312 mss.

     Belgique. Bruxelles : 500 000 vol., 27 000 mss.

     Danemark. Copenhague : 600 000 vol., 20 000 mss.

     Espagne. Madrid : 600 000 vol., 30 000 mss. — Escurial : environ 30 000 vol., 4 627 mss.

     Hollande. La Haye : 115 000 vol. — Leyde, Bibliothèque de l’Université : 190 000 vol., 6 400 mss.

     Italie. Rome, Bibliothèque Angélique (fondée par l’érudit Angelo Rocca vers 1614) : environ 80 000 vol., 2 326 mss ; Bibliothèque Barberini (la Barberiniana) : 60 000 vol., 10 000 mss ; Bibliothèque Casanatense (du nom du cardinal napolitain Casanate), dite aussi Bibliothèque de la Minerve : 114 856 vol., 5 431 mss ; Bibliothèque de l’Université, dite aussi Bibliothèque Alexandrine ou de la Sapienza : 110 000 vol., 312 mss ; Bibliothèque Vaticane : 24 000 mss (dont 5 000 grecs, 16 000 latins et 3 000 orientaux) ; Bibliothèque nationale centrale Victor-Emmanuel : 350 000 vol., 6 200 mss. — Ferrare : 91 000 vol., environ 2 000 mss. — Florence, Bibliothèque royale nationale (la Magliabecchiana, du savant Magliabecchi, mort en 1714, dont nous parlerons plus loin) : 496 000 vol., 18 731 mss ; Bibliothèque Mediceo-Laurenziana (la Laurentienne, fondée en 1444 par Cosme de Médicis ; « fondée en l’église de Saint-Laurent par le pape Clément VII » [Jules de Médicis, ….-1534], dit Diderot (Encyclopédie, art. Bibliothèque : Œuvres complètes, t. XIII, p. 457) ; elle passa longtemps pour la plus riche bibliothèque de l’Europe) : 10 801 vol., 9 676 mss ; Bibliothèque Maracelliana (fondée par l’abbé Marucelli, mort en 1713) : 150 000 vol., 1 500 mss ; Bibliothèque Ricciadiana (fondée en 1600 par la famille Riccardi) : 33 500 vol., 3 905 mss. — Milan, Bibliothèque nationale (la Brera) : 231 000 vol., 1 684 mss ; Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise, fondée vers 1608, par le cardinal Borromée) : 200 000 vol., 8 300 mss. — Naples, Bibliothèque nationale dite Borbonica (fondée en 1734, et ouverte au public en 1804, par Ferdinand IV de Bourbon) : 380 000 vol., 7 874 mss. Il existe à la Borbonica « une salle spéciale pour les aveugles, très nombreux à Naples, et à qui l’on fait la lecture moyennant une légère rétribution ». (Larousse, op. cit., art. Bibliothèque, t. II, p. 697, col. 4.) — Padoue, Bibliothèque de l’Université : 148 000 vol., 2 326 mss. — Palerme, Bibliothèque nationale : 160 000 vol., 1 532 mss ; Bibliothèque communale : 216 000 vol., 3 263 mss. — Turin, Bibliothèque nationale (précédemment Bibliothèque de l’Université) : 300 000 vol., 4 146 mss (antérieurement à l’incendie du 26 janvier 1904). — Venise, Bibliothèque Saint-Marc (la Marciana, commencée par Pétrarque, mais réellement fondée par le cardinal Bessarion, en 1468) : 405 000 vol., 12 000 mss.

     Portugal. Lisbonne : 400 000 vol., 15 000 mss.

     Russie. Saint-Pétersbourg   1 500 000 vol., 33 347 mss. — Moscou, Bibliothèque de l’Université : 282 000 vol. — Varsovie, Bibliothèque de l’Université : 526 000 vol., 1 384 mss.

     Suède et Norvège. Christiania, Bibliothèque de l’Université : 403 000 vol. — Stockholm, Bibliothèque royale : 315 000 vol., 10 435 mss. — Upsal, Bibliothèque de l’Université : 315 654 vol.

     Suisse. Bâle : 250 000 vol., 1 500 mss. — Genève : 150 000 vol., 1 500 mss. — Zurich : 170 000 vol., 4 500 mss.

     Amérique du Nord. États-Unis. Boston : 850 000 vol. — Chicago, Bibliothèque publique : 300 000 vol. ; Bibliothèque de l’Université : 367 000 vol. — New-York, Bibliothèque de l’Université : 362 000 vol. — Philadelphie. Bibliothèque de l’Université : 224 000 vol. — Washington, Bibliothèque du Congrès : 1 195 535 vol., 103 115 mss (1 800 000 mss, dit le Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, septembre 1905, p. 169).

     Amérique du Sud. Buenos-Ayres : 97 000 vol. — Montevideo : 40 000 vol., 1 580 mss. — Rio-de-Janeiro : 266 000 vol. — Santiago de Chili : 112 000 vol., 7 000 mss.

     Certains bibliographes et théologiens d’autrefois, comme le Père Kircher (Athanase Kircher, célèbre jésuite allemand : 1602-1680), ont cru qu’il existait en Éthiopie, au monastère de la Sainte-Croix, une bibliothèque merveilleuse contenant dix millions cent mille volumes, tous sur parchemin. Voici ce qu’écrivent à ce sujet Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, pp. 141-142 (Paris, Estienne Michallet, 1680) ; Diderot, dans l’Encyclopédie, art. Bibliothèque (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 451-452 ; Paris, Garnier, 1876) ; d’autres encore : « Tout cela n’est rien en comparaison de la bibliothèque qu’on dit être dans le monastère de la Sainte-Croix, sur le mont Amara, en Éthiopie. L’histoire rapporte qu’Antoine Brieus et Laurent de Crémone furent envoyés dans ce pays par Grégoire XIII pour voir cette fameuse bibliothèque, qui est divisée en trois parties, et contient en tout dix millions cent mille volumes, tous écrits sur de beau parchemin, et gardés dans des étuis de soie. On ajoute que cette bibliothèque doit son origine à la reine de Saba, qui, lorsqu’elle visita Salomon, reçut de lui un grand nombre de livres, particulièrement ceux d’Énoch sur les éléments et sur d’autres sujets philosophiques, avec ceux de Noé sur des sujets de mathématiques et sur le rit sacré ; et ceux qu’Abraham composa dans la vallée de Mambré…. On y trouve aussi les livres de Job, ceux d’Esdras, des sibylles, des prophètes, etc. Nous rapportons ces opinions, moins pour les adopter que pour montrer que de très habiles gens y ont donné leur créance, tels que le Père Kircher, jésuite. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 084-100

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

est d’écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d’eux[084.1] » : et Napoléon[084.2], et le poète Lebrun-Pindare, et Mirabeau, Morellet, Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l’astronome Lalande, l’abbé Mercier de Saint-Léger, l’abbé Rive, le moraliste Joubert[084.3], Paul-Louis Courier, les érudits Boissonade et Éloi Johanneau, le bibliophile belge Van Hulthem[084.4], Charles Nodier[084.5], Jacques-Charles Bru-

[II.100.084]
  1.  Voltaire, lettre à Mme de Saint-Julien, 15 décembre I766 : Œuvres complètes, t. VIII, p. 535.  ↩
  2.  A Sainte-Hélène, Napoléon lut en un an soixante-douze volumes. Non seulement il dictait des notes, mais surtout il écrivait abondamment sur les marges. « Ce goût, ce besoin peut-être, de l’annotation, remontait loin dans les habitudes de l’empereur : sa correspondance, durant son séjour à Auxonne, de juin 1790 à avril 1791, nous permet de le surprendre annotant tous les livres, dès lors fort nombreux, qu’il parvenait à se procurer. » (Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, mars 1904, p. 117.)  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 182-183. « Il (Joubert) lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. » (Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, en tête des Pensées de Joubert, t. I, p. xlv ; Paris, Didier, 1862.)  ↩
  4.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Hulthem (Van).  ↩
  5.  Nodier avait, paraît-il, une arrière-pensée en annotant ses livres, celle d’en trafiquer et de leur donner une plus-value : « Nodier trouva fort bon de faire, pour son propre compte, une petite spéculation sur les livres annotés par lui. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 156, n.) Lamennais se contentait d’apposer sa signature sur ses livres pour en augmenter le prix : « M. de Lamennais… a trouvé moyen, dans une occasion, de se moquer un peu de l’innocente fantaisie de ceux qui, comme moi, mettent du prix même à la simple signature d’un homme célèbre. Ayant eu connaissance, lors de la première vente de sa bibliothèque, en 1836, de cette petite manie des amateurs, il écrivit, d’une écriture bien évidemment récente, bien flamboyante, sur tous ses livres : F. de Lamennais, afin qu’ils se vendissent un peu mieux et un peu plus cher. » Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 185.)  ↩

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