Le Livre, tome II, p. 236-252

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 236.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 236 [252]. Source : Internet Archive.

billé sur sa chaise ou sur les papiers et brochures dont son lit était toujours couvert ; il ne sortait de son cabinet que pour se rendre à la bibliothèque, dans les moments où elle était ouverte ; et il venait aussitôt après se renfermer au milieu de ses livres[236.1]. »

Un professeur hollandais, Heyman, de passage à Florence, alla faire visite à Magliabecchi, et il nous a laissé une relation détaillée de cette entrevue, ainsi que des renseignements circonstanciés sur ce bibliographe, « un des plus passionnés, et dont l’existence fut une des plus singulières que l’on connaisse[236.2] ».

« Heyman le trouva au milieu d’un nombre prodigieux de livres ; deux ou trois salles du premier étage en étaient remplies. Non seulement il les avait placés dans des rayons, mais il en avait encore disposé par piles, au milieu de chaque pièce, de sorte qu’il était presque impossible de s’y asseoir, et encore moins de s’y promener. Il y régnait cependant un couloir fort étroit, par lequel on pouvait, en marchant de côté, passer d’une chambre à une autre. Ce n’est pas tout : le corridor du rez-de-chaussée était chargé de livres, et les murs de l’escalier en étaient

[II.252.236]
  1.  Michaud, op. cit.  ↩
  2.  Ces expressions et les citations suivantes sont de Ludovic Lalanne (Curiosités bibliographiques, pp. 52-53), qui reproduit le récit du professeur Heyman, d’après Disraeli (Curiosities of literature). Sur Magliabecchi et le professeur Heyman, voir aussi Fertiault, Drames et Cancans du livre, le Souper du savant, pp. 111-138.  ↩

Le Livre, tome II, p. 237-253

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 237.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 237 [253]. Source : Internet Archive.

tapissés, depuis le haut jusqu’en bas. Parvenu au second étage, vous étiez tout surpris d’en voir les salles inondées comme celles du premier ; elles en étaient tellement encombrées, que deux beaux lits, qui s’y trouvaient montés, disparaissaient, pour ainsi dire, sous leur prodigieux amas.

« Cette confusion apparente n’empêchait cependant pas Magliabecchi de trouver les livres dont il avait besoin ; il les connaissait si bien, et même les plus petits d’entre eux, qu’il les distinguait à la couverture. Il mangeait sur ses livres, dormait sur ses livres, et ne s’en séparait que le plus rarement possible.

« Il ne sortit, pendant tout le cours de sa vie, que deux fois de Florence : l’une pour aller voir Fiesole, qui n’en est éloignée que de deux lieues, et l’autre pour se rendre à dix milles de cette capitale, par ordre du grand-duc.

« Rien n’était plus simple que sa manière de vivre : quelques œufs, un peu de pain et de l’eau faisaient sa nourriture ordinaire. Un tiroir de sa table s’étant trouvé ouvert, M. Heyman y vit des œufs et de l’argent que Magliabecchi y avait mis pour son usage journalier ; mais, comme ce tiroir n’était jamais fermé, il arrivait souvent que les domestiques de ses amis, ou des étrangers qui venaient pour le voir, lui volaient, soit de l’argent, soit des œufs. »

Son habillement, en rapport avec sa manière de

Le Livre, tome II, p. 238-254

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 238.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 238 [254]. Source : Internet Archive.

vivre, « se composait d’une veste brune, qui lui tombait sur les genoux, d’un pantalon, d’un manteau noir plein de pièces et de coutures, d’un chapeau déformé, à grands bords, percé de toutes parts, d’une large cravate toute farcie de tabac, d’une chemise sale, qu’il ne quittait jamais tant qu’elle durait, et qu’on voyait à travers les coudes percés de son habit. Une paire de manchettes, qui ne tenaient pas à la chemise, complétait cette brillante toilette. »

Ludovic Lalanne nous apprend, en outre, que, toujours environné de livres, et ne s’embarrassant de rien autre chose, Magliabecchi paraissait ne s’intéresser qu’à une seule sorte d’êtres vivants, aux araignées, « qui ne manquaient pas de pulluler au milieu d’un pareil taudis. Il avait une telle affection pour ces insectes, qu’il lui arrivait souvent de crier aux visiteurs qui ne mettaient pas assez de précaution dans leurs mouvements : « Prenez garde de faire du mal à mes araignées ».

Cet étrange personnage, aussi studieux et érudit que maniaque, jouissait, dans le monde savant, — et malgré certaines accusations auxquelles il fut en butte dans sa patrie, — de la plus haute estime. Le pape et l’empereur tentèrent de l’attirer auprès d’eux, mais il resta sourd à leurs offres et à leurs instances, et persista à ne pas quitter sa ville natale.

Le grand-duc, qui appréciait de plus en plus son savoir et ses mérites, le traitait, d’ailleurs, avec les

Le Livre, tome II, p. 239-255

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 239.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 239 [255]. Source : Internet Archive.

plus affectueux égards. Il lui avait fait préparer dans son palais même un appartement commode, afin de le mettre plus à portée de recevoir les soins qu’exigeait son grand âge ; mais Magliabecchi ne l’occupa que quelques mois, et trouva un prétexte pour retourner dans sa maison, où il était plus libre. Il renvoyait le soir son domestique, et passait une partie de la nuit à lire, jusqu’à ce que le livre lui tombât des mains, ou qu’il tombât lui-même accablé de sommeil. Il lui arriva plus d’une fois de mettre le feu à ses vêtements ou à ses meubles et ses papiers, en renversant ainsi le réchaud de charbon, le couvet, qu’il portait toujours avec lui pendant l’hiver ; et, sans un prompt secours, sa maison eût été incendiée.

Au mois de janvier 1714, ce savant, sortant de chez lui, fut saisi d’un tremblement violent et d’une faiblesse qui l’obligèrent à rentrer ; dès ce moment, il ne fit plus que languir, et il mourut le 2 juin de la même année, à l’âge de quatre-vingt-un ans.

Par son testament, Antoine Magliabecchi légua à sa ville natale sa bibliothèque, composée de 30 000 volumes, avec une rente pour l’entretenir : cette collection, qui s’est beaucoup accrue depuis, est aujourd’hui la plus considérable de Florence, et elle porte encore le nom de « Bibliothèque Maglia­becchiana »[239.1].

[II.255.239]
  1.  Cf. Michaud, op. cit.  ↩

Le Livre, tome II, p. 240-256

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 240.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 240 [256]. Source : Internet Archive.

Un autre des plus beaux exemples qu’on puisse citer de dévouement aux livres, et aussi de souffrance pour les livres, c’est celui du prélat polonais Joseph-André Zaluski (1701-1774), évêque de Kiew (en russe Kiev ou Kief), dont toute la fortune, tout le temps et toutes les forces furent consacrés à rassembler une bibliothèque qui finit par compter 200 000 volu­mes[240.1]. Jamais, en Europe, un simple particulier n’avait jusqu’alors formé à ses frais une collection aussi considérable. Mais à quel prix ! « Joseph-André était si zélé pour l’agrandissement de sa bibliothèque, dit l’historien Félix Bent­kowski[240.2], qu’afin de pouvoir en soutenir les frais et l’enrichir, il prenait sur son nécessaire ; n’ayant fait à midi qu’un repas frugal, il ne mangeait pour son souper qu’un morceau de pain avec du fromage. »

La bibliothèque de Zaluski, qu’il avait généreusement offerte à ses concitoyens, fut ouverte au public en 1745, et devint la « Bibliothèque nationale polonaise » ; mais les Polonais n’en profilèrent que jusqu’en 1795. A cette époque, les Russes s’étant emparés de la capitale de la Pologne, l’ordre fut

[II.256.240]
  1.  300 000, dit Larousse, op. cit. Près de 300 000, dit le Dr Hœfer, op. cit. Le chiffre de 200 000 est donné par Michaud, op. cit., t. XLV, p. 351 (2e édit.).  ↩
  2.  Ap. Michaud, op. cit.  ↩

Le Livre, tome II, p. 241-257

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 241.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 241 [257]. Source : Internet Archive.

donné d’envoyer celle bibliothèque à Saint-Pétersbourg. Les livres furent jetés sans précaution dans de mauvaises charrettes, et, quand il en tombait, les Cosaques chargés d’accompagner ce précieux convoi s’en servaient pour allumer leurs pipes.

On a dit de Zaluski ce qu’on avait dit de Magliabecchi, qu’il était « une bibliothèque vivante ».

Arrêté en 1767 par ordre du prince Repnin, ambassadeur russe à Varsovie, qui fomentait la discorde dans la nation polonaise, afin de la subjuguer plus aisément, l’évêque Zaluski fut conduit à Zaluga, où il resta prisonnier jusqu’en 1773. « Par bonheur, sa bibliothèque lui était présente, quoiqu’il l’eût laissée à Varsovie, et, pour charmer l’ennui de son cachot, il feuilletait de mémoire les livres qu’il avait ramassés au prix de tant de privations[241.1]. »

A son retour en Pologne, il eut la douleur de trouver cette bibliothèque, l’œuvre de toute sa vie, et dont il avait si libéralement doté son pays, tout en désordre et mise au pillage. Heureusement encore qu’il mourut avant de la voir enlevée par les Russes, comme nous l’avons dit, et transportée à Saint-Pétersbourg.

 

Lauwers (….-1829), « l’héroïque Lauwers », comme l’appelle M. Gustave Mouravit[241.2], a bien droit aussi à

[II.257.241]
  1.  Michaud, op. cit.  ↩
  2.  Op. cit., pp. 135-136.  ↩

Le Livre, tome II, p. 242-258

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 242.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 242 [258]. Source : Internet Archive.

une place dans cette galerie des amants et martyrs du livre. Pour accroître sa bibliothèque, il se soumettait aux plus dures privations, « passant l’hiver sans feu et sans lumière ; déjeunant et dînant avec deux sous par jour ; austère anachorète, courageux confesseur de la bibliomanie, que la mort surprit, les regards fixés sur ses collections immenses, dont il n’avait pas voulu ôter le plus mince volume, pour en faire l’échange contre une dernière bouchée de pain[242.1] ».

 

Et le bibliophile belge Van Hulthem (1764-1832) : « … La table sur laquelle il prend son modeste repas est couverte de livres, et à peine y a-t-il place pour étendre une serviette ; l’alcôve dans laquelle il couche en est encombrée ; il craint si fort la poussière et la fumée pour ses livres qu’il n’a jamais voulu de feu dans sa chambre durant les plus rudes hivers ; et lorsque le froid est trop intense et qu’il éprouve, étant au lit, de la peine à se réchauffer, il se fait mettre sur les pieds un de ses in-folio[242.2]. »

Pendant l’hiver rigoureux de 1825, Van Hulthem revenait en diligence du fond de la Hollande ; « il avait oublié son manteau, et il tenait sur ses genoux, avec opiniâtreté, deux magnifiques in-quarto qu’il n’avait pas voulu confier à sa malle, de crainte

[II.258.242]
  1.  Mouravit, op. cit., pp. 135-136.  ↩
  2.  Id., op. cit., pp. 134-135.  ↩

Le Livre, tome II, p. 243-259

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 243.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 243 [259]. Source : Internet Archive.

qu’ils ne se détériorassent par le frot­tement[243.1]. »

Cet intrépide collectionneur « mourut glorieusement, sur un tas de livres, le 16 décembre 1832, raconte un de ses bio­graphes[243.2]. Il avait été frappé d’apoplexie ; mais la chaleur de son appartement n’y était pour rien, car il ne souffrait, en aucune saison, que l’on fît du feu dans sa chambre : selon lui, cela eût pu ternir la reliure de ses précieux volumes. Durant les grands froids, il se faisait mettre sur les pieds un in-folio. Son livre de prédilection, dans ces occasions exceptionnelles, était un certain Barlæus de dimensions honnêtes, et qui, racontant les conquêtes des Hollandais sous les tropiques, devait sans doute déverser sur les pieds de l’heureux dormeur la bienfaisante chaleur que rappelle si souvent l’historien. »

 

Un autre bibliophile, J.-F. Chenu (xixe siècle), « qui publia de charmantes éditions, la joie des amateurs, » ce qui ne l’enrichit pas, aima mieux mourir pauvre, au milieu de ses livres, que de les vendre pour augmenter ses maigres res­sources[243.3].

 

Un conservateur à la Bibliothèque de l’Arsenal, Jean Baptiste-Augustin Soulié (1780-1845), que sa

[II.259.243]
  1.  Mouravit, op. cit., p. 135.  ↩
  2.  Dans le Magasin pittoresque, année 1871, p. 32 (article anonyme).  ↩
  3.  Firmin Maillard, op. cit., p. 138.  ↩

Le Livre, tome II, p. 244-260

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 244.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 244 [260]. Source : Internet Archive.

physionomie distinguée et mélancolique avait fait surnommer « le beau ténébreux », passa sa vie au milieu de ses rayons, sans vouloir jamais en sortir sans jamais connaître d’autres plaisirs, et traça ainsi l’épitaphe à graver sur sa tombe :

En naissant je fus orphelin ;
Je vécus seul à mon aurore,
Je vécus seul à mon déclin,
Et, seul ici, je suis encore[244.1].

Écoutez ce récit des derniers jours d’un autre fervent de l’étude et des livres, de l’érudit philologue Alexandre Timoni (….-1856). Il savait, paraît-il, une vingtaine de langues, et ne quittait sa chambre que pour se rendre dans les bibliothèques publiques. « Une petite rente sur un immeuble de Constantinople l’empêchait seule de mourir de faim…. Il avait cherché à donner des leçons, mais n’avait trouvé qu’un élève, un Arménien, à qui il enseignait le grec moderne, et qui le payait en lui apprenant à son tour à bien prononcer l’arménien.

« Un mois avant sa mort, Timoni ayant prié M. Blancard (son intime ami, ancien secrétaire de l’École d’Athènes), de le mener en consultation chez un médecin, et n’étant pas venu au rendez-vous, M. Blancard alla rue des Vieux-Augustins, où il trouva le savant dans son pauvre logis, sans feu, assis devant sa table, au milieu de ses livres et de

[II.260.244]
  1.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 149-150.  ↩

Le Livre, tome II, p. 245-261

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 245.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 245 [261]. Source : Internet Archive.

ses paperasses, grelottant dans une guenille qui jadis avait été un manteau.

« Je n’ai pas froid, dit-il à M. Blancard, qui lui faisait des offres de service ; je ne fais jamais de feu, et, quand la température est plus rigoureuse, j’ai un autre manteau tout neuf. Je me trouve mieux à présent ; j’irai pourtant chez le médecin avec vous ; j’ai voulu pourvoir à des besoins plus pressés ; j’ai été me confesser (c’était un catholique fervent) et je viens de faire mon testament. »

« A son concierge qui, pris de pitié en le voyant passer exténué, amaigri, lui offrait un bouillon et un verre de vin, il répondait doucement : « Mon ami, les philosophes savent se passer de ces choses-là ».

« La petite pension n’arrivait pas ; il l’attendait anxieusement, mais n’en soufflait mot à personne.

« Il ne s’est pas alité et n’a pas même gardé la chambre ; presque jusqu’au dernier jour, il alla travailler dans les bibliothèques ; un matin, le concierge ne le voyant pas paraître monta à sa chambre et le trouva, comme toujours, assis devant sa table, mais la tête tombée sur ses manuscrits. Il était mort… de n’avoir pas mangé depuis bien des semaines.

« Quelques heures après sa mort, arrivait la petite rente qu’il n’avait pu attendre plus longtemps. Cette rente, il la laissa par testament à l’église des Petits-Pères, ainsi que de précieux manuscrits à la Biblio-

Le Livre, tome II, p. 246-262

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 246.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 246 [262]. Source : Internet Archive.

thèque Mazarine. Il avait environ deux mille volumes et quelques objets d’art, qu’il a aimés jusqu’à la mort et qu’il ne lui est pas venu à l’idée de chercher à vendre — pauvre savant ! — afin de durer un peu plus.

« Son concierge et son élève l’Arménien l’accompagnèrent seuls à sa dernière demeure…. « Le malheureux est toujours seul, » disait-il souvent[246.1]. »

 

Non moins émouvante fut la fin du philosophe cartésien, catholique et libéral, Bordas-Demoulin (1798-1859), qui consacra son existence à l’étude et à la recherche de ce qu’il estimait être la vérité. Plein d’insouciance pour la vie matérielle, Bordas ne parvenait pas à se suffire à lui-même, et, maintes fois, sans quelques amis, il serait littéralement mort de faim. Il lui arrivait de garder le lit des journées entières, parce qu’il ne pouvait se tenir debout et encore moins marcher, tant était grande sa faiblesse, due au manque de nourriture. On le voyait toujours sordidement vêtu, chaussé de vieux souliers ramassés au coin des bornes, et toujours oublieux de sa misère, de ce qu’il appelait cependant « les extrémités terribles »[246.2].

Bordas-Demoulin « habitait une petite mansarde

[II.262.246]
  1.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 134-136.  ↩
  2.  Larousse, Grand Dictionnaire, où l’article Bordas-Demoulin est très bien traité. Voir aussi François Huet (1816-1865), Histoire de Bordas-Demoulin. (Paris, Hetzel, 1861 ; in-12.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 247-263

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 247.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 247 [263]. Source : Internet Archive.

de la rue des Postes, où il vivait dans le travail et dans la pauvreté, et, la veille du jour où il s’alita, il était descendu dans la rue, se traînant avec peine, pour acheter, des derniers sous qui lui restaient, son triste déjeuner. Passant devant l’étalage d’un bouquiniste, il aperçut une brochure traitant de sujets qui l’intéressaient ; — en l’achetant, il ne lui restait plus rien… ; il n’eut ni hésitation ni lutte : il l’acheta, et remonta tranquillement dans sa mansarde, d’où il ne devait plus sortir que pour aller mourir à l’hôpital[247.1]. »

 

Citons encore le professeur et écrivain genevois Gaullieur (1808-1859), qui, « sobre comme un ascète, ayant l’art de porter vingt ans le même habit sans sordidité, économisait sou par sou sur un maigre traitement, sur sa pitance, sur ses vêtements, sur tout, pour pouvoir, nous apprend le journaliste et critique Henri de la Made­lène[247.2], venir de temps en temps à Paris, avec un petit sac d’écus, à la chasse des livres rares. Il fallait le voir à la salle Silvestre, certains jours de ventes célèbres ! Quelles émotions et quelles angoisses ! Aurait-il assez d’argent pour rester dernier enchérisseur du livre envié, et ses

[II.263.247]
  1.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 148-149. M. Firmin Maillard, qui écrit toujours Bordas-Dumoulin (au lieu de Demoulin), signale « une page émouvante de M. John Lemoine [Lemoinne] sur la mort de ce grand philosophe ».  ↩
  2.  Article cité dans l’Événement, numéro du 27 avril 1866.  ↩

Le Livre, tome II, p. 248-264

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 248.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 248 [264]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249 [265]. Source : Internet Archive.

rivaux n’allaient-ils pas le pousser au delà de ses forces ? Comme il respirait largement, après ces victoires si chèrement achetées, et comme il s’enfuyait bien vite avec sa conquête ! Un jour, il m’en souvient, je le rencontrai rue de Seine. Il déjeunait, en marchant, d’un petit pain d’un sou, et feuilletait avec ivresse un petit in-douze, relié en parchemin, merveille typographique de Jean de Tournes, célèbre imprimeur lyonnais. Le brave Gaullieur venait, sans hésiter et tout ravi de l’aubaine, de payer ce bouquin quelque chose comme dix louis. Ah ! l’heureux homme, et la belle journée ! et que ce petit pain d’un sou était bon à manger ce matin-[248.1] ! »

[II.264.248]
  1.  Napoléon Ier aurait droit aussi de figurer sur cette liste des « passionnés du livre » ; il fut, selon l’expression de M. Gustave Mouravit (Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, janvier et février 1905, pp. 13 et 61-62), « bibliophile au meilleur sens du mot… ; il cherche exclusivement dans le livre ce pour quoi, avant tout, un livre est mis en lumière, savoir : l’acquisition des notions qui font défaut à l’esprit, la rectification ou la confirmation des notions acquises ». Voici le témoignage fourni par M. Frédéric Masson et emprunté par lui à un livre, — une sorte de roman, il est vrai, — tout à fait oublié aujourd’hui, Napoléon en Belgique et en Hollande, 1811, par Charlotte de Sor [Mme Eillaux, née Desormaux] (Paris, Gustave Barba, 1838, 2 vol. in-8 ; cf. Quérard, Supercheries littéraires, t. I, col. 921-922 ; et Mouravit, loc. cit., avril 1904, p. 168) : Oui (c’est Napoléon qui parle), je trouvais le moyen de payer la pension de mon frère. Savez-vous comment j’y parvenais ? C’était en ne mettant jamais les pieds au café ni dans le monde, en mangeant du pain sec à mon déjeuner, en brossant mes habits moi-même…. Je vivais comme un ours, seul, dans ma petite chambre, avec mes livres, mes seuls amis alors. Et ces livres, pour me les procurer, par quelles dures économies faites sur le nécessaire, achetais-je cette jouissance ! Quand, à force d’abstinence, j’avais amassé deux ou trois écus de six livres, je m’acheminais, avec une joie d’enfant, vers la boutique d’un vieux bouquiniste qui demeurait près de l’évêché…. Souvent j’allais visiter ses rayons en faisant le péché d’envie. Je convoitais longtemps avant que ma bourse me permit d’acheter…. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 249-265

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249 [265]. Source : Internet Archive.

Parmi les plus insatiables acquéreurs de livres et les maniaques qui en achètent d’innombrables quantités pour n’en rien faire, ne pas même les regarder, nommons :

 

Jean Harius (xvie siècle), chanoine de Gorcum, « qui, transportant ses livres à la Haye, en encombre tellement le port que la ville en est stupéfaite » et qu’il en reçoit le joli surnom de Jean des Livres. Achetée par Charles-Quint, qui la rendit publique, cette bibliothèque « formidable » fut dispersée durant les guerres civiles de la Hollande[249.1].

 

Le duc et maréchal d’Estrées (1660-1737) : « Ce qu’il amassa de livres rares et curieux, raconte Saint-Simon[249.2], d’étoffes, de porcelaine, de diamants, de bijoux, de curiosités précieuses de toutes les sortes, ne se peut nombrer, sans en avoir jamais su

[II.265.249]
  1.  F. Fertiault, les Légendes du livre, pp. 83 et 106 ; et Drames et Cancans du livre, p. 265.  ↩
  2.  Mémoires, t. II. p. 432. (Paris, Hachette, 1865.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 250-266

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 250.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 250 [266]. Source : Internet Archive.

user. Il avait cinquante-deux mille volumes, qui, toute sa vie, restèrent en ballots presque tous à l’hôtel de Louvois. »

 

Le financier portugais Grapina (xviiie siècle) avait fait transporter dans un village, aux environs de Lisbonne, sa magnifique bibliothèque, et, comme on s’étonnait de voir, au milieu de ce désert, tant de beaux livres, qui ne pouvaient servir à personne : « Précisément ! s’exclama-t-il. C’est bien pour cela ! A Lisbonne, j’étais obsédé de visiteurs qui, nuit et jour, avaient les yeux et les doigts sur mes livres, et les usaient…. Car, voyez-vous, je ne ressemble pas à cet ignorant qui ne jugeait de la bonté d’un livre que par sa vieillesse ; moi, j’en juge par la beauté de la reliure, et, dès que cette beauté est altérée, qu’elle fait défaut, je mets le volume au rebut. Je suis si délicat, si exigeant sur cet article, que je ne lis jamais mes livres, que je n’ose pas les toucher, de peur de les gâter[250.1]. »

 

Le célèbre bibliomane anglais, sir Richard Heber (1773-1833), possédait la collection de livres la plus considérable qui ait jamais appartenu à un simple particulier. Trois de ses châteaux étaient littérale-

[II.266.250]
  1.  Cf. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, pp. 31-32. De tels superficiels amateurs justifient ce mot : « Un bibliophile ressemble souvent à un homme qui tomberait amoureux de la robe sans regarder la femme. » (Journal le Gaulois, 14 août 1877.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 251-267

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251 [267]. Source : Internet Archive.

ment pleins de vieux livres. Il achetait des livres dans tous les pays, et possédait des bibliothèques dans les principales villes de l’Europe, notamment à Oxford, à Paris, à Bruxelles, à Gand et à Anvers. Comme il y avait de ces villes où il n’allait jamais, il s’est trouvé propriétaire d’innombrables volumes qu’il n’a jamais vus[251.1].

 

Mais le plus fameux peut-être dans cette catégorie, c’est notre concitoyen Boulard, Antoine-Marie-Henri Boulard (1754-1825)[251.2], exécuteur testamentaire de La Harpe, à qui, durant la Révolution, il avait quasiment sauvé la vie[251.3], ancien notaire, devenu maire

[II.267.251]
  1.  F. Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 265 ; et Larousse, op. cit.  ↩
  2.  Ne pas le confondre avec son homonyme Sylvestre Boulard (1750-1809 ?), imprimeur, libraire et bibliographe, auteur d’un Traité élémentaire de bibliographie (Paris, Boulard, an XIII [1804] ; in-8 ; 140 pp.) ; ni, comme l’a fait très drôlement Jean Darche, dans son Essai sur la lecture, pp. 361 et 363, avec Michel Boulard (1761-1825), ouvrier tapissier, fondateur de l’hospice Saint-Michel, à Saint-Mandé : « Un notaire de Paris, M. Boulard, que certains nomment Tapissier, avait été un bibliophile…. C’est ce même Boulard qui a consacré douze cent mille francs pour l’établissement des vieux ouvriers tapissiers de Saint-Mandé. »  ↩
  3.  « Pendant la Révolution, quoique religieux et riche, Boulard ne fut point inquiété : sa charité fut sa sauvegarde ; et c’est avec un grand courage que, pendant la tourmente, il arracha plusieurs victimes à l’échafaud. Son ami La Harpe, décrété d’arrestation, se réfugia dans sa maison, où il trouva un asile sûr, avant de pouvoir quitter Paris. » (Numa Raflin, A.-M.-H. Boulard, Bulletin de la Société historique du VIe arrondissement de Paris, janvier-juin 1904, p. 47.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 252-268

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 252.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 252 [268]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 253.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 253 [269]. Source : Internet Archive.

du XIe arrondissement de Paris[252.1], et député sous le premier Empire, qui remplit de livres, de la cave aux mansardes, plusieurs maisons, cinq, dit l’un ; six, assure un autre ; et même huit, d’après un troi­sième[252.2]. Boulard, qui avait fait d’excellentes études,

[II.268.252]
  1.  Ce XIe arrondissement, dont la mairie se trouvait alors rue Mignon, maison Nyon, « était formé des divisions des Thermes, du Luxembourg, du Théâtre-Français (l’ancien), et du Pont-Neuf » ; il correspondait donc à peu près au VIe arrondissement actuel. Boulard a d’abord habité rue Saint-André-des-Arts, nº 27 (aujourd’hui nº 31) : c’est là qu’il était né le 5 septembre 1754. Il a demeuré ensuite rue des Petits-Augustins (actuellement rue Bonaparte), nº 21, au coin de la rue Visconti, où il est mort le 8 mai 1825. « C’est bien dans les limites du VIe arrondissement, cette terre d’élection des amateurs de bouquins, que devait naître, vivre, travailler et mourir Boulard. (Numa Raflin, loc. cit., p. 41, n. 1 ; p. 44 ; p. 48, n. 1 ; p. 51, n. 3 ; pp. 60 et 63.)  ↩
  2.  « Cinq, d’après Henry Berthoud ; huit, d’après Mary Lafon. » (Numa Raflin, loc. cit., p. 64, n. 3.) « Mon cher et honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile avant d’amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c’est-à-dire sans chaux et sans ciment…. » (Charles Nodier, l’Amateur de livres, les Français peints par eux-mêmes, t. II, p. 84.) « Le vénérable Boulard enlevait tous les jours un mètre de raretés, toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses six maisons pléthoriques de volumes n’avaient pas de place en réserve. » (Id., le Bibliomane, Contes de la Veillée, p. 271.) « Boulard achetait souvent des livres à la toise (c’était la mesure de longueur de l’époque) : il payait, en général, cent francs la toise. » (Henri Baillière, la Crise du livre, Bulletin mensuel de l’Association amicale des Commis libraires français, février 1904, p. 69.) Paul Dupont (Histoire de l’imprimerie, t. II, p. 174) ne parle, lui, que d’une seule maison, remplie de livres par Boulard : les autres, il est vrai, ont pu venir ensuite : « Propriétaire d’une vaste maison, quand le logement qu’il y occupait fut encombré, il donna successivement congé à tous ses locataires et transforma leurs appartements en dépôts de livres. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 253-269

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 253.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 253 [269]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 254.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 254 [270]. Source : Internet Archive.

qui possédait, outre les langues anciennes, les langues vivantes les plus usuelles, parlant l’anglais et l’allemand aussi couramment que le fran­çais[253.1], a publié quantité d’ouvrages, des études historiques, littéraires et scientifiques notamment, et des tra­ductions[253.2]. Son obligeance et sa générosité étaient, comme son aimable caractère, sa courtoisie et son esprit, connues et appréciées de tous, et l’on est allé jusqu’à dire que si Boulard est devenu un bouquineur enragé, ce fut principalement pour rendre service aux bouquinistes[253.3].

[II.269.253]
  1.  Cf. Numa Raflin, loc. cit., pp. 57-58.  ↩
  2.  On en trouve la liste dans Quérard, la France littéraire, t. I, pp. 456-457.  ↩
  3.  On a prétendu aussi que Boulard n’était pas très scrupuleux en fait de livres, et en dérobait volontiers, même dans les loges de concierge. C’est le typographe Alkan aîné qui conte la chose, dans sa brochure sur Édouard-René Lefebvre de Laboulaye, Un Fondeur en caractères, membre de l’Institut (p. 15). Voici cette anecdote, à peu près textuelle, que je ne reproduis ici que pour faire entendre tous les sons de cloche, et dont je laisse l’entière responsabilité au « Sonneur » : Un matin, Boulard, qui était lié avec un proche parent de M. de Laboulaye, M. Lefebvre, notaire à Paris, vint pour lui rendre visite. Il entre dans la loge du concierge, où personne ne se trouvait, puis monte chez son ami le notaire. A peine est-il dans le cabinet de celui-ci, que le concierge arrive tout effaré, et, s’adressant à voix basse au notaire, lui demande s’il connaît bien le monsieur qui est avec lui en ce moment. « Si je le connais ! Réplique maître Lefebvre sur le même ton. C’est mon meilleur ami, un ancien collègue à moi…. — Ah ! c’est que… c’est que je vais vous dire, fait le concierge, d’une voix toujours discrète. Un locataire de la maison m’a prêté un volume, et ce volume, que j’avais laissé sur ma table il y a un instant, je ne le trouve plus. Or, il n’y a que ce monsieur qui a pénétré dans ma loge…. Ce volume fait partie d’un ouvrage qui va être ainsi décomplété : cela me met vis-à-vis du locataire dans le plus cruel embarras. — Écoutez, reprend le notaire, mon ami va partir tout à l’heure ; suivez-le jusqu’à sa demeure et entrez avec lui. Vous lui direz : « Monsieur, je suis le concierge de M. Lefebvre. Est-ce que, par un simple effet du hasard, vous n’auriez pas emporté un livre qui était sur ma table ? » Ce qui fut dit fut ponctuellement exécuté. « Attends ! répondit maître Boulard, qui, sans se déconcerter le moins du monde, plongea la main dans une de ses grandes poches et en tira le volume, tiens, le voilà, ton livre ! Et emporte-le bien vite ! » ajouta-t-il en remettant au concierge une pièce de cent sous pour l’indemniser de son dérangement. (Cf. mon volume Amateurs et Voleurs de livres, pp. 21-23. Paris, Daragon, 1903.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 254-270

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 254.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 254 [270]. Source : Internet Archive.

« Le désir de conserver à la France une partie de ses richesses littéraires lui avait fait, dès les premières années de la Révolution, former une bibliothèque qui s’accrut successivement, au point d’être, après celle du roi, la plus nombreuse de Paris, a écrit un de ses bio­graphes[254.1]. Si, comme on la dit, le goût d’acheter des livres était devenu, dans Boulard, une sorte de manie, on conviendra du moins qu’il n’en est pas de plus respectable. Mais on a rencontré plus juste en attribuant les acquisitions qu’il faisait chaque jour sur les quais, dans les dernières années de sa vie, au désir qu’avait cet excellent homme d’aider, par des encouragements pécuniaires, la

[II.270.254]
  1.  Michaud, op. cit., art. Boulard.  ↩

Le Livre, tome II, p. 255-271

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 255.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 255 [271]. Source : Internet Archive.

partie la plus souffrante du commerce de la librairie. Dans cette louable intention, il lui est arrivé souvent d’acheter un grand nombre d’exemplaires du même ouvrage. Tous les étalagistes de Paris le connaissaient et le respectaient. Il les visitait tous au moins une fois par semaine, et ne rentrait jamais chez lui sans être chargé de livres, et après en avoir rempli ses énormes poches, qu’il avait fait faire exprès[255.1]. C’est d’un goût si estimable et d’intentions aussi pures que la malignité s’est emparée. On a fait contre le bibliomane Boulard des épigrammes et des caricatures qu’il a connues, et qui ont jeté beaucoup d’amertume sur les dernières années de sa vie. Il ne laissait passer aucune occasion de manifester son

[II.271.255]
  1.  Sur le plaisir de bouquiner, les fiévreuses émotions, les intimes, délicieuses et enivrantes joies du bibliophile en quête de livres, voir Walter Scott, l’Antiquaire, chap. iii, la visite à l’antiquaire. M. Oldbuck (vieux livre, bouquin) et le discours de celui-ci (trad. Albert Montémont, notamment p. 23) : « … Ces petits elzeviers sont des témoignages et des trophées de plus d’une promenade nocturne et matinale… dans tous les lieux où il se trouve des bouquinistes…. Combien de fois me suis-je arrêté à me débattre sur un sou, de crainte que, par un acquiescement trop soudain au prix demandé par le vendeur, il ne vint à soupçonner l’importance que j’attachais moi-même à cet article ! Combien je tremblais qu’il n’arrivât quelque passant pour me disputer l’objet auquel j’aspirais, regardant chaque pauvre écolier en théologie qui s’arrêtait pour retourner les feuillets des livres étalés, comme un amateur rival ou comme un avide libraire déguisé ! Et puis, la satisfaction secrète avec laquelle on paie l’article acheté et on le met dans sa poche, affectant un air froid et indifférent, tandis que la main est tremblante de plaisir ! » Etc.  ↩

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