Le Livre, tome I, p. 186-210

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 186.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 186 [210]. Source : Internet Archive.

compagnie : au moins on peut penser avec eux[186.1]. » « Les livres, disait-elle encore[186.2], ont toujours plus d’esprit que les hommes qu’on rencontre. »

Dans la correspondance de Paul-Louis Courier (1772-1825), qui devint, à certain moment, en 1812, un des habitués du salon de la studieuse comtesse d’Albany, l’amour des livres et de l’étude apparaît dès le début et en maint endroit : « Mes livres font ma joie, et presque ma seule société. Je ne m’ennuie que quand on me force à les quitter, et je les retrouve toujours avec plaisir. J’aime surtout à relire ceux que j’ai déjà lus nombre de fois, et par là j’acquiers une érudition moins étendue, mais plus solide[186.3]. » Et plus loin[186.4] : « Mon père regarde comme mal employé le temps que je donne aux langues mortes, mais j’avoue que je ne pense pas de même. Quand je n’aurais eu en cela d’autre but que ma propre satisfaction, c’est une chose que je fais entrer pour beaucoup dans mes calculs ; et je ne regarde comme perdu, dans ma vie, que le temps où je n’en puis jouir agréablement, sans jamais me repentir du passé, ni craindre pour l’avenir. Si je puis me mettre à l’abri de la misère, c’est tout ce qu’il me faut ; le reste de mon temps sera employé à satis-

[I.210.186]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. V, pp. 437 et 424.  ↩
  2.  Ap. Id., op. cit., t. VI, p. 55.  ↩
  3.  P.-L. Courier, Lettres, lettre à sa mère, 10 septembre 1793, p. 425. (Œuvres, Paris, Didot, 1865. In-18.)  ↩
  4.  Id., loc. cit., 25 février 1794, pp. 427-428.  ↩

Le Livre, tome I, p. 187-211

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 187.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 187 [211]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 188.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 188 [212]. Source : Internet Archive.

faire un goût que personne ne peut blâmer, et qui m’offre des plaisirs toujours nouveaux. Je sais bien que le grand nombre des hommes ne pense pas de la sorte ; mais il m’a paru que leur calcul était faux, car ils conviennent presque tous que leur vie n’est pas heureuse. »

« Les lettres et la solitude, voilà mon élément, » écrivait, en 1792, Benjamin Constant (1767-1830) à Mme de Charrière[187.1].

« Je n’aime guère à changer de place…. J’étais né pour vivre et mourir dans une cellule, et encore des plus étroites : in angulo cum libello, » assurait Lamennais (1782-1854), à trente ans, du fond de sa retraite de la Chesnaie[187.2].

« Je veux mourir la tête appuyée, à droite et à gauche, sur des piles de bouquins, souhaitait Charles Nodier (1780-1844) ; il faut bien s’amuser à quelque chose, quand l’âge, les soucis et les infirmités nous ont fait perdre le seul avantage de nous amuser de tout[187.3]. » « La bibliomanie est peut-être encore de

[I.211.187]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. III, p. 270.  ↩
  2.  Lettre datée de la Chesnaye, 1811, dans les Œuvres inédites de Lamennais publiées par A. Blaize, t. I, p. 110 (Paris, Dentu, 1886). « Rappelons-nous le mot cité de saint François de Sales, à propos de l’Imitation : « J’ai cherché le repos partout, et je ne l’ai trouvé que dans un petit coin, avec un petit livre. (Joubert, Pensées, CCXXII, t. II, p. 341.)  ↩
  3.  Ap. Un Bibliophile [E. Mulsant], les Ennemis des livres, p. 2. (Lyon, Georg, 1879.) A ce propos, citons ce mot, absolument authentique, prononcé par un tout jeune commis libraire d’une des plus importantes maisons de Paris. A un vieillard septuagénaire, client assidu de cette librairie, qui disait un jour gentiment, en soldant un achat : « Vous ne vous plaindrez pas que je ne viens pas vous voir ? J’en laisse, de l’argent, chez vous ! » ce petit commis, âgé de quatorze ans au plus, répliquait, sans y mettre un grain de malice : « Mais, monsieur, à votre âge, qu’est-ce que vous en feriez, de votre argent ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 188-212

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 188.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 188 [212]. Source : Internet Archive.

l’amour. Une bibliothèque de luxe est le harem des vieillards », déclarait encore le même amant passionné des livres[188.1], qui, dans cette dernière phrase, aurait pu se contenter de dire « une bibliothèque », sans épithète.

Daru (1769-1829), l’administrateur militaire et le traducteur d’Horace, adressait à son fils aîné, peu de temps avant de mourir, cette profession de foi littéraire : « J’ai trouvé dans l’étude des Lettres, au bout d’une vie déjà longue et traversée par bien des événements, un grand charme, une grande utilité, souvent de grandes consolations. Je m’y suis adonné de bonne heure, plutôt par goût que par prévoyance…. J’ai dû au goût et à l’habitude du travail les seuls remèdes que l’on puisse opposer soit au vide de l’âme qui suit souvent la perte du pouvoir, soit aux épreuves qui vous frappent dans la vie de ceux que l’on aime. Les Lettres m’ont été toujours secourables, utiles et douces : cultivez-les[188.2]…. »

« Que serais-je sans toi ? disait Schiller (1759-

[I.212.188]
  1.  Dictionnaire de la Conversation, Supplément, art. Bibliophile.  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IX. pp. 470-471.  ↩

Le Livre, tome I, p. 189-213

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 189 [213]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190 [214]. Source : Internet Archive.

1805) à sa Muse[189.1] (c’est-à-dire sans l’amour de l’étude et le culte des Lettres). Je l’ignore. Mais je frissonne en voyant ce que sont sans toi des centaines et des milliers d’hommes[189.2]. »

Dans ses derniers jours, Gœthe (1749-1832), « le grand critique de notre âge[189.3] », « ce roi de la cri­tique[189.4] », « le plus grand des critiques, celui de qui l’on peut dire qu’il n’est pas seulement la tradition, mais qu’il est toutes les traditions réunies[189.5], » parlant de la difficulté qu’il y a souvent à lire un ouvrage, plaisantait sur la présomption des personnes qui, sans études préparatoires, sans connaissances préalables, veulent lire tous les ouvrages de philosophie et de science, absolument comme s’il s’agissait d’un roman. « Les braves gens ne savent pas, disait-il, ce qu’il en coûte de temps et de peine pour apprendre à lire[189.6]. J’ai travaillé à cela quatre-vingts ans,

[I.213.189]
  1.  Schiller, Poésies : les Ex-Voto, ou les Tablettes votives (avec cette inscription préliminaire : « Ce que le Dieu m’a enseigné, ce qui m’a aidé à traverser la vie, je le suspends ici, reconnaissant et pieux, dans le sanctuaire »). Œuvres complètes de Schiller, trad. Ad. Regnier, t. I, pp. 342 et 344.  ↩
  2.  Cf. le mot de Confucius (551-479 av. J.-C.) : « Il n’est pas facile de trouver un homme qui ait étudié pendant trois ans sans devenir bon ». (Ap. Max Muller, Essai sur l’histoire des religions, trad. G. Harris, p. 425.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 174.  ↩
  4.  Id., op. cit., t. III, p. 42.  ↩
  5.  Id., op. cit., t. XV, p. 368.  ↩
  6.  « Quoiqu’il y ait beaucoup de livres, croyez-moi, peu de gens lisent ; et, parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. » (Voltaire, Lettre de M. Clocpitre à M. Eratou, Œuvres complètes, t. IV, p. 726.) « Il est très commun de lire, et très rare de lire avec fruit. » (Id., Commentaires sur Rodogune, Œuvres complètes, t. IV, p. 467.) « N’avez-vous pas remarqué cela depuis longtemps ? il y a peu de gens qui sachent lire. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 355.) « Le critique n’est qu’un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres. » (Id., Portraits littéraires, t. III, p. 546.) L’écrivain d’art Ernest Chesneau (1833-1890) a prétendu (la Chimère, p. 9) qu’ « on ne commence à savoir lire qu’après la sortie du collège » : ce qui donne tout à fait tort à cette excellente mère dont parle Tallemant des Réaux (1619-1692) (Historiettes, t. VI, p. 328), — la sienne, paraît-il, — qui s’étonnait que son fils achetât encore des livres et s’occupât de lire après avoir quitté les bancs universitaires : « N’avez-vous pas terminé vos études ? »  ↩

Le Livre, tome I, p. 190-214

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 190 [214]. Source : Internet Archive.

et je ne peux pas dire encore que j’y sois arrivée[190.1]. » « On lit, disait-il encore[190.2], beaucoup trop de livres médiocres avec lesquels on perd son temps, et dont on, ne retire rien. On ne devrait lire que ce qu’on admire. »

C’était aussi le conseil de Lacordaire (1802-1861) : « A part le besoin des recherches dans un but utile, il ne faut lire ici-bas que les chefs-d’œuvre des grands noms ; nous n’avons pas de temps pour le reste[190.3]. »

[I.214.190]
  1.  Conversations de Gœthe recueillies par Eckermann, Trad. Délerot, t. II, p. 164. (Paris, Charpentier, 1863.)  ↩
  2.  Op. cit., t. II, p. 271.  ↩
  3.  Ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 403. — Cf. le mot de Royer-Collard à Alfred de Vigny : « Je ne lis plus, monsieur, je relis ». (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, p. 524.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 191-215

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 191.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 191 [215]. Source : Internet Archive.

Dans son oraison funèbre du général Drouot[191.1], qui, fidèle à ses dé­buts[191.2], a toujours conservé le culte des livres et de l’étude, Lacordaire a éloquemment magnifié l’amour des Lettres :

« L’amour des Lettres ! Oh ! faut-il que je surprenne par là peut-être quelqu’un de mes auditeurs ? Sommes-nous si loin déjà du temps où la culture des Lettres pour elles-mêmes était une passion distinctive de toutes les natures noblement trempées ? Le nombre va-t-il diminuant des esprits délicats et sérieux pour qui les Lettres sont autre chose qu’une vague réminiscence de la jeunesse ou un vulgaire métier ? Je n’ose le croire ; je ne me persuade pas, malgré des signes affligeants, que nous penchions vers la décadence, et que le bataillon sacré des intelligences d’élite soit chaque jour éclairci par des pertes qui ne se réparent point. Le général Drouot avait appris, dans les laborieuses études de sa jeunesse, cet amour antique des Lettres humaines. Un chef-d’œuvre était pour lui un être vivant avec lequel il conversait, un ami du soir qu’on admet aux plus familiers épanchements. Penser en lisant un vrai livre, le prendre, le poser sur la table, s’enivrer de son parfum, en aspirer la substance, c’était pour lui, comme pour toutes les

[I.215.191]
  1.  Prononcée dans la cathédrale de Nancy le 25 mai 1847. (Lacordaire, op. cit., p. 14. Paris, Henri Gautier, s. d.)  ↩
  2.  Cf. supra, pp. 120-121, n. 1.  ↩

Le Livre, tome I, p. 192-216

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 192.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 192 [216]. Source : Internet Archive.

âmes initiées aux jouissances de cet ordre, une naïve et pure volupté. Le temps coule dans ces charmants entretiens de la pensée avec une pensée supérieure ; les larmes viennent aux yeux ; on remercie Dieu, qui a été assez puissant et assez bon pour donner aux rapides effusions de l’esprit la durée de l’airain et la vie de la vérité. Ne vous demandez plus ce qui animait la solitude du vétéran de la grande armée, et lui enlevait les heures que le cours de son âge lui apportait. Tandis que nous vivions dans le présent, il vivait dans tous les siècles ; tandis que nous vivions dans la région des intérêts, il vivait dans la sphère du beau. Vie rare et excellente, parce que le goût n’y suffit pas, mais qu’il y faut le cœur et la vertu. Ce n’est pas sans raison que les anciens l’appelaient du nom de culte, et, comme on dit la religion de l’honneur, on pouvait dire aussi la religion des Lettres[192.1]. »

« Les Lettres, c’est l’esprit humain lui-même…. L’étude des Lettres, c’est l’éducation de l’âme, » disait Villemain (1790-1870)[192.2].

La correspondance de Ximénès Doudan (1800-1872), un « inconnu et volontairement inconnu[192.3] » de la foule, « un de ces esprits délicats nés sublimes[192.4] »,

[I.216.192]
  1.  Cf. infra, t. II, chap. i, la Religion des Lettres.  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VI, p. 162.  ↩
  3.  Cuvillier-Fleury, Notice sur Doudan (Doudan, Lettres, t. I, p. xxii. Paris, C. Lévy, 1879. 4 vol. in-18).  ↩
  4.  Sainte-Beuve, op. cit., t. XI. p. 45.  ↩

Le Livre, tome I, p. 193-217

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 193.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 193 [217]. Source : Internet Archive.

un merveilleux causeur, de qui Victor Cousin disait que « personne, depuis Voltaire, n’a certainement eu autant d’esprit[193.1], » abonde en remarques piquantes ou profondes et en sagaces conseils relatifs aux livres et à la lecture :

« Dans les études littéraires, on ne profile que de ce qui amuse. C’est là surtout qu’il faut suivre sa pente, c’est-à-dire son goût. Je vois des personnes qui s’obstinent, par conscience, à lire ce qui les ennuie. Je doute qu’il leur reste une idée ou un sentiment de ce travail ingrat. Il faut planter là un livre dès que, après l’épreuve d’une vingtaine de pages, on sent qu’il ne vous va pas ; tout au plus le faut-il parcourir ; en parcourant on trouve quelquefois telle page qui vous fait revenir avec plaisir sur les commencements ; mais ne parcourt pas qui veut ; les personnes méthodiques ont de la peine à s’y faire. Il est vrai qu’on peut apprendre à parcourir métho­diquement[193.2]. Je crois que si Bossuet n avait pas forcé le Dauphin à lire d’un bout à l’autre des livres qui l’assommaient, le pauvre prince n’aurait pas dit, à la fin de son éducation : « C’est bon, je ne lirai plus que la Gazette[193.3] ».

« Pour les esprits féconds, les livres des autres

[I.217.193]
  1.  Comte d’Haussonville, Introduction aux lettres de Doudan (Doudan, loc. cit., t. I, p. viii).  ↩
  2.  Cf. infra, t. II, chap. iii, Diverses façons de lire, l’Art de parcourir.  ↩
  3.  Doudan, loc. cit., t. III, pp. 344-345.  ↩

Le Livre, tome I, p. 194-218

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 194.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 194 [218]. Source : Internet Archive.

ne donnent pas seulement ce qu’ils contiennent ; leur principale utilité est de suggérer d’autres manières de considérer un sujet par une sorte de méditation que provoque la lecture. C’est ce qui fait dire de certains livres qu’ils font penser. Je le crois vrai de tous, et la lecture n’est peut-être qu’une manière facile de fixer ses pensées sur un objet déterminé. Pendant que l’attention s’attache à la suite des raisonnements ou des récits de l’auteur, il se fait un autre travail dans le fond de l’atelier de l’intelligence, et ce travail, c’est l’invention personnelle et originale[194.1]. »

« Où en est votre convalescence ? Pouvez-vous lire tout votre soûl ? C’est la seule consolation que je connaisse. Aussi je crains que la destinée, qui est douce, ne m’arrache les yeux. Quand Luther entra au couvent, il emporta avec lui un Platon et un Virgile. Le goût des Lettres est une marque de grande origine. On ne l’a pourtant pas dans le faubourg Saint-Germain. C’est sin­gulier[194.2]. » « … Vous vous faites un rempart de livres que les importuns ne franchissent pas aisément. C’est un bon système de forti­fications[194.3]…. »

Et sans cesse Doudan revient sur sa passion des livres : « J’aime la vue des livres comme d’autres

[I.218.194]
  1.  Doudan, loc. cit., t. IV, pp. 171-172.  ↩
  2.  Id., loc. cit., t. IV, p. 275.  ↩
  3.  Id., loc. cit., t. IV, p. 358.  ↩

Le Livre, tome I, p. 195-219

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 195.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 195 [219]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196 [220]. Source : Internet Archive.

aiment la vie du monde, sans dessein pourtant de causer avec chacun[195.1] ». « … Il m’a fallu renoncer à tout le plaisir que je me promettais d’un mois de solitude à lire du matin au soir et du soir au matin dans un petit coin. Je suis né pour lire, et non pas pour écrire, marcher et parler. Vous dites que lire, c’est être inutile au monde[195.2]. Qui vous dit le contraire ? Mais ne voyez-vous pas bien qu’écrire, c’est être nuisible au monde[195.3] ? » Etc. « Je veux savoir exactement ce que vous lisez. Dis-moi qui tu lis, et je te dirai qui tu es[195.4]. »

Cette dernière sentence a été reprise et commentée et développée en ces termes par l’historien et esthéticien Charles Blanc (1813-1882)[195.5] : « J’ai toujours pensé, et j’ai vérifié quelquefois, que l’on peut se faire une idée juste du caractère et de l’esprit d’un homme qu’on n’a jamais vu, rien qu’en regardant sa bibliothèque. Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es[195.6]. Avant même d’avoir lu les titres des

[I.219.195]
  1.  loc. cit., t. I, p. 246.  ↩
  2.  Cf. le mot du Père Gratry (Intermédiaire des chercheurs et curieux, 7 novembre 1899, col. 778) : « La lecture, cette paresse déguisée… ».  ↩
  3.  loc. cit., t. I, p. 334.  ↩
  4.  loc. cit., t. I, p. 355.  ↩
  5.  Grammaire des arts décoratifs, p. 336. (Paris, Laurens, s. d.)  ↩
  6.  « La vie d’un homme se reflète dans sa bibliothèque, écrit, lui aussi, l’érudit Anatole Claudin (1833-….) ; c’est là que l’on sait quel a été le but de ses études… l’objet principal de ses recherches intéressantes : « Dis-moi quels livres tu lis, je te dirai qui tu es ». (Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, pp. 192-193.) Et Paul Stapfer (1840-….) : « Dis-moi quels auteurs, quels livres tu aimes à lire, je te dirai qui tu es et ce que tu peux faire. » (Ap. Fertiault, op. cit., p. 291.) Et, bien avant Doudan, avant Charles Blanc, Claudin, Stapfer et tutti quanti, un savant religieux du xviiie siècle, qui était un passionné liseur, dom Nicolas Jamin (1711-1782), a écrit de même, dans le Fruit de mes lectures (ap. Fertiault, op. cit., p. 231) : « Dites-moi quels livres vous lisez ordinairement, et, moi, je vous dirai qui vous êtes ».  ↩

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