Tome I

Sous-catégories

Le Livre, tome I, p. 034-058

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 34.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 34 [058]. Source : Internet Archive.

personnages à qui rien ne coûtait pour se produire. Louer à grands frais une maison, des bancs et des chaises, et disposer une salle en amphithéâtre, briguer des auditeurs, répandre des annonces, s’épuiser enfin en démarches et en frais de tout genre[034.1], telles étaient les conditions auxquelles on se soumettait pour un triomphe d’un instant.

« On ne peut, sans un vif sentiment d’intérêt et de curiosité, lire, dans les poètes satiriques de l’époque, et les prétentions des auteurs, et leurs minauderies devant le public, et les précautions prises d’avance pour se ménager un succès. Nous ne sommes plus alors dans la Rome d’Auguste ; on dirait que Martial, Perse et Juvénal ont deviné nos vanités de salon et nos intrigues de coulisses. »

Ainsi conclut l’auteur de l’Essai sur les livres dans l’antiquité, qui est mort il y a plus d’un demi-siècle, et n’a pu constater, par conséquent, tous les progrès accomplis par nous dans cette voie, et combien il a eu raison de comparer nos mœurs à celles de la Rome impériale.

Une question, qui, comme celle des lectures publiques, se rattache aux libraires de l’ancienne Rome, c’est celle des rapports des auteurs avec ces commerçants, c’est la question des droits d’auteur.

Ces droits, disons-le tout de suite, n’existaient pas.

[I.058.034]
  1.  Juvénal, Satires, VII, 45 ; et Tacite, Dialogue sur les orateurs, ix. (Ap. Géraud, op. cit., p. 192.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 035-059

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 35.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 35 [059]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36 [060]. Source : Internet Archive.

Les libraires ou éditeurs romains « étaient, en thèse générale, des gens qui recevaient gratuitement des auteurs les ouvrages inédits, qui les faisaient transcrire à leurs risques et périls, et qui s’indemnisaient des frais de publication en percevant seuls tous les bénéfices de la vente[0035.1] ».

Seules les pièces de théâtre avaient chance de rapporter à leurs auteurs quelque argent[035.2], « encore étaient-elles achetées, non par les libraires, mais par les comédiens ou les personnes qui donnaient des jeux au peuple[035.3] ».

Géraud, qui me fournit ces remarques, a recueilli, parmi les auteurs latins, maintes preuves de l’exactitude de ses assertions.

Ainsi, « Stace, dont la Thébaïde, lue en public, mettait en mouvement Rome tout entière, et soulevait, dans un immense auditoire, un frénétique enthousiasme, Stace était obligé, pour avoir du pain, de faire des tragédies[035.4]. Les vers de Martial eurent une vogue inouïe ; il jouit, de son vivant, d’un renom que bien peu d’auteurs obtenaient après leur mort ; mais il vécut toujours pauvre[035.5]. Tout

[I.059.035]
  1.  Géraud, op. cit., p. 199.  ↩
  2.  Cf. Aulu-Gelle, III, 3 ; et Juvénal, VII, 90 et s.  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 194.  ↩
  4.  Cf. Juvénal, VII, 86 et s. (Ap. Géraud, op. cit., p. 196.)  ↩
    •  Sum, fateor, semperque fui, Callistrate, pauper,
      Sed non obscurus, nec male notus eques ;
      Sed toto legor orbe frequens ; et dicitur : Hic est ;
      Quodque cinis paucis, hoc mihi vita dedit.

     « Je suis, je l’avoue, et j’ai toujours été pauvre, Callistrate, mais non pas obscur, ni chevalier mal famé. L’univers entier lit mes œuvres et les relit. « Le voilà, » dit chacun ; et je recueille, de mon vivant, la gloire qui n’échoit, après la mort, qu’à bien peu de gens. » (Martial, V, 13, Trad. Nisard, p. 406.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 036-060

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 36 [060]. Source : Internet Archive.

chevalier romain qu’il était, il se trouvait dans l’obligation, et n’en rougissait pas, de demander à Parthénius une robe neuve, et, quand il l’avait obtenue, il lui fallait mendier le manteau[036.1]. Aussi disait-il lui-même : « Que me sert que nos soldats lisent mes vers au fond de la Dacie, que mes épigrammes soient chantées dans la Bretagne ? Ma bourse n’en est pas mieux garnie, nescit sacculus ista meus[036.2]. »

« Mais il faut bien remarquer que ni Martial, dans

[I.060.036]
  1.  Martial, VIII, 28 ; IX, 50 ; et XI, 3.  ↩
    •  Non urbana mea tantum Pimpleide gaudent
      Otia, nec vacuis auribus ista damus ;
      Sed meus in Geticis ad Martia signa pruinis
      A rigido teritur centurione liber.
      Dicitur et nostros cantare Britannia versus.
      Quid prodest ? nescit sacculus ista meus.
      At quam victuras poteramus pangere chartas,
      Quantaque Pieria prælia flare tuba ;
      Quum pia reddiderint Augustum numina terris,
      Et Mæcenatem si mihi Roma daret !

     « Ce n’est pas seulement aux citadins oisifs que plaît ma muse ; je n’écris pas pour les seuls badauds : je suis lu par le sévère centurion qui combat chez les Gètes, sous un climat glacé ; on dit même que les Bretons chantent mes vers. Mais à quoi bon ? mon escarcelle ne se ressent pas de ma vogue. Et pourtant, moi aussi, je pourrais écrire des pages immortelles ; je pourrais emboucher le clairon des combats, si les dieux rendaient au monde un Auguste, si Rome me donnait un Mécène ! » (Martial, XI, 3, trad. Nisard, p. 505.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 037-061

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 37.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 37 [061]. Source : Internet Archive.

ses plaintes fréquentes sur la pénurie de ses finances, ni Juvénal, dans la satire sur la misère des gens de lettres[037.1], ne songent à accuser les libraires. Dans les relations de ces derniers avec les auteurs, la part de chacun était faite : au libraire l’argent, à l’écrivain la gloire. Ce partage est clairement exprimé dans ces vers de l’Art poétique d’Horace :

Omne tulit punctum, qui miscuit utile dulci,
Lectorem delectando, pariterque monendo.
Hic meret æra liber Sosiis : hic et mare transit,
Et longum noto scriptori prorogat ævum[037.2].

« Et Tacite, dans son Dialogue sur les orateurs[037.3] : « Les vers, dit-il, ne conduisent point aux honneurs, ils ne mènent point à la fortune ; tout leur fruit se borne à un plaisir court, à des louanges frivoles et stériles. » « Et plus bas[037.4] : « La renommée, à

[I.061.037]
  1.  Satire VIII.  ↩
  2.  « Pour enlever tous les suffrages, mêlez l’utile à l’agréable ; amusez en instruisant. Voilà l’ouvrage qui fait la fortune des Sosie (du libraire) ; l’ouvrage qui passe même au delà des mers, et fait vivre l’auteur dans la postérité. » (Art poétique, vers 343-346, trad. Panckoucke, p. 361. (Paris, Garnier, 1886.) « Les vers d’Horace ont immortalisé le nom des Sosie, dont la boutique était sur le forum de César, près des temples de Vertumne et de Janus ». (Géraud, op. cit., pp. 174-175.) Il a déjà été question d’eux précédemment (pp. 23-24).  ↩
  3.  « Nam carmina et versus… neque dignitatem ullam auctoribus suis conciliant, neque utilitates alunt : voluptatem autem brevem, laudem inanem et infructuosam consequuntur. » (Dialogus de Oratoribus, ix. Tacite, édit. Dureau de Lamalle, t. III, pp. 407-408. Paris, Lefèvre, 1846.)  ↩
  4.  Chap. x, p. 410.  ↩

Le Livre, tome I, p. 038-062

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 38.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 38 [062]. Source : Internet Archive.

laquelle les poètes sacrifient tout, et qu’ils avouent être le seul prix de leurs travaux, quod unum esse pretium omnis sui laboris fatentur, n’est pas autant le partage des poètes que des orateurs[038.1]. »

Il fallait bien vivre cependant, par conséquent, manger et solder son pain. « Mon livre n’est qu’un joyeux convive, un compagnon de plaisirs, écrit Martial[038.2] ; il plaît, parce qu’on en jouit gratis. Nos anciens ne se contentaient pas de cette gloire ; le moindre présent fait à Virgile fut le bel Alexis. »

« Dans les républiques grecques, dit Géraud[038.3], les poètes chantaient les vainqueurs des jeux publics et en attendaient leur salaire ; dans les royaumes, ils vendaient leur muse aux monarques qui voulaient l’acheter, et l’avarice des princes leur valait souvent d’amères satires. A Rome, les poètes spéculaient sur la vanité des empereurs et des grands. Dans la pièce de vers où Martial se plaint que sa bourse se ressente si peu de la vogue de ses livres[038.4], que demande-t-il ? des libraires plus généreux ? Nullement. Il désire que les destins donnent à Rome un nouveau Mécène, comme ils lui ont envoyé un nou-

[I.062.038]
  1.  Ap. Géraud, op. cit., pp. 196-197.  ↩
    •  At nunc conviva est, comissatorque libellus,
      Et tantum gratis pagina nostra placet.
      Sed non hac veteres contenti laude fuerunt,
      Quum minimum vali munus Alexis erat.

     (Martial, V, 16, trad. Nisard, p. 407.)  ↩

  2.  Op. cit., p. 197.  ↩
  3.  XI, 3. Cf. supra, p. 36, note 2.  ↩

Le Livre, tome I, p. 039-063

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 39.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 39 [063]. Source : Internet Archive.

vel Auguste dans la personne de Nerva. D’où vient, suivant Juvénal, la détresse des gens de lettres ? C’est que Rome n’a plus des Mécène, des Proculeius, des Fabius, des Lentulus, des Cotta[039.1]. »

On sait quelle sollicitude l’empereur Auguste témoigna aux lettres et aux gens de lettres, que de marques de faveur reçurent de lui Virgile et Horace, entre autres. Ses bienfaits se répandaient même sur d’obscurs écrivains, et Macrobe raconte à ce sujet cette curieuse anecdote[039.2] : Un pauvre poète grec avait l’habitude d’attendre l’empereur à la porte de son palais, et de lui remettre chaque fois une courte pièce de vers célébrant ses louanges. Fatigué de ce manège, dont il faisait probablement semblant de ne pas comprendre le but, l’empereur prit un jour un morceau de papier et y traça quelques vers, qu’il remit au Grec en échange des siens. Le Grec, aussitôt après les avoir lus, de s’exclamer sur leur grâce, leur élégance, leur perfection, de les louer avec le plus chaleureux enthousiasme ; puis de tirer bien vite sa bourse, et de présenter à l’empereur deux oboles : « Si j’avais plus, je donnerais davantage ».

[I.063.039]
    •  Quis tibi Mæcenas ? quis nunc erit aut Proculeius.
      Aut Fabius, quis Cotta iterum, quis Lentulus alter ?
      Tunc par ingenio pretium…

     « Où sont les Mécène, les Fabius ? où trouver un Cotta ? Un autre Lentulus ? Alors les dons égalaient le génie…. » (Juvénal, VII, trad. Dusaulx, p. 344. Paris, Lefèvre, 1845.)  ↩

  1.  Ap. Juvénal, trad. Dusaulx, p. 347, note 10 ; et Géraud, op. cit., p. 198.  ↩

Le Livre, tome I, p. 040-064

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 40.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 40 [064]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 41.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 41 [065]. Source : Internet Archive.

Cette fois Auguste fut bien forcé de saisir l’apologue ; il trouva d’ailleurs la farce bonne, sourit, et fit compter au rusé poète cent mille sesterces (environ 25 000 francs).

« Les successeurs d’Auguste suivirent son exemple et récompensèrent les hommes de lettres tantôt par des honneurs, tantôt par des présents. Domitien enrichit Quintilien et paya généreusement les flatteries de Martial ; Trajan combla de faveurs Pline le Jeune, et Vespasien donna en une seule fois à Saleius cinq cent mille sesterces (123 000 francs). Tacite, qui rapporte ce dernier trait[040.1], ajoute : « Il est beau sans doute de mériter, par ses talents, les libéralités du prince ; mais combien n’est-il pas plus beau encore, si notre fortune nous impose des besoins, de ne recourir qu’à soi, de n’implorer que son génie, de n’avoir que soi pour bienfaiteur ! » « Sans les libéralités des empereurs, les poètes n’auraient eu, dit Juvénal[040.2], d’autre parti à

[I.064.040]
  1.  Dialogue sur les orateurs, ix, p. 409. Au lieu de 123 000 francs, Dureau de Lamalle donne, en note, 97 265 francs, comme représentant la valeur actuelle de 500 000 sesterces.  ↩
    •  Et spes et ratio studiorum in Cæsare tantum :
      Solus enim tristes hac tempestate Camenas.
      Respexit, quum jam celebres notique poetæ
      Balneolum Gabiis, Romæ conducere furnos
      Tentarent….

     « Les lettres n’ont plus que César qui les soutienne et les anime ; lui seul, dans ce siècle ingrat, a rassuré les Muses éperdues, lorsque déjà nos poètes les plus célèbres voulaient se mettre dans Gabies aux gages d’un baigneur, à ceux d’un boulanger de Rome…. » (Juvénal, VII, vers 1 et s., trad. Dusaulx, p. 329.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 041-065

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 41.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 41 [065]. Source : Internet Archive.

prendre que de se faire garçons de bains, mitrons, crieurs publics, délateurs ou faux témoins. » « Ils n’auraient certainement pas été réduits à une aussi triste condition, s’ils avaient pu vendre leurs manuscrits aux libraires, et partager avec ces derniers les bénéfices de la publication des ouvrages en vogue. Mais l’idée même d’une spéculation pareille n’existait pas à Rome ; car, dans l’état de détresse où étaient les littérateurs, leur verve satirique, qui s’exerçait sans gêne contre la lésinerie des grands, n’aurait pas épargné l’avarice des libraires[041.1]. »

Revenons aux bibliothèques romaines.

Comme nous l’avons vu tout à l’heure dans une épigramme de Martial, et comme nous le voyons aussi dans Suétone[041.2], les bibliothèques publiques étaient d’ordinaire, chez les Romains, installées à proximité des temples ou sous les portiques de ces édifices. Telle était la bibliothèque publique — la première que Rome ait possédée — fondée par Asinius Pollion, et établie dans un temple de la Liberté ; la bibliothèque Palatine construite par Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.) dans son palais même,

[I.065.041]
  1.  Géraud, op. cit., p. 198.  ↩
  2.  Vie d’Auguste, chap. xxix, trad. Laharpe, p. 89 (Paris, Garnier, 1865) : « Il éleva le temple d’Apollon…. Il y ajouta un portique et une bibliothèque grecque et latine. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 042-066

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 42 [066]. Source : Internet Archive.

à côté du temple d’Apollon[042.1] ; etc. Une autre bibliothèque, créée par Auguste en l’honneur de sa sœur Octavie, la bibliothèque Octavienne, fut, peut-être aussi, aménagée sous les galeries d’un temple, qui était voisin du théâtre de Marcellus[042.2]. Sous le règne de Titus (40-81), la bibliothèque Octavienne fut détruite par un incendie.

Trajan (52-117) édifia une bibliothèque célèbre à Rome, la bibliothèque Ulpienne (d’Ulpius, nom de famille de cet empereur). Placée d’abord sur le forum de Trajan, elle fut transportée plus tard dans les Thermes de Dioclétien. « Au temps de Constantin (245-313), Rome en comptait vingt-neuf (de bibliothèques publiques), parmi lesquelles la bibliothèque Palatine et la bibliothèque Ulpienne étaient les plus considérables[042.3]. » Constantin fit copier quantité de

[I.066.042]
  1.  Cf. Petit-Radel, op. cit., pp. 14-15 ; et Lalanne, op. cit., pp. 141-142.  ↩
  2.  Cf. Juste Lipse, Traité des bibliothèques anciennes, chap. vi, ap. Peignot, Manuel bibliographique, p. 22 : « … Mon guide me conduit, par de magnifiques degrés, au temple en marbre blanc élevé au dieu dont la chevelure est toujours intacte (Apollon)…. Là, toutes les créations des génies anciens et modernes sont mises à la disposition des lecteurs…. Le gardien de ces lieux sacrés m’ordonna d’en sortir. Je me dirige vers un autre temple, situé près d’un théâtre voisin ; il me fut aussi défendu d’y entrer. Ce premier asile des belles-lettres, la Liberté, qui y préside, ne me permit pas d’en fouler le vestibule…. » (Ovide, les Tristes, III, 1, p. 693, trad. Nisard ; cf. aussi, dans cette traduction, les notes de la page 748.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 217.  ↩

Le Livre, tome I, p. 043-067

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 43.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 43 [067]. Source : Internet Archive.

livres pieux, et en forma une importante collection à Constantinople. L’empereur Julien dit l’Apostat (331-363) voulut supprimer cette bibliothèque, ce qui ne l’empêcha pas d’en fonder deux autres, l’une aussi à Constantinople, et l’autre à Antioche ; sur le frontispice de ces établissements il avait fait graver cette sentence, officiel aveu de sa constante passion pour les livres : « Alii quidem equos amant, alii aves, alii feras ; mihi vero a puerulo mirandum acquirendi et possidendi libros insedit desiderium[043.1] ».

« Ces collections publiques ne durent pas peu contribuer à entretenir chez les particuliers l’amour des livres. Déjà, du temps de Sénèque, le luxe des bibliothèques était poussé à Rome à un degré inimaginable. Une bibliothèque était regardée dans une maison comme un ornement nécessaire ; aussi en trouvait-on jusque chez les gens qui savaient à peine lire, et [certaines étaient] si considérables que la lecture des titres des livres aurait seule rempli la vie du propriétaire[043.2]. C’est vers ce temps que vint à Rome le grammairien Épaphrodite de Chéronée, qui ramassa jusqu’à trente mille volumes de choix. Plus tard, Sammonicus Severus, précepteur de Gordien

[I.067.043]
  1.  Diderot, Encyclopédie, art. Bibliothèque, Œuvres complètes, t. XIII, pp. 446-447. « Les uns aiment les chevaux, d’autres les oiseaux, d’autres les bêtes sauvages ; moi, dès l’enfance, j’ai été saisi d’un prodigieux désir d’acheter et de posséder des livres. »  ↩
  2.  Sénèque, De la tranquillité de l’âme, ix . Cf. supra, pp. 16-17.  ↩

Le Livre, tome I, p. 044-068

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 44.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 44 [068]. Source : Internet Archive.

le Jeune, laissa à son élève la bibliothèque qu’il avait reçue de son père et qui se montait à soixante-deux mille volumes….

« Enfin nous trouvons, dès le iie siècle, des bibliothèques publiques dans de petites villes de l’Italie : Tibur en possédait une assez bien fournie, située dans un temple d’Hercule. Pline le Jeune nous apprend lui-même qu’il avait prononcé un discours pour l’inauguration de la bibliothèque de Côme, sa patrie ; et l’ensemble de sa lettre[044.1] prouve que cette collection avait été formée peut-être en entier, mais bien certainement en partie, par lui et sa famille. Dans une ancienne inscription découverte à Milan, nous trouvons, entre autres choses, que Pline le Jeune avait donné, pour la réparation ou l’entretien de cette bibliothèque, une somme de cent mille sesterces (environ 25 000 francs)[044.2]. »

Ainsi que nous le verrons plus loin, les chrétiens héritèrent du zèle des littérateurs romains pour les collections de livres, et formèrent à leur tour de nombreuses bibliothèques.

Avant de quitter les anciens, disons succinctement ce qu’était le livre chez eux et comment il se fabri-

[I.068.044]
  1.  I, 8.  ↩
  2.  Géraud, op. cit., pp. 217-218.  ↩

Le Livre, tome I, p. 045-069

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 45 [069]. Source : Internet Archive.

quait[045.1]. Ce mode de fabrication paraît avoir été identique en Grèce et dans le monde romain ; le livre, à Athènes comme à Rome, se composait originairement d’une longue bande de papyrus roulée sur elle-même, nommée en latin volumen, rouleau (au pluriel

[I.069.045]
  1.  Pour l’étude du livre dans l’antiquité, j’ai eu recours d’abord à l’excellent ouvrage de H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, particulièrement chez les Romains, (Paris, Techener, 1840 ; in-8, 232 p.), qui est si abondamment documenté, si soigneusement et consciencieusement fait : on peut dire que l’auteur (mort en 1844, à 32 ans) a passé en revue tous les écrivains latins et grecs, et a butiné tout ce qui se rapporte à la question du livre chez les anciens ; si bien que son « Essai », quoique datant de plus d’un demi-siècle, reste encore et sans conteste le meilleur travail qu’on ait publié sur cette question. J’ai mis aussi à contribution Gabriel Peignot, Essai historique et archéologique sur la reliure des livres et sur l’état de la librairie chez les anciens (Dijon, Lagier, et Paris, Renouard, 1834) ; puis Lalanne Ludovic, Curiosités bibliographiques (Paris, Delahays, 1857), qui s’est, lui aussi, beaucoup servi de l’ouvrage de Géraud ; Lacroix, Fournier et Seré, Histoire de l’imprimerie et des arts… qui se rattachent à la typographie (Paris, Delahays. s. d.) ; Egger, Histoire du livre depuis ses origines jusqu’à nos jours (Paris, Hetzel, s. d.), et le Papier dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Hachette, 1867) ; Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la Miniature (chap. i et vii) (Paris, Quantin, s. d,) ; Delon, Histoire d’un livre, 6e édit. (Paris. Hachette, 1898) ; Dr James Gow, Minerva, Introduction à l’étude des classiques scolaires grecs et latins, édition française publiée par M. Salomon Reinach (Paris, Hachette, 1890), pp. 18-26, où la question du livre chez les anciens m’a paru bien résumée ; Anthony Rich, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, trad. Chéruel (Paris, Didot, 1873) ; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines (Paris, Hachette; en cours de publication) ; etc.  ↩

Le Livre, tome I, p. 046-070

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 46.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 46 [070]. Source : Internet Archive.

volumina ; de volvere, rouler), d’où nous avons fait volume.

La plante nommée papyrus par les Égyptiens, et ϐίϐλος par les Grecs, est une espèce de roseau de la famille des cypéracées, qui croît dans les marais de l’Égypte, de l’Abyssinie, de la Syrie, de la Sicile et de la Calabre. Elle a une racine ou rhizome féculent, dont les anciens Égyptiens se nourrissaient, et une tige ou hampe triangulaire haute de 2 mètres à 2 m. 50, sans feuilles et terminée par une large et élégante ombelle[046.1]. C’est avec la tige du papyrus que les anciens fabriquaient leur papier.

Dans son Histoire naturelle[046.2], Pline nous donne d’amples détails sur les diverses opérations de cette fabrication, « mais les trois chapitres qu’il a consacrés à cette matière sont parfois si obscurs, que, malgré de nombreux commentaires et même diverses expériences tentées sur du papyrus de Sicile, l’interprétation de quelques passages reste toujours incomplète[046.3] ». Voici les plus importants de ces détails, tels qu’ils ont été exposés et interprétés par Géraud et par Egger.

La tige seule du papyrus, avons-nous dit, était bonne à faire du papier. On commençait par la

[I.070.046]
  1.  Larive et Fleury, Dictionnaire des mots et des choses, art. Papyrus.  ↩
  2.  XIII, 23-26, trad. Littré. (Collection Nisard, Paris, Didot, 1877.)  ↩
  3.  Géraud, op. cit., p. 25.  ↩

Le Livre, tome I, p. 047-071

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 47.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 47 [071]. Source : Internet Archive.

fendre longitudinalement en deux parties égales ; ensuite, avec une aiguille[047.1], on enlevait des bandes de papyrus aussi minces et aussi larges que possible. Ces bandes se nommaient en latin philyræ. Les meilleures étaient les deux qu’on enlevait d’abord dans chaque partie de la tige, c’est-à-dire celles qui formaient le centre de la plante ; les autres diminuaient de qualité à mesure qu’elles se rapprochaient de l’écorce. Avec les premières, on fabriquait le papier de première qualité ; avec les secondes, le papier de seconde qualité ; avec les troisièmes, celui de troisième qualité ; ainsi de suite. La première qualité de papier se nomma d’abord hiératique, ou sacrée, parce qu’elle était réservée aux livres saints ; la flatterie lui fit donner ensuite le nom de papier auguste, ou royal ; par le même motif, le papier de seconde qualité fut appelé livien, du nom de Livie, femme de l’empereur Auguste. Dès lors la dénomination de hiératique ne s’appliqua plus qu’au papier de troisième qualité. Le papier de quatrième qualité était connu sous le nom d’amphithéâtrique, parce qu’il était fabriqué à Alexandrie, dans le quartier de l’amphithéâtre. Fannius, grammairien de Rome, ayant réussi à améliorer le papier amphithéâtrique, à étendre un peu sa largeur et à polir sa surface, fit,

[I.071.047]
  1.  Peut-êre, dans le texte de Pline, faut-il lire acie, au lieu de acu, remarque Géraud : « M. Stoddhart n’a pu enlever les lames du papyrus de Sicile qu’avec un instrument très tranchant ».  ↩

Le Livre, tome I, p. 048-072

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 48.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 48 [072]. Source : Internet Archive.

d’un papier commun, un papier de première qualité, le papier fannien, pouvant rivaliser avec le papier auguste. Le papier de quatrième qualité, qui n’avait pas reçu cette préparation, garda son nom d’amphithéâtrique. Le papyrus qui croissait en abondance aux environs de la ville de Saïs, sur le delta du Nil, mais qui était de qualité inférieure, servait à faire le papier de cinquième catégorie, le papier saïtique. En sixième lieu venait le papier ténéotique, ainsi nommé d’un quartier d’Alexandrie[048.1] où on le fabriquait ; de qualité inférieure, il se vendait au poids. Quant au papier emporétique (εμπορία, commerce, marchandises), qui occupait le dernier rang, il était impropre à l’écriture et ne pouvait servir que pour envelopper les autres papiers, ou emballer des marchandises.

Ces diverses espèces de papier se fabriquaient de la façon suivante : « Sur une table inclinée et mouillée avec de l’eau du Nil, on étendait, les unes à côté des autres, des bandes de papyrus aussi longues que la plante avait pu les fournir, après qu’on en avait retranché les deux extrémités, c’est-à-dire l’ombelle et la racine ; on les humectait encore avec de l’eau du Nil. Cette eau, pénétrant les lames du papyrus, délayait les sucs qu’elle pouvait contenir ; par là elle perdait sa limpidité, devenait trouble et acquérait une viscosité suffisante pour tenir lieu

[I.072.048]
  1.  D’une localité voisine de Saïs, dit Egger, op. cit., p. 11.  ↩

Le Livre, tome I, p. 049-073

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 49.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 49 [073]. Source : Internet Archive.

de colle et assujettir entre elles les bandes de papyrus, dans le sens de leur longueur. Sur ces bandes longitudinales on en posait transversalement d’autres, qui, coupant les premières à angle droit, formaient, avec elles, une espèce de claie. Les feuilles, plagulæ, ainsi faites, étaient soumises à l’action d’une presse, puis séchées au soleil ; ensuite on les réunissait en un rouleau, scapus (en attendant que, revêtu d’écriture, il prît le nom de volumen), qui, du temps de Pline, contenait vingt feuilles. Au ive siècle, la main de papyrus, comme nous dirions aujourd’hui, n’était plus que de dix feuilles[049.1]. »

Mais, avant même d’être collées ainsi bout à bout et réunies en rouleau, ces feuilles subissaient diverses autres opérations : chacune d’elles était battue au marteau, et soigneusement polie au moyen de la pierre ponce, d’une dent d’animal, ou d’un coquillage ; puis ordinairement encollée, afin que l’écriture pût s’y tracer sans bavures. « La colle commune se composait de fleur de farine délayée avec de l’eau bouillante, dans laquelle on jetait quelques gouttes de vinaigre. La mie de pain fermenté, détrempée également dans l’eau bouillante, formait une colle de meilleure qualité, moins épaisse, et qui donnait au papier une finesse égale à celle d’une étoffe de lin ; l’une et l’autre devaient être employées dans les vingt-quatre heures. Après

[I.073.049]
  1.  Géraud, op. cit., p. 27.  ↩

Le Livre, tome I, p. 050-074

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 50 [074]. Source : Internet Archive.

avoir couvert avec cette colle la feuille de papyrus, on la pressait dans la main pour l’égoutter, ensuite on la dépliait et on l’étendait à coups de maillet ; chaque feuille subissait deux fois cette opération[050.1]. »

Pour écrire sur la bande de papyrus, on traçait, en colonnes verticales, de véritables pages d’écriture (paginæ), dont chacune avait à peu près le même nombre de lignes, et qui se succédaient parallèlement l’une à l’autre ; au contraire, pour les lettres ou missives, auxquelles suffisaient de petits rouleaux, — « le papier à lettres » (charta epistolaris), — les lignes étaient écrites dans le sens le plus étroit de la bande, de manière à ne former qu’une colonne d’un bout à l’autre du rouleau[050.2].

« Il n’est pas probable, remarque l’auteur de Minerva[050.3], que des ouvrages aussi volumineux que

[I.074.050]
  1.  Géraud, op. cit., p. 31.  ↩
  2.  « Les lettres s’écrivaient sur la même matière que les livres, c’est-à-dire sur le papier d’Égypte. Le papier auguste ou royal fut celui qu’on employa principalement à cet usage : Augustæ in epistolis auctoritas relicta. (Pline l’Ancien, XIII, 24.) On le nommait, comme chez nous, papier à lettres, charta epistolaris. (Martial, XIV, 8 [11].) Il paraît qu’on taillait, pour les lettres, des feuilles de papier auguste, auxquelles on donnait une très petite dimension. On trouve une preuve de ce fait dans Sénèque, qui termine ainsi sa quarante-cinquième épître : « Pour ne pas dépasser les limites d’une lettre qui ne doit pas remplir la main gauche de celui qui la lit, je renvoie à un autre jour ce qui me restait à dire. » (Géraud, op. cit., p. 114.)  ↩
  3.  Dr James Gow, Minerva, édit. publiée par M. Salomon Reinach, pp. 18-19.  ↩

Le Livre, tome I, p. 051-075

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51 [075]. Source : Internet Archive.

ceux de Thucydide ou d’Homère aient été jamais réunis sur un seul rouleau, dont la longueur aurait atteint 80 mètres ; mais nous possédons des papyrus égyptiens qui ont près de 45 mètres de longueur. Des rouleaux aussi considérables étaient d’un maniement incommode, ce qui fit dire à Callimaque, poète et bibliothécaire alexandrin vers 260 av. J.-C.  : μεγα βιϐλίον, μεγα κακόυ[051.1]. » La forme, la nature même des volumina, obligeaient ainsi les auteurs à publier leurs ouvrages par sections, et par sections relativement peu étendues : c’est ce qui explique la division en livres des œuvres de la plupart des écrivains latins, d’Horace, de Virgile, d’Ovide, de Martial, Stace, Tibulle, Properce, Apulée, Aulu-Gelle, etc.,

[I.075.051]
  1.  Grand livre, grand inconvénient. Ainsi déjà on se plaignait des grands formats. « Chez les Romains, dont le sens était si exquis pour tout ce qui tient aux choses du goût, on publiait les poésies en petits volumes, et les ouvrages d’histoire en grand format. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 197, note.) Cf. Lalanne, op. cit., p. 24. Remarquons cependant que, d’après Peignot (op. cit., p. 45), la hauteur des volumina était relativement et forcément assez restreinte, les feuilles de papyrus étant collées à la suite les unes des autres, non dans le sens de la hauteur de la plante, — ce qui aurait donné des rouleaux de 2 mètres à 2 m. 50 de haut (cf. supra, p. 46) et aurait été tout à fait incommode, voire impraticable, — mais dans le sens de leur longueur. Dans cette position, leur hauteur n’était plus que de 14 pouces (environ 38 centimètres) pour les plus grandes feuilles de papyrus, et de 5 pouces (14 centimètres) pour les plus petites ; les volumina ne pouvaient donc guère dépasser (en défalquant la rognure des deux tranches) 35 ou 36 centimètres de hauteur.  ↩

Le Livre, tome I, p. 052-076

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 52.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 52 [076]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53 [077]. Source : Internet Archive.

et les dimensions, généralement restreintes, de chacun de ces livres. Aussi ne faut-il pas se faire illusion sur le nombre considérable de volumes, de rouleaux, de certaines bibliothèques anciennes : quand nous lisons, par exemple, « que la bibliothèque d’Alexandrie renfermait sept cent mille volumes, il faut bien se persuader que cette masse énorme de volumes était peut-être le produit des veilles de six à sept mille auteurs tout au plus, et que toute cette bibliothèque d’Alexandrie n’aurait peut-être pas occupé trente à quarante mille de nos in-folio actuels[052.1]. »

C’était autour d’une baguette, dite umbilicus, fixée à la dernière feuille, baguette de cèdre, de buis ou d’ivoire, que la bande de papyrus s’enroulait[052.2]. Les deux tranches du rouleau, — les deux

[I.076.052]
  1.  Peignot, op. cit., pp. 46-47. « Combien d’écrivains anciens dont la fécondité en petits volumes ou rouleaux est attestée par l’histoire ! La plupart en ont laissé cent cinquante, deux cents, quatre cents, et jusqu’à cinq à six cents ; Pline l’Ancien, lui seul, en a écrit pour sa part plus de quatre cents, et il en eût laissé bien davantage sans sa fin tragique (voir, à ce sujet, la lettre de son neveu, livre III, 5). Bien plus, Origène nous apprend qu’un certain Didyme d’Alexandrie avait composé, du temps de Jules César, six mille volumes ; Sénèque ne lui en attribue que quatre mille, et Athénée trois mille cinq cents ; c’est déjà fort honnête. Mais cela prouve qu’il faut restreindre cette idée de volume à un seul rouleau de parchemin ou de papyrus renfermant cinquante, soixante, quatre-vingts de nos pages. » (Id., ibid. ↩
  2.  Géraud (op. cit., p. 96) dit qu’ « il est certain que, pour rendre la lecture du rouleau plus commode, on le garnissait de deux ombilics, un au commencement et l’autre à la fin. » Peignot (op. cit., p. 57) ne parle que d’un seul ombilic : « … Cette longue bande de feuilles réunies tenait, par une de ses extrémités, du côté de la droite (fin du volume), à un bâton ou cylindre (l’umbilicus) sur lequel on la roulait ; et son autre extrémité du côté de la gauche (commencement du volume) était adaptée à une peau ou pièce de parchemin solide qui en formait la couverture, portait le titre, et, par le moyen de courroies (les lora, au singulier lorum) qui en faisaient partie, serrait fortement le volume lorsqu’il était fermé, c’est-à-dire roulé. »  ↩

Le Livre, tome I, p. 053-077

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 53 [077]. Source : Internet Archive.

bases de ce cylindre, — se nommaient frontes ; elles étaient souvent coloriées. Les extrémités de la baguette, appelées, elles aussi, umbilici, se trouvaient d’ordinaire garnies de petits boutons, bossettes ou pommettes (cornua), qui étaient d’ivoire, d’argent, d’or, ou de pierre précieuse, suivant le prix et le luxe du manuscrit. Ces petites pièces, travaillées avec beaucoup d’art, formaient un point brillant au centre de chaque volume (d’où ce nom d’umbilicus, nombril), et « portaient sans doute, soit au milieu, soit autour de la bossette, le nom de l’auteur du livre[053.1] ». Peut-être aussi une étiquette contenant ce nom et le titre de l’ouvrage était-elle suspendue par un fil à ce bouton[053.2]. Quant aux volumes de condition plus modeste, ils portaient sur leur tranche supérieure, c’est-à-dire sur celle qu’on plaçait en vue, une languette de papyrus ou de parchemin, dite

[I.077.053]
  1.  Peignot, op. cit., p. 56.  ↩
  2.  Egger, op. cit., p. 14. Il règne, dans ces menus détails, plus d’une incertitude. Cf. aussi Lalanne, op. cit., p. 23 ; et Géraud, op. cit., pp. 101-102.  ↩

- page 3 de 16 -