Tome IHistorique › II. Prédilections particulières et auteurs préférés

Le Livre, tome I, p. 245-269

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 245.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 245 [269]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 246.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 246 [270]. Source : Internet Archive.

l’huma­nité »[245.1], La Fontaine de « vieillard égoïste » et de « philosophe cynique » aussi[245.2], se montre indul-

[I.269.245]
  1.  « Rabelais, de qui découlent les Lettres françaises, » disait, au contraire, Chateaubriand. (Cf. Sainte-Beuve, op. cit., t. XI, p. 502.) « … Rabelais, un écrivain si ample, si complet et si maître en sa manière de dire (pour ne le prendre que par cet endroit) qu’il y aurait vraiment à le comparer à Platon, si l’on ne voyait en lui que la forme, et non ce qu’il y a mis, et que l’on pourrait avancer sans blasphème que la langue de Massillon (encore une fois, je parle de la langue uniquement) n’est, par rapport à celle de Rabelais, qu’une langue plutôt de corruption, de mollesse déjà commençante et de décadence. » (Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. I, p. 29.) « A Pantagruel commence à poindre la liberté, et j’ose dire la morale. Pantagruel est l’écrasement de l’idéal, le précurseur de Voltaire, la Révolution…. Nous avons entendu M. de Lamartine traiter Rabelais d’infâme cynique ! Pareille insulte devait lui venir du plus mou et du plus efféminé de nos idéalistes. Rabelais est chaste entre tous les écrivains, et Pantagruel honorable entre tous les héros. » (Proudhon, De la Justice dans la Révolution, t. III, p. 315. Bruxelles, Lacroix, 1868.) « … Sans doute, ils (les livres de Rabelais) ne sont pas lecture de jeunes femmes ; mais ils ne contiennent pas un atome d’immoralité. L’immoralité littéraire est dans les peintures lascives et dans les narrations complaisantes d’actes honteux. De ces narrations et de ces peintures il n’y en a pas une, je dis pas une, dans Rabelais. » Etc. (Émile Faguet, Seizième Siècle, p. 125.) « Parlez- moi de Rabelais, voilà mon homme ! Que de profondeur, que de verve ! Que Voltaire, près de lui, est un petit garçon ! Montaigne lui-même n’en approche pas…. Rabelais, sous sa robe de bateleur, avait le mal en haine, et c’était tout un monde nouveau que sa sublime folie aspirait à créer. Il n’y a point, dans notre langue ni dans aucune langue, d’ouvrage plus sérieux que le sien. Il l’est quelquefois jusqu’à effrayer. » (Lamennais, Correspondance, lettre au baron de Vitrolles, ap. Jules Levallois, Revue bleue, 2 juin 1894, p. 680.)  ↩
  2.  Sur ces divers qualificatifs, cf. Proudhon, op. cit., t. III, p. 315 ; Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, p. 502 ; et Lamartine, Premières Méditations, Préface, pp. 5-6. De même que tout à l’heure pour Rabelais, donnons ici, en note, pour La Fontaine, un correctif aux brutales épithètes de Lamartine : « Il y a, dans La Fontaine, une plénitude de poésie qu’on ne trouve nulle part dans les autres auteurs français. » (Joubert, Pensées, t. II, p. 379.) « … Elle (la postérité) reconnaît La Fontaine pour l’auteur qui a le plus reproduit en lui et dans sa poésie toute réelle les traits de la race et du génie de nos pères, et, si un critique plus hardi que Voltaire (ce critique, le premier en date, est Joubert : cf. Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. II, p. 315) vient à dire : « Notre véritable Homère, l’Homère des Français, qui le croirait ? c’est La Fontaine, » cette postérité y réfléchit un moment, et elle finit par répondre : « C’est vrai ». (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VII, p. 519.) « C’est La Fontaine qui est notre Homère, » (Taine, La Fontaine et ses fables, p. 46.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 246-270

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 246.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 246 [270]. Source : Internet Archive.

gent et doux en se contentant d’appeler Horace « une mauvaise rencontre ».

Bourdaloue (1633-1704) relisait tous les ans saint Paul, saint Chrysostome et Cicéron.

Bayle (1647-1706) tomba malade, à dix-neuf ans, par suite de ses excès de lecture ; il lisait tout ce qu’il rencontrait sous sa main, mais relisait Plutarque et Montaigne de préfé­rence[246.1]. Dans une lettre datée de Genève et adressée à son frère, il fait cet aveu[246.2] : « Le dernier livre que je vois (que je lis) est celui que je préfère à tous les autres ». Et il ajoute : « Il est certain que jamais amant volage n’a plus souvent changé de maîtresse, que moi de livres ». Il en était

[I.270.246]
  1.  Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 366.  ↩
  2.  Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. I, p. 369.  ↩

Le Livre, tome I, p. 247-271

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 247 [271]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248 [272]. Source : Internet Archive.

de même du poète allemand Wieland (1733-1813) : le dernier livre lu lui semblait le plus beau ; ce qui faisait dire à Gœthe[247.1] : « Tâchons de ne pas ressembler à Wieland… et gardons-nous de sa délicate mobilité, par suite de laquelle la dernière chose qu’il lisait effaçait pour ainsi dire tout ce qui avait précédé ».

Boileau (1636-1711) plaçait en première ligne Homère ; puis venait Térence. Il donnait le pas aux anciens sur les modernes, à l’exception d’un seul auteur, Pascal, qu’il mettait à côté des plus grands. « Mon Père, disait Boileau au Père Bouhours, lisons les Lettres provinciales, et, croyez-moi, ne lisons pas d’autres livres. » Le jésuite Bouhours ne devait pas être tout à fait de l’avis de Boileau[247.2].

Malebranche (1638-1715), ayant lu par hasard le Traité de l’homme de Descartes, en fut vivement frappé, aussi vivement que La Fontaine des vers de Malherbe ; il abandonna toute autre étude pour la philosophie de Descartes, et consacra le reste de ses jours à la méta­physique[247.3].

[I.271.247]
  1.  Conversations recueillies par Eckermann, t. II. p. 329.  ↩
  2.  Je rappelle que les détails et les citations sans indications de sources proviennent de Peignot, Manuel du bibliophile, t. I, pp. 29-413.  ↩
  3.  Notons que le célèbre philosophe oratorien n’avait, en revanche, aucun goût pour l’histoire et la tenait en très piètre estime. « … Presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes. Malebranche, à cet égard, avait raison de dire qu’il ne faisait pas plus de cas de l’histoire que des nouvelles de son quartier. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Ana, Anecdotes ; t. I, p. 97. Paris, édit. du Siècle, 1867.) Voltaire disait, lui (op. cit., art. Donation ; t. I, p. 306) : « L’histoire n’est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommodés du bien d’autrui ». Nous verrons plus loin (p. 263) Mme du Deffand nous dire que « tout ce qui est histoire d’une nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit ». « .… Si l’on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant votre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années ? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans ; la seule différence, c’est que ces derniers sont plus amusants. » (Madame, duchesse d’Orléans, princesse Palatine, lettre du 31 mars 1718, Correspondance, t. I, p. 389. trad. G. Brunet. Paris, Charpentier, 1869.) Le traducteur de cette correspondance ajoute en note à cet endroit : « L’idée que Madame indique ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l’abbé Lancelloti : Farfalloni degli antichi historici, Venetia, 1736 (1636). Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de l’histoire ancienne et profane, 2 vol. in-12. L’auteur a réuni, pour en montrer l’absurdité, toutes les fables, tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l’emploi du vinaigre dont Annibal fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu’avala Cléopâtre. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 248-272

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 248 [272]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249 [273]. Source : Internet Archive.

Leibnitz[248.1] (1646-1716) faisait, dit-on, consister toute sa bibliothèque dans les œuvres de Platon, d’Aristote, de Plutarque, de Sextus Empiricus[248.2], d’Euclide,

[I.272.248]
  1.  La véritable orthographe, conforme à la signature, est Leibniz. « Les lettres autographes qui nous restent de ce génie incomparable sont toutes signées Leibniz. » (Hœfer, Nouvelle Biographie.) Cf. aussi Michaud, Biographie universelle ; Larousse, Grand Dictionnaire ; la Grande Encyclopédie ; etc.  ↩
  2.  Sextus Empiricus, philosophe, astronome et savant médecin grec, originaire de Mitylène (fin du iie siècle), ainsi surnommé parce qu’il avait adopté l’empirisme en médecine. Il a été l’apologiste du scepticisme, qui, selon lui, devait conduire au repos de l’âme et à un équilibre parfait de la raison. (Cf. Eugène Talbot, Histoire de la littérature grecque, p. 321.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 249-273

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 249 [273]. Source : Internet Archive.

d’Archimède, de Pline (l’Ancien), de Cicéron et de Sénèque (le Philo­sophe ?)[249.1]. Jeune, lorsqu’il étudiait les langues anciennes, il donnait la préférence à Tite-Live et à Virgile, et, dans sa vieillesse, il pouvait encore réciter Virgile presque tout entier mot pour mot[249.2].

Charles XII, roi de Suède, (1682-1718), avait pour Quinte-Curce une prédilection particulière, due à son vif désir de ressembler au héros de cet historien.

Le célèbre marin et ingénieur militaire Renau d’Éliçagaray, dit Petit-Renau (1652-1719), collaborateur et ami de Vauban, manifestait, paraît-il, une aversion prononcée pour tous les livres, à l’exception d’un seul, la Recherche de la vérité, de Malebranche[249.3].

L’érudit Pierre-Daniel Huet, évêque de Soissons, puis d’Avranches (1630-1721), nous apprend « qu’il avait coutume, — dans sa jeunesse tout au moins, — chaque printemps, de relire Théocrite sous l’ombrage renaissant des bois, au bord d’un ruisseau et au chant du rossignol[249.4] ».

[I.273.249]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 194.  ↩
  2.  Id., ibid. ; et Fontenelle, Éloge de M. Leibnitz, Œuvres choisies, t. III, p. 183. (Paris, Jouaust, 1883.)  ↩
  3.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, p. 366.  ↩
  4.  Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. III, pp. 49 et 452.  ↩

Le Livre, tome I, p. 250-274

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 250.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 250 [274]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251 [275]. Source : Internet Archive.

Louis de Longuerue, savant critique (1652-1723), estimait si peu les poètes, qu’à sa mort on n’en trouva pas un seul dans sa bibliothèque. Il les considérait comme des écrivains frivoles, qui n’apprennent rien : quand on a quelque chose à dire, on le dit en prose[250.1]. L’abbé de Longuerue avait cependant lu beaucoup de poèmes, et, dans une conversation qu’il eut un jour avec Louis Racine, il passa en revue les principaux poètes, et dit son fait à chacun. Il n’épargna que l’Arioste : « Pour ce fou-là, il m’a quelquefois amusé ». Cette antipathie pour les vers et pour les poètes se retrouve chez d’autres grands écrivains, chez Pascal, par exemple[250.2]. Duclos, quand

[I.274.250]
  1.  « Pour écrire en prose, il faut absolument avoir quelque chose à dire. Pour écrire en vers, ce n’est pas indispensable. » (Mme Ackermann, Pensées d’une solitaire, p. 26.) « La poésie est un mensonge. Les gens qui veulent dire nettement leur pensée la disent en prose. » (Louis Ulbach, la Confession d’un abbé, p. 80.)  ↩
  2.  Cf. Pensées, Art. VII, § 25 (Œuvres complètes, t. I, p. 289 ; Paris, Hachette, 1860 ; in-18) : « On ne sait pas en quoi consiste l’agrément, qui est l’objet de la poésie. » Etc. Parmi les dépréciateurs de la rime et des vers, on cite encore Malebranche, La Motte et l’abbé Prévost…. Stendhal en voulait particulièrement au vers alexandrin, qu’il prétendait n’être souvent qu’un cache-sottise, et comparait « à une paire de pincettes brillantes et dorées, mais droites et roides ». (Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. II, p. 178, n. 1 ; Causeries du lundi, t. IX, p. 317 ; et Tableau de la poésie française au xvie siècle, p. 61, n. 2 (Paris, Charpentier, 1869). « … Malgré son essai de tragédie en vers de Cromwell, malgré les deux fragments versifiés reproduits dans ses Œuvres complètes, H. de Balzac affirmait n’avoir jamais pu assouplir sa plume à écrire de ces phrases en lignes inégales, terminées chacune par une assonance. Il avait peut-être, sur la versification, les mêmes idées que Stendhal, lequel disait qu’un rimeur lui faisait l’effet d’un homme qui, ayant l’usage de ses deux jambes, s’astreindrait à marcher à clochepied. » (Julien Lemer, Balzac, sa vie, son œuvre, p. 247. Paris, Sauvaitre, 1892.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 251-275

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 251 [275]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252 [276]. Source : Internet Archive.

il rencontrait quelques passages poétiques très remarquables, disait : « Cela est beau comme de la prose[251.1] ».

L’académicien Claude-François Fraguier (1666-1728) aimait passionnément Homère. La première fois qu’il le lut, il souligna au crayon les passages qui le frappaient le plus ; la seconde fois, il fut surpris de retrouver des beautés qu’il n’avait pas aperçues d’abord, il les souligna encore. A la troisième lecture, nouveaux passages admirés qui semblaient lui reprocher une injuste préférence dans les deux premières lectures. Il en fut de même à la quatrième et à la cinquième, de sorte qu’à la sixième le livre se trouva presque souligné d’un bout à l’autre[251.2].

[I.275.251]
  1.  « Ce mot de Duclos fait tout à fait contraste avec celui de Voltaire, qui est si connu : « Entrez, entrez, monsieur, je ne fais que de la vile prose » ; et avec cet autre de l’abbé Delille, à qui M. Walckenaer faisait observer qu’un de ses beaux vers du poème de l’Imagination était pris mot à mot dans la belle prose des Études de la nature de Bernardin de Saint-Pierre : « Ce qui n’a été dit qu’en prose n’a jamais été dit ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 200, n. 1.)  ↩
  2.  A propos d’Homère, rappelons ce mot célèbre : « Lorsque j’ai lu Homère, j’ai cru avoir vingt pieds de haut, » disait le sculpteur Bouchardon. (Ap. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Épopée ; t. I, p. 346 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1867.) Voici textuellement le propos naïf de Bouchardon : « Il y a quelques jours qu’il m’est tombé entre les mains un vieux livre français que je ne connaissais point ; cela s’appelle l’Iliade d’Homère. Depuis que j’ai lu ce livre-là, les hommes ont quinze pieds (de haut) pour moi, et je ne dors plus. » (Note de Georges Avenel, ap. Voltaire, ibid.).  ↩

Le Livre, tome I, p. 252-276

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 252 [276]. Source : Internet Archive.

L’évêque de Rochester Atterbury (1662-1732) savait par cœur tous les bons auteurs du siècle d’Auguste, mais il donnait la préférence à Virgile. Parmi nos livres, ceux qu’il estimait le plus étaient les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, l’Histoire universelle de Bossuet, le Télémaque de Fénelon ; puis Rollin, La Fontaine, Boileau, Jean-Baptiste Rousseau, Molière et Racine.

Le maréchal de Villars (1653-1734) aimait tant les poésies d’Horace qu’il en avait toujours un exemplaire dans sa poche[252.1].

Le maréchal et vice-amiral d’Estrées (1660-1737) partageait ce culte pour Horace, et emportait toujours avec lui, dans ses voyages sur mer, les œuvres de ce poète.

Jean-Baptiste Rousseau (1671-1740), passant en revue, dans son épître à Clément Marot, les poètes latins qu’il faut, avant tous autres,

consulter,
Lire, relire, apprendre, méditer,

nomme Virgile, Ovide, Horace, Catulle et Tibulle.

Rollin (1661-1741) se sentait le plus vif attrait

[I.276.252]
  1.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XIII, p. 125.  ↩

Le Livre, tome I, p. 253-277

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253 [277]. Source : Internet Archive.

pour les Vies des hommes illustres de Plutarque, et il faisait de quelque tome de cet ouvrage son compagnon de promenade habituel.

Jonathan Swift (1667-1745), l’auteur des Voyages de Gulliver, avait pris « l’amère habitude de relire, chaque fois que l’année ramenait le jour de sa naissance, le chapitre de l’Écriture où Job déplore la sienne, et maudit cette nuit fatale où l’on annonça dans la maison de son père qu’un enfant mâle était né ». Ce qui n’empêchait pas cet impitoyable pessimiste de déclarer que « la meilleure méthode, en cette vie, est de prendre son café quand on le peut, et de s’en passer gaiement quand on ne le peut pas[253.1] ».

Saint-Hyacinthe, l’auteur du Chef-d’œuvre d’un inconnu (1684-1746), disait que, pour former une excellente bibliothèque, il ne faut que joindre les ouvrages de Plutarque à ceux de Platon et de Lucien, les livres de ces trois hommes devant être regardés comme la source de la sagesse, du savoir, et des grâces en tous genres. Pour l’étude des mœurs modernes, il ajoutait à ces trois noms celui de La Bruyère.

Le chancelier Daguesseau (1668-1751) ne passait jamais un jour sans ouvrir l’Écriture sainte[253.2]. Il esti-

[I.277.253]
  1.  Prévost-Paradol, Jonathan Swift, sa vie et ses œuvres, en tête des Voyages de Gulliver, t. I, pp. 8 et 39. (Paris, Bibliothèque nationale, 1868.)  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 215.  ↩

Le Livre, tome I, p. 254-278

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 254.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 254 [278]. Source : Internet Archive.

mait la quatorzième lettre des Provinciales de Pascal un chef-d’œuvre d’éloquence égal à tout ce que l’antiquité a le plus admiré[254.1]. Dans les Instructions qu’il adresse à son fils, on voit quelles lectures il lui conseille : ce sont, par exemple, la seconde partie du Discours sur l’histoire universelle de Bossuet, divers ouvrages[254.2] de Grotius, de Pufendorff, de Domat, d’Arnauld, de Malebranche, Nicole, Quintilien, etc.

Montesquieu (1689-1755) faisait de Tacite sa lecture favorite. « J’avoue, dit-il[254.3], mon goût pour les anciens ; cette antiquité m’enchante, et je suis toujours prêt à dire avec Pline : « C’est à Athènes que vous allez ; respectez les dieux ». Il faisait particulièrement cas de Télémaque, « l’ouvrage divin de ce siècle, Télémaque, dans lequel Homère semble res­pirer[254.4] ». Eschyle, Euripide, Sophocle, Plutarque, Aristote, Platon, Cicéron, Suétone, Virgile, etc., étaient encore au nombre de ses favoris. « Deux chefs-d’œuvre : la mort de César dans Plutarque, et celle de Néron dans Suétone, » écrit-il[254.5]. Parmi les modernes, il estimait particulièrement Crébillon : « Nous n’avons pas d’auteur tragique

[I.278.254]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 172.  ↩
  2.  Ces ouvrages, ou sections d’ouvrages, sont indiqués par Peignot, op. cit., t. I, pp. 217-218.  ↩
  3.  Pensées diverses, Des anciens. (Œuvres complètes, t. II, p. 424 ; Paris, Hachette, 1866.)  ↩
  4.  Op. cit., ibid.  ↩
  5.  Op. cit., p. 425.  ↩

Le Livre, tome I, p. 255-279

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 255.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 255 [279]. Source : Internet Archive.

qui donne à l’âme de plus grands mouvements, qui nous arrache plus à nous-mêmes[255.1], » etc. « Je me souviens qu’en sortant d’une pièce intitulée Ésope à la cour[255.2], je fus si pénétré du désir d’être plus honnête homme, que je ne sache pas avoir formé une résolution plus forte[255.3]. » « Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit ; dans Montaigne, l’homme qui pense[255.4]. » « Les Maximes de La Rochefoucauld sont les proverbes des gens d’esprit[255.5]. » « Un honnête homme (Rollin) a, par ses ouvrages d’histoire, enchanté le public. C’est le cœur qui parle au cœur…. C’est l’abeille de la France[255.6]. » « Fontenelle, autant au-dessus des autres hommes par son cœur, qu’au-dessus des hommes de lettres par son esprit[255.7]. » « Les quatre grands poètes, Platon, Malebranche, Shaftesbury, Montaigne[255.8]. »

Fontenelle (1657-1757) appréciait très hautement l’Imitation de Jésus-Christ, qu’il a ainsi qualifiée, dans sa Vie de Corneille[255.9] : « Ce livre, le plus beau qui soit parti (sic) de la main d’un homme, puisque l’Évangile n’en vient pas ».

L’Imitation de Jésus-Christ était aussi un des

[I.279.255]
  1.  Op. cit., Des modernes, p. 426.  ↩
  2.  De Boursault.  ↩
  3.  Op. cit., p. 426.  ↩
  4.  Op. cit., p. 426.  ↩
  5.  Op. cit., p. 426.  ↩
  6.  Op. cit., p. 427.  ↩
  7.  Op. cit., p. 428.  ↩
  8.  Op. cit., p. 432.  ↩
  9.  En tête des Œuvres complètes de P. Corneille, t. I, p. 5. (Paris, Didot, 1886. In-8.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 256-280

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 256.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 256 [280]. Source : Internet Archive.

livres de prédilection du prince Eugène (1663-1736) : il la portait toujours sur lui, dans ses expéditions mili­taires[256.1].

Le marquis René-Louis d’Argenson (1694-1757) affectionnait particulièrement le chef-d’œuvre de Cervantès : « J’aimais Don Quichotte à le relire vingt fois dans ma vie », disait-il[256.2].

Le médecin Camille Falconet (1671-1762) disait que si on ne lui permettait de choisir que quatre volumes dans sa bibliothèque (qui en comptait près de vingt mille), il prendrait d’abord la Bible, puis ces trois maîtres : maître François, maître Michel et maître Benoît : c’est ainsi qu’il désignait Rabelais, Montaigne et Spinoza[256.3].

Le dauphin Louis (1729-1765), père de Louis XVI, faisait de Cicéron et d’Horace sa lecture favorite : il savait presque entièrement par cœur les œuvres d’Horace. Il avait appris seul la langue anglaise, et lisait Locke avec tant d’intérêt qu’il le plaçait sous son chevet.

Jacques Douglas, médecin anglais (1707-1768), professait pour Horace la plus grande admiration. Sa bibliothèque était uniquement composée d’éditions de cet auteur : il en possédait quatre cent cinquante, dont la première datait de 1476, et la dernière de 1739,

[I.280.256]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 276.  ↩
  2.  Cf. supra, p. 161 ; et Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 150.  ↩
  3.  Peignot, op. cit., t. I, p. 280.  ↩

Le Livre, tome I, p. 257-281

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 257.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 257 [281]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.

époque à laquelle il en publia le catalogue. Un autre amateur, le comte de Solms, s’est aussi spécialement occupé d’Horace ; il possédait dans sa bibliothèque plus de huit cents ouvrages, comprenant soit des éditions de ce poète, soit des études publiées sur lui.

Le pape Clément XIV (Ganganelli : 1705-1774) récitait de mémoire les plus beaux passages des poètes anciens ; et, parmi les poètes d’Italie, donnait la palme à l’Arioste, à Dante, au Tasse, à Pétrarque et à Métastase[257.1].

L’historiographe Poullain de Saint-Foix (1698-1776) « faisait son idole de Corneille[257.2] ».

Dans son poème la Chartreuse, Gresset (1709-1777) donne la liste des auteurs qui composent sa bibliothèque : Anacréon et Horace,

Chapelle, Chaulieu, Pavillon,
Et la naïve Deshoulières…

Le Tasse et Milton ensuite ; et Saint-Réal et Montaigne

Entre Sénèque et Lucien ;
Saint-Évremond les accompagne…
La Rochefoucauld, La Bruyère,
Viennent embellir l’entretien.

Le président de Brosses (1709-1777), qui, « dès le bas âge, donnait la préférence à un livre sur tous les jouets[257.3], » avait une prédilection particulière

[I.281.257]
  1.  Peignot, op. cit., t. I, p. 199, n. 1.  ↩
  2.  Id., op. cit., t. I, p. 282.  ↩
  3.  R. Colomb, Essai sur la vie et les écrits du président de Brosses, en tête des Lettres familières écrites d’Italie, par Charles de Brosses, t. I, p. x. (Paris, Didier, 1858.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 258-282

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 258 [282]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259 [283]. Source : Internet Archive.

pour Salluste, prédilection qui avait commencé sur les bancs de l’école. Elle lui fit prendre la résolution « non seulement de traduire ce qui nous reste de cet historien, mais encore de recomposer son Histoire romaine, » dont il ne reste plus que des lambeaux. C’est principalement pour compléter ses études sur Salluste que le président de Brosses entreprit son voyage en Italie (de 1739 à 1740), dont il nous a laissé, dans ses Lettres familières, une si intéressante et si curieuse relation. Son Salluste l’occupa toute sa vie, et il ne publia ce travail que l’année même de sa mort, en 1777[258.1].

Voltaire (1694-1778) avait toujours sur sa table l’Athalie de Racine et le Petit Carême de Massillon[258.2].

[I.282.258]
  1.  R. Colomb, op. cit., pp. xii, xiii, xlii. « … Comment exprimer en peu de mots la vivacité de l’intérêt et la préférence, en quelque sorte monomane, qu’inspirait Salluste à M. de Brosses ? Quand on songe qu’il a mis plus de quarante années à le compléter, le traduire, l’expliquer, à disputer à l’oubli des siècles jusqu’aux plus faibles débris des pensées de son auteur ; enfin qu’il a dépensé peut-être cinquante mille francs à dépouiller le corps entier des anciens grammairiens, dont les manuscrits sont disséminés dans les principales bibliothèques de l’Europe, à faire dessiner et graver des bustes, des médailles, des plans de batailles, des cartes géographiques, il est impossible de ne pas accorder quelque estime à une telle entreprise. Peu de personnes savent, au juste, ce que M. de Brosses a fait pour Salluste ; » etc. (Id., ibid., p. xxxvi.)  ↩
  2.  Le fait est attesté par d’Alembert, qui dit, dans son Éloge de Massillon : « Le plus célèbre écrivain de notre nation et de notre siècle (Voltaire) faisait des sermons de ce grand orateur une de ses lectures les plus assidues. Massillon était pour lui le modèle des prosateurs, comme Racine celui des poètes, et il avait toujours sur la même table le Petit Carême et Athalie », Sans indiquer d’autorité ni de source, Charles Nodier (Questions de littérature légale, p. 117 ; Paris, Crapelet, 1828) remplace Athalie par les Provinciales : « Voltaire avait toujours sur sa table les Provinciales et le Petit Carême ». Pour Dorat, le chantre des Baisers, Athalie n’était que « la plus belle des pièces ennuyeuses ». (Peignot, op. cit., t. I, pp. 285-286, note.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 259-283

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 259 [283]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 260.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 260 [284]. Source : Internet Archive.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) nous conte, dans ses Confes­sions[259.1], qu’après avoir commencé par lire des romans, en compagnie de son père, il s’attacha tout particulièrement à Plutarque : « Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans ; et je préférai bientôt Agésilas, Brutus, Aristide, à Orondate, Artamène et Juba ».

Plus tard, entre vingt et trente ans, Jean-Jacques affectionna tout particulièrement les livres « qui mêlaient la dévotion aux sciences…. Tels étaient particulièrement ceux de l’Oratoire et de Port-Royal. Je me mis à les lire, ou plutôt à les dévorer. Il m’en tomba dans les mains un du Père Lamy, intitulé Entretiens sur les sciences. C’était une espèce d’introduction à la connaissance des livres qui en traitent. Je le lus et le relus cent fois ; je résolus d’en faire mon guide[259.2]. »

[I.283.259]
  1.  Partie I, livre I (t. V, p. 316. Paris, Hachette, 1864). Cf. infra, t. II, chap. ii, Premières Lectures.  ↩
  2.  Confessions, I, VI ; t. V, p. 477. Malgré ces assertions, Jean-Jacques, comme nous le verrons plus loin (t. II, chap. iv et xi), n’a jamais été grand liseur. « Je hais les livres, ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas. » (Émile, livre III ; t. I, p. 563.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 260-284

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 260.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 260 [284]. Source : Internet Archive.

Dans l’Émile[260.1], Rousseau ne met entre les mains de son élève qu’un seul livre, le Robinson Crusoé, de Daniel de Foë : « Puisqu’il nous faut absolument des livres, il en existe un qui fournit, à mon gré, le plus heureux traité d’éducation naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Émile ; seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque, et il y tiendra toujours une place distinguée. Il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de commentaire. Il servira d’épreuve durant nos progrès à l’état de notre jugement ; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plaira toujours. Quel est donc ce merveilleux livre ? Est-ce Aristote ? est-ce Pline ? Est-ce Buffon ? Non : c’est Robinson Crusoé.

« Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l’assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un objet intéressant pour tout âge, et qu’on a mille moyens de rendre agréable aux enfants….

« Ce roman, débarrassé de tout son fatras, commençant au naufrage de Robinson près de son île,

[I.284.260]
  1.  Livre III ; t. I, pp. 563 et suiv.  ↩

Le Livre, tome I, p. 261-285

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 261.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 261 [285]. Source : Internet Archive.

et finissant à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer, sera tout à la fois l’amusement et l’instruction d’Émile durant l’époque dont il est ici question. »

Lord Chatham (1708-1778) se délassait de la politique en lisant Virgile, dont il « s’en­chantait[261.1] ».

« Si tous les livres politiques devaient périr, et que je fusse le maître d’en conserver un seul, je ne demanderais grâce (n’en déplaise à M. de Voltaire) que pour l’Esprit des lois de Montesquieu, » a dit, dans ses Amusements des gens d’esprit[261.2], le littérateur Gain de Montaignac (1731-vers 1780).

A Horace Walpole (1717-1797), qui ne pouvait souffrir Montaigne, au point de dire des Essais : « C’est un vrai radotage de pédant, une rapsodie de lieux communs, même sans liaison ; son Sénèque et lui se tuent à apprendre à mourir, — la chose du monde qu’on est le plus sûr de faire sans l’avoir apprise[261.3], » Mme du Deffand (1697-1780) ripostait[261.4] : « Je suis bien sûre que vous vous accoutumerez à Montaigne ; on y trouve tout ce qu’on a jamais pensé, et nul style n’est aussi énergique : il n’en-

[I.285.261]
  1.  Doudan, Lettres, t. IV, p. 151. (Paris, C. Lévy, 1879. In-18.)  ↩
  2.  Page 9. Berlin, 1762. In-12. La seconde édition de cet ouvrage porte le titre de Amusements philosophiques. (Cf. Peignot, op. cit., t. I, p. 378 ; Larousse, Grand Dictionnaire ; et Hœfer, Nouvelle Biographie.)  ↩
  3.  Marquise du Deffand, Correspondance, t. I, p. 381, n. 1. (Paris, Plon, 1865.)  ↩
  4.  Loc. cit., t. I, p. 385. Lettre du 27 octobre 1766.  ↩

Le Livre, tome I, p. 262-286

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 262.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 262 [286]. Source : Internet Archive.

seigne rien, parce qu’il ne décide de rien ; c’est l’opposé du dogmatisme…. Allez, allez, c’est le seul bon philosophe et le seul bon métaphysicien qu’il y ait jamais eu. »

Mme du Deffand affectionnait aussi tout particulièrement Cicéron, dont le style l’ « en­chante[262.1] » : « après César, c’est l’homme que j’aime le mieux[262.2] ». Elle était grande admiratrice d’Athalie, « l’ouvrage que je voudrais avoir fait, s’il avait fallu n’en faire qu’un seul, parce qu’il me paraît à tous égards avoir atteint la per­fection[262.3], » et ne se lassait pas de lire Gil Blas[262.4], qui « est écrit à merveille ; il me fait des plaisirs indi­cibles[262.5] ». Mais elle se plaît surtout avec les Mémoires, les Biographies et les Correspondances : « … J’aime surtout les détails des intrigues, et c’est ce qui fait que je préfère infiniment les Mémoires et les Vies particulières aux histoires générales[262.6]…. J’ai commencé la lecture de votre Histoire d’Amérique, mais je ne puis m’intéresser à tous ces événements ; les seules lectures qui m’amusent, ce sont les Mémoires, les Vies particulières, les lettres et les romans : tout ce qui est histoire d’une

[I.286.262]
  1.  Loc. cit., t. II, p. 562. Lettre du 18 juin 1776.  ↩
  2.  Loc. cit., t. II, p. 563. Lettre du 7 juillet 1776.  ↩
  3.  Loc. cit., t. II, p. 713. Lettre du 3 février 1780.  ↩
  4.  Loc. cit., t. II, p. 153. Lettre du 24 mars 1771.  ↩
  5.  Mme du Deffand, Correspondance, t. I, p. 356. Lettre du 5 mars 1771. (Paris, Lévy, 1877.)  ↩
  6.  Marquise du Deffand, Correspondance, t. II, p. 131. Lettre du 27 janvier 1771. (Paris, Plon, 1865.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 263-287

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 263.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 263 [287]. Source : Internet Archive.

nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit[263.1]. »

D’Alembert (1717-1783) disait que si l’on était réduit à ne conserver qu’un seul poète ancien, « il faudrait choisir Horace de préférence à tous les autres, parce qu’il est peut-être le seul où l’on trouve des beautés de tous les genres : enthousiasme, imagination, noblesse, harmonie, élégance, sensibilité, finesse, gaieté, goût exquis, philosophie tantôt légère, tantôt profonde, et toujours utile[263.2] ». Après Horace, parmi les auteurs latins dignes d’être traduits, d’Alembert place Cicéron, Virgile, les deux Pline, Sénèque et Lucain.

Diderot (1713-1784) écrit dans son Éloge de Richardson[263.3] : « O Richardson, Richardson, homme unique à mes yeux, tu seras ma lecture dans tous les temps ! Forcé par des besoins pressants, si mon ami tombe dans l’indigence, si la médiocrité de ma fortune ne suffît pas pour donner à mes enfants les soins nécessaires à leur éducation, je vendrai mes livres ; mais tu me resteras ; tu me resteras sur le même rayon avec Moïse, Homère, Euripide et Sophocle, et je vous lirai tour à tour. »

[I.287.263]
  1.  Loc. cit., t. II, p. 662. Lettre du 23 août 1778.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 322-323.  ↩
  3.  Diderot, Œuvres complètes, t. V, p. 216. (Paris, Garnier, 1875-1877 ; édit. annotée par Assézat et Tourneux.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 264-288

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 264.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 264 [288]. Source : Internet Archive.

Et plus loin[264.1] : « Depuis qu’ils (les romans de Richardson) me sont connus, ils ont été ma pierre de touche ; ceux à qui ils déplaisent sont jugés par moi. Je n’en ai jamais parlé à un homme que j’estimasse, sans trembler que son jugement ne se rapportât pas au mien. Je n’ai jamais rencontré personne qui partageât mon enthousiasme, que je n’aie été tenté de le serrer entre mes bras et de l’embrasser. »

L’historien Mably (1709-1785) « savait presque par cœur Platon, Thucydide, Xénophon, Plutarque, et les ouvrages philosophiques de Cicéron[264.2] ». Parmi les modernes, il admirait surtout Descartes, Corneille. Pascal, Bossuet, Fénelon, Malebranche, Boileau, Racine, Condillac, Molière et La Fontaine.

Le littérateur Thomas (1732-1785) lisait toujours le même livre, et ce livre était Cicéron, si l’on en croit Hérault de Séchelles[264.3], qui nous dit plus loin, — en énumérant les autres auteurs favoris de Thomas : Homère, Euripide, Virgile, Métastase et le Tasse, — que « Voltaire était toujours dans ses mains », ce qui laisse supposer que Thomas délaissait alors son exemplaire de Cicéron[264.4]. Racine, Jean-

[I.288.264]
  1.  Op. cit., p. 222.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 341.  ↩
  3.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 343 et s.  ↩
  4.  Et il devait aussi délaisser souvent Voltaire, puisque, parlant de Tacite et de Montesquieu, il dit à Hérault de Séchelles, que « ce sont deux auteurs de cheminée : il ne faut pas passer un jour sans les lire ». (Peignot, op. cit., t. I, p. 346.)  ↩

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