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Le Livre, tome II, p. 330-346

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 330.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 330 [346]. Source : Internet Archive.

grandes bibliothèques, pour être rendues plus accessibles, furent placées sous les portiques des temples, les particuliers, « les bibliomanes mêmes, dit Petit-Radel[330.1], se crurent obligés, pour éviter la censure qui s’attachait à la jouissance personnelle et exclusive des livres, d’imiter la munificence des grands, en faisant disposer leurs collections dans les vestibules de leurs maisons, et quelquefois dans leurs thermes. »

Parmi les « prêteurs », nous nommerons encore le célèbre amateur Jean (Ioannes) Grolier (1479-1565), dont on connaît la devise ou l’ex-libris : d’un côté de ses livres, sur l’un des plats, il faisait graver : Io. Grolierii et amicorum, et sur l’autre : Portio mea, Domine, sit in terra viventium[330.2].

Un autre bibliophile de la même époque, Thomas Maïoli, Maioli ou Majoli (xvie siècle), inscrivait de même sur ses livres : Tho. Maïoli et amicorum ; mais, remarque M. Henri Bouchot[330.3], il corrigeait parfois « d’une devise sceptique l’élan de son amitié : Ingratis servire nephas[330.4], ce qui pourrait bien

[II.346.330]
  1.  Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes, p. 14.  ↩
  2.  Cf. Ludovic Lalanne, op. cit., p. 286. Voir une bonne étude sur Grolier, ap. Édouard Fournier, l’Art de la reliure en France, chap. xiii, pp. 78-109.  ↩
  3.  Le Livre, l’Illustration, la Reliure, p. 264 ; et Gustave Brunet, Fantaisies bibliographiques, p. 293.  ↩
  4.  Gustave Brunet, op. cit., ibid., donne : Ingratis servare nephas ↩

Le Livre, tome II, p. 086-102

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 086 [102]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 087 [103]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 088 [104]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 089 [105]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 090 [106]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 091 [107]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 092 [108]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 093 [109]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 094 [110]. Source : Internet Archive.

IV. Dénombrement des livres.
— Beaucoup de livres ou peu ?
— Choix des livres
— Lire beaucoup ou beaucoup relire ?
— Relectures

Nous avons vu[086.1] que Sénèque et Pline le Jeune sont d’avis que « la multitude des livres dissipe l’esprit », et que « beaucoup relire vaut mieux que lire beaucoup de choses » : Multum legendum esse, non multa.

C’est aussi l’opinion de l’Ecclésiaste[086.2] : « Il n’y a

[II.102.086]
  1.  Tome I, pages 17 et 19.  ↩
  2.  Chap. xii, verset 12. Voici, comme simple curiosité, quelques « dénombrements des livres existants ». Le premier, publié en 1823, est dû à l’ingénieux et érudit Gabriel Peignot (Manuel du bibliophile, t. I, pp. 2-4, note). « Le curieux…. qui s’était occupé à chercher ce que nous appelions la pierre philosophale, c’est-à-dire le nombre approximatif des livres qui ont été mis sous presse depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à 1817, a revu ses calculs et les a continués jusqu’à 1822…. Voici l’exposé sommaire de son travail, qui nous parait plus curieux qu’utile. Il a d’abord puisé dans Maittaire, Panzer et les autres auteurs qui ont travaillé sur les éditions du xve siècle, et y a trouvé un aperçu de 42 000 ouvrages imprimés de 1436, ou plutôt 1450 [date plus probable de l’invention de l’imprimerie], à 1536. Voilà pour le premier siècle. Passant ensuite au dernier siècle (de 1736 à 1822), qui doit lui servir de base pour les calculs des deux siècles intermédiaires, et se servant des renseignements que lui ont fournis, sur le nombre de tous les ouvrages publiés dans ce dernier siècle, les journaux littéraires, les grands catalogues de librairie, ceux des foires d’Allemagne, l’excellente Bibliographie de la France, etc., etc., il a calculé par approximation que, depuis quatre-vingt-six ans, c’est-à-dire depuis 1736, on a pu imprimer en totalité environ 1 839 960 ouvrages : voilà pour le dernier siècle. Restent les deux siècles intermédiaires qui vont de 1536 à 1736. Ici les données étaient plus incertaines ; aussi notre calculateur a établi des proportions progressives de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premières bases les produits du premier et du dernier siècle, et pour secondes bases les événements civils, politiques et religieux qui ont pu, de temps en temps, donner plus d’activité à la presse, comme nous l’éprouvons en France depuis plusieurs années ; de sorte qu’il a trouvé, pour le second siècle, 575 000 ouvrages ; et, pour le troisième, 1 225 000. Ainsi les quatre siècles typographiques donnent le résultat suivant :
    1er siècle, de 1436 [1450] à 1536………42 000 ouvrages
    2e siècle, de 1536 à 1636………575 000 ouvrages
    3e siècle, de 1636 à 1736………1 225 000 ouvrages
    4e siècle, de 1736 à 1822 (incomplet)………1 839 960 ouvrages
    Total………3 681 960 ouvrages

     « Voilà donc, pour les quatre siècles, un total de 3 681 960 ouvrages imprimés dans les différentes parties du monde. Notre amateur suppose que chaque ouvrage, terme moyen, peut être évalué à trois volumes, ce qui nous parait un peu trop fort ; et il porte le tirage aussi, terme moyen, à 300 exemplaires pour chacun. Il en résulterait qu’il serait sorti de toutes les presses du monde jusqu’à ce jour environ 3 313 764 000 volumes ; mais, selon lui, les deux tiers au moins de cette masse énorme ont été détruits, soit par d’un usage journalier, soit par des accidents, soit par l’impitoyable couteau de l’épicier ou de la beurrière, qui, semblable au glaive d’Hérode, s’abat chaque jour sur tant d’innocents. Il ne nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans toutes les bibliothèques publiques et particulières du monde, que 1 104 588 000 volumes. Notre calculateur ajoute que si tous ces volumes, auxquels il donne, terme moyen, un pouce d’épaisseur, étaient rangés les uns à côté des autres, comme dans un rayon de bibliothèque, ils formeraient une ligne de 15 341 500 toises [valeur de la toise : 1 mètre 949], ou de 7 670 lieues de poste. Nous ne présentons ces résultats, — ajoute Peignot, — que pour ce qu’ils valent, les considérant plutôt comme un jeu d’esprit que comme un calcul sérieux, puisqu’ils sont appuyés sur des bases extrêmement vagues, et que la vérification en est impossible. Ils nous paraissent un peu exagérés. Cependant, lorsque l’on considère qu’il a été imprimé plus de 36 000 000 d’exemplaires d’un seul ouvrage, la Bible, et plus de 6 000 000 d’un autre ouvrage, l’Imitation de Jésus-Christ ; que la seule Société biblique britannique, de 1804 à 1820, a distribué à ses frais 2 617 268 Bibles ou Nouveaux Testaments ; que la Société biblique russe en a fait imprimer en seize langues différentes, jusqu’en 1817 seulement, plus de 196 000 exemplaires ; que la Société biblique protestante de Paris en a aussi publié une grande quantité, il faut convenir que le nombre des livres en tous genres est d’une telle immensité, qu’il devient incalculable. On en sera encore plus convaincu quand on saura qu’il existe plus de 80 000 ouvrages sur la seule histoire de France ; le catalogue publié en 1768, 5 volumes in-folio, en renferme déjà près de 49 000. et il y en manque plus de 2 000. »

     Le savant Daunou (1761-1840) a effectué un calcul, calcul partiel, qui ne comprend que les livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’en l’an 1500. « Il résulte d’un travail très intéressant de M. Daunou, inséré dans le Bulletin du bibliophile de 1842, page 396, dit Ambroise Firmin-Didot (Essai sur la typographie, col. 713), sur le nombre et la nature des ouvrages publiés dans le xve siècle, qu’on peut évaluer le nombre des éditions à 13 000, qui, à raison de 300 exemplaires par édition, donneraient environ 4 000 000 de volumes [3 900 000] répandus en Europe en 1501, sur lesquels Daunou estime que les ouvrages de scolastique et de religion forment au moins les six septièmes, et les ouvrages de littérature ancienne et moderne et de sciences diverses un septième. » — Un autre calcul, appliqué à la même période de temps, au xve siècle, et dû au bibliographe Petit-Radel (1756-1836), fournit un total sensiblement plus élevé et certainement exagéré : 5 153 000 volumes. (Cf. Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 100.)

     De son côté, Charles Nodier (1780-1844) a failles remarques suivantes (Mélanges de littérature et de critique, ap. Fertiault, op. cit., p. 350) : « On a calculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l’imprimerie a produits depuis son invention s’élèverait à 3 277 764 000 volumes [ou plutôt 3  313 764 000 ; cf. supra, p. 87], en admettant que chaque ouvrage a été tiré à 300 exemplaires…. D’après cette hypothèse, [en supposant que tous les exemplaires existent : tout à l’heure, dans le calcul de Peignot, nous n’en avions que le tiers, — deux tiers étaient supposés détruits] et en donnant à chaque volume un pouce d’épaisseur seulement, il faudrait, pour les ranger côte à côte sur la même ligne, un espace de 18 207 lieues, qui fait un peu plus du double de la circonférence de la terre…. Mais comme on n’a ordinairement qu’un exemplaire d’un livre, ce qui réduit cette appréciation à la 300e partie, il est probable qu’on pourrait ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siècles sur un rayon de 61 lieues de longueur ; ou, ce qui serait plus facile, plus commode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté…. »

     Un autre « dénombrement » a été effectué plus récemment par un bibliographe américain anonyme. Voici ces calculs, empruntés au Mémorial de la librairie française, 19 février 1903, page 101 : « Un Américain… détaille comme suit les volumes existant dans les États-Unis : 420 000 000 dans les familles ; 150 000 000 chez les savants, écrivains, inventeurs ; 60 000 000 chez les éditeurs et libraires ; 50 000 000 dans les bibliothèques publiques ; 12 000 000 dans les bibliothèques des lycées et collèges ; 8 000 000 chez les étudiants.

     « Pour les autres pays, le Yankee calcule d’après les mêmes proportions, et il obtient : 1 800 000 000 pour l’Europe occidentale ; 460 000 000 pour l’Europe orientale ; 240 000 000 pour le reste du monde. Ce qui forme un total de 3 200 000 000 de volumes répartis sur toute la surface du globe terrestre.

     « Mais, tandis que le statisticien opiniâtre amasse ses données et additionne ses chiffres, d’autres livres paraissent. Par an, l’Allemagne publie 25 000 livres nouveaux [ou 25 000 seulement] ; la France, 13 000 ; l’Italie, 10 000 ; [les États-Unis, 8 300 : Mémorial de la librairie française, 18 mai 1905, p. 270] ; l’Angleterre, 7 000. Il faut joindre à cela la production annuelle des autres pays, et l’on a un total de 75 000 livres nouveaux par an dans le monde entier. Si l’on suppose que chacun de ces ouvrages est tiré en moyenne à 1 000 exemplaires, la provision mondiale de volumes s’accroît donc annuellement de 75 000 000 d’unités. »

     Quant à la richesse des grandes bibliothèques publiques des divers pays, au nombre de volumes qu’elles renferment, voici les chiffres que je puise principalement, pour la France, dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France publié sous la direction de M. Paul Joanne, et, pour les autres pays, dans le précieux annuaire Minerva, Jahrbuch der gelehrten Welt, 1903-1904.

     France. Paris : Bibliothèque Nationale, la plus riche de toutes les collections existantes, et celle qui contient le plus de livres rares : environ 3 000 000 de volumes (3 500 000, dit le Nouveau Larousse illustré) ; les rayons sur lesquels ces livres sont rangés « formeraient, mis bout à bout, une longueur de 60 kilomètres » ; près de 300 000 cartes géographiques, et plus de 100 000 manuscrits (Minerva). (Sur les origines de la Bibliothèque Nationale, voir notre tome I, pages 103-108, et l’Index alphabétique.) Bibliothèque de l’Arsenal : 250 000 vol., 8 000 mss (Minerva dit : 454 000 vol., 9 654 mss). Bibliothèque Mazarine : 250 000 vol. (Minerna : 300 000 vol.); 4 500 mss (chiffre officiel). Bibliothèque Sainte-Geneviève : 200 000 vol., 4 000 mss. Bibliothèque de la Sorbonne ou de l’Université : 125 000 vol. et quelques manuscrits. — Besançon : 130 000 vol. (Minerva : 100 000 vol., 2 200 mss). — Bordeaux : 170 000 (200 000) vol., 1 500 mss (cf. Joanne, op. cit., t. I, pp. 504 et 508). — Douai : 80 000 vol. — Grenoble : 400 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 172 000 vol., 2 090 mss). — Lille : 75 000 vol., 800 mss (Minerva : 100 000 vol., 1 432 mss, et Bibliothèque de l’Université : 194 000 vol. ; le Guide Joanne, le Nord (1902), page 228, donne aussi, pour la Bibliothèque municipale de Lille, 100 000 vol. et 900 mss). — Lyon : 130 000 vol., 2 400 mss (Minerva : 250 000 vol.). — Marseille : 90 000 vol., 1 350 mss (Minerva : 112 000 vol., 1 689 mss). — Montpellier : 130 000 vol. — Nancy : 88 000 vol., 1 200 mss (Minerva : 118 596 vol., 1 471 mss) ; Bibliothèque de l’Université : 37 000 vol. (Minerva : 141 270 vol.). — Rouen : 135 000 vol., 3 800 mss. — Toulouse : 100 000 vol. (Minerva : 200 000 vol., 1 000 mss). — Troyes : 80 000 vol., 2 700 mss (Minerva : 125 000 vol., 6 000 mss). — Versailles : 150 000 vol.

     Allemagne. Berlin : 1 228 000 vol., 33 000 mss. — Augsbourg : 200 000 vol., 2 000 mss. — Bamberg : plus de 300 000 vol., 4 500 mss. — Bonn, Bibliothèque de l’Université : 301 500 vol., 1 452 mss. — Breslau : 312 000 vol., 3 700 mss. — Cassel, Bibliothèque nationale (Landesbibliothek) : 191 500 vol., 700 mss ; Bibliothèque municipale (der Stadt) : 124 000 vol., 5 711 mss. — Cologne : 180 000 vol. — Dresde : 468 000 vol., 6 000 mss. — Francfort-sur-Mein : 298 000 vol. — Gœttingue, Bibliothèque de l’Université : 518 000 vol., 6 369 mss. — Gotha : plus de 180 000 vol., environ 7 000 mss. — Halle, Bibliothèque de l’Université : 216 000 vol., 938 mss. — Hambourg : 341 000 vol., 7 000 mss. — Heidelberg, Bibliothèque de l’Université dite la Palatine, fondée en 1390 : 400 000 vol., 4 000 mss et 3 000 papyrus. (Sur la Bibliothèque Palatine, voir infra, chap. xii, p. 274.) — Iéna. Bibliothèque de l’Université : plus de 200 000 vol., 900 mss. — Koenigsberg, Bibliothèque de l’Université : 262 000 vol., 1 500 mss. — Mayence : 200 000 vol., 1 100 mss. — Munich : 1 000 000 de vol., 40 000 mss. — Strasbourg : 114 500 vol., 783 mss ; Bibliothèque de l’Université : 843 000 vol. — Stuttgart : 500 000 vol., 5 000 mss. — Tubingen, Bibliothèque de l’Université : 420 000 vol., 3 800 mss.

     Angleterre. Londres, British Museum : 2 000 000 de vol. (Mémorial de la librairie française, 10 février 1903, page 101), — Oxford, la célèbre Bodléienne (de Thomas Bodley, son fondateur, mort en 1612) : 500 000 vol., 30 000 mss.

     Autriche. Vienne : 900 000 vol., 24 000 mss. — Budapesth, Bibliothèque de l’Université : 242 000 vol., 2 048 mss. — Cracovie, Bibliothèque de l’Université : 366 000 vol., 6 215 mss. — Lemberg (Léopol ou Lwów), Bibliothèque de l’Université : 177 000 vol.; Institut national Ossolinski : 113 000 vol., 4 505 mss. — Prague, Bibliothèque de l’Université : 307 000 vol., 3 312 mss.

     Belgique. Bruxelles : 500 000 vol., 27 000 mss.

     Danemark. Copenhague : 600 000 vol., 20 000 mss.

     Espagne. Madrid : 600 000 vol., 30 000 mss. — Escurial : environ 30 000 vol., 4 627 mss.

     Hollande. La Haye : 115 000 vol. — Leyde, Bibliothèque de l’Université : 190 000 vol., 6 400 mss.

     Italie. Rome, Bibliothèque Angélique (fondée par l’érudit Angelo Rocca vers 1614) : environ 80 000 vol., 2 326 mss ; Bibliothèque Barberini (la Barberiniana) : 60 000 vol., 10 000 mss ; Bibliothèque Casanatense (du nom du cardinal napolitain Casanate), dite aussi Bibliothèque de la Minerve : 114 856 vol., 5 431 mss ; Bibliothèque de l’Université, dite aussi Bibliothèque Alexandrine ou de la Sapienza : 110 000 vol., 312 mss ; Bibliothèque Vaticane : 24 000 mss (dont 5 000 grecs, 16 000 latins et 3 000 orientaux) ; Bibliothèque nationale centrale Victor-Emmanuel : 350 000 vol., 6 200 mss. — Ferrare : 91 000 vol., environ 2 000 mss. — Florence, Bibliothèque royale nationale (la Magliabecchiana, du savant Magliabecchi, mort en 1714, dont nous parlerons plus loin) : 496 000 vol., 18 731 mss ; Bibliothèque Mediceo-Laurenziana (la Laurentienne, fondée en 1444 par Cosme de Médicis ; « fondée en l’église de Saint-Laurent par le pape Clément VII » [Jules de Médicis, ….-1534], dit Diderot (Encyclopédie, art. Bibliothèque : Œuvres complètes, t. XIII, p. 457) ; elle passa longtemps pour la plus riche bibliothèque de l’Europe) : 10 801 vol., 9 676 mss ; Bibliothèque Maracelliana (fondée par l’abbé Marucelli, mort en 1713) : 150 000 vol., 1 500 mss ; Bibliothèque Ricciadiana (fondée en 1600 par la famille Riccardi) : 33 500 vol., 3 905 mss. — Milan, Bibliothèque nationale (la Brera) : 231 000 vol., 1 684 mss ; Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise, fondée vers 1608, par le cardinal Borromée) : 200 000 vol., 8 300 mss. — Naples, Bibliothèque nationale dite Borbonica (fondée en 1734, et ouverte au public en 1804, par Ferdinand IV de Bourbon) : 380 000 vol., 7 874 mss. Il existe à la Borbonica « une salle spéciale pour les aveugles, très nombreux à Naples, et à qui l’on fait la lecture moyennant une légère rétribution ». (Larousse, op. cit., art. Bibliothèque, t. II, p. 697, col. 4.) — Padoue, Bibliothèque de l’Université : 148 000 vol., 2 326 mss. — Palerme, Bibliothèque nationale : 160 000 vol., 1 532 mss ; Bibliothèque communale : 216 000 vol., 3 263 mss. — Turin, Bibliothèque nationale (précédemment Bibliothèque de l’Université) : 300 000 vol., 4 146 mss (antérieurement à l’incendie du 26 janvier 1904). — Venise, Bibliothèque Saint-Marc (la Marciana, commencée par Pétrarque, mais réellement fondée par le cardinal Bessarion, en 1468) : 405 000 vol., 12 000 mss.

     Portugal. Lisbonne : 400 000 vol., 15 000 mss.

     Russie. Saint-Pétersbourg   1 500 000 vol., 33 347 mss. — Moscou, Bibliothèque de l’Université : 282 000 vol. — Varsovie, Bibliothèque de l’Université : 526 000 vol., 1 384 mss.

     Suède et Norvège. Christiania, Bibliothèque de l’Université : 403 000 vol. — Stockholm, Bibliothèque royale : 315 000 vol., 10 435 mss. — Upsal, Bibliothèque de l’Université : 315 654 vol.

     Suisse. Bâle : 250 000 vol., 1 500 mss. — Genève : 150 000 vol., 1 500 mss. — Zurich : 170 000 vol., 4 500 mss.

     Amérique du Nord. États-Unis. Boston : 850 000 vol. — Chicago, Bibliothèque publique : 300 000 vol. ; Bibliothèque de l’Université : 367 000 vol. — New-York, Bibliothèque de l’Université : 362 000 vol. — Philadelphie. Bibliothèque de l’Université : 224 000 vol. — Washington, Bibliothèque du Congrès : 1 195 535 vol., 103 115 mss (1 800 000 mss, dit le Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, septembre 1905, p. 169).

     Amérique du Sud. Buenos-Ayres : 97 000 vol. — Montevideo : 40 000 vol., 1 580 mss. — Rio-de-Janeiro : 266 000 vol. — Santiago de Chili : 112 000 vol., 7 000 mss.

     Certains bibliographes et théologiens d’autrefois, comme le Père Kircher (Athanase Kircher, célèbre jésuite allemand : 1602-1680), ont cru qu’il existait en Éthiopie, au monastère de la Sainte-Croix, une bibliothèque merveilleuse contenant dix millions cent mille volumes, tous sur parchemin. Voici ce qu’écrivent à ce sujet Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, pp. 141-142 (Paris, Estienne Michallet, 1680) ; Diderot, dans l’Encyclopédie, art. Bibliothèque (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 451-452 ; Paris, Garnier, 1876) ; d’autres encore : « Tout cela n’est rien en comparaison de la bibliothèque qu’on dit être dans le monastère de la Sainte-Croix, sur le mont Amara, en Éthiopie. L’histoire rapporte qu’Antoine Brieus et Laurent de Crémone furent envoyés dans ce pays par Grégoire XIII pour voir cette fameuse bibliothèque, qui est divisée en trois parties, et contient en tout dix millions cent mille volumes, tous écrits sur de beau parchemin, et gardés dans des étuis de soie. On ajoute que cette bibliothèque doit son origine à la reine de Saba, qui, lorsqu’elle visita Salomon, reçut de lui un grand nombre de livres, particulièrement ceux d’Énoch sur les éléments et sur d’autres sujets philosophiques, avec ceux de Noé sur des sujets de mathématiques et sur le rit sacré ; et ceux qu’Abraham composa dans la vallée de Mambré…. On y trouve aussi les livres de Job, ceux d’Esdras, des sibylles, des prophètes, etc. Nous rapportons ces opinions, moins pour les adopter que pour montrer que de très habiles gens y ont donné leur créance, tels que le Père Kircher, jésuite. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 144-168

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 144 [168]. Source : Internet Archive.

tère dans la maison du cardinal Mazarin… il a dû penser qu’il convenait à un roi tel que Louis XIV de porter au plus haut point l’établissement des bibliothèques publiques ; mais Mazarin en avait donné le premier exemple, et il méritera toujours, à ce titre, d’être considéré comme le Pollion de la France[144.1]. »

C’est au chancelier Séguier que le tout jeune roi Louis XIV demandait un jour en riant : « A quel prix, monsieur le chancelier, vendriez-vous la justice ? — Oh ! Sire, à aucun prix, répondait Séguier. Pour un beau livre, je ne dis pas !… » ajoutait-il en hochant la tête et d’un air mi-sérieux, mi-plaisant[144.2].

« A quoi cela vous sert-il de lire ? demandait plus tard Louis XIV au duc de Vivonne, qui était renommé pour sa belle mine et ses fraîches couleurs. — La lecture fait à l’esprit, Sire, ce que vos perdrix font à mes joues, » lui répliqua le duc[144.3].

[I.168.144]
  1.  Petit-Radel, op. cit., Bibliothèque Mazarine, p. 300.  ↩
  2.  Ap. Jules Janin, l’Amour des livres, p. 54. (Paris, Miard, 1866.)  ↩
  3.  Cf. Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xxvi. (Œuvres complètes, t. II, p. 446. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867-1870.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 136-160

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 136.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 136 [160]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 137.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 137 [161]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 138.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 138 [162]. Source : Internet Archive.

Mazarine, « fut de nouveau, en 1691, ouverte aux gens de lettres[136.1] ». Elle comprenait alors environ quarante-cinq mille volumes, dont douze mille in-folio ; on y comptait soixante mille auteurs[136.2].

Le nom de Gabriel Naudé (1600-1653), le fidèle et dévoué bibliothécaire de Richelieu et de Mazarin, est resté cher aux bibliophiles. La passion de Naudé pour les livres s’était manifestée dès sa jeunesse, et il avait pu la satisfaire de bonne heure, car il entrait dans sa vingtième année quand le président de Mesmes lui donna la direction de sa biblio­thèque[136.3]. Gabriel Naudé est l’auteur d’un intéressant opuscule : Advis pour dresser une bibliothèque, où il dit[136.4], entre autres choses ingénieuses, que les bibliothèques ne peuvent « mieux estre comparées qu’au pré de Sénèque, où chaque animal trouve ce qui luy est propre : Bos herbam, canis leporem, ciconia lacertum[136.5], » et où il conseille « de retrancher la des-

[I.160.136]
  1.  Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 42. Voir aussi Petit-Radel, Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes, Bibliothèque Mazarine, pp. 295 et s.  ↩
  2.  Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 57.  ↩
  3.  Id., op. cit., t. III, p. 39.  ↩
  4.  Chap. iii, p. 24. (Paris, Liseux, 1876.)  ↩
  5.  « Ne t’étonne pas que chaque esprit exploite le même sujet selon ses goûts. Dans le même pré, le bœuf cherche de l’herbe, le chien un lièvre, la cigogne des lézards. Qu’un philologue, un grammairien et un philosophe prennent tous trois la République de Cicéron, chacun porte ses réflexions sur un point différent. » Etc. (Sénèque, Lettres à Lucilius, CVIII, trad. Baillard, t. II, p. 387.) Dans sa lettre LXXXIV (pp. 243 et s.), Sénèque a encore considéré la lecture comme « l’aliment de l’esprit », et l’a comparée aux aliments absorbés par le corps. « Tant que nos aliments conservent leur substance première et nagent inaltérés dans l’estomac, c’est un poids pour nous ; mais ont-ils achevé de subir leur métamorphose, alors enfin ce sont des forces, c’est un sang nouveau. Suivons le même procédé pour les aliments de l’esprit. A mesure que nous les prenons, ne leur laissons pas leur forme primitive, leur nature d’emprunt. Digérons-les : sans quoi ils s’arrêtent à la mémoire et ne vont pas à l’intelligence. » Etc. Cf. aussi Plutarque (Comment il faut lire les poètes, trad. Amyot, t. VIII, p. 100 ; Paris, Bastien, 1784) : « Or tout ainsi comme ès pasturages l’abeille cherche pour sa nourriture la fleur, la chèvre la feuille verte, le pourceau la racine, et les autres bestes la semence et le fruit, aussi en la lecture des poèmes, l’un en cueille la fleur de l’histoire, l’autre s’attache à la beauté de la diction et à l’élégance et doulceur du langage ». Etc. Richard de Bury, dans son Philobiblion (chap. xiv, pp. 125 et 260, trad. Cocheris), a dit que « Dieu… connaissait assez la fragilité de la mémoire humaine et la mobilité de la volonté vertueuse dans l’homme, pour vouloir que le livre fût l’antidote de tous les maux, et nous en ordonner la lecture et l’usage comme un aliment quotidien et très salubre de l’esprit ». Gabriel Peignot (Traité du choix des livres, p. 7) a fait la même comparaison : « … Si vous admettez quelques-uns (de ces mauvais livres ou) de ces livres médiocres… votre bibliothèque ressemblera à une table bien servie, où, parmi de bons mets, il s’en trouvera quelques-uns saupoudrés de coloquinte, d’autres infectés de poison, et plusieurs dépourvus d’assaisonnement. » Et N.-V. de Latena (1790-1881) : « Les meilleurs livres, comme les meilleurs aliments, sont ceux qui, sous le moindre volume, contiennent le plus de nourriture saine et substantielle. » (Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 243-244.) Etc. Remarquer, d’ailleurs, que le mot nourriture s’appliquait autrefois aussi bien à l’esprit qu’au corps, désignait aussi bien les aliments intellectuels que les aliments matériels : cf. Littré, Dictionnaire, et la phrase de Saint-Simon citée page 161.  ↩

Le Livre, tome I, p. 112-136

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 112.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 112 [136]. Source : Internet Archive.

manuscrits grecs[112.1], et, en 1464, l’établissement des postes en France par Louis XI[112.2], qui, d’abord créées pour le service exclusif du roi et de son gouvernement, ne tardèrent pas à se généraliser, ce qui permit à tous les érudits, travailleurs et chercheurs, aux libraires, imprimeurs, etc., de correspondre entre eux, d’entretenir ensemble des relations plus régulières et plus fréquentes.

Ces faits rappelés, reprenons notre revue succincte des fervents du Livre et servants des Lettres, et notre « florilège » de leurs beaux « dicts », préceptes, sentences et exemples.

Le cardinal Bessarion (1395-1472), qui, deux fois, faillit être élu pape, mérite une des premières places dans cette galerie. Il fut un des plus féconds écrivains et l’un des plus zélés bibliophiles de son époque. Dans sa célèbre lettre du 4 mai 1468, adressée au doge et au sénat de Venise, par laquelle il fait don de ses précieuses collections « à la vénérable bibliothèque Saint-Marc », dont elles sont encore aujourd’hui l’une des richesses, il nous conte les débuts de sa passion et nous en dépeint toute l’ardeur : « Dès ma plus tendre enfance, écrit-il, tous mes

[I.135.112]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 138 et 162.  ↩
  2.  Édit du 19 juin 1464. Cf. Lequien de la Neufville, Usage des postes chez les anciens et les modernes, pp. 56 et s. (Paris, Delatour, 1730) ; et Alexis Belloc, les Postes françaises, pp. 16-23 (Paris, Didot, 1886).  ↩

Le Livre, tome I, p. 111-135

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 111 [135]. Source : Internet Archive.

lettres, serait chose superflue. Il va de soi que la nouvelle découverte fit rapidement tomber le prix des livres, précédemment si élevé[111.1]. « Que d’actions de grâces ne vous rendra pas le monde littéraire et chrétien ! dit Jean-André, évêque d’Aléria[111.2], au pape Paul II (1418-1471), qui avait introduit l’imprimerie à Rome. N’est-ce pas une grande gloire pour Votre Sainteté d’avoir procuré aux plus pauvres la facilité de se former une bibliothèque à peu de frais, et d’acheter, pour vingt écus, des volumes corrects, qu’antérieurement on pouvait à peine obtenir pour cent écus, quoiqu’ils fussent remplis de fautes de copistes ? Maintenant on peut acheter un volume moins cher que ne coûtait autrefois sa reliure. »

Notons, en outre, que, durant ce même siècle, deux autres grands événements vinrent, comme l’imprimerie, modifier l’état des connaissances humaines et en provoquer l’accroissement : la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, qui fit refluer en Italie et dans tout l’Occident quantité de

[I.135.111]
  1.  « La découverte de l’imprimerie, qui popularisa le Livre, porta, par contre, un terrible coup à son luxe. Il lui fallut subir le sort de tout ce qui se démocratise ; il dut, pour pénétrer enfin chez le peuple, se faire plus humble d’apparence, plus simple d’habit. » Etc. (Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 41. Paris, Dentu, 1888. In-18.)  ↩
  2.  Dans la dédicace en tête de l’édition des Épitres de saint Jérôme, donnée à Rome en 1470 : ap. Petit-Radel, op. cit., pp. 219-220 ; et Lalanne, op. cit., p. 136.  ↩

Le Livre, tome I, p. 103-127

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 103.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 103 [127]. Source : Internet Archive.

moines, voulant parfois gagner deux ou cinq sous, raclaient un cahier et en faisaient des petits psautiers, qu’ils vendaient aux enfants ; quant aux marges, ils en faisaient de petits livres qu’ils vendaient aux femmes. Maintenant donc, ô homme studieux ! conclut Benvenuto, casse-toi la tête pour faire des livres[103.1]. »

Suivant l’exemple de saint Louis, notre roi Charles V dit le Sage ou le Savant (1337-1380) forma une bibliothèque ou « librairie », mais avec l’intention qu’elle ne fût pas dispersée après sa mort, et pût servir à ses successeurs. Il donna l’ordre à son valet de chambre et bibliothécaire, Gilles Malet, de dresser le catalogue de cette collection, qui était installée dans une des tours du Louvre, — la Tour de la Librairie, — et y occupait trois étages. « Les croisées en étaient ornées de vitres peintes, défendues par des barreaux de fer et des grillages. Les lambris étaient de bois d’Irlande et le plafond en bois de cyprès. Une lampe d’argent suspendue et trente petits chandeliers y étaient disposés pour éclairer les lecteurs[103.2]. »

Gilles Malet, dans son catalogue, consacre à chaque salle un chapitre spécial. La « première chambre par bas » renfermait 274 manuscrits ; la « chambre du milieu », 255 ; et la « troisième cham-

[I.127.103]
  1.  Ap. Lalanne, op. cit., pp. 211-212.  ↩
  2.  Sauval, ap. Petit-Radel, op. cit., p. 133.  ↩

Le Livre, tome I, p. 100-124

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 100.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 100 [124]. Source : Internet Archive.

touché de son état, lui rendit sa clef, et le poète recouvra aussitôt ses forces[100.1]. »

Pétrarque a non seulement composé différents opuscules relatifs à la bibliophilie, De l’abondance des livres, De la réputation des écri­vains[100.2], etc., remplis de sages conseils et aussi de fines et malicieuses remarques[100.3], il témoignait le plus grand zèle, une véritable passion, pour la découverte et l’exhumation des manuscrits. On voit, dans sa correspondance, qu’il les faisait rechercher en France, en Angleterre, en Italie et jusqu’en Grèce, et qu’il ne passait jamais à proximité d’un ancien monastère, sans se détourner pour en visiter la bibliothèque. « Vers la vingt-cinquième année de ma vie, raconte-t-il dans une de ses lettres[100.4], étant arrivé à Liège et ayant appris qu’il s’y trouvait bon nombre de livres, je m’y suis arrêté et j’y ai retenu mes compagnons jusqu’à ce que j’eusse copié moi-même une oraison de Cicéron, et fait transcrire une autre par un de mes amis ; je répandis ensuite ces ouvrages en Italie. »

[I.124.100]
  1.  Zimmermann, De la solitude, chap. vii, pp. 164-165, trad. Marmier. (Paris, Victor Masson, 1855.)  ↩
  2.  Ces deux petits livres font partie de son grand ouvrage philosophique De remediis utriusque fortunæ, et ont été traduits par Victor Develay. (Paris, Librairie des bibliophiles, 1883.)  ↩
  3.  Nous en citerons des extraits plus loin, dans le tome II, chap. iv, en parlant du « Choix des livres ».  ↩
  4.  Ap. Petit-Radel, op. cit., pp. 136-137 ; et Lalanne, op. cit., pp. 226-227.  ↩

Le Livre, tome I, p. 087-111

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87 [111]. Source : Internet Archive.

Le théologien grec et patriarche de Constantinople Photius (815-891), dont l’ambition provoqua le schisme qui sépare l’Église grecque de l’Église romaine, était aussi un très fervent amateur de livres. Il possédait une riche bibliothèque, dont il avait dressé lui-même un catalogue contenant non seulement des analyses détaillées, mais des extraits de ses livres, catalogue d’autant plus précieux pour nous, que beaucoup de ces ouvrages, près de cinq cents, ont disparu, et ne nous sont aujourd’hui connus que par les appréciations et les citations de Photius[087.1].

Le savant moine d’Aurillac Gerbert, qui devint pape, en 999, sous le nom de Sylvestre II, avait réussi, à force de peines et de soins, à se former une nombreuse bibliothèque. Dans sa correspondance, depuis son avènement à la papauté, il est sans cesse question de livres et des sommes d’argent qu’il destine à rechercher et acquérir des manuscrits dans toute l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, et aussi des copies à faire et des corrections de textes à effectuer[087.2].

« Deux obstacles principaux empêchaient, à cette époque, au xe siècle, constate très justement Petit-Radel[087.3], les livres de devenir communs et d’accélé-

[I.111.087]
  1.  Egger, op. cit., pp. 270-271.  ↩
  2.  Lalanne, op. cit., p. 155 ; Petit-Radel, op. cit., p. 82.  ↩
  3.  Op. cit., p. 105.  ↩

Le Livre, tome I, p. 084-108

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 84 [108]. Source : Internet Archive.

nistrées que celles de beaucoup de monastères, et les bibliothèques, réunies à leur intention, souvent mieux composées et plus riches[084.1]. »

Charlemagne (742-814), qui ne négligeait rien de ce qui concernait les livres, avait accordé à l’abbé de Saint-Bertin un diplôme l’autorisant à se procurer par la chasse les peaux nécessaires pour relier les volumes de son abbaye. Les soins qu’il prenait de sa propre bibliothèque sont consignés dans une lettre de Leidrard, qui nous apprend que cet empereur avait choisi le monastère de l’île Barbe, près de Lyon, pour y placer ses livres. Il avait aussi fondé une bibliothèque au monastère de Saint-Gall[084.2].

Éginhard (771-844), qui, en s’excusant « de présenter un livre au lecteur », a si modestement et gracieusement inscrit dans le « prologue » de sa Vie de l’empereur Charles, ce beau précepte de Cicéron : « Confier ses pensées à l’écriture sans être capable de les bien disposer, de les embellir ou d’y répandre un charme qui attire le lecteur, c’est abuser outre mesure de son loisir et des lettres[084.3], » — Éginhard nous donne d’intéressants détails sur les lectures de

[I.108.084]
  1.  La Grande Encyclopédie, art. Bibliothèque, p. 649.  ↩
  2.  Petit-Radel, op. cit., p. 59 ; Lalanne, op. cit., pp. 283 et 150.  ↩
  3.  « … Sed mandare quemquam literis cogitationes suas, qui eas nec disponere, nec illustrare possit, nec delectatione aliqua allicere lectorem ; hominis est, intemperanter abutentis otio et literis. » (Cicéron, Tusculanes, I, 3, Collect. Nisard, t. III, p. 622.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 083-107

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 83 [107]. Source : Internet Archive.

Le diacre saxon Alcuin (735-804), « l’homme le plus savant de son époque[083.1] » et « véritable bienfaiteur de l’esprit humain[083.2] », qui fut comme le précepteur de Charlemagne et son collaborateur dans son œuvre de renaissance littéraire, écrit une lettre « à l’Église d’Angleterre pour solliciter, en faveur de celle de Tours, un envoi de livres », copiés sur ceux qui se trouvent à la bibliothèque d’York, dont il avait été le premier bibliothécaire[083.3]. Il faut, en effet, maintenant, aux bibliothèques des monastères, ajouter ces bibliothèques d’églises, ces bibliothèques capitulaires, fondées surtout à partir du ixe siècle : tout chapitre comptant parmi ses dignitaires un écolâtre, ce maître avait besoin de livres pour enseigner Parmi les principales de ces bibliothèques, on cite en France celle (encore existante) de la cathédrale de Chartres, celles des cathédrales de Lyon, de Laon, de Reims, de Cambrai, de Rouen, de Clermont, etc. « On a même remarqué que les écoles capitulaires furent plus florissantes, mieux admi-

[I.107.083]
  1.  Éginhard, Vie de l’empereur Charles, Œuvres, trad. A. Teulet, p. 35. (Paris, Didot, 1856.)  ↩
  2.  Egger, op. cit., p. 269.  ↩
  3.  Petit-Radel, op. cit., p. 54.  ↩

Le Livre, tome I, p. 078-102

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 78.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 78 [102]. Source : Internet Archive.

qu’on rencontre dans ses ouvrages, le savant évêque devait posséder une bibliothèque bien fournie en auteurs classiques. Il devait en être plus ou moins de même des bibliothèques qu’il mentionne, de celle de Loup, professeur à Agen et à Périgueux ; celle de Philagre, autre professeur ; celle de l’évêque de Limoges Rurice, pour qui Sidoine faisait copier des manuscrits de sa propre bibliothèque. Il nous parle surtout de la collection de livres que le préfet Tonance Ferréol avait rassemblée dans sa magnifique demeure de Prusiane, sur les bords de la rivière du Gardon, entre Nîmes et Clermont-de-Lodève. Cette collection, relativement très nombreuse, et que Sidoine, par une poétique et hyperbolique évocation, va jusqu’à comparer à la bibliothèque d’Alexandrie, se divisait en trois classes : la première à l’usage des femmes, la seconde destinée aux littérateurs de profession, et la troisième, composée d’ouvrages d’un intérêt plus général, au commun des lecteurs[078.1].

D’ailleurs, à ces Barbares devenus maîtres de l’Occident, il fallait des ministres pour les aider à gouverner, à établir et débrouiller leurs comptes ;

[I.102.078]
  1.  Cf. Diderot, Encyclopédie, art. Bibliothèque (Œuvres complètes, t. XIII, p. 461) ; Petit-Radel, Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes, pp. 39-40 ; Peignot, Manuel bibliographique, p. 50. Je relève dans Sainte-Beuve (Portraits contemporains, t. III, p. 381) un beau mot de Sidoine Apollinaire : « Legebat cum reverentia antiquos et sine invidia recentes ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 042-066

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42 [066]. Source : Internet Archive.

à côté du temple d’Apollon[042.1] ; etc. Une autre bibliothèque, créée par Auguste en l’honneur de sa sœur Octavie, la bibliothèque Octavienne, fut, peut-être aussi, aménagée sous les galeries d’un temple, qui était voisin du théâtre de Marcellus[042.2]. Sous le règne de Titus (40-81), la bibliothèque Octavienne fut détruite par un incendie.

Trajan (52-117) édifia une bibliothèque célèbre à Rome, la bibliothèque Ulpienne (d’Ulpius, nom de famille de cet empereur). Placée d’abord sur le forum de Trajan, elle fut transportée plus tard dans les Thermes de Dioclétien. « Au temps de Constantin (245-313), Rome en comptait vingt-neuf (de bibliothèques publiques), parmi lesquelles la bibliothèque Palatine et la bibliothèque Ulpienne étaient les plus considérables[042.3]. » Constantin fit copier quantité de

[I.066.042]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 14-15 ; et Lalanne, op. cit., pp. 141-142.  ↩
  2.  Cf. Juste Lipse, Traité des bibliothèques anciennes, chap. vi, ap. Peignot, Manuel bibliographique, p. 22 : « … Mon guide me conduit, par de magnifiques degrés, au temple en marbre blanc élevé au dieu dont la chevelure est toujours intacte (Apollon)…. Là, toutes les créations des génies anciens et modernes sont mises à la disposition des lecteurs…. Le gardien de ces lieux sacrés m’ordonna d’en sortir. Je me dirige vers un autre temple, situé près d’un théâtre voisin ; il me fut aussi défendu d’y entrer. Ce premier asile des belles-lettres, la Liberté, qui y préside, ne me permit pas d’en fouler le vestibule…. » (Ovide, les Tristes, III, 1, p. 693, trad. Nisard ; cf. aussi, dans cette traduction, les notes de la page 748.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 217.  ↩

Le Livre, tome I, p. 006-030

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 6.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 6 [030]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 6.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 7 [031]. Source : Internet Archive.

cet agréable supplice ; c’est toi qui fus enfermé dans un coffre et souffris tout un printemps, nourri du miel des abeilles[006.1]. »

Un des lieutenants d’Alexandre, Ptolémée Soter (Sauveur) (323-285 av. J.-C.), fils de Lagos, — d’où le nom de Lagides donné aux Ptolémées, — ayant reçu pour sa part le royaume d’Égypte, lors du partage de l’immense empire, fonda, sur le conseil, dit-on, de Démétrius de Phalère (545-285 av. J.-C.), le grammairien, historien, rhéteur et ancien gouverneur d’Athènes, la bibliothèque d’Alexandrie, la plus célèbre et la plus riche des temps anciens[006.2].

[I.030.006]
  1.  Théocrite, Idylle VII, les Thalysies, trad. Pessonneaux, pp. 64 et 71. (Paris, Charpentier, 1895.)  ↩
  2.  Sur les bibliothèques publiques dans l’antiquité, au moyen âge et dans les temps modernes, voir le traité de Juste Lipse, De bibliothecis syntagma, que Peignot a traduit, sous le titre de Traité des bibliothèques anciennes, et placé en tête de son Manuel bibliographique (Paris, s. n. d’édit. ni d’impr., 1800) ; le Père Louis Jacob de Saint-Charles, Traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières, qui ont été et qui sont à présent dans le monde (Paris, Rolet Le Duc, 1644) ; Peignot, Dictionnaire raisonné de bibliologie, art. Bibliothèque, Notices sur les principales bibliothèques anciennes et modernes, t. I, pp. 58-108 (Paris, Villier, 1802) ; Petit-Radel, Recherches sur les bibliothèques anciennes et modernes (Paris, Rey et Gravier, 1819) ; J.-L.-A. Bailly, Notices historiques sur les bibliothèques anciennes et modernes (Paris, Rousselon, 1828) : ouvrage très médiocre ; H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, particulièrement chez les Romains, chap. x (Paris, Techener, 1840) ; Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 138-197 et passim (Paris, Delahays, 1857) ; G. Richou, Traité de l’administration des bibliothèques publiques (Paris, Paul Dupont, 1885) ; Ulysse Robert, Recueil des lois, décrets, ordonnances, arrêtés, concernant tes bibliothèques publiques (Paris, Champion, 1883) ; l’art. Bibliothèque dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 437-476 ; Paris, Garnier, 1876) : historique résumé et soigneusement fait de l’établissement des bibliothèques chez les principaux peuples anciens et modernes ; l’art. Bibliothèque dans l’Encyclopédie moderne…. publiée sous la direction de M. Léon Renier (Paris, Didot, 1851) ; dans la Grande Encyclopédie (Paris, Lamirault, s. d.) : article important et bien documenté ; etc. ; et les deux grands ouvrages : Alfred Franklin, les Anciennes Bibliothèques de Paris (Paris, Imprimerie nationale, 1867-1873; 3 vol. in-4) ; et Léopold Delisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale (Paris, Imprimerie nationale, 1868-1881 ; 3 vol. texte et 1 vol. planches, in-4) ;  etc. Je ne fais qu’effleurer ici et plus loin cette question des bibliothèques publiques.  ↩