Le Livre, tome III, p. 134-148

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

imprimés depuis l’origine de l’imprimerie (1450 environ) jusqu’en l’an 1500 inclusivement[134.1].

Les incunables ont pour principaux caractères distinctifs :

1º L’épaisseur, l’inégalité et la teinte jaunâtre du papier.

2º L’irrégularité et la grossièreté des caractères typographiques, très frappantes notamment dans les types romains sortis des presses italiennes ; mais ces défauts ne subsistèrent pas longtemps, et les caractères acquirent bientôt, comme nous venons de le dire, un degré de perfection qui n’a pas été surpassé.

[III.148.134]
  1.  Les incunables, aujourd’hui si prisés et si recherchés, n’ont été jadis que trop souvent méconnus, dédaignés et dilacérés. « Au xviie siècle encore, dit Vigneul-Marville, un bon bibliothécaire de la ville d’Orléans parcourait les boutiques [d’épicerie] pour sauver de la fatale balance ces prétendus fatras. Quant aux incunables de Saint-Nicolas-du-Port, il est avéré qu’il y a une cinquantaine d’années [vers 1810], à Nancy, une dame, voulant se procurer une robe, vendit aux brocanteurs un rayon de la bibliothèque de son mari, rayon composé en partie de plaquettes imprimées à Saint-Nicolas, de format in-16. Ces plaquettes ont été vues et touchées, mais leurs possesseurs ultérieurs sont restés ignorés. » (Edmond Werdet, Histoire du livre en France, t. IV, p. 184, n. 1.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 133-147

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.

Après quelques détails sur les premiers livres imprimés, les incunables, nous aborderons donc le côté pratique de notre sujet.

On appelle incunables (du latin incunabulum, berceau), ou encore, mais plus rarement, paléotypes (παλαιός, ancien, et τύπος, modèle, type), les livres

Le Livre, tome III, p. 132-146

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 132 [146]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 133 [147]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 134 [148]. Source : Internet Archive.

Mais, ailleurs, chez les lecteurs nouveaux que la vulgarisation du livre avait fait surgir, et qui s’étaient multipliés avec lui, il fallut, comme je l’ai dit, que, devenu chose du peuple, il se présentât dans un déshabillé plus populaire.

« Tout changea en lui. Dans l’intérieur des volumes, le papier de chiffon, depuis longtemps connu, mais presque toujours dédaigné, remplaça le parchemin, et, en revanche aussi, le parchemin, qui n’avait guère osé jusqu’alors se montrer que sur les cahiers et les livres d’écoliers, remplaça sur les couvertures le velours et la soie. »

Décrire les origines — origines si confuses et si obscures — de l’imprimerie, en retracer l’histoire, excéderait le cadre de notre travail, où nous avons surtout pour but d’examiner les résultats acquis, d’étudier l’œuvre effectuée, le Livre, dans ses principaux éléments, et de rechercher les meilleurs moyens de le mettre à profit et d’en jouir[132.1].

[III.146.132]
  1.  Pour l’étude des origines de l’imprimerie, nous indiquerons spécialement, outre le volume d’André Chevillier, que nous venons de mentionner, les ouvrages suivants : G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, tome I (le seul paru) ; Paris, Crapelet, 1837 ; in-8. (C’est un des livres les plus consciencieux, les plus soignés et les meilleurs qu’on ait publiés sur l’imprimerie : « cet ouvrage, que tout imprimeur doit étudier, fut malheureusement interrompu par la mort de l’auteur, typographe instruit et passionné pour son art, » dit Ambroise Firmin-Didot, dans son Essai sur la typographie, col. 740, note 3.) — Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques (Bibliothèque de poche) ; Paris, Delahays, 1857 ; in-16. (La première édition est de 1846.) — Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie (Extrait du tome XXVI de l’Encyclopédie moderne) ; Paris, Didot, 1851 ; in-8. — Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts et professions qui se rattachent à la typographie…, Paris, Delahays, s. d. [1851] ; in-8. — Auguste Bernard, De l’origine et des débuts de l’imprimerie en Europe ; Paris. Imprimerie impériale, et chez Jules Renouard et Cie, 1853 ; 2 vol. in-8. — Mlle Pellechet, Catalogue général des incunables des bibliothèques de France, tomes I et II ; Paris, Alphonse Picard, 1897 et suiv. ; « chef-d’œuvre de la nouvelle école bibliographique », a dit, en parlant de cet ouvrage, M. Léopold Delisle (Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale, Introduction, t. I, p. lxxvi). — A. Christian, directeur de l’Imprimerie nationale, Origines de l’imprimerie en France, Conférences faites les 25 juillet et 17 août 1900 ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 ; in-4. — Et surtout le grand et magistral ouvrage de M. Anatole Claudin, Histoire de l’imprimerie en France au xve et au xvie siècle ; Paris, Imprimerie nationale, 1900 et suiv. ; tomes I, II et III, in-4 (en cours de publication). — Le journal la Presse, du 25 février 1837, retrace en ces termes les diverses phases de l’imprimerie : « Durant le premier siècle qui en a suivi la découverte, l’imprimerie apparaît sous la forme d’un missel ; sous la forme d’un pamphlet, le siècle suivant ; plus tard, elle a été petit livre bien libertin, et in-folio bien lourd. Un journal, à cette heure, en est le symbole. » A la suite de cette citation, Crapelet (op. cit., p. 313, n. 1) ajoute : « Ne pourrait-on pas dire aussi, avec plus de justesse peut-être, que l’imprimerie a été religieuse à sa naissance ; religieuse et littéraire dans sa jeunesse ; littéraire et politique dans sa maturité et sa vieillesse ; et que, politique et industrielle maintenant, elle est parvenue à la décrépitude ?… »  ↩

Le Livre, tome III, p. 131-145

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 131.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 131 [145]. Source : Internet Archive.

Édouard Fournier (1819-1880) accompagne cette remarque des intéressants développements que voici :

« La découverte de l’imprimerie, qui popularisa le Livre, porta, par contre, un terrible coup à son luxe. Il lui fallut subir le sort de tout ce qui se démocratise ; il dut, pour pénétrer enfin chez le peuple, se faire plus humble d’apparence, plus simple d’habit. Chez les grands seigneurs et dans les abbayes, il ne changea rien d’abord, il est vrai, à sa magnificence extérieure. Ainsi Louis de Bruges, sire de la Gruthuyse [1422-1492], dont Louis XII acheta la bibliothèque, continua à faire revêtir ses volumes de velours uni ou ciselé et de diverses cou­leurs[131.1], par d’habiles ouvriers, dont Livin Stuart[131.2] semble avoir été le plus expert[131.3] ; ainsi l’abbé de Saint-Bavon, Livin Huguenois, célébré par Érasme, ne se départit pas non plus de la somptueuse habitude qu’il avait prise de ne posséder que des livres illustrés de peintures et habillés d’or et de soie, bysso auroque.

[III.145.131]
  1.  Cf. Van Praet, Recherches sur Louis de Bruges, p. 81. (Paris, 1831.)  ↩
  2.  Cf. Paulin Paris, Manuscrits français de la Bibliothèque impériale, t. I, pp. 59-65 ; t. II, pp. 314-323 ; et baron de Saint-Genois, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Gand, page 46.  ↩
  3.  « Son nom indique qu’il était d’Écosse, où l’on comptait alors, en effet, d’excellents relieurs. Les Anglais avaient aussi excellé dans la reliure au moyen âge. Parmi les dix relieurs de Paris qui figurent dans la taille de 1272, deux sont Anglais. » (Édouard Fournier, op. cit., ibid.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 130-144

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130 [144]. Source : Internet Archive.

premiers temps, on n’a fait mieux qu’en France. Le plus ancien historien de l’imprimerie parisienne, André Chevillier (1636-1700), invoquant l’autorité d’un écrivain d’outre-Rhin, le constate en ces termes : « Si les Allemands ont eu la gloire d’avoir inventé l’imprimerie et de l’avoir pratiquée les premiers, les Français ont eu celle de s’être distingués dans cet art, et de l’avoir porté jusqu’au point de sa dernière perfection. Un savant Allemand, Henry Meibomius [1555-1625], qui écrivit, l’année 1604, le Chronicon Riddaghusense, en tombe d’accord, quand il dit : « Quod scribendi genus ut Moguntiæ in Germania inventum, ita apud Italos excultum, et in Galliis demum perfectum est ». Ce sont les Français qui ont fait les plus beaux ouvrages de l’imprimerie[130.1]. »

Une autre particularité à noter, c’est que l’invention de l’imprimerie, en même temps qu’elle donnait au Livre, dont elle abaissait considérablement le prix de revient et par suite le prix de vente, une soudaine et très grande extension, en amoindrissait aussi les mérites artistiques et la somptuosité. C’est, du reste, une règle générale et infaillible : ce qu’on gagne en quantité on le perd en qualité. Dans son bon petit ouvrage sur l’Art de la reliure en France[130.2],

[III.144.130]
  1.  André Chevillier, l’Origine de l’imprimerie de Paris, page 58.  ↩
  2.  Pages 41-43.  ↩

Le Livre, tome III, p. 129-143

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

le tout et de tirer sur papier une épreuve de la composition ainsi obtenue, le Livre était parfait. Tout au plus pouvait-on entrevoir, dans un temps prochain, quelques modifications de détail ; l’imprimerie était mûre, mûre en naissant[129.1]. »

Et l’on peut dire encore que nulle part, dans ces

[III.143.129]
  1.  Henri Bouchot, le Livre, l’Illustration, la Reliure, p. 10. Ailleurs, dans son ouvrage sur la Lithographie, pages 249 et 276, le même écrivain généralise en ces termes la remarque ci-dessus : « C’est une loi des arts graphiques de naître à peu près parfaits ; la typographie, la gravure en taille-douce, la taille sur bois, n’ont bénéficié que de petits progrès de détail ; leur principe demeure invariable…. Malgré les transformations apportées par les presses à vapeur, les artistes [imprimeurs lithographes] s’en tiennent encore au vieil instrument [la presse à moulinet], comme on en est resté, pour l’impression des livres de bibliophiles, aux outils de Gutenberg, tout primitifs et tout simples. » De même, la peinture à l’huile : « En vérité, comme l’a dit Fromentin [Eugène Fromentin : 1820-1876], il semble que, sous le pinceau de cet homme [Jean Van Eyck : 1390-1441], l’art de peindre ait dit son dernier mot, et cela dès sa première heure. » (A.-J. Wauters, la Peinture flamande, p. 55.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 128-142

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.

poussée…. On peut dire que, dès l’instant où Gutenberg eut l’idée de séparer les caractères, de les placer dans la forme en alignant des mots, d’encrer

Le Livre, tome III, p. 127-141

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.

mûr en naissant qui accompagnait, au xvie siècle, les portraits de Gaston de Foix, et formait la légende d’un emblème : une plante aussitôt mûre que

Le Livre, tome III, p. 126-140

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.

atteignit, dès l’origine et presque d’emblée, un degré de perfection qu’elle n’a depuis jamais dépassé. « Le Livre mériterait la devise Nascendo maturus,

Le Livre, tome III, p. 125-139

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 125 [139]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 126 [140]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 127 [141]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 128 [142]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 129 [143]. Source : Internet Archive.

III. L’Impression

L’imprimerie « mûre en naissant » ; sa glorification. — Incunables : leurs caractères distinctifs. Création ou apparition des lettres j et v, des points sur les i, des virgules et autres signes de ponctuation. — Marques des anciens imprimeurs. — « Ménagez vos yeux » : pas de livres imprimés en caractères trop fins. — Le point typographique. Œil d’une lettre ; corps ; hauteur en papier ; talus ; approche ; queue ; pleins ; déliés ; obit ou apex, empattement ; espaces ; cadrats ; cadratins ; demi-cadratins ; garnitures ou lingots, etc. — Anciens noms des caractères d’imprimerie avec leur force de corps. — Caractères : romain (romain Didot, Raçon, Plon, Grasset, etc. ; caractères distinctifs de l’Imprimerie nationale) ; elzevier, italique. — Caractères de fantaisie : allongée, alsacienne, antique, classique, égyptienne, italienne, latine, normande, etc. — Casse. — Police des lettres. — Encre d’imprimerie. — Empreintes. Clichage et stéréotypie. Procédé anastatique. — Machine à composer : linotype, électrotypographe, etc. — Avilissement de la librairie. — La correction typographique. — Plus de correcteurs. — Aucun livre sans faute. — Millésime. — Foliotage. — Aberrations typographiques. Modern style. — Index alphabétique. Table des matières. — Rapports de la typographie avec les facultés visuelles : pas de caractères inférieurs au « huit » ; pas de lignes trop longues ; interlignage. Encore une fois : « Gare à vos yeux ! »

L’imprimerie, cette invention qui, selon le mot de Louis XII, « semble estre plus divine que humaine[125.1] »,

[III.139.125]
  1.  Déclaration du 9 avril 1513. Cf. G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 28, qui constate encore (p. 2) que « l’art typographique…, cette admirable invention était regardée comme l’œuvre de la divinité même, » et (p. ij) que, « dès ses premières œuvres, l’imprimerie fut divinisée ». « Typographia, Deorum manus et munus, imo ipsa, cum mortuos in vitam revocet, omnino diva est. » (Casp. Klock, De Ærario, I, xix, 43, ap. G.-A. Crapelet, op. cit., p. ij, n. 1.) « Dès 1460, dit M. Gustave Mouravit (le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 160, n. 1), Jean Temporarius écrivait de sa main, sur un exemplaire du De Officiis de Fust et Schoeffer (Metz, 1456) : « Typographia donum Dei præstantissimum. » Le Bulletin du bibliophile (9e série, p. 237) a reproduit tout entière cette note fort curieuse. On peut en rapprocher ces vers de Claude-Louis Thiboust, le poète typographe du xviiie siècle :
    •  Hæc ars fata domat, mentes hæc luce serenat,
      Doctorum hæc merito gloria et orbis amor ;

     distique qui a été ainsi traduit par Charles Thiboust, fils de Claude-Louis :

    •  Cet art ingénieux sait braver le destin ;
      Par son secours l’esprit en devient plus divin ;
      Il conduit les savants au Temple de Mémoire ;
      Il fait de l’univers et l’amour et la gloire.

     (Typographiæ excellentia, pp. 20 et 21 ; Paris, 1734, in-8.) Voir aussi l’éloge de l’imprimerie, « invention divine », ap. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 568, 569, 570, 571, 602, 634, 750, 827, 879, 888, 904. Joachim du Bellay (1524-1560) appelait « excellemment » l’imprimerie « sœur des Muses » et aussi dixième Muse ». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XIII, p. 308.) Étienne Pasquier (1529-1615), dans ses Recherches de la France (chap. xx et lxvi ; t. I, p. 136, et t. II, p. 205 ; Paris, Didot, 1849), fait également grand éloge de l’imprimerie, « qui baille vie aux bonnes lettres ». Louis XIV déclare, dans un édit de 1649, « l’imprimerie le plus beau et le plus utile de tous les arts ». (Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 827.) En tête de son Manuel typographique (t. I, p. iv). Fournier le Jeune a inscrit — et modifié comme il suit — les vers bien connus de la Pharsale de Brébeuf :

    •  C’est de Dieu que nous vient cet art ingénieux
      De peindre la parole et de parler aux yeux.

     Plus loin (t. I, p. vij), il dit que l’imprimerie est « regardée à juste titre comme un présent du ciel ». Et Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, livre V, chap. ii ; t. I, p. 216 ; Paris, Hachette, 1860) : « L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution-mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement…. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; » etc. (Cf. notre tome I, p. 109, où, après cette déclaration de Victor Hugo, se trouve une importante remarque de Michelet.) « Dans les divers pays où l’imprimerie est introduite, on peut juger, dès son origine, de l’état de la civilisation de chacun d’eux par la nature des ouvrages qu’elle publie, et l’histoire de l’esprit humain est inscrite tout entière dans ta bibliographie. » (Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 736.) De nombreux poèmes ont été consacrés à la glorification de l’imprimerie. Nous citions, il y a un instant, le poème latin de Claude-Louis Thiboust (1667-1737), Typographiæ excellentia, qui a été composé et imprimé par lui en 1718, et dont les trois courtes sections ont respectivement pour titre : Liquator (le Fondeur), Compositor (le Compositeur), Typographus (l’Imprimeur) ; il donne une idée exacte de ce que l’imprimerie était alors. On trouvera ces vers (moins le distique que nous avons reproduit tout à l’heure, et qui termine ce petit poème) dans l’Essai sur la typographie d’Ambroise Firmin-Didot (col. 899 et s.), avec la traduction qu’en a faite, et publiée en 1754, le fils de l’auteur, Charles Thiboust. Dans ce même ouvrage (col. 846), on trouvera aussi un fragment d’une Épitre sur le progrès de l’imprimerie, par Didot fils aîné [Pierre Didot], publiée en 1784, et qu’il a « adressée à son père ». Rappelons qu’Ernest Legouvé (1807-1903), le fils du chantre du Mérite des Femmes, a débuté par une pièce de vers sur l’Invention de l’imprimerie, qui obtint le prix de poésie à l’Académie française en 1829 (cf. Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, t. I, p. 62) ; et qu’à cette même date, Hégésippe Moreau (1810-1838), futur typographe, composa une épître Sur l’imprimerie, dédiée à M. Firmin-Didot. Il est même probable que cette épitre fut, sinon présentée, du moins originairement destinée au susdit concours académique, où, parmi les concurrents, figurèrent : L. Pelletier, dont le poème (bien mauvais, mais accompagné de notes intéressantes), parut en 1832, sous le titre la Typographie (cf. p. 200) ; « Bignan, le lauréat perpétuel de l’Académie française ; Mme Tastu, presque célèbre ; Saintine, qui avait résumé le sujet par cette heureuse comparaison :

    •  Voilà donc le levier
      Qu’Archimède implorait pour soulever le monde ! »

     (René Vallery-Radot, Œuvres complètes de Hégésippe Moreau, Introduction, t. I, pp. 24-25.) Citons encore le drame en cinq actes et en vers d’Édouard Fournier (1819-1880), Gutenberg, représenté à l’Odéon, le 8 avril 1869. En opposition et comme contre-partie, signalons la célèbre tirade de Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs (Œuvres complètes, t. I, p. 18 ; Paris, Hachette, 1862) : « Le paganisme, livré à tous les égarements de la raison humaine, a-t-il laissé à la postérité rien qu’on puisse comparer aux monuments honteux que lui a préparés l’imprimerie, sous le règne de l’Évangile ? Les écrits impies des Leucippe et des Diagoras sont péris avec eux ; on n’avait point encore inventé l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain ; mais, grâce aux caractères typographiques…. A considérer les désordres affreux que l’imprimerie a déjà causée en Europe, à juger de l’avenir par le progrès que le mal fait d’un jour à l’autre, on peut prévoir aisément que les souverains ne tarderont pas à se donner autant de soins pour bannir cet art terrible de leurs États, qu’ils en ont pris pour l’y introduire…. » La prévision ou prédiction ne s’est guère réalisée ; on pourrait même presque dire que c’est l’inverse qui s’est produit, que c’est l’imprimerie, « cet art terrible », qui a « banni », ou est en train de bannir, les souverains de leurs États, et d’implanter partout la démocratie. Citons encore, dans le même ordre d’idées, le mot du comte de Salaberry (1766-1847), député de Loir-et-Cher sous la Restauration, et si fameux alors par son esprit rétrograde, son royalisme exalté et son intolérance : « L’imprimerie est la seule plaie dont Moïse ait oublié de frapper l’Égypte ». (Cf. Charles de Rémusat, Correspondance, t. I, p. 375, note ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 124-138

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 124.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 124 [138]. Source : Internet Archive.

mode. Ils présentent, en outre, ainsi que tous les volumes de formats anormaux et baroques, — format carré (lourd et disgracieux par essence même, l’élégance n’appartenant qu’aux formes élancées, plus hautes que larges), format triangulaire (on a été jusqu’à fabriquer des livres en triangle !), etc., — le grave inconvénient de ne pouvoir se caser facilement sur les tablettes des bibliothèques ; ils jurent avec les autres volumes, les dépassent en hauteur ou en longueur ; on ne sait où fourrer ces petits monstres[214.1].

Une curieuse particularité nous a été signalée par plusieurs libraires : les volumes de grand format, lourds à la main (in-8 et au-dessus), se vendent mieux en été, parce que beaucoup de personnes ont l’habitude de lire au lit, et, durant la chaude saison, peuvent mettre bras et épaules hors des couvertures sans se refroidir.

[III.138.124]
  1.  Les libraires ne savent non plus comment les placer et les aligner dans leurs étalages. « Ils gênent, me disait l’un d’eux, tous les autres volumes : aussi je n’expose jamais les livres de format non régulier ; je les laisse dans un coin pour les retourner à l’éditeur en temps voulu. »  ↩

Le Livre, tome III, p. 123-137

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 123.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 123 [137]. Source : Internet Archive.

« L’in-18, d’usage fréquent, est surtout le format des romans.

« La double couronne en in-16 remplace le jésus en in-18 ; la grandeur du volume est la même, et l’impression des quarts, demis et trois quarts [de feuille] se fait sans perte de papier[123.1]. »

A la suite de ces divers formats, il convient de mentionner le format fantaisiste oblong (plus large que haut)[123.2], employé surtout pour les albums de dessin. Les livres qui ont reçu cette forme insolite ne se tiennent pas aisément ouverts à la main, à moins d’être repliés plat contre plat, d’où un grand risque de leur casser le dos, et ne peuvent guère être lus que sur une table, ce qui, comme nous l’avons vu, est, pour nombre de lecteur, très incom-

[III.137.123]
  1.  Émile Leclerc, op. cit., p. 288. — Nous avons déjà noté (p. 93) que certains in-12, in-16 et in-18 ont les mêmes dimensions, et peuvent être considérés comme « synonymes ». Inutile de faire observer que, dans les deux citations précédentes de MM. Gustave Mouravit et Émile Leclerc, les formats mentionnés manquent de précision, qu’il eût été bon de dire de quel in-4, de quel in-8, in-12, in-16, etc., il s’agit, puisqu’un in-4 peut être plus petit qu’un in-8 (in-4 écu < in-8 colombier), un in-8 plus petit qu’un in-12, etc. (voir supra, pp. 92-93, et le tableau de la page 94). Mais, encore une fois, l’usage est fréquent de désigner les formats par le nombre seul des plis de la feuille, sans faire connaître les dimensions de cette feuille, la sorte de papier employée : jésus, raisin, colombier, etc., et de ne donner ainsi de ces formats qu’une idée approximative.  ↩
  2.  Le format oblong, format d’album, est aussi désigné sous le nom de format à l’italienne. (Cf. Émile Javal, le Mécanisme de l’écriture : Revue scientifique, 21 mai 1881, p. 652.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 122-136

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 122.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 122 [136]. Source : Internet Archive.

affiches, les placards, les textes destinés à accompagner les planches, les tables chronologiques, les tableaux synoptiques, les imprimés administratifs et autres ouvrages du même genre….

« L’in-folio est réservé pour les impressions de luxe, pour les ouvrages de recherches, que l’on consulte parfois, mais dont on ne se sert pas habituellement.

« L’in-4, très usité autrefois, s’emploie pour les dictionnaires, mémoires, rapports, ouvrages scientifiques et ceux qui contiennent des tableaux ou des opérations exigeant une grande justification.

« L’in-8 joint l’élégance à la beauté ; l’usage en est fort commode, et il figure agréablement dans une bibliothèque. C’est le format préféré des lecteurs en général et des bibliophiles en particu­lier[122.1]. Il convient à toutes sortes d’ouvrages ; il tient le milieu, pour les dimensions et pour les caractères, entre tous les autres formats ; c’est le type le plus répandu.

« L’in-12 est généralement adopté pour les classiques, les romans et autres ouvrages usuels, qui en rendent l’emploi assez commun….

« L’in-16 s’emploie pour les livres d’instruction et de récréation.

[III.136.122]
  1.  Cf. supra, pp. 113 et suiv., les appréciations que nous avons citées à propos de l’in-8, et les motifs qui nous font préférer l’in-18.  ↩

Le Livre, tome III, p. 121-135

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 121.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 121 [135]. Source : Internet Archive.

avoir toujours dans sa poche, afin de les consulter ou de les relire à volonté, tels que certains manuels, guides, indicateurs, etc., ou des chefs-d’œuvre comme les Fables de La Fontaine, les Odes d’Horace, les Satires de Regnier, le Théâtre de Molière ou de Racine, etc.

A ce propos, le sagace bibliographe Mouravit fait, d’après Bollioud-Mermet, dit-il[121.1], la remarque suivante sur le choix des formats et leur parfaite convenance, leur mise en harmonie avec l’ouvrage que le volume renferme : « Les recherches savantes de l’érudition se trouvent à l’aise dans l’in-folio ; la pensée du philosophe, le récit de l’historien, demandent la majestueuse gravité de l’in-quarto ou de l’in-octavo ; le poète, les esprits humoristes, se plaisent dans le charmant in-douze, l’in-dix-huit si coquet, le gracieux in-trente-deux ; un livre de prédilection empruntera les sveltes proportions de ces minces formats[121.2] ».

M. Émile Leclerc résume ainsi, de son côté, l’emploi des formats :

« L’in-plano n’est guère employé que pour les

[III.135.121]
  1.  Cf. Bollioud-Mermet, De la bibliomanie, pp. 48-49. Cette référence est indiquée par M. Gustave Mouravit ; mais il est à noter que le texte de l’opuscule de Bollioud-Mermet, en cet endroit ou ailleurs, ne se rapproche que bien vaguement de la remarque et des excellentes considérations sur le choix et la convenance des formats, formulées par l’auteur du Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur ↩
  2.  Gustave Mouravit, op. cit., pp. 196-197.  ↩

Le Livre, tome III, p. 120-134

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 120.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 120 [134]. Source : Internet Archive.

termes vulgaires, sont moins longs que la main, ils sont trop peu pratiques, offrent de trop nombreux inconvénients, pour être recommandés.

D’abord l’impression y est très souvent et presque forcément microscopique ; ou bien, si elle est de grosseur moyenne et convenable, le lecteur n’est occupé qu’à tourner les pages. En outre, par suite de cette courte justification, de l’étroitesse des lignes, les règles typographiques y sont fatalement encore et fréquemment enfreintes. Ainsi on est obligé de couper, presque à tout bout de ligne, les mots où il ne faudrait pas, avant une syllabe muette, par exemple : fabri-que, entrepren-dre, notoi-re, etc. ; la place manque pour procéder régulièrement. Ensuite ces petits volumes s’accommodent mal de la reliure : les pages n’ayant pas assez de marge intérieure, de fond, ni assez de jeu, ni assez de poids, ils s’ouvrent mal, quand ils sont reliés : on ne peut quasi plus s’en servir. Les travailleurs, qui, — au risque de scandaliser et d’indigner MM. les bibliophiles et bibliotaphes, — ont parfois besoin d’inscrire quelque annotation sur les marges de leurs livres, ne peuvent le faire avec ces « éditions dia­mant[120.1] » : ici encore, la place manque. Elles n’ont leur utilité que pour les ouvrages qu’on désire emporter avec soi, les vade-mecum qu’on tient à

[III.134.120]
  1.  Ainsi nommées par analogie avec le caractère minuscule dit diamant ou sanspareille. Cf. infra, p. 166, et supra, p. 64.  ↩

Le Livre, tome III, p. 119-133

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 119.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 119 [133]. Source : Internet Archive.

l’in-18, de dimensions moindres que l’in-8, coûte moins cher de reliure ; il se met plus commodément dans la poche ; etc.

Il va sans dire que certains ouvrages d’étendue considérable, comme les encyclopédies et dictionnaires ; d’autres, moins développés que ceux-ci, mais ayant néanmoins des dimensions qui obligeraient à les composer en trop menus caractères, ou à les sectionner en deux volumes, ce qu’on tient parfois expressément à éviter ; d’autres encore, accompagnés d’illustrations ou de planches, de tableaux synoptiques, etc., exigent un format plus grand que l’in-18.

Il va de soi également que nous ne répudions pas les formats qui se rapprochent de très près du format Charpentier, celui, par exemple, de l’ancienne petite collection Lefèvre (0,105 × 0,166), et de l’ancienne « Librairie nouvelle » de Bourdilliat (mêmes dimensions), de la « Nouvelle Bibliothèque classique » de Jouaust (0,113 × 0,18), etc.[119.1].

Quant aux in-32 jésus (0,88 × 0,138), aux in-36, etc., à tous ces volumes qui, d’une façon générale et en

[III.133.119]
  1.  Eugène Mouton, dans l’Art d’écrire un livre (p. 336), préconise aussi le format in-18 ou les formats qui se rapprochent de celui-là : « Les proportions esthétiques pour un livre sont 2 × 3, c’est-à-dire largeur égale aux deux tiers de la hauteur. (Protat.) Les formats moyens, in-12, in-16, in-18, et c’est là leur grand mérite, s’ajustent à tous les genres, parce qu’ils sont légers, faciles à feuilleter, et que la justification en est assez abondante pour qu’on n’y ait pas à tourner la page trop souvent. »  ↩

Le Livre, tome III, p. 118-132

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 118.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 118 [132]. Source : Internet Archive.

cimonieusement mesurée : l’in-18 est moins encombrant que l’in-8, et, sous un format plus restreint, contient ou peut contenir autant de matière. Il n’y a souvent que les marges qui diffèrent. Cela est si vrai que plusieurs éditeurs, après avoir fait paraître un ouvrage en in-8, le publient en in-18 sans changer la justification, c’est-à-dire la « longueur des lignes[118.1] », et en se servant de la même composition. Exemple : la maison Calmann Lévy pour nombre de ses volumes : Correspondance de Mérimée, comédies de Dumas fils, d’Émile Augier, etc., œuvres diverses du duc de Broglie, du comte d’Haussonville, etc. Ces volumes sont mis en vente d’abord en in-8 à 7 fr. 50 ; puis, lorsque cette vente est épuisée, les clichés provenant des emprein­tes[118.2] de ces mêmes volumes in-8 servent à tirer les in-18, cotés 3 fr. 50. Ce système a le triple avantage de contraindre les personnes pressées de lire un de ces volumes à le payer 7 fr. 50 au lieu de 3 fr. 50, d’augmenter de cette différence les bénéfices de l’éditeur, et aussi de permettre aux amateurs de grands papiers de satisfaire leur goût.

D’autres motifs militent encore en faveur du format in-18 et le font de plus en plus préférer à l’in-8[118.3] ;

[III.132.118]
  1.  Littré, op. cit.  ↩
  2.  Sur ces termes, voir infra, pp. 185 et suiv.  ↩
  3.  Nous rappelons ce que nous avons dit, Page 93, que nous entendons toujours par in-18 l’in-18 jésus (0,117 × 0,183), et par in-8 l’in-8 cavalier (0,155 × 0,23).  ↩

Le Livre, tome III, p. 117-131

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 117.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 117 [131]. Source : Internet Archive.

petit format[117.1]. L’in-18, moins grand que l’in-8, pèse moins que lui, avec un nombre de pages égal et de même pâte de papier, et, par conséquent, fatigue moins la main[117.2].

Considérons, en outre, que nos appartements modernes, dans les grandes villes, à Paris principalement, sont exigus, et que la place nous y est par-

[III.131.117]
  1.  « … Ceci nous amène à donner la préférence aux petits volumes, qu’on peut tenir à la main…. » (Émile Javal, op. cit., p. 187.)  ↩
  2.  Afin de lire plus à l’aise les ouvrages de grand format, certains lecteurs n’hésitent pas à les découdre et à les lire ainsi cahier par cahier. Au lieu de faire relier leurs périodiques, — presque toujours de format in-4 ou au-dessus — et d’avoir à consulter et à manier de lourds et énormes volumes, ces mêmes lecteurs renferment respectivement par années, par semestres ou trimestres, les fascicules de ces publications sous une couverture de carton, avec titre au dos, et imitant la reliure. Bien entendu, ce moyen ne peut être employé que pour une bibliothèque privée ; dans un établissement public, ces fascicules, non cousus ensemble, risqueraient trop de s’égarer. Nous avons vu, dans notre tome II, page 182, le critique Jules Levallois se déclarer, lui aussi, ennemi du grand format » (cf. l’Année d’un ermite, le Calendrier des livres, p. 33), et il n’est guère de liseurs et de travailleurs qui ne partagent et ne proclament cette très légitime antipathie. M. Gustave Mouravit, d’autre part, constate que Napoléon avait « une prédilection marquée pour les petits formats, plus maniables, plus facilement transportables, plus aisément compagnons d’une existence mouvementée et dispersée…. Quand il projeta de former une bibliothèque modèle, pour ses campagnes militaires, il prescrivit, sans hésitation, de sacrifier les marges des volumes au besoin de posséder une collection nombreuse et selon ses vues, mais aussi peu envahissante que possible. » (Napoléon bibliophile, pp. 50-51 ; Paris, Blaizot, 1905.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 116-130

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 116.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 116 [130]. Source : Internet Archive.

myopes, parfois même longtemps avant la vieillesse. Il leur faut tenir à la main, à proximité de leurs yeux, le volume qu’ils lisent ; si, au lieu de le tenir, ils le posent devant eux sur une table, cela les contraint à pencher la tête, souvent très bas, selon leur degré de myopie : d’où une congestion plus ou moins rapide[116.1]. C’est donc d’ordinaire et presque forcément livre en main qu’ils lisent. D’une façon générale, on pourrait dire, presque poser en principe, — quoique les livres d’autrefois, les livres des Bénédictins, par exemple, fussent, pour la plupart, des in-folio ou des in-4, — que les volumes qu’on ne peut tenir commodément d’une main, les volumes de grand format, ne sont jamais lus ; ils ne sont bons qu’à être feuilletés et consultés. Aujourd’hui les lecteurs, myopes ou non, veulent leurs aises ; ils demandent, ils exigent, que toute gêne et toute fatigue leur soient épargnées. Il est donc indispensable que les livres destinés à être lus, à être relus et savourés, soient légers aux doigts, soient faciles à maintenir près des yeux. Le docteur Émile Javal, le célèbre ophtalmologiste, dont la compétence, dans les questions typographiques, est universellement connue, n’hésite pas à recommander les livres de

[III.130.116]
  1.  De même, pour bien lire à haute voix, sans fatigue, il faut approcher le livre de ses yeux, et non se pencher sur lui, ce qui gêne certains muscles pectoraux et entrave la respiration : cf. Ernest Legouvé, la Lecture en action, p. 34.  ↩

Le Livre, tome III, p. 115-129

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 115.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 115 [129]. Source : Internet Archive.

seule raison que l’un est in-18 et l’autre in-folio : si tous deux étaient in-8, on les placerait l’un à côté de l’autre ; la classification ne serait pas plus interrompue dans nos bibliothèques que dans nos catalogues les mieux faits, et ces bibliothèques procureraient le coup d’œil le plus agréable. Cependant, » ajoute Peignot, — et voilà déjà les objections et restrictions qui surgissent. — « les ouvrages de pur agrément, tels que romans, poésies, etc., semblent exiger un format plus portatif que l’in-8, ou du moins il serait quelquefois plus commode de les avoir in-18 : réservons donc ce dernier format pour la classe des romans seulement… »[115.1].

Ludovic Lalanne[115.2] patronne également le format in-8, « auquel on revient toujours », déclare-t-il.

Le format employé et vulgarisé, à partir de 1858, par l’éditeur Gervais Charpentier, et connu sous le nom de format Charpen­tier[115.3] — c’est un in-18 jésus ayant pour dimensions 0,117 × 0,183 — est actuellement le plus répandu, pour les ouvrages de littérature du moins, et il nous paraît tout à fait digne de sa vogue, il mérite toutes nos préférences.

En voici les motifs.

Le malheur veut que la plupart des liseurs assidus, des plus constants amis des livres, deviennent

[III.129.115]
  1.  Gabriel Peignot, Manuel bibliographique, p. 62.  ↩
  2.  Op. cit., p. 294.  ↩
  3.  Cf. Edmond Werdet, De la librairie française, p. 177.  ↩

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