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Le Livre, tome I, p. 296-320

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 296.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 296 [320]. Source : Internet Archive.

Le Livre, tome I, p. 074-098

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 74.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 74 [098]. Source : Internet Archive.

espèces d’encres rouges. La plus estimée, chez les Latins, était le minium, qui a été longtemps regardé comme une couleur sacrée. On en peignait le corps des triomphateurs et la figure de Jupiter aux jours de fête[074.1]. Aujourd’hui le nom de minium s’applique à l’oxyde rouge de plomb. Mais on pense que « celui des anciens n’était pas différent du sulfure de mercure, qu’on appelle encore cinabre, et vermillon quand il est en poudre. On le nommait aussi coccum[074.2]. La rubrique, rubrica, espèce de sanguine ou d’ocre brûlée, était d’un rouge moins éclatant et plus sévère que le minium. On l’employait pour écrire les titres des lois ; de là, chez les anciens eux-mêmes, une synonymie bien constatée entre les mots rubrica et titulus, lex ou formula. De là l’épithète de rubræ, rouges, donnée par Juvénal aux lois anciennes[074.3]…. »

En général, l’encre noire ordinaire des anciens pouvait assez facilement s’effacer, quand elle était fraîche, avec une éponge et de l’eau ; lorsqu’elle était sèche, il fallait faire usage du grattoir.

« Comme la matière première pour écrire était, dans l’antiquité, beaucoup plus rare que ne l’est le papier de nos jours, il arrivait souvent qu’on lavait et qu’on grattait un parchemin portant de l’écri-

[I.098.074]
  1.  Cf. Pline l’Ancien, XXXIII, 36.  ↩
  2.  Cf. Martial, III, 2, vers 11.  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 51.  ↩

Le Livre, tome I, p. 069-093

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 69.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 69 [093]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 70.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 70 [094]. Source : Internet Archive.

l’écritoire des jeunes élèves était toujours garnie de son style de fer.[069.1]. »

Pour écrire sur le parchemin ou sur le papyrus, on se servait d’un mince roseau (καλαμος, calamus, arundo), taillé en pointe et trempé dans de l’encre. Les roseaux préférés pour l’écriture étaient, selon Pline l’Ancien, ceux de Cnide[069.2] ; selon Martial, ceux d’Égypte, « de la terre de Memphis ; les autres ne sont bons qu’à couvrir les toits[069.3] ».

Il résulte d’un passage d’Ausone[069.4] que les anciens,

[I.093.069]
  1.  Peignot, op. cit., p. 75.  ↩
  2.  « Le roseau est attaché au service du papier, surtout le roseau d’Égypte, par une certaine parenté avec le papyrus. On estime cependant davantage celui de Cnide et celui qui croît en Asie, autour du lac Anaïtique. » (Pline l’Ancien, XVI, 64 (ancien 36), trad. Littré, collect. Nisard, t. I, p. 592.)  ↩
    •  Dat chartis habiles calamos Memphitica tellus ;
      Texantur reliqua tecta palude tibi.

     (Martial, XIV, 38, trad. Nisard, p. 550.)  ↩

    •  Fac campum replices, Musa, papyrium ;
      Nec jam fissipedis per calami vias
      Grassetur Cnidiæ sulcus arundinis,
      Pingens aridulæ subdita paginæ,
      Cadmi filiolis atricoloribus.
      Aut cunctis pariter versibus oblinat
      Furvam lacticolor spongia sepiam.

     « Muse, suspends ta marche dans ces champs de papyrus (cessons d’écrire). Arrêtons là le sillon que trace en son chemin le roseau de Cnide au pied fendu, qui va dessinant sur la surface de la page aride les traits noirâtres des filles de Cadmus (les lettres inventées, ou plutôt apportées de Phénicie en Grèce par Cadmus), ou que, passant sur tous ces vers ensemble, l’éponge efface la sèche noire (sépia) sous la blancheur du lait. » (Ausone, Lettres, VII, p. 149, et notes, p. 171, trad. Nisard, Paris, Didot, 1887.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 068-092

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 68.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 68 [092]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 69.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 69 [093]. Source : Internet Archive.

usage longtemps avant l’ère vulgaire, on s’en est encore servi longtemps après. Saint Boniface, apôtre d’Allemagne, nous apprend, dans une de ses lettres (la septième), que les styles d’argent étaient encore à la mode au viiie siècle. Nous avons vu précédemment que leur usage s’est prolongé bien au delà de ce siècle, puisque les tablettes de cire étaient encore employées au xve[068.1]. »

Durant ce long intervalle, le style est plus d’une fois devenu une arme dangereuse, s’est plus d’une fois transformé en stylet. « César, se défendant, en plein sénat, aux ides de mars, contre ses assassins, perça le bras de Cassius avec son style, graphio trajecit, dit Suétone[068.2]. Caligula, désirant la mort d’un sénateur, suborna des gens pour l’attaquer comme ennemi public, et le malheureux fut massacré à coups de styles[068.3]. Un chevalier romain, dit Sénèque[068.4], fut également massacré sur la place publique par les styles du peuple, pour avoir tué son fils à coups de fouet. Saint Cassien, maître d’école à Imola, en Italie, fut martyrisé, vers le ive siècle, à coups de style, par ses écoliers[068.5]. Du temps de Martial[068.6],

[I.092.068]
  1.  Peignot, op. cit., pp. 74-75.  ↩
  2.  Jules César, 82.  ↩
  3.  Suétone, Caïus Caligula, 28.  ↩
  4.  De la Clémence, I, 14.  ↩
  5.  Prudence, ap. Peignot, op. cit., p. 75.  ↩
    •  Hæc tibi erunt armata suo graphiaria ferro :
      Si puero dones, non leve munus erit.

     « A vous cet étui garni de styles de fer : si vous le donnez à un enfant, vous ne lui ferez pas un mince cadeau. » (Martial, XIV, 21, trad. Nisard, p. 549.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 057-081

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 57 [081]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 58 [082]. Source : Internet Archive.

droite, et le déroulait, au fur et à mesure de la lecture, avec sa main gauche[057.1] ; cette dernière main lui servait à enrouler de nouveau graduellement la portion du volume dont il avait pris connaissance ; de là les expressions : evolvere ou explicare librum ou volumen ; ad umbilicum ou ad umbilicos ou ad cornua[057.2] pervenire ou perducere, pour signifier « lire un livre, le lire jusqu’au bout ». Le verbe explicare (dérouler, supin explicatum, ou explicitum, d’où le participe explicitus) s’appliquait d’ailleurs aussi bien à la transcription qu’à la lecture des livres. Explicitus liber, « le livre est déroulé », formule qu’on abrégea dès le iiie siècle[057.3], et qu’on réduisit à explicit, fin d’un livre, les lignes finales, où le copiste prend congé du lecteur, commençant d’ailleurs d’ordinaire par ce mot : Explicit[057.4]….

[I.081.057]
  1.  Le papier se déroulait ainsi dans la même direction que l’écriture, en sorte que la lecture s’effectuait de gauche à droite, comme celle des feuilletons de nos journaux. « Parmi les peintures d’Herculanum, plusieurs représentent des volumes tantôt isolément, tantôt entre les mains de personnes qui les lisent. Tous ceux qui sont ouverts se déroulent, à l’exception d’un seul, horizontalement et de gauche à droite, dans le sens de leur longueur. » (Géraud, op. cit., p. 79.)  ↩
    •  Explicitum nobis usque ad sua cornua librum.
      Et quasi perlectum, Septiciane, refers.
      Omnia legisti….

     « Tu me rends mon manuscrit, Septicianus, comme si tu l’avais déroulé et lu jusqu’au bout. Tu as tout lu…. » (Martial, XI, 107, trad. Nisard, p. 522.)  ↩

  2.  Lalanne, op. cit., p. 21.  ↩
  3.  « Explicit, Finitur, absolvitur, cui opponitur Incipit. Voces frequentes in mss…. Constat Explicit vocabulum minime latinum esse, quamvis a latino sermone ortum. » (Ducange, Glossarium, art. Explicit.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 050-074

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50 [074]. Source : Internet Archive.

avoir couvert avec cette colle la feuille de papyrus, on la pressait dans la main pour l’égoutter, ensuite on la dépliait et on l’étendait à coups de maillet ; chaque feuille subissait deux fois cette opération[050.1]. »

Pour écrire sur la bande de papyrus, on traçait, en colonnes verticales, de véritables pages d’écriture (paginæ), dont chacune avait à peu près le même nombre de lignes, et qui se succédaient parallèlement l’une à l’autre ; au contraire, pour les lettres ou missives, auxquelles suffisaient de petits rouleaux, — « le papier à lettres » (charta epistolaris), — les lignes étaient écrites dans le sens le plus étroit de la bande, de manière à ne former qu’une colonne d’un bout à l’autre du rouleau[050.2].

« Il n’est pas probable, remarque l’auteur de Minerva[050.3], que des ouvrages aussi volumineux que

[I.074.050]
  1.  Géraud, op. cit., p. 31.  ↩
  2.  « Les lettres s’écrivaient sur la même matière que les livres, c’est-à-dire sur le papier d’Égypte. Le papier auguste ou royal fut celui qu’on employa principalement à cet usage : Augustæ in epistolis auctoritas relicta. (Pline l’Ancien, XIII, 24.) On le nommait, comme chez nous, papier à lettres, charta epistolaris. (Martial, XIV, 8 [11].) Il paraît qu’on taillait, pour les lettres, des feuilles de papier auguste, auxquelles on donnait une très petite dimension. On trouve une preuve de ce fait dans Sénèque, qui termine ainsi sa quarante-cinquième épître : « Pour ne pas dépasser les limites d’une lettre qui ne doit pas remplir la main gauche de celui qui la lit, je renvoie à un autre jour ce qui me restait à dire. » (Géraud, op. cit., p. 114.)  ↩
  3.  Dr James Gow, Minerva, édit. publiée par M. Salomon Reinach, pp. 18-19.  ↩

Le Livre, tome I, p. 038-062

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 38.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 38 [062]. Source : Internet Archive.

laquelle les poètes sacrifient tout, et qu’ils avouent être le seul prix de leurs travaux, quod unum esse pretium omnis sui laboris fatentur, n’est pas autant le partage des poètes que des orateurs[038.1]. »

Il fallait bien vivre cependant, par conséquent, manger et solder son pain. « Mon livre n’est qu’un joyeux convive, un compagnon de plaisirs, écrit Martial[038.2] ; il plaît, parce qu’on en jouit gratis. Nos anciens ne se contentaient pas de cette gloire ; le moindre présent fait à Virgile fut le bel Alexis. »

« Dans les républiques grecques, dit Géraud[038.3], les poètes chantaient les vainqueurs des jeux publics et en attendaient leur salaire ; dans les royaumes, ils vendaient leur muse aux monarques qui voulaient l’acheter, et l’avarice des princes leur valait souvent d’amères satires. A Rome, les poètes spéculaient sur la vanité des empereurs et des grands. Dans la pièce de vers où Martial se plaint que sa bourse se ressente si peu de la vogue de ses livres[038.4], que demande-t-il ? des libraires plus généreux ? Nullement. Il désire que les destins donnent à Rome un nouveau Mécène, comme ils lui ont envoyé un nou-

[I.062.038]
  1.  Ap. Géraud, op. cit., pp. 196-197.  ↩
    •  At nunc conviva est, comissatorque libellus,
      Et tantum gratis pagina nostra placet.
      Sed non hac veteres contenti laude fuerunt,
      Quum minimum vali munus Alexis erat.

     (Martial, V, 16, trad. Nisard, p. 407.)  ↩

  2.  Op. cit., p. 197.  ↩
  3.  XI, 3. Cf. supra, p. 36, note 2.  ↩

Le Livre, tome I, p. 036-060

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36 [060]. Source : Internet Archive.

chevalier romain qu’il était, il se trouvait dans l’obligation, et n’en rougissait pas, de demander à Parthénius une robe neuve, et, quand il l’avait obtenue, il lui fallait mendier le manteau[036.1]. Aussi disait-il lui-même : « Que me sert que nos soldats lisent mes vers au fond de la Dacie, que mes épigrammes soient chantées dans la Bretagne ? Ma bourse n’en est pas mieux garnie, nescit sacculus ista meus[036.2]. »

« Mais il faut bien remarquer que ni Martial, dans

[I.060.036]
  1.  Martial, VIII, 28 ; IX, 50 ; et XI, 3.  ↩
    •  Non urbana mea tantum Pimpleide gaudent
      Otia, nec vacuis auribus ista damus ;
      Sed meus in Geticis ad Martia signa pruinis
      A rigido teritur centurione liber.
      Dicitur et nostros cantare Britannia versus.
      Quid prodest ? nescit sacculus ista meus.
      At quam victuras poteramus pangere chartas,
      Quantaque Pieria prælia flare tuba ;
      Quum pia reddiderint Augustum numina terris,
      Et Mæcenatem si mihi Roma daret !

     « Ce n’est pas seulement aux citadins oisifs que plaît ma muse ; je n’écris pas pour les seuls badauds : je suis lu par le sévère centurion qui combat chez les Gètes, sous un climat glacé ; on dit même que les Bretons chantent mes vers. Mais à quoi bon ? mon escarcelle ne se ressent pas de ma vogue. Et pourtant, moi aussi, je pourrais écrire des pages immortelles ; je pourrais emboucher le clairon des combats, si les dieux rendaient au monde un Auguste, si Rome me donnait un Mécène ! » (Martial, XI, 3, trad. Nisard, p. 505.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 035-059

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 35.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 35 [059]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36 [060]. Source : Internet Archive.

Les libraires ou éditeurs romains « étaient, en thèse générale, des gens qui recevaient gratuitement des auteurs les ouvrages inédits, qui les faisaient transcrire à leurs risques et périls, et qui s’indemnisaient des frais de publication en percevant seuls tous les bénéfices de la vente[0035.1] ».

Seules les pièces de théâtre avaient chance de rapporter à leurs auteurs quelque argent[035.2], « encore étaient-elles achetées, non par les libraires, mais par les comédiens ou les personnes qui donnaient des jeux au peuple[035.3] ».

Géraud, qui me fournit ces remarques, a recueilli, parmi les auteurs latins, maintes preuves de l’exactitude de ses assertions.

Ainsi, « Stace, dont la Thébaïde, lue en public, mettait en mouvement Rome tout entière, et soulevait, dans un immense auditoire, un frénétique enthousiasme, Stace était obligé, pour avoir du pain, de faire des tragédies[035.4]. Les vers de Martial eurent une vogue inouïe ; il jouit, de son vivant, d’un renom que bien peu d’auteurs obtenaient après leur mort ; mais il vécut toujours pauvre[035.5]. Tout

[I.059.035]
  1.  Géraud, op. cit., p. 199.  ↩
  2.  Cf. Aulu-Gelle, III, 3 ; et Juvénal, VII, 90 et s.  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 194.  ↩
  4.  Cf. Juvénal, VII, 86 et s. (Ap. Géraud, op. cit., p. 196.)  ↩
    •  Sum, fateor, semperque fui, Callistrate, pauper,
      Sed non obscurus, nec male notus eques ;
      Sed toto legor orbe frequens ; et dicitur : Hic est ;
      Quodque cinis paucis, hoc mihi vita dedit.

     « Je suis, je l’avoue, et j’ai toujours été pauvre, Callistrate, mais non pas obscur, ni chevalier mal famé. L’univers entier lit mes œuvres et les relit. « Le voilà, » dit chacun ; et je recueille, de mon vivant, la gloire qui n’échoit, après la mort, qu’à bien peu de gens. » (Martial, V, 13, Trad. Nisard, p. 406.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 033-057

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 33.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 33 [057]. Source : Internet Archive.

que toi. Quoi de plus insupportable, en effet, qu’une pareille importunité ! Si je suis debout, tu lis ; si je m’assieds, tu lis ; si je cours, tu lis ; tu lis encore, quand je suis à la selle. Je fuis aux thermes, tu te pends à mon oreille ; j’entre au bain, tu m’empêches d’y nager ; je rentre souper, tu ne me quittes pas un instant ; je commence à manger, tu me chasses de table. Harassé, je m’endors, et soudain tu m’éveilles. Vois donc le mal que tu me fais ! Tu es juste, probe, inoffensif, et pourtant tu es redouté[033.1] ! »

Et cette autre :

« Je ne sais si Apollon s’enfuit de la table au festin de Thyeste ; mais nous, Ligurinus, nous fuyons de la tienne. Je le sais, elle est somptueuse et chargée des mets les plus délicats ; et pourtant tout m’y déplaît, quand tu récites. Je dédaigne ton turbot et ton surmulet de deux livres ; ce ne sont ni tes champignons ni tes huîtres que je demande, mais seulement ton silence[033.2]. »

« Rome, ajoute Géraud[033.3], était pleine de pareils

[I.057.033]
    •  Occurrit tibi nemo quod libenter ;
      Quod, quæcumque venis, fugas est, et ingens
      Circa te, Ligurine, solitudo ;
      Etc.

     (Martial, III, 44, trad. Nisard, pp. 378-379.)  ↩

    •  Fugerit an mensas Phœbus cœnamque Thyestæ,
      Ignoro : fugimus nos, Ligurine, tuam.
      · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
      Nec volo boletos, ostrea nolo : tace.

     (Id., III, 45, trad. Nisard, p. 379.)  ↩

  1.  Op. cit., p. 192.  ↩

Le Livre, tome I, p. 029-053

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29 [053]. Source : Internet Archive.

abus, à la fois si commode et si flatteur pour la médiocrité vaniteuse, prit un rapide accroissement et finit par devenir un usage presque universel. Aussi le spirituel épigrammatiste latin, invitant à souper son ami Turannius et n’ayant à lui offrir qu’une très maigre chère, s’engageait, par forme de compensation, à ne lui pas faire subir l’ennui d’une lecture[029.1]. »

Géraud, de qui j’extrais ces détails[029.2], nous conte

[I.053.029]
    •  Parva est cœnula, quis potest negaro ?
      Sed finges nihil, audiesve fictum,
      Et vultu placidus tuo recumbes ;
      Nec crassum dominus leget volumen….

     « Un pareil repas est modeste : qui dirait le contraire ? Mais du moins vous y jaserez avec abandon ; vous n’y entendrez pas de mensonges et n’y composerez pas votre visage. Le maître du logis n’y lira pas quelque sale manuscrit…. » (Martial, V, 78, trad. Nisard, p. 417.)  ↩

  1.  Op. cit., p. 188.  ↩

Le Livre, tome I, p. 028-052

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 28.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 28 [052]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29 [053]. Source : Internet Archive.

côtés de l’entrée, couvertes d’inscriptions indiquant les ouvrages en vente et les noms de leurs auteurs ; et, ainsi que nous le verrons plus loin, les murs intérieurs étaient garnis de rayons disposés en casiers, comme nos magasins de papiers peints.

Les lectures publiques, les « conférences », étaient très fréquentes dans la Rome impériale. Elles commencèrent sous Auguste, et l’usage en fut introduit par Asinius Pollion[028.1]. « Auparavant on se contentait de lire ou de faire lire les ouvrages durant les repas, chez soi ou chez ses amis. Cicéron, par exemple, envoyant de Pouzzoles son traité De la gloire à Atticus qui était à Rome, lui recommande de ne pas le publier, mais d’en noter les plus beaux endroits, qu’il pourra faire réciter à table par son lecteur Salvius, devant des auditeurs bien disposés[028.2]. Mais déjà la vanité s’était emparée de cette coutume, et les mauvais écrivains, sous prétexte de donner à dîner à leurs amis, leur infligeaient, comme un accessoire obligé, l’audition de leurs rapsodies[028.3]. Cet

[I.052.028]
  1.  Sénèque, ap. Géraud, op. cit., p. 188.  ↩
  2.  Cicéron, ap. Géraud, ibid.  ↩
  3.  Cf. Catulle, XLIV, A sa terre (trad. Nisard, pp. 391-392) :
    •  · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
      Nec deprecor jam, si nefaria scripta
      Sexti recepso, quin gravedinem, et tussim
      Noti mi, sed ipsi Sextio ferat frigus,
      Qui tunc vocat me, quum malum legit librum.

     « Je désire, si je reçois encore les détestables écrits de Sextius, que leur froideur donne une toux et un catarrhe, non plus à moi, mais à Sextius lui-même, qui m’appelle quand il a un mauvais ouvrage à lire. »
    Et Martial : III, 50 (trad. Nisard, pp. 379-380) :

    •  Hæc tibi, non alia, est ad cœnam causa vocandi,
      Versiculos recites ut, Ligurine, tuos.
      Etc.

     « Tu n’as pas d’autre motif, Ligurinus, en appelant des convives, que de leur réciter de petits vers à ta façon. A peine ai-je ôté mes sandales que, soudain, parmi les laitues et les sauces piquantes, on apporte un énorme livre. Tu en lis un second au premier service ; un troisième avant l’arrivée du service suivant ; enfin tu ne nous fais grâce ni d’un quatrième ni d’un cinquième. Un sanglier que tu nous servirais tant de fois sentirait mauvais. Que si tu ne fais pas servir tes maudits poèmes à envelopper des maquereaux, dorénavant, Ligurinus, tu souperas seul. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 026-050

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 26.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 26 [050]. Source : Internet Archive.

ter[026.1]. Ce quartier d’Argilète où, comme nous l’avons vu il y a un instant, étaient installés la plupart des bibliopoles ou libraires de Rome, se trouvait au pied du mont Palatin, et s’étendait sur les bords du Tibre, depuis le quartier nommé le Vélabre jusqu’au théâtre de Marcellus. Il donnait aussi sur le forum Cæsaris, le marché de César[026.2].

Dans ses Nuits attiques[026.3], Aulu-Gelle nous conte, entre autres événements, la fondation de la première bibliothèque publique à Athènes par Pisistrate, et l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie :

« On dit que le tyran Pisistrate, ayant rassemblé un assez grand nombre d’écrits littéraires et scientifiques, fonda chez les Athéniens la première bibliothèque publique. Les Athéniens travaillèrent avec zèle à enrichir cette collection et l’augmentèrent considérablement. Mais, lorsque la ville fut prise par Xerxès, qui la fit livrer aux flammes, à l’exception de la citadelle, tous les livres furent enlevés et trans-

[I.050.026]
    •  Argiletanas mavis habitare tabernas,
      Quum tibi, parve liber, scrinia nostra vacent.
      Etc.

     (Épigrammes, I. 4, trad. Nisard, p. 341. Voir aussi, sur l’Argilète, la note IV de la page 566 de cette même traduction.  ↩

    •  Argi nempe soles subire letum ;
      Contra Cæsaris est forum taberna….
      Etc.

     (Martial, I, 118, p. 359).) — Cf. Peignot, Essai… sur la reliure… pp. 13-14.  ↩

  1.  VI, 17, trad. Nisard, pp. 547-548. (Paris, Didot, 1882.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 022-046

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 22.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 22 [046]. Source : Internet Archive.

notables » à la louange des livres, que « Démétrius de Phalère conseilloit au roi Ptolémée d’acheter et lire les livres qui traitent du gouvernement des royaumes et seigneuries ; car ce que les mignons de cour n’osent dire à leurs princes est écrit dans ces livres-là[022.1] ».

« Il y a deux avantages qu’on peut retirer du commerce avec les anciens : l’un est de s’exprimer avec élégance, l’autre d’apprendre à faire le bien par l’imitation des meilleurs modèles, et à éviter le mal, » écrit Lucien de Samosate (120-200 ?), dans sa virulente satire Contre un ignorant bibliomane[022.2]. Et il se raille de ce fat « qui croit en imposer par le nombre de ses livres » : « … Tu peux les prêter à d’autres, mais tu n’en saurais faire usage. Et cependant tu n’en as jamais prêté à qui que ce soit ; tu es comme le chien qui, couché dans l’écurie, et ne pouvant manger d’orge, ne permet pas au cheval d’en prendre, lui qui peut en manger[022.3]. » Etc.

On rencontre ailleurs encore, dans Catulle (86 av. J.-C.-..), dans Horace (64 av. J.-C.-8 ap. J.-C), dans Ovide (45 av. J.-C.-17 ap. J.-C.), dans Martial (43-104 ap. J.-C.), dans Suétone (65-135), dans Aulu-Gelle (iie siècle), dans Athénée (iiie siècle), etc., plus d’une utile réflexion et d’une judicieuse sen-

[I.046.022]
  1.  Œuvres morales, les Dicts notables, etc., trad. Amyot, t. X, p. 61.  ↩
  2.  XVII ; trad. Talbot, t. II, p. 278. (Paris, Hachette, 1866.)  ↩
  3.  XXVIII ; t. II, p. 283.  ↩