Tome IHistoriqueI. L’amour des livres et de la lecture › IV. De l’avènement de Louis XIV jusqu’au XIXᵉ siècle

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Le Livre, tome I, p. 152-176

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 152.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 152 [176]. Source : Internet Archive.

personnifiées, et voici en quels termes il parlait des savants et des ignorants, l’ingénieuse et très exacte comparaison qu’il établissait entre eux :

« Je compare l’ignorant et le savant à deux hommes placés au milieu d’une campagne unie, dont l’un est assis contre terre et l’autre est debout. Celui qui est assis ne voit que ce qui est autour de lui, jusqu’à une très petite distance. Celui qui est debout voit un peu au delà. Mais ce peu qu’il voit au delà a si peu de proportion avec le reste de la vaste étendue de cette campagne, et bien moins encore avec le reste de la terre, qu’il ne peut entrer en aucune comparaison et ne peut être compté que comme pour rien[152.1]. »

Si, à l’étranger comme en France, en dehors des érudits ou des simples liseurs, Huet est généralement peu connu, il n’en est pas de même, paraît-il, dans ce coin de Normandie dont il a occupé le siège épiscopal ; à Avranches et aux alentours, il a encore du renom ; « il en a, assure Sainte-Beuve[152.2], jusque parmi le peuple, parmi les paysans ; son souvenir a fait dicton et proverbe. Quand un homme a l’air tout absorbé, tout rêveur, et qu’il n’est pas à son affaire, son voisin, qui le rencontre, lui dit : « Qu’as-tu donc ? t’es tout évêque d’Avranches ce matin ». D’où vient ce mot ? J’ai entendu proposer

[I.176.152]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. II, p. 171.  ↩
  2.  Op. cit., t. II, p. 164.  ↩

Le Livre, tome I, p. 153-177

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 153.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 153 [177]. Source : Internet Archive.

plus d’une explication ; voici la mienne. On sait que, lorsque Huet fut nommé à l’évêché d’Avranches, et pendant les huit ou neuf années qu’il remplit les fonctions épiscopales, si peu d’accord avec son amour opiniâtre pour l’étude, il passait bien des heures dans son cabinet, et, quand on venait le demander pour affaire, on répondait : Monseigneur étudie, ce qui faisait dire aux gens d’Avranches, pleins, d’ailleurs, de respect pour lui : « Nous prierons le roi de nous donner un évêque qui ait fini ses études ». C’est cette idée de savant toujours absorbé et rêveur, tel qu’on se le figure communément, qui se sera répandue dans le peuple et qui aura donné lieu à ce dicton : T’es tout évêque d’Avranches. »

En mourant, à plus de quatre-vingt-dix ans, Huet, — de qui Sainte-Beuve a si justement dit[153.1] : « Ceux qui aiment surtout les Lettres ne doivent jamais parler de Huet qu’avec un respect mêlé d’affection », — légua son immense bibliothèque, ses plus chères délices, aux Jésuites de la rue Saint-Antoine, chez qui il avait achevé de vieillir et s’était éteint. Son intention était que sa bibliothèque ne fût point dispersée : c’était le but et la condition de son legs aux Jésuites. Après leur suppression (1762-1764), « le legs fut déclaré nul juridiquement, et la bibliothèque fit retour aux héritiers du prélat, par un arrêt

[I.177.153]
  1.  Op. cit., t. II, p. 181.  ↩

Le Livre, tome I, p. 154-178

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 154.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 154 [178]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155 [179]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156 [180]. Source : Internet Archive.

du Conseil de juillet 1763. Elle a passé depuis en masse dans la Bibliothèque du Roi[154.1]. »

La Bruyère (1646-1696) a tracé un célèbre portrait de bibliomane, qui ne lit jamais, — qui, par conséquent, n’a rien de commun avec les amis des livres et des Lettres, — qui ne s’occupe que de faire luxueusement relier ses volumes, et dont la bibliothèque n’est qu’une tannerie[154.2] :

« Je vais trouver cet homme, qui me reçoit dans une maison où, dès l’escalier, je tombe en faiblesse d’une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. Il a beau me crier aux oreilles, pour me ranimer, qu’ils sont dorés sur tranche, ornés de filets d’or, et de la bonne édition ; me nommer les meilleurs l’un après l’autre, dire que sa galerie est remplie, à quelques endroits près qui sont peints de manière qu’on les prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes, et que l’œil s’y trompe ; ajouter qu’il ne lit jamais, qu’il ne met pas le pied dans cette galerie, qu’il y viendra pour me faire plaisir ; je le remercie de sa complaisance, et ne veux, non plus que lui, voir sa tannerie, qu’il appelle biblio­thèque[154.3]. »

[I.178.154]
  1.  Sainte-Beuve, op. cit., t. II, p. 168, n. 1.  ↩
  2.  Ce maniaque « était un financier du nom de Morel, dont le descendant, M. Morel de Vindé, fut aussi bibliophile, mais avec une ardeur plus intelligente. » (Édouard Fournier, l’Art de la reliure en France, p. 206.)  ↩
  3.  La Bruyère, Caractères, De la mode, p. 349. (Paris, Dezobry, 1849.) Ce vigoureux burin n’a pas manqué de mettre aux champs plus d’un bibliographe. L’un d’eux, L. Derome, a riposté de cette sorte : « … On n’a rien écrit à cet égard de plus brutal et de plus grossier que ces paroles de La Bruyère : « Je vais, dit-il, trouver cet homme, — le bibliophile, — qui me reçoit dans une maison où, dès l’escalier, » etc. (Encore une fois rappelons bien qu’il ne s’agit pas d’un bibliophile, d’un ami des livres, mais d’un maniaque, qui ne lit jamais.) « La Bruyère, continue rageusement L. Derome, était un parasite, habitué à vivre dans la domesticité des grands ; il leur rendait en dédain et en mauvais propos l’hospitalité qu’ils lui accordaient. Campé derrière Sénèque et Diogène, sur les hauteurs de la philosophie stoïcienne, il faisait profession de médire de beaucoup de choses qui lui manquaient. D’abord des femmes, parce qu’il avait une figure de soldat, selon l’expression d’un auteur contemporain, et n’avait point le don de leur être agréable ; du pouvoir, qui n’était point à sa portée ; des richesses, qui lui faisaient aussi défaut ; de la noblesse, parce qu’il n’avait pas de naissance ; du luxe des vêtements, parce que le prince de Conti lui laissait porter des habits râpés ; des palais et de ce qu’ils contiennent, y compris les livres, n’ayant de quoi loger ni des livres, ni un mobilier, ni sa personne. C’est l’éternelle fable du renard et des raisins qui sont trop verts. Vivant d’ailleurs dans les coulisses du grand théâtre de la cour, il n’avait qu’à se pencher pour voir défiler une à une les vanités du xviie siècle, et il était merveilleusement doué pour en saisir à première vue les côtés grotesques. Aucun détail de mœurs ne lui échappe : son œil pénétrant ne laisse passer aucune misère sans la noter d’un mot qui est un stigmate. Dans le musée qu’il nomme Caractères, la vérité coule à flots pressés ; mais regardez à celui qui la dit, et mesurez, si vous pouvez, l’amertume de son fiel ; nulle part l’éloge ne tempère l’animosité chagrine ; la religion elle-même n’est qu’un sauf-conduit qui sert d’enseigne à son humeur, et l’austérité un manteau qui le défend. II parle des livres du ton d’un homme en colère ; on dirait qu’ils l’ont mordu à la jambe. Ce n’est pas à eux qu’il en veut, mais à ceux qui les possèdent, qui les couvrent de leurs armoiries. Or, ce ne sont pas des manants. Ce sont les grands du royaume, les hommes d’État, les gens d’Église, l’aristocratie mondaine et lettrée, quiconque a, en France, une place considérable au soleil. Le coup de poing du sombre janséniste tombe sur eux comme une lettre de cachet. Leur effarement est inutile et leurs menaces vaines ; le roi n’entend pas qu’on touche à ce bouledogue ; il lui accorde la protection dont jadis il a honoré Molière. » (L. Derome, le Luxe des livres, pp. 29-32.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 155-179

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 155 [179]. Source : Internet Archive.

Il est de La Bruyère encore ce principe tant de fois cité : « Quand une lecture vous élève l’esprit,

Le Livre, tome I, p. 156-180

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 156 [180]. Source : Internet Archive.

et quelle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l’ouvrage, il est bon, et fait de main d’ouvrier[156.1] ».

Fénelon (1651-1715), si épris de l’antiquité et si nourri de la lecture des anciens, fait dire à Télémaque : « Pour mieux supporter l’ennui de la captivité et de la solitude, je cherchai des livres…. Heureux, disais-je, ceux qui… se divertissent en s’instruisant, et qui se plaisent à cultiver leur esprit par les sciences ! En quelque endroit que la fortune ennemie les jette, ils portent toujours avec eux de quoi s’entretenir ; et l’ennui, qui dévore les autres hommes, au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s’occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire, et qui ne sont point, comme moi, privés de la lecture[156.2] ! »

[I.180.156]
  1.  La Bruyère, op. cit., Des ouvrages de l’esprit, p. 19.  ↩
  2.  Télémaque, livre II, p. 28. (Paris, Dezobry, s. d.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 157-181

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 157.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 157 [181]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 158.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 158 [182]. Source : Internet Archive.

Boileau (I636-1711), ce

Studieux amateur et de Perse et d’Horace[157.1],

qui nous parle avec tant de grâce de ses lectures et de ses promenades à la campagne, dans ce vallon de Haute-Isle où son neveu le greffier possédait « une petite sei­gneurie[157.2] », Boileau, ce grand honnête homme et ce parfait homme de lettres, qu’il était de mode naguère de brocarder et de ridiculiser, s’est, en certaine occurrence où les livres sont en cause, noblement et princièrement comporté. Son ami Patru, l’érudit et galant avocat, étant devenu vieux et infirme, allait voir sa bibliothèque tomber entre les griffes d’un créancier, quand, « généreux comme un souverain, et devançant Colbert, » Boileau la lui acheta, en exigeant qu’il en gardât la jouissance[157.3].

Un autre ami de Boileau, Trousset de Valincour (1653-1730), à qui il dédia sa satire XI, Sur l’honneur, ayant perdu sa bibliothèque, détruite par un incendie[157.4], répondit à ses amis qui le plaignaient ces

[I.181.157]
  1.  Épître X. (Boileau, Œuvres complètes, t. I, p. 180. Paris, Hachette, 1867.)  ↩
    •  Ici, dans un vallon bornant tous mes désirs,
      J’achète à peu de frais de solides plaisirs.
      Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies,
      J’occupe ma raison d’utiles rêveries ;
      Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construi,
      Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui…

     (Épître VI ; t. I, p. 161.)  ↩

  2.  Cf. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. V, p. 291.  ↩
  3.  En 1725 (ou 1726 ?). C’est dans cet incendie, paraît-il, que périrent les manuscrits où Racine et Boileau, en leur qualité d’historiographes du roi, avaient retracé les campagnes de Louis XIV. (Cf. Lanson, Histoire de la littérature française, p. 534, n. 2.) « On eut la bonté de croire que des ouvrages importants, que l’académicien [Valincour] tenait en réserve, et notamment son Histoire de Louis XIV, avaient péri dans cet accident. Ce fut une excellente excuse pour l’humeur paresseuse de Valincour. » (Michaud, Biographie universelle, art. Valincour.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 158-182

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 158.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 158 [182]. Source : Internet Archive.

belles et stoïques paroles : « Je n’aurais guère profité de mes livres, si je n’avais appris d’eux à m’en passer[158.1] ».

Le chancelier Daguesseau (1668-1751), autre ami de Boileau et autre passionné des lettres, des sciences et des livres, a laissé, dans ses Instructions adressées à son fils sur les études propres à former un magistrat, plus d’un utile conseil sur l’ « Étude de l’histoire », sur « Ce qu’il faut lire », l’ « Ordre dans lequel il faut lire l’histoire », et aussi sur la « Manière de faire des extraits ou des collections », l’ « Étude des Belles-Lettres », etc.[158.2]. « Tout se réduit, disait-il, ou à lire ce que les autres ont écrit, ou à écrire des choses dignes d’être lues : Aut scripta legere, aut scribere legenda[158.3] ». « Il arrive souvent, observe-t-il encore[158.4], que la plupart des lectures de la jeunesse, quoique faites avec goût et avec application, sont presque inu-

[I.182.158]
  1.  Cf. Charles Nodier, Mélanges tirés d’une petite bibliothèque, Préface, p. iii ↩
  2.  Voir Daguesseau, Œuvres choisies. (Paris, Didot, 1871.)  ↩
  3.  Op. cit., p. 293.  ↩
  4.  Op. cit., p. 263.  ↩

Le Livre, tome I, p. 159-183

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 159.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 159 [183]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160 [184]. Source : Internet Archive.

tiles, ou ne sont pas du moins aussi utiles qu’elles le devraient être, parce que, faule de notions suffisantes, on ignore ce qu’il faut remarquer, et qu’on ne sent pas la conséquence d’une partie des choses qu’on lit. » De là, la nécessité de relire tous ces chefs-d’œuvre qu’on n’a fait qu’entrevoir, ou plutôt que méconnaître, durant les années scolaires.

C’est Daguesseau qui, lisant je ne sais quel poème grec avec le savant Boivin, eut ce mot charmant, pour exprimer le plaisir qu’il éprouvait : « Hâtons-nous ! Si nous allions mourir avant d’avoir achevé[159.1] ! »

[I.183.159]
  1.  Thomas, Éloge de Daguesseau, ap. Daguesseau, Œuvres complètes, t. I, p. xcii, notes (Paris, Fantin, 1819). Je trouve dans les mêmes notes (pp. xci et suiv.) les renseignements suivants relatifs au chancelier Daguesseau : « Il savait la langue française par principes, le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe et d’autres langues orientales, l’italien, l’espagnol, l’anglais et le portugais. On pouvait dire de lui qu’il était contemporain de tous les âges, et citoyen de tous les lieux ; il n’était étranger dans aucun pays ni dans aucun siècle…. Il avait une mémoire prodigieuse ; il lui suffisait, pour retenir, d’avoir lu une seule fois avec application. Il n’avait point appris autrement les poètes grecs, dont il récitait souvent des vers et des morceaux entiers. A l’âge de quatre-vingt-un ans, un homme de lettres ayant cité peu exactement devant lui une épigramme de Martial, il lui en récita les propres termes, en avouant qu’il n’avait pas vu cet auteur depuis l’âge de douze ans. II retenait quelquefois ce qu’il avait seulement entendu lire. Boileau lui ayant un jour récité une de ses pièces qu’il venait de composer, M. Daguesseau lui dit tranquillement qu’il la connaissait, et sur-le-champ la lui répéta tout entière. Le satirique, comme on s’en doute bien, commença par entrer en fureur, et finit par admirer…. M. Daguesseau ne connut jamais les plaisirs et ce qu’on appelle amusements ; son principe était qu’il n’est permis de se délasser qu’en changeant d’occupations. Il ne faisait aucun voyage, même à Versailles, sans lire ou se faire lire en chemin quelque ouvrage…. Il ne demanda, ne désira jamais aucune charge ; les honneurs vinrent le chercher. Au commencement de la Régence, lorsqu’il n’était encore que procureur général, il refusa de faire des démarches pour son élévation, quoiqu’il fût presque assuré du succès : « A Dieu ne plaise, dit-il, que j’occupe jamais la place d’un homme vivant ! » « Il n’aspirait qu’à être utile ; et, pendant soixante ans passés dans les premières charges de l’État, il n’eut pas même la pensée qu’il pouvait s’enrichir ; il aurait cru que c’était vendre ses services…. Il n’a laissé d’autres fruits de ses épargnes que sa bibliothèque, encore n’y mettait-il qu’une certaine somme par an. Son esprit, solide dans tous les goûts, n’aimait que les livres utiles ; il méprisait ceux qui n’étaient que rares…. M. Daguesseau mourut le 9 février 1751. Il porta, même au delà du tombeau, l’horreur du luxe, et la simplicité qui fît son caractère. Il voulut que ses cendres fussent mêlées et confondues parmi celles des pauvres, dans le cimetière de la paroisse d’Auteuil, où son épouse était enterrée. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 160-184

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 160 [184]. Source : Internet Archive.

Le fabuliste Lamotte-Houdard (1672-1731) nous dit[160.1] :

C’est par l’étude que nous sommes
Contemporains de tous les hommes
Et citoyens de tous les lieux….

De la marquise de Lambert (1647-1733), l’auteur des Avis d’une mère à son fils, Avis à ma fille, etc., cette noble pensée : « Faites que vos idées descendent dans votre conduite, et que tout le profit de vos lectures se tourne en vertus[160.2] ».

[I.184.160]
  1.  Ap. Voltaire, Conseils à un journaliste…. t. IV, p. 617 (édit. du journal le Siècle). Nous venons de voir (p. 159, n. 1) cette même sentence appliquée au chancelier Daguesseau, polyglotte.  ↩
  2.  Ap. Albert Collignon, la Vie littéraire, p. 206.  ↩

Le Livre, tome I, p. 161-185

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 161.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 161 [185]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 162.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 162 [186]. Source : Internet Archive.

A propos du duc de Bourgogne, Saint-Simon (1675-1755) adresse au duc de Beauvilliers, gouverneur du jeune prince, les considérations suivantes : « Il est un temps qui doit être principalement consacré à l’instruction particulière des livres, et ce temps ne doit pas être borné à l’âge qui affranchit du joug des précepteurs et des maîtres ; il doit s’étendre des années entières plus loin, afin d’apprendre à user des études qu’on a faites, à s’instruire par soi-même, à digérer avec loisir les nourritures qu’on a prises, à se rendre capable de sérieux et de travail, à se former l’esprit au goût du bon et du solide, à s’en faire un rempart contre l’attrait des plaisirs et l’habitude de la dissipation, qui ne frappent jamais avec tant de force que dans les premières années de la liberté[161.1] ».

Le marquis René-Louis d’Argenson (1694-1757), ministre sous Louis XV et auteur de curieux Mémoires, qu’on appelait si injustement et sottement d’Argenson la Bête, disait que « les jeunes gens surtout devraient se mettre en tête cette maxime véritable, que plus on lit, plus on a d’esprit[161.2] ». Quant à lui, il ne se lassait pas de lire Don Quichotte : « J’aimais Don Quichotte à le relire vingt fois dans ma vie[161.3] ».

[I.185.161]
  1.  Saint-Simon, Mémoires, t. V, p. 198. (Paris, Hachette, 1865. 13 vol. in-16.)  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 134.  ↩
  3.  Ap. Id., op. cit., t. XII, p. 150. Dans cette même Causerie du lundi (p. 133), Sainte-Beuve nous décrit en ces termes le « cabinet-sopha » que l’original et ingénieux marquis avait imaginé de se faire construire tout exprès pour lire et travailler plus à son aise : « Comme il avait observé que l’esprit quelquefois se dissipe, et, pour ainsi dire, s’extravase dans un lieu trop vaste, et que « pour étudier, pour lire, méditer, écrire, les petits endroits ont beaucoup d’avantages sur les plus grands, » il avait imaginé et s’était fait faire une sorte de cabinet-sopha ou de cage allant sur roulettes, assez pareille à une maison de berger, où il n’y avait place que pour une personne, où l’on ne pouvait se tenir debout, où l’on était assis très à l’aise, à l’abri de tous vents coulis, et où il suffisait d’une bougie pour échauffer le dedans. »  ↩

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