Tome I

Sous-catégories

Le Livre, tome I, p. 014-038

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 14.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 14 [038]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 15.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 15 [039]. Source : Internet Archive.

« C’est chaque jour avec plus de plaisir que je consacre à mes paisibles études tout le temps que me laisse le forum[014.1]. »

« … Depuis que Tyrannion a arrangé ma bibliothèque, je la regarde comme l’âme de ma maison[014.2]. Il est vrai que Dyonisius et votre Méxophite (deux ouvriers relieurs) y ont aussi fait merveille. Rien de plus élégant que vos belles cases, surtout avec mes livres, maintenant couverts de leurs ornements[014.3]. »

[I.038.014]
  1.  Lettres à Atticus. Nº 25 ; t. V, p. 29.  ↩
  2.  « Tyrannion, natif d’Amys, dans le Pont, fut fait prisonnier lorsque Lucullus chassa Mithridate de ses États. Affranchi par Muréna, ce Tyrannion, bibliophile très instruit, devint l’ami de Cicéron, prit soin de sa bibliothèque, et en forma une pour lui-même, que l’on porte à 30 000 volumes. Sa passion pour les livres contribua beaucoup à la conservation des ouvrages d’Aristote. C’est lui qui les fit copier, après que Sylla eut apporté la bibliothèque d’Apellicon, d’Athènes à Rome. Tyrannion a composé différents ouvrages dignes de l’estime de Cicéron et d’Atticus. Il est mort fort vieux, à Rome, postérieurement à l’assassinat de Cicéron.) (Peignot, Essai… sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens, pp. 64-65, note.)  ↩
  3.  Lettres à Atticus, Nº 111 ; t. V, p. 113. « Atticus… cet habile agriculteur, était en même temps un adroit négociant qui a fait heureusement tous les commerces…. On sait, par exemple, qu’il aimait beaucoup les beaux livres : c’était alors, comme aujourd’hui, une manie fort coûteuse ; il sut en faire une source de beaux bénéfices. Il avait réuni chez lui un grand nombre de copistes habiles qu’il formait lui-même ; après les avoir fait travailler pour lui, et quand sa passion était satisfaite, il les faisait travailler pour les autres, et vendait très cher au public les livres qu’ils copiaient. C’est ainsi qu’il fut un véritable éditeur pour Cicéron, et comme les ouvrages de son ami se vendaient beaucoup, il arriva que cette amitié, qui était pleine d’agréments pour son cœur, ne fut pas inutile à sa fortune. » (G. Boissier, Cicéron et ses amis, p. 134.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 015-039

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 15.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 15 [039]. Source : Internet Archive.

Sénèque (3-65 ap. J.-C.) est un des écrivains qui ont le mieux parlé des livres et de l’étude.

« Le loisir sans les lettres est une mort, déclare-t-il : c’est la sépulture d’un homme vivant[015.1]. »

« Réfugie-toi dans l’étude, dit-il ailleurs, tu échapperas à tous les dégoûts de l’existence[015.2]. »

« Celui-là cultive de vrais amis qui cherche tous les jours à se familiariser davantage avec un Zénon, un Pythagore, un Démocrite, un Aristote, un Théophraste, et tous ces autres oracles de la morale et de la science…. Nul n’a eu le privilège de se choisir ses aïeux, dit-on tous les jours ; c’est le sort qui les donne. On se trompe : l’homme peut désigner à qui il devra sa naissance. Il y a des familles de nobles génies : à laquelle veux-tu appartenir ? Choisis, et non seulement son nom, mais ses richesses seront les tiennes[015.3]. »

Ailleurs encore, Sénèque nous donne d’excellents conseils sur l’achat des livres, nous trace tout un programme, toujours exact et toujours bon à méditer, du choix à faire dans nos lectures et de la meilleure manière d’en tirer profit :

« Rien de plus noble, écrit-il, que la dépense

[I.039.015]
  1.  Lettres à Lucilius, 82. (Sénèque le Philosophe, Œuvres complètes, trad. Baillard, t. II, p. 232. Paris, Hachette, 1861.)  ↩
  2.  De la tranquillité de l’âme, iii ; t. I. p. 242.  ↩
  3.  De la brièveté de la vie, xiv et xv ; t. I. pp. 329 et 330.  ↩

Le Livre, tome I, p. 016-040

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 16.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 16 [040]. Source : Internet Archive.

qu’on fait pour se procurer des livres ; mais cette dépense ne me paraît judicieuse que si elle n’est pas poussée à l’excès. A quoi sert une incalculable quantité de volumes, dont le maître pourrait à peine, dans toute sa vie, lire les titres ? Cette masse d’écrits surcharge plutôt qu’elle n’instruit, et il vaut bien mieux s’en tenir à un petit nombre d’auteurs que d’en parcourir des milliers…. Chez la plupart, chez des gens qui n’ont même pas l’instruction d’un esclave, les livres, au lieu d’être des moyens d’étude, ne font que servir d’ornement à des salles de festin. Achetons des livres pour le besoin seulement, jamais pour l’étalage….

« C’est un vice en tout que l’excès. Y a-t-il à excuser l’homme qui agence le citre[001.1] et l’ivoire en bibliothèque, qui va cherchant partout les œuvres bien complètes de tel auteur inconnu ou méprisé, et devant ses milliers de volumes, bâille, admirant par-dessus tout les tranches et les titres ? Aussi est-ce chez les moins studieux que tu verras tout ce qu’il y a d’orateurs et d’historiens, et des cases superposées du plancher au plafond ; jusque dans les bains

[I.040.016]
  1.  « Armarium citro atque ebore aptanti », leçon donnée, dans sa traduction, par Baillard, qui ajoute en note (p. 533) : « Le citre est ce thuya d’Algérie dont on fait des meubles si élégants. » Nous verrons plus loin (p. 62) M. Lecoy de la Marche traduire citrus par « sorte de cyprès venant d’Afrique ». Nisard donne, dans sa traduction de Sénèque (p. 319), une leçon différente : « cedro atque ebore », le cèdre et l’ivoire.  ↩

Le Livre, tome I, p. 017-041

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 17.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 17 [041]. Source : Internet Archive.

et les thermes, on a sa bibliothèque d’un poli parfait, comme indispensable ornement de maison. Je pardonnerais volontiers cette manie, si elle provenait d’un excès d’amour pour l’étude ; mais ces recueils précieux, mais, avec leurs portraits, les écrits de ces divins génies, s’achètent pour le coup d’œil : ils vont décorer des murailles[017.1]. »

« … Fais un choix d’écrivains pour t’y arrêter et te nourrir de leur génie, si tu veux y puiser des souvenirs qui te restent. C’est n’être nulle part que d’être partout. Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami…. La nourriture ne profite pas, ne s’assimile pas au corps, si elle est rejetée aussitôt qu’absorbée. Rien ne retarde une guérison comme de changer sans cesse de remèdes ; on ne réussit point à cicatriser une plaie où les appareils ne sont qu’essayés ; on ne fortifie pas un arbuste par de fréquentes transplantations…. La multitude des livres dissipe l’esprit. Ainsi, ne pouvant lire tous ceux que tu aurais, il est suffisant pour toi d’avoir ceux que tu peux lire…. Lis donc habituellement les livres les plus estimés ; et si parfois tu en prends d’autres, comme distraction, par fantaisie, reviens vite aux premiers. Fais chaque jour provision de quelque arme contre la pauvreté, contre la mort, contre tous les autres fléaux ; et de plusieurs pages parcourues,

[I.041.017]
  1.  De la tranquillité de l’âme, ix, trad. Baillard, t. I, p. 250.  ↩

Le Livre, tome I, p. 018-042

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 18.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 18 [042]. Source : Internet Archive.

choisis une pensée pour la bien digérer ce jour-là. C’est aussi ce que je fais : dans la quantité de choses que j’ai lues, je m’empare d’un trait unique. Voici mon butin d’aujourd’hui, c’est chez Épicure que je l’ai trouvé, car j’ai coutume aussi de mettre le pied dans le camp ennemi, non comme transfuge, mais comme éclaireur : « La belle chose, s’écrie-t-il, que « le contentement dans la pauvreté ! » Mais il n’y a plus pauvreté s’il y a contentement[018.1]. » Etc.

Pline l’Ancien, ou le Naturaliste (23-79 ap. J.-C.), qui avait l’habitude de dire ce mot, tant de fois répété : « Il n’y a si mauvais livre où l’on ne puisse trouver quelque chose d’utile », Nullum esse librum tam malum, ut non aliqua parte prodesset[018.2], nous apprend que la coutume de placer dans les bibliothèques des bustes et portraits d’hommes célèbres prit naissance de son temps. « Il ne faut pas omettre ici une invention nouvelle : maintenant on consacre en or, en argent, ou du moins en bronze, dans les bibliothèques, ceux dont l’esprit immortel parle encore en ces mêmes lieux ; on va même jusqu’à refaire d’idée les images qui n’existent plus ; les regrets prêtent des traits à des figures que la tradition n’a point transmises, comme il est arrivé pour Homère…. L’idée de réunir ces portraits est, à

[I.042.018]
  1.  Sénèque, Lettre à Lucilius, 2 : t. II. pp. 2-3.  ↩
  2.  Ap. Pline le Jeune, Lettres, III, 5. trad. Sacy, t. I p. 190. (Paris, veuve Barbou, 1808.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 019-043

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 19.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 19 [043]. Source : Internet Archive.

Rome, due à Asinius Pollion, qui, le premier, en ouvrant une bibliothèque, fit des beaux génies une propriété publique[019.1]. Fut-il aussi précédé en cela par les rois d’Alexandrie et de Pergame, qui fondèrent à l’envi des bibliothèques ? C’est ce que je ne saurais dire. Que la passion des portraits ait existé jadis, cela est prouvé, et par Atticus, l’ami de Cicéron, qui a publié un ouvrage sur cette matière, et par M. Varron, qui eut la très libérale idée d’insérer dans ses livres nombreux, non seulement les noms, mais, à l’aide d’un certain moyen[019.2], les images de sept cents personnages illustres. Varron voulut sauver leurs traits de l’oubli, et empêcher que la durée des siècles ne prévalût contre les hommes. »

Comme Sénèque, Pline le Jeune (62-115 ap. J.-C.) s’applique à nous mettre en garde contre l’abus de la lecture et nous conseille la relecture. Il est de lui, cet apophtegme célèbre : Multum legendum esse, non multa[019.3] : « Beaucoup lire, mais non beaucoup de choses ».

[I.043.019]
  1.  « Asinii Pollionis hoc Romæ inventum, qui primus bibliothecam dicando, ingenia hominum rem publicam fecit. » (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 2, trad. Littré, t. II, p. 463. (Paris, Didot, 1877.)  ↩
  2.  D’après un mémoire de M. Deville, Examen d’un passage de Pline relatif à une invention de Varron… les portraits de Varron étaient gravés en relief sur une planche de métal ou autre matière, dans le système de notre gravure sur bois, dont les traits et le dessin sont réservés en relief. (Note de Littré, trad.).  ↩
  3.  Lettres, VII, 9 ; t. II, p. 124.  ↩

Le Livre, tome I, p. 020-044

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 20.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 20 [044]. Source : Internet Archive.

Fidèle à ce principe, il n’avait réuni que peu de livres dans sa villa de Laurentinum, mais des livres dignes d’être sans cesse relus[020.1]. Là, « sans désirs, sans crainte, à couvert des bruits fâcheux, rien ne m’inquiète. Je ne m’entretiens qu’avec moi et avec mes livres. O l’agréable, ô la paisible vie ! Que cette oisiveté est aimable ! Qu’elle est honnête ! Qu’elle est préférable même aux plus illustres emplois ! Mer, rivage, dont je fais mon véritable et solitaire cabinet de travail, que vous m’inspirez de nobles, d’heureuses pensées[020.2] ! »

« Les belles-lettres, dit-il plus loin[020.3], me divertissent et me consolent. Il n’est rien de si agréable qui le soit plus qu’elles, rien de si triste qui ne devienne moins triste par elles. Dans le trouble que me causent l’indisposition de ma femme, la maladie de mes gens, la mort même de quelques-uns, je ne trouve d’autre remède que l’étude. Sans doute elle me fait mieux comprendre toute la grandeur du mal, mais elle m’apprend aussi à le supporter avec plus de patience. » Avec la plus charmante bonne grâce, Pline nous déclare encore que « c’est tout un, ou

[I.044.020]
  1.  « Non legendos libros, sed lectitandos. » (Lettres, II, 17 ; t. I. p. 150.)  ↩
  2.  « … O rectam sinceramque vitam ! o dulce otium, honestumque, ac pene omni negotio pulchrius ! O mare, o littus, verum secretumque μουσεῖου ! quam multa invenitis, quam multa dictatis ! » (Ibid., I, 9 ; t. I, p. 32.)  ↩
  3.  Ibid., VIII, 19 ; t. II, pp. 248-249.  ↩

Le Livre, tome I, p. 021-045

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 21.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 21 [045]. Source : Internet Archive.

peu s’en faut, d’aimer les belles-lettres et d’aimer Pline[021.1] » ; et il nous a laissé, dans ses exquises lettres, particulièrement dans celle qu’il consacre aux écrits de son oncle le Naturaliste[021.2], de sages préceptes sur la façon de lire et de profiter de ses lectures.

Plutarque (50-139 ap. J.-C.), ce « si parfait et excellent juge des actions humaines[021.3] », nous avertit que « le plus grand fruit que les hommes apportent (tirent) de la douceur et bénignité des Muses, c’est-à-dire de la connaissance des bonnes lettres, c’est qu’ils en domptent et adoucissent leur nature, qui estoit auparavant sauvage et farouche, trouvant, avec le compas de la raison, le moyen, et rejetant le trop[021.4], » comprenant, en d’autres termes, qu’il faut aimer la modération et bannir de nous tout excès, Plutarque nous conte encore, entre autres « dicts

[I.045.021]
  1.  « Neque enim est fere quisquam qui studia, ut non simul et nos amet. » (Lettres, I, 13 ; t. I, pp. 48-49.) Ainsi que Cicéron, Pline le Jeune, malgré ses défauts, son manque de naturel et de souplesse notamment, a toujours été, de la part des amis des Lettres, l’objet d’une intime affection : « Jamais le sentiment littéraire proprement dit, la passion des belles études et de l’honneur qu’elles procurent… n’a été poussé plus loin et plus heureusement cultivé que chez Pline le Jeune. » Etc. (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. II, p. 60.)  ↩
  2.  Ibid., III, 5 ; t. I, pp. 188-195.  ↩
  3.  Montaigne, Essais, II, ii ; t. II, p. 109. (Paris, Charpentier, 1862.)  ↩
  4.  Vie de Coriolan, trad. Amyot, t. II, p. 226. (Paris, Bastien, 1784.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 022-046

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 22.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 22 [046]. Source : Internet Archive.

notables » à la louange des livres, que « Démétrius de Phalère conseilloit au roi Ptolémée d’acheter et lire les livres qui traitent du gouvernement des royaumes et seigneuries ; car ce que les mignons de cour n’osent dire à leurs princes est écrit dans ces livres-là[022.1] ».

« Il y a deux avantages qu’on peut retirer du commerce avec les anciens : l’un est de s’exprimer avec élégance, l’autre d’apprendre à faire le bien par l’imitation des meilleurs modèles, et à éviter le mal, » écrit Lucien de Samosate (120-200 ?), dans sa virulente satire Contre un ignorant bibliomane[022.2]. Et il se raille de ce fat « qui croit en imposer par le nombre de ses livres » : « … Tu peux les prêter à d’autres, mais tu n’en saurais faire usage. Et cependant tu n’en as jamais prêté à qui que ce soit ; tu es comme le chien qui, couché dans l’écurie, et ne pouvant manger d’orge, ne permet pas au cheval d’en prendre, lui qui peut en manger[022.3]. » Etc.

On rencontre ailleurs encore, dans Catulle (86 av. J.-C.-..), dans Horace (64 av. J.-C.-8 ap. J.-C), dans Ovide (45 av. J.-C.-17 ap. J.-C.), dans Martial (43-104 ap. J.-C.), dans Suétone (65-135), dans Aulu-Gelle (iie siècle), dans Athénée (iiie siècle), etc., plus d’une utile réflexion et d’une judicieuse sen-

[I.046.022]
  1.  Œuvres morales, les Dicts notables, etc., trad. Amyot, t. X, p. 61.  ↩
  2.  XVII ; trad. Talbot, t. II, p. 278. (Paris, Hachette, 1866.)  ↩
  3.  XXVIII ; t. II, p. 283.  ↩

Le Livre, tome I, p. 023-047

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 23.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 23 [047]. Source : Internet Archive.

tence sur les livres et les Lettres, ou plus d’un renseignement intéressant sur l’état et les progrès de la bibliophilie.

Ainsi Catulle nous décrit en ces termes les luxueux livres de son temps : « Varrus, ce Suffenus que tu connais est un homme élégant, spirituel et poli ; il fait énormément de vers ; il en a, je crois, dix mille et plus d’écrits ; et non pas, comme c’est l’usage, sur l’humble palimpseste, mais sur papier royal, avec couvertures neuves, charnières neuves (ombilics neufs), aiguillettes rouges, texte soigneusement aligné (le parchemin réglé au plomb, — comme nous dirions réglé au crayon), et le tout poncé à ravir[023.1] ».

Horace, dans une épître consacrée « A son livre », nous donne d’intéressants détails sur l’état de la librairie à son époque, et le sort de certains écrits : « Il me semble, mon livre, que tu regardes souvent du côté de Vertumne et de Janus. Est-ce que tu voudrais être exposé en vente dans la boutique des Sosie, poli et relié par leurs mains ? Tu t’in-

[I.047.023]
    •  Suffenus iste, Varre, quem probe nosti,
      Homo est venustus, et dicax et urbanus,
      Idemque longe plurimos facit versus,
      Puto esse ego illi millia aut decem, aut plura,
      Perscripta : nec sic, ut fit, in palimpsesto
      Relata ; chartæ regiæ, novi libri,
      Novi umbilici, lora rubra, membrana
      Directa plumbo, et pumice omnia æquata.

     (Catulle, XXII, Ad Varrum, p. 384, trad. Nisard. Paris, Didot, 1903.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 024-048

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 24.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 24 [048]. Source : Internet Archive.

dignes, je le vois, de rester sous la clef[024.1] ; » etc.

Les temples de Vertumne et de Janus dont il est ici question se trouvaient voisins du forum Cæsaris et de l’Argilète, où la plupart des libraires de Rome avaient leurs magasins[024.2]. Quant aux Sosie, « ils tenaient, paraît-il, le premier rang parmi ces libraires…. Les Sosie étaient d’une famille plébéienne très connue. Deux frères de cette maison se distinguaient alors dans la librairie par la correction et la reliure des livres ; aussi étaient-ils chargés de publier et de débiter les ouvrages d’Horace, qui sans doute n’était pas leur plus mauvaise pratique, ainsi que son ami Virgile[024.3]. »

Athénée[024.4] fait mention des plus célèbres bibliothèques formées par des Grecs, et nous cite celle de Polycrate, tyran de Samos, celle d’Euclide l’Athénien, de Nicocrate de Chypre, d’Euripide, et celle d’Aristote, qui passa entre les mains de Théophraste, puis de Nélée, et fut achetée par Ptolémée Philadelphe ; il nous apprend[024.5], en outre, qu’au commence-

[I.048.024]
    •  Vertumnum Janumque, liber, spectare videris ;
      Scilicet ut prostes Sosiorum pumice mundus !
      Odisti claves, etc.

     (Horace, Épîtres, I, 20, trad. Panckoucke, pp. 322-323. Paris, Garnier, 1866.)  ↩

  1.  Cf. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, pp. 174-175.  ↩
  2.  Peignot, Essai… sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens, p. 40.  ↩
  3.  Ap. Lalanne, Curiosités bibliographiques, p. 139.  ↩
  4.  Ap. Egger, Histoire du livre, pp. 283 et 313.  ↩

Le Livre, tome I, p. 025-049

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 25.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 25 [049]. Source : Internet Archive.

ment de l’ère chrétienne un certain Artémon, homme fort obscur d’ailleurs, avait composé un manuel relatif à l’Art de rassembler des livres, et un autre traitant de la Manière de se servir des livres.

Martial nous parle de son libraire, « installé derrière le temple de la Paix », et nous explique qu’on faisait deux sortes de copies de ses ouvrages, l’une maniable, facile à emporter avec soi, et l’autre destinée aux bibliothèques : « Toi qui désires avoir partout avec toi mes livres, et qui veux en faire tes compagnons de voyage, achète ceux dont le parchemin comprime le mince format[025.1]. Laisse aux bibliothèques les gros volumes ; je tiens tout entier dans la main[025.2]. Cependant, pour que tu saches où l’on me vend, et que tu n’ailles pas courir toute la ville, je vais te servir de guide. Va trouver Secundus, l’affranchi du docte Lucensis, derrière le temple de la Paix et le marché de Pallas[025.3]. » Plus loin, dans l’épigramme dédiée « A son livre, impatient d’être publié », Martial parle des boutiques du quartier d’Argilète, que ledit petit livre a hâte d’habi-

[I.049.025]
    •  Hos eme, quos arctat brevibus membrana tabellis.

     Ce que Lalanne (op. cit., p. 119) traduit par « Achète ceux que le parchemin resserre entre deux courtes tablettes ».  ↩

    •  Scrinia da magnis ; me manus una capit.  ↩
  1.  Épigrammes, I, 3, trad. Nisard, p. 341. (Paris, Didot, 1884.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 026-050

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 26.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 26 [050]. Source : Internet Archive.

ter[026.1]. Ce quartier d’Argilète où, comme nous l’avons vu il y a un instant, étaient installés la plupart des bibliopoles ou libraires de Rome, se trouvait au pied du mont Palatin, et s’étendait sur les bords du Tibre, depuis le quartier nommé le Vélabre jusqu’au théâtre de Marcellus. Il donnait aussi sur le forum Cæsaris, le marché de César[026.2].

Dans ses Nuits attiques[026.3], Aulu-Gelle nous conte, entre autres événements, la fondation de la première bibliothèque publique à Athènes par Pisistrate, et l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie :

« On dit que le tyran Pisistrate, ayant rassemblé un assez grand nombre d’écrits littéraires et scientifiques, fonda chez les Athéniens la première bibliothèque publique. Les Athéniens travaillèrent avec zèle à enrichir cette collection et l’augmentèrent considérablement. Mais, lorsque la ville fut prise par Xerxès, qui la fit livrer aux flammes, à l’exception de la citadelle, tous les livres furent enlevés et trans-

[I.050.026]
    •  Argiletanas mavis habitare tabernas,
      Quum tibi, parve liber, scrinia nostra vacent.
      Etc.

     (Épigrammes, I. 4, trad. Nisard, p. 341. Voir aussi, sur l’Argilète, la note IV de la page 566 de cette même traduction.  ↩

    •  Argi nempe soles subire letum ;
      Contra Cæsaris est forum taberna….
      Etc.

     (Martial, I, 118, p. 359).) — Cf. Peignot, Essai… sur la reliure… pp. 13-14.  ↩

  1.  VI, 17, trad. Nisard, pp. 547-548. (Paris, Didot, 1882.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 027-051

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 27.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 27 [051]. Source : Internet Archive.

portés en Perse. Un grand nombre d’années après, le roi Seleucus Nicanor les rendit aux Athéniens. Dans la suite, les Ptolémées fondèrent en Égypte une riche bibliothèque qui renfermait près de sept cent mille volumes rassemblés ou écrits par leurs ordres. Mais, dans la première guerre d’Alexandrie, tandis que la ville était au pillage, il arriva, non par suite d’aucun ordre, mais par l’imprudence de quelques soldats auxiliaires, que le feu prit à la bibliothèque, et cette magnifique collection fut la proie de l’incendie. »

D’un récit de Diogène Laërce (iie s. av. J.-C.), on peut conclure qu’il y avait à Athènes, au ive siècle avant Jésus-Christ, des espèces de cabinets de lecture[051.1] ; et l’on y constate, à peu près vers le même temps, l’existence de boutiques de librairie servant de lieux de rendez-vous et de conversation aux amateurs de livres[051.2]. Il en était de même à Rome, ainsi qu’il résulte d’un passage d’Aulu-Gelle[051.3] : les lettrés et curieux se réunissaient volontiers chez les libraires (bibliopola, æ), pour converser et discuter.

Les devantures des libraires étaient, des deux

[I.051.027]
  1.  « Antigone de Caryste… affirme qu’après l’édition des livres de Platon, ceux qui souhaitaient d’en savoir le contenu payaient, pour cela, ceux qui les possédaient. » (Vie de Platon, ap. Lalanne, op. cit., p. 113.)  ↩
  2.  Diogène Laërce, Vie de Zénon, ap. Lalanne, op. cit., p. 113.  ↩
  3.  Nuits attiques, XIII, 30, p. 653.  ↩

Le Livre, tome I, p. 028-052

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 28.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 28 [052]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29 [053]. Source : Internet Archive.

côtés de l’entrée, couvertes d’inscriptions indiquant les ouvrages en vente et les noms de leurs auteurs ; et, ainsi que nous le verrons plus loin, les murs intérieurs étaient garnis de rayons disposés en casiers, comme nos magasins de papiers peints.

Les lectures publiques, les « conférences », étaient très fréquentes dans la Rome impériale. Elles commencèrent sous Auguste, et l’usage en fut introduit par Asinius Pollion[028.1]. « Auparavant on se contentait de lire ou de faire lire les ouvrages durant les repas, chez soi ou chez ses amis. Cicéron, par exemple, envoyant de Pouzzoles son traité De la gloire à Atticus qui était à Rome, lui recommande de ne pas le publier, mais d’en noter les plus beaux endroits, qu’il pourra faire réciter à table par son lecteur Salvius, devant des auditeurs bien disposés[028.2]. Mais déjà la vanité s’était emparée de cette coutume, et les mauvais écrivains, sous prétexte de donner à dîner à leurs amis, leur infligeaient, comme un accessoire obligé, l’audition de leurs rapsodies[028.3]. Cet

[I.052.028]
  1.  Sénèque, ap. Géraud, op. cit., p. 188.  ↩
  2.  Cicéron, ap. Géraud, ibid.  ↩
  3.  Cf. Catulle, XLIV, A sa terre (trad. Nisard, pp. 391-392) :
    •  · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
      Nec deprecor jam, si nefaria scripta
      Sexti recepso, quin gravedinem, et tussim
      Noti mi, sed ipsi Sextio ferat frigus,
      Qui tunc vocat me, quum malum legit librum.

     « Je désire, si je reçois encore les détestables écrits de Sextius, que leur froideur donne une toux et un catarrhe, non plus à moi, mais à Sextius lui-même, qui m’appelle quand il a un mauvais ouvrage à lire. »
    Et Martial : III, 50 (trad. Nisard, pp. 379-380) :

    •  Hæc tibi, non alia, est ad cœnam causa vocandi,
      Versiculos recites ut, Ligurine, tuos.
      Etc.

     « Tu n’as pas d’autre motif, Ligurinus, en appelant des convives, que de leur réciter de petits vers à ta façon. A peine ai-je ôté mes sandales que, soudain, parmi les laitues et les sauces piquantes, on apporte un énorme livre. Tu en lis un second au premier service ; un troisième avant l’arrivée du service suivant ; enfin tu ne nous fais grâce ni d’un quatrième ni d’un cinquième. Un sanglier que tu nous servirais tant de fois sentirait mauvais. Que si tu ne fais pas servir tes maudits poèmes à envelopper des maquereaux, dorénavant, Ligurinus, tu souperas seul. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 029-053

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 29 [053]. Source : Internet Archive.

abus, à la fois si commode et si flatteur pour la médiocrité vaniteuse, prit un rapide accroissement et finit par devenir un usage presque universel. Aussi le spirituel épigrammatiste latin, invitant à souper son ami Turannius et n’ayant à lui offrir qu’une très maigre chère, s’engageait, par forme de compensation, à ne lui pas faire subir l’ennui d’une lecture[029.1]. »

Géraud, de qui j’extrais ces détails[029.2], nous conte

[I.053.029]
    •  Parva est cœnula, quis potest negaro ?
      Sed finges nihil, audiesve fictum,
      Et vultu placidus tuo recumbes ;
      Nec crassum dominus leget volumen….

     « Un pareil repas est modeste : qui dirait le contraire ? Mais du moins vous y jaserez avec abandon ; vous n’y entendrez pas de mensonges et n’y composerez pas votre visage. Le maître du logis n’y lira pas quelque sale manuscrit…. » (Martial, V, 78, trad. Nisard, p. 417.)  ↩

  1.  Op. cit., p. 188.  ↩

Le Livre, tome I, p. 030-054

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 30.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 30 [054]. Source : Internet Archive.

encore l’anecdote suivante, empruntée à Philostrate[030.1] : « Un financier ignorant et qui se piquait de littérature aimait fort à réciter ses écrits en public, et tenait surtout à faire sensation dans son auditoire. Lorsqu’il prêtait de l’argent, il stipulait d’abord un honnête intérêt, mais ajoutait toujours au prêt une condition sine qua non, à savoir que l’emprunteur viendrait l’écouter et l’applaudir ; si quelqu’un y manquait, il le poursuivait en justice pour inexécution d’une clause essentielle du contrat. »

« C’était une espèce de devoir pour les parents et les amis d’un auteur que d’assister à ses lectures[030.2]. Pline le Jeune savait un gré infini à sa femme de ce qu’elle venait, couverte d’un voile, écouter lorsqu’il récitait en public[030.3]. Le même auteur raconte[030.4] que Passienus Paullus, poète élégiaque assez distingué, devait un jour lire des vers devant une assemblée dont faisait partie Javolenus Priscus en qualité d’ami intime du poète. La pièce que devait lire Paullus commençait par ces mots : « Vous l’ordonnez, Priscus ». — « Moi ? je n’ordonne rien ! » répondit aussitôt Javolenus, qui prit pour lui l’apostrophe. Cette distraction démonta pour tout le reste de la séance la gravité de l’auditoire….

[I.054.030]
  1.  Ap. Casaubon, Commentaires sur Perse, p. 98. (Ap. Géraud, op. cit., p. 194.)  ↩
  2.  Pline le Jeune, Lettres, I, 13. (Ap. Géraud, op. cit., p. 190.)  ↩
  3.  Id., IV, 19.  ↩
  4.  Id., IV, 15.  ↩

Le Livre, tome I, p. 031-055

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 31.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 31 [055]. Source : Internet Archive.

« Ces petits faits et quelques autres que nous trouvons dans Pline ne sont pas de nature à prouver qu’il y eût à Rome un grand zèle pour les lectures publiques, surtout dans la classe des auditeurs : on y assistait par habitude, tout en maugréant contre l’usage, comme beaucoup de personnes chez nous s’astreignent aux visites du 1er janvier, tout en appelant de leurs vœux l’abolition de cette assujettissante coutume. Parmi les invités, les uns ne venaient pas du tout, les autres faisaient un acte de complaisance forcée, et regardaient comme du temps perdu celui qu’ils passaient à écouter une lecture ; aussi ne se piquaient-ils pas d’une grande exactitude. Ils musaient longtemps à la porte de l’auditoire, faisaient demander si le lecteur était arrivé, s’il avait débité sa préface, si son livre avançait. Alors seulement ils entraient, lentement et les uns après les autres. Ils s’asseyaient ; mais, du reste, pas d’attention, pas un mot d’encouragement, pas un geste d’approbation, et, comme nous l’avons vu, ils saisissaient toutes les circonstances qui pouvaient faire diversion à l’ennui du récit. La plupart même quittaient la séance avant la fin, les uns en dissimulant autant que possible leur sortie, les autres ouvertement et sans gêne[031.1]. Cette indifférence ne refroidissait pas le zèle des auteurs, et chacun des jours des mois d’avril, de juillet et d’août, spé-

[I.055.031]
  1.  Cf. Pline le Jeune, I, 13 ; VI, 17.  ↩

Le Livre, tome I, p. 032-056

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 32.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 32 [056]. Source : Internet Archive.

cialement consacrés sans doute à ces solennités, était marqué par une lecture publique[032.1].

« Les plus mauvais écrivains n’étaient pas les moins zélés…. Pour ces récitateurs fanatiques, tous les endroits étaient bons : dans des thermes publics, au milieu du forum, ils étaient tout aussi à l’aise que dans leur propre maison[032.2]. Martial a personnifié, sous le nom d’un certain Ligurinus, cette malheureuse manie de récitation qui faisait de chaque petit poète un fléau pour ceux qui l’approchaient[032.3]. »

Nous avons déjà entrevu tout à l’heure ce Ligurinus, que Martial menaçait de « laisser souper seul[032.4] ». Voici encore deux des épigrammes qu’il lui décoche :

« Veux-tu savoir pourquoi personne n’aime à te rencontrer, pourquoi l’on se sauve dès qu’on t’aperçoit, pourquoi, Ligurinus, autour de toi règne une vaste solitude ? Tu es trop poète. C’est un bien dangereux défaut. La tigresse furieuse de l’enlèvement de ses petits, la vipère que brûle le soleil de midi, le scorpion malfaisant, sont moins à craindre

[I.056.032]
  1.  Cf. Pline le Jeune, I, 13 ; VIII, 21 ; etc.  ↩
    •  In medio qui
      Scripta foro recitent, sunt multi, quique lavantes ;
      Etc.

     « Il y a des gens qui lisent leurs ouvrages en plein forum ou dans les bains ; » etc. (Horace, Satires, I, 4, trad. Panckoucke, p. 192. Paris, Garnier, 1866.)  ↩

  2.  Géraud, op. cit., pp. 190-192.  ↩
  3.  Supra, p. 29, note.  ↩

Le Livre, tome I, p. 033-057

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 33.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 33 [057]. Source : Internet Archive.

que toi. Quoi de plus insupportable, en effet, qu’une pareille importunité ! Si je suis debout, tu lis ; si je m’assieds, tu lis ; si je cours, tu lis ; tu lis encore, quand je suis à la selle. Je fuis aux thermes, tu te pends à mon oreille ; j’entre au bain, tu m’empêches d’y nager ; je rentre souper, tu ne me quittes pas un instant ; je commence à manger, tu me chasses de table. Harassé, je m’endors, et soudain tu m’éveilles. Vois donc le mal que tu me fais ! Tu es juste, probe, inoffensif, et pourtant tu es redouté[033.1] ! »

Et cette autre :

« Je ne sais si Apollon s’enfuit de la table au festin de Thyeste ; mais nous, Ligurinus, nous fuyons de la tienne. Je le sais, elle est somptueuse et chargée des mets les plus délicats ; et pourtant tout m’y déplaît, quand tu récites. Je dédaigne ton turbot et ton surmulet de deux livres ; ce ne sont ni tes champignons ni tes huîtres que je demande, mais seulement ton silence[033.2]. »

« Rome, ajoute Géraud[033.3], était pleine de pareils

[I.057.033]
    •  Occurrit tibi nemo quod libenter ;
      Quod, quæcumque venis, fugas est, et ingens
      Circa te, Ligurine, solitudo ;
      Etc.

     (Martial, III, 44, trad. Nisard, pp. 378-379.)  ↩

    •  Fugerit an mensas Phœbus cœnamque Thyestæ,
      Ignoro : fugimus nos, Ligurine, tuam.
      · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
      Nec volo boletos, ostrea nolo : tace.

     (Id., III, 45, trad. Nisard, p. 379.)  ↩

  1.  Op. cit., p. 192.  ↩

- page 2 de 16 -