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Le Livre, tome III, p. 157-171

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 157.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 157 [171]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 158.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 158 [172]. Source : Internet Archive.

A propos de l’impression, nous adresserons encore une fois aux lecteurs la recommandation que nous leur avons faite en parlant des papiers : « Ménagez vos yeux ! »

Donc, à part les dictionnaires et ouvrages de référence, à part les sommaires, les notes, index, tableaux, etc., où l’on est bien obligé de réduire et serrer le texte, pas de livres imprimés en caractères trop fins, et, pour préciser, en caractères inférieurs au « corps huit »[157.1]. On sait que les caractères d’imprimerie, — qui sont composés de plomb et d’antimoine ou régule (environ 4 de plomb pour 1 d’antimoine), — se mesurent et se classent par points, quel que soit d’ailleurs leur genre, qu’ils appartiennent au romain, à l’elzevier ou à l’italique : nous verrons dans un instant ce que signifient ces noms. Le point[157.2], unité typographique, n’a pas

[III.171.157]
  1.  Tel est le chiffre donné approximativement par M. Émile Javal, dans sa Physiologie de la lecture et de l’écriture, p. 121 : « … Ceci nous amène à faire choix de caractères d’environ huit points…. » Le célèbre oculiste allemand Hermann Cohn, professeur à l’Université de Breslau, va bien plus loin, et, dans son livre Comment doivent être les caractères de labeur et de journaux, conseille « de ne pas employer de corps au-dessous du dix ». Il ajoute qu’on doit, d’une façon générale, interligner très fortement. (Cf. le Courrier du livre, 1er août 1903, p. 459.)  ↩
  2.  L’invention du point typographique est due à Pierre-Simon Fournier, alias Fournier le Jeune [1712-1768] ; elle remonte à 1737 environ ; mais la mesure initiale dont s’était servi cet imprimeur et graveur était conventionnelle, partant sujette à discussions et à erreurs (cf. Émile Leclerc, op. cit., pp. 40 et 42). Le « point Fournier » fut modifié en 1753 par François-Ambroise Didot, qui prit pour base la mesure légale d’alors le pied de roi [0m,324, d’après Littré], dont il divisa la ligne [0m,0022558, d’après Littré] en six parties égales, en six points [0m,0022558 : 6 = 0,00037597, soit 0mm,376 ou 0mm,38]. Un caractère d’imprimerie ayant exactement pour longueur ces six points se nomme le six ; s’il a un point de plus, c’est-à-dire sept points, le sept ; huit points, le huit ; etc. (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 846.) — C’est Fournier le Jeune qui a dit que « la théorie d’un art si utile (l’imprimerie) ne devrait être ignorée d’aucun de ceux à qui l’usage des livres est familier », et qu’ « il serait à souhaiter que tout homme de lettres fût en état de juger sainement de la mécanique de ses productions ». (Manuel typographique, t. I, p. ix.) Voir aussi le Courrier du livre, 15 avril 1906, p. 245.  ↩

Le Livre, tome III, p. 141-155

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 141 [155]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 142 [156]. Source : Internet Archive.

imprimeurs d’aujourd’hui ont des marques analogues, monogrammes ou vignettes, qu’ils placent au-dessus de leur firme[141.1], c’est-à-dire du nom et de l’adresse de leur maison[141.2].

Voici quelques-unes de ces anciennes marques, dont, le plus souvent et pour abréger, j’ai supprimé la devise, presque toujours « héroïque » ou à équivoque :

Les Alde (Alde Manuce : 1449-1515) avaient pour marque une Ancre, autour de laquelle était enroulé un dauphin ;

Arnould et Charles Angelier (1542)[141.3] : deux Anges liés ;

[III.155.141]
  1.  De l’anglais firm : du bas-latin firma, convention, maison de commerce, raison sociale. Daupeley-Gouverneur, (le Compositeur et le Correcteur typographes, p. 180) écrit à tort « le firme » : ce mot est du féminin : cf. Littré, op. cit., Supplément.  ↩
  2.  « Il y a vingt-cinq ans, j’étais fondeur en caractères, et je préparais un spécimen pour l’Exposition. Je cherchais à imiter nos anciens et à trouver une devise qui pût bien faire en tête de mon spécimen. Le hasard me fit rencontrer, dans un vieux livre espagnol, la devise que je cherchais : c’étaient les vingt-cinq lettres de l’alphabet rangées en cercle, avec cette inscription : Vis bene conjunctis. « leur force est dans leur bon assemblage ». C’était une devise de fondeur et d’imprimeur, une devise qui me semble d’une profonde vérité. Faites un bon assemblage de lettres, il en sortira un livre qui élèvera les âmes et servira l’humanité. » (Édouard Laboulaye, la Science du bonhomme Richard, la Jeunesse de Franklin, p. 42 ; Paris, Henry Bellaire, 1872.)  ↩
  3.  La plupart des dates, mises ainsi entre parenthèses dans cette liste, désignent des millésimes de publications faites par ces imprimeurs-éditeurs, et indiquent, par conséquent, à quelle époque ils vivaient ; presque toutes sont empruntées à l’ouvrage d’Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, passim.  ↩

Le Livre, tome III, p. 137-151

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 137.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 137 [151]. Source : Internet Archive.

présent ; lẽq̃l pour lequel ; Dñs pour Dominus ; etc.[137.1]. Ces modes d’abréviation provenaient des manuscrits, où ils étaient en nombre bien plus considérable encore. Une partie des syllabes, parfois toutes les lettres d’un mot, sauf la première, étaient supprimées. Ainsi, dans un manuscrit connu sous le nom de Virgile d’Asper, qu’on date du xie siècle, et actuellement à la Bibliothèque nationale, le texte est écrit de telle sorte qu’il faut, pour le lire, le connaître par cœur. Le premier vers des Bucoliques y est représenté sous cette forme :

Tityre, t. p. r. s. t. f.

pour :

Tityre, tu patulæ recubans sub tegmine fagi.

Ces abréviations, où une ou deux lettres initiales servent à exprimer un mot entier, portent le nom de sigles[137.2]. Les sigles étaient très fréquemment usités non seulement dans les manuscrits, mais dans les inscriptions lapidaires, sur les médailles, etc. Quant aux notes tironiennes, ce sont aussi de simples lettres, initiales ou médianes, employées pour figurer des mots entiers et abréger l’écriture. Ce nom vient de Tullius Tiro, affranchi de Cicéron, qui perfectionna ce système de sténographie[137.3].

[III.151.137]
  1.  Cf. L.-A. Chassant, Dictionnaire des abréviations latines et françaises…. (Paris, Aubry, 1866.)  ↩
  2.  De siglæ, contracté de singulæ : — singulæ litteræ : cf. Littré, op. cit., art. Sigle.  ↩
  3.  Cf. Ludovic Lalanne, op. cit., pp. 46 et s.  ↩

Le Livre, tome III, p. 136-150

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 136.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 136 [150]. Source : Internet Archive.

c’est par ce mot Explicit… ou Cy finist… que ce dernier paragraphe commençait d’ordinaire), opposé à suscription et à incipit. La souscription porte aussi les noms d’adresse et de colophon (κολοφών, achèvement). M. Henri Bouchot[136.1] et, après lui, M. Édouard Rouveyre[136.2] emploient aussi dans ce sens le mot signature, qui, en bibliographie, désigne spécialement les lettres ou chiffres placés en pied de la première page de chaque feuille, et peut, par conséquent, prêter ainsi à confusion.

6º La quantité d’abréviations : un ƶ pour la conjonction et ; — une sorte de 3 ou de 9 pour la particule latine cum ou la particule française con, et pour la finale de certains mots : te ou te = tecum ; neq = neque ; quib = quibus ; no = nous ; vo = vous ; etc. ; — le q avec la partie inférieure traversée par un trait en forme de croix pour signifier quam ou quod ; — le signe  correspondant au latin rum : nostro = nostrorum ; angelo = angelorum ; quo = quorum ; ea = earum ; ut = utrumque ; etc. ; — la fréquente suppression de certaines lettres remplacées par un petit trait horizontal, appelé titre[136.3], placé au-dessus du mot ainsi abrégé : nr̃e pour notre ; bõs pour bons ; presẽt ou même pr̃s̃t pour

[III.150.136]
  1.  Le Livre, l’Illustration, la Reliure, pp. 33, 36, 56 et 103.  ↩
  2.  Connaissances nécessaires à un bibliophile, 5e édit., t. II, p. 204.  ↩
  3.  En latin titulus ; en espagnol tilde (ñ, n tilde) : cf. Littré, op. cit., art. 2. Titre.  ↩

Le Livre, tome III, p. 135-149

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135 [149]. Source : Internet Archive.

3º L’absence de signatures, de réclames[135.1], de pagination, et, dans les plus anciens incunables, de registre, c’est-à-dire de la table indicatrice des cahiers composant l’ouvrage : ces cahiers étaient indiqués par les premiers mots de leur première page[135.2].

4º L’absence de titre séparé ou frontispice[135.3] : le titre, ou plutôt le sujet du livre, se trouvait énoncé au début du texte, dans ce qu’on nomme la suscription ou l’incipit ; c’est par ce dernier mot, ou par son équivalent : Cy commence… que commençait le plus souvent le texte. « C’est vers 1476 ou 1478 qu’on a commencé à imprimer les titres de livres sur un feuillet séparé, et les titres des chapitres se voient déjà dans les Épitres de Cicéron, de 1470[135.4]. »

5º L’absence du nom de l’imprimeur, du lieu et de la date de l’impression : ces indications ne tardèrent pas à figurer à la dernière page des volumes, dans un paragraphe final appelé souscription ou explicit (qui signifie finit, se termine, est déroulé ; sous-entendu le mot volume, et par allusion aux anciens manuscrits, qui avaient la forme de rou­leaux[135.5] :

[III.149.135]
  1.  Sur la signification de ces mots, voir supra, p. 96.  ↩
  2.  Cf. ce qui est dit ci-dessus (p. 97, n. 2), à propos de l’imposition au début de l’imprimerie.  ↩
  3.  « Frontispice : titre orné de figures gravées ou imprimées. » (Littré, op. cit.) Voir infra, p. 214, n. 2.  ↩
  4.  Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, p. 72, n. 1.  ↩
  5.  Cf. notre tome I, page 57.  ↩

Le Livre, tome III, p. 118-132

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 118.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 118 [132]. Source : Internet Archive.

cimonieusement mesurée : l’in-18 est moins encombrant que l’in-8, et, sous un format plus restreint, contient ou peut contenir autant de matière. Il n’y a souvent que les marges qui diffèrent. Cela est si vrai que plusieurs éditeurs, après avoir fait paraître un ouvrage en in-8, le publient en in-18 sans changer la justification, c’est-à-dire la « longueur des lignes[118.1] », et en se servant de la même composition. Exemple : la maison Calmann Lévy pour nombre de ses volumes : Correspondance de Mérimée, comédies de Dumas fils, d’Émile Augier, etc., œuvres diverses du duc de Broglie, du comte d’Haussonville, etc. Ces volumes sont mis en vente d’abord en in-8 à 7 fr. 50 ; puis, lorsque cette vente est épuisée, les clichés provenant des emprein­tes[118.2] de ces mêmes volumes in-8 servent à tirer les in-18, cotés 3 fr. 50. Ce système a le triple avantage de contraindre les personnes pressées de lire un de ces volumes à le payer 7 fr. 50 au lieu de 3 fr. 50, d’augmenter de cette différence les bénéfices de l’éditeur, et aussi de permettre aux amateurs de grands papiers de satisfaire leur goût.

D’autres motifs militent encore en faveur du format in-18 et le font de plus en plus préférer à l’in-8[118.3] ;

[III.132.118]
  1.  Littré, op. cit.  ↩
  2.  Sur ces termes, voir infra, pp. 185 et suiv.  ↩
  3.  Nous rappelons ce que nous avons dit, Page 93, que nous entendons toujours par in-18 l’in-18 jésus (0,117 × 0,183), et par in-8 l’in-8 cavalier (0,155 × 0,23).  ↩

Le Livre, tome III, p. 088-102

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 88.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 88 [102]. Source : Internet Archive.

sions : in-octavo, in-douze, in-seize, in-dix-huit, etc., s’appliquant exclusivement au mode de pliage de la feuille (in-octavo indique que la feuille a été pliée de façon à former 8 feuil­lets[088.1] ou 16 pages ; in-douze, de façon à former 12 feuillets ou 24 pages ; in-seize, de façon à former 16 feuillets ou 32 pages ; etc.), sans faire connaître les dimensions premières de cette feuille, ne signifient pour ainsi dire rien. Elles n’ont et ne peuvent avoir un sens précis qu’à condition d’être suivies de la désignation catégorique du papier, du nom du format des feuilles : in-octavo jésus, in-douze raisin, in-seize cavalier, etc., nom qu’on omet cependant très souvent dans le langage usuel.

Il est à remarquer, en outre, qu’autrefois, dans le papier fabriqué à la forme, la position des vergeures, des pontuseaux et de la marque d’eau[088.2] après le pliage de la feuille, pouvait aider facilement à la détermination du format du volume. Selon le nombre de fois que la feuille était pliée sur elle-même, la marque d’eau se trouvait ou au milieu du feuillet, ou au fond, ou au sommet, etc.[088.3] ; les ver-

[III.102.088]
  1.  On appelle feuillet « chaque partie d’une feuille de papier formant deux pages », recto et verso (Littré, op. cit.). La feuille, par conséquent et comme on va le voir, donne toujours un nombre de pages double du chiffre indicatif du format.  ↩
  2.  Sur ces termes, voir supra, p. 28.  ↩
  3.  Cf. Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile, t. II, p. 431.  ↩

Le Livre, tome III, p. 082-096

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 82.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 82 [096]. Source : Internet Archive.

peut renfermer plusieurs tomes, mais qu’un tome ne fait presque jamais plusieurs volumes. Enfin un volume peut former à lui seul un ouvrage indépendant et complet ; un tome, jamais, en réalité ; il fait toujours partie d’un ouvrage : « il n’y a tome que s’il y a division », selon l’expression de Littré[082.1].

« Un volume relié ou broché de peu d’épaisseur » est une pla­quette[082.2], et « un petit ouvrage de peu de feuilles et qui n’est que broché » est une bro­chure[082.3]. Pièce est synonyme de bro­chure[082.4]. Mais où finissent la brochure et la plaquette, et où commence le volume ? Il n’y a aucune règle précise à cet égard. « A la Bibliothèque nationale on considère comme pièces toutes les impressions qui ont moins de 49 pages[082.5]. » M. Albert Maire dit qu’ « une brochure est un ouvrage qui n’atteint pas 100 pages ; au-dessous et jusqu’à 50 pages elle peut se nommer une pla­quette[082.6] ». D’autres appellent plaquette tout in-8 ou in-12 ne dépassant pas 100 pages.

Quant au mot exemplaire, il désigne un ouvrage complet, abstraction faite du nombre de pages aussi bien que du nombre de volumes et de tomes qu’il

[III.096.082]
  1.  Op. cit., art. Tome.  ↩
  2.  Littré, op. cit.  ↩
  3.  Id., op. cit.  ↩
  4.  Cf. Léopold Delisle, Instructions élémentaires et techniques pour la mise et le maintien en ordre des livres d’une bibliothèque, p. 14.  ↩
  5.  Id., op. cit., p. 94, n. 1.  ↩
  6.  Manuel pratique du bibliothécaire, p. 297.  ↩

Le Livre, tome III, p. 081-095

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 81.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 81 [095]. Source : Internet Archive.

pages que renferme chaque feuille[081.1] ». On comprend, en effet, que plus la feuille renfermera de pages (c’est-à-dire plus elle sera pliée sur elle-même), plus ces pages seront restreintes en hauteur et en largeur, plus par conséquent le volume sera petit ; et, inversement, moins la feuille renfermera de pages (c’est-à-dire moins elle aura été pliée), plus sera étendue la surface de chacune de ces pages, plus grand par suite sera le volume. Quant à l’épaisseur, c’est-à-dire au nombre de feuilles que le volume contient, il n’en est pas question ; elle n’entre pas en ligne de compte dans la détermination du format : celui-ci ne dépend, encore une fois, que de la superficie, et n’indique que la hauteur et la largeur du volume.

On confond souvent les expressions tome et volume. Le tome (τόμος, section) est une partie d’un ouvrage, une division, plus ou moins rationnelle, faite par l’auteur lui-même, division analogue à celle de l’ouvrage en livres, sections, chapitres, etc. Le volume (du latin volumen) indique une division matérielle dépendant uniquement de la reliure ou du brochage. Le plus souvent la division par volumes concorde avec la division par tomes ; cependant il n’est pas rare de trouver deux tomes reliés en un volume ; il est très rare, au contraire, qu’il faille plusieurs volumes pour contenir un seul tome. On peut donc dire, d’une façon générale, qu’un volume

[III.095.081]
  1.  Littré, op. cit., art. Format.  ↩

Le Livre, tome III, p. 040-054

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40 [054]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41 [055]. Source : Internet Archive.

duisent de si beaux papiers de luxe, n’ont pas cessé d’employer le collage à la gélatine, qui donne au papier un beau lustre et une certaine sonorité[040.1]. »

Le collage végétal, le plus répandu aujourd’hui en tout pays[040.2], s’opère à l’aide d’une sorte de savon résineux, préparé par la fusion de la résine avec du carbonate de soude ; l’addition d’un peu d’alun dans la pile raffi­neuse[040.3] précipite un composé résineux d’alumine, qui agglutine les fibres du papier, reconstitue ainsi l’adhérence primitive et naturelle existant entre les fibres végétales avant leur transformation en pâte, et permet d’écrire sur ce papier avec de l’encre ordinaire[040.4]..

Le papier collé est donc celui qui ne boit pas l’encre ordinaire, et le papier non collé, celui qui boit cette encre : les papiers buvards ou brouil­lards[040.5],

[III.054.040]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 252.  ↩
  2.  Id., op. cit., p. 240. Il existe aussi « une espèce de collage mixte, dit végéto-animal : c’est un mélange de gélatine, de résine, de fécule et d’alun ». (Id., op. cit., p. 241.)  ↩
  3.  Cf. id., op. cit., p. 239.  ↩
  4.  Cf. G.-A. Renel, la Nature, 18 janvier 1890, p. 102 ; Paul Charpentier, op. cit., p. 112 ; etc.  ↩
  5.  On fait souvent de papier brouillard le synonyme absolu de papier buvard. (Cf. Hatzfeld, Dictionnaire ; Littré, Larousse, op. cit.). On désigne cependant plus particulièrement sous le nom de papier brouillard un papier non collé mais calandré, d’ordinaire plus mince et plus léger que le papier buvard habituel, et d’ordinaire aussi de couleur brune, jaunâtre ou grise, qui s’emploie en pharmacie et thérapeutique (pansements), et sert en outre tout spécialement à confectionner les papillotes. Une sorte de papier buvard et de papier à filtrer a reçu, en raison de sa couleur, le nom de papier gris ↩

Le Livre, tome III, p. 031-045

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31 [045]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32 [046]. Source : Internet Archive.

sur une pièce de feutre ou flotre[031.1], où, semblable à une crêpe, la feuille de pâte, c’est-à-dire de papier, vient se déposer, se coucher.

Le plongeur retire de la cuve sa seconde forme, à laquelle il fait subir la même opération qu’à la première. Le coucheur, en rapportant la première forme, prend cette seconde, qu’il va de même retourner sur un second feutre, placé sur la première feuille ; et, sur cette seconde feuille, il applique un troisième feutre destiné à recevoir la troisième feuille, etc.

« Ainsi l’on voit qu’au moyen de deux formes, qui sont toujours en mouvement, il n’y a point de temps de perdu : pendant qu’une forme se plonge, l’autre se couche ; quand le plongeur passe une forme au coucheur, il en reçoit une autre qui est vide, sur laquelle il pose la couverte, qu’il retire de dessus la première, et il plonge de nou­veau[031.2]. » Bien entendu, « les deux ouvriers doivent prendre soin de régler leurs mouvements, pour bien travailler d’accord, afin que l’un n’ait pas à attendre l’autre[031.3]. »

Lorsque les feuilles de feutre et de papier, ainsi intercalées et superposées, ont atteint une certaine hauteur, sont au nombre de 150 ou 200[031.4], on trans-

[III.045.031]
  1.  Le mot flotre, qu’on écrit aussi flôtre, s. m., « est une altération de feutre ». (Littré, op. cit. ↩
  2.  Lalande, op. cit., pp. 54-55.  ↩
  3.  Louis Figuier, op. cit., pp. 244-245.  ↩
  4.  M. G. d’Avenel (op. cit., p. 54) dit 800 feuilles. Louis Figuier (op. cit., p. 246) dit : La passe se compose de 6, 7 et 8 mains » (soit, — la main étant de 25 feuilles, — 150, 175 ou 200 feuilles). On nomme quet « l’assemblage et le nombre de 26 feuilles de papier avec leurs feutres ». (Littré, op. cit.) « Les ouvriers de cuve appellent un quet l’assemblage de 26 feuilles ; la porse est composée d’un certain nombre de quets, qui varie suivant la grandeur du papier. La porse de couronne a 10 quets, ou 260 feuillets, c’est-à-dire une demi-rame, et 10 feuilles de plus pour indemniser le fabricant du cassé. La porse n’est quelquefois que de 100 feuilles, lorsqu’on travaille dans les plus grandes sortes. » (Lalande, op. cit., p. 57.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 026-040

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 26.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 26 [040]. Source : Internet Archive.

d’Essonnes, Louis Robert[026.1], et maintes fois perfectionnée depuis, ce mode de fabrication est l’exception. Voici succinctement en quoi consistait et consiste encore, sauf quelques modifications de détails, la fabrication du papier à la forme, dit aussi papier de cuve et papier à la main.

Après avoir lavé les chiffons et les avoir défilés[026.2], les avoir broyés et triturés dans des récipients, appelés piles, garnis de lames tranchantes, on procède

[III.040.026]
  1.  Nicolas-Louis Robert, né à Paris en 1761, mort en 1819. « … Revenu à Paris en l’an II de la République, Louis Robert fut d’abord correcteur d’imprimerie chez Pierre Didot. Ensuite il suivit Léger Didot, fils de Pierre Didot, qui venait de créer la célèbre papeterie d’Essonnes. Louis Robert reçut la direction du bureau et des trois cents ouvriers de cette importante usine. C’est en 1799 qu’il conçut le projet de sa machine…. Robert avait vendu, moyennant 25 000 francs, son invention à Léger Didot. Celui-ci n’ayant pas exactement rempli les conditions stipulées, l’inventeur lui intenta un procès et le gagna. Robert transporta alors sa machine à Darnetal, près de Rouen, où elle fonctionna pendant quelque temps. Plus tard, un arrangement eut lieu entre les deux parties. En 1814, Louis Robert n’ayant pas trouvé l’argent nécessaire pour renouveler son brevet, la machine à fabriquer le papier continu tomba dans le domaine public…. Louis Robert mourut en 1819, laissant pour toute ressource à sa femme et à ses deux filles le revenu d’une école primaire tenue par sa fille aînée, Marie-Eugénie. Lorsque Marie-Eugénie Robert fut devenue vieille et infirme, nos fabricants de papier s’intéressèrent à elle…. Quant à l’inventeur, il avait eu le sort ordinaire des grands inventeurs : la misère. » (Louis Figuier, op. cit., p. 206.)  ↩
  2.  Il vaudrait mieux dire effilés. « On défile ce qui est enfilé ; on effile ce qui est tissu avec du fil ; défiler des perles ; effiler du linge. » (Littré, Dictionnaire, art. 1. Défiler.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 148-164

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148 [164]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149 [165]. Source : Internet Archive.

peut dire, le sentiment de la lecture, le plaisir que vous vous étiez promis ne deviendra-t-il pas un supplice ? et quel profit rapporterez-vous de ce labeur ? Ainsi en est-il d’un livre où les incorrections, l’imperfection du tirage, le peu d’élégance ou l’usure des caractères offensent le regard, lassent la patience et mettent à chaque instant le lecteur en défiance de l’exactitude du texte qu’il a sous les yeux. Avec quel plaisir, au contraire, — plaisir intime et charmant, — l’intelligence se laisse aller à suivre ces élégantes petites avenues, si gracieuses, si bien alignées, où le spectacle qui se déroule le long du chemin apparaît mille fois plus attrayant et sympathique ; avec quelle jouissance l’homme sérieux dévore ce volume, où l’exactitude scrupuleuse de la correction, l’égalité parfaite du tirage, le choix intelligent et délicat d’un type approprié à la nature de l’œuvre, viennent s’ajouter à la beauté des caractères, aux harmonieuses proportions du format et de la justification[148.1] ! »

C’est ce qui faisait dire à l’un des anciens historiens de l’imprimerie, à André Chevillier (1636-1700) : que « rien n’est plus agréable aux yeux » qu’un beau livre, et qu’ « on ne se lasse point de le regarder[148.2] ».

[II.164.148]
  1.  Op. cit., pp. 162-163. La justification, c’est-à-dire « la longueur des lignes ». (Littré, Dictionnaire.)  ↩
  2.  C’est à propos du Corps du Droit civil, avec les commentaires d’Accurse, imprimé à Paris, en 1576, en cinq volumes in-folio, que Chevillier témoignait cet enthousiasme, enthousiasme qu’il explique, d’ailleurs, et justifie par la description détaillée, et en quelque sorte technique, de l’ouvrage en question : « … Livre où l’on voit, dans une même page, un très grand travail, toutes sortes de bons caractères gros et menus, une bonne encre, le rouge mêlé agréablement avec le noir, le grec bien formé, cinq ou six colonnes d’impression, les lignes bien droites, les mots bien assemblés, une bonne correction, enfin une feuille chargée de différents caractères, et le tout sans confusion. C’est, à mon avis, un chef-d’œuvre de l’art, et ce que j’ai vu, en matière d’imprimerie, de plus accompli, et de plus agréable aux yeux. On ne se lasse point de regarder ce livre quand on l’a en grand papier, » etc. (André Chevillier, l’Origine de l’Imprimerie de Paris, p. 60. Paris, Jean de Laulne, 1694.) Cf. aussi, sur cet ouvrage, ce « chef-d’œuvre de l’art », imprimé par Olivier Harsy, Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 789.  ↩

Le Livre, tome II, p. 052-068

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 052.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 052 [068]. Source : Internet Archive.

III. Diverses façons de lire.
— L’art de parcourir
— Extraits, notes et résumés de lectures
— Annotations manuscrites sur les livres

Nous n’avons pas à nous occuper ici de la lecture à haute voix : cet art, que le médecin romain Celse (Ier siècle av. J.-C.) classait parmi les exercices salutaires à la santé[052.1], et qui est d’une incontestable importance pour notre sujet même, pour la compréhension et le « savourement » des livres, est tout spécial, et les règles qu’il comporte relèvent d’un autre genre d’études[052.2]. Nous nous bornerons à rappeler que les sons de la voix aident puissamment à graver les pensées dans la mémoire, et que « rien ne nous éclaire plus que l’étude à haute voix, sur les défaillances du style,… sur la fausseté des sentiments exprimés[052.3] ». Notons aussi que « la parole est un encou-

[II.068.052]
  1.  Cf. Littré, Médecine et Médecins, p. 139.  ↩
  2.  Sur ces règles et ces principes, on peut notamment consulter les deux agréables petits volumes d’Ernest Legouvé, l’Art de la lecture et la Lecture en action. (Paris, Hetzel, s. d.)  ↩
  3.  Ernest Legouvé, la Lecture en action, p. 126.  ↩

Le Livre, tome I, p. 213-237

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 213.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 213 [237]. Source : Internet Archive.

dit aussi le spirituel chroniqueur et humoriste bibliophile Jules Richard (1825-1899)[213.1] : « Après avoir profité de tous les biens de ce monde dans la juste mesure de mes moyens et de mes forces, je puis, sans hypocrisie, constater ici que, de toutes les jouissances, celles qui proviennent de l’amour des livres sont, sinon les plus vives, tout au moins les plus facilement et les plus longtemps renou­velables[213.2]. Au jeu, on ne gagne pas toujours ; avec les femmes, la vieillesse arrive avant la satiété. Il y a bien aussi la table ! Mais quand on a bu et mangé pendant deux heures, il faut s’arrêter. La pêche ! La chasse ! dira-t-on. — Pour la pêche, il faut de la patience et… du poisson ; pour la chasse, il faut des jambes et du gibier. Pour le livre, il ne faut que le livre[213.3]. » — Et des yeux, des yeux pas trop fatigués, est-il séant d’ajouter.

« Le Livre est l’instrument civilisateur par excel-

[I.237.213]
  1.  L’Art de former une bibliothèque, pp. 152-153.  ↩
  2.  Cf. le mot de Virgile : « On prétend que Virgile, interrogé sur les choses qui ne causent jamais ni dégoût ni satiété, répondit qu’on se lassait de tout, excepté de comprendre, — præter intelligere. » (Littré, ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. V, p. 213.) « Il n’y a pas dans ce monde une joie plus vraie ni plus ardente que de voir une grande intelligence qui s’ouvre à vous. » (Gœthe, Werther, trad. Louis Énault, p. 103.)  ↩
  3.  « Il est bon d’exercer son esprit pour se procurer des plaisirs à tous les âges ; il est bon de se former des plaisirs intellectuels qui servent d’entr’actes aux plaisirs des sens…. » (Sénac de Meilhan, ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 473.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 136-160

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 136.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 136 [160]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 137.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 137 [161]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 138.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 138 [162]. Source : Internet Archive.

Mazarine, « fut de nouveau, en 1691, ouverte aux gens de lettres[136.1] ». Elle comprenait alors environ quarante-cinq mille volumes, dont douze mille in-folio ; on y comptait soixante mille auteurs[136.2].

Le nom de Gabriel Naudé (1600-1653), le fidèle et dévoué bibliothécaire de Richelieu et de Mazarin, est resté cher aux bibliophiles. La passion de Naudé pour les livres s’était manifestée dès sa jeunesse, et il avait pu la satisfaire de bonne heure, car il entrait dans sa vingtième année quand le président de Mesmes lui donna la direction de sa biblio­thèque[136.3]. Gabriel Naudé est l’auteur d’un intéressant opuscule : Advis pour dresser une bibliothèque, où il dit[136.4], entre autres choses ingénieuses, que les bibliothèques ne peuvent « mieux estre comparées qu’au pré de Sénèque, où chaque animal trouve ce qui luy est propre : Bos herbam, canis leporem, ciconia lacertum[136.5], » et où il conseille « de retrancher la des-

[I.160.136]
  1.  Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 42. Voir aussi Petit-Radel, Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes, Bibliothèque Mazarine, pp. 295 et s.  ↩
  2.  Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 57.  ↩
  3.  Id., op. cit., t. III, p. 39.  ↩
  4.  Chap. iii, p. 24. (Paris, Liseux, 1876.)  ↩
  5.  « Ne t’étonne pas que chaque esprit exploite le même sujet selon ses goûts. Dans le même pré, le bœuf cherche de l’herbe, le chien un lièvre, la cigogne des lézards. Qu’un philologue, un grammairien et un philosophe prennent tous trois la République de Cicéron, chacun porte ses réflexions sur un point différent. » Etc. (Sénèque, Lettres à Lucilius, CVIII, trad. Baillard, t. II, p. 387.) Dans sa lettre LXXXIV (pp. 243 et s.), Sénèque a encore considéré la lecture comme « l’aliment de l’esprit », et l’a comparée aux aliments absorbés par le corps. « Tant que nos aliments conservent leur substance première et nagent inaltérés dans l’estomac, c’est un poids pour nous ; mais ont-ils achevé de subir leur métamorphose, alors enfin ce sont des forces, c’est un sang nouveau. Suivons le même procédé pour les aliments de l’esprit. A mesure que nous les prenons, ne leur laissons pas leur forme primitive, leur nature d’emprunt. Digérons-les : sans quoi ils s’arrêtent à la mémoire et ne vont pas à l’intelligence. » Etc. Cf. aussi Plutarque (Comment il faut lire les poètes, trad. Amyot, t. VIII, p. 100 ; Paris, Bastien, 1784) : « Or tout ainsi comme ès pasturages l’abeille cherche pour sa nourriture la fleur, la chèvre la feuille verte, le pourceau la racine, et les autres bestes la semence et le fruit, aussi en la lecture des poèmes, l’un en cueille la fleur de l’histoire, l’autre s’attache à la beauté de la diction et à l’élégance et doulceur du langage ». Etc. Richard de Bury, dans son Philobiblion (chap. xiv, pp. 125 et 260, trad. Cocheris), a dit que « Dieu… connaissait assez la fragilité de la mémoire humaine et la mobilité de la volonté vertueuse dans l’homme, pour vouloir que le livre fût l’antidote de tous les maux, et nous en ordonner la lecture et l’usage comme un aliment quotidien et très salubre de l’esprit ». Gabriel Peignot (Traité du choix des livres, p. 7) a fait la même comparaison : « … Si vous admettez quelques-uns (de ces mauvais livres ou) de ces livres médiocres… votre bibliothèque ressemblera à une table bien servie, où, parmi de bons mets, il s’en trouvera quelques-uns saupoudrés de coloquinte, d’autres infectés de poison, et plusieurs dépourvus d’assaisonnement. » Et N.-V. de Latena (1790-1881) : « Les meilleurs livres, comme les meilleurs aliments, sont ceux qui, sous le moindre volume, contiennent le plus de nourriture saine et substantielle. » (Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 243-244.) Etc. Remarquer, d’ailleurs, que le mot nourriture s’appliquait autrefois aussi bien à l’esprit qu’au corps, désignait aussi bien les aliments intellectuels que les aliments matériels : cf. Littré, Dictionnaire, et la phrase de Saint-Simon citée page 161.  ↩