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Le Livre, tome II, p. 163-179

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 163.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 163 [179]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 164.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 164 [180]. Source : Internet Archive.

fois revenu sur ce point. « En littérature, en poésie, les premières impressions, et souvent les plus vraies et les plus tendres, s’attachent à des œuvres de peu de renom et de contestable valeur, mais qui nous ont touché un matin par quelque coin pénétrant…. Dans l’enfance donc et dans l’adolescence encore, rien de mieux littérairement, poétiquement, que de se plaire, durant les récréations du cœur, à quelques sentiers favoris, hors des grands chemins, auxquels il faut bien pourtant, tôt ou tard, se rallier et aboutir. Mais ces grands chemins, c’est-à-dire les admirations légitimes et consacrées, à mesure qu’on avance, on ne les évite pas impunément ; tout ce qui compte y a passé, et l’on y doit passer à son tour : ce sont les voies sacrées qui mènent à la Ville éternelle, au rendez-vous universel de la gloire et de l’estime humaine[163.1]. »

Et M. Albert Collignon, dans la Vie littéraire[163.2] : « De préférence aux livres anciens, on aime à lire des livres nouveaux. Nous sommes ainsi faits, remarque un critique littéraire[163.3], que, si les formes

[II.179.163]
  1.  Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 456-457.  ↩
  2.  Pages 313-314.  ↩
  3.  M. Albert Collignon n’indique pas le nom de ce critique, qui est sans doute Doudan. Voici ce qu’écrivait celui-ci, le 30 septembre 1861, à M. Piscatory : « Les hommes ont sans cesse besoin qu’on leur renouvelle les formes de la vérité. Ils ne comprennent plus ce qu’ils ont entendu trop longtemps. » (Doudan, Lettres, t. III, p. 234 ; Paris, C. Lévy, 1879.) Cf. aussi Sainte-Beuve (Nouveaux Lundis, t. II, pp. 74 et 75) : « Certaines idées sont belles, mais, si vous les répétez trop, elles deviennent des lieux communs…. Les choses justes elles-mêmes ont besoin d’être rafraîchies de temps à autre, d’être renouvelées et retournées ; c’est la loi, c’est la marche. » Notons encore, à propos de la vérité, cette humoristique réflexion de Voltaire (Pensées et Observations : Œuvres complètes, t. IV, p. 753 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1868) : « La vérité, pour être utile, a besoin d’un grain de mensonge ; l’or pur ne saurait être mis en œuvre sans un peu d’alliage ».  ↩

Le Livre, tome II, p. 123-139

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 123.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 123 [139]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 124.
Pour suite de texte et de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 124 [140]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 125.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 125 [141]. Source : Internet Archive.

Épistolaires

Romans

Histoire

[II.139.123]
  1.  Et ses Annales aussi sans doute.  ↩
  2.  Comme Mably, Vertot et Saint-Réal sont présentement bien abandonnés et pourraient être supprimés de cette liste.  ↩
  3.  Nous ajouterions volontiers ici deux autres ouvrages de Voltaire, l’Essai sur les mœurs et le Siècle de Louis XIV, — sans parler du Dictionnaire philosophique, qui aurait immanquablement pris place dans une des sections précédentes. Mais que d’autres historiens mériteraient de figurer aujourd’hui sur cette liste ! Le cardinal de Retz, Saint-Simon, etc. ; et Augustin Thierry, Michelet, Taine, etc. Nous ne manquerions pas non plus d’ajouter aux Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence de Montesquieu, l’Esprit des lois et les Lettres persanes. II est à remarquer, en outre, que nulle mention n’est faite ici ni de Dante, ni de Shakespeare, ni de Rabelais, ni de Jean-Jacques Rousseau, ni de Diderot, tous reconnus aujourd’hui pour des écrivains de premier ordre, mais qui, du temps de Peignot, n’avaient pas obtenu la renommée qu’ils ont acquise depuis.  ↩

Le Livre, tome II, p. 122-138

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 122.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 122 [138]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 123.
Pour suite de texte et de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 123 [139]. Source : Internet Archive.

Poètes dramatiques

Poètes lyriques, bucoliques, didactiques, etc.

[II.138.122]
  1.  Crébillon pourrait être supprimé sans inconvénient.  ↩
  2.  On pourrait encore supprimer sans crainte, dans cette bibliothèque « de choix », Clotilde de Surville, Mme Des Houlières, Gresset, Delille, Thompson (plus généralement Thomson), et même J.-B. Rousseau, tous aujourd’hui bien déchus de leur ancienne gloire.  ↩

Le Livre, tome II, p. 121-137

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 121.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 121 [137]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 122.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 122 [138]. Source : Internet Archive.

Littérature

Poétique

Poètes épiques

[II.137.121]
  1.  Nous ne manquerions pas aujourd’hui d’ajouter ici au moins un nom, celui de Sainte-Beuve, Causeries du lundi, Nouveaux Lundis, Portraits littéraires, etc.  ↩
  2.  L’Ariose mériterait certainement de prendre place dans cette section, au moins autant que le Tasse et surtout que Voltaire.  ↩

Le Livre, tome II, p. 106-122

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 106.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 106 [122]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 107.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 107 [123]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 108.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 108 [124]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 109.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 109 [125]. Source : Internet Archive.

cile problème que doit résoudre un vrai bibliophile est celui-ci : se faire une excellente bibliothèque avec le moins de livres possible[106.1] ».

Mais quel est, quel peut être le nombre de ces livres, et peut-on le déterminer ?

De temps à autre quelque journal ou une revue s’amuse à demander à ses lecteurs quels sont, rangés par ordre de préférence, leurs vingt ou trente auteurs ou ouvrages favoris. Immanquablement dans les réponses, « snobisme » ou conviction, la Bible arrive en tête[106.2] ; puis défilent, plus ou moins pêle-mêle, Homère[106.3], Virgile, Horace, Cicéron, Dante,

[II.122.106]
  1.  Op. cit., p. 312.  ↩
  2.  Le génial naturaliste et physiologiste et maître écrivain Alphonse Toussenel (1803-1885) était loin de partager cette admiration, sincère ou de commande, pour la Bible. Voici ce qu’il nous dit, tout franchement et crûment : « La Bible, que je n’aime pas, parce que c’est le livre où tous les peuples de proie, le Juif, l’Anglais, le Hollandais et les autres ont appris à lire ; la Bible, qui contient tant de calomnies contre le Créateur ; la Bible a eu, par hasard, une idée ingénieuse à propos de la fouine : elle a prohibé la chair de cet animal, qui se prohibait bien toute seule, sous prétexte qu’il avait la mauvaise habitude de faire ses petits par la bouche…. » (L’Esprit des bêtes, p. 488 ; Paris, Dentu, 1862.)  ↩
  3.  « … Après un excellent dîner, on entra dans la bibliothèque. Candide, en voyant un Homère magnifiquement relié, loua l’illustrissime (Pococurante) sur son bon goût. « Voilà, dit-il, un livre qui faisait les délices du grand Pangloss, le meilleur philosophe de l’Allemagne. — Il ne fait pas les miennes, dit froidement Pococurante ; on me fit accroire autrefois que j’avais du plaisir en le lisant ; mais cette répétition continuelle de combats qui se ressemblent tous, ces dieux qui agissent toujours pour ne rien faire de décisif, cette Hélène qui est le sujet de la guerre, et qui à peine est une actrice de la pièce ; cette Troie qu’on assiège et qu’on ne prend point ; tout cela me causait le plus mortel ennui. J’ai demandé quelquefois à des savants s’ils s’ennuyaient autant que moi à cette lecture : tous les gens sincères m’ont avoué que le livre leur tombait des mains, mais qu’il fallait toujours l’avoir dans sa bibliothèque, comme un monument de l’antiquité, et comme ces médailles rouillées qui ne peuvent être de commerce. — Votre Excellence ne pense pas ainsi de Virgile ? dit Candide. — Je conviens, dit Pococurante, que le second, le quatrième et le sixième livre de son Énéide sont excellents ; mais, pour son pieux Énée, et le fort Cloanthe, et l’ami Achates, et le petit Ascanius… et l’imbécile roi Latinus, et la bourgeoise Amata, et l’insipide Lavinia, je ne crois pas qu’il y ait rien de si froid et de plus désagréable. J’aime mieux le Tasse et les contes à dormir debout de l’Arioste…. Les sots admirent tout dans un auteur estimé. Je ne lis que pour moi ; je n’aime que ce qui est à mon usage. » (Voltaire, Candide, chap. xxv.) Et Georges Avenel, annotateur de Voltaire, ajoute, en tête de ce chapitre xxv, qu’ « on peut considérer les jugements que Pococurante va porter sur la peinture, la musique et la littérature, comme étant l’opinion de Voltaire lui-même sur les mêmes sujets, en 1759. » (Voltaire, Œuvres complètes, t. VI, p. 205 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1869.) Dans son Essai sur la poésie épique, composé en 1726-1733, Voltaire se montre bien moins sévère pour Homère comme pour Virgile :

     « Ceux qui ne peuvent pardonner les fautes d’Homère en faveur de ses beautés sont la plupart des esprits trop philosophiques, qui ont étouffé en eux-mêmes tout sentiment. On trouve dans les Pensées de M. Pascal qu’il n’y a point de beauté poétique, et que, faute d’elle, on a inventé de grands mots comme fatal laurier, bel astre, et que c’est cela qu’on appelle beauté poétique. Que prouve un tel passage, sinon que l’auteur parlait de ce qu’il n’entendait pas ? Pour juger des poètes, il faut savoir sentir, il faut être né avec quelques étincelles du feu qui anime ceux qu’on veut connaître…. Qu’on ne croie point encore connaître les poètes par les traductions : ce serait vouloir apercevoir le coloris d’un tableau dans une estampe. Les traductions augmentent les fautes d’un ouvrage, et en gâtent les beautés. Qui n’a lu que Mme Dacier n’a point lu Homère ; c’est dans le grec seul qu’on peut voir le style du poète, plein de négligences extrêmes, mais jamais affecté, et paré de l’harmonie naturelle de la plus belle langue qu’aient jamais parlée les hommes. Enfin, on verra Homère lui-même, qu’on trouvera, comme ses héros, tout plein de défauts, mais sublime….

     « Cet ouvrage, [l’Énéide de Virgile], que l’auteur avait condamné aux flammes, est encore, avec ses défauts, le plus beau monument qui nous reste de toute l’antiquité…. Je viens à la grande et universelle objection que l’on fait contre l’Énéide : les six derniers chants, dit-on, sont indignes des six premiers. Mon admiration pour ce grand génie ne me ferme point les yeux sur ses défauts ; je suis persuadé qu’il le sentait lui-même, et que c’était la vraie raison pour laquelle il avait eu dessein de brûler son ouvrage. Il n’avait voulu réciter à Auguste que le premier, le second, le quatrième et le sixième livre, qui sont effectivement la plus belle partie de l’Énéide. Il n’est point donné aux hommes d’être parfaits. Virgile a épuisé tout ce que l’imagination a de plus grand dans la descente d’Énée aux enfers ; il a dit tout au cœur dans les amours de Didon ; la terreur et la compassion ne peuvent aller plus loin que dans la description de la ruine de Troie ; de cette haute élévation, où il était parvenu au milieu de son vol, il ne pouvait guère que descendre. Le projet du mariage d’Énée avec une Lavinie qu’il n’a jamais vue ne saurait nous intéresser après les amours de Didon ; la guerre contre les Latins, commencée à l’occasion d’un cerf blessé, ne peut que refroidir l’imagination échauffée par la ruine de Troie. Il est bien difficile de s’élever quand le sujet baisse. Cependant il ne faut pas croire que les six derniers chants de l’Énéide soient sans beautés ; il n’y en a aucun où vous ne reconnaissiez Virgile : ce que la force de son art a tiré de ce terrain ingrat est presque incroyable…. (Voltaire, Essai sur la poésie épique, chap. ii et iii : Œuvres complètes, t. III, pp. 62 et 63 ; Paris, édit. du Journal le Siècle, 1868.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 101-117

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102 [118]. Source : Internet Archive.

mille qu’on ne lira jamais, du moins de suite ; mais on peut avoir besoin d’en consulter quelques-uns une fois en sa vie. C’est un grand avantage, pour quiconque veut s’instruire, de trouver sous sa main, dans le palais des rois, le volume et la page qu’il cherche, sans qu’on le fasse attendre un moment. C’est une des plus nobles institutions. Il n’y a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.

« La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent à tous les savants. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.

« Cette multitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué[101.1] que Paris

[II.117.101]
  1.  Voltaire lui-même, qui, dans ses Conseils à un journaliste (Œuvres complètes, t. IV, p. 615), écrivait : « Un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avec tous ses contemporains, on choisit quelques amis. Il ne faut pas plus s’effaroucher de voir cent cinquante mille volumes à la Bibliothèque du Roi, que de ce qu’il y a sept cent mille hommes dans Paris. » Et ailleurs : « … Le fait est que la multitude de livres inlisibles dégoûte. Il n’y a plus moyen de rien apprendre, parce qu’il y a trop de choses à apprendre…. La vue d’une bibliothèque me fait tomber en syncope. » (Voltaire, Critique historique, Lettres Chinoises, XII ; Œuvres complètes, t. V, p. 368.) Cf. encore ce qu’écrit l’abbé Sabatier de Castres (1742-1817) : « La multitude des livres est le seul moyen d’en éviter la perte ou l’entière destruction. C’est cette multiplicité qui les a préservés des injures des temps, de la rage des tyrans, du fanatisme des persécuteurs, des ravages des barbares, et qui en a fait passer, au moins une partie, jusqu’à nous, à travers les longs intervalles de l’ignorance et de l’obscurité…. La multitude prodigieuse des livres est parvenue à un tel degré que, non seulement il est impossible de les lire tous, mais même d’en savoir le nombre et d’en connaître les titres. « On ne pourrait pas lire tous les livres, dit un auteur du dernier siècle, quand même on aurait la conformation que Mahomet donne aux habitants de son paradis, où chaque homme aura 70 000 têtes, chaque tête 70 000 bouches, et chaque bouche 70 000 langues, qui parleront toutes 70 000 langages différents. » (Ap. F. Fertiault, op. cit., p. 283.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 084-100

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

est d’écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d’eux[084.1] » : et Napoléon[084.2], et le poète Lebrun-Pindare, et Mirabeau, Morellet, Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l’astronome Lalande, l’abbé Mercier de Saint-Léger, l’abbé Rive, le moraliste Joubert[084.3], Paul-Louis Courier, les érudits Boissonade et Éloi Johanneau, le bibliophile belge Van Hulthem[084.4], Charles Nodier[084.5], Jacques-Charles Bru-

[II.100.084]
  1.  Voltaire, lettre à Mme de Saint-Julien, 15 décembre I766 : Œuvres complètes, t. VIII, p. 535.  ↩
  2.  A Sainte-Hélène, Napoléon lut en un an soixante-douze volumes. Non seulement il dictait des notes, mais surtout il écrivait abondamment sur les marges. « Ce goût, ce besoin peut-être, de l’annotation, remontait loin dans les habitudes de l’empereur : sa correspondance, durant son séjour à Auxonne, de juin 1790 à avril 1791, nous permet de le surprendre annotant tous les livres, dès lors fort nombreux, qu’il parvenait à se procurer. » (Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, mars 1904, p. 117.)  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 182-183. « Il (Joubert) lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. » (Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, en tête des Pensées de Joubert, t. I, p. xlv ; Paris, Didier, 1862.)  ↩
  4.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Hulthem (Van).  ↩
  5.  Nodier avait, paraît-il, une arrière-pensée en annotant ses livres, celle d’en trafiquer et de leur donner une plus-value : « Nodier trouva fort bon de faire, pour son propre compte, une petite spéculation sur les livres annotés par lui. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 156, n.) Lamennais se contentait d’apposer sa signature sur ses livres pour en augmenter le prix : « M. de Lamennais… a trouvé moyen, dans une occasion, de se moquer un peu de l’innocente fantaisie de ceux qui, comme moi, mettent du prix même à la simple signature d’un homme célèbre. Ayant eu connaissance, lors de la première vente de sa bibliothèque, en 1836, de cette petite manie des amateurs, il écrivit, d’une écriture bien évidemment récente, bien flamboyante, sur tous ses livres : F. de Lamennais, afin qu’ils se vendissent un peu mieux et un peu plus cher. » Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 185.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 065-081

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 065.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 065 [081]. Source : Internet Archive.

comme des abeilles, dans le monde passé et dans le monde présent ; vous reviendrez ensuite dans votre ruche composer votre miel[065.1]. »

Voltaire butinait de même : « Je passe ma vie à chercher des pierres précieuses dans du fumier, écrit-il à la marquise du Deffand[065.2], et, quand j’en rencontre, je les mets à part, et j’en fais mon profit ; c’est par là que les mauvais livres sont quelquefois très utiles. »

L’archevêque de Reims Landriot (1816-1874) a éloquemment et fort bien développé cette même pensée, cette comparaison du lecteur au chercheur et au glaneur : « Lire vient d’un mot latin, ou plutôt pri-

[II.081.065]
  1.  Ap. Voltaire, le Philosophe par M. Dumarsais. (Voltaire, Œuvres complètes, t. IV, p. 740 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1868.)  ↩
  2.  Lettre du 1er novembre 1773 : Œuvres complètes, t. VIII. p. 926.  ↩

Le Livre, tome II, p. 056-072

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 056.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 056 [072]. Source : Internet Archive.

assistants de faire, durant les repas et à tour de rôle, une lecture à haute voix. Nous avons vu[056.1] que Charlemagne aimait à se faire lire, pendant son dîner, le livre de saint Augustin, la Cité de Dieu, et que saint Louis, au contraire, préférait à la lecture à table ou en sortant de table « une bonne causerie »[056.2]. Voltaire, lui, ne partageait pas cette préférence : « Je me fais lire… les Sermons de Massillon à mes repas[056.3]…. J’aime à me faire lire à table ; les anciens en usaient ainsi, et je suis très ancien, » écrit-il à d’Argental[056.4].

Sur les lectures faites à haute voix et en public, le cardinal Maury (1746-1817)[056.5] donne ces sages conseils : « Tous les juges du bon goût ont observé que, dans les lectures ordinaires de société, il faut, pour en soutenir l’attrait, choisir plutôt des ouvrages intéressants que des livres d’instruction. La vérité satisfait en tout genre l’esprit d’un lecteur isolé. Mais, dès qu’on est réuni, on veut être ému ; et l’on sent le besoin d’un intérêt progressif quand on en-

[II.072.056]
  1.  Supra, t. I, p. 228.  ↩
  2.  Supra, t. I, p. 91.  ↩
  3.  Lettres à d’Argental, 23 mai 1769 : Voltaire, Œuvres complètes, t. VIII, p. 722. (Paris, édit. du journal le Siècle, 1870.)  ↩
  4.  Lettre du 7 juillet 1769 ; t. VIII, p. 729. (Première lettre : deux lettres de Voltaire au comte d’Argental portent cette même date.)  ↩
  5.  Essai sur l’éloquence de la chaire, xxxv, pp. 162-163. (Paris, Didot, 1877.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 007-023

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 007.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 007 [023]. Source : Internet Archive.

Bien d’autres extraits mériteraient de prendre place ici, dans ce chapitre de « la Religion des Lettres ».

D’abord cette règle de conduite du savant et vertueux Abauzit (1679-1767)[007.1] : « Être plutôt que paraître, savoir plutôt qu’enseigner, préférer une vie égale et tranquille avec l’estime des siens à une réputation lointaine, renoncer aux chimères, aux grands desseins, pour cultiver cette sorte de mérite qui a sa récompense en soi-même et se suffit…. »

Puis cette profession de foi de Voltaire (1694-1778)[007.2] : « Au milieu de tous les doutes qu’on tourne depuis quatre mille ans en quatre mille manières, le plus sûr est de ne jamais rien faire contre sa conscience. Avec ce secret, on jouit de la vie, et on ne craint rien à la mort. Il n’y a que des charlatans qui soient certains. Nous ne savons rien des premiers principes. Il est bien extravagant de définir Dieu, les anges, les esprits, et de savoir précisément pourquoi Dieu a formé le monde, quand on ne sait pas pourquoi on remue son bras à sa volonté. Le doute

[II.023.007]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XV, p. 138.  ↩
  2.  Correspondance, lettre à Frédéric-Guillaume, 28 novembre 1770, t. VIII, p. 803. (Paris, édit. du journal le Siècle, 1870.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 003-019

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 003.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 003 [019]. Source : Internet Archive.

téraire[003.1], la Religion des Lettres[003.2], Notes et Réflexions d’un lecteur[003.3]) en faveur du « grand diocèse », et de « cette antique religion des Lettres, la seule qui, depuis Homère jusqu’à Épicure et Lucrèce, depuis Cicéron jusqu’à Gœthe, Littré et Sainte-Beuve, ait continuellement civilisé les hommes sans jamais leur nuire, la seule qui n’ait jamais fait naître parmi eux aucune guerre, aucune persécution…, et qui n’ait jamais eu, — avec Hypatie et Socrate, avec Giordano Bruno, Jean Huss, Étienne Dolet, — que des martyrs[003.4] ».

« La religion des Lettres, dit encore M. Albert Collignon[003.5], a pour culte la lecture des livres. Ce sont les livres qui nous éclairent et qui nous donnent

[II.019.003]
  1.  Paris, Fischbacher, 1896, 2e édit.  ↩
  2.  Paris, Fischbacher, 1896.  ↩
  3.  Paris, Fischbacher, 1896.  ↩
  4.  La Vie littéraire, pp. 216 et 43. Cf. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Superstition ; t. I, p. 642 (Paris, édit. du journal le Siècle, 1867) : « Je vous défie de me montrer un seul philosophe, depuis Zoroastre jusqu’à Locke, qui ait jamais excité une sédition, etc.… La superstition met le monde entier en flammes ; la philosophie les éteint. »  ↩
  5.  Op. cit., p. 230.  ↩

Le Livre, tome I, p. 307-331

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 307.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 307 [331]. Source : Internet Archive.

Le Livre, tome I, p. 258-282

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259 [283]. Source : Internet Archive.

pour Salluste, prédilection qui avait commencé sur les bancs de l’école. Elle lui fit prendre la résolution « non seulement de traduire ce qui nous reste de cet historien, mais encore de recomposer son Histoire romaine, » dont il ne reste plus que des lambeaux. C’est principalement pour compléter ses études sur Salluste que le président de Brosses entreprit son voyage en Italie (de 1739 à 1740), dont il nous a laissé, dans ses Lettres familières, une si intéressante et si curieuse relation. Son Salluste l’occupa toute sa vie, et il ne publia ce travail que l’année même de sa mort, en 1777[258.1].

Voltaire (1694-1778) avait toujours sur sa table l’Athalie de Racine et le Petit Carême de Massillon[258.2].

[I.282.258]
  1.  R. Colomb, op. cit., pp. xii, xiii, xlii. « … Comment exprimer en peu de mots la vivacité de l’intérêt et la préférence, en quelque sorte monomane, qu’inspirait Salluste à M. de Brosses ? Quand on songe qu’il a mis plus de quarante années à le compléter, le traduire, l’expliquer, à disputer à l’oubli des siècles jusqu’aux plus faibles débris des pensées de son auteur ; enfin qu’il a dépensé peut-être cinquante mille francs à dépouiller le corps entier des anciens grammairiens, dont les manuscrits sont disséminés dans les principales bibliothèques de l’Europe, à faire dessiner et graver des bustes, des médailles, des plans de batailles, des cartes géographiques, il est impossible de ne pas accorder quelque estime à une telle entreprise. Peu de personnes savent, au juste, ce que M. de Brosses a fait pour Salluste ; » etc. (Id., ibid., p. xxxvi.)  ↩
  2.  Le fait est attesté par d’Alembert, qui dit, dans son Éloge de Massillon : « Le plus célèbre écrivain de notre nation et de notre siècle (Voltaire) faisait des sermons de ce grand orateur une de ses lectures les plus assidues. Massillon était pour lui le modèle des prosateurs, comme Racine celui des poètes, et il avait toujours sur la même table le Petit Carême et Athalie », Sans indiquer d’autorité ni de source, Charles Nodier (Questions de littérature légale, p. 117 ; Paris, Crapelet, 1828) remplace Athalie par les Provinciales : « Voltaire avait toujours sur sa table les Provinciales et le Petit Carême ». Pour Dorat, le chantre des Baisers, Athalie n’était que « la plus belle des pièces ennuyeuses ». (Peignot, op. cit., t. I, pp. 285-286, note.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 251-275

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251 [275]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252 [276]. Source : Internet Archive.

il rencontrait quelques passages poétiques très remarquables, disait : « Cela est beau comme de la prose[251.1] ».

L’académicien Claude-François Fraguier (1666-1728) aimait passionnément Homère. La première fois qu’il le lut, il souligna au crayon les passages qui le frappaient le plus ; la seconde fois, il fut surpris de retrouver des beautés qu’il n’avait pas aperçues d’abord, il les souligna encore. A la troisième lecture, nouveaux passages admirés qui semblaient lui reprocher une injuste préférence dans les deux premières lectures. Il en fut de même à la quatrième et à la cinquième, de sorte qu’à la sixième le livre se trouva presque souligné d’un bout à l’autre[251.2].

[I.275.251]
  1.  « Ce mot de Duclos fait tout à fait contraste avec celui de Voltaire, qui est si connu : « Entrez, entrez, monsieur, je ne fais que de la vile prose » ; et avec cet autre de l’abbé Delille, à qui M. Walckenaer faisait observer qu’un de ses beaux vers du poème de l’Imagination était pris mot à mot dans la belle prose des Études de la nature de Bernardin de Saint-Pierre : « Ce qui n’a été dit qu’en prose n’a jamais été dit ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 200, n. 1.)  ↩
  2.  A propos d’Homère, rappelons ce mot célèbre : « Lorsque j’ai lu Homère, j’ai cru avoir vingt pieds de haut, » disait le sculpteur Bouchardon. (Ap. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Épopée ; t. I, p. 346 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1867.) Voici textuellement le propos naïf de Bouchardon : « Il y a quelques jours qu’il m’est tombé entre les mains un vieux livre français que je ne connaissais point ; cela s’appelle l’Iliade d’Homère. Depuis que j’ai lu ce livre-là, les hommes ont quinze pieds (de haut) pour moi, et je ne dors plus. » (Note de Georges Avenel, ap. Voltaire, ibid.).  ↩

Le Livre, tome I, p. 247-271

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247 [271]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248 [272]. Source : Internet Archive.

de même du poète allemand Wieland (1733-1813) : le dernier livre lu lui semblait le plus beau ; ce qui faisait dire à Gœthe[247.1] : « Tâchons de ne pas ressembler à Wieland… et gardons-nous de sa délicate mobilité, par suite de laquelle la dernière chose qu’il lisait effaçait pour ainsi dire tout ce qui avait précédé ».

Boileau (1636-1711) plaçait en première ligne Homère ; puis venait Térence. Il donnait le pas aux anciens sur les modernes, à l’exception d’un seul auteur, Pascal, qu’il mettait à côté des plus grands. « Mon Père, disait Boileau au Père Bouhours, lisons les Lettres provinciales, et, croyez-moi, ne lisons pas d’autres livres. » Le jésuite Bouhours ne devait pas être tout à fait de l’avis de Boileau[247.2].

Malebranche (1638-1715), ayant lu par hasard le Traité de l’homme de Descartes, en fut vivement frappé, aussi vivement que La Fontaine des vers de Malherbe ; il abandonna toute autre étude pour la philosophie de Descartes, et consacra le reste de ses jours à la méta­physique[247.3].

[I.271.247]
  1.  Conversations recueillies par Eckermann, t. II. p. 329.  ↩
  2.  Je rappelle que les détails et les citations sans indications de sources proviennent de Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩
  3.  Notons que le célèbre philosophe oratorien n’avait, en revanche, aucun goût pour l’histoire et la tenait en très piètre estime. « … Presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes. Malebranche, à cet égard, avait raison de dire qu’il ne faisait pas plus de cas de l’histoire que des nouvelles de son quartier. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Ana, Anecdotes ; t. I, p. 97. Paris, édit. du Siècle, 1867.) Voltaire disait, lui (op. cit., art. Donation ; t. I, p. 306) : « L’histoire n’est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommodés du bien d’autrui ». Nous verrons plus loin (p. 263) Mme du Deffand nous dire que « tout ce qui est histoire d’une nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit ». « .… Si l’on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant votre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années ? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans ; la seule différence, c’est que ces derniers sont plus amusants. » (Madame, duchesse d’Orléans, princesse Palatine, lettre du 31 mars 1718, Correspondance, t. I, p. 389. trad. G. Brunet. Paris, Charpentier, 1869.) Le traducteur de cette correspondance ajoute en note à cet endroit : « L’idée que Madame indique ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l’abbé Lancelloti : Farfalloni degli antichi historici, Venetia, 1736 (1636). Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de l’histoire ancienne et profane, 2 vol. in-12. L’auteur a réuni, pour en montrer l’absurdité, toutes les fables, tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l’emploi du vinaigre dont Annibal fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu’avala Cléopâtre. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 189-213

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189 [213]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190 [214]. Source : Internet Archive.

1805) à sa Muse[189.1] (c’est-à-dire sans l’amour de l’étude et le culte des Lettres). Je l’ignore. Mais je frissonne en voyant ce que sont sans toi des centaines et des milliers d’hommes[189.2]. »

Dans ses derniers jours, Gœthe (1749-1832), « le grand critique de notre âge[189.3] », « ce roi de la cri­tique[189.4] », « le plus grand des critiques, celui de qui l’on peut dire qu’il n’est pas seulement la tradition, mais qu’il est toutes les traditions réunies[189.5], » parlant de la difficulté qu’il y a souvent à lire un ouvrage, plaisantait sur la présomption des personnes qui, sans études préparatoires, sans connaissances préalables, veulent lire tous les ouvrages de philosophie et de science, absolument comme s’il s’agissait d’un roman. « Les braves gens ne savent pas, disait-il, ce qu’il en coûte de temps et de peine pour apprendre à lire[189.6]. J’ai travaillé à cela quatre-vingts ans,

[I.213.189]
  1.  Schiller, Poésies : les Ex-Voto, ou les Tablettes votives (avec cette inscription préliminaire : « Ce que le Dieu m’a enseigné, ce qui m’a aidé à traverser la vie, je le suspends ici, reconnaissant et pieux, dans le sanctuaire »). Œuvres complètes de Schiller, trad. Ad. Regnier, t. I, pp. 342 et 344.  ↩
  2.  Cf. le mot de Confucius (551-479 av. J.-C.) : « Il n’est pas facile de trouver un homme qui ait étudié pendant trois ans sans devenir bon ». (Ap. Max Muller, Essai sur l’histoire des religions, trad. G. Harris, p. 425.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 174.  ↩
  4.  Id., op. cit., t. III, p. 42.  ↩
  5.  Id., op. cit., t. XV, p. 368.  ↩
  6.  « Quoiqu’il y ait beaucoup de livres, croyez-moi, peu de gens lisent ; et, parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. » (Voltaire, Lettre de M. Clocpitre à M. Eratou, Œuvres complètes, t. IV, p. 726.) « Il est très commun de lire, et très rare de lire avec fruit. » (Id., Commentaires sur Rodogune, Œuvres complètes, t. IV, p. 467.) « N’avez-vous pas remarqué cela depuis longtemps ? il y a peu de gens qui sachent lire. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 355.) « Le critique n’est qu’un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres. » (Id., Portraits littéraires, t. III, p. 546.) L’écrivain d’art Ernest Chesneau (1833-1890) a prétendu (la Chimère, p. 9) qu’ « on ne commence à savoir lire qu’après la sortie du collège » : ce qui donne tout à fait tort à cette excellente mère dont parle Tallemant des Réaux (1619-1692) (Historiettes, t. VI, p. 328), — la sienne, paraît-il, — qui s’étonnait que son fils achetât encore des livres et s’occupât de lire après avoir quitté les bancs universitaires : « N’avez-vous pas terminé vos études ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 170-194

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 170.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 170 [194]. Source : Internet Archive.

charment nos loisirs et qui nous procurent de vrais plaisirs[170.1]…. »

« L’amour des Lettres, écrit Duclos (1704-1772), dans ses Considérations sur les mœurs[170.2], rend assez insensible à la cupidité et à l’ambition, console de beaucoup de privations, et souvent empêche de les connaître ou de les sentir. Avec de telles dispositions, les gens d’esprit doivent, tout balancé, être encore meilleurs que les autres hommes. »

« Les Lettres sont un secours du ciel, atteste Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)[170.3]. Ce sont des rayons de cette sagesse qui gouverne l’univers, que l’homme, inspiré par un art céleste, a appris à fixer sur la terre. Semblables aux rayons du soleil, elles éclairent, elles réjouissent, elles échauffent ; c’est un feu divin…. Les sages qui ont écrit avant nous sont des voyageurs qui nous ont précédés dans les sentiers de l’infortune, qui nous tendent la main, et nous invitent à nous joindre à leur compagnie, lorsque tout nous abandonne. Un bon livre est un bon ami. »

« Je suis auprès de mes consolateurs, de vieux livres, une belle vue et de douces promenades. J’ai soin de mes deux santés. Je tâche de les faire mar-

[I.194.170]
  1.  Lettre du 25 novembre 1770. (Voltaire, op. cit., t. VII, p. 190.)  ↩
  2.  Chap. xi, Sur les gens de lettres, pp. 149-150. (Paris, Hiard, 1831.)  ↩
  3.  Paul et Virginie, pp. 93-94. (Paris, Didot, 1859. In-18.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 169-193

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 169.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 169 [193]. Source : Internet Archive.

des hommes de tous les temps aussi fous, aussi vains et aussi trompés dans leurs misérables conjectures que les hommes d’à présent : — ainsi, mon cher frère, le goût de la lecture une fois enraciné, chacun y trouve son compte ; mais les plus sages sont ceux qui lisent pour se corriger de leurs défauts, que les moralistes, les philosophes et les historiens leur présentent comme dans un miroir. »

« On ne saurait, certes, ajoute Sainte-Beuve, à qui j’emprunte cette citation[169.1], traiter un lieu commun avec plus de nouveauté et le relever avec plus d’esprit. »

« Une chose ne mérite d’être écrite, disait encore Frédéric[169.2], qu’autant qu’elle mérite d’être retenue. »

A Voltaire, Frédéric le Grand écrit : « Quand tous les autres plaisirs passent, celui-là (le plaisir de cultiver les Lettres) reste : c’est le fidèle compagnon de tous les âges et de toutes les fortunes[169.3] ». « … J’aime les Belles-Lettres à la folie ; ce sont elles seules qui

[I.193.169]
  1.  Causeries du lundi, t. XII, pp. 378-379.  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 158. C’est encore des Causeries du lundi (t. III, p. 186) que j’extrais l’anecdote suivante : « Au sortir de la guerre de Sept Ans, quand d’Alembert alla visiter Frédéric à Potsdam et qu’il lui parlait de sa gloire : « II m’a dit avec la plus grande simplicité, écrit d’Alembert, qu’il y avait furieusement à rabattre de cette gloire ; que le hasard y était presque tout, et qu’il aimerait bien mieux avoir fait Athalie que toute cette guerre. »  ↩
  3.  Lettre du 20 février 1767. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VII. p. 186.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 166-190

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 166.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 166 [190]. Source : Internet Archive.

et qui a trop peu vécu[166.1] », que Voltaire adresse ce salutaire avertissement. Vauvenargues (1715-1747), qui a si bien dit qu’ « on ne peut avoir l’âme grande ou l’esprit un peu pénétrant sans quelque passion pour les Lettres[166.2] », était d’ailleurs passionné pour l’étude et les livres, et voici l’enthousiaste et curieuse lettre qu’il écrivait, à vingt-cinq ans, le 22 mars 1740, à son cousin, le marquis de Mirabeau, l’Ami des hommes et le père du célèbre orateur : « C’est (les Vies de Plutarque) une lecture touchante ; j’en étais fou à son âge (l’âge du jeune chevalier de Mirabeau, frère du marquis ; il avait alors dix-huit ans et servait dans le même régiment que Vauvenargues, à Verdun-sur-Meuse) ; le génie et la vertu ne sont nulle part mieux peints…. Pour moi, je pleurais de joie, lorsque je lisais ces Vies ; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas et autres[166.3] ; j’allais dans la place de Rome, pour haranguer avec les Gracques, et pour défendre Caton, quand on lui jetait des pierres. Vous souvenez-vous que César voulant faire passer une loi trop à l’avantage du peuple, le même Caton voulut l’empêcher de la proposer, et lui mit la main sur la bouche, pour l’empêcher de parler ? Ces manières

[I.190.166]
  1.  Voltaire, Commentaires sur Corneille, Pompée (t. IV, p. 447).  ↩
  2.  Vauvenargues, Œuvres choisies, Réflexions et maximes, p. 276. (Paris, Didot, 1858. In-18.)  ↩
  3.  Cf. infra, p. 270, Alfieri lisant les Vies de Plutarque.  ↩

Le Livre, tome I, p. 165-189

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 165.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 165 [189]. Source : Internet Archive.

ont lus. Vous abandonnez votre âme à ceux qui sont payés pour lire la Bible[165.1].

« Plusieurs bons bourgeois, plusieurs grosses têtes, qui se croient de bonnes têtes, vous disent avec un air d’importance que les livres ne sont bons à rien. Mais, messieurs les Welches, savez-vous que l’ordonnance civile, le code militaire et l’Évangile sont des livres dont vous dépendez continuel­lement[165.2] ?

« Puissent les Belles-Lettres vous consoler ! Elles sont, en effet, le charme de la vie, quand on les cultive pour elles-mêmes, comme elles le méritent ; mais quand on s’en sert comme d’un organe de la renommée, elles se vengent bien de ce qu’on ne leur a pas offert un culte assez pur[165.3]. »

C’est à Vauvenargues, « homme trop peu connu

[I.189.165]
  1.  Dictionnaire philosophique, art. Livres (t. I, p. 512).  ↩
  2.  L’homme aux quarante écus, chap. x (t. VI, p. 244). Cf. Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) (Études de la nature, XIV, p. 539 ; Paris, Didot, 1868, in-18) : « Il me semble qu’il se prépare pour nous quelque révolution favorable. Si elle arrive, on en sera redevable aux lettres ; elles ne mènent aujourd’hui à rien ceux qui les cultivent parmi nous ; cependant elles régissent tout. Je ne parle pas de l’influence qu’elles ont par toute la terre, gouvernée par des livres. L’Asie est régie par les maximes de Confucius, les Koran, les Beth, les Védam, etc. » Cf. aussi vicomte de Bonald (1754-1840) (ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 431) : « Depuis l’Évangile jusqu’au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions ».  ↩
  3.  Lettre de décembre 1744. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VII, p. 651.)  ↩

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