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Le Livre, tome I, p. 307-331

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 307.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 307 [331]. Source : Internet Archive.

Le Livre, tome I, p. 258-282

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259 [283]. Source : Internet Archive.

pour Salluste, prédilection qui avait commencé sur les bancs de l’école. Elle lui fit prendre la résolution « non seulement de traduire ce qui nous reste de cet historien, mais encore de recomposer son Histoire romaine, » dont il ne reste plus que des lambeaux. C’est principalement pour compléter ses études sur Salluste que le président de Brosses entreprit son voyage en Italie (de 1739 à 1740), dont il nous a laissé, dans ses Lettres familières, une si intéressante et si curieuse relation. Son Salluste l’occupa toute sa vie, et il ne publia ce travail que l’année même de sa mort, en 1777[258.1].

Voltaire (1694-1778) avait toujours sur sa table l’Athalie de Racine et le Petit Carême de Massillon[258.2].

[I.282.258]
  1.  R. Colomb, op. cit., pp. xii, xiii, xlii. « … Comment exprimer en peu de mots la vivacité de l’intérêt et la préférence, en quelque sorte monomane, qu’inspirait Salluste à M. de Brosses ? Quand on songe qu’il a mis plus de quarante années à le compléter, le traduire, l’expliquer, à disputer à l’oubli des siècles jusqu’aux plus faibles débris des pensées de son auteur ; enfin qu’il a dépensé peut-être cinquante mille francs à dépouiller le corps entier des anciens grammairiens, dont les manuscrits sont disséminés dans les principales bibliothèques de l’Europe, à faire dessiner et graver des bustes, des médailles, des plans de batailles, des cartes géographiques, il est impossible de ne pas accorder quelque estime à une telle entreprise. Peu de personnes savent, au juste, ce que M. de Brosses a fait pour Salluste ; » etc. (Id., ibid., p. xxxvi.)  ↩
  2.  Le fait est attesté par d’Alembert, qui dit, dans son Éloge de Massillon : « Le plus célèbre écrivain de notre nation et de notre siècle (Voltaire) faisait des sermons de ce grand orateur une de ses lectures les plus assidues. Massillon était pour lui le modèle des prosateurs, comme Racine celui des poètes, et il avait toujours sur la même table le Petit Carême et Athalie », Sans indiquer d’autorité ni de source, Charles Nodier (Questions de littérature légale, p. 117 ; Paris, Crapelet, 1828) remplace Athalie par les Provinciales : « Voltaire avait toujours sur sa table les Provinciales et le Petit Carême ». Pour Dorat, le chantre des Baisers, Athalie n’était que « la plus belle des pièces ennuyeuses ». (Peignot, op. cit., t. I, pp. 285-286, note.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 251-275

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251 [275]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252 [276]. Source : Internet Archive.

il rencontrait quelques passages poétiques très remarquables, disait : « Cela est beau comme de la prose[251.1] ».

L’académicien Claude-François Fraguier (1666-1728) aimait passionnément Homère. La première fois qu’il le lut, il souligna au crayon les passages qui le frappaient le plus ; la seconde fois, il fut surpris de retrouver des beautés qu’il n’avait pas aperçues d’abord, il les souligna encore. A la troisième lecture, nouveaux passages admirés qui semblaient lui reprocher une injuste préférence dans les deux premières lectures. Il en fut de même à la quatrième et à la cinquième, de sorte qu’à la sixième le livre se trouva presque souligné d’un bout à l’autre[251.2].

[I.275.251]
  1.  « Ce mot de Duclos fait tout à fait contraste avec celui de Voltaire, qui est si connu : « Entrez, entrez, monsieur, je ne fais que de la vile prose » ; et avec cet autre de l’abbé Delille, à qui M. Walckenaer faisait observer qu’un de ses beaux vers du poème de l’Imagination était pris mot à mot dans la belle prose des Études de la nature de Bernardin de Saint-Pierre : « Ce qui n’a été dit qu’en prose n’a jamais été dit ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 200, n. 1.)  ↩
  2.  A propos d’Homère, rappelons ce mot célèbre : « Lorsque j’ai lu Homère, j’ai cru avoir vingt pieds de haut, » disait le sculpteur Bouchardon. (Ap. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Épopée ; t. I, p. 346 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1867.) Voici textuellement le propos naïf de Bouchardon : « Il y a quelques jours qu’il m’est tombé entre les mains un vieux livre français que je ne connaissais point ; cela s’appelle l’Iliade d’Homère. Depuis que j’ai lu ce livre-là, les hommes ont quinze pieds (de haut) pour moi, et je ne dors plus. » (Note de Georges Avenel, ap. Voltaire, ibid.).  ↩

Le Livre, tome I, p. 247-271

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247 [271]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248 [272]. Source : Internet Archive.

de même du poète allemand Wieland (1733-1813) : le dernier livre lu lui semblait le plus beau ; ce qui faisait dire à Gœthe[247.1] : « Tâchons de ne pas ressembler à Wieland… et gardons-nous de sa délicate mobilité, par suite de laquelle la dernière chose qu’il lisait effaçait pour ainsi dire tout ce qui avait précédé ».

Boileau (1636-1711) plaçait en première ligne Homère ; puis venait Térence. Il donnait le pas aux anciens sur les modernes, à l’exception d’un seul auteur, Pascal, qu’il mettait à côté des plus grands. « Mon Père, disait Boileau au Père Bouhours, lisons les Lettres provinciales, et, croyez-moi, ne lisons pas d’autres livres. » Le jésuite Bouhours ne devait pas être tout à fait de l’avis de Boileau[247.2].

Malebranche (1638-1715), ayant lu par hasard le Traité de l’homme de Descartes, en fut vivement frappé, aussi vivement que La Fontaine des vers de Malherbe ; il abandonna toute autre étude pour la philosophie de Descartes, et consacra le reste de ses jours à la méta­physique[247.3].

[I.271.247]
  1.  Conversations recueillies par Eckermann, t. II. p. 329.  ↩
  2.  Je rappelle que les détails et les citations sans indications de sources proviennent de Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩
  3.  Notons que le célèbre philosophe oratorien n’avait, en revanche, aucun goût pour l’histoire et la tenait en très piètre estime. « … Presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes. Malebranche, à cet égard, avait raison de dire qu’il ne faisait pas plus de cas de l’histoire que des nouvelles de son quartier. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Ana, Anecdotes ; t. I, p. 97. Paris, édit. du Siècle, 1867.) Voltaire disait, lui (op. cit., art. Donation ; t. I, p. 306) : « L’histoire n’est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommodés du bien d’autrui ». Nous verrons plus loin (p. 263) Mme du Deffand nous dire que « tout ce qui est histoire d’une nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit ». « .… Si l’on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant votre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années ? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans ; la seule différence, c’est que ces derniers sont plus amusants. » (Madame, duchesse d’Orléans, princesse Palatine, lettre du 31 mars 1718, Correspondance, t. I, p. 389. trad. G. Brunet. Paris, Charpentier, 1869.) Le traducteur de cette correspondance ajoute en note à cet endroit : « L’idée que Madame indique ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l’abbé Lancelloti : Farfalloni degli antichi historici, Venetia, 1736 (1636). Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de l’histoire ancienne et profane, 2 vol. in-12. L’auteur a réuni, pour en montrer l’absurdité, toutes les fables, tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l’emploi du vinaigre dont Annibal fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu’avala Cléopâtre. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 189-213

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189 [213]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190 [214]. Source : Internet Archive.

1805) à sa Muse[189.1] (c’est-à-dire sans l’amour de l’étude et le culte des Lettres). Je l’ignore. Mais je frissonne en voyant ce que sont sans toi des centaines et des milliers d’hommes[189.2]. »

Dans ses derniers jours, Gœthe (1749-1832), « le grand critique de notre âge[189.3] », « ce roi de la cri­tique[189.4] », « le plus grand des critiques, celui de qui l’on peut dire qu’il n’est pas seulement la tradition, mais qu’il est toutes les traditions réunies[189.5], » parlant de la difficulté qu’il y a souvent à lire un ouvrage, plaisantait sur la présomption des personnes qui, sans études préparatoires, sans connaissances préalables, veulent lire tous les ouvrages de philosophie et de science, absolument comme s’il s’agissait d’un roman. « Les braves gens ne savent pas, disait-il, ce qu’il en coûte de temps et de peine pour apprendre à lire[189.6]. J’ai travaillé à cela quatre-vingts ans,

[I.213.189]
  1.  Schiller, Poésies : les Ex-Voto, ou les Tablettes votives (avec cette inscription préliminaire : « Ce que le Dieu m’a enseigné, ce qui m’a aidé à traverser la vie, je le suspends ici, reconnaissant et pieux, dans le sanctuaire »). Œuvres complètes de Schiller, trad. Ad. Regnier, t. I, pp. 342 et 344.  ↩
  2.  Cf. le mot de Confucius (551-479 av. J.-C.) : « Il n’est pas facile de trouver un homme qui ait étudié pendant trois ans sans devenir bon ». (Ap. Max Muller, Essai sur l’histoire des religions, trad. G. Harris, p. 425.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 174.  ↩
  4.  Id., op. cit., t. III, p. 42.  ↩
  5.  Id., op. cit., t. XV, p. 368.  ↩
  6.  « Quoiqu’il y ait beaucoup de livres, croyez-moi, peu de gens lisent ; et, parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. » (Voltaire, Lettre de M. Clocpitre à M. Eratou, Œuvres complètes, t. IV, p. 726.) « Il est très commun de lire, et très rare de lire avec fruit. » (Id., Commentaires sur Rodogune, Œuvres complètes, t. IV, p. 467.) « N’avez-vous pas remarqué cela depuis longtemps ? il y a peu de gens qui sachent lire. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 355.) « Le critique n’est qu’un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres. » (Id., Portraits littéraires, t. III, p. 546.) L’écrivain d’art Ernest Chesneau (1833-1890) a prétendu (la Chimère, p. 9) qu’ « on ne commence à savoir lire qu’après la sortie du collège » : ce qui donne tout à fait tort à cette excellente mère dont parle Tallemant des Réaux (1619-1692) (Historiettes, t. VI, p. 328), — la sienne, paraît-il, — qui s’étonnait que son fils achetât encore des livres et s’occupât de lire après avoir quitté les bancs universitaires : « N’avez-vous pas terminé vos études ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 170-194

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 170.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 170 [194]. Source : Internet Archive.

charment nos loisirs et qui nous procurent de vrais plaisirs[170.1]…. »

« L’amour des Lettres, écrit Duclos (1704-1772), dans ses Considérations sur les mœurs[170.2], rend assez insensible à la cupidité et à l’ambition, console de beaucoup de privations, et souvent empêche de les connaître ou de les sentir. Avec de telles dispositions, les gens d’esprit doivent, tout balancé, être encore meilleurs que les autres hommes. »

« Les Lettres sont un secours du ciel, atteste Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)[170.3]. Ce sont des rayons de cette sagesse qui gouverne l’univers, que l’homme, inspiré par un art céleste, a appris à fixer sur la terre. Semblables aux rayons du soleil, elles éclairent, elles réjouissent, elles échauffent ; c’est un feu divin…. Les sages qui ont écrit avant nous sont des voyageurs qui nous ont précédés dans les sentiers de l’infortune, qui nous tendent la main, et nous invitent à nous joindre à leur compagnie, lorsque tout nous abandonne. Un bon livre est un bon ami. »

« Je suis auprès de mes consolateurs, de vieux livres, une belle vue et de douces promenades. J’ai soin de mes deux santés. Je tâche de les faire mar-

[I.194.170]
  1.  Lettre du 25 novembre 1770. (Voltaire, op. cit., t. VII, p. 190.)  ↩
  2.  Chap. xi, Sur les gens de lettres, pp. 149-150. (Paris, Hiard, 1831.)  ↩
  3.  Paul et Virginie, pp. 93-94. (Paris, Didot, 1859. In-18.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 169-193

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 169.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 169 [193]. Source : Internet Archive.

des hommes de tous les temps aussi fous, aussi vains et aussi trompés dans leurs misérables conjectures que les hommes d’à présent : — ainsi, mon cher frère, le goût de la lecture une fois enraciné, chacun y trouve son compte ; mais les plus sages sont ceux qui lisent pour se corriger de leurs défauts, que les moralistes, les philosophes et les historiens leur présentent comme dans un miroir. »

« On ne saurait, certes, ajoute Sainte-Beuve, à qui j’emprunte cette citation[169.1], traiter un lieu commun avec plus de nouveauté et le relever avec plus d’esprit. »

« Une chose ne mérite d’être écrite, disait encore Frédéric[169.2], qu’autant qu’elle mérite d’être retenue. »

A Voltaire, Frédéric le Grand écrit : « Quand tous les autres plaisirs passent, celui-là (le plaisir de cultiver les Lettres) reste : c’est le fidèle compagnon de tous les âges et de toutes les fortunes[169.3] ». « … J’aime les Belles-Lettres à la folie ; ce sont elles seules qui

[I.193.169]
  1.  Causeries du lundi, t. XII, pp. 378-379.  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 158. C’est encore des Causeries du lundi (t. III, p. 186) que j’extrais l’anecdote suivante : « Au sortir de la guerre de Sept Ans, quand d’Alembert alla visiter Frédéric à Potsdam et qu’il lui parlait de sa gloire : « II m’a dit avec la plus grande simplicité, écrit d’Alembert, qu’il y avait furieusement à rabattre de cette gloire ; que le hasard y était presque tout, et qu’il aimerait bien mieux avoir fait Athalie que toute cette guerre. »  ↩
  3.  Lettre du 20 février 1767. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VII. p. 186.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 166-190

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 166.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 166 [190]. Source : Internet Archive.

et qui a trop peu vécu[166.1] », que Voltaire adresse ce salutaire avertissement. Vauvenargues (1715-1747), qui a si bien dit qu’ « on ne peut avoir l’âme grande ou l’esprit un peu pénétrant sans quelque passion pour les Lettres[166.2] », était d’ailleurs passionné pour l’étude et les livres, et voici l’enthousiaste et curieuse lettre qu’il écrivait, à vingt-cinq ans, le 22 mars 1740, à son cousin, le marquis de Mirabeau, l’Ami des hommes et le père du célèbre orateur : « C’est (les Vies de Plutarque) une lecture touchante ; j’en étais fou à son âge (l’âge du jeune chevalier de Mirabeau, frère du marquis ; il avait alors dix-huit ans et servait dans le même régiment que Vauvenargues, à Verdun-sur-Meuse) ; le génie et la vertu ne sont nulle part mieux peints…. Pour moi, je pleurais de joie, lorsque je lisais ces Vies ; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas et autres[166.3] ; j’allais dans la place de Rome, pour haranguer avec les Gracques, et pour défendre Caton, quand on lui jetait des pierres. Vous souvenez-vous que César voulant faire passer une loi trop à l’avantage du peuple, le même Caton voulut l’empêcher de la proposer, et lui mit la main sur la bouche, pour l’empêcher de parler ? Ces manières

[I.190.166]
  1.  Voltaire, Commentaires sur Corneille, Pompée (t. IV, p. 447).  ↩
  2.  Vauvenargues, Œuvres choisies, Réflexions et maximes, p. 276. (Paris, Didot, 1858. In-18.)  ↩
  3.  Cf. infra, p. 270, Alfieri lisant les Vies de Plutarque.  ↩

Le Livre, tome I, p. 165-189

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 165.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 165 [189]. Source : Internet Archive.

ont lus. Vous abandonnez votre âme à ceux qui sont payés pour lire la Bible[165.1].

« Plusieurs bons bourgeois, plusieurs grosses têtes, qui se croient de bonnes têtes, vous disent avec un air d’importance que les livres ne sont bons à rien. Mais, messieurs les Welches, savez-vous que l’ordonnance civile, le code militaire et l’Évangile sont des livres dont vous dépendez continuel­lement[165.2] ?

« Puissent les Belles-Lettres vous consoler ! Elles sont, en effet, le charme de la vie, quand on les cultive pour elles-mêmes, comme elles le méritent ; mais quand on s’en sert comme d’un organe de la renommée, elles se vengent bien de ce qu’on ne leur a pas offert un culte assez pur[165.3]. »

C’est à Vauvenargues, « homme trop peu connu

[I.189.165]
  1.  Dictionnaire philosophique, art. Livres (t. I, p. 512).  ↩
  2.  L’homme aux quarante écus, chap. x (t. VI, p. 244). Cf. Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) (Études de la nature, XIV, p. 539 ; Paris, Didot, 1868, in-18) : « Il me semble qu’il se prépare pour nous quelque révolution favorable. Si elle arrive, on en sera redevable aux lettres ; elles ne mènent aujourd’hui à rien ceux qui les cultivent parmi nous ; cependant elles régissent tout. Je ne parle pas de l’influence qu’elles ont par toute la terre, gouvernée par des livres. L’Asie est régie par les maximes de Confucius, les Koran, les Beth, les Védam, etc. » Cf. aussi vicomte de Bonald (1754-1840) (ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 431) : « Depuis l’Évangile jusqu’au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions ».  ↩
  3.  Lettre de décembre 1744. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VII, p. 651.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 164-188

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 164.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 164 [188]. Source : Internet Archive.

amies ; elles sont comme l’argent comptant, elles ne manquent jamais au besoin. »

Et au marquis de Villette[164.1] :

« Je vous invite plus que jamais à vous livrer à l’étude. L’homme studieux se revêt à la longue d’une considération personnelle que ne donnent ni les titres ni la fortune. Celui qui travaille n’a pas le temps de faire mal parler de soi. »

Sur l’influence de l’étude et la puissance des livres, Voltaire, dans son incomparable Correspondance, comme dans son Dictionnaire philosophique et ailleurs, ne tarit pas. « Songez que tout l’univers connu n’est gouverné que par des livres, excepté les nations sauvages. Toute l’Afrique, jusqu’à l’Éthiopie et la Nigritie, obéit au livre de l’Alcoran, après avoir fléchi sous le livre de l’Évangile. La Chine est régie par le livre moral de Confucius ; une grande partie de l’Inde, par le livre du Veidam. La Perse fut gouvernée pendant des siècles par les livres d’un des Zoroastres. Si vous avez un procès, votre bien, votre honneur, votre vie même dépend de l’interprétation d’un livre que vous ne lisez jamais…. Qui mène le genre humain dans les pays policés ? ceux qui savent lire et écrire. Vous ne connaissez ni Hippocrate, ni Boerhaave, ni Sydenham ; mais vous mettez votre corps entre les mains de ceux qui les

[I.188.164]
  1.  Lettre du 20 septembre 1767. (Voltaire, op. cit., t. VIII, p. 616.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 163-187

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 163.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 163 [187]. Source : Internet Archive.

passion éternelle ; toutes les autres nous quittent, à mesure que cette misérable machine qui nous les donne s’approche de sa ruine…. Il faut se faire un bonheur qui nous suive dans tous les âges : la vie est si courte que l’on doit compter pour rien une félicité qui ne dure pas autant que nous[163.1]. » « L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé, » nous dit encore Montes­quieu[163.2]. Et, dans ses admirables Pensées, il note avec mélancolie, mais non sans une communicative émotion et sans grandeur : « Mes lectures m’ont affaibli les yeux ; et il me semble que ce qu’il me reste encore de lumière n’est que l’aurore du jour où ils se fermeront pour jamais[163.3] ».

« Quelque chose qu’il arrive, aimez toujours les lettres, écrivait Voltaire au cardinal de Bernis[163.4]. J’ai soixante-dix ans, et j’éprouve que ce sont de bonnes

[I.187.163]
  1.  Montesquieu, Discours sur les motifs qui doivent nous encourager aux sciences. (Œuvres complètes, t. II, p. 402. Paris, Hachette, 1866.)  ↩
  2.  Pensées diverses, Portrait (t. II, pp. 419-420). Voir, comme correctif de cet aveu, supra, p. 2, n. 2.  ↩
  3.  Pensées diverses, Portrait (t. II, p. 424).  ↩
  4.  Lettre du 18 janvier 1764. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VIII, p. 332. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867-1870.) Presque à la même époque, le cardinal de Bernis, archevêque d’Albi (1715-1794), écrivait de son côté : « J’aime toujours les lettres : elles m’ont fait plus de bien que je ne leur ai fait d’honneur. » (Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VIII, p. 47.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 162-186

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 162.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 162 [186]. Source : Internet Archive.

Le marquis d’Argenson a eu pour fils le célèbre bibliophile de Paulmy (Antoine-René Voyer, marquis de Paulmy d’Argenson (1722-1787), « ce noble amateur de livres, dont aucun homme de lettres ne doit parler qu’avec estime et respect, » a dit Sainte-Beuve[162.1]. Sa bibliothèque, une des plus considérables et des plus riches qu’un particulier ait jamais formées, a été acquise, en 1785, par le comte d’Artois, et elle est devenue la Bibliothèque de l’Arsenal.

Dans Montesquieu (1689-1755) comme dans Voltaire (1694-1778), les belles et ingénieuses pensées abondent sur les livres ; ces deux grands esprits reviennent sans cesse sur les inappréciables avantages que nous procure l’amour de l’étude et des lettres.

« L’amour de l’étude est presque en nous la seule

[I.182.162]
  1.  Op. cit., t. XII, p. 152.  ↩

Le Livre, tome I, p. 160-184

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160 [184]. Source : Internet Archive.

Le fabuliste Lamotte-Houdard (1672-1731) nous dit[160.1] :

C’est par l’étude que nous sommes
Contemporains de tous les hommes
Et citoyens de tous les lieux….

De la marquise de Lambert (1647-1733), l’auteur des Avis d’une mère à son fils, Avis à ma fille, etc., cette noble pensée : « Faites que vos idées descendent dans votre conduite, et que tout le profit de vos lectures se tourne en vertus[160.2] ».

[I.184.160]
  1.  Ap. Voltaire, Conseils à un journaliste…. t. IV, p. 617 (édit. du journal le Siècle). Nous venons de voir (p. 159, n. 1) cette même sentence appliquée au chancelier Daguesseau, polyglotte.  ↩
  2.  Ap. Albert Collignon, la Vie littéraire, p. 206.  ↩

Le Livre, tome I, p. 144-168

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 144.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 144 [168]. Source : Internet Archive.

tère dans la maison du cardinal Mazarin… il a dû penser qu’il convenait à un roi tel que Louis XIV de porter au plus haut point l’établissement des bibliothèques publiques ; mais Mazarin en avait donné le premier exemple, et il méritera toujours, à ce titre, d’être considéré comme le Pollion de la France[144.1]. »

C’est au chancelier Séguier que le tout jeune roi Louis XIV demandait un jour en riant : « A quel prix, monsieur le chancelier, vendriez-vous la justice ? — Oh ! Sire, à aucun prix, répondait Séguier. Pour un beau livre, je ne dis pas !… » ajoutait-il en hochant la tête et d’un air mi-sérieux, mi-plaisant[144.2].

« A quoi cela vous sert-il de lire ? demandait plus tard Louis XIV au duc de Vivonne, qui était renommé pour sa belle mine et ses fraîches couleurs. — La lecture fait à l’esprit, Sire, ce que vos perdrix font à mes joues, » lui répliqua le duc[144.3].

[I.168.144]
  1.  Petit-Radel, op. cit., Bibliothèque Mazarine, p. 300.  ↩
  2.  Ap. Jules Janin, l’Amour des livres, p. 54. (Paris, Miard, 1866.)  ↩
  3.  Cf. Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xxvi. (Œuvres complètes, t. II, p. 446. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867-1870.)  ↩