Le Livre, tome I, p. 196-220

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196 [220]. Source : Internet Archive.

ouvrages rangés clans les armoires de ce personnage que l’on ne connaît point et qui vous fait attendre dans son cabinet, on n’a qu’à jeter un coup d’œil sur ses reliures pour savoir s’il a le sentiment de l’ordre, s’il a du tact, s’il a du goût, s’il est vraiment possédé de l’amour des livres ou s’il n’en a que l’ostentation, s’il est enfin de ceux qui ont une bibliothèque seulement pour la montre, de ceux à qui M. de Paulmy[196.1] proposait cette inscription à mettre sur leurs livres : Multi vocati, pauci lecti, beaucoup d’appelés, peu de lus ».

« Si le style est l’homme, les livres sont l’homme aussi, » affirme, de son côté, le philosophe et historien Matter (1791-1864)[196.2].

[I.220.196]
  1.  M. de Paulmy, — ou son père, le marquis René-Louis d’Argenson ? (Cf. supra, pp. 161-162). Dans ses Mémoires (t. V, p. 255 ; Paris, P. Jannet, 1857-1858), le marquis d’Argenson s’attribue la même proposition de la même plaisante devise : Multi vocati, pauci lecti ↩
  2.  Ap. Mouravit, op. cit., p. 430.  ↩

Le Livre, tome I, p. 197-221

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 197.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 197 [221]. Source : Internet Archive.

« Au catalogue de ses livres, écrivait un jour Jules Janin (1804-1874), on connaît un homme. Il est là dans sa sincérité ; voilà son rêve, et voilà ses amours[197.1]. »

Et Richardson (1689-1761), dans son roman de Clarisse Harlowe[197.2] : « Si vous avez intérêt de connaître une jeune personne, commencez par connaître les livres qu’elle lit ». « Il n’y a rien de si incontestable, ajoute Joseph de Maistre (1754-1821), en citant ce pas­sage[197.3]…. Il est certain qu’en parcourant les livres rassemblés par un homme, on connaît en peu de temps ce qu’il est, ce qu’il sait et ce qu’il aime[197.4]. »

Notre grand historien littéraire Sainte-Beuve (1802-1869), l’auteur de ces admirables Causeries du lundi qu’on a si justement qualifiées d’ « Encyclopédie des Lettres[197.5] », de « trésor inépuisable, que tout

[I.221.197]
  1.  Ap. Uzanne, Nos amis les livres, xi, p. 269.  ↩
  2.  Ap. Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, p. 19.  ↩
  3.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 19-20.  ↩
  4.  A cette série d’affirmations, il est bon d’opposer la légitime restriction de M. Jules Claretie (Causeries sur ma bibliothèque, dans les Annales littéraires des bibliophiles contemporains, 1890, p. 5) : « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. L’axiome peut être vrai pour un particulier qui choisit selon ses goûts, pour un amateur qui se compose une bibliothèque comme on composerait un bouquet…. Mais la vérité n’est plus stricte lorsqu’il s’agit d’un homme de lettres, tenu à tout garder, après avoir tout lu. »  ↩
  5.  Jules Claretie, le Figaro, 18 septembre 1903.  ↩

Le Livre, tome I, p. 198-222

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 198.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 198 [222]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 199.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 199 [223]. Source : Internet Archive.

lettré ne peut se dispenser d’avoir sous la main[198.1], » a fait la remarque suivante :

[I.222.198]
  1.  E. Ledrain, l’Illustration, 26 novembre 1904, p. 367. « Sainte-Beuve, le plus vaste tempérament littéraire qu’on ait vu depuis Gœthe, » a dit Auguste Vitu (ap. Charles Monselet, Mes souvenirs littéraires, p. 164). « Sainte-Beuve, c’est-à-dire le plus accompli de tous les critiques, celui qui a su précisément atteindre, dans le développement du genre, ce point unique de perfection après lequel, l’idéal étant réalisé, il n’y a plus qu’exagération ou faiblesse, les témérités infécondes de la « critique scientifique », ou le retour en arrière à un dogmatisme littéraire également stérile. » (Paul Stapfer, Des réputations littéraires, t. I, p. 142.) « Taine a eu raison quand il a proclamé Sainte-Beuve, en notre temps, un des cinq ou six serviteurs les plus utiles de l’esprit humain ; Weiss a dit vrai quand il affirma que, depuis Gœthe, notre siècle n’a pas produit de plus grand critique et qu’il a produit bien peu d’aussi grands esprits. Prenez un volume au hasard, dans cette œuvre vraiment prodigieuse par le travail, par le savoir et par le talent ; vous y trouverez certainement, sur un auteur ancien ou moderne, grave ou léger, étranger ou national, qu’il soit orateur ou historien, mémorialiste ou conteur, philosophe ou dramaturge, prosateur ou poète, un jugement original, des points de vue nouveaux, cent détails curieux, rares, toujours exacts et scrupuleusement contrôlés…. Mais surtout, on ne saurait trop le redire, quelle étendue de connaissances ! quelle variété inouïe ! Sainte-Beuve sait tout, goûte et pénètre tout. Rien ne le surprend…. » (François Coppée, Discours prononcé à Paris le 19 juin 1898, lors de l’inauguration du monument de Sainte-Beuve au Luxembourg, Revue encyclopédique, 9 juillet 1898, p. 641.) « … Avec les Causeries du lundi, et les Nouveaux Lundis, Sainte-Beuve poursuivait, pendant près de vingt ans, chaque semaine, un cours de littérature universelle. Et quel cours ! le plus souple, le plus vivant, le plus nourri. Bénédictin laïque, Sainte-Beuve… » etc. (Gustave Larroumet, Discours prononcé à Paris le 19 juin 1898, ibid.) « … On pourrait appeler Sainte-Beuve le Balzac de la critique…. Sainte-Beuve reconstitue la comédie humaine d’autrefois, avec l’infinie variété de ses épisodes et de ses types. Il en rappelle un à un les acteurs, les témoins ; il les interroge, il les étudie séparément, et il réussit à vous léguer une œuvre sans précédent, un trésor de monographies, une immense galerie de portraits où l’histoire revit dans ses personnages, et chacun de ces portraits a le fini d’une miniature, avec la fermeté d’un tableau de maître ; c’est le triomphe d’un art consommé et sûr, patient, contenu, tout en nuances ; exquis dans sa discrétion. » (Albert Vandal, Discours prononcé à Paris le 19 juin 1898, ibid., p. 642.) « Sainte-Beuve… ce cerveau encyclopédique, égal à celui d’un Gœthe, a laissé une œuvre que doivent consulter page à page tous ceux qui, après lui, veulent reprendre les sujets qu’il a traités…. Il fut, en vérité, le plus compréhensif des juges, des divinateurs d’âmes…. Naturaliste de génie, rien ne lui semblait à dédaigner dans la nature, et toujours il chercha la vérité, l’âpre vérité, disait Stendhal…. » (Jules Claretie, Discours prononcé à Boulogne-sur-Mer le 18 décembre 1904, le Temps, 19 décembre 1904.) C’est Sainte-Beuve qui, parvenu presque au terme de son existence, enregistrait et signait cet aveu plein de sagesse : « Je sens mieux de jour en jour combien il faut savoir de choses pour parler de n’importe quoi sans dire une bêtise ! » (Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 497, Errata.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 199-223

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 199.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 199 [223]. Source : Internet Archive.

« Ne pas avoir le sentiment des Lettres[199.1], cela, chez les anciens, voulait dire ne pas avoir le sentiment de la vertu, de la gloire, de la grâce, de la beauté, en un mot de tout ce qu’il y a de véritable-

[I.223.199]
  1.  Remarquons, en passant, que Sainte-Beuve a soin, le plus souvent, d’écrire Lettres (dans le sens de connaissances que procure l’étude des livres) avec une majuscule : homme de Lettres, gens de Lettres, la république des Lettres, les Belles-Lettres, etc. (Cf. Causeries du lundi, 3e ou 4e édit., t. I, pp. 42, 51, 114, 238, 240, 259… ; t. II, pp. 45, 55, 61, 103, 105… ; t. III, pp. 2, 6, 12, 39, 124… ; t. IV, pp. 173, 175, 222, 224, 246… ; t. V, pp. 4, 5, 6, 26, 38, 268, 282… ; t. VI, pp. 64, 100, 154, 155, 162, 163, 180… Etc.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 200-224

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 200.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 200 [224]. Source : Internet Archive.

ment divin sur la terre : que ce soit là encore notre symbole[200.1]. » « Heureux, écrit-il ailleurs[200.2], heureux ceux qui lisent, qui relisent, ceux qui peuvent obéir à leur libre inclination dans leurs lectures ! Il vient une saison, dans la vie, où, tous les voyages étant faits, toutes les expériences achevées, on n’a pas de plus vives jouissances que d’étudier et d’approfondir les choses qu’on sait, de savourer ce qu’on sent, comme de voir et de revoir les gens qu’on aime : pures délices du cœur et du goût dans la maturité…. Le goût est fait alors, il est formé et définitif ; le bon sens chez nous, s’il doit venir, est consommé. On n’a plus le temps d’essayer, ni l’envie de sortir à la découverte. On s’en tient à ses amis, à ceux qu’un long commerce a éprouvés. Vieux vin, vieux livres, vieux amis[200.3]. On se dit, comme Voltaire, dans ces vers déli­cieux[200.4] :

Jouissons, écrivons, vivons, mon cher Horace !
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
J’ai vécu plus que toi ; mes vers dureront moins.
Mais, au bord du tombeau, je mettrai tous mes soins
A suivre les leçons de ta philosophie,
A mépriser la mort en savourant la vie,
A lire tes écrits pleins de grâce et de sens,
Comme on boit d’un vin vieux qui rajeunit les sens.

[I.224.200]
  1.  Causeries du lundi, t. XV, p. 362.  ↩
  2.  Op. cit., t. III, pp. 54-55.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 92, note, le mot d’un roi Alphonse d’Aragon ou de Castille.  ↩
  4.  Ils font partie de l’Épître à Horace (1772). (Voltaire, Œuvres complètes, t. VI, p. 575. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867-1870.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 201-225

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 201.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 201 [225]. Source : Internet Archive.

« Enfin, que ce soit Horace ou tout autre, quel que soit l’auteur qu’on préfère et qui nous rende nos propres pensées en toute richesse et maturité, on va demander alors à quelqu’un de ces bons et antiques esprits un entretien de tous les instants, une amitié qui ne trompe pas, qui ne saurait nous manquer, et cette impression habituelle de sérénité et d’aménité qui nous réconcilie, nous en avons souvent besoin, avec les hommes et avec nous-même. »

Et ailleurs[201.1] :

« … Où est-il le temps où, quand on lisait un livre, eût-on été soi-même un auteur et un homme du métier, on n’y mettait pas tant de raisonnements et de façons ; où l’impression de la lecture venait doucement vous prendre et vous saisir, comme au spectacle la pièce qu’on joue prend et intéresse l’amateur commodément assis dans sa stalle ; où on lisait Anciens et Modernes couché sur son lit de repos comme Horace pendant la canicule, ou étendu sur son sofa comme Gray[201.2], en se disant qu’on avait mieux que les joies du Paradis ou de l’Olympe ; le temps où l’on se promenait à l’ombre en lisant, comme ce respectable Hollandais qui ne concevait pas, disait-il, de plus grand bonheur ici-bas, à l’âge de cinquante ans, que de marcher lentement dans

[I.225.201]
  1.  Nouveaux Lundis, t. IX, pp. 86-87.  ↩
  2.  Cf. le mot de Gray, infra, t. II, chap. ix, les Romans.  ↩

Le Livre, tome I, p. 202-226

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 202.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 202 [226]. Source : Internet Archive.

une belle campagne, un livre à la main, et en le fermant quelquefois, sans passion, sans désir, tout à la réflexion de la pensée ; le temps où, comme le Liseur de Meissonier, dans sa chambre solitaire, une après-midi de dimanche, près de la fenêtre ouverte qu’encadre le chèvrefeuille, on lisait un livre unique et chéri ? Heureux âge, où est-il ? et que rien n’y ressemble moins que d’être toujours sur les épines comme aujourd’hui en lisant, que de prendre garde à chaque pas, de se questionner sans cesse, de se demander si c’est le bon texte, s’il n’y a pas d’altération, si l’auteur qu’on goûte na pas pris cela ailleurs, s’il a copié la réalité ou s’il a inventé, s’il est bien original et comment, s’il a été fidèle à sa nature, à sa race… et mille autres questions qui gâtent le plaisir, engendrent le doute, vous font gratter votre front, vous obligent à monter à votre bibliothèque, à grimper aux plus hauts rayons, à remuer tous vos livres, à consulter, à compulser, à redevenir un travailleur et un ouvrier enfin, au lieu d’un voluptueux et d’un délicat qui respirait l’esprit des choses et n’en prenait que ce qu’il en faut pour s’y délecter et s’y complaire ! Épicurisme du goût, à jamais perdu, je le crains, interdit, désormais du moins, à tout critique, religion dernière de ceux mêmes qui n’avaient plus que celle-[202.1], dernier honneur et dernière vertu des Hamilton et des Pétrone, comme je te comprends, comme je

[I.025.001]
  1.  Cf. infra, t. II, chap. i, la Religion des Lettres.  ↩

Le Livre, tome I, p. 203-227

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 203.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 203 [227]. Source : Internet Archive.

te regrette, même en te combattant, même en l’abjurant ! »

Ailleurs encore[203.1] :

« Heureux qui peut encore cultiver les Lettres comme du temps de nos pères, dans la retraite ou dans un demi-loisir, faisant aux affaires, aux inévitables ennuis, leur part, et se réservant l’autre ; s’écriant avec le poète : O campagne, quand te reverrai-je ? et la revoyant quelquefois ; et là, dans la paix, dans le silence, mûrissant quelques beaux fruits préférés ; résumant, dans quelque livre choisi, et qu’on ne recommence pas, les héros de son imagination ou de son cœur, ou, comme Montaigne, le suc le plus exquis de ses lectures et de son étude ! La littérature ainsi comprise et cultivée se peut appeler la fleur et le parfum de l’âme[203.2]. »

Et quelque temps avant sa mort, le 11 novembre 1867, Sainte-Beuve écrivait à M. Émile Fage : « … Plus que jamais, à mesure que la santé se retire,

[I.227.203]
  1.  Causeries du lundi, t. XIII, p. 456 (Appendice).  ↩
  2.  Avant Sainte-Beuve, Voltaire avait dit (Dictionnaire philosophique, art. Gens de Lettres ; Œuvres complètes, t. I, p. 422, édit. du journal le Siècle) : « Il y a beaucoup de gens de lettres qui ne sont point auteurs, et ce sont probablement les plus heureux. Ils sont à l’abri du dégoût que la profession d’auteur entraîne quelquefois, des querelles que la rivalité fait naître, des animosités de parti, et des faux jugements ; ils jouissent plus de la société ; ils sont juges, et les autres sont jugés. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 204-228

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 204.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 204 [228]. Source : Internet Archive.

je me rattache aux Lettres seules, le plus sûr des amours. Mais je n’en sépare pas ce qui en fait la force et l’honneur, je veux dire le sérieux et le vrai de la pensée[204.1]. »

Un secrétaire de Sainte-Beuve, l’érudit et fin critique Jules Levallois (1829-1903)[204.2], l’auteur de Cri-

[I.228.204]
  1.  Sainte-Beuve, Correspondance, t. II, p. 228.  ↩
  2.  « Après lui [M. Octave Lacroix], j’eus presque immédiatement pour secrétaire un homme, très jeune alors, et dont le nom, aujourd’hui bien connu, est, à lui seul, un éloge. M. Jules Levallois… » [Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 460, Appendice (1865)]. « … Un jeune écrivain, M. Jules Levallois, qui unit le goût vif des arts au sentiment des Lettres…. » (Id., Port-Royal, livre VI, t. V, p. 477, note.) « Jules Levallois… l’un des plus éminents critiques du xixe siècle. » (Jules Troubat, Sainte-Beuve intime et familier, p. 14. Paris, L. Duc, 1903. In-8, 31 pp.) « … Il y eut une heure où Jules Levallois, qui n’était plus, depuis des années, qu’un philosophe résigné, fut une puissance en littérature. Adolphe Guéroult, le fondateur de l’Opinion nationale, qui se connaissait en hommes, l’avait chargé de la critique littéraire dans son journal, et Jules Levallois fut là pour les livres ce que Francisque Sarcey fut pour les théâtres. Les « Variétés littéraires » de Levallois étaient aussi lues dans le corps du journal que la « Causerie dramatique » au bas du feuilleton. Et, pour toute une génération, consacrée aujourd’hui par la gloire, pour les Goncourt, pour Zola, pour Daudet, Jules Levallois fut « le bon juge », et, à ses heures, mérita d’être — alors que Schérer et Montégut écrivaient encore — regardé comme le successeur direct de Sainte-Beuve, dont il avait été le secrétaire…. Jules Levallois était un esprit supérieur que hantaient les problèmes de la destinée humaine ; mais… c’était aussi un esprit charmant, très brillant et très gai, qui séduisait tous ceux qui l’approchaient. » (Jules Claretie, le Figaro, 18 septembre 1903. Un secrétaire de Sainte-Beuve.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 205-229

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 205.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 205 [229]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 206.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 206 [230]. Source : Internet Archive.

tique militante, de Corneille inconnu, de Sainte-Beuve, de Senancour, de l’Année d’un ermite, de la Vieille France, des Mémoires d’un critique, etc., qui avait songé, nous apprend-il, à écrire « une Philosophie de la lecture, dans laquelle il aurait résumé, condensé ses nombreuses obser­vations[205.1], » et a eu l’originale idée de dresser un Calendrier des livres que nous décrirons plus loin[205.2], a émis, dans une de ses études sur la vie intellectuelle et sociale, Comment on reste libre[205.3], cette très juste, très féconde et très belle réflexion : « Savez-vous le grand avantage de la lecture ? C’est que, lorsqu’on a le bonheur de l’aimer, on ne s’ennuie jamais. Or, un homme qui ne s’ennuie pas est imprenable et libre par excellence. Il y a quelque chose qui vous garde mieux des séductions, des tentations, que les plus sages maximes, c’est une bonne bibliothèque. » « La lecture, a-t-il dit encore[205.4], a été la grande et conti-

[I.229.205]
  1.  Jules Levallois, l’Année d’un ermite, p. 21. (Paris, Lacroix, Verbœckhoven et Cie, 1870.)  ↩
  2.  Tome II, chap. viii ↩
  3.  Dans l’Année d’un ermite, p. 18.  ↩
  4.  Ap. Eugène Noël, le Petit Rouennais, 12 juin 1896. Cf. aussi la très intéressante préface des Mémoires d’un critique (Paris, Librairie illustrée, s. d.), un des derniers et des meilleurs livres de Jules Levallois : « … Aucun de mes contemporains ne me démentira si je dis que, de notre jeunesse première à l’âge suffisamment mûr, le sentiment auquel nous sommes restés le plus fidèles sous des formes bien différentes, à travers la diversité des destinées et des organisations, a été l’enthousiasme, un fond de respect pour les idées, pour les écrivains en qui elles s’incarnent, pour les livres où elles se manifestent. Nous n’avons pas tous été, tant s’en faut, des littérateurs ou des philosophes, mais nous avons eu presque tous la superstition du livre, et nous ne nous en sommes pas plus mal trouvés…. » (Page viii.) « … Lisez beaucoup, et lisez de tout. Le frivole vous mènera au sérieux. Ce goût immodéré de la lecture que je trouvais dans Sainte-Beuve fut une des raisons qui me retinrent et me captivèrent dans son œuvre…. » (Page xii.) Etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 206-230

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 206.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 206 [230]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 207.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 207 [231]. Source : Internet Archive.

nuelle joie de ma vie. » Et voici le plan de conduite que ce véritable et pur homme de Lettres s’était tracé dès ses débuts, son admirable profession de foi, digne d’être proposée comme modèle à tous ceux qui aiment et cultivent les Lettres : « … Le désir de la réputation littéraire me venait quelquefois, sans me troubler ni m’enflammer ; celui de la fortune, jamais. De bonne heure — et c’est peut-être le seul point par où je suis réellement ce qu’on nomme un original — j’ai fait un pacte avec la pau­vreté[206.1]. Ce

[I.230.206]
  1.  On connaît l’admirable panégyrique de la pauvreté tracé par Proudhon, dans la Guerre et la Paix (t. II, pp. 183-185) :  « … Acceptez virilement la situation qui vous est faite, et dites-vous, une fois pour toutes, que le plus heureux des hommes est celui qui sait le mieux être pauvre. L’antique sagesse avait entrevu ces vérités. Le christianisme posa le premier, d’une manière formelle, la loi de pauvreté en la ramenant toutefois, comme c’est le propre de tout mysticisme, au sens de sa théologie. Réagissant contre les voluptés païennes, il ne pouvait considérer la pauvreté sous son vrai point de vue ; il la fit souffrante dans ses abstinences et dans ses jeûnes, sordide dans ses moines, maudite du ciel dans ses expiations. A cela près, la pauvreté glorifiée par l’Évangile est la plus grande vérité que le Christ ait prêchée aux hommes. La pauvreté est décente ; ses habits ne sont pas troués, comme le manteau du cynique ; son habitation est propre, salubre et close ; elle change le linge une fois au moins par semaine ; elle n’est ni pâle ni affamée. Comme les compagnons de Daniel, elle rayonne de santé en mangeant ses légumes ; elle a le pain quotidien, elle est heureuse. La pauvreté n’est pas l’aisance ; ce serait déjà, pour le travailleur, de la corruption. Il n’est pas bon que l’homme ait ses aises ; il faut, au contraire, qu’il sente toujours l’aiguillon du besoin. L’aisance serait plus encore que de la corruption : ce serait de la servitude ; et il importe que l’homme puisse, à l’occasion, se mettre au-dessus du besoin et se passer même du nécessaire. Mais la pauvreté n’en a pas moins ses joies intimes, ses fêtes innocentes, son luxe de famille, luxe touchant, que fait ressortir la frugalité accoutumée du ménage. A cette pauvreté inévitable, loi de notre nature et de notre société, il est évident qu’il n’y a pas lieu de songer à nous soustraire. La pauvreté est bonne, et nous devons la considérer comme le principe de notre allégresse. La raison nous commande d’y conformer notre vie, par la frugalité des mœurs, la modération dans les jouissances, l’assiduité au travail, et la subordination absolue de nos appétits à la justice. Comment se fait-il maintenant que cette même pauvreté, dont l’objet est d’exciter en nous la vertu et d’assurer l’équilibre universel, nous pousse les uns contre les autres et allume la guerre entre les nations ? » Etc. Cf. Sénèque, Lettres à Lucilius, 2 (t. II. p. 3, trad. Baillard) : « .… La belle chose, s’écrit-il (Épicure) que le contentement dans la pauvreté ! » « Mais il n’y a plus pauvreté, s’il y a contentement. Ce n’est point d’avoir peu, c’est de désirer plus, qu’on est pauvre. » Etc. Cf. aussi l’érudit et célèbre philologue Joseph Scaliger, de mœurs si simples, déclarant « qu’il avait toujours eu la pauvreté pour compagne. » (Larousse, Grand Dictionnaire.) Comme conclusion, constatons que les meilleures choses de la vie, la santé, l’affection, l’intelligence, l’esprit, etc., sont celles qu’on ne peut acquérir avec de l’argent.  ↩

Le Livre, tome I, p. 207-231

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 207.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 207 [231]. Source : Internet Archive.

n’est donc point à gagner de l’argent, rarement à écrire des livres, que je pensais dans ces longues promenades. Non, j’étais déjà préoccupé de ce qui,

Le Livre, tome I, p. 208-232

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 208.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 208 [232]. Source : Internet Archive.

au fond, a été le grand, l’unique souci de ma vie : tremper et former mon âme, la mettre au niveau des choses et au-dessus des événements ; saisir le côté par lequel, chétif atome perdu dans l’immensité, je pouvais faire œuvre utile, concourir à la marche de l’ensemble, jouer ma partie dans le suprême concert, et, dans cette immensité même, ne pas me sentir rouler sans raison et sans conscience comme l’inerte grain de sable[208.1]. »

Et n’est-elle pas émouvante et belle entre toutes, cette apostrophe de Jules Janin (1804-1874) ? « O mes livres ! mes économies et mes amours ! une fête à mon foyer, un repos à l’ombre d’un vieil arbre, mes compagnons de voyage !… et puis, quand tout sera fini pour moi, les témoins de ma vie et de mon labeur[208.2]. »

« L’art — c’est-à-dire l’amour du Beau et du Vrai, l’étude et le culte des Lettres — est ce qui nous console le mieux de vivre, » disait Théophile Gautier (1811-1872)[208.3].

L’art, ce consolateur des misères humaines !

proclame de son côté François Ponsard (1814-1867)[208.4].

[I.232.208]
  1.  Jules Levallois, l’Année d’un ermite, p. 202.  ↩
  2.  Courrier de la librairie, mai 1858. Cf. aussi l’amour des livres, du même écrivain, pp. 35 et 59 : « O mes livres ! mon juste orgueil ! ma fête suprême ! Oraison funèbre qui ne saurait périr ! » Etc.  ↩
  3.  Poésies, t. I, préface, p. 7 (Paris, Lemerre, 1890).  ↩
  4.  L’Honneur et l’Argent, III, vi ↩

Le Livre, tome I, p. 209-233

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 209.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 209 [233]. Source : Internet Archive.

Dans les souvenirs de jeunesse du grand historien Michelet (1798-1874) se trouve une page très délicate et très touchante relative aux livres : « … Jai pourtant dû aller contrôler l’estimation qu’on a faite des livres de mon pauvre ami (Poinsot). Je les ai trouvés épars dans un grenier. Rien de plus triste que de voir partir ainsi notre âme, nos livres, ces amis qui nous ont formés ou soutenus, encouragés, préservés, grandis !… Quand je regarde les trois ou quatre planches de bois blanc qui composent toute ma bibliothèque, je souffre de n’avoir pas encore les moyens de m’acheter une belle armoire vitrée, où j’enfermerais cette centaine de volumes avec le soin jaloux de l’avare qui met sous clef son trésor[209.1]. »

Édouard Laboulaye (1811-1883) a maintes fois parlé, et en excellents termes, des secours que nous offrent les livres et la lecture :

« La lecture n’est pas la science universelle, ce n’est pas non plus la sagesse universelle ; mais un homme qui a pris l’habitude de lire peut toujours consulter, sur chaque question donnée, une expérience plus grande que la sienne, et une expérience désintéressée…. Le livre est donc l’expérience du passé. C’est mieux encore : un livre est quelque chose de vivant, c’est une âme qui revit en quelque sorte, et qui nous répond chaque fois que nous vou-

[I.233.209]
  1.  Michelet, Mon Journal, 1820-1823, pp. 182-183.  ↩

Le Livre, tome I, p. 210-234

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 210.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 210 [234]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 211.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 211 [235]. Source : Internet Archive.

lons l’interroger…. Où donc trouver des amis véritables ? Dans les livres. Là sont des gens qui ont souffert et qui ont raconté ce qu’ils ont souffert, des amis qui ont vécu souvent plusieurs siècles avant nous, mais qui nous consolent, parce qu’ils viennent mêler leurs souffrances à la nôtre[210.1]…. »

[I.234.210]
  1.  De l’éducation qu’on se donne à soi-même, conférence publiée par la Revue des Cours littéraires, t. III, 24 mars 1866, pp. 281-288. Voir aussi d’Édouard Laboulaye une conférence sur les Bibliothèques populaires, eod. loc., 30 décembre 1865, pp. 83-88 ; la Manie des livres, à propos d’un catalogue (du catalogue de la bibliothèque du trop fameux Libri), dans les Études morales et politiques, par É. Laboulaye, pp. 351-372 (Paris, Charpentier, 1871 ; 5e édit.) ; et Sur un catalogue, eod. loc., pp. 373-386. Cf. encore les considérations suivantes, empruntées à A.-L.-A. Fée (1789-1874) (Voyage autour de ma bibliothèque, pp. 1-2 ; Paris, Berger-Levrault, 1856) : « Les livres sont des amis, a-t-on dit, et personne plus que moi n’est disposé à les qualifier ainsi ; j’ajouterai même que, parmi ces amis, il en est vers lesquels on se sent attiré par des sympathies si nombreuses qu’on serait tenté de voir en eux des parents dignes de tout notre respect et de tout notre amour. Une bibliothèque qui les réunit tous devient une sorte d’assemblée de famille, à laquelle on peut demander des conseils ou des consolations. Écoutez-les parler, les uns avec enjouement, les autres avec gravité ; tous vous diront, en bons termes, ce qu’il faudrait que vous fissiez pour être sage et heureux. Ils vous instruisent en vous récréant, et, sans se lasser jamais, répandent sur vous des trésors inappréciables de douce morale et de saine philosophie ; ceux même qui ne peuvent vous convaincre font entendre à votre oreille des sons harmonieux, dont les combinaisons savantes vous émeuvent comme le ferait une musique délicieuse. Ainsi rassemblés, ces auteurs forment une société choisie, composée des gens que vous aimez le mieux. Discrets et spirituels, ils parlent quand on le désire, se taisent quand on le veut ; jamais incommodes et toujours complaisants. Plusieurs d’entre eux se sont fait connaître à vous dès votre entrée dans la vie ; les autres seulement à la maturité de l’âge, ou même dans la vieillesse. Ceux-ci vous ont laissé passer sur la terre sans rien perdre de leur éternelle jeunesse ; ceux-là vous permettent de deviner que le temps a marché pour eux, comme il a marché pour vous. Ce sont ces changements que je veux essayer de constater…. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 211-235

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 211.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 211 [235]. Source : Internet Archive.

Et le moraliste américain William-Henry Channing (1810-1884) :

« C’est surtout par les livres que nous jouissons du commerce des esprits supérieurs, et cet inappréciable moyen de communication est à la portée de tout le monde. Dans les plus beaux livres, les grands hommes nous parlent, nous donnent leurs plus précieuses pensées et versent leur âme dans la nôtre. Remercions Dieu des livres ! Ils sont la voix de ceux qui sont loin et de ceux qui sont morts ; ils nous font les héritiers de la vie intellectuelle des siècles écoulés. Les livres sont les vrais niveleurs…. Qu’importe ma pauvreté ? Qu’importe que les heureux du siècle dédaignent d’entrer dans mon obscure demeure ? Si la sainte Écriture entre et séjourne sous mon toit, si Milton passe mon seuil pour me chanter le Paradis, Shakespeare pour m’ouvrir les mondes de l’imagination et les secrets du cœur humain, Franklin pour m’enrichir de sa sagesse pratique, je ne manquerai pas d’amis intel­lectuels…[211.1]. »

[I.235.211]
  1.  Channing (W.-H.), ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 188.  ↩

Le Livre, tome I, p. 212-236

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 212.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 212 [236]. Source : Internet Archive.

Dans son autobiographie, Ma Vocation[212.1], Ferdinand Fabre (1827-1898), un romancier dont le talent d’observateur et d’écrivain méritait plus de gloire et de succès, fait l’aveu suivant : « Les livres m’ont toujours fort troublé ; dès mon enfance… j’ai eu pour les livres je ne sais quel respect profond, quelle attention émue. Je me suis dit souvent depuis : « C’est dans les livres que l’homme a caché ce qu’il a de plus noble, de plus haut, de plus vertueux, de plus vaillant…. »

« J’aime mes livres comme je les aimais à vingt ans, nous dit Tenant de Latour (1779-1862), dans ses Mémoires d’un biblio­phile[212.2] ; je les aime peut-être même avec plus d’ardeur, car, tout bien considéré, je les connais mieux, et il n’arrive point, dans l’amour des livres, ce qui arrive, hélas ! trop souvent dans l’autre amour, savoir que, lorsqu’on est parvenu à bien connaître l’objet de sa flamme, on est tenté de l’aimer un peu moins…. Parmi les goûts si divers que la Providence a départis aux humains, l’amour des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la prospérité, les plus grandes, les plus véritables jouissances, ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces, les plus pures, les plus durables consolations. »

C’est ce qu’a également éprouvé et ce que nous

[I.236.212]
  1.  Page 410. (Paris, Lemerre, 1889.)  ↩
  2.  Pages 250 et 252. (Paris, Dentu, 1861.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 213-237

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 213.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 213 [237]. Source : Internet Archive.

dit aussi le spirituel chroniqueur et humoriste bibliophile Jules Richard (1825-1899)[213.1] : « Après avoir profité de tous les biens de ce monde dans la juste mesure de mes moyens et de mes forces, je puis, sans hypocrisie, constater ici que, de toutes les jouissances, celles qui proviennent de l’amour des livres sont, sinon les plus vives, tout au moins les plus facilement et les plus longtemps renou­velables[213.2]. Au jeu, on ne gagne pas toujours ; avec les femmes, la vieillesse arrive avant la satiété. Il y a bien aussi la table ! Mais quand on a bu et mangé pendant deux heures, il faut s’arrêter. La pêche ! La chasse ! dira-t-on. — Pour la pêche, il faut de la patience et… du poisson ; pour la chasse, il faut des jambes et du gibier. Pour le livre, il ne faut que le livre[213.3]. » — Et des yeux, des yeux pas trop fatigués, est-il séant d’ajouter.

« Le Livre est l’instrument civilisateur par excel-

[I.237.213]
  1.  L’Art de former une bibliothèque, pp. 152-153.  ↩
  2.  Cf. le mot de Virgile : « On prétend que Virgile, interrogé sur les choses qui ne causent jamais ni dégoût ni satiété, répondit qu’on se lassait de tout, excepté de comprendre, — præter intelligere. » (Littré, ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. V, p. 213.) « Il n’y a pas dans ce monde une joie plus vraie ni plus ardente que de voir une grande intelligence qui s’ouvre à vous. » (Gœthe, Werther, trad. Louis Énault, p. 103.)  ↩
  3.  « Il est bon d’exercer son esprit pour se procurer des plaisirs à tous les âges ; il est bon de se former des plaisirs intellectuels qui servent d’entr’actes aux plaisirs des sens…. » (Sénac de Meilhan, ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 473.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 214-238

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 214.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 214 [238]. Source : Internet Archive.

lence, dit M. Alfred Mézières (1826-….)[214.1] ; il nous a rendu les mondes anciens, latin et grec ; il a fait reculer toutes les barbaries, et il contient en lui, chaudes et vivaces, toutes les améliorations que nous doit, que nous donnera l’avenir. Travailler pour le Livre, c’est donc faire œuvre d’homme d’État, de philosophe, de prêtre laïc, de propagateur, de coopérateur et de semeur des idées généreuses, qui nous rendront plus douce la vie et plus facile l’espérance. »

Dans la Vie littéraire, dans la Religion des lettres, dans d’autres ouvrages encore, M. Albert Collignon (1839-….) s’est spécialement occupé du sujet que nous traitons ici, des livres et de la lecture. « L’art de lire a sa place dans l’art de vivre, écrit-il[214.2]. Les sensations les plus agréables, même les plus violentes, s’usent par la répétition, mais la lecture est un plaisir si varié, toujours si différent de lui-même, qu’il ne peut conduire à l’ennui. »

« Les Lettres sont la source paisible, charmante et féconde, d’où dérivent le bon style et la bonne vie, le bien dire et le bien agir, l’éloquence, l’art et l’hé­roïsme[214.3]. »

« On a parfois comparé, écrit encore M. Albert

[I.238.214]
  1.  Ap. Léon-Félix de Labessade, l’Amour du livre, p. 31. (Paris, Imprimerie nationale, 1904.)  ↩
  2.  La Vie littéraire, p. 8. (Paris, Fischbacher, 1896.)  ↩
  3.  Op. cit., p. 206.  ↩

Le Livre, tome I, p. 215-239

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 215.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 215 [239]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 216.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 216 [240]. Source : Internet Archive.

Colli­gnon[215.1], les grandes bibliothèques à des nécropoles. Que de vivants sont moins vivants que ces prétendus morts ! Ils parlent, on les écoute à travers les siècles écoulés ; ils agissent sur nous bien autrement, avec plus de force, avec plus d’intime persuasion que ceux-là mêmes dont nous sommes entourés ; nous les connaissons mieux, ce sont de plus grands hommes et de meilleurs amis ; discrets, sûrs, jamais importuns. Ils font partie de nous-même. Amis des jours heureux, consolateurs des heures tristes, nous les retrouvons toujours prêts à nous accueillir. Ce que ces grands hommes ont senti, souffert, aimé, pensé, rêvé, ils nous le disent. Que de bonnes heures ainsi passées autour de sa bibliothèque, allant çà et là, suivant sa fantaisie ou la secrète logique des idées, d’Aristote à Descartes, de Tacite à Michelet, d’Horace à Montaigne, Béranger ou Musset, évoquant les souvenirs de tous les âges, éveillant les rapports et les comparaisons fécondes, sentant s’ouvrir en soi un monde de pensées nouvelles et de sensations imprévues ! »

« Malheur à qui n’aime pas à lire ! s’écrie M. Gustave Mouravit (1840-….), l’auteur d’un excellent ouvrage sur le Livre[215.2]. Malheur à qui n’aime pas à

[I.239.215]
  1.  Op. cit., p. 301.  ↩
  2.  Le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, Essai de critique, d’histoire et de philosophie morale sur l’amour des livres (Paris, Aug. Aubry, s. d.). Lorenz (Catalogue général, t. VI, p. 309) donne 1870 comme date de publication, et ajoute que ce livre n’a été tiré qu’à 200 exemplaires : c’est ce qui en explique le peu de diffusion et la rareté. J’ai déjà eu et j’aurai encore fréquemment recours au livre de M. Mouravit, où abondent les précieux conseils, les lumineuses réflexions et les plus sages maximes.  ↩

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