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Le Livre, tome I, p. 274-298

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274 [298]. Source : Internet Archive.

Lemonnier, des Géorgiques par Delille, de Juvénal par Dusaulx, du Tasse par Charles-François Lebrun, des Métamorphoses d’Ovide par Saint-Ange, « sont très supérieures à toutes celles que nous connaissons ; il en est même qui ne sont pas éloignées de la perfection des originaux ».

Le prince de Ligne (1734-1814), fervent lecteur de Montaigne, l’appelait son oracle. « Voltaire est l’homme que j’aime et admire le plus », disait-il. Il regardait le Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune, « comme le bréviaire des souverains ». Parmi les historiens, « mon favori est Xénophon ; il est pour moi dans ce genre ce que sont les Pline dans le leur, Horace pour la poésie, Cicéron pour l’éloquence, et César pour la guerre…. J’estime Paterculus, Justin et Florus, qui sont les présidents Hénault de ce temps-là ; mais c’est Plutarque, le seul Plutarque au monde qui donne à penser. Cicéron est sans contredit un des plus grands hommes du monde ; en morale, rhétorique, logique, politique, quel homme !… Comme philosophe, Sénèque, réduit à un petit volume, aurait été le premier, après Cicéron et Plutarque…. Regnard marche tout près de Molière, mais il amuse sans corriger ; Molière est moraliste, Regnard n’est que moqueur[274.1]. »

Suard (1732-1817) était passionné pour La Bruyère ;

[I.298.274]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 395-397.  ↩

Le Livre, tome I, p. 273-297

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 273.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 273 [297]. Source : Internet Archive.

tion, et la patrie de mon âme et de mon esprit ! »

Le célèbre orientaliste Anquetil-Duperron (1731-1805), le traducteur du Zend-Avesta et le créateur des études asiatiques en Europe, qui, sans fortune et sans ressources, brûlant d’aller étudier la langue et la religion de Zoroastre, s’enrôla, à vingt-trois ans, comme simple soldat, dans une compagnie expédiée aux Indes, partit avec ces trois volumes dans son sac : la Bible, les Essais de Montaigne et le Traité De la Sagesse de Charron[273.1].

William Pitt (1759-1806), fils de lord Chatham, qui, comme nous l’avons vu[273.2], « s’enchantait de Virgile », se complaisait avec Eschyle ; et son adversaire, Fox (1749-1806), le chef des whigs, se délectait, lui, avec les lettres de Mme de Sévigné[273.3].

Jacques Delille (1738-1813) se passionna d’abord pour le poème de la Religion, de Louis Racine[273.4].

Palissot (1730-1814) considérait le xviiie siècle comme moins fécond en ouvrages de génie que le siècle précédent, mais « il paraît l’emporter du côté des traductions ». Celle de Térence par l’abbé

[I.297.273]
  1.  Edgar Quinet, le Génie des religions, livre II, chap. I, p. 47. (Paris, Chamerot, 1851.)  ↩
  2.  Supra, p. 261.  ↩
  3.  Doudan, Lettres, t. IV, p. 151. (Paris, C. Lévy, 1879. In-18.)  ↩
  4.  Peignot, op. cit., t. I, p. 391. Nous rappelons encore une fois que toutes les particularités et citations dont les sources ne sont pas indiquées sont empruntées à Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩

Le Livre, tome I, p. 270-294

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 270.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 270 [294]. Source : Internet Archive.

d’abord Toussaint, l’ex-janséniste devenu encyclopédiste ; puis Helvétius, Diderot ensuite, enfin Boulanger et Jean-Jacques Rousseau[270.1].

Alfieri (1749-1803), le grand poète tragique italien, cite, parmi les livres qui firent sur lui, dans sa jeunesse, le plus d’impression, et eurent le plus d’action sur lui, les Vies de Plutarque et les Essais de Montaigne. Voici ce qu’il dit à ce sujet, dans ses Mémoires[270.2] : « … Pour moi, le livre des livres, celui qui, pendant cet hiver, me fit passer bien des heures de ravissement et de béatitude, ce fut Plutarque, et ses vies des vrais grands hommes. Il en est, celles, par exemple, de Timoléon, de César, de Brutus, de Pélopidas, de Caton, et d’autres encore, que je relus jusqu’à quatre et cinq fois, avec un tel transport de cris, de larmes et parfois de colère, que, s’il y avait eu quelqu’un à m’écouter dans la chambre voisine, on n’eût pas manqué de me croire fou. Souvent, à la lecture de quelques beaux traits de ces grands hommes, je me levais tout hors de moi, et des pleurs de rage et de douleur jaillissaient de mes yeux[270.3], à la seule idée que j’étais né en

[I.294.270]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 382-383.  ↩
  2.  Pages 131-132 et 136-137, trad. Antoine de Latour. (Paris, Charpentier, 1840.)  ↩
  3.  Cf. supra, pp. 166-167, Vauvenargues lisant les Vies de Plutarque : « J’en étais fou… je pleurais de joie, lorsque je lisais ces Vies ; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas et autres » ; etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 268-292

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268 [292]. Source : Internet Archive.

Plutarque de Dacier. Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu’aucune chose que j’eusse encore vue, même d’histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup…. Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n’oublierai jamais le carême de 1763 (j’avais alors neuf ans), où je l’emportais à l’église en guise de Semaine sainte. C’est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir[268.1]. »

L’impératrice de Russie Catherine II (1729-1796) aimait le Plutarque d’Amyot, le Tacite d’Amelot de la Houssaye, et Montaigne. « Je suis une Gauloise du Nord, disait-elle au prince de Ligne[268.2] ; je n’entends que le vieux français ; je n’entends pas le nouveau. J’ai voulu tirer parti de vos messieurs les gens d’esprit en istes (les encyclopédistes et les économistes), je les ai essayés, j’en ai fait venir, je leur ai quelquefois écrit, ils m’ont ennuyée et ne m’ont pas entendue. Il n’y avait que mon bon protecteur Voltaire. Savez-vous que c’est lui qui m’a mise à la mode ? Il m’a bien payée du goût que j’ai pris toute ma vie à le lire, et il m’a appris bien des choses en m’amusant. » Parmi les romans, Catherine choisissait ceux de Le Sage. Elle aimait Molière et Cor-

[I.292.268]
  1.  Mme Roland, Mémoires, t. III, p. 27. (Paris, Bibliothèque nationale, 1869.)  ↩
  2.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 379-380.  ↩

Le Livre, tome I, p. 267-291

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267 [291]. Source : Internet Archive.

Benjamin Franklin (1706-1790), dans sa jeunesse, faisait de Xéno­phon[267.1] sa lecture favorite.

Louis XVI (1754-1793) venait de monter sur le trône (en 1774) lorsqu’il lui tomba sous la main un livre, « alors extrêmement rare[267.2] », intitulé Directions pour la conscience d’un roi, par Fénelon. Il dévore cet ouvrage, qui renferme un abrégé des devoirs des rois, et le trouve si à son goût qu’il décide non seulement de le prendre désormais pour guide de ses actions, mais encore de le faire réimprimer et de le répandre le plus possible. En effet, la réimpression eut lieu, et l’éditeur mit sur le titre cette formule : Du consentement exprès du Roi.

La lecture favorite de la reine Marie-Antoinette (1755-1793), alors qu’elle était enfermée à la Conciergerie, était celle des Voyages du capitaine Cook, que le concierge lui avait pro­curés[267.3].

Mme Roland (1754-1793), au début de ses Mémoires particuliers, nous parle en détail de sa passion pour la lecture, pour Plutarque surtout, « le

[I.291.267]
  1.  Et des Vies de Plutarque aussi : cf. supra, p. 173.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 370. Cet ouvrage a paru originairement sous le titre de : Éducation royale ou examen de conscience pour un prince. (Cf. Brunet, Manuel du libraire.) Il porte aujourd’hui le titre de : Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, et se trouve dans le tome IV, pp. 340-366, des Œuvres choisies de Fénelon (Paris, Hachette, 1862 ; in-18) et tome III, pp. 335-351 des Œuvres de Fénelon (Paris, Didot, 1878 ; in-8).  ↩
  3.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 377-378.  ↩

Le Livre, tome I, p. 266-290

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 266.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 266 [290]. Source : Internet Archive.

teurs[266.1] », de Fénelon et de Richardson. Parmi les écrivains de l’antiquité, il estimait surtout Aristote et Pline l’Ancien, dont il a écrit de pompeux éloges dans son Histoire des animaux et dans son Histoire du Monde[266.2].

L’avocat Gerbier (1725-1788) était passionné pour les Lettres Provinciales de Pascal. « Les livres de sa bibliothèque, superbement reliés, dit Garat dans ses Mémoires sur Suard[266.3], étaient plus le luxe de son état que de son goût ; presque tous restaient neufs dans leurs rayons. Un seul, un seul petit volume se voyait dans ses mains, se rencontrait, à Paris et à Franconville, sur ses tables, sur ses fauteuils ; il le savait par cœur et le lisait toujours : c’étaient les Petites Lettres, les Provinciales. Ce n’est pas qu’il fût le moins du monde janséniste ; mais il ne pouvait rien mettre à côté de cette logique nue et serrée, piquante et véhémente, à côté de ce style où la verve comique et la verve oratoire sont toujours si près l’une de l’autre, et toutes les deux près de la raison, pour l’environner d’une double puissance. »

[I.290.266]
  1.  Sainte-Beuve, op. cit., t. IX. p. 7. C’était aussi l’opinion de Frayssinous (Défense du christianisme, Moïse législateur, t. I, p. 352) : « … Massillon, le premier prosateur de la littérature française ». Sur Massillon, cf. supra, p. 258, n. 2.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 367. Rappelons la fière et belle déclaration de Buffon, qui pourrait et devrait servir de programme à tout véritable écrivain : « Je n’ai pas mis dans mes livres un seul mot dont je ne pusse rendre compte. » (Ap. Gustave Merlet, Études littéraires, Chanson de Roland, Joinville, etc. p. 566. Paris, Hachette, 1882. In-8.)  ↩
  3.  Tome I, p. 137 ; ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 369.  ↩

Le Livre, tome I, p. 265-289

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 265.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 265 [289]. Source : Internet Archive.

Baptiste Rousseau et Juvénal lui plaisaient aussi beaucoup. En tête des écrivains, « si l’on voulait les juger par la force et l’étendue des idées », toujours au dire d’Hérault de Séchelles, Il plaçait Bacon et Montesquieu ; puis Buffon et Diderot ; ensuite Jean-Jacques Rousseau, Marmontel, d’Alembert, Raynal et Saint-Lambert. Il considérait Bossuet et Jean-Jacques comme nos deux premiers orateurs. Pour lui, Massillon n’est qu’un grand écrivain ; Bourdaloue, un faiseur de traités ; Mascaron est informe et inégal ; Daguesseau, sans force, sans imagination ; etc.

Le savant Grosley (1718-1785) avait pour lectures préférées Érasme, Rabelais, Montaigne et la Satire Ménippée[265.1].

« Lorsque je suis affligé, disait Frédéric le Grand (1712-1786)[265.2], je lis le troisième livre de Lucrèce, et cela me soulage. »

Buffon (1707-1788) recommandait la lecture des œuvres des plus grands génies, qu’il réduisait à cinq : Newton, Bacon, Leibnitz, Montesquieu et… Buffon lui-même. On sait encore qu’il faisait un cas particulier de Massillon, « qu’il estimait le premier de nos prosa-­

[I.289.265]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 365. Grosley avait pour devise : « Paix et peu ». Il disait fort justement et joliment que « c’est le propre des Muses de nous amuser inutilement et de nous payer avec leur seule douceur ». (Cf. Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvie siècle, pp. 467 et 468.)  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 193.  ↩

Le Livre, tome I, p. 264-288

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 264.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 264 [288]. Source : Internet Archive.

Et plus loin[264.1] : « Depuis qu’ils (les romans de Richardson) me sont connus, ils ont été ma pierre de touche ; ceux à qui ils déplaisent sont jugés par moi. Je n’en ai jamais parlé à un homme que j’estimasse, sans trembler que son jugement ne se rapportât pas au mien. Je n’ai jamais rencontré personne qui partageât mon enthousiasme, que je n’aie été tenté de le serrer entre mes bras et de l’embrasser. »

L’historien Mably (1709-1785) « savait presque par cœur Platon, Thucydide, Xénophon, Plutarque, et les ouvrages philosophiques de Cicéron[264.2] ». Parmi les modernes, il admirait surtout Descartes, Corneille. Pascal, Bossuet, Fénelon, Malebranche, Boileau, Racine, Condillac, Molière et La Fontaine.

Le littérateur Thomas (1732-1785) lisait toujours le même livre, et ce livre était Cicéron, si l’on en croit Hérault de Séchelles[264.3], qui nous dit plus loin, — en énumérant les autres auteurs favoris de Thomas : Homère, Euripide, Virgile, Métastase et le Tasse, — que « Voltaire était toujours dans ses mains », ce qui laisse supposer que Thomas délaissait alors son exemplaire de Cicéron[264.4]. Racine, Jean-

[I.288.264]
  1.  Op. cit., p. 222.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 341.  ↩
  3.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 343 et s.  ↩
  4.  Et il devait aussi délaisser souvent Voltaire, puisque, parlant de Tacite et de Montesquieu, il dit à Hérault de Séchelles, que « ce sont deux auteurs de cheminée : il ne faut pas passer un jour sans les lire ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 346.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 263-287

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 263.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 263 [287]. Source : Internet Archive.

nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit[263.1]. »

D’Alembert (1717-1783) disait que si l’on était réduit à ne conserver qu’un seul poète ancien, « il faudrait choisir Horace de préférence à tous les autres, parce qu’il est peut-être le seul où l’on trouve des beautés de tous les genres : enthousiasme, imagination, noblesse, harmonie, élégance, sensibilité, finesse, gaieté, goût exquis, philosophie tantôt légère, tantôt profonde, et toujours utile[263.2] ». Après Horace, parmi les auteurs latins dignes d’être traduits, d’Alembert place Cicéron, Virgile, les deux Pline, Sénèque et Lucain.

Diderot (1713-1784) écrit dans son Éloge de Richardson[263.3] : « O Richardson, Richardson, homme unique à mes yeux, tu seras ma lecture dans tous les temps ! Forcé par des besoins pressants, si mon ami tombe dans l’indigence, si la médiocrité de ma fortune ne suffît pas pour donner à mes enfants les soins nécessaires à leur éducation, je vendrai mes livres ; mais tu me resteras ; tu me resteras sur le même rayon avec Moïse, Homère, Euripide et Sophocle, et je vous lirai tour à tour. »

[I.287.263]
  1.  Loc. cit., t. II, p. 662. Lettre du 23 août 1778.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 322-323.  ↩
  3.  Diderot, Œuvres complètes, t. V, p. 216. (Paris, Garnier, 1875-1877 ; édit. annotée par Assézat et Tourneux.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 261-285

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 261.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 261 [285]. Source : Internet Archive.

et finissant à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer, sera tout à la fois l’amusement et l’instruction d’Émile durant l’époque dont il est ici question. »

Lord Chatham (1708-1778) se délassait de la politique en lisant Virgile, dont il « s’en­chantait[261.1] ».

« Si tous les livres politiques devaient périr, et que je fusse le maître d’en conserver un seul, je ne demanderais grâce (n’en déplaise à M. de Voltaire) que pour l’Esprit des lois de Montesquieu, » a dit, dans ses Amusements des gens d’esprit[261.2], le littérateur Gain de Montaignac (1731-vers 1780).

A Horace Walpole (1717-1797), qui ne pouvait souffrir Montaigne, au point de dire des Essais : « C’est un vrai radotage de pédant, une rapsodie de lieux communs, même sans liaison ; son Sénèque et lui se tuent à apprendre à mourir, — la chose du monde qu’on est le plus sûr de faire sans l’avoir apprise[261.3], » Mme du Deffand (1697-1780) ripostait[261.4] : « Je suis bien sûre que vous vous accoutumerez à Montaigne ; on y trouve tout ce qu’on a jamais pensé, et nul style n’est aussi énergique : il n’en-

[I.285.261]
  1.  Doudan, Lettres, t. IV, p. 151. (Paris, C. Lévy, 1879. In-18.)  ↩
  2.  Page 9. Berlin, 1762. In-12. La seconde édition de cet ouvrage porte le titre de Amusements philosophiques. (Cf. Peignot, op. cit., t. I, p. 378 ; Larousse, Grand Dictionnaire ; et Hœfer, Nouvelle Biographie.)  ↩
  3.  Marquise du Deffand, Correspondance, t. I, p. 381, n. 1. (Paris, Plon, 1865.)  ↩
  4.  Loc. cit., t. I, p. 385. Lettre du 27 octobre 1766.  ↩

Le Livre, tome I, p. 258-282

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259 [283]. Source : Internet Archive.

pour Salluste, prédilection qui avait commencé sur les bancs de l’école. Elle lui fit prendre la résolution « non seulement de traduire ce qui nous reste de cet historien, mais encore de recomposer son Histoire romaine, » dont il ne reste plus que des lambeaux. C’est principalement pour compléter ses études sur Salluste que le président de Brosses entreprit son voyage en Italie (de 1739 à 1740), dont il nous a laissé, dans ses Lettres familières, une si intéressante et si curieuse relation. Son Salluste l’occupa toute sa vie, et il ne publia ce travail que l’année même de sa mort, en 1777[258.1].

Voltaire (1694-1778) avait toujours sur sa table l’Athalie de Racine et le Petit Carême de Massillon[258.2].

[I.282.258]
  1.  R. Colomb, op. cit., pp. xii, xiii, xlii. « … Comment exprimer en peu de mots la vivacité de l’intérêt et la préférence, en quelque sorte monomane, qu’inspirait Salluste à M. de Brosses ? Quand on songe qu’il a mis plus de quarante années à le compléter, le traduire, l’expliquer, à disputer à l’oubli des siècles jusqu’aux plus faibles débris des pensées de son auteur ; enfin qu’il a dépensé peut-être cinquante mille francs à dépouiller le corps entier des anciens grammairiens, dont les manuscrits sont disséminés dans les principales bibliothèques de l’Europe, à faire dessiner et graver des bustes, des médailles, des plans de batailles, des cartes géographiques, il est impossible de ne pas accorder quelque estime à une telle entreprise. Peu de personnes savent, au juste, ce que M. de Brosses a fait pour Salluste ; » etc. (Id., ibid., p. xxxvi.)  ↩
  2.  Le fait est attesté par d’Alembert, qui dit, dans son Éloge de Massillon : « Le plus célèbre écrivain de notre nation et de notre siècle (Voltaire) faisait des sermons de ce grand orateur une de ses lectures les plus assidues. Massillon était pour lui le modèle des prosateurs, comme Racine celui des poètes, et il avait toujours sur la même table le Petit Carême et Athalie », Sans indiquer d’autorité ni de source, Charles Nodier (Questions de littérature légale, p. 117 ; Paris, Crapelet, 1828) remplace Athalie par les Provinciales : « Voltaire avait toujours sur sa table les Provinciales et le Petit Carême ». Pour Dorat, le chantre des Baisers, Athalie n’était que « la plus belle des pièces ennuyeuses ». (Peignot, op. cit., t. I, pp. 285-286, note.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 257-281

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 257.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 257 [281]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.

époque à laquelle il en publia le catalogue. Un autre amateur, le comte de Solms, s’est aussi spécialement occupé d’Horace ; il possédait dans sa bibliothèque plus de huit cents ouvrages, comprenant soit des éditions de ce poète, soit des études publiées sur lui.

Le pape Clément XIV (Ganganelli : 1705-1774) récitait de mémoire les plus beaux passages des poètes anciens ; et, parmi les poètes d’Italie, donnait la palme à l’Arioste, à Dante, au Tasse, à Pétrarque et à Métastase[257.1].

L’historiographe Poullain de Saint-Foix (1698-1776) « faisait son idole de Corneille[257.2] ».

Dans son poème la Chartreuse, Gresset (1709-1777) donne la liste des auteurs qui composent sa bibliothèque : Anacréon et Horace,

Chapelle, Chaulieu, Pavillon,
Et la naïve Deshoulières…

Le Tasse et Milton ensuite ; et Saint-Réal et Montaigne

Entre Sénèque et Lucien ;
Saint-Évremond les accompagne…
La Rochefoucauld, La Bruyère,
Viennent embellir l’entretien.

Le président de Brosses (1709-1777), qui, « dès le bas âge, donnait la préférence à un livre sur tous les jouets[257.3], » avait une prédilection particulière

[I.281.257]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 199, n. 1.  ↩
  2.  Id., op. cit., t. I, p. 282.  ↩
  3.  R. Colomb, Essai sur la vie et les écrits du président de Brosses, en tête des Lettres familières écrites d’Italie, par Charles de Brosses, t. I, p. x. (Paris, Didier, 1858.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 256-280

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 256.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 256 [280]. Source : Internet Archive.

livres de prédilection du prince Eugène (1663-1736) : il la portait toujours sur lui, dans ses expéditions mili­taires[256.1].

Le marquis René-Louis d’Argenson (1694-1757) affectionnait particulièrement le chef-d’œuvre de Cervantès : « J’aimais Don Quichotte à le relire vingt fois dans ma vie », disait-il[256.2].

Le médecin Camille Falconet (1671-1762) disait que si on ne lui permettait de choisir que quatre volumes dans sa bibliothèque (qui en comptait près de vingt mille), il prendrait d’abord la Bible, puis ces trois maîtres : maître François, maître Michel et maître Benoît : c’est ainsi qu’il désignait Rabelais, Montaigne et Spinoza[256.3].

Le dauphin Louis (1729-1765), père de Louis XVI, faisait de Cicéron et d’Horace sa lecture favorite : il savait presque entièrement par cœur les œuvres d’Horace. Il avait appris seul la langue anglaise, et lisait Locke avec tant d’intérêt qu’il le plaçait sous son chevet.

Jacques Douglas, médecin anglais (1707-1768), professait pour Horace la plus grande admiration. Sa bibliothèque était uniquement composée d’éditions de cet auteur : il en possédait quatre cent cinquante, dont la première datait de 1476, et la dernière de 1739,

[I.280.256]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 276.  ↩
  2.  Cf. supra, p. 161 ; et Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 150.  ↩
  3.  Peignot, op. cit., t. I, p. 280.  ↩

Le Livre, tome I, p. 254-278

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 254.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 254 [278]. Source : Internet Archive.

mait la quatorzième lettre des Provinciales de Pascal un chef-d’œuvre d’éloquence égal à tout ce que l’antiquité a le plus admiré[254.1]. Dans les Instructions qu’il adresse à son fils, on voit quelles lectures il lui conseille : ce sont, par exemple, la seconde partie du Discours sur l’histoire universelle de Bossuet, divers ouvrages[254.2] de Grotius, de Pufendorff, de Domat, d’Arnauld, de Malebranche, Nicole, Quintilien, etc.

Montesquieu (1689-1755) faisait de Tacite sa lecture favorite. « J’avoue, dit-il[254.3], mon goût pour les anciens ; cette antiquité m’enchante, et je suis toujours prêt à dire avec Pline : « C’est à Athènes que vous allez ; respectez les dieux ». Il faisait particulièrement cas de Télémaque, « l’ouvrage divin de ce siècle, Télémaque, dans lequel Homère semble res­pirer[254.4] ». Eschyle, Euripide, Sophocle, Plutarque, Aristote, Platon, Cicéron, Suétone, Virgile, etc., étaient encore au nombre de ses favoris. « Deux chefs-d’œuvre : la mort de César dans Plutarque, et celle de Néron dans Suétone, » écrit-il[254.5]. Parmi les modernes, il estimait particulièrement Crébillon : « Nous n’avons pas d’auteur tragique

[I.278.254]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 172.  ↩
  2.  Ces ouvrages, ou sections d’ouvrages, sont indiqués par Peignot, op. cit., t. I, pp. 217-218.  ↩
  3.  Pensées diverses, Des anciens. (Œuvres complètes, t. II, p. 424 ; Paris, Hachette, 1866.)  ↩
  4.  Op. cit., ibid.  ↩
  5.  Op. cit., p. 425.  ↩

Le Livre, tome I, p. 253-277

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253 [277]. Source : Internet Archive.

pour les Vies des hommes illustres de Plutarque, et il faisait de quelque tome de cet ouvrage son compagnon de promenade habituel.

Jonathan Swift (1667-1745), l’auteur des Voyages de Gulliver, avait pris « l’amère habitude de relire, chaque fois que l’année ramenait le jour de sa naissance, le chapitre de l’Écriture où Job déplore la sienne, et maudit cette nuit fatale où l’on annonça dans la maison de son père qu’un enfant mâle était né ». Ce qui n’empêchait pas cet impitoyable pessimiste de déclarer que « la meilleure méthode, en cette vie, est de prendre son café quand on le peut, et de s’en passer gaiement quand on ne le peut pas[253.1] ».

Saint-Hyacinthe, l’auteur du Chef-d’œuvre d’un inconnu (1684-1746), disait que, pour former une excellente bibliothèque, il ne faut que joindre les ouvrages de Plutarque à ceux de Platon et de Lucien, les livres de ces trois hommes devant être regardés comme la source de la sagesse, du savoir, et des grâces en tous genres. Pour l’étude des mœurs modernes, il ajoutait à ces trois noms celui de La Bruyère.

Le chancelier Daguesseau (1668-1751) ne passait jamais un jour sans ouvrir l’Écriture sainte[253.2]. Il esti-

[I.277.253]
  1.  Prévost-Paradol, Jonathan Swift, sa vie et ses œuvres, en tête des Voyages de Gulliver, t. I, pp. 8 et 39. (Paris, Bibliothèque nationale, 1868.)  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 215.  ↩

Le Livre, tome I, p. 251-275

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251 [275]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252 [276]. Source : Internet Archive.

il rencontrait quelques passages poétiques très remarquables, disait : « Cela est beau comme de la prose[251.1] ».

L’académicien Claude-François Fraguier (1666-1728) aimait passionnément Homère. La première fois qu’il le lut, il souligna au crayon les passages qui le frappaient le plus ; la seconde fois, il fut surpris de retrouver des beautés qu’il n’avait pas aperçues d’abord, il les souligna encore. A la troisième lecture, nouveaux passages admirés qui semblaient lui reprocher une injuste préférence dans les deux premières lectures. Il en fut de même à la quatrième et à la cinquième, de sorte qu’à la sixième le livre se trouva presque souligné d’un bout à l’autre[251.2].

[I.275.251]
  1.  « Ce mot de Duclos fait tout à fait contraste avec celui de Voltaire, qui est si connu : « Entrez, entrez, monsieur, je ne fais que de la vile prose » ; et avec cet autre de l’abbé Delille, à qui M. Walckenaer faisait observer qu’un de ses beaux vers du poème de l’Imagination était pris mot à mot dans la belle prose des Études de la nature de Bernardin de Saint-Pierre : « Ce qui n’a été dit qu’en prose n’a jamais été dit ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 200, n. 1.)  ↩
  2.  A propos d’Homère, rappelons ce mot célèbre : « Lorsque j’ai lu Homère, j’ai cru avoir vingt pieds de haut, » disait le sculpteur Bouchardon. (Ap. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Épopée ; t. I, p. 346 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1867.) Voici textuellement le propos naïf de Bouchardon : « Il y a quelques jours qu’il m’est tombé entre les mains un vieux livre français que je ne connaissais point ; cela s’appelle l’Iliade d’Homère. Depuis que j’ai lu ce livre-là, les hommes ont quinze pieds (de haut) pour moi, et je ne dors plus. » (Note de Georges Avenel, ap. Voltaire, ibid.).  ↩

Le Livre, tome I, p. 249-273

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249 [273]. Source : Internet Archive.

d’Archimède, de Pline (l’Ancien), de Cicéron et de Sénèque (le Philo­sophe ?)[249.1]. Jeune, lorsqu’il étudiait les langues anciennes, il donnait la préférence à Tite-Live et à Virgile, et, dans sa vieillesse, il pouvait encore réciter Virgile presque tout entier mot pour mot[249.2].

Charles XII, roi de Suède, (1682-1718), avait pour Quinte-Curce une prédilection particulière, due à son vif désir de ressembler au héros de cet historien.

Le célèbre marin et ingénieur militaire Renau d’Éliçagaray, dit Petit-Renau (1652-1719), collaborateur et ami de Vauban, manifestait, paraît-il, une aversion prononcée pour tous les livres, à l’exception d’un seul, la Recherche de la vérité, de Malebranche[249.3].

L’érudit Pierre-Daniel Huet, évêque de Soissons, puis d’Avranches (1630-1721), nous apprend « qu’il avait coutume, — dans sa jeunesse tout au moins, — chaque printemps, de relire Théocrite sous l’ombrage renaissant des bois, au bord d’un ruisseau et au chant du rossignol[249.4] ».

[I.273.249]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 194.  ↩
  2.  Id., ibid. ; et Fontenelle, Éloge de M. Leibnitz, Œuvres choisies, t. III, p. 183. (Paris, Jouaust, 1883.)  ↩
  3.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, p. 366.  ↩
  4.  Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. III, pp. 49 et 452.  ↩

Le Livre, tome I, p. 247-271

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247 [271]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248 [272]. Source : Internet Archive.

de même du poète allemand Wieland (1733-1813) : le dernier livre lu lui semblait le plus beau ; ce qui faisait dire à Gœthe[247.1] : « Tâchons de ne pas ressembler à Wieland… et gardons-nous de sa délicate mobilité, par suite de laquelle la dernière chose qu’il lisait effaçait pour ainsi dire tout ce qui avait précédé ».

Boileau (1636-1711) plaçait en première ligne Homère ; puis venait Térence. Il donnait le pas aux anciens sur les modernes, à l’exception d’un seul auteur, Pascal, qu’il mettait à côté des plus grands. « Mon Père, disait Boileau au Père Bouhours, lisons les Lettres provinciales, et, croyez-moi, ne lisons pas d’autres livres. » Le jésuite Bouhours ne devait pas être tout à fait de l’avis de Boileau[247.2].

Malebranche (1638-1715), ayant lu par hasard le Traité de l’homme de Descartes, en fut vivement frappé, aussi vivement que La Fontaine des vers de Malherbe ; il abandonna toute autre étude pour la philosophie de Descartes, et consacra le reste de ses jours à la méta­physique[247.3].

[I.271.247]
  1.  Conversations recueillies par Eckermann, t. II. p. 329.  ↩
  2.  Je rappelle que les détails et les citations sans indications de sources proviennent de Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩
  3.  Notons que le célèbre philosophe oratorien n’avait, en revanche, aucun goût pour l’histoire et la tenait en très piètre estime. « … Presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes. Malebranche, à cet égard, avait raison de dire qu’il ne faisait pas plus de cas de l’histoire que des nouvelles de son quartier. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Ana, Anecdotes ; t. I, p. 97. Paris, édit. du Siècle, 1867.) Voltaire disait, lui (op. cit., art. Donation ; t. I, p. 306) : « L’histoire n’est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommodés du bien d’autrui ». Nous verrons plus loin (p. 263) Mme du Deffand nous dire que « tout ce qui est histoire d’une nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit ». « .… Si l’on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant votre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années ? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans ; la seule différence, c’est que ces derniers sont plus amusants. » (Madame, duchesse d’Orléans, princesse Palatine, lettre du 31 mars 1718, Correspondance, t. I, p. 389. trad. G. Brunet. Paris, Charpentier, 1869.) Le traducteur de cette correspondance ajoute en note à cet endroit : « L’idée que Madame indique ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l’abbé Lancelloti : Farfalloni degli antichi historici, Venetia, 1736 (1636). Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de l’histoire ancienne et profane, 2 vol. in-12. L’auteur a réuni, pour en montrer l’absurdité, toutes les fables, tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l’emploi du vinaigre dont Annibal fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu’avala Cléopâtre. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 244-268

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 244.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 244 [268]. Source : Internet Archive.

les poésies de Malherbe, les tragédies de Corneille et les œuvres de Voiture se sont établi comme un droit de me plaire toute ma vie ».

Bossuet (1627-1704), consulté sur celui de tous les ouvrages qu’il préférerait avoir fait, répondit : « Les Lettres provinciales de Pascal[244.1] ». Il avait aussi une prédilection particulière pour le poète latin Horace, prédilection que rien ne justifie, remarque Lamartine[244.2]. « Peut-être aussi, continue-t-il, cette inexplicable prédilection pour le moins divin de tous les poètes tenait-elle à ce que la poésie avait apparu à Bossuet enfant pour la première fois dans les pages de ce poète. Cette ravissante apparition s’était prolongée et changée en reconnaissance dans son âme. Il y a, dans les bibliothèques comme dans le monde, de mauvaises rencontres qui deviennent de vieilles amitiés. »

Lamartine ignorant, qui ne sait que son âme[244.3],

qui n’a rien compris à notre xvie siècle, qui a méconnu et malmené Montaigne[244.4], qui a traité Rabelais d’ « infâme cynique » et de « grand boueux de

[I.268.244]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 172.  ↩
  2.  Lamartine, Lectures pour tous, Vie de Bossuet, pp. 420-421. (Paris, Hachette, 1860.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, Notes et Pensées, p. 462.  ↩
  4.  Cf. Lamartine, les Confidences, livre XI, xvi, p. 315. (Paris, M. Lévy, 1855.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 243-267

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243 [267]. Source : Internet Archive.

tions de Bâle, texte grec également, sans traduction latine, dont il se servait dans ses classes. Étant encore à Port-Royal, entre 1655 et 1658, il trouva par hasard le roman grec de Théogène et Chariclée, d’Héliodore. Il le dévorait, lorsque, raconte-t-on, le sacristain et professeur, Claude Lancelot, le surprit dans cette lecture, lui arracha le livre et le jeta au feu. Le jeune Racine réussit à s’en procurer un autre exemplaire, qui eut le même sort. Il en acheta un troisième, et, pour n’en plus craindre la perte, l’apprit par cœur ; il le porta alors au bon Lancelot et lui dit : « Vous pouvez brûler celui-ci comme vous avez brûlé les autres : je n’en ai plus besoin[243.1] ».

Saint-Évremond (1613-1703) écrit[243.2] :

« … Don Quichotte, de Cervantès, est un ouvrage que je puis lire toute ma vie, sans être dégoûté un seul moment. De tous les livres que j’ai lus, Don Quichotte est celui que j’aimerais mieux avoir fait : il n’y en a point, à mon avis, qui puisse contribuer davantage à nous former un bon goût sur toutes choses…. Quevedo[243.3] paraît un auteur fort ingénieux ; mais je l’estime plus d’avoir voulu brûler tous ses livres, quand il lisait Don Quichotte, que de les avoir su faire. » Et plus loin[243.4] : « Les Essais de Montaigne,

[I.267.243]
  1.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, pp. 165 et s.  ↩
  2.  De quelques livres espagnols, italiens et français, Œuvres choisies, p. 406. (Paris, Garnier, s. d., édit. Gidel.)  ↩
  3.  Cf. supra, pp. 233-234.  ↩
  4.  Op. cit., même page.  ↩

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