Tome IHistoriqueII. Prédilections particulières et auteurs préférés › I. Prédilections particulières pour certains livres et certains auteurs

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Le Livre, tome I, p. 265-289

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 265.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 265 [289]. Source : Internet Archive.

Baptiste Rousseau et Juvénal lui plaisaient aussi beaucoup. En tête des écrivains, « si l’on voulait les juger par la force et l’étendue des idées », toujours au dire d’Hérault de Séchelles, Il plaçait Bacon et Montesquieu ; puis Buffon et Diderot ; ensuite Jean-Jacques Rousseau, Marmontel, d’Alembert, Raynal et Saint-Lambert. Il considérait Bossuet et Jean-Jacques comme nos deux premiers orateurs. Pour lui, Massillon n’est qu’un grand écrivain ; Bourdaloue, un faiseur de traités ; Mascaron est informe et inégal ; Daguesseau, sans force, sans imagination ; etc.

Le savant Grosley (1718-1785) avait pour lectures préférées Érasme, Rabelais, Montaigne et la Satire Ménippée[265.1].

« Lorsque je suis affligé, disait Frédéric le Grand (1712-1786)[265.2], je lis le troisième livre de Lucrèce, et cela me soulage. »

Buffon (1707-1788) recommandait la lecture des œuvres des plus grands génies, qu’il réduisait à cinq : Newton, Bacon, Leibnitz, Montesquieu et… Buffon lui-même. On sait encore qu’il faisait un cas particulier de Massillon, « qu’il estimait le premier de nos prosa-­

[I.289.265]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 365. Grosley avait pour devise : « Paix et peu ». Il disait fort justement et joliment que « c’est le propre des Muses de nous amuser inutilement et de nous payer avec leur seule douceur ». (Cf. Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvie siècle, pp. 467 et 468.)  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 193.  ↩

Le Livre, tome I, p. 266-290

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 266.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 266 [290]. Source : Internet Archive.

teurs[266.1] », de Fénelon et de Richardson. Parmi les écrivains de l’antiquité, il estimait surtout Aristote et Pline l’Ancien, dont il a écrit de pompeux éloges dans son Histoire des animaux et dans son Histoire du Monde[266.2].

L’avocat Gerbier (1725-1788) était passionné pour les Lettres Provinciales de Pascal. « Les livres de sa bibliothèque, superbement reliés, dit Garat dans ses Mémoires sur Suard[266.3], étaient plus le luxe de son état que de son goût ; presque tous restaient neufs dans leurs rayons. Un seul, un seul petit volume se voyait dans ses mains, se rencontrait, à Paris et à Franconville, sur ses tables, sur ses fauteuils ; il le savait par cœur et le lisait toujours : c’étaient les Petites Lettres, les Provinciales. Ce n’est pas qu’il fût le moins du monde janséniste ; mais il ne pouvait rien mettre à côté de cette logique nue et serrée, piquante et véhémente, à côté de ce style où la verve comique et la verve oratoire sont toujours si près l’une de l’autre, et toutes les deux près de la raison, pour l’environner d’une double puissance. »

[I.290.266]
  1.  Sainte-Beuve, op. cit., t. IX. p. 7. C’était aussi l’opinion de Frayssinous (Défense du christianisme, Moïse législateur, t. I, p. 352) : « … Massillon, le premier prosateur de la littérature française ». Sur Massillon, cf. supra, p. 258, n. 2.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 367. Rappelons la fière et belle déclaration de Buffon, qui pourrait et devrait servir de programme à tout véritable écrivain : « Je n’ai pas mis dans mes livres un seul mot dont je ne pusse rendre compte. » (Ap. Gustave Merlet, Études littéraires, Chanson de Roland, Joinville, etc. p. 566. Paris, Hachette, 1882. In-8.)  ↩
  3.  Tome I, p. 137 ; ap. Peignot, op. cit., t. I, p. 369.  ↩

Le Livre, tome I, p. 267-291

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267 [291]. Source : Internet Archive.

Benjamin Franklin (1706-1790), dans sa jeunesse, faisait de Xéno­phon[267.1] sa lecture favorite.

Louis XVI (1754-1793) venait de monter sur le trône (en 1774) lorsqu’il lui tomba sous la main un livre, « alors extrêmement rare[267.2] », intitulé Directions pour la conscience d’un roi, par Fénelon. Il dévore cet ouvrage, qui renferme un abrégé des devoirs des rois, et le trouve si à son goût qu’il décide non seulement de le prendre désormais pour guide de ses actions, mais encore de le faire réimprimer et de le répandre le plus possible. En effet, la réimpression eut lieu, et l’éditeur mit sur le titre cette formule : Du consentement exprès du Roi.

La lecture favorite de la reine Marie-Antoinette (1755-1793), alors qu’elle était enfermée à la Conciergerie, était celle des Voyages du capitaine Cook, que le concierge lui avait pro­curés[267.3].

Mme Roland (1754-1793), au début de ses Mémoires particuliers, nous parle en détail de sa passion pour la lecture, pour Plutarque surtout, « le

[I.291.267]
  1.  Et des Vies de Plutarque aussi : cf. supra, p. 173.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 370. Cet ouvrage a paru originairement sous le titre de : Éducation royale ou examen de conscience pour un prince. (Cf. Brunet, Manuel du libraire.) Il porte aujourd’hui le titre de : Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, et se trouve dans le tome IV, pp. 340-366, des Œuvres choisies de Fénelon (Paris, Hachette, 1862 ; in-18) et tome III, pp. 335-351 des Œuvres de Fénelon (Paris, Didot, 1878 ; in-8).  ↩
  3.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 377-378.  ↩

Le Livre, tome I, p. 268-292

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268 [292]. Source : Internet Archive.

Plutarque de Dacier. Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu’aucune chose que j’eusse encore vue, même d’histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup…. Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n’oublierai jamais le carême de 1763 (j’avais alors neuf ans), où je l’emportais à l’église en guise de Semaine sainte. C’est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir[268.1]. »

L’impératrice de Russie Catherine II (1729-1796) aimait le Plutarque d’Amyot, le Tacite d’Amelot de la Houssaye, et Montaigne. « Je suis une Gauloise du Nord, disait-elle au prince de Ligne[268.2] ; je n’entends que le vieux français ; je n’entends pas le nouveau. J’ai voulu tirer parti de vos messieurs les gens d’esprit en istes (les encyclopédistes et les économistes), je les ai essayés, j’en ai fait venir, je leur ai quelquefois écrit, ils m’ont ennuyée et ne m’ont pas entendue. Il n’y avait que mon bon protecteur Voltaire. Savez-vous que c’est lui qui m’a mise à la mode ? Il m’a bien payée du goût que j’ai pris toute ma vie à le lire, et il m’a appris bien des choses en m’amusant. » Parmi les romans, Catherine choisissait ceux de Le Sage. Elle aimait Molière et Cor-

[I.292.268]
  1.  Mme Roland, Mémoires, t. III, p. 27. (Paris, Bibliothèque nationale, 1869.)  ↩
  2.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 379-380.  ↩

Le Livre, tome I, p. 269-293

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 269.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 269 [293]. Source : Internet Archive.

neille. « Racine n’est pas mon homme, disait-elle, excepté dans Mithridate. » Rabelais et Scarron lui avaient plu autrefois, mais, en avançant en âge, elle les avait oubliés.

Kant (I724-1804) soutenait que, lorsqu’on est tourmenté par l’insomnie, il suffit le plus souvent de s’appliquer à écarter de son esprit toute idée importune, et de fixer son attention sur des choses indifférentes ou agréables ; il avait coutume, pour s’endormir, de se remémorer « la vie et les écrits de Cicéron, et cet exercice ne manquait jamais de le calmer[269.1] ».

La Harpe (1739-1803) tenait en la plus haute estime Massillon et Fénelon : « Si la raison elle-même, écrit-il, si cette faculté souveraine, émanée de l’intelligence éternelle, voulait apparaître aux hommes sous les traits les plus capables de la faire aimer, et leur parler le langage le plus persuasif, il faudrait qu’elle prit les traits et le langage de l’auteur du Petit Carème ou de celui de Télémaque ». Il divisait les principaux écrivains du xviiie siècle en trois classes : 1º les philosophes, en tête desquels il plaçait Fontenelle, Buffon, Montesquieu, d’Alembert et Condillac ; 2º les moralistes et les économistes : Vauvenargues et Duclos, Quesnay, Linguet, etc. ; 3º ceux qu’il nomme les sophistes, parmi lesquels il compte

[I.293.269]
  1.  Baron Tanneguy de Wogan, Manuel des gens de lettres, p. 463. (Paris, Didot, s. d.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 270-294

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 270.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 270 [294]. Source : Internet Archive.

d’abord Toussaint, l’ex-janséniste devenu encyclopédiste ; puis Helvétius, Diderot ensuite, enfin Boulanger et Jean-Jacques Rousseau[270.1].

Alfieri (1749-1803), le grand poète tragique italien, cite, parmi les livres qui firent sur lui, dans sa jeunesse, le plus d’impression, et eurent le plus d’action sur lui, les Vies de Plutarque et les Essais de Montaigne. Voici ce qu’il dit à ce sujet, dans ses Mémoires[270.2] : « … Pour moi, le livre des livres, celui qui, pendant cet hiver, me fit passer bien des heures de ravissement et de béatitude, ce fut Plutarque, et ses vies des vrais grands hommes. Il en est, celles, par exemple, de Timoléon, de César, de Brutus, de Pélopidas, de Caton, et d’autres encore, que je relus jusqu’à quatre et cinq fois, avec un tel transport de cris, de larmes et parfois de colère, que, s’il y avait eu quelqu’un à m’écouter dans la chambre voisine, on n’eût pas manqué de me croire fou. Souvent, à la lecture de quelques beaux traits de ces grands hommes, je me levais tout hors de moi, et des pleurs de rage et de douleur jaillissaient de mes yeux[270.3], à la seule idée que j’étais né en

[I.294.270]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 382-383.  ↩
  2.  Pages 131-132 et 136-137, trad. Antoine de Latour. (Paris, Charpentier, 1840.)  ↩
  3.  Cf. supra, pp. 166-167, Vauvenargues lisant les Vies de Plutarque : « J’en étais fou… je pleurais de joie, lorsque je lisais ces Vies ; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas et autres » ; etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 271-295

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 271.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 271 [295]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 272.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 272 [296]. Source : Internet Archive.

Piémont, dans un temps et sous un gouvernement où rien de grand ne pouvait se faire ni se dire, et où, tout au plus, pouvait-on stérilement sentir et penser de grandes choses. »

« … Les Essais de Montaigne (si depuis j’ai su penser un peu, je ne le dois peut-être qu’à ce livre), ces sublimes Essais du plus familier des écrivains, m’étaient aussi d’une grande ressource. Divisés en dix petits volumes et devenus pour moi de fidèles et inséparables compagnons de route, ils occupaient exclusivement toutes les poches de ma voiture. Ils m’instruisaient, ils me charmaient, ils flattaient même singulièrement ma paresse et mon ignorance ; car il me suffisait d’en ouvrir au hasard un volume et de le refermer après en avoir lu une page ou deux, pour n’avoir plus moi-même qu’à rêver ensuite sur ces deux pages pendant des heures entières. J’éprouvais bien aussi quelque honte lorsqu’il m’arrivait, à chaque page, de rencontrer deux ou trois passages latins, et que je me voyais forcé d’en chercher le sens dans la note, incapable désormais de comprendre même les plus simples citations en prose, loin de pouvoir entendre celles que Montaigne emprunte sans cesse aux plus grands poètes. Je ne me donnai même plus la peine de l’essayer, j’allai droit à la note. » Etc.[271.1].

[I.295.271]
  1.  Citons encore ces aveux de Victor Alfieri (op. cit., p. 363), terminés par une attestation ou profession de foi, qui va de pair avec celle de Buffon (supra, p. 266, n. 2) : « … C’est à dater de ce jour que commença mon désenchantement de la gloire, qui, depuis, a toujours été en augmentant. Toutefois je persisterai dans la résolution que j’ai prise d’essayer encore pendant dix ou quinze ans, jusqu’à l’approche de ma soixantaine, d’écrire, dans deux ou trois genres, de nouvelles compositions. Je le ferai de mon mieux et avec tout le soin dont je suis capable. Je veux avoir, en mourant ou en vieillissant, l’intime consolation de me dire que, autant qu’il a été en moi, j’ai satisfait à l’art et à moi-même. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 272-296

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 272.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 272 [296]. Source : Internet Archive.

Comme Alfieri, avec qui elle était intimement liée, la comtesse d’Albany (1752-1824) faisait de Montaigne sa lecture habituelle : « C’est mon bréviaire que ce Montaigne, disait-elle[272.1], ma consola-

[I.296.272]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. V, p. 426. Cf. supra, p. 261, ce que Mme du Deffand dit de Montaigne. « … Le livre le plus éminent de notre ancienne littérature, les Essais de Montaigne. » (Charles Nodier, Notice sur Bonaventure des Périers, en tête des Contes et Nouvelles Récréations de Bonaventure des Périers, p. 28 (Paris, Gosselin, 1843). « Philosophe, non de profession, mais par nature, sans programme et sans système, observant toujours et n’enseignant jamais, Montaigne laisse errer sa pensée et sa plume à travers tous les sujets qu’elles rencontrent : jamais on ne s’est aventuré avec un tel bonheur. » (Daunou, ap. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. IV, p. 344.) « … Montaigne, notre plus grand peintre. » (Taine, La Fontaine et ses fables, p. 295.) « Montaigne… Quel charmant, quel commode et quel joli voyageur c’était que cet homme de cabinet qui avait en lui l’étoffe de plusieurs hommes ; quel naturel heureux, curieux, ouvert à tout, détaché de soi et du chez soi, déniaisé, guéri de toute sottise, purgé de toute prévention !… Que d’accortise à tout venant ! que de bon sens partout ! que de vigueur de pensée ! quel sentiment de la grandeur, quand il y a lieu ! que de hardiesse et aussi d’adresse en lui ! J’appelle Montaigne « le Français le plus sage qui ait jamais existé ». (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. II, p. 177.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 273-297

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 273.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 273 [297]. Source : Internet Archive.

tion, et la patrie de mon âme et de mon esprit ! »

Le célèbre orientaliste Anquetil-Duperron (1731-1805), le traducteur du Zend-Avesta et le créateur des études asiatiques en Europe, qui, sans fortune et sans ressources, brûlant d’aller étudier la langue et la religion de Zoroastre, s’enrôla, à vingt-trois ans, comme simple soldat, dans une compagnie expédiée aux Indes, partit avec ces trois volumes dans son sac : la Bible, les Essais de Montaigne et le Traité De la Sagesse de Charron[273.1].

William Pitt (1759-1806), fils de lord Chatham, qui, comme nous l’avons vu[273.2], « s’enchantait de Virgile », se complaisait avec Eschyle ; et son adversaire, Fox (1749-1806), le chef des whigs, se délectait, lui, avec les lettres de Mme de Sévigné[273.3].

Jacques Delille (1738-1813) se passionna d’abord pour le poème de la Religion, de Louis Racine[273.4].

Palissot (1730-1814) considérait le xviiie siècle comme moins fécond en ouvrages de génie que le siècle précédent, mais « il paraît l’emporter du côté des traductions ». Celle de Térence par l’abbé

[I.297.273]
  1.  Edgar Quinet, le Génie des religions, livre II, chap. I, p. 47. (Paris, Chamerot, 1851.)  ↩
  2.  Supra, p. 261.  ↩
  3.  Doudan, Lettres, t. IV, p. 151. (Paris, C. Lévy, 1879. In-18.)  ↩
  4.  Peignot, op. cit., t. I, p. 391. Nous rappelons encore une fois que toutes les particularités et citations dont les sources ne sont pas indiquées sont empruntées à Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩

Le Livre, tome I, p. 274-298

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 274 [298]. Source : Internet Archive.

Lemonnier, des Géorgiques par Delille, de Juvénal par Dusaulx, du Tasse par Charles-François Lebrun, des Métamorphoses d’Ovide par Saint-Ange, « sont très supérieures à toutes celles que nous connaissons ; il en est même qui ne sont pas éloignées de la perfection des originaux ».

Le prince de Ligne (1734-1814), fervent lecteur de Montaigne, l’appelait son oracle. « Voltaire est l’homme que j’aime et admire le plus », disait-il. Il regardait le Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune, « comme le bréviaire des souverains ». Parmi les historiens, « mon favori est Xénophon ; il est pour moi dans ce genre ce que sont les Pline dans le leur, Horace pour la poésie, Cicéron pour l’éloquence, et César pour la guerre…. J’estime Paterculus, Justin et Florus, qui sont les présidents Hénault de ce temps-là ; mais c’est Plutarque, le seul Plutarque au monde qui donne à penser. Cicéron est sans contredit un des plus grands hommes du monde ; en morale, rhétorique, logique, politique, quel homme !… Comme philosophe, Sénèque, réduit à un petit volume, aurait été le premier, après Cicéron et Plutarque…. Regnard marche tout près de Molière, mais il amuse sans corriger ; Molière est moraliste, Regnard n’est que moqueur[274.1]. »

Suard (1732-1817) était passionné pour La Bruyère ;

[I.298.274]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 395-397.  ↩

Le Livre, tome I, p. 275-299

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 275.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 275 [299]. Source : Internet Archive.

il le relisait continuellement, et portait toujours sur lui un petit exemplaire des Caractères : il a d’ailleurs composé une « ex­quise[275.1] » Notice sur la personne et les écrits de La Bruyère, qui figure en tête de plusieurs éditions des œuvres du célèbre moraliste.

Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818), avait une affection particulière pour Corneille et pour Bossuet. Un jour, il dit au précepteur du duc d’Enghien : « Mon cher abbé, j’ai surpris mon petit-fils lisant ce volume de Chaulieu ; faites-lui sentir que cette lecture ne lui convient point…. Qu’il lise Corneille : c’est le bréviaire des princes. »

On sait que Louis XVIII (1755-1824) se plaisait à citer Horace, son auteur de pré­dilection[275.2].

Dès sa prime jeunesse, Napoléon Ier (1769-1821) manifesta « une insatiable passion pour la lecture » : Plutarque, Corneille, Montesquieu, Ossian, étaient ses favoris[275.3]. Plutarque et Ossian ont été tous les deux surtout « ses véritables livres de

[I.299.275]
  1.  L’épithète est de Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 405 : « On doit lire sur La Bruyère trois morceaux essentiels…. Le premier morceau en date est celui de l’abbé d’Olivet dans son Histoire de l’Académie…. Les deux autres… sont une notice exquise de Suard, écrite en 1782, et un Éloge approfondi par Victorin Fabre (1810). »  ↩
  2.  Larousse, Grand Dictionnaire, art. Louis XVIII.  ↩
  3.  Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, novembre 1903, pp. 383 et s. Cette étude, qui remplit de nombreux numéros de la Revue biblio-iconographique, a été très soigneusement faite par M. Mouravit, et peut être considérée comme définitive.  ↩

Le Livre, tome I, p. 276-300

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 276.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 276 [300]. Source : Internet Archive.

chevet[276.1] ». De même qu’Alexandre le Grand serrait précieusement les œuvres d’Homère dans une cassette de cèdre incrustée d’or et de pierreries, Napoléon Ier « faisait à une petite édition anglaise d’Ossian les honneurs de son intimité », et renfermait dans un petit coffret, pour les emporter avec lui, les chants de Fingal et de Temora[276.2].

Gœthe (1749-1832) avait la plus vive admiration pour Molière et pour Voltaire : « Molière est si grand que, chaque fois qu’on le relit, on éprouve un nouvel étonnement. C’est un homme unique ; ses pièces touchent à la tragédie, elles saisissent…. L’Avare surtout, dans lequel le vice détruit toute la piété qui unit le père et le fils, a une grandeur extraordinaire, et est à un haut degré tragique…. Tous les ans, je lis quelques pièces de Molière, de même que de temps en temps je contemple les (des) gravures d’après de grands maîtres italiens[276.3]…. Je connais et j’aime Molière depuis ma jeunesse, et, pendant toute ma vie, j’ai appris de lui. Je ne manque pas de lire chaque année quelques-unes de ses pièces, pour me maintenir toujours en commerce

[I.300.276]
  1.  Tancrède Martel, Œuvres littéraires de Napoléon Bonaparte, t. I, p. xvii. (Paris, Savine, 1888.)  ↩
  2.  P. Christian, Étude sur Ossian, en tête des Poèmes d’Ossian, p. 5 (Paris, Lavigne, 1844) ; et Larousse, Grand Dictionnaire, art. Ossian.  ↩
  3.  Conversations recueillies par Eckermann, trad. Délerot, t. I, pp. 215-216. (Paris, Charpentier, 1863.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 277-301

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 277.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 277 [301]. Source : Internet Archive.

avec la perfection…. Le Misanthrope, que je relis sans cesse comme une des pièces du monde qui me sont les plus chères[277.1]…. »

Et, à propos de Voltaire : « Quand les familles se conservent longtemps, on peut remarquer que la nature produit enfin un individu qui réunit les qualités de tous ses ancêtres, rassemble et exprime dans la perfection toutes les dispositions qui, jusqu’à lui, s’étaient montrées isolées et en germe. Il en est de même pour les nations, dont les mérites ont souvent le bonheur de trouver leur expression dans un individu unique. C’est là ce qui est arrivé pour Louis XIV, le roi français dans toute la force du terme ; cela est arrivé aussi pour Voltaire, le Français suprême, l’écrivain qui a été le plus en harmonie avec sa nation[277.2]. »

« Voltaire, c’est le plus grand homme en littérature de tous les temps ; c’est la création la plus étonnante de l’Auteur de la nature[277.3]. »

Gœthe faisait aussi le plus grand cas du roman

[I.301.277]
  1.  Loc. cit., pp. 322-323.  ↩
  2.  Gœthe, loc. cit., t. II, p. 77, n. 1. Cf. aussi Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XV, p. 210, n. 1 : « Si l’on cherchait un nom… le vrai représentant de l’esprit français dans ce que j’appelle un congrès européen serait Voltaire. Gœthe l’a vu et l’a exprimé avec sa supériorité de critique et de naturaliste…. » Voltaire, « ce diable d’homme (c’est le nom dont on le nomme involontairement)…. » (Sainte-Beuve, op. cit., t. XIII, p. 12.)  ↩
  3.  Gœthe, cité dans les Œuvres complètes de Voltaire, t. VIII, pp. 1125-1126. (Paris, édit. du journal le Siècle, 1870.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 278-302

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 278.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 278 [302]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 279.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 279 [303]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 280.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 280 [304]. Source : Internet Archive.

pastoral de Longus, Daphnis et Chloé, dans la traduction de P.-L. Courier : « Voilà encore un chef-d’œuvre que j’ai souvent lu et admiré, où l’on trouve l’intelligence, l’art, le goût poussés à leurs dernières limites, et qui fait un peu descendre le bon Virgile…. On fait bien de lire ce livre une fois tous les ans ; on y apprend toujours, et l’on ressent toujours toute fraîche l’impression de sa rare beauté[278.1]. »

Le savant helléniste et philologue Coray (1748-1833) recommençait chaque année, au premier de l’an, la lecture d’Homère et celle d’Hippo­crate[278.2].

Le législateur Sieyès (1748-1836) et l’idéologue Destutt de Tracy (1754-1836) « lisaient perpétuellement Voltaire : arrivés au dernier tome, ils reprenaient le premier et recom­mençaient[278.3] ».

Chateaubriand (1768-1748) a dit[278.4] : « Pascal et Bossuet[278.5], Molière et La Fontaine sont quatre hommes

[I.302.278]
  1.  Conversations recueillies par Eckermann, t. II. pp. 272 et 280.  ↩
  2.  Sainte-Beuve, les Cahiers de Sainte-Beuve, p. 199.  ↩
  3.  « On raconte que Sieyès et M. de Tracy lisaient perpétuellement Voltaire : quand la lecture était finie, ils recommençaient ; ils disaient l’un et l’autre que tous les principaux résultats étaient là. » (Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. II, p. 437. Voir aussi même tome, p. 184, n. 1.)  ↩
  4.  Génie du Christianisme, livre IV, chap. v, t. II, p. 40, n. 1. (Paris, Didot, 1865. In-18.)  ↩
  5.  Les mérites de Bossuet historien et philosophe, — jadis si surfait, aujourd’hui si en dehors de notre société démocratique et des idées modernes, si redondant et si creux, — ont été plus d’une fois contestés. Voir, entre autres, l’appréciation d’Émile de Labédollière et de Georges Avenel, dans leur édition des Œuvres complètes de Voltaire (t. II, p. 1 ; Paris, Journal le Siècle, 1867) : « Bossuet, prêtre et homme d’État, avait osé, dans son Discours sur l’histoire universelle, fabriquer une histoire selon son Église, selon sa politique, et toute à l’usage de la cour où il vivait et des princes qu’il éduquait ; il avait confisqué l’humanité entière à son profit et au leur ; il l’avait concentrée, emprisonnée dans Israël » ; etc. Mais on n’a rien écrit de plus topique, de plus catégorique et de plus net sur l’éloquent rhéteur, « l’aigle de Meaux », que cette lettre d’Ernest Renan à Alphonse Peyrat, datée de Paris, 8 avril 1856 (ap. Adolphe Brisson, Portraits intimes, pp. 100-102) : « Monsieur, je vous remercie bien vivement de vos beaux articles sur Bossuet, que j’ai reçus et lus avec le plus grand intérêt. Je vous félicite d’avoir osé attaquer avec tant de franchise et de vigueur une idole de l’admiration routinière. Les influences combinées du clergé, de l’Université et de la littérature rhétoricienne avaient élevé autour de Bossuet une sorte d’enceinte sacrée que vous percez avec autant d’audace que de bonheur. Pour ma part, la destruction de cette superstition-là (dans la mesure, bien entendu, où une superstition se détruit) a toujours été une de mes idées fixes. Vous venez de réaliser ce que j’aurais voulu faire, vingt fois mieux que je ne l’aurais fait : vos preuves sont décisives, et votre exposition pleine de force (et ?) d’habileté. J’attends avec impatience la seconde série d’articles où vous examinerez comme écrivain celui dont vous avez détruit le prestige comme homme. Montrez hardiment ce qu’il a fallu de naïveté et de confiance dans les rhéteurs pour accepter comme des chefs-d’œuvre un ouvrage aussi puéril que l’Histoire universelle, qui, de nos jours, mériterait à peine de figurer parmi les ouvrages destinés à un pensionnat de religieuses ; la Politique tirée de l’Écriture, ignoble parodie de la Bible au profit de Louis XIV, l’Histoire des variations, fondée tout entière sur un sophisme évident ; les écrits philosophiques, vrais cahiers de collège, sans aucune valeur ; les écrits sur l’Écriture sainte, pleins d’une exégèse arriérée, à une époque où une critique meilleure se faisait jour avec Richard Simon. Les persécutions suscitées par Bossuet à ce grand homme, si supérieur à son temps dans le domaine de la science sacrée, m’ont toujours semblé caractéristiques de l’esprit absolu et borné de l’Église gallicane et de la Sorbonne en particulier. Pour tout ce qui est de la méthode et du fond des connaissances, Bossuet n’est en réalité qu’un sorbonniste encroûté ; je ne crois pas exagérer en ne lui laissant absolument que le mérite d’orateur. Celui-là, il le possède à un haut degré ; s’il se fût contenté du rôle d’un Mascaron ou d’un Fléchier, on eût pu l’accepter comme le premier des maîtres en éloquence classique ; mais la prétention de résoudre avec de la rhétorique les plus graves problèmes de la religion, de la politique, de l’histoire, de la philosophie, est insoutenable. C’est en flattant les mauvaises tendances de l’esprit français, toujours séduit par la pompe du langage et par une prétendue apparence de sens commun, que Bossuet est arrivé chez nous à cette espèce de dictature intellectuelle que vous lui avez si victorieusement contestée. Recevez de nouveau, monsieur, mes félicitations pour votre acte de courage (je ne crois pas trop dire en employant ce mot), et croyez aux sentiments infiniment distingués avec lesquels je suis…. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 279-303

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 279.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 279 [303]. Source : Internet Archive.

tout à fait incomparables et qu’on ne retrouvera plus. Si nous ne mettons pas Racine dans ce nombre, c’est qu’il a un rival dans Virgile. »

Le Livre, tome I, p. 280-304

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 280.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 280 [304]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 281.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 281 [305]. Source : Internet Archive.

Le savant géographe et critique Walckenaer (1771-1852) disait que « les quatre morceaux de poésie latine où brille toute la majesté romaine, et, à ce point de vue, préférables à tous les autres, sont : le Prologue, de Laberius[280.1] ; l’Épithalame de Thétis et Pelée, de Catulle ; la Consolation (anonyme) adressée à Livie sur la mort de son fils ; et l’Héroïde de Cornélie à Paulus, par Properce ».

[I.304.280]
  1.  Decimus Junius Laberius, auteur comique latin, qui vivait environ 50 ans avant Jésus-Christ, a composé une quarantaine de mimes (pièces — tragédies ou comédies — satiriques), dont on a conservé les titres. Laberius, dont le style était d’une âpreté rude et mordante, avait sans doute irrité César, car le dictateur, durant les fêtes de son triomphe, le contraignit à monter sur la scène, au prix de cinq cent mille sesterces, et à jouer lui-même dans ses mimes. Laberius s’exécuta, la mort dans l’âme ; mais son indépendance retrouva toute sa fierté moqueuse dans le Prologue de sa pièce, chef-d’œuvre de persiflage et de douloureuse protestation, conservé par Macrobe dans ses Saturnales (cf. Eugène Talbot, Histoire de la littérature romaine, pp. 160 et s.), où figure un fragment de ce Prologue, « pièce d’un goût exquis, que Rollin n’a pas dédaigné de critiquer et de traduire » dans son Traité des études, De la poésie, livre III, chap. i, art. 2 ; t. I, pp. 247-249 (Paris, Didot. 1883).  ↩

Le Livre, tome I, p. 281-305

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 281.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 281 [305]. Source : Internet Archive.

Henri Heine (1797-1856) aimait Don Quichotte « jusqu’aux larmes ». C’était le premier livre qu’il avait lu tout enfant, dès qu’il avait su son alphabet, et l’impression qu’il avait ressentie de cette première lecture lui était demeurée ineffaçable[281.1].

Guizot (1787-1874) lisait chaque soir quelques sonnets de Pétrarque « pour se rasséréner l’esprit » ; et Thiers (1797-1877) se délassait avec les Oraisons funèbres de Bossuet[281.2].

« J’avoue ma prédilection, écrit l’académicien Silvestre de Sacy (1801-1879) ; de tous les grands

[I.305.281]
  1.  Bardoux, le Magasin pittoresque, février 1887, p. 63.  ↩
  2.  « M. Guizot me disait un jour que, tous les soirs, au milieu de ses travaux et de ses affaires, il lisait les Sonnets de Pétrarque pour se rasséréner l’esprit. Je crois que les ministres d’aujourd’hui lisent bien rarement Pétrarque ou Dante. Tout en menant leur train de guerre, lord Chatham s’enchantait de Virgile, M. Pitt des chœurs d’Eschyle, M. Fox des lettres de Mme de Sévigné, M. Thiers des oraisons de Bossuet. » (Doudan, Lettres, t. IV, p. 151.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 282-306

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 282.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 282 [306]. Source : Internet Archive.

hommes de l’antiquité, celui qui, tout compensé, me paraît avoir réuni le plus de nobles et de belles qualités, c’est Cicéron, Cicéron orateur, philosophe, hommes de lettres, Cicéron homme d’État[282.1]. »

Auguste Vacquerie (1819-1895), l’auteur de Tragaldabas, plaçait au-dessus de tous les écrivains Victor Hugo et Shakespeare. « On plaint, disait-il[282.2], les peuples qui sont six mois de l’année sans voir le soleil, et la plupart des hommes sont toute la vie sans voir Shakespeare[282.3]. »

Le romancier Alphonse Daudet (1840-1897), dans les dernières années de sa vie, avait arrêté son choix sur Montaigne, et faisait des Essais son unique livre de chevet[282.4].

[I.306.282]
  1.  Variétés littéraires, t. I, p. 16. Voir aussi supra, p. 11, note.  ↩
  2.  Profils et Grimaces, p. 318.  ↩
  3.  « … Mais il s’est produit des grands hommes littéraires tout à fait en dehors de cette tradition (de la tradition littéraire, la tradition classique). Nommez-les. Je n’en sais qu’un, et bien grand, en effet, Shakespeare ; et celui-là, êtes-vous bien sûr qu’il est tout à fait en dehors ? N’avait-il pas lu Montaigne et Plutarque, ces copieux répertoires, ou mieux, ces ruches de réserve de l’antiquité, où tant de miel est déposé ? Poète admirable et le plus naturel sans doute depuis Homère (quoique si diversement), de qui l’on a pu écrire avec raison qu’il a une imagination si créatrice et qu’il peint si bien, avec une si vaillante énergie, tous les caractères, héros, rois, et jusqu’aux cabaretiers et aux paysans, « que, si la nature humaine venait à être détruite et qu’il n’en restât plus aucun autre monument que ses seuls ouvrages, d’autres êtres pourraient savoir par ses écrits ce qu’était l’homme ! » (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XV, p. 366.)  ↩
  4.  Renseignement personnel.  ↩

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