Le Livre, tome II, p. 072-088

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 072.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 072 [088]. Source : Internet Archive.

Machiavel (1469-1530), évoquant ce mot de Dante : « Il n’y a point de science, si l’on ne retient ce qu’on a entendu », nous apprend que, dans ses conversations avec les anciens, c’est-à-dire ses lectures des Latins et des Grecs, il note tout ce qui lui paraît « de quelque importance[072.1] ».

Sur le pasteur David Ancillon (1617-1692), et ses façons de lire et de mettre à profit ses lectures, nous trouvons dans Bayle[072.2] les détails suivants : « Ancillon lisait toutes sortes de livres, même les anciens et les nouveaux romans. Il n’y en avait aucun, dont il ne crût qu’on pouvait faire quelque profit ; il disait souvent ces paroles, qu’on attribue à Virgile : Aurum ex stercore Ennii colligo…. Mais il ne s’attachait proprement qu’aux ouvrages importants, qu’aux choses sérieuses. Il mettait une immense différence entre la lecture des livres qu’il ne voyait, comme lui-même le disait, que pour ne rien ignorer, et la lecture de ceux qui étaient utiles à sa profession. Il ne lisait les uns qu’une seule fois, et en courant, perfunctorie, et, comme dit le proverbe latin : sicut canis ad Nilum bibens et fugiens ; mais il lisait les autres avec soin et avec application. Il les lisait plusieurs fois : la première,

[II.088.072]
  1.  Lettre à Francesco Vettori ; Œuvres littéraires, p. 456, (Paris, Charpentier, s. d.)  ↩
  2.  Dictionnaire historique et critique, art. Ancillon. t. II, pp. 72-73. (Paris, Desoer, 1820.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 073-089

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 073.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 073 [089]. Source : Internet Archive.

disait-il, ne servait qu’à lui donner une idée générale du sujet, et la seconde lui en faisait remarquer les beautés…. II barrait les livres en les lisant, et mettait à la marge des renvois à d’autres auteurs, qui avaient traité les mêmes matières, ou qui avaient dit des choses qui se rapportaient à celles qu’il lisait…. Il changeait quelquefois de lecture, et ce changement lui tenait lieu de repos. »

La comtesse d’Albany (1752-1824) aimait à se rendre compte, « la plume à la main, de la plupart de ses lectures[073.1] ».

« Il faut faire des notes et des extraits, quand on veut lire avec fruit, » écrit Mirabeau (1749-1791) à Sophie[073.2].

« Le seul moyen de tirer un bon parti de mes lectures serait d’en faire des extraits raisonnés, » note, dans son journal, l’historien Michelet (1798-1874)[073.3].

Et Joseph de Maistre (1754-1821)[073.4] :

« … Vous voyez d’ici ces volumes immenses couchés sur mon bureau. C’est là que, depuis plus de trente ans, j’écris tout ce que mes lectures me présentent de plus frappant. Quelquefois je me borne

[II.089.073]
  1.  Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. V, p. 425.  ↩
  2.  Lettres d’amour de Mirabeau, p. 164. (Paris, Garnier, 1874.)  ↩
  3.  Mon Journal, 1820-1823, p. 200. (Paris, Marpon et Flammarion, 1888.)  ↩
  4.  Les Soirées de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 141. (Lyon, Pélagaud, 1870.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 074-090

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 074.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 074 [090]. Source : Internet Archive.

à de simples indications ; d’autres fois je transcris mot à mot des morceaux essentiels ; souvent je les accompagne de quelques notes, et souvent aussi j’y place ces pensées du moment, ces illuminations soudaines qui s’éteignent sans fruit si l’éclair n’est fixé par l’écriture. Porté par le tourbillon révolutionnaire en diverses contrées de l’Europe, jamais ces recueils ne m’ont abandonné ; et maintenant vous ne sauriez croire avec quel plaisir je parcours cette immense collection. Chaque passage réveille dans moi une foule d’idées intéressantes et de souvenirs mélancoliques mille fois plus doux que tout ce qu’on est convenu d’appeler plaisirs. Je vois des pages datées de Genève, de Rome, de Venise, de Lausanne. Je ne puis rencontrer les noms de ces villes sans me rappeler ceux des excellents amis que j’y ai laissés. » Etc.

« La lecture ne fut jamais pour Mme Swetchine (1782-1857) un simple délassement, écrit le comte de Falloux (1811-1886)[074.1] : un livre ne sortait de ses mains qu’annoté, commenté, copié quelquefois presque dans son entier. La première date de ces énormes extraits remonte à 1801, c’est-à-dire à sa dix-neuvième année, seconde année de son mariage. Ces recueils ne sont point des albums de luxe, ce sont des cahiers de papier commun, couverts d’une

[II.090.074]
  1.  Mme Swetchine, sa vie et ses œuvres, t. I, pp. 36-37. (Paris, Perrin, 1900.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 075-091

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 075.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 075 [091]. Source : Internet Archive.

écriture fine et serrée, reliés postérieurement, ce qu’attestent des lignes engagées dans le dos de la reliure, ou des mots emportés par la rognure des marges. Ces volumes s’élèvent au nombre de trente-cinq ; en outre, d’autres ont été perdus. Les plus petits sont in-8 ; treize sont in-4.

« Ce que ces livres représentaient pour Mme Swetchine d’intérêt ou d’émotion, nous le retrouvons, par un rapprochement digne d’être noté, décrit par le comte de Maistre, errant alors en Suisse, en Italie, en Sardaigne, et qui ne devait connaître Mme Swetchine qu’à la dernière étape de sa longue expatriation. « Vous voyez d’ici ces volumes immenses couchés sur mon bureau, dit le comte de Maistre, dans les Soirées de Saint-Pétersbourg. C’est là que, depuis plus de trente ans, j’écris, » etc. [Voir la citation ci-dessus, pages 73-74.]

« Pour Mme Swetchine, comme pour M. de Maistre, ces volumineux extraits de lectures, c’étaient les étapes successives qu’avait traversées son intelligence. »

En passionné liseur et fouilleur de livres, Gabriel Peignot (1767-1849) ne manquait pas non plus de noter tout ce qui l’intéressait, tout ce qui le frappait : dans une liste de ses œuvres inédites, publiée en 1830, figure « le Myriobiblon français, résumé de lecture, la plume à la main, pendant quarante-trois ans, et pouvant former dès lors douze à quinze

Le Livre, tome II, p. 076-092

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 076.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 076 [092]. Source : Internet Archive.

volumes in-8[076.1] », ouvrage qui devait paraître avec cette épigraphe tout à fait de circonstance : Alius alio plus invenire potest, nemo omnia[076.2].

« Lire, écrire, observer, penser, comparer, réfléchir, voilà ma vie, nous dit M. Albert Collignon (1839-….)[076.3]. Je suis avant tout un lecteur, un curieux, un témoin attentif de mon temps. Philosophe, j’aime à comprendre la raison des choses ; j’aime à dire ma manière de voir et à formuler mes jugements. En lisant, j’ai mes préférences ; mais, depuis Homère jusqu’à M. Verlaine, depuis Cicéron et César jusqu’à Frédéric II et à Napoléon, depuis Aristote jusqu’à M. Zola, j’ai voulu tout connaître ; j’ai tout lu la plume à la main, en notant mes remarques, mes réflexions et mes extraits. Mes cahiers, si nombreux, sont le résumé de ma vie ; ils forment aujourd’hui toute une encyclopédie littéraire, morale, politique, le Dictionnaire critique d’un homme de lettres. »

C’est qu’en effet la vie d’un véritable homme de

[II.092.076]
  1.  Quérard, la France littéraire, art. Peignot, t. VII, p. 10. Un autre fervent érudit, le célèbre bibliophile et collectionneur François Marucelli (1625-1713), laissa, à sa mort, un index général, en 112 volumes in-folio, de toutes les matières traitées dans les ouvrages qu’il avait lus. « Ce vaste répertoire, conservé en manuscrit à Florence, pourrait être d’une grande utilité aux savants, dont il faciliterait les recherches. » (Michaud, Biographie universelle.)  ↩
  2.  J. Simonnet, Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, pp. 177 et s.  ↩
  3.  La Vie littéraire, p. 6.  ↩

Le Livre, tome II, p. 077-093

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 077.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 077 [093]. Source : Internet Archive.

lettres ne se compose pas seulement des livres qu’il écrit et met au jour, mais de ceux qu’il lit ; elle est dans ses lectures, c’est-à-dire dans son instruction, dans sa culture intellectuelle et morale, aussi bien que dans ses propres ouvrages[077.1].

« Il ne suffit pas de lire beaucoup, même avec ordre et sélection, remarque, de son côté, le baron Tanneguy de Wogan (1850-….)[077.2], il faut encore tirer le meilleur profit de ses lectures, c’est-à-dire retenir le plus possible. La mémoire, si excellente qu’elle soit, ne peut conserver qu’une relativement faible portion de ce qu’on lui confie. Suppléez-y donc en prenant des notes, beaucoup de notes, chaque fois qu’un fait, une idée, une remarque vous frapperont, surtout quand le livre qui vous occupera ne présentera pour vos recherches ultérieures aucun point de repère, tel qu’un index alphabétique, par exemple, — et c’est malheureusement la majorité des cas, soit par négligence de l’auteur, soit que le genre du volume, poésie, roman, pièce de théâtre, etc., ne se prête pas au contenu de ce précieux auxiliaire. »

En plusieurs endroits de son Manuel des gens de lettres, le même écrivain insiste très vivement sur l’utilité, « l’absolue nécessité », des index à la fin des livres, et c’est avec une conviction non moins profonde, c’est avec le plus chaleureux empressement

[II.093.077]
  1.  Cf. Doudan, Lettres, t. I. p. 77.  ↩
  2.  Manuel des gens de lettres, p. 375.  ↩

Le Livre, tome II, p. 078-094

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 078.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 078 [094]. Source : Internet Archive.

que nous souscrivons aux considérations suivantes :

« … L’index analytique est absolument nécessaire aux ouvrages d’histoire et de science. Un index dont le besoin est urgent est celui de ce monument national qu’on appelle une Histoire de France. C’est ainsi que les grandes Histoires de France de Michelet et de Henri Martin sont dépourvues d’index[078.1], ce qui est vraiment une lacune impardonnable pour les éditeurs de ces grands ouvrages.

« Un savant allemand a été jusqu’à écrire : « Faire un ouvrage érudit, surtout un ouvrage philologique ou linguistique, sans un index très sûr pour trouver immédiatement un renseignement cherché, est un véritable assassinat littéraire. On se tue à fouiller dans les énormes volumes de Pott, un des plus grands investigateurs des langues indo-européennes[078.2]. Beaucoup pensent qu’il en a rendu compte à Dieu ![078.3] »

Un moyen, plus efficace que cette supposition comminatoire extraterrestre, de contraindre les

[II.094.078]
  1.  M. Tanneguy de Wogan commet ici une erreur flagrante : tout un volume de l’Histoire de France de Henri Martin, le tome XVII (Paris, Furne, 1865), est rempli par un index alphabétique et analytique qui ne comprend pas moins de 606 pages.  ↩
  2.  Aussi ne peut-on considérer que comme une hâblerie ou une plaisanterie ce mot de Jacques Cujas : Qui libris sine repertorio nescit uti nescit uti : « Qui ne sait se servir de livres sans répertoire ne sait s’en servir » (Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 196.)  ↩
  3.  Baron Tanneguy de Wogan, op. cit., p. 294.  ↩

Le Livre, tome II, p. 079-095

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 079.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 079 [095]. Source : Internet Archive.

auteurs à joindre des tables alphabétiques à leurs ouvrages, serait, comme voulait le demander au Parlement, en 1850, le chancelier d’Angleterre lord Campbell, de priver de ses droits de propriété littéraire tout écrivain qui publierait un livre sans index. C’est M. A. de Boislisle (1835-….) qui nous conte ce fait, dans son Avertissement aux Mémoires de Saint-Simon[079.1], après avoir proclamé, lui aussi, qu’un index alphabétique est « l’accessoire obligé de toute bonne, complète et commode édition ».

Nombre de liseurs et de travailleurs ne se contentent pas de prendre des notes à la suite de leurs lectures, ils inscrivent ces notes sur les marges mêmes du volume, ils soulignent même des mots, des lignes entières du texte : « ces soulignures sont des taches qui font du tort à la vente de l’ouvrage, constate en gémissant le libraire Sylvestre Boulard (1750-1819 ?)[079.2]. Ces notes ne sont que des taches désagréables pour la plus grande partie des acquéreurs. »

Mais il est des bibliophiles qui ne considèrent pas leurs livres uniquement comme des objets de spécu-

[II.095.079]
  1.  Tome I, page lxxi. (Paris, Hachette, 1879 ; Collection des Grands Écrivains de la France.)  ↩
  2.  Traité élémentaire de bibliographie, p. 77. (Paris, Boulard, an XIII.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 080-096

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 080.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 080 [096]. Source : Internet Archive.

lation ; il en est qui tiennent à s’en servir, qui tiennent à les lire, les ont achetés pour cela, et sans aucune arrière-pensée de revente et de trafic. Pour ceux-là, — et c’est à ces lecteurs que notre ouvrage s’adresse de préférence, — les livres sont mieux que des articles de parade et de luxe ; ce sont des instruments de travail, que nous avons certes le devoir de soigner et de ménager, mais que nous avons aussi le droit de rectifier et de compléter ; ou plutôt ce sont des collaborateurs, des compagnons, des amis, que nous nous plaisons à consulter[080.1], mais dont nous ne sommes pas tenus d’adopter sans réplique tous les avis, avec lesquels nous avons licence de douter et d’objecter, que nous contrôlons, reprenons et amendons au besoin.

Le lecteur, qui veut mettre à profit, savourer et conserver le fruit de ses lectures, doit forcément marquer de quelque signe les passages qui le frappent le plus, inscrire dans la marge, de côté, en tête ou en pied, au crayon, — le crayon suffit, la plume prendrait trop de temps, et le papier peut boire, d’ailleurs, — telle remarque, telle critique, qui vous vient à l’esprit, ou telle comparaison que cet endroit

[II.096.080]
    •  Eh ! depuis quand un livre est-il donc autre chose
      Que le rêve d’un jour qu’on raconte un instant… ;
      Un ami qu’on aborde, avec lequel on cause.
      Moitié lui répondant, et moitié l’écoutant ?

     (A. de Musset, Namouna, II, 7 : Premières Poésies, p. 335 ; Paris, Charpentier, 1861 ; in-18.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 081-097

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 081.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 081 [097]. Source : Internet Archive.

vous suggère. Il n’est pas question ici, bien entendu, de ces annotations ou exclamations dont certains commentateurs surchargeaient jadis les bas de pages des ouvrages classiques : « Beau ! » « Superbe ! » « Admirable ! » « Sublime ! » « Comme cela est vrai ! » « Comme cela est peint ! » etc., de ce qu’on pourrait appeler « les notes bêtes » ; ce ne sont que « les notes utiles » que nous approuvons et conseillons, les rectifications d’abord, puis les rapprochements et analogies de forme ou de fond, les objections, etc. De cette façon et dans ce sens, c’est un charme que d’annoter ses livres, et, pour le connaître et l’apprécier, ce charme, ainsi que nous en avertit l’érudit bibliographe Gustave Brunet (1807-1896)[081.1], « il faut l’avoir goûté ».

Je sais qu’il y a des livres si beaux, si splendidement édités, qu’on n’ose appuyer le crayon sur leurs pages et altérer la blancheur de leurs marges ; ceux-ci, regardez-les, contemplez-les, admirez-les ; mais ayez quelque autre édition de ces ouvrages, une édition moins luxueuse et plus abordable, avec qui vous puissiez converser et discuter. Ou bien, et pour tout concilier, inscrivez vos notes, non dans les marges, mais sur une fiche simple ou double, avec renvois aux pages, et placez ensuite cette fiche en tête ou en queue du volume. Il en est aussi qui font interfolier leurs livres, c’est-à-dire intercaler une

[II.097.081]
  1.  Fantaisies bibliographiques, p. 264. (Paris, Gay, 1864.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 082-098

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 082.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 082 [098]. Source : Internet Archive.

page blanche entre chaque feuillet, et écrivent leurs remarques sur cette page[082.1]. Mais nombre de travailleurs et de liseurs préféreront toujours se servir des marges pour leurs annotations manuscrites.

Il n’est guère de véritable ami des livres et des lettres qui ne l’ait commise, cette profanation, qui n’ait perpétré ce prétendu crime d’annotation, et ne se soit livré à cette muette mais délectable et très profitable causerie. Le Tasse a annoté plus de cinquante de ses volumes. Alde et Paul Manuce, Scaliger, la reine Christine de Suède, avaient la même « manie »[082.2] ; Montaigne aussi[082.3] ; La Fontaine pareil­lement[082.4]. « La signature de Jacques-Auguste de Thou se lit sur quelques-uns des beaux volumes qui

[II.098.082]
  1.  C’est ce que faisait Fontanes : « … Fontanes avait souvent passé sa journée à relire quelque beau passage de Lucrèce et de Virgile ; à noter sur les pages blanches intercalées dans chacun de ses volumes favoris quelques réflexions plutôt morales que philologiques, quelques essais de traduction fidèle, » écrit Sainte-Beuve (Portraits littéraires, t. II, pp. 291-292), — Sainte-Beuve, qui ne se privait pas, lui non plus, d’annoter ses livres, habitude qu’avait aussi son père (cf. Jules Troubat, Essais critiques, p. 262 ; et Id., Sainte-Beuve. Conférence faite le 11 décembre 1904 : Chronique des livres, décembre 1904, p. 5 du tirage à part).  ↩
  2.  Cf. Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques, pp. 346-347, où figurent encore d’autres noms d’annotateurs de livres.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 69.  ↩
  4.  « J’ai tenu, dit l’abbé d’Olivet, des exemplaires (de Plutarque et de Platon, qui avaient appartenu à La Fontaine) « … ils sont notés de sa main à chaque page ; » et la plupart de ses notes étaient des maximes de morale et de politique, qu’il a semées dans ses fables. » (Peignot, Manuel du bibliophile, t. I. pp. 141-142.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 083-099

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 083.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 083 [099]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.

composaient sa fameuse bibliothèque…. Racine a tracé le sien (son nom) avec des notes grecques, latines ou françaises sur les marges des principaux poètes dramatiques de l’antiquité…. Le docte Étienne Baluze [originaire de Tulle] (Stephanus Baluzius Tutelensis) a souscrit de ces trois mots, d’une belle et ferme écriture, chaque volume de sa nombreuse bibliothèque. Le savant Samuel Bochart jetait ses premières pensées et faisait, pour ainsi dire, son premier travail sur les ouvrages mêmes qu’il avait à consulter…. [De] La Monnoye n’écrivait le sien (son nom) que sous la forme d’un anagramme ; on reconnaît ses livres à cette devise : A Delio nomen, et aux notes curieuses que sa plume leur confiait en traits presque microscopiques, mais élégants et bien formés[083.1]. » Etc. Nous avons vu qu’Ancillon « barrait » ses livres en les lisant, « et mettait à la marge des renvois à d’autres auteurs[083.2] ».

Le célèbre évêque Huet figure aussi parmi les annotateurs de livres[083.3]. Et Voltaire : « Ma coutume

[II.099.083]
  1.  Charles Nodier, Mélanges tirés d’une petite bibliothèque, pp. 49-51. « La Monnoye, ce spirituel philologue, qui savait unir à un goût des plus prononcés pour la littérature enjouée une érudition des plus solides, figure au premier rang des annotateurs de livres ; près de cent vingt ouvrages divers, qu’il avait ornés de sa jolie écriture, figurent au catalogue des livres de Gluc de Saint-Port (Paris, Prault, 1749). » (Gustave Brunet, Fantaisies bibliographiques, pp. 267-268.)  ↩
  2.  Cf. supra, pp. 72-73.  ↩
  3.  Cf. supra, p. 28 : « Si je trouvais, en les lisant (mes livres), quelque chose qui valût la peine d’être noté, soit pour la correction du texte, soit pour l’éclaircissement des passages, je le notais à la marge. » (Huet, Mémoires, trad. Charles Nisard, p. 37.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 084-100

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

est d’écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d’eux[084.1] » : et Napoléon[084.2], et le poète Lebrun-Pindare, et Mirabeau, Morellet, Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l’astronome Lalande, l’abbé Mercier de Saint-Léger, l’abbé Rive, le moraliste Joubert[084.3], Paul-Louis Courier, les érudits Boissonade et Éloi Johanneau, le bibliophile belge Van Hulthem[084.4], Charles Nodier[084.5], Jacques-Charles Bru-

[II.100.084]
  1.  Voltaire, lettre à Mme de Saint-Julien, 15 décembre I766 : Œuvres complètes, t. VIII, p. 535.  ↩
  2.  A Sainte-Hélène, Napoléon lut en un an soixante-douze volumes. Non seulement il dictait des notes, mais surtout il écrivait abondamment sur les marges. « Ce goût, ce besoin peut-être, de l’annotation, remontait loin dans les habitudes de l’empereur : sa correspondance, durant son séjour à Auxonne, de juin 1790 à avril 1791, nous permet de le surprendre annotant tous les livres, dès lors fort nombreux, qu’il parvenait à se procurer. » (Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, mars 1904, p. 117.)  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 182-183. « Il (Joubert) lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. » (Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, en tête des Pensées de Joubert, t. I, p. xlv ; Paris, Didier, 1862.)  ↩
  4.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Hulthem (Van).  ↩
  5.  Nodier avait, paraît-il, une arrière-pensée en annotant ses livres, celle d’en trafiquer et de leur donner une plus-value : « Nodier trouva fort bon de faire, pour son propre compte, une petite spéculation sur les livres annotés par lui. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 156, n.) Lamennais se contentait d’apposer sa signature sur ses livres pour en augmenter le prix : « M. de Lamennais… a trouvé moyen, dans une occasion, de se moquer un peu de l’innocente fantaisie de ceux qui, comme moi, mettent du prix même à la simple signature d’un homme célèbre. Ayant eu connaissance, lors de la première vente de sa bibliothèque, en 1836, de cette petite manie des amateurs, il écrivit, d’une écriture bien évidemment récente, bien flamboyante, sur tous ses livres : F. de Lamennais, afin qu’ils se vendissent un peu mieux et un peu plus cher. » Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 185.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 085-101

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

net[085.1], etc., etc., sans compter ce « Jamet le jeune, qui, au dire de Nodier précisément[085.2], doit sa célébrité parmi les bibliophiles aux notes dont il aimait à couvrir les gardes, les frontispices et les marges de ses livres ». Quant au marquis de Paulmy, c’était exclusivement sur les feuillets de garde qu’il inscrivait ses annotations, notamment l’analyse critique qu’il avait coutume de faire de chacun des ouvrages entrant dans sa bibliothèque, et, « tout grand seigneur qu’il était, ses notices n’en sont pas plus bêtes ; elles doublent même la valeur vénale de l’exemplaire, au lieu de la diminuer[085.3] ».

Voilà pour calmer les craintes de maître Sylvestre Boulard.

[II.101.085]
  1.  Voir sur ces noms et sur les « annotations manuscrites sur les livres », Gustave Brunet, op. cit., pp. 251-268 ; et Charles Nodier, op. cit., pp. 46-56, où figurent encore d’autres noms d’annotateurs.  ↩
  2.  Ap. Gustave Brunet, op. cit., p. 251.  ↩
  3.  Jules Richard, l’Art de former une bibliothèque, p. 31.  ↩

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