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Le Livre, tome III, p. 139-153

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 139.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 139 [153]. Source : Internet Archive.

depuis l’an 1350 que cet usage s’est généralisé. « Il a donc fallu deux siècles pour vulgariser cette réforme[139.1]. »

« Joseph Scaliger prétend qu’Alde Manuce est le premier qui a introduit dans le latin la virgule, le point-virgule et l’accent grave, et qu’avant lui, personne n’en avait fait usage. Cette assertion demande une explication, car elle donnerait à entendre qu’avant Alde il n’existait ni virgule, ni accent, ce qui serait faux. La virgule a été inventée dans le viiie siècle, et le point-virgule dans le ixe ; les autres marques de repos le furent ensuite…. Ainsi l’on voit que les signes de ponctuation sont plus anciens que la découverte de l’imprimerie ; mais leur désignation actuelle, c’est-à-dire la valeur que nous leur donnons, est assez moderne. D’ailleurs ils étaient fort rares ancien­nement[139.2], » et, comme nous le disions il y a un instant, on n’en trouve pas dans les livres du xve siècle, dans les incunables.

Quant aux points suspensifs, « ils sont d’invention moderne », remarque Ernest Legouvé, qui ne les appelle jamais que « petits points »[139.3]. « Vous n’en trouverez pas un seul exemple avant le xviiie siècle,

[III.153.139]
  1.  Mémorial de la librairie française, 20 janvier 1905, p. 41.  ↩
  2.  Gabriel Peignot, op. cit., p. 73, n. 1.  ↩
  3.  Cette locution « petits points », dans le sens de points suspensifs, ne se trouve ni dans Littré, ni dans Hatzfeld, ni dans Larousse, dans aucun dictionnaire ni traité de typographie.  ↩

Le Livre, tome III, p. 138-152

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 138 [152]. Source : Internet Archive.

7º La rareté des alinéas et des chapitres.

8º L’absence de lettres capitales au commencement des chapitres ou divisions : dans les premiers temps, les imprimeurs laissaient en blanc la place de ces grandes lettres, qui étaient mises à la main par des calligraphes et rubricateurs[138.1].

9º L’absence de signes de ponctuation.

10º Des traits obliques au lieu de points sur les i.

Etc., etc.[138.2].

Les lettres minuscules j et u se confondaient autrefois respectivement avec l’i et le v. C’est Louis Elzevier qui, établi à Leyde en 1580, a introduit en typographie la distinction entre l’i et le j, et entre l’u et le v minuscules. Quant aux majuscules J et U remplaçant I et V, elles furent créées, en 1619, par l’imprimeur strasbourgeois Lazare Zetner[138.3].

Les points sur les i datent, paraît-il, du commencement du xie siècle. C’est alors « qu’on s’aperçut qu’il serait bon, pour faciliter la lecture des manuscrits, de faire usage de ce point, afin de ne pas confondre un m avec in ou un ni ». Mais ce n’est que

[III.152.138]
  1.  De rubricare, rubrum facere, peindre en rouge : de rubrica, rubrique, sanguine, craie rouge, etc. Cf. Ducange, Glossarium ↩
  2.  Sur les caractères distinctifs des incunables, cf. Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, pp. 72 et s. ; et Jules Cousin, De l’organisationdes bibliothèques publiques et privées, pp. 97-103.  ↩
  3.  Cf. Émile Javal, Physiologie de la lecture et de l’écriture, p. 19, n. 1 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 629.  ↩

Le Livre, tome III, p. 135-149

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 135 [149]. Source : Internet Archive.

3º L’absence de signatures, de réclames[135.1], de pagination, et, dans les plus anciens incunables, de registre, c’est-à-dire de la table indicatrice des cahiers composant l’ouvrage : ces cahiers étaient indiqués par les premiers mots de leur première page[135.2].

4º L’absence de titre séparé ou frontispice[135.3] : le titre, ou plutôt le sujet du livre, se trouvait énoncé au début du texte, dans ce qu’on nomme la suscription ou l’incipit ; c’est par ce dernier mot, ou par son équivalent : Cy commence… que commençait le plus souvent le texte. « C’est vers 1476 ou 1478 qu’on a commencé à imprimer les titres de livres sur un feuillet séparé, et les titres des chapitres se voient déjà dans les Épitres de Cicéron, de 1470[135.4]. »

5º L’absence du nom de l’imprimeur, du lieu et de la date de l’impression : ces indications ne tardèrent pas à figurer à la dernière page des volumes, dans un paragraphe final appelé souscription ou explicit (qui signifie finit, se termine, est déroulé ; sous-entendu le mot volume, et par allusion aux anciens manuscrits, qui avaient la forme de rou­leaux[135.5] :

[III.149.135]
  1.  Sur la signification de ces mots, voir supra, p. 96.  ↩
  2.  Cf. ce qui est dit ci-dessus (p. 97, n. 2), à propos de l’imposition au début de l’imprimerie.  ↩
  3.  « Frontispice : titre orné de figures gravées ou imprimées. » (Littré, op. cit.) Voir infra, p. 214, n. 2.  ↩
  4.  Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, p. 72, n. 1.  ↩
  5.  Cf. notre tome I, page 57.  ↩

Le Livre, tome III, p. 115-129

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 115.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 115 [129]. Source : Internet Archive.

seule raison que l’un est in-18 et l’autre in-folio : si tous deux étaient in-8, on les placerait l’un à côté de l’autre ; la classification ne serait pas plus interrompue dans nos bibliothèques que dans nos catalogues les mieux faits, et ces bibliothèques procureraient le coup d’œil le plus agréable. Cependant, » ajoute Peignot, — et voilà déjà les objections et restrictions qui surgissent. — « les ouvrages de pur agrément, tels que romans, poésies, etc., semblent exiger un format plus portatif que l’in-8, ou du moins il serait quelquefois plus commode de les avoir in-18 : réservons donc ce dernier format pour la classe des romans seulement… »[115.1].

Ludovic Lalanne[115.2] patronne également le format in-8, « auquel on revient toujours », déclare-t-il.

Le format employé et vulgarisé, à partir de 1858, par l’éditeur Gervais Charpentier, et connu sous le nom de format Charpen­tier[115.3] — c’est un in-18 jésus ayant pour dimensions 0,117 × 0,183 — est actuellement le plus répandu, pour les ouvrages de littérature du moins, et il nous paraît tout à fait digne de sa vogue, il mérite toutes nos préférences.

En voici les motifs.

Le malheur veut que la plupart des liseurs assidus, des plus constants amis des livres, deviennent

[III.129.115]
  1.  Gabriel Peignot, Manuel bibliographique, p. 62.  ↩
  2.  Op. cit., p. 294.  ↩
  3.  Cf. Edmond Werdet, De la librairie française, p. 177.  ↩

Le Livre, tome III, p. 110-124

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 110.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 110 [124]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 111.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 111 [125]. Source : Internet Archive.

plus appréciés du public semblent avoir été toujours en décroissant.

L’in-folio et l’in-4 étaient, sauf exceptions, les formats des premiers livres, des incuna­bles[110.1], et, malgré les admirables petits in-8 d’Alde Manuce et de Sébastien Gryphe, les savants du xvie siècle tenaient en mépris tous les volumes qui n’avaient pas les plus grandes dimen­sions[110.2]. On jugeait alors en quelque sorte de la valeur d’un ouvrage d’après son ampleur et sa taille.

Scaliger, au dire du passionné érudit Adrien Baillet (1649-1706), « raille Drusius pour la petitesse de ses livres ; et J. Morel, l’un des plus grands imprimeurs de son temps, se plaignait au savant Puteanus, rival de Juste Lipse, que ses livres étaient trop petits pour la vente, et que les chalands n’en voulaient pas[110.3] ».

[III.124.110]
  1.  « Au début de l’imprimerie, les formats employés étaient généralement l’in-folio et l’in-quarto, et certains auteurs ont supposé qu’aucun livre, avant 1480, n’avait été imprimé sous un format plus petit. » (Trad. de l’Encyclopædia britannica, t. III, p. 652, col. 1.) Néanmoins Gabriel Peignot, dans son Dictionnaire raisonné de bibliologie, art. Format, mentionne des éditions des plus petits formats antérieures à 1480 ; mais on peut considérer ces « petits livres » comme des exceptions.  ↩
  2.  Cf. Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques, p. 293. Nous avons vu de même (t. II, p. 257) le bibliomane Antoine-Marie-Henri Boulard, à ses débuts surtout, collectionner de préférence des in-4 et des in-folio, « les beaux formats », et dédaigner les in-8, in-12, etc.  ↩
  3.  Id., op. cit., p. 293. Ludovic Lalanne donne bien, en cet endroit, « J. Morel » ; mais, comme l’imprimeur Jean Morel (mort à vingt et un ans : 1538-1559), que l’initiale J. semble désigner, n’a pas été, tant s’en faut, « l’un des plus grands imprimeurs de son temps » (il était bien inférieur en réputation à son frère Guillaume Morel), nous pensons qu’il faut lire Jean Moret (et non Morel), imprimeur et savant du xvie siècle, qui habitait Anvers, avait épousé la seconde fille de Plantin, à qui il succéda, et qui était l’ami de Juste Lipse : cf. Gabriel Peignot, Dictionnaire raisonné de bibliologie, art. Moret (Jean).  ↩

Le Livre, tome III, p. 088-102

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 88.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 88 [102]. Source : Internet Archive.

sions : in-octavo, in-douze, in-seize, in-dix-huit, etc., s’appliquant exclusivement au mode de pliage de la feuille (in-octavo indique que la feuille a été pliée de façon à former 8 feuil­lets[088.1] ou 16 pages ; in-douze, de façon à former 12 feuillets ou 24 pages ; in-seize, de façon à former 16 feuillets ou 32 pages ; etc.), sans faire connaître les dimensions premières de cette feuille, ne signifient pour ainsi dire rien. Elles n’ont et ne peuvent avoir un sens précis qu’à condition d’être suivies de la désignation catégorique du papier, du nom du format des feuilles : in-octavo jésus, in-douze raisin, in-seize cavalier, etc., nom qu’on omet cependant très souvent dans le langage usuel.

Il est à remarquer, en outre, qu’autrefois, dans le papier fabriqué à la forme, la position des vergeures, des pontuseaux et de la marque d’eau[088.2] après le pliage de la feuille, pouvait aider facilement à la détermination du format du volume. Selon le nombre de fois que la feuille était pliée sur elle-même, la marque d’eau se trouvait ou au milieu du feuillet, ou au fond, ou au sommet, etc.[088.3] ; les ver-

[III.102.088]
  1.  On appelle feuillet « chaque partie d’une feuille de papier formant deux pages », recto et verso (Littré, op. cit.). La feuille, par conséquent et comme on va le voir, donne toujours un nombre de pages double du chiffre indicatif du format.  ↩
  2.  Sur ces termes, voir supra, p. 28.  ↩
  3.  Cf. Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile, t. II, p. 431.  ↩

Le Livre, tome III, p. 086-100

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 86.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 86 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 87.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 87 [101]. Source : Internet Archive.

Les premiers livres imprimés, les incuna­bles[086.1], avaient des tirages relativement minimes, qui ne dépassaient guère 300 exemplaires.

On appelle édition princeps la première édition d’un ouvrage, spécialement d’un ouvrage an­cien[086.2] :

[III.100.086]
  1.  Sur les incunables, voir infra, pp. 133 et suiv.  ↩
  2.  « Le mot princeps me rappelle une expression naïve d’un bon monsieur Bonnemet, très riche négociant, qui aimait beaucoup les livres, quoiqu’il fût peu instruit ; il s’attachait aux belles éditions et encore plus aux élégantes reliures, mais pour les ouvrages modernes seulement, « car je n’aime pas, disait-il, les éditions princesses ». Aussitôt qu’il achetait un ouvrage moderne, il s’en faisait remettre plusieurs exemplaires en feuilles, sur lesquels il en choisissait un et renvoyait les autres. Il faisait ensuite relier ce livre par Derome le Jeune, puis le serrait dans sa bibliothèque, qu’on ne visitait guère que pour en ôter la poussière ; encore obligeait-il ses domestiques de mettre des gants lorsqu’ils nettoyaient ses livres. Sa bibliothèque, achetée après sa mort par le duc de la Vallière pour 18 000 livres, a été évaluée par l’abbé Rive plus de 24 000 francs, d’après une estimation détaillée et très basse…. » (Gabriel Peignot, Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, p. 12, note.) On trouvera, dans cet ouvrage de Gabriel Peignot, pages 57-80, un très intéressant article sur les éditions princeps, dont voici le début : « La qualification de princeps se donne ordinairement aux éditions des classiques que l’on regarde comme les premières, c’est-à-dire aux éditions qui, sans le secours d’aucun livre déjà imprimé, ont été faites sur des manuscrits plus ou moins anciens, antérieurs à la découverte de l’imprimerie. Ces premières éditions, surtout celles qui ont paru avant 1480, sont, pour la plupart, des espèces de calques de ces manuscrits précieux, car les premiers caractères d’imprimerie, soit sculptés, soit coulés, ne pouvant avoir d’autre modèle que la lettre de forme ou la cursive en usage alors, imitaient tellement l’écriture, que l’on regardait et même l’on achetait, dit-on, comme manuscrits, les premiers ouvrages sortis des premières presses. Puisque les éditions primitives, les éditions vraiment princeps, sont une espèce de fac-similé des anciens manuscrits, on doit donc les considérer comme présentant le texte le plus pur des classiques (sauf cependant les fautes des copistes) ; et, sous ce rapport, elles sont, aux yeux des savants, d’une utilité incontestable et d’une valeur inappréciable…. »  ↩

Le Livre, tome III, p. 055-069

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55 [069]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56 [070]. Source : Internet Archive.

et l’aspect de l’ancien vélin véritable, provenant de la peau de jeunes veaux, est un papier sans grain, très uni, lisse et satiné, excellent pour le tirage des vignettes. C’est au célèbre et si original imprimeur anglais John Baskerville (1706-1775) qu’est due l’invention du papier vélin ; elle remonte à 1750, et le premier ouvrage tiré sur cette sorte de papier fut une édition de Virgile, datée de 1757 et publiée par Basker­ville[055.1]. D’une façon générale, tout papier fabriqué à la forme, tout papier « de cuve », dépourvu de grains et de vergeures, est qualifié de vélin[055.2].

Le papier de Chine se fabrique avec l’écorce du bam­bou[055.3]. Il a une teinte grise ou jaunâtre, un aspect

[III.069.055]
  1.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 205 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 686. En France, le papier vélin fut employé pour la première fois, en 1780, par MM. Johannot (cf. Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile, t. II, p. 428).  ↩
  2.  On rencontre fréquemment, dans les catalogues et annonces de librairie, cette locution : « papier de cuve du Marais », « vélin de cuve des fabriques du Marais ». Ce n’est pas à Paris, dans le quartier du Marais, comme certains se l’imaginent, que se trouvent ces fabriques de papier à la forme, mais dans le département de Seine-et-Marne, sur la rivière du Grand-Morin, près et en aval de Jouy-sur-Morin, au lieudit « le Marais ». Non loin de là, sur la rivière du Petit-Morin, en amont de la Ferté-sous-Jouarre, au lieudit « le Gouffre » ou « Usine de Biercy », se trouve une autre papeterie à la forme, qui appartient à la Banque de France, et où elle fait fabriquer le papier de ses billets.  ↩
  3.  « Inventeurs du papier, les Chinois en préparent plusieurs espèces qui manquent à l’Europe ; cependant eux-mêmes donnent toujours la préférence aux papiers coréens et japonais. Dès l’année 153 de l’ère vulgaire, Tsaïloun avait enseigné à ses compatriotes l’art de remplacer les tablettes en bambou par du papier, dont les écorces d’arbre, le fil de chanvre, les vieilles toiles, les filets de pêche lui fournissaient la pâte. Depuis cette époque, on emploie aussi pour la fabrication du papier, les jeunes pousses de bambou, le rotin, les algues marines, le glaïeul, la fibre du broussonetia papyrifera, les cocons de vers à soie. » (Élisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. VII, pp. 583-584.) Voir aussi, sur le papier de Chine, H. de Balzac, Illusions perdues, t. I, les Deux Poètes, pp. 116-118 (Paris, Librairie nouvelle, 1857). « Un inventeur de génie, Tsaï-lun (Tsaïloun), fabriqua le premier, en Chine, vers l’année 153 après Jésus-Christ, le papier proprement dit…. Le nom de Tsaï-lun est populaire dans le Céleste Empire. Un temple lui a été élevé, et, plus de mille ans après sa mort, on lui offrait des sacrifices. » (Louis Figuier, op. cit., pp. 177-178.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 004-018

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 4.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 4 [018]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 5.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 5 [019]. Source : Internet Archive.

ou whatman, 10 francs ; sur grand papier (c’est-à-dire papier à grandes marges), chine ou whatman, 30 francs.

L’édition des œuvres complètes d’Alfred de Musset (10 volumes format petit in-12) publiée par l’éditeur Lemerre est de même tarifée[004.1] ; le volume sur papier vélin, 6 francs ; sur hollande, 25 francs ; sur chine et sur whatman, 50 francs ; sur japon, 75 francs.

Le papier, qui tire son nom du mot latin papyrus, roseau jadis très abondant en Égypte[004.2], et dont l’écorce, aisément détachée en larges et légères bandelettes, recevait l’écriture des anciens scribes, est d’origine très lointaine et très incer­taines[004.3]. C’est ce

[III.018.004]
  1.  Catalogue de la librairie Alphonse Lemerre, 1899, pp. 20-21.  ↩
  2.  Chose étrange, le papyrus, cette plante si utile et si employée, a fini, « de nos jours, par disparaître à peu près entièrement de l’Égypte ». (Louis Figuier, les Merveilles de la science, t. II, l’Industrie du papier, p. 155 ; Paris, Furne-Jouvet, s. d. [1873-1876]. — J’aurai fréquemment recours à cette monographie illustrée du papier, de son histoire et de ses procédés de fabrication, qui est très documentée et bien présentée ; malheureusement, elle date de trente ans, et la fabrication du papier, durant ce laps de temps, s’est sensiblement modifiée.)  ↩
  3.  Sur le papyrus et la fabrication du papier chez les anciens, voir notre tome I, pages 46 et suiv. Rappelons que la plante dite papyrus par les Égyptiens et par les Romains se nommait en grec πάπυρος, et aussi ϐίϐλος ; que ce dernier mot, qui désignait plus particulièrement l’écorce du papyrus, a, par extension, signifié papier, livre ; et que notre mot livre vient du latin liber, qui avait d’abord le sens d’écorce, partie de l’écorce des arbres (le liber), puis spécialement écorce du papyrus, et de là enfin livre, comme volumen. Cf. H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, pp. 24, 74 et s. ; — Gabriel Peignot, Essaisur ta reliure des livres, pp. 23-24 : « … Comme cette écorce se nommait liber chez les Latins… Liber dicitur interior corticis pars quæ ligno cohæret, on a, par la suite, donné le nom de livre à toutes sortes d’écrits composés de plusieurs feuilles réunies en un volume » ; — Daremberg, Saglio et Pottier. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, art. Liber et Membrana, très bons articles de M. Georges Lafaye ; — etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 331-347

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 331.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 331 [347]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 332.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 332 [348]. Source : Internet Archive.

être le cri d’un propriétaire de livres trompé par les emprunteurs ».

Rabelais écrivait sur le titre de ses livres, comme on le voit encore à notre Bibliothèque nationale : « Francisci Rabelæsi, medici, καὶ τῶν αὐτοῦ φίλῶν[331.1] ». D’autres savants ou amateurs, Bathis (….-….), de Bruxelles, Marc Laurin (1530-1581), de Bruges, ont, le premier en grec, le second en latin, employé la même sentence, et proclamé que leurs livres étaient à eux et à leurs amis[331.2].

Le savant François Marucelli (1625-1713), qui fit construire à Florence, sa ville natale, une bibliothèque publique encore existante, et qui dota Rome d’un établissement du même genre, avait pour programme : Publicæ et maximæ pauperum utilitati[331.3].

Un illustre collectionneur et érudit du même temps, Michel Bégon (1638-1710), n’hésitait pas non plus à mettre ses livres à la disposition d’autrui, et, comme son bibliothécaire lui remontrait un jour qu’avec ce système il s’exposait à voir disparaître plus d’un de ses trésors, il lui répliqua fort dignement : « J’aime encore mieux perdre mes livres que d’avoir l’air de me défier d’un honnête homme[331.4] ».

[II.347.331]
  1.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 juillet 1879, col. 402 ; et Rabelais, Œuvres, édit. annotée par Burgaud des Marets et Rathery, t. II, p. 11, n. 2. (Paris, Didot, 1880.)  ↩
  2.  Cf. Gustave Brunet, op. cit., pp. 271 et 296.  ↩
  3.  Fertiault, les Amoureux du livre, p. 353.  ↩
  4.  Cf. Peignot, Dictionnaire raisonné de bibliologie, t. II, p. 361. C’est en l’honneur de Michel Bégon et en souvenir du bon accueil qu’avait reçu de lui le botaniste Plumier que celui-ci donna le nom de bégonia à un genre de plantes d’Amérique.  ↩

Le Livre, tome II, p. 319-335

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 319.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 319 [335]. Source : Internet Archive.

Les rois eux-mêmes étaient astreints à cette clause, obligés de déposer un gage, quand ils empruntaient un volume à une bibliothèque conventuelle. Louis XI, désirant faire copier un manuscrit du médecin arabe Razi ou Rasis (-923), « le plus beau et le plus singulier thresor de nostre Faculté » de médecine de Paris, n’en obtint communication que moyennant le dépôt d’une somme de « douze marcs d’argent, vingt livres sterling, et l’obligation d’un bourgeois, — un nommé Malingre, — pour la somme de cent écus d’or[319.1] ».

Certains livres même, dans les bibliothèques publiques, notamment à Leyde, à la Laurentienne, à la cathédrale d’Hereford, etc., étaient alors attachés par des chaînettes de fer à leurs rayons ou à leurs pupitres, de façon à ne pouvoir être consultés que sur place : c’étaient les catenati, les « enchaînés ».

Les livres des bibliothèques publiques, ceux surtout des cabinets de lecture[319.2], offrent, pour la santé,

[II.335.319]
  1.  Peignot, Manuel bibliographique, p. 50, n. 1 ; et Ludovic Lalanne, op. cit., pp. 135-136.  ↩
  2.  Disons, en passant, que c’est en 1742 qu’a été établi à Paris, par les soins du libraire François-Augustin Quillau, le premier cabinet de lecture, « le premier cabinet littéraire où se réunissent les lecteurs ». (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 844.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 301-317

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 301.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 301 [317]. Source : Internet Archive.

exclusivement, — Plutarque, Montaigne et Locke, qu’on a dit avec raison « que le fond des idées de l’Émile est tout entier dans ces trois écrivains[301.1] ».

Nous avons vu le roi Charles X manifester, tout comme Henri IV, son peu de goût pour la lecture[301.2], et entendu la maréchale Lefebvre proclamer qu’elle n’était point du tout lisarde[301.3].

Charles Nodier nous a prévenus que l’amour des livres devenait de plus en plus rare[301.4] : « Aujourd’hui l’amour de l’argent a prévalu : les livres ne portent point d’intérêt…. Nos grands seigneurs de la politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d’État, nos grands hommes de lettres, sont généralement bibliophobes. »

« Nos grands hommes de lettres » : oui, si étrange, incroyable et inconcevable que la chose puisse paraître, parmi les ennemis des livres et des Lettres,

[II.317.301]
  1.  L’abbé Morellet, ap. Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, p. 314.  ↩
  2.  Supra, t. I, p. 125. Ce qui n’empêcha pas, notons-le pour rester impartial, le roi Charles X, alors qu’il n’était que comte d’Artois, de « signaler son goût pour les lettres » en faisant imprimer à ses frais, par Ambroise Didot, de 1780 à 1784, une collection d’ouvrages français tout à fait remarquable. « Il était difficile que la typographie produisit rien de plus joli que ces soixante-quatre petits volumes, que l’on placera toujours parmi les chefs-d’œuvre des Didot. » (J.-C. Brunet, Manuel du libraire, t. II, col. 137, art. Collection.)  ↩
  3.  Supra, ibid.  ↩
  4.  Cf. supra, chap. iv, p. 142, n. 1.  ↩

Le Livre, tome II, p. 117-133

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 117.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 117 [133]. Source : Internet Archive.

livres « en possession des suffrages du public », et appelés à prendre place aujourd’hui dans « une bibliothèque peu nombreuse mais choisie » ? Et n’oublions pas, encore une fois, que l’opuscule de Formey a jadis joui d’une grande et légitime réputation : « Bon livre qui indique les bons livres », dit une note manuscrite tracée sur la garde de mon exemplaire.

Dans l’ouvrage du naturaliste et physicien Deleuze (1753-1835), Eudoxe, Entretiens sur l’étude des sciences, des lettres et de la philo­sophie[117.1], nous trouvons un autre de ces Plans de bibliothèque. « Les livres que vous devez choisir pour votre lecture habituelle, nous dit l’auteur, ce sont les classiques de toutes les nations. Je vous recommande de les réduire à un petit nombre. » Et, parmi ces classiques de toutes les nations, il nous cite bien Homère, Virgile, Dante, Milton, voire Klopstock, Wieland, Addison et Robertson, mais il oublie Shakespeare et Cervantès, il oublie Rabelais, Montaigne, Montesquieu et Voltaire. Il est vrai qu’il faudrait d’abord s’entendre sur le sens exact de ce mot « classique ».

On trouvera également dans le Traité élémentaire de bibliographie de Sylvestre Boulard (1750-1809 ?)[117.2],

[II.133.117]
  1.  Paris, 1810, 2 vol. in-8. Cf. Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 403-406.  ↩
  2.  Chap. iii, pp. 17-35. (Paris, Boulard, an XIII [1804] : in-8.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 114-130

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 114.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 114 [130]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 115.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 115 [131]. Source : Internet Archive.

puis : Auguste Comte ; Virgile, « pour lire du beau latin » : Machiavel ; Montaigne ; Molière ; les lettres et les romans de Voltaire ; les Trois Mousquetaires, « pour quand on est malade » : les Châtiments, « pour se faire une musique de mots » ; et « le dernier roman de X…, pour s’en­dormir[114.1] ».

Si, au lieu de vingt ou trente volumes ou auteurs, on demandait d’en désigner une centaine, ce qui donnerait évidemment plus de latitude et faciliterait le choix, on continuerait de se heurter — comme M. Jules Lemaître nous le laissait entrevoir, il y a un instant, — aux difficultés inhérentes au problème même et à l’humaine nature, et l’on n’atteindrait pas davantage le but rêvé, on n’obtiendrait pas encore le catalogue uniforme, immuable et parfait, l’absolu, en bibliographie comme en toute autre chose, n’étant pas de ce monde. Nous en trouvons la preuve dans les divers « Plans de bibliothèques privées », de « Bibliothèques choisies », çà et là publiés.

La Mothe-Le Vayer, dans sa lettre citée plus haut[114.2], où il estime qu’une centaine d’ouvrages lui

[II.130.114]
  1.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 25 juin 1889, col. 394.  ↩
  2.  Pages 104-105 : Du moyen de dresser une bibliothèque d’une centaine de livres seulement. On trouvera une brève analyse de cette lettre dans le volume de Gabriel Peignot, Traité du choix des livres, Préliminaire, pp. xii-xiv, notes. (Paris, Renouard ; et Dijon, Lagier, 1817.) Voir aussi de Gabriel Peignot, sur le « choix des livres » et la composition des bibliothèques, le volume intitulé Répertoire bibliographique universel contenant la notice raisonnée des bibliographies spéciales publiées jusqu’à ce jour, et d’un grand nombre d’autres ouvrages de bibliographie, relatifs à l’histoire littéraire et à toutes les parties de la bibliographie. (Paris, Renouard, 1812.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 105-121

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105 [121]. Source : Internet Archive.

d’avis « qu’un honneste homme, dans une grande ville et pleine de gens savants, comme celle-ci [Paris], ayant recours, en certaines occurrences et nécessités studieuses, aux librairies de ses amis, et beaucoup de bibliothèques dont l’entrée est toujours assez libre, peut, avec fort peu de dépense, et par l’achapt d’environ une centaine de volumes, se dresser une étude (bibliothèque) assez fournie pour faire toute sorte de lecture ».

Formey (1711-1797) croit, lui, dans ses Conseils pour former une biblio­thèque[105.1], qu’ « avec cinq à six cents volumes, on a de quoi suffire à la lecture de toute la vie ».

On voit que les opinions diffèrent, et offrent même de notables variantes.

Gabriel Peignot pense qu’ « avec trois à quatre cents volumes, on pourrait se composer la collection la plus précieuse qu’un amateur puisse posséder[105.2] ».

Sans citer de chiffres ni préciser, M. Gustave Mouravit fait ce sage aveu que « le premier et diffi-

[II.121.105]
  1.  Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse mais choisie, pp. ix et 7. (Berlin, Haude et Spener, 1756.)  ↩
  2.  Manuel du bibliophile, t. I, p. 11.  ↩

Le Livre, tome II, p. 097-113

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 097.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 097 [113]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098 [114]. Source : Internet Archive.

plicité des chemins trompe souvent le voyageur. Celui qui marchait sûrement sur une seule route hésite entre deux chemins, et son embarras redouble dans un carrefour de trois ou quatre chemins. De même souvent celui qui aurait lu avec fruit un seul livre en a ouvert et feuilleté plusieurs inutilement. »

Il y a des passionnés des livres et de l’étude qui, littéralement, se gavent et se soûlent de lectures, s’en abrutissent. C’est à leur sujet et contre leur intempérance que Montaigne, entre autres devises et sentences, avait fait inscrire celle-ci sur une des solives de sa « librairie » : Ne plus sapias quam necesse est, ne obstupescas ; « ce que nous nous permettons de traduire un peu librement : N’ayez pas trop de livres, de peur de vous abêtir, » ajoute M. Gustave Mouravit[097.1].

« Dieu merci, s’écrie Gui Patin[097.2], je suis à l’épreuve

[II.113.097]
  1.  Le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 41.  ↩
  2.  Ap. Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, p. 122. Nous avons vu ci-dessus, tome I, page 131, que cette bibliothèque « peu garnie » se composait de dix mille volumes. Gui Patin l’estimait, en 1661, « plus de quarante mille francs », ce qui en représenterait aujourd’hui plus de deux cent mille. (Cf. Gui Patin, lettre du 3 juin 1661 : Lettres choisies, t. II, p. 274 ; la Haye, Van Bulderen, 1715.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 086-102

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086 [102]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087 [103]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089 [105]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091 [107]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092 [108]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093 [109]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.

IV. Dénombrement des livres.
— Beaucoup de livres ou peu ?
— Choix des livres
— Lire beaucoup ou beaucoup relire ?
— Relectures

Nous avons vu[086.1] que Sénèque et Pline le Jeune sont d’avis que « la multitude des livres dissipe l’esprit », et que « beaucoup relire vaut mieux que lire beaucoup de choses » : Multum legendum esse, non multa.

C’est aussi l’opinion de l’Ecclésiaste[086.2] : « Il n’y a

[II.102.086]
  1.  Tome I, pages 17 et 19.  ↩
  2.  Chap. xii, verset 12. Voici, comme simple curiosité, quelques « dénombrements des livres existants ». Le premier, publié en 1823, est dû à l’ingénieux et érudit Gabriel Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, pp. 2-4, note). « Le curieux…. qui s’était occupé à chercher ce que nous appelions la pierre philosophale, c’est-à-dire le nombre approximatif des livres qui ont été mis sous presse depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à 1817, a revu ses calculs et les a continués jusqu’à 1822…. Voici l’exposé sommaire de son travail, qui nous parait plus curieux qu’utile. Il a d’abord puisé dans Maittaire, Panzer et les autres auteurs qui ont travaillé sur les éditions du xve siècle, et y a trouvé un aperçu de 42 000 ouvrages imprimés de 1436, ou plutôt 1450 [date plus probable de l’invention de l’imprimerie], à 1536. Voilà pour le premier siècle. Passant ensuite au dernier siècle (de 1736 à 1822), qui doit lui servir de base pour les calculs des deux siècles intermédiaires, et se servant des renseignements que lui ont fournis, sur le nombre de tous les ouvrages publiés dans ce dernier siècle, les journaux littéraires, les grands catalogues de librairie, ceux des foires d’Allemagne, l’excellente Bibliographie de la France, etc., etc., il a calculé par approximation que, depuis quatre-vingt-six ans, c’est-à-dire depuis 1736, on a pu imprimer en totalité environ 1 839 960 ouvrages : voilà pour le dernier siècle. Restent les deux siècles intermédiaires qui vont de 1536 à 1736. Ici les données étaient plus incertaines ; aussi notre calculateur a établi des proportions progressives de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premières bases les produits du premier et du dernier siècle, et pour secondes bases les événements civils, politiques et religieux qui ont pu, de temps en temps, donner plus d’activité à la presse, comme nous l’éprouvons en France depuis plusieurs années ; de sorte qu’il a trouvé, pour le second siècle, 575 000 ouvrages ; et, pour le troisième, 1 225 000. Ainsi les quatre siècles typographiques donnent le résultat suivant :
    1er siècle, de 1436 [1450] à 1536………42 000 ouvrages
    2e siècle, de 1536 à 1636………575 000 ouvrages
    3e siècle, de 1636 à 1736………1 225 000 ouvrages
    4e siècle, de 1736 à 1822 (incomplet)………1 839 960 ouvrages
    Total………3 681 960 ouvrages

     « Voilà donc, pour les quatre siècles, un total de 3 681 960 ouvrages imprimés dans les différentes parties du monde. Notre amateur suppose que chaque ouvrage, terme moyen, peut être évalué à trois volumes, ce qui nous parait un peu trop fort ; et il porte le tirage aussi, terme moyen, à 300 exemplaires pour chacun. Il en résulterait qu’il serait sorti de toutes les presses du monde jusqu’à ce jour environ 3 313 764 000 volumes ; mais, selon lui, les deux tiers au moins de cette masse énorme ont été détruits, soit par d’un usage journalier, soit par des accidents, soit par l’impitoyable couteau de l’épicier ou de la beurrière, qui, semblable au glaive d’Hérode, s’abat chaque jour sur tant d’innocents. Il ne nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans toutes les bibliothèques publiques et particulières du monde, que 1 104 588 000 volumes. Notre calculateur ajoute que si tous ces volumes, auxquels il donne, terme moyen, un pouce d’épaisseur, étaient rangés les uns à côté des autres, comme dans un rayon de bibliothèque, ils formeraient une ligne de 15 341 500 toises [valeur de la toise : 1 mètre 949], ou de 7 670 lieues de poste. Nous ne présentons ces résultats, — ajoute Peignot, — que pour ce qu’ils valent, les considérant plutôt comme un jeu d’esprit que comme un calcul sérieux, puisqu’ils sont appuyés sur des bases extrêmement vagues, et que la vérification en est impossible. Ils nous paraissent un peu exagérés. Cependant, lorsque l’on considère qu’il a été imprimé plus de 36 000 000 d’exemplaires d’un seul ouvrage, la Bible, et plus de 6 000 000 d’un autre ouvrage, l’Imitation de Jésus-Christ ; que la seule Société biblique britannique, de 1804 à 1820, a distribué à ses frais 2 617 268 Bibles ou Nouveaux Testaments ; que la Société biblique russe en a fait imprimer en seize langues différentes, jusqu’en 1817 seulement, plus de 196 000 exemplaires ; que la Société biblique protestante de Paris en a aussi publié une grande quantité, il faut convenir que le nombre des livres en tous genres est d’une telle immensité, qu’il devient incalculable. On en sera encore plus convaincu quand on saura qu’il existe plus de 80 000 ouvrages sur la seule histoire de France ; le catalogue publié en 1768, 5 volumes in-folio, en renferme déjà près de 49 000. et il y en manque plus de 2 000. »

     Le savant Daunou (1761-1840) a effectué un calcul, calcul partiel, qui ne comprend que les livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’en l’an 1500. « Il résulte d’un travail très intéressant de M. Daunou, inséré dans le Bulletin du bibliophile de 1842, page 396, dit Ambroise Firmin-Didot (Essai sur la typographie, col. 713), sur le nombre et la nature des ouvrages publiés dans le xve siècle, qu’on peut évaluer le nombre des éditions à 13 000, qui, à raison de 300 exemplaires par édition, donneraient environ 4 000 000 de volumes [3 900 000] répandus en Europe en 1501, sur lesquels Daunou estime que les ouvrages de scolastique et de religion forment au moins les six septièmes, et les ouvrages de littérature ancienne et moderne et de sciences diverses un septième. » — Un autre calcul, appliqué à la même période de temps, au xve siècle, et dû au bibliographe Petit-Radel (1756-1836), fournit un total sensiblement plus élevé et certainement exagéré : 5 153 000 volumes. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 100.)

     De son côté, Charles Nodier (1780-1844) a failles remarques suivantes (Mélanges de littérature et de critique, ap. Fertiault, op. cit., p. 350) : « On a calculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l’imprimerie a produits depuis son invention s’élèverait à 3 277 764 000 volumes [ou plutôt 3  313 764 000 ; cf. supra, p. 87], en admettant que chaque ouvrage a été tiré à 300 exemplaires…. D’après cette hypothèse, [en supposant que tous les exemplaires existent : tout à l’heure, dans le calcul de Peignot, nous n’en avions que le tiers, — deux tiers étaient supposés détruits] et en donnant à chaque volume un pouce d’épaisseur seulement, il faudrait, pour les ranger côte à côte sur la même ligne, un espace de 18 207 lieues, qui fait un peu plus du double de la circonférence de la terre…. Mais comme on n’a ordinairement qu’un exemplaire d’un livre, ce qui réduit cette appréciation à la 300e partie, il est probable qu’on pourrait ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siècles sur un rayon de 61 lieues de longueur ; ou, ce qui serait plus facile, plus commode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté…. »

     Un autre « dénombrement » a été effectué plus récemment par un bibliographe américain anonyme. Voici ces calculs, empruntés au Mémorial de la librairie française, 19 février 1903, page 101 : « Un Américain… détaille comme suit les volumes existant dans les États-Unis : 420 000 000 dans les familles ; 150 000 000 chez les savants, écrivains, inventeurs ; 60 000 000 chez les éditeurs et libraires ; 50 000 000 dans les bibliothèques publiques ; 12 000 000 dans les bibliothèques des lycées et collèges ; 8 000 000 chez les étudiants.

     « Pour les autres pays, le Yankee calcule d’après les mêmes proportions, et il obtient : 1 800 000 000 pour l’Europe occidentale ; 460 000 000 pour l’Europe orientale ; 240 000 000 pour le reste du monde. Ce qui forme un total de 3 200 000 000 de volumes répartis sur toute la surface du globe terrestre.

     « Mais, tandis que le statisticien opiniâtre amasse ses données et additionne ses chiffres, d’autres livres paraissent. Par an, l’Allemagne publie 25 000 livres nouveaux [ou 25 000 seulement] ; la France, 13 000 ; l’Italie, 10 000 ; [les États-Unis, 8 300 : Mémorial de la librairie française, 18 mai 1905, p. 270] ; l’Angleterre, 7 000. Il faut joindre à cela la production annuelle des autres pays, et l’on a un total de 75 000 livres nouveaux par an dans le monde entier. Si l’on suppose que chacun de ces ouvrages est tiré en moyenne à 1 000 exemplaires, la provision mondiale de volumes s’accroît donc annuellement de 75 000 000 d’unités. »

     Quant à la richesse des grandes bibliothèques publiques des divers pays, au nombre de volumes qu’elles renferment, voici les chiffres que je puise principalement, pour la France, dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France publié sous la direction de M. Paul Joanne, et, pour les autres pays, dans le précieux annuaire Minerva, Jahrbuch der gelehrten Welt, 1903-1904.

     France. Paris : Bibliothèque Nationale, la plus riche de toutes les collections existantes, et celle qui contient le plus de livres rares : environ 3 000 000 de volumes (3 500 000, dit le Nouveau Larousse illustré) ; les rayons sur lesquels ces livres sont rangés « formeraient, mis bout à bout, une longueur de 60 kilomètres » ; près de 300 000 cartes géographiques, et plus de 100 000 manuscrits (Minerva). (Sur les origines de la Bibliothèque Nationale, voir notre tome I, pages 103-108, et l’Index alphabétique.) Bibliothèque de l’Arsenal : 250 000 vol., 8 000 mss (Minerva dit : 454 000 vol., 9 654 mss). Bibliothèque Mazarine : 250 000 vol. (Minerna : 300 000 vol.); 4 500 mss (chiffre officiel). Bibliothèque Sainte-Geneviève : 200 000 vol., 4 000 mss. Bibliothèque de la Sorbonne ou de l’Université : 125 000 vol. et quelques manuscrits. — Besançon : 130 000 vol. (Minerva : 100 000 vol., 2 200 mss). — Bordeaux : 170 000 (200 000) vol., 1 500 mss (cf. Joanne, op. cit., t. I, pp. 504 et 508). — Douai : 80 000 vol. — Grenoble : 400 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 172 000 vol., 2 090 mss). — Lille : 75 000 vol., 800 mss (Minerva : 100 000 vol., 1 432 mss, et Bibliothèque de l’Université : 194 000 vol. ; le Guide Joanne, le Nord (1902), page 228, donne aussi, pour la Bibliothèque municipale de Lille, 100 000 vol. et 900 mss). — Lyon : 130 000 vol., 2 400 mss (Minerva : 250 000 vol.). — Marseille : 90 000 vol., 1 350 mss (Minerva : 112 000 vol., 1 689 mss). — Montpellier : 130 000 vol. — Nancy : 88 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 118 596 vol., 1 471 mss) ; Bibliothèque de l’Université : 37 000 vol. (Minerva : 141 270 vol.). — Rouen : 135 000 vol., 3 800 mss. — Toulouse : 100 000 vol. (Minerva : 200 000 vol., 1 000 mss). — Troyes : 80 000 vol., 2 700 mss (Minerva : 125 000 vol., 6 000 mss). — Versailles : 150 000 vol.

     Allemagne. Berlin : 1 228 000 vol., 33 000 mss. — Augsbourg : 200 000 vol., 2 000 mss. — Bamberg : plus de 300 000 vol., 4 500 mss. — Bonn, Bibliothèque de l’Université : 301 500 vol., 1 452 mss. — Breslau : 312 000 vol., 3 700 mss. — Cassel, Bibliothèque nationale (Landesbibliothek) : 191 500 vol., 700 mss ; Bibliothèque municipale (der Stadt) : 124 000 vol., 5 711 mss. — Cologne : 180 000 vol. — Dresde : 468 000 vol., 6 000 mss. — Francfort-sur-Mein : 298 000 vol. — Gœttingue, Bibliothèque de l’Université : 518 000 vol., 6 369 mss. — Gotha : plus de 180 000 vol., environ 7 000 mss. — Halle, Bibliothèque de l’Université : 216 000 vol., 938 mss. — Hambourg : 341 000 vol., 7 000 mss. — Heidelberg, Bibliothèque de l’Université dite la Palatine, fondée en 1390 : 400 000 vol., 4 000 mss et 3 000 papyrus. (Sur la Bibliothèque Palatine, voir infra, chap. xii, p. 274.) — Iéna. Bibliothèque de l’Université : plus de 200 000 vol., 900 mss. — Koenigsberg, Bibliothèque de l’Université : 262 000 vol., 1 500 mss. — Mayence : 200 000 vol., 1 100 mss. — Munich : 1 000 000 de vol., 40 000 mss. — Strasbourg : 114 500 vol., 783 mss ; Bibliothèque de l’Université : 843 000 vol. — Stuttgart : 500 000 vol., 5 000 mss. — Tubingen, Bibliothèque de l’Université : 420 000 vol., 3 800 mss.

     Angleterre. Londres, British Museum : 2 000 000 de vol. (Mémorial de la librairie française, 10 février 1903, page 101), — Oxford, la célèbre Bodléienne (de Thomas Bodley, son fondateur, mort en 1612) : 500 000 vol., 30 000 mss.

     Autriche. Vienne : 900 000 vol., 24 000 mss. — Budapesth, Bibliothèque de l’Université : 242 000 vol., 2 048 mss. — Cracovie, Bibliothèque de l’Université : 366 000 vol., 6 215 mss. — Lemberg (Léopol ou Lwów), Bibliothèque de l’Université : 177 000 vol.; Institut national Ossolinski : 113 000 vol., 4 505 mss. — Prague, Bibliothèque de l’Université : 307 000 vol., 3 312 mss.

     Belgique. Bruxelles : 500 000 vol., 27 000 mss.

     Danemark. Copenhague : 600 000 vol., 20 000 mss.

     Espagne. Madrid : 600 000 vol., 30 000 mss. — Escurial : environ 30 000 vol., 4 627 mss.

     Hollande. La Haye : 115 000 vol. — Leyde, Bibliothèque de l’Université : 190 000 vol., 6 400 mss.

     Italie. Rome, Bibliothèque Angélique (fondée par l’érudit Angelo Rocca vers 1614) : environ 80 000 vol., 2 326 mss ; Bibliothèque Barberini (la Barberiniana) : 60 000 vol., 10 000 mss ; Bibliothèque Casanatense (du nom du cardinal napolitain Casanate), dite aussi Bibliothèque de la Minerve : 114 856 vol., 5 431 mss ; Bibliothèque de l’Université, dite aussi Bibliothèque Alexandrine ou de la Sapienza : 110 000 vol., 312 mss ; Bibliothèque Vaticane : 24 000 mss (dont 5 000 grecs, 16 000 latins et 3 000 orientaux) ; Bibliothèque nationale centrale Victor-Emmanuel : 350 000 vol., 6 200 mss. — Ferrare : 91 000 vol., environ 2 000 mss. — Florence, Bibliothèque royale nationale (la Magliabecchiana, du savant Magliabecchi, mort en 1714, dont nous parlerons plus loin) : 496 000 vol., 18 731 mss ; Bibliothèque Mediceo-Laurenziana (la Laurentienne, fondée en 1444 par Cosme de Médicis ; « fondée en l’église de Saint-Laurent par le pape Clément VII » [Jules de Médicis, ….-1534], dit Diderot (Encyclopédie, art. Bibliothèque : Œuvres complètes, t. XIII, p. 457) ; elle passa longtemps pour la plus riche bibliothèque de l’Europe) : 10 801 vol., 9 676 mss ; Bibliothèque Maracelliana (fondée par l’abbé Marucelli, mort en 1713) : 150 000 vol., 1 500 mss ; Bibliothèque Ricciadiana (fondée en 1600 par la famille Riccardi) : 33 500 vol., 3 905 mss. — Milan, Bibliothèque nationale (la Brera) : 231 000 vol., 1 684 mss ; Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise, fondée vers 1608, par le cardinal Borromée) : 200 000 vol., 8 300 mss. — Naples, Bibliothèque nationale dite Borbonica (fondée en 1734, et ouverte au public en 1804, par Ferdinand IV de Bourbon) : 380 000 vol., 7 874 mss. Il existe à la Borbonica « une salle spéciale pour les aveugles, très nombreux à Naples, et à qui l’on fait la lecture moyennant une légère rétribution ». (Larousse, op. cit., art. Bibliothèque, t. II, p. 697, col. 4.) — Padoue, Bibliothèque de l’Université : 148 000 vol., 2 326 mss. — Palerme, Bibliothèque nationale : 160 000 vol., 1 532 mss ; Bibliothèque communale : 216 000 vol., 3 263 mss. — Turin, Bibliothèque nationale (précédemment Bibliothèque de l’Université) : 300 000 vol., 4 146 mss (antérieurement à l’incendie du 26 janvier 1904). — Venise, Bibliothèque Saint-Marc (la Marciana, commencée par Pétrarque, mais réellement fondée par le cardinal Bessarion, en 1468) : 405 000 vol., 12 000 mss.

     Portugal. Lisbonne : 400 000 vol., 15 000 mss.

     Russie. Saint-Pétersbourg   1 500 000 vol., 33 347 mss. — Moscou, Bibliothèque de l’Université : 282 000 vol. — Varsovie, Bibliothèque de l’Université : 526 000 vol., 1 384 mss.

     Suède et Norvège. Christiania, Bibliothèque de l’Université : 403 000 vol. — Stockholm, Bibliothèque royale : 315 000 vol., 10 435 mss. — Upsal, Bibliothèque de l’Université : 315 654 vol.

     Suisse. Bâle : 250 000 vol., 1 500 mss. — Genève : 150 000 vol., 1 500 mss. — Zurich : 170 000 vol., 4 500 mss.

     Amérique du Nord. États-Unis. Boston : 850 000 vol. — Chicago, Bibliothèque publique : 300 000 vol. ; Bibliothèque de l’Université : 367 000 vol. — New-York, Bibliothèque de l’Université : 362 000 vol. — Philadelphie. Bibliothèque de l’Université : 224 000 vol. — Washington, Bibliothèque du Congrès : 1 195 535 vol., 103 115 mss (1 800 000 mss, dit le Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, septembre 1905, p. 169).

     Amérique du Sud. Buenos-Ayres : 97 000 vol. — Montevideo : 40 000 vol., 1 580 mss. — Rio-de-Janeiro : 266 000 vol. — Santiago de Chili : 112 000 vol., 7 000 mss.

     Certains bibliographes et théologiens d’autrefois, comme le Père Kircher (Athanase Kircher, célèbre jésuite allemand : 1602-1680), ont cru qu’il existait en Éthiopie, au monastère de la Sainte-Croix, une bibliothèque merveilleuse contenant dix millions cent mille volumes, tous sur parchemin. Voici ce qu’écrivent à ce sujet Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, pp. 141-142 (Paris, Estienne Michallet, 1680) ; Diderot, dans l’Encyclopédie, art. Bibliothèque (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 451-452 ; Paris, Garnier, 1876) ; d’autres encore : « Tout cela n’est rien en comparaison de la bibliothèque qu’on dit être dans le monastère de la Sainte-Croix, sur le mont Amara, en Éthiopie. L’histoire rapporte qu’Antoine Brieus et Laurent de Crémone furent envoyés dans ce pays par Grégoire XIII pour voir cette fameuse bibliothèque, qui est divisée en trois parties, et contient en tout dix millions cent mille volumes, tous écrits sur de beau parchemin, et gardés dans des étuis de soie. On ajoute que cette bibliothèque doit son origine à la reine de Saba, qui, lorsqu’elle visita Salomon, reçut de lui un grand nombre de livres, particulièrement ceux d’Énoch sur les éléments et sur d’autres sujets philosophiques, avec ceux de Noé sur des sujets de mathématiques et sur le rit sacré ; et ceux qu’Abraham composa dans la vallée de Mambré…. On y trouve aussi les livres de Job, ceux d’Esdras, des sibylles, des prophètes, etc. Nous rapportons ces opinions, moins pour les adopter que pour montrer que de très habiles gens y ont donné leur créance, tels que le Père Kircher, jésuite. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 082-098

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 082.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 082 [098]. Source : Internet Archive.

page blanche entre chaque feuillet, et écrivent leurs remarques sur cette page[082.1]. Mais nombre de travailleurs et de liseurs préféreront toujours se servir des marges pour leurs annotations manuscrites.

Il n’est guère de véritable ami des livres et des lettres qui ne l’ait commise, cette profanation, qui n’ait perpétré ce prétendu crime d’annotation, et ne se soit livré à cette muette mais délectable et très profitable causerie. Le Tasse a annoté plus de cinquante de ses volumes. Alde et Paul Manuce, Scaliger, la reine Christine de Suède, avaient la même « manie »[082.2] ; Montaigne aussi[082.3] ; La Fontaine pareil­lement[082.4]. « La signature de Jacques-Auguste de Thou se lit sur quelques-uns des beaux volumes qui

[II.098.082]
  1.  C’est ce que faisait Fontanes : « … Fontanes avait souvent passé sa journée à relire quelque beau passage de Lucrèce et de Virgile ; à noter sur les pages blanches intercalées dans chacun de ses volumes favoris quelques réflexions plutôt morales que philologiques, quelques essais de traduction fidèle, » écrit Sainte-Beuve (Portraits littéraires, t. II, pp. 291-292), — Sainte-Beuve, qui ne se privait pas, lui non plus, d’annoter ses livres, habitude qu’avait aussi son père (cf. Jules Troubat, Essais critiques, p. 262 ; et Id., Sainte-Beuve. Conférence faite le 11 décembre 1904 : Chronique des livres, décembre 1904, p. 5 du tirage à part).  ↩
  2.  Cf. Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 346-347, où figurent encore d’autres noms d’annotateurs de livres.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 69.  ↩
  4.  « J’ai tenu, dit l’abbé d’Olivet, des exemplaires (de Plutarque et de Platon, qui avaient appartenu à La Fontaine) « … ils sont notés de sa main à chaque page ; » et la plupart de ses notes étaient des maximes de morale et de politique, qu’il a semées dans ses fables. » (Peignot, Manuel du bibliophile, t. I. pp. 141-142.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 075-091

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 075.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 075 [091]. Source : Internet Archive.

écriture fine et serrée, reliés postérieurement, ce qu’attestent des lignes engagées dans le dos de la reliure, ou des mots emportés par la rognure des marges. Ces volumes s’élèvent au nombre de trente-cinq ; en outre, d’autres ont été perdus. Les plus petits sont in-8 ; treize sont in-4.

« Ce que ces livres représentaient pour Mme Swetchine d’intérêt ou d’émotion, nous le retrouvons, par un rapprochement digne d’être noté, décrit par le comte de Maistre, errant alors en Suisse, en Italie, en Sardaigne, et qui ne devait connaître Mme Swetchine qu’à la dernière étape de sa longue expatriation. « Vous voyez d’ici ces volumes immenses couchés sur mon bureau, dit le comte de Maistre, dans les Soirées de Saint-Pétersbourg. C’est là que, depuis plus de trente ans, j’écris, » etc. [Voir la citation ci-dessus, pages 73-74.]

« Pour Mme Swetchine, comme pour M. de Maistre, ces volumineux extraits de lectures, c’étaient les étapes successives qu’avait traversées son intelligence. »

En passionné liseur et fouilleur de livres, Gabriel Peignot (1767-1849) ne manquait pas non plus de noter tout ce qui l’intéressait, tout ce qui le frappait : dans une liste de ses œuvres inédites, publiée en 1830, figure « le Myriobiblon français, résumé de lecture, la plume à la main, pendant quarante-trois ans, et pouvant former dès lors douze à quinze

Le Livre, tome I, p. 274-298

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274 [298]. Source : Internet Archive.

Lemonnier, des Géorgiques par Delille, de Juvénal par Dusaulx, du Tasse par Charles-François Lebrun, des Métamorphoses d’Ovide par Saint-Ange, « sont très supérieures à toutes celles que nous connaissons ; il en est même qui ne sont pas éloignées de la perfection des originaux ».

Le prince de Ligne (1734-1814), fervent lecteur de Montaigne, l’appelait son oracle. « Voltaire est l’homme que j’aime et admire le plus », disait-il. Il regardait le Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune, « comme le bréviaire des souverains ». Parmi les historiens, « mon favori est Xénophon ; il est pour moi dans ce genre ce que sont les Pline dans le leur, Horace pour la poésie, Cicéron pour l’éloquence, et César pour la guerre…. J’estime Paterculus, Justin et Florus, qui sont les présidents Hénault de ce temps-là ; mais c’est Plutarque, le seul Plutarque au monde qui donne à penser. Cicéron est sans contredit un des plus grands hommes du monde ; en morale, rhétorique, logique, politique, quel homme !… Comme philosophe, Sénèque, réduit à un petit volume, aurait été le premier, après Cicéron et Plutarque…. Regnard marche tout près de Molière, mais il amuse sans corriger ; Molière est moraliste, Regnard n’est que moqueur[274.1]. »

Suard (1732-1817) était passionné pour La Bruyère ;

[I.298.274]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 395-397.  ↩

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