Le Livre, tome I, p. 087-111

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 87 [111]. Source : Internet Archive.

Le théologien grec et patriarche de Constantinople Photius (815-891), dont l’ambition provoqua le schisme qui sépare l’Église grecque de l’Église romaine, était aussi un très fervent amateur de livres. Il possédait une riche bibliothèque, dont il avait dressé lui-même un catalogue contenant non seulement des analyses détaillées, mais des extraits de ses livres, catalogue d’autant plus précieux pour nous, que beaucoup de ces ouvrages, près de cinq cents, ont disparu, et ne nous sont aujourd’hui connus que par les appréciations et les citations de Photius[087.1].

Le savant moine d’Aurillac Gerbert, qui devint pape, en 999, sous le nom de Sylvestre II, avait réussi, à force de peines et de soins, à se former une nombreuse bibliothèque. Dans sa correspondance, depuis son avènement à la papauté, il est sans cesse question de livres et des sommes d’argent qu’il destine à rechercher et acquérir des manuscrits dans toute l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, et aussi des copies à faire et des corrections de textes à effectuer[087.2].

« Deux obstacles principaux empêchaient, à cette époque, au xe siècle, constate très justement Petit-Radel[087.3], les livres de devenir communs et d’accélé-

[I.111.087]
  1.  Egger, op. cit., pp. 270-271.  ↩
  2.  Lalanne, op. cit., p. 155 ; Petit-Radel, op. cit., p. 82.  ↩
  3.  Op. cit., p. 105.  ↩

Le Livre, tome I, p. 088-112

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88 [112]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89 [113]. Source : Internet Archive.

rer les progrès de l’instruction générale. Le premier dérivait des langues savantes, dont la connaissance était rare ailleurs que dans les cloîtres, et qui tombaient en désuétude encore par la concurrence et l’usage naissant de notre langue vulgaire. L’autre était le prix excessif des manuscrits qui se trouvaient par hasard mis en vente.

« Quel homme, en effet, ne jouissant que d’une fortune médiocre, aurait pu penser alors à se former une bibliothèque nombreuse, lorsqu’il était si peu commun de savoir écrire, et qu’un seul manuscrit des Homélies d’Aimon d’Halberstadt fut acheté au xe siècle, ou plutôt échangé, par une comtesse d’Anjou, contre deux cents brebis, trois muids de grain et nombre de peaux de martre ?

« La cherté des livres en fit naître le commerce au xie siècle ; c’est l’époque à laquelle on peut juger qu’il commença en France à s’en former des magasins[088.1]. Un procès que Pierre de Blois fut obligé d’in-

[I.112.088]
  1.  Sur le « Prix des livres dans l’antiquité et au moyen âge », voir, dans les Curiosités bibliographiques de Ludovic Lalanne, pp. 130-138, un chapitre consacré à cette question. On y lit, entre autres exemples intéressants, qu’en 1394 Louis d’Orléans acheta un bréviaire en un seul volume, moyennant 40 écus d’or ; qu’un autre bréviaire à l’usage de Paris, en deux grands volumes couverts de cuir blanc, fut acheté par le même prince, en 1397, pour 200 francs d’or…. Au milieu du xve siècle, le cardinal Jacques Piccolomini ayant prié le Florentin Donat Acciaioli de lui acheter un Josèphe, Acciaioli n’osa faire l’acquisition de cet ouvrage à cause de son prix élevé ; mais il offrit au cardinal trois volumes de Plutarque pour 80 écus d’or, et les Épîtres de Sénèque pour 16. On trouve, au livre V des Épîtres d’Antoine Panormita ou de Palerme (1394-1471), une lettre adressée par ce savant au roi de Naples Alphonse V (….-1458), qui prouve bien tout l’amour et le culte qu’Antoine Panormita — un des plus célèbres littérateurs de son temps — avait voués aux livres : « Vous m’avez fait savoir dernièrement de Florence qu’il y avait à vendre, pour 120 écus d’or, les œuvres de Tite-Live, en beaux caractères. Je supplie donc Votre Majesté d’acheter en mon nom et de me faire envoyer cet historien que nous avons coutume d’appeler le roi des livres. Pendant ce temps, je me procurerai l’argent nécessaire pour rembourser le prix de l’ouvrage. Mais je désire bien savoir de vous qui a le mieux agi de Pogge ou de moi. Celui-ci, pour acheter une villa à Florence, a vendu un Tite-Live qu’il avait magnifiquement transcrit de sa main, et moi, j’ai mis en vente une terre pour acheter Tite-Live…. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 089-113

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89 [113]. Source : Internet Archive.

tenter contre un libraire de Paris nous en instruit, et nous apprenons, de la lettre écrite à un abbé de Beaugency, qu’il fut vendu à Caen une bibliothèque entière vers l’an 1170. »

Saint Louis (1226-1270) s’appliqua, comme Charlemagne, à fonder des écoles et à accroître le nombre des livres. Il avait même conçu l’idée de réunir, en un lieu accessible à tous, des copies des divers manuscrits existant en France, et ce projet de bibliothèque publique, dont la mise à exécution fut seulement tentée, et qui eût exercé une si grande influence sur les progrès de la civilisation, il l’avait emprunté aux Orientaux.

« Ayant entendu parler, lorsqu’il était encore dans les pays d’outre-mer, — raconte son aumônier et

Le Livre, tome I, p. 090-114

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [114]. Source : Internet Archive.

confesseur Geoffroi de Beaulieu[090.1], — d’un grand soudan des Sarrasins, qui faisait soigneusement rechercher, transcrire à ses frais, et placer dans une bibliothèque les livres de toute espèce pouvant être utiles aux savants de son pays, et qui les mettait à leur disposition toutes les fois qu’ils en avaient besoin, le pieux roi résolut de faire copier à ses frais, dès qu’il serait de retour en France, tous les livres utiles et authentiques des saintes Écritures qu’il pourrait trouver dans les différentes abbayes, afin que lui et ceux de ses sujets qui étaient lettrés et religieux pussent y étudier, pour leur utilité particulière et pour l’édification de leur prochain. Ce qu’il avait résolu, il l’exécuta quand il fut de retour. Il fit, en effet, préparer un local convenable et sûr, à Paris, dans le trésor de sa chapelle, et y réunit de nombreux textes de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Grégoire et des autres docteurs orthodoxes. Il allait y étudier lui-même, quand il en avait le temps, et accordait volontiers aux autres la permission d’y étudier avec lui. Il aimait mieux faire copier les livres que de les acheter, parce que, disait-il, il augmentait ainsi le nombre des exemplaires des saintes Écritures, et les rendait plus utiles…. Quand il étudiait dans ses livres, et que quelques-uns de ses serviteurs qui n’étaient point lettrés se trouvaient présents, il leur traduisait

[I.114.090]
  1.  Ap. Lalanne, op. cit., pp. 160-161.  ↩

Le Livre, tome I, p. 091-115

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 90 [115]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92 [116]. Source : Internet Archive.

du latin en français les passages qu’ils ne comprenaient pas. »

Malheureusement, cet essai de bibliothèque publique n’eut pas de suite : « par une étrange aberration, le saint roi détruisit lui-même l’avenir que se pouvait promettre une si sage institution, en dispersant ses livres et en les distribuant par testament entre divers monastères[091.1] ».

Saint Louis n’aimait pas à lire ni à entendre lire en mangeant ou au sortir de table[091.2]. « Il n’est si bon livre, disait-il à ses chapelains, qui vaille après manger une causerie[091.3]. »

[I.115.091]
  1.  Géraud, op. cit., p. 228.  ↩
  2.  « …. Il (saint Louis) avoit la bible glosée, et originaux de saint Augustin et d’autres sainz, et autres livres de la sainte escripture, esquex il lisoit et fesoit lire moult de foiz devant lui el tens dentre disner et heure de dormir, cest a savoir, quant il dormoit de jour ; mès pou li advenoit que il dormist a tele heure…. Chascun jour… il sen raloit en sa chambre ; et adoncques estoit alumee une chandelle de certaine longueur, cest a savoir de trois piez ou environ ; et endementieres que ele duroit, il lisoit en la bible ou en un autre saint livre ; et quant la chandele estoit vers la fin, un de ses chapelains estoit apelé, et lors il disoit complie avecques lui. » (Vie de saint Louis, par le Confesseur de la reine Marguerite, dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 79. Paris, Imprimerie royale, 1840.)  ↩
  3.  Cité par Ph. de Grandlieu (Léon Lavedan) dans le Figaro du 26 août 1879, p. 1, col. 2. Je n’ai pu trouver la source originale de ce mot. — Je rejette en note, et dans les termes mêmes où je les trouve, les menus propos suivants, dont le contrôle ne m’a pas été non plus possible et qui peuvent être sujets à caution : « Un des courtisans du roi Alphonse V dit le Sage s’avisa de soutenir en sa présence qu’il avait lu dans l’histoire qu’un certain roi d’Espagne disait que « la science ne convient nullement aux gens distingués par leur rang ou par leurs richesses. — Vous vous trompez, répondit Alphonse, ce n’est pas un roi qui l’a dit : c’est un bœuf ou un âne. » (Jean Darche, Essai sur la lecture, p. 30.) S’agit-il ici d’Alphonse V le Magnanime, appelé aussi le Sage (cf. Larousse, Petit Dictionnaire complet illustré, 134e édit., p. 862 ; ni le Grand Dictionnaire de Larousse, ni Michaud, ni Hœfer, etc., ne mentionnent ce surnom de « le Sage » appliqué à ce souverain), roi d’Aragon, de Naples et de Sicile (….-1458), dont il a été question tout à l’heure (p.  89, note) ; ou bien d’Alphonse X (et non V), également surnommé le Sage, (et Sabio, le Savant), roi de Castille et de Léon (1226-1284), à qui l’on attribue cet aveu, dépouillé de modestie, mais rempli d’excellentes intentions : « Si le Père éternel avait daigné me consulter quand il a créé le monde, je lui aurais certainement donné quelques bons conseils, et, à nous deux, nous aurions fait mieux que ce qu’il a fait tout seul » ? (Cf. Michaud, Biographie universelle ; Hœfer, Nouvelle Biographie ; etc.) Un autre Alphonse, roi d’Aragon (sans autre indication), « disait qu’entre toutes les choses que les hommes recherchent pendant leur vie, il n’y a rien de meilleur que d’avoir « de vieux bois pour brûler, de vieux vin pour boire, de vieux amis pour la société (pour causer), et de vieux livres pour lire. » (Un Libraire [P. Chaillot jeune), Manuel du libraire, du bibliothécaire…, p. 155.) Walter Scott (l’Antiquaire, chap. vi, p. 40 ; trad. Albert Montémont) attribue ce mot « au roi Alphonse de Castille », sans préciser non plus davantage, et comme s’il n’y avait eu qu’un seul roi de Castille du nom d’Alphonse. Selon M. Fertiault (les Amoureux du livre, p. 171), cette sentence, apologie du vieux bois, du vieux vin, des vieux amis et des vieux livres, émane d’ « Alphonse le Sage, roi d’Aragon ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 092-116

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 92 [116]. Source : Internet Archive.

Dans un célèbre poème de cette même époque, du xiiie siècle, le Roman de Renart, je recueille ces deux vers[092.1], flétrissure infligée à tous les ignorants et à tous les ennemis du livre :

[I.116.092]
  1.  Vers 39-40.  ↩

Le Livre, tome I, p. 093-117

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 93 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94 [118]. Source : Internet Archive.

A desenor muert à bon droit
Qui n’aime livre ne ne croit.

« Celui-là meurt à bon droit déshonoré, qui n’aime livre ni ne croit. »

Durant la première moitié du xive siècle, fut composé un opuscule latin Philobiblion, Tractatus pulcherrimus de amore librorum[093.1], tout entier consacré à la louange du livre, et qu’on peut considérer comme le plus ancien ouvrage de bibliophilie que nous ait légué le moyen âge[093.2] Ce petit livre est d’une importance capitale dans le sujet qui nous occupe. L’auteur, Richard de Bury (1287-1345), avait été successivement évêque de Durham, grand chancelier et trésorier d’Angleterre, et il fut le fondateur de la bibliothèque d’Oxford, la seconde des bibliothèques ouvertes au public, la première étant, comme nous l’avons vu, celle du Vatican[093.3]. C’est peu de temps avant sa mort, survenue le 14 avril 1345, que Richard de Bury termina son Philobiblion, dont plusieurs copies ne tardèrent pas à se répandre, et qui fut imprimé pour la première fois en 1473[093.4]. « Les livres, écrit le judicieux évêque[093.5], ce sont des

[I.117.093]
  1.  Hippolyte Cocheris en a donné une excellente édition avec traduction (Paris, Aug. Aubry, 1856. In-16).  ↩
  2.  Cf. Lalanne, op. cit., p. 186.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 80.  ↩
  4.  Cf. Cocheris, op. cit., Introduction, pp. xv et xxii ↩
  5.  Philobiblion, chap. i, pp. 16-17 et 207 : « Hi sunt magistri, qui nos instruunt sine virgis et ferula, sine verbis et cholera, sine pannis et pecunia. Si accedis, non dormiunt ; si inquirens interrogas, non se abscondunt ; non remurmurant, si oberres ; cachinnos nesciunt, si ignores. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 094-118

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 94 [118]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95 [119]. Source : Internet Archive.

maîtres qui nous instruisent sans verges et sans férule, sans cris et sans colère, sans costume (d’apparat) et sans argent. Si on les approche, on ne les trouve point endormis ; si on les interroge, ils ne dissimulent point leurs idées ; si l’on se trompe, ils ne murmurent pas ; si l’on commet une bévue, ils ne connaissent point la moquerie. » Et il continue : « O livres, qui possédez seuls la liberté, qui seuls en faites jouir les autres, qui donnez à tous ceux qui vous demandent, et qui affranchissez tous ceux qui vous ont voué un culte fidèle, que de milliers de choses ne recommandez-vous pas allégoriquement aux savants, par le moyen de l’Écriture, inspirée d’une grâce céleste[094.1] ! »

[I.118.094]
  1.  A cet endroit (page 17), Cocheris reproduit en note une « litanie bibliographique » latine, composée, ajoute-t-il, « dans le même esprit que tout ce qui précède. Elle a été publiée par Chasseneux, dans son Catalogus Gloriæ mundi, 1639, in-folio (p. 586, part. 12, Consid. 73) ; par Selden, dans son ouvrage sur l’usage et l’abus des livres (Amsterdam, 1688, petit in-8, p. 48) ; et par M. G. D., dans le Bulletin du bibliophile (année 1839, p. 547 et suiv.), qui l’a fait suivre d’une traduction à laquelle je renvoie les lecteurs. » Peignot, dans son Manuel du bibliophile (Discours préliminaire, t. I, p. xxxv, note 1), a aussi reproduit cette litanie, mais sa version diffère très sensiblement de celle de Cocheris ; il l’emprunte au Polyhistor de Morhof, livre I, chap. iii, — dont la première édition (1688-1692) est postérieure de près d’un demi-siècle à celle de l’ouvrage de Chasseneux mentionné plus haut, — et il l’attribue à Lucas de Penne, sans nous dire quel est ce personnage, dont le nom ne figure ni dans la Biographie universelle de Michaud, ni dans celle du Dr Hœfer, ni dans celle de Rabbe, ni dans le Dictionnaire de la Conversation, ni dans Larousse, ni dans la Grande Encyclopédie. Pour abréger, je n’insérerai ici qu’une des versions de cette « litanie bibliographique », la version donnée par Peignot, qui est moins longue et plus simple que l’autre :

     « Liber est lumen cordis, speculum corporis, virtutum magister, vitiorum depulsor, corona prudentium, comes itineris, domesticus amicus, congerro jacentis, collega et consiliarius præsidentis, myrothecium eloquentiæ, hortus plenus fructibus, pratum floribus distinctum, memoriæ penus, vita recordationis ; vocatus properat, jussus festinat, semper præsto est, nunquam non morigerus, rogatus confestim respondet, arcana revelat, obscura illustrat, ambigua certiorat, perplexa resolvit ; contra adversam fortunam defensor, secundæ moderator, opes adauget, jacturam propulsat…. »

     (Traduction : Le livre est la lumière du cœur, le miroir du corps ; il enseigne les vertus, il chasse les vices ; il est la couronne des prudents, le compagnon de voyage, l’ami domestique, la société du malade, le collègue et le conseiller de celui qui gouverne, le coffre à parfums de l’éloquence, le jardin plein de fruits, le pré orné de fleurs, le réservoir de la mémoire, la vie du souvenir ; appelé, il arrive ; commandé, il accourt ; toujours il est prêt, jamais il ne manque de complaisance ; interrogé, il répond aussitôt ; il révèle ce qui est caché, éclaire ce qui est obscur, rend certain ce qui est embrouillé ; il protège contre la mauvaise fortune, modère la prospérité, accroît les richesses, repousse la dépense….)  ↩

Le Livre, tome I, p. 095-119

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 95 [119]. Source : Internet Archive.

S’autorisant de Salomon, Richard de Bury nous exhorte « à acheter les livres de bon cœur et à ne les vendre qu’avec répugnance[095.1] », et il nous recommande instamment de les manier toujours avec respect et de les conserver avec soin.

[I.119.095]
  1.  Op. cit., chap. iii, p. 28.  ↩

Le Livre, tome I, p. 096-120

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 96.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 96 [120]. Source : Internet Archive.

« … Nous obéissons à l’obligation d’une sainte piété, si nous les manions délicatement, ou si, en les remettant à leurs places réservées, nous les maintenons dans une conservation parfaite, de façon qu’ils se réjouissent de leur pureté, tant qu’ils sont entre nos mains, et qu’ils reposent à l’abri de toute crainte, lorsqu’ils sont placés dans leurs demeures. Certainement, après les saints vêtements et les calices consacrés au corps de Notre-Seigneur, ce sont les livres sacrés qui sont dignes d’être touchés le plus honnêtement par les clercs, car ils leur font injure toutes les fois qu’ils osent les prendre avec des mains sales. Aussi nous pensons qu’il est avantageux d’entretenir les étudiants sur les diverses négligences qu’ils pourraient toujours facilement éviter, et qui nuisent considérablement aux livres[096.1]. » Et il conseille à « la gent écolière » d’ouvrir et de fermer sans les brusquer, « avec une sage mesure », les volumes qui lui sont confiés, et de ne pas manquer, la lecture terminée, « de remettre le fermoir », car il convient, ajoute-t-il ingénument, « de conserver avec plus de soin un livre qu’un soulier[096.2] ».

Sur Paris et les ressources intellectuelles qui s’y trouvent, Richard de Bury ne tarit pas d’éloges et entonne un véritable dithyrambe : « Quel torrent de

[I.120.096]
  1.  Op. cit., chap. xvii, pp. 143-144.  ↩
  2.  Ibid.  ↩

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