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Le Livre, tome II, p. 259-275

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 259.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 259 [275]. Source : Internet Archive.

par le rival de Boulard, par le bibliomane anglais dont nous parlions tout à l’heure, sir Richard Heber : « Après la vente Boulard, qui dura de 1828 à 1833, ajoute M. Numa Raflin[259.1], les étalagistes de Paris furent tellement encombrés, que, pendant plusieurs années, les livres d’occasion ne se vendaient plus que la moitié de leur valeur habituelle. »

Au lieu de prendre la peine d’acheter tant de livres et de se donner l’embarras de les caser et de les aligner, certains « amateurs » se sont avisés de faire peindre sur les panneaux de leur appartement des rangées de volumes vus de dos, de façon à imiter des bibliothèques. Turgot, à l’époque où il était intendant de Limoges, en 1761, avait fait ainsi « orner » son cabinet de travail : « Sur une porte où sont simulées des tablettes en rapport avec les rayons de la bibliothèque, figurent des livres également fictifs, et dont les titres sont évidemment l’œuvre de Turgot, » dit Tenant de Latour, qui a consacré à cette bibliothèque de Turgot tout un chapitre de ses Mémoires d’un biblio­phile[259.2]. Ajoutons que ces titres, imaginés par le caustique intendant et inscrits au dos de ces volumes de bois, cachent,

[II.275.259]
  1.  Loc. cit., pp. 63-64.  ↩
  2.  Lettre XI, pp. 194-211.  ↩

Le Livre, tome II, p. 256-272

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 256.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 256 [272]. Source : Internet Archive.

zèle pour le bien public et la gloire de la patrie. C’est ainsi qu’en 1817 il réclama en faveur des tombes oubliées de Boileau, de Descartes, de Montfaucon et de Mabillon, et les fit rétablir dans l’église de Saint-Germain-des-Prés. »

Le docteur Descuret, qui a particulièrement étudié le processus du cas de Boulard, « la seconde providence des bouquinistes », comme il l’appelle, nous donne à son sujet les détails suivants :

« … En femme prudente, Mme Boulard conseillait à son mari de lire avant de continuer à acheter[256.1]. Inutile conseil : les nouveaux volumes arrivaient par masses, par toises carrées ; toutes les pièces de l’appartement furent envahies et converties en quatre grandes rues toutes garnies de rayons de livres.

« Cependant Boulard devient moins aimable, sort plus tôt, ne déjeune plus chez lui ; un jour même, ne rentre ni dîner ni coucher…. On ne tarde pas à apprendre qu’il passe des journées entières dans une de ses maisons, dont il avait successivement expulsé tous les locataires, et qu’il venait de métamorphoser en une vaste bibliothèque. Il achetait alors des livres par voitures…. Boulard promit bien à Mme Boulard de n’acheter aucun livre sans sa permission. Mais,

[II.272.256]
  1.  « Il n’y a de véritable bibliophile… que celui qui a déjà lu tous les livres qu’il possède, et qui, pénétré, ravi de cette lecture, en reporte le charme sur la forme extérieure elle-même. » (Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 256.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 225-241

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 225 [241]. Source : Internet Archive.

Au milieu des troubles de la Ligue, le docte médecin Jacques Goupil ou Gopile (….-1564), professeur de botanique à Paris, voit sa bibliothèque mise au pillage, et il en meurt de désespoir[225.1].

Le publiciste et libraire Colnet du Ravel (1768-1832), l’auteur de l’Art de dîner en ville, à l’usage des gens de lettres, succomba de même au chagrin qu’il ressentit en voyant « flotter sur la Seine les livres de l’Archevêché », après le sac de cet édifice, livres qu’il avait été chargé jadis, par le cardinal Fesch, de mettre en ordre, et dont il avait rédigé le catalogue[225.2].

Le philologue strasbourgeois et helléniste passionné Richard Brunck (1729-1803), que des revers de fortune obligèrent, en 1791, à se défaire d’une partie de sa bibliothèque, et qui dut recourir, en 1801,

[II.241.225]
  1.  Michaud, Biographie universelle, art. Goupil ; et Mouravit, op. cit., p. 389 ; « … Jacques Gopile, le docte médecin du xvie siècle, dont Scévole de Sainte-Marthe a compris l’éloge dans le premier livre de ses charmantes petites notices, datées, à Poitiers, de 1598. »  ↩
  2.  Larousse, op. cit. C’est le brave et spirituel Colnet, surnommé « l’Ermite de Belleville », connu de tout Paris pour sa sobriété et pour « ne jamais dîner en ville ». qui répliqua, tout en mangeant sur le coin d’une table, — un jour que le riche et peu scrupuleux Étienne, de l’Académie française, tentait de l’amener à trafiquer de sa plume, et lui disait : « Mais comment pouvez-vous vivre avec d’aussi chétifs gains que les vôtres ? Comment faites-vous ? — Vous voyez, monsieur Étienne, voilà comment je m’y prends : je dîne de deux œufs durs. » (Cf. Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 330.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 084-100

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

est d’écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d’eux[084.1] » : et Napoléon[084.2], et le poète Lebrun-Pindare, et Mirabeau, Morellet, Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l’astronome Lalande, l’abbé Mercier de Saint-Léger, l’abbé Rive, le moraliste Joubert[084.3], Paul-Louis Courier, les érudits Boissonade et Éloi Johanneau, le bibliophile belge Van Hulthem[084.4], Charles Nodier[084.5], Jacques-Charles Bru-

[II.100.084]
  1.  Voltaire, lettre à Mme de Saint-Julien, 15 décembre I766 : Œuvres complètes, t. VIII, p. 535.  ↩
  2.  A Sainte-Hélène, Napoléon lut en un an soixante-douze volumes. Non seulement il dictait des notes, mais surtout il écrivait abondamment sur les marges. « Ce goût, ce besoin peut-être, de l’annotation, remontait loin dans les habitudes de l’empereur : sa correspondance, durant son séjour à Auxonne, de juin 1790 à avril 1791, nous permet de le surprendre annotant tous les livres, dès lors fort nombreux, qu’il parvenait à se procurer. » (Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, mars 1904, p. 117.)  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 182-183. « Il (Joubert) lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. » (Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, en tête des Pensées de Joubert, t. I, p. xlv ; Paris, Didier, 1862.)  ↩
  4.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Hulthem (Van).  ↩
  5.  Nodier avait, paraît-il, une arrière-pensée en annotant ses livres, celle d’en trafiquer et de leur donner une plus-value : « Nodier trouva fort bon de faire, pour son propre compte, une petite spéculation sur les livres annotés par lui. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 156, n.) Lamennais se contentait d’apposer sa signature sur ses livres pour en augmenter le prix : « M. de Lamennais… a trouvé moyen, dans une occasion, de se moquer un peu de l’innocente fantaisie de ceux qui, comme moi, mettent du prix même à la simple signature d’un homme célèbre. Ayant eu connaissance, lors de la première vente de sa bibliothèque, en 1836, de cette petite manie des amateurs, il écrivit, d’une écriture bien évidemment récente, bien flamboyante, sur tous ses livres : F. de Lamennais, afin qu’ils se vendissent un peu mieux et un peu plus cher. » Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 185.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 212-236

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 212.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 212 [236]. Source : Internet Archive.

Dans son autobiographie, Ma Vocation[212.1], Ferdinand Fabre (1827-1898), un romancier dont le talent d’observateur et d’écrivain méritait plus de gloire et de succès, fait l’aveu suivant : « Les livres m’ont toujours fort troublé ; dès mon enfance… j’ai eu pour les livres je ne sais quel respect profond, quelle attention émue. Je me suis dit souvent depuis : « C’est dans les livres que l’homme a caché ce qu’il a de plus noble, de plus haut, de plus vertueux, de plus vaillant…. »

« J’aime mes livres comme je les aimais à vingt ans, nous dit Tenant de Latour (1779-1862), dans ses Mémoires d’un biblio­phile[212.2] ; je les aime peut-être même avec plus d’ardeur, car, tout bien considéré, je les connais mieux, et il n’arrive point, dans l’amour des livres, ce qui arrive, hélas ! trop souvent dans l’autre amour, savoir que, lorsqu’on est parvenu à bien connaître l’objet de sa flamme, on est tenté de l’aimer un peu moins…. Parmi les goûts si divers que la Providence a départis aux humains, l’amour des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la prospérité, les plus grandes, les plus véritables jouissances, ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces, les plus pures, les plus durables consolations. »

C’est ce qu’a également éprouvé et ce que nous

[I.236.212]
  1.  Page 410. (Paris, Lemerre, 1889.)  ↩
  2.  Pages 250 et 252. (Paris, Dentu, 1861.)  ↩