Le Livre, tome II, p. 332-348

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 332.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 332 [348]. Source : Internet Archive.

« Entre amis tout est commun » : telle était la devise du bibliophile Charles-Jérôme du Fay (1662-1723)[332.1].

Le médecin Camille Falconet (1671-1762) était, comme nous l’avons vu[332.2], possesseur d’une belle bibliothèque, composée d’environ 45 000 volumes, qui « était autant à ses amis qu’à lui ; et plusieurs fois il lui est arrivé de racheter d’autres exemplaires de livres qu’il avait prêtés, jugeant que, puisqu’on ne les lui rendait pas, on les avait perdus, ou qu’on en avait encore besoin[332.3] ».

Le conteur et philosophe Thomas-Simon Gueulette

[II.348.332]
  1.  Fertiault, op. cit., p. 353. Du Fay ou Dufay (Charles-Jérôme de Cisternay) « était lieutenant aux gardes, lorsque, au siège de Bruxelles, en 1695, il eut, à la tête de sa compagnie, la cuisse gauche emportée d’un boulet. Il n’en quitta pourtant pas le service, et il eut le grade de capitaine en 1705 ; mais il fut enfin obligé d’y renoncer, par les infirmités qui lui survinrent, et l’impossibilité où il était de monter à cheval. « Heureusement, dit Fontenelle, il aimait les lettres, et elles furent sa ressource. » Il se forma une très belle bibliothèque : économe sur tous les autres objets de sa dépense, il ne ménageait rien pour se procurer les livres qui lui manquaient ou dont il avait envie. Difficile dans le choix de ses amis, il mettait tous ses soins à conserver ceux qu’il s’était faits en petit nombre, et leur prêtait ses livres même les plus précieux, disant qu’entre amis tout doit être commun. » (Michaud, op. cit. ↩
  2.  Supra, chap. xii, p. 279, n. 3.  ↩
  3.  Michaud, op. cit.  ↩

Le Livre, tome II, p. 333-349

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 333.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 333 [349]. Source : Internet Archive.

(1683-1766) avait également pour devise : Thomas G. et amicorum[333.1].

Le bibliophile Jordan (1700-1745), de Berlin, ami de Frédéric le Grand, mettait aussi en tête de ses livres l’inscription : Jordani et amicorum[333.2].

De même, J. Gomez de la Cortina (….-….), dont plusieurs volumes se trouvent à la bibliothèque universitaire de Douai, faisait graver sur le plat de ses livres, au-dessus de ses armoiries : J. Gomez de la Cortina et amicorum, et au-dessous : Fallitur hora legendo[333.3].

Et Jacques Denyau (….-….) bibliophile angevin : Sum Jacobi Denyau et amicorum, non omnium[333.4].

De nos jours, le sénateur Victor Schœlcher (1804-1894) avait adopté cet ex-libris, bien autrement libéral que celui de Grolier : « Pour tous et pour moi[333.5] ». En vrai et magnanime philanthrope, il commençait la charité par autrui, par tout le monde, et se servait le dernier.

Un collectionneur du xviiie siècle, Randon de Boisset, désirant concilier sa jalouse passion de

[II.349.333]
  1.  F. Fertiault, op. cit., p. 353.  ↩
  2.  Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VII, p. 486.  ↩
  3.  Jules Cousin, De l’organisationdes bibliothèques, p. 160, n. 1.  ↩
  4.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 juillet 1879, col. 390.  ↩
  5.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 juillet 1879, col. 401.  ↩

Le Livre, tome II, p. 334-350

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 334.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 334 [350]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 335.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 335 [351]. Source : Internet Archive.

bibliophile et ses sentiments d’obligeance, s’avisa de se créer deux bibliothèques : l’une, pour lui seul, composée d’éditions princeps et d’exemplaires rares ; l’autre, de volumes ordinaires ou de doubles, qu’il prêtait volontiers[334.1].

Au lieu de deux bibliothèques, le richissime bibliomane anglais Richard Heber (1775-1833) conseille d’en avoir trois, composées des mêmes livres : l’une pour la parade et la montre, l’autre pour son usage personnel, la troisième pour les emprunteurs, « pour prêter à ses amis, à ses risques et périls[334.2] ». Mais tout le monde ne possède pas, comme Richard Heber[334.3], l’emplacement suffisant ni la fortune nécessaire pour s’offrir le luxe de trois, voire de deux bibliothèques, renfermant les mêmes ouvrages en éditions différentes et diversement habillés.

Constantin[334.4], dans son petit manuel de Bibliothéco-

[II.350.334]
  1.  Cf. Gustave Brunet, Dictionnaire de bibliologie catholique, col. 517.  ↩
  2.  Octave Uzanne, Du prêt des livres, Miscellanées bibliographiques, t. I, p. 37.  ↩
  3.  Sur Richard Heber, voir supra, chap. xi, p. 250.  ↩
  4.  « Constantin, pseudonyme de Léopold-Auguste-Constantin Hesse, bibliographe français, né à Erfurth (Prusse) en 1779, mort à Paris en 1844. » (Lorenz, Catalogue général de la librairie française, t. I, p. 579.) Parmi les « prêteurs », M. Fertiault (les Amoureux du livre, pp. 352-353) mentionne encore les noms suivants, dont plusieurs ont été déjà cités par nous dans les pages qui précèdent : « Lucullus (109-57 av. J.-C.) ; Pline le Jeune (62-115) ; saint Isidore de Péluse (370-450) ; les de Thou ; Jacques-Auguste (1553-1617), et son fils François-Auguste (1607-1642) ; Antoine Possevin (Possevino, jésuite italien, 1534-1611) ; Étienne Baluze (1630-1718) ; le poète et historien italien Crescimbeni (1663-1728) ; d’Alembert (1717-1783) ; Francis Douce, antiquaire anglais (1757-1834) ; Nicolas de Nicolis (?) ; Gabriau de Riparfonds (?) ; Mathieu Guéroult (?).  ↩

Le Livre, tome II, p. 335-351

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 335.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 335 [351]. Source : Internet Archive.

nomie[335.1], est d’avis, lui, qu’il ne faut blâmer ni ceux qui ne prêtent pas leurs livres, ni ceux qui les prêtent, et n’accuser ni les uns d’insouciance, ni les autres d’égoïsme.

Les « non prêteurs », au nombre desquels figure l’évêque d’Avranches Huet[335.2], ne sont pas moins convaincus et formels que les « prêteurs ». L’un d’eux, M. Jules Le Petit (1845-….), va même jusqu’à contester la bonne foi de ses adversaires, à déclarer qu’il ne croit pas « que Jean Grolier et ses imitateurs aient été sincères. Peut-être cependant, ajoute-t-il, les amis de ces hommes généreux étaient-ils appelés à l’immense satisfaction d’admirer de temps à autre, à travers des vitrines, les splendides reliures qu’ils faisaient exécuter. Dans ce cas, je comprends la portée de leurs devises, qui étaient, à vrai dire, tant soit peu hypocrites. Je le maintiens, les vrais amateurs ne prêtent pas leurs livres, même à des amis[335.3]. »

Voilà qui est net.

[II.351.335]
  1.  Page 71.  ↩
  2.  Cf. Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 264.  ↩
  3.  Jules Le Petit, l’Art d’aimer les livres, p. 5.  ↩

Le Livre, tome II, p. 336-352

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 336.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 336 [352]. Source : Internet Archive.

Plus explicite encore est M. Octave Uzanne (1851-….), qui a on ne peut mieux dépeint les angoisses et les transes, l’ « état d’âme » d’un bibliophile qui a prêté un de ses chers livres[336.1].

« Les livres ont toujours été la passion des honnêtes gens, disait le poète polyglotte Vadius Ménage ; si nous paraphrasons cette pensée devenue célèbre, nous dirons que les livres ont toujours été le goût favori, la passion raisonnée des hommes paisibles, rangés, d’un esprit correct et systématique. Un bibliophile aime ses volumes d’un amour particulier, d’un amour quelque peu vaniteux, de ce même amour de propriétaire que Gavarni a immortalisé dans cette légende de bourgeois possesseur : Mon mur ; un bibliophile dit : Mes livres avec la même intonation satisfaite et glorieuse ; il ressent pour eux une tendresse mêlée de crainte, de pudeur, d’effarement bizarre, qui se comprend et s’analyse facilement. « Si, dans les mains du gros propriétaire, le plâtre se fait or, les livres deviennent joyaux dans celles

[II.352.336]
  1.  Octave Uzanne, Du prêt des livres, op. cit., t. I, pp. 35-40. Cf. aussi Bayle (ap. Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 380), qui, à Coppet, en 1672, cest-à-dire à l’âge de vingt-cinq ans, et dans tout le feu de la galanterie, ayant prêté à une demoiselle le roman de Zayde, et ne pouvant plus le ravoir, s’impatientait, s’énervait, s’exaspérait : « Fâché de voir lire si lentement un livre, je lui ai dit cent fois le tardigrada, domiporta, et ce qui s’ensuit, avec quoi on se moque de la tortue. Certes, voilà bien des gens propres à dévorer les bibliothèques ! »  ↩

Le Livre, tome II, p. 337-353

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 337.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 337 [353]. Source : Internet Archive.

du bibliophile ; il vit au milieu d’eux dans une quiétude sans égale, dans le bonheur intime du droit de possession, dans des ravissements béatifiques et infinis, il passe de longues heures à les contempler, à les aligner, à les soigner, essuyer, épousseter avec une joie enfantine ; il les connaît page par page, ligne par ligne ; il les apprécie par des affinités variées de sensations douces et charmantes ; il pense enfin, avec Montaigne, que ces bons et sûrs amis, que ses livres, sont encore la meilleure munition qu’il puisse trouver à cet humain voyage.

« L’emprunteur, bibliophage et insouciant, ne calcule rien de tout cela ; il tombe au milieu de ces doctes jouissances comme un renard dans un poulailler ; il est possédé tout à coup d’une fringale de lecture ; il arrive et laisse gravir impudemment ses convoitises sur les rayons où juchent les volumes que son esprit voudrait dévorer ; il implore avec des paroles caressantes, il jure ses grands dieux que l’emprunt qu’il fait est un emprunt forcé, il affirme que le livre demandé sera couvert soigneusement, enveloppé, serré sous clef, loin des regards indiscrets et des mains malheureuses ; il invoque l’amitié la plus confraternelle, la sympathie la moins déguisée, et promet de rendre le livre dans la huitaine. — C’est, hélas ! la cigale qui quémande à la fourmi. Et la cigale est oublieuse !

« La fourmi ne doit pas se laisser séduire, elle

Le Livre, tome II, p. 338-354

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 338.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 338 [354]. Source : Internet Archive.

doit être calme et inflexible, et répondre sans cesse et toujours par le plus formel refus.

« Le bibliophile qui prête un livre se fait injure à lui-même ; il travaille à ses peines, à ses insomnies, au châtiment de sa générosité….

« Le bibliophile qui prête un volume s’en repent toujours ; ce sont d’abord des craintes vagues, un sentiment curieux d’inquiétude, qui l’obsèdent, un agacement inconscient qui le tracasse ; il sent qu’il lui manque quelque chose, et la place béante laissée par l’absent sur les rayons de sa bibliothèque le fait frémir furtivement.

« Il n’y a rien que l’on rende moins fidèlement que les livres, dit sentencieusement un moraliste ancien ; l’on s’en met en possession par la même raison que l’on dérobe volontiers la science des hommes, desquels on ne voudrait pas dérober l’argent. » Un livre prêté est, en effet, à moitié perdu ; l’emprunteur le plus honnête s’accoutume à sa vue, il en remet de jour en jour la restitution, et arrive, sans qu’il y songe, à se faire tacitement une morale à la Bilboquet : « Ce livre pourrait être à moi… il devrait être à moi… il est à moi ». Au surplus, on ne se gêne guère avec les livres des autres, on en use sans façon ; ce sont les mains humides, les cendres du cigare, la poudre de l’écritoire, que sais-je ! Tout contribue à maculer les pages virginales.

Le Livre, tome II, p. 339-355

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 339.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 339 [355]. Source : Internet Archive.

« Il est rare que le bouquin vagabond ne revienne pas légèrement détérioré, comme un écolier qui aurait fait des fredaines ; ce ne sont quelquefois que taches insignifiantes, que feuillets froissés ; mais aussi, plus souvent, le pauvre volume porte des stigmates indélébiles ; sa reliure est meurtrie, ses pages sont déchirées, et ses gardes n’ont su le défendre des plus vilaines atteintes….

« Souvenons-nous de cette anecdote gasconne de deux amis couchés dans la même chambre :

« Pierre, dors-tu ? dit l’un à son camarade.

— Pourquoi ? répond ce dernier.

— C’est que, si tu ne dormais pas, je t’emprunterais un louis.

— Alors… je dors. »

« Adoncques, dormons toujours ; soyons sourds à la voix attendrie et suppliante des emprunteurs ; gardons nos livres en avares, en égoïstes, si l’on veut, quelque pénible que le refus nous soit. Gardons précieusement nos livres, ne les prêtons pas ; c’est le plus sûr moyen de conserver la tranquillité intérieure, la paix de conscience, le bonheur sans nuage, l’ivresse paradisiaque de nos voluptés bouquinières. »

Elle remonte loin, du reste, cette méfiance et cette aversion qu’inspire tout emprunteur ou quémandeur de livres. Martial (43-104) nous en fournit la preuve, entre autres, dans une de ses épigrammes :

Le Livre, tome II, p. 340-356

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 340.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 340 [356]. Source : Internet Archive.

« Vous ne manquez jamais, Lupercus, à chaque rencontre, de me dire : « Voulez-vous que je vous envoie mon esclave, et voulez-vous lui confier votre petit volume d’Épigrammes, que je vous renverrai dès que je l’aurai lu ? » Il est inutile, Lupercus, que vous donniez cette peine à votre esclave. La route est longue de chez vous au Poirier ; de plus je loge au troisième étage, et les étages sont très hauts. Ce que vous demandez, vous n’avez pas à le chercher si loin. Vous êtes un habitué de l’Argi­lète[340.1] : or, près du forum de César se trouve une boutique, dont la devanture est toute couverte de titres d’ouvrages, de sorte qu’on y lit d’un coup d’œil les noms de tous les poètes. Là, vous me demanderez, en vous adressant à Atrectus ; c’est le nom du marchand. Du premier ou du second casier il tirera un Martial bien poli et orné de pourpre, qu’il vous vendra cinq deniers. — « C’est trop cher, » dites-vous. — Vous avez raison, Lupercus[340.2]. »

Nous avons vu Bayle (1647-1706) tout à l’heure[340.3] maugréer contre certaine emprunteuse qui lisait

[II.356.340]
  1.  L’Argilète, comme nous l’avons dit (t. I, pp. 24-26), était le quartier de Rome habité de préférence par les libraires.  ↩
    •  Occurris quoties, Luperce, nobis,
      Vis mittam puerum, subinde dicis,
      Cui tradas Epigrammaton libellum,
      Etc.

     (Martial, Épigrammes, livre I, 118, trad. Nisard, p. 359. — Cf. aussi livre IV, 72, p. 401.  ↩

  2.  Page 336, note 1.  ↩

Le Livre, tome II, p. 341-357

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 341.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 341 [357]. Source : Internet Archive.

« comme une tortue », et gardait indéfiniment son exemplaire de Zayde.

Joseph Scaliger (1540-1609) répondait tout net à ceux qui faisaient mine de lui emprunter un volume : Ite ad vendentes ! « Allez en acheter[341.1] ! »

Le peintre Daniel du Moustier (1575-1646 ?), prenant les devants, avait décoré « le bas de ses livres », la plinthe de sa bibliothèque, de cette fulminante inscription, vrai cri du cœur : « Que le diable emporte les emprunteurs de livres[341.2] ! »

Et comme on comprend bien ce sentiment de ter-

[II.357.341]
  1.  Jules Janin, l’Amour des livres, pp. 59-60.  ↩
  2.  Tallemant des Réaux, Historiettes, Du Moustier, t. III, p. 139. (Paris, Techener, 1862 ; 6 vol. in-18.) Au nombre des « non-prêteurs », citons encore, d’après M. Fertiault (les Amoureux du livre, p. 353) : le médecin italien Demetrio Canevari (1559-1625) ; Guillaume Colletet (1598-1659) et Guilbert de Pixérécourt (1773-1844), dont nous parlerons tout à l’heure ; le critique et philosophe Naigeon (1738-1810) ; le marquis de Morante (1808-1868), magistrat, sénateur et bibliophile espagnol ; Cigongne (?) [s’agirait-il de Charles Sigonio dit aussi Sigonius (vers 1520-1584), archéologue italien, un des créateurs de la science de la diplomatique ?] ; Gifanins (-) ; et J.-Thomas Aubry, curé de l’église Saint-Louis-en-l’Île (-). — « Un jour que Gaspard Schopp [Scioppius, célèbre philologue et grammairien allemand : 1576-1649] priait Gifanius de lui prêter un manuscrit de Symmaque, Gifanius lui fit celte réponse : « Me demander de prêter mon « Symmaque, monsieur ! mais c’est comme si l’on me demandait de prêter ma femme ! » Perinde est atque uxorem meam utendam postulare ! » (Émile Deschanel, A bâtons rompus, Quand on range sa bibliothèque, p. 132.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 342-358

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 342.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 342 [358]. Source : Internet Archive.

reur, cette colère et cette exaspération que provoquent les emprunteurs de livres parmi les bibliophiles ou les simples travailleurs ! « Un livre prêté est à moitié perdu », nous disait, il y a un instant, M. Octave Uzanne ; on en use sans façon avec les livres d’autrui. « Un volume une fois sorti de l’intérieur d’une bibliothèque, nous dit à son tour le bibliographe Constantin[342.1], est exposé à toutes les chances, sinon de perte, du moins de dégradation et d’avarie de la part des maladroits, des négligents et des malpropres ; il ne rentre ordinairement qu’à la volonté de l’emprunteur, qui le garde pendant des années et souvent même tout à fait, parce que le principe que garder un livre n’est pas un vol est malheureusement adopté par beaucoup de personnes. »

Comme exemple de l’inqualifiable incurie des emprunteurs de livres, on rapporte l’aventure survenue à André Chénier, aventure bien propre à décourager les bibliophiles prêteurs de leurs trésors.

André Chénier, qui avait une prédilection spéciale pour Malherbe, dont il a d’ailleurs commenté les vers, possédait une bonne édition de ce poète, un petit in-8 publié par Barbou en 1776, avec la notice et les notes de Meunier de Querlon. Un jour un visiteur emprunta ce volume à Chénier, qui ne sut pas le défendre, n’osa pas refuser, et le livre ne lui

[II.358.342]
  1.  Bibliothéconomie, p. 68.  ↩

Le Livre, tome II, p. 343-359

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 343.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 343 [359]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 344.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 344 [360]. Source : Internet Archive.

revint que tout taché d’encre et dans le plus pitoyable état. Sur une des pages, la page 61, en regard de la plus grosse tache, Chénier écrivit alors (1781) ces lignes :

« J’ai prêté, il y a quelques mois, ce livre à un homme qui l’avait vu sur ma table, et me l’avait demandé instament (sic). Il vient de me le rendre en me faisant mille excuses. Je suis certain qu’il ne la pas lu. Le seul usage qu’il en ait fait a été d’y renverser son écritoire, peut-être pour me montrer que, lui aussi, il sait commenter et couvrir les marges d’encre. Que le bon Dieu lui pardone (sic) et lui ôte à jamais l’envie de me demander des livres[343.1] ! »

C’est le cas de rappeler le « mirlito­nesque »[343.2] distique, dont Charles Nodier, Guilbert de Pixérécourt, d’autres encore, se disputent la paternité[343.3] :

Tel est le triste sort de tout livre prêté,
Souvent il est perdu, toujours il est gâté ;

et le fameux sixain de Guillaume Colletet, que, par une singulière erreur, provenant sans doute et uniquement de l’assonance, on attribue fréquemment à Condorcet[343.4] :

[II.359.343]
  1.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 août 1893, col. 127.  ↩
  2.  L’épithète est de M. Octave Uzanne, op. cit., t. I, p. 36.  ↩
  3.  Cf. Octave Uzanne, op. cit., ibid. ; Jules Richard, l’Art de former une bibliothèque, p. 41 ; l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 août 1879, col. 401 ; etc.  ↩
  4.  Voir, entre autres, pour cette attribution à Condorcet, Jules Janin, l’Amour des livres, pp. 60-61 ; Édouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, 3e édit., t. I, p. 92 ; Yve-Plessis, Petit Essai de biblio-thérapeutique, p. 20 ; etc. Sur la paternité de Colletet, voir l’intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 et 25 février 1878, col. 65 et 122. A part une épître A un jeune Polonais exilé en Sibérie, Condorcet, qui s’est surtout occupé de science et de politique, n’a jamais écrit de vers.  ↩

Le Livre, tome II, p. 344-360

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 344.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 344 [360]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 345.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 345 [361]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 346.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 346 [362]. Source : Internet Archive.

Chères délices de mon âme,
Gardez-vous bien de me quitter.
Quoiqu’on vienne vous emprunter !
Chacun de vous m’est une femme,
Qui peut se laisser voir sans blâme
Et ne se doit jamais prêter.

Ce qui n’empêcha pas Colletet, lorsqu’il reçut de Richelieu « la somme énorme de six cents livres » pour six vers seulement, consacrés à la description de la pièce d’eau des Tuileries, de remercier le généreux cardinal par ce distique, plus digne d’un trafiquant que d’un bibliophile :

Armand, qui, pour six vers, m’as donné six cents livres.
Que ne puis-je, à ce prix, te vendre tous mes livres[344.1] !

Les livres prêtés — pour revenir à eux — « les livres prêtés ne sont jamais rendus…. Parfaitement !

[II.360.344]
  1.  Cf. Théophile Gautier, les Grotesques, p. 216. (Paris, Lévy, 1859.) « Certainement jamais vers, même alexandrins, c’est-à-dire les plus longs qui soient, n’ont été payés aussi cher à aucun poète du monde, » ajoute ici Théophile Gautier. — A propos de Guillaume Colletet et de sa bibliothèque, Charles Asselineau a écrit une très intéressante page (ap. Eugène Crépet, les Poètes français, t. II, p. 496), que je me reprocherais d’omettre : « … Chevreau s’est trompé lorsqu’il a dit que Colletet ne laissa à son fils que son nom pour héritage. Ce nom serait déjà quelque chose ; mais Colletet put transmettre à son héritier un legs plus positif et plus palpable, sa bibliothèque, — bibliothèque considérable et célèbre, même en son temps, au témoignage du Père Jacob, de Châlons, l’auteur du Traité des plus belles bibliothèques du monde, et qu’il sut conserver cinquante [quarante ?] ans, malgré son peu de fortune, pour la léguer à ce fils. La pauvreté et les instances de la veuve forcèrent, dans le courant de l’année, François Collelet à se défaire de son héritage, et les regrets qu’il lui a consacrés seront une conclusion touchante pour cette notice. « Vente, dit-il, qui tire presque des larmes de mes yeux et des soupirs de ma bouche, toutes les fois que j’y pense, et qui rappelle en ma mémoire la faiblesse d’un homme intéressé, qui, pouvant me conserver ce seul petit héritage que m’avoit laissé mon père, a mieux aymé le donner en proye à la justice que de m’en laisser la jouissance ; advantage certe qui lui donne bien peu de gloire, aussi bien qu’à ceux qui, pouvant inspirer à la vefve de nobles et généreux sentiments en ma faveur, n’ont pas été fidèles conseillers ny juges équitables dans ma cause. C’est un ressentiment qui me tient trop au cœur pour l’étouffer ; et l’indignation que j’eus, dès ce tems-là, d’une action si contraire au sang et à la nature m’inspira une ode de cent vers, qui seront quelque jour imprimez, et dont voici le commencement :
    •  Chères délices de mon père,
      Livres doctes et précieux,
      Qui de ses écrits curieux
      Fûtes l’entretien ordinaire ;
      Vous qu’en quarante ou cinquante ans,
      Malgré les misères du temps,
      Il acquit avec tant de peine,
      Eh quoi ! je ne vous verrai plus !
      Puisqu’il faut que cette semaine
      A l’encan vous soyez vendus, »
      Etc.

     « Quoique cent fois supérieurs à l’Ode à Namur, ces vers, dit Charles Nodier, — continue Asselineau, — sont assez mauvais ; mais il y a, dans tout ce passage, une fleur de sentiment qui fait penser, une mesure d’expression qui fait réfléchir, et qui satisfait mieux mon cœur et mon esprit qu’un vain luxe de paroles. L’homme qui n’accuse son spoliateur que de faiblesse, qui ne voit dans sa marâtre que la veuve de son père, qui ne trouve dans les conseillers de cette femme que des juges peu équitables, valait bien mieux à aimer que ce triste Boileau. Il n’aurait jamais stigmatisé d’un opprobre éternel le malheur d’avoir besoin de pain et d’en demander aux valets, extrémité cruelle sans doute, mais préférable à la honte d’attendre de l’or de leurs maîtres. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 345-361

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 345.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 345 [361]. Source : Internet Archive.

Ainsi tous les livres que vous voyez là, sur ces rayons, ce sont des livres qu’on m’a prêtés et que j’ai gar-

Le Livre, tome II, p. 346-362

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 346.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 346 [362]. Source : Internet Archive.

dés, » répondait un jour, d’après une légende, sans doute plus amusante qu’authentique, certain bibliophile à un téméraire visiteur qui faisait mine de lui emprunter un volume[346.1].

C’est probablement le même ingénieux collectionneur qui répliquait à un de ses amis, en train de le prier de lui prêter un volume : « A vous ? Jamais de la vie ! Vous m’en avez prêté un jadis, et vous ne me l’avez jamais réclamé ! »

Mais que de fois c’est en vain qu’on réclame, — quand on ose réclamer ! l’emprunteur fait la sourde oreille ; ou bien il promet de restituer très prochainement, de rapporter sans retard, sans faute…. « Vous l’aurez demain…. Ce soir même il sera chez vous…. » Et ni ce soir ni demain, pas plus que sœur Anne, vous ne voyez rien venir.

[II.362.346]
  1.  « La Sagesse des nations dit vrai : « Les francs prêtés sont quelquefois rendus. — les livres, jamais ! » (Albéric Second, le Tiroir aux souvenirs, p. 177 ; Paris, Dentu, 1886.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 347-363

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 347.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 347 [363]. Source : Internet Archive.

On conte, à ce propos, que l’acerbe et agressif lexicologue François Génin (1803-1856)[347.1] avait eu occasion, alors qu’il était professeur à la Faculté de Strasbourg, de prêter les deux premiers volumes d’un superbe exemplaire de Tom Jones à l’un de ses collègues qui voulait apprendre l’anglais. Rentré à Paris, attaché à la rédaction du National, Génin avait vainement écrit vingt fois pour réclamer ces volumes : pas de réponse. A bout de patience, il fit un paquet des deux tomes qui lui restaient et les envoya par la diligence à son trop silencieux emprunteur. « Comme cela, du moins, lui écrivait-il en même temps, un de nous deux aura l’ouvrage complet. Ce sera vous, puisque vous ne voulez pas que ce soit moi ; ce qui cependant m’aurait paru plus naturel[347.2]. »

Une des pertes d’ouvrage les plus regrettables, causées par un emprunteur de livres, c’est celle du traité De Gloria de Cicéron, que Pétrarque prêta à

[II.363.347]
  1.  « Génin est un tape-dur ; il a toujours besoin de taper sur quelqu’un. » Etc. (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XI, p. 464.) « Génin, l’écrivain anti-jésuitique et anti-ecclésiastique le plus passionné. » (Id., op. cit., t. I, p. 390.) Particularité curieuse, cet adversaire acharné de la religion et des prêtres avait, outre la passion des lettres, celle du plain-chant, et « il a composé une messe en musique qui a été exécutée deux fois, le jour de Noël, dans l’église Saint-Leu, à Paris ». (B. Hauréau, art. sur Génin, ap. Dr Hœfer, Nouvelle Biographie générale.)  ↩
  2.  P.-J. Martin, l’Esprit de tout le monde, pp. 117-118. (Paris, Magnin, 1859.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 348-364

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 348.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 348 [364]. Source : Internet Archive.

son vieux maître de grammaire Convenevole (ou Convennole) da Prato, et que celui-ci, pour se procurer quelques ressources, mit en gage, mais sans jamais oser dire entre quelles mains. Malgré nombre de réclamations et quantité de recherches, le précieux manuscrit demeura introuvable, et fut perdu pour Pétrarque comme pour nous[348.1].

Parmi les emprunteurs peu enclins à restituer, on cite le moraliste Nicole (1625-1695) : « Il ne rendait pas très exactement les livres qu’il empruntait, écrit de lui Sainte-Beuve[348.2]. M. de Pontchâteau, qui tenait fort à ses livres[348.3], paraît s’en plaindre en un endroit de ses lettres : « N’en dites rien néanmoins, il faut savoir perdre. Mais il faut avouer ma faiblesse, je hais plus de perdre un livre qui ne vaudrait que dix sols, que dix pistoles. Cela est d’un petit esprit : aussi suis-je tel. »

Gœthe n’aimait pas non plus, prétend-on, rendre les ouvrages ou estampes qu’on lui prêtait, et c’est ainsi qu’il a su, jusqu’à ses derniers jours, enrichir ses collections. « Emprunter et oublier longtemps

[II.364.348]
  1.  Cf. Ludovic Lalanne, op. cit., p. 227 ; et Fertiault, Drames et Cancans du livre, pp. 141-156.  ↩
  2.  Port-Royal, t. IV, p. 414, n. 1.  ↩
  3.  C’est ce M. de Pontchâteau qui « s’éveillait quelquefois avec ce mot de l’Imitation à la bouche : In omnibus requiem quæsivi, et nusquam inveni nisi in angulo cum libro : « J’ai cherché partout le repos, et je ne l’ai nulle part trouvé que dans un petit coin avec un petit livre. » (Sainte-Beuve, op. cit., t. V, p. 257.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 349-365

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 349.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 349 [365]. Source : Internet Archive.

de rendre, c’est là le vrai signe du collectionneur passionné, » conclut sans barguigner le traducteur des Conversations recueillies par Eckermann[349.1].

On avait prêté au philosophe et académicien Victor Cousin (1792-1867), alors qu’il était ministre de l’Instruction publique, un beau manuscrit de Malebranche. En vain le lui avait-on redemandé à plusieurs reprises, nous conte Émile Deschanel[349.2], Cousin « fit longtemps la sourde oreille ; si bien qu’à la fin on mit en campagne un homme presque aussi considérable que le ministre lui-même auquel il était chargé de réclamer formellement le manuscrit précieux ». Alors Cousin refusa de le rendre. « Mais enfin, dit l’intermédiaire, ce manuscrit est à M, qui vous l’a prêté ; il le réclame, il en a le droit. — Mon cher N, répondit majestueusement le grand éclectique, il a son droit, mais j’ai ma passion ! » Oncques ne rendit le manuscrit. »

Un autre célèbre ministre de l’Instruction publique et membre de l’Académie française, le critique et historien Villemain (1790-1870), se montrait, lui aussi, paraît-il, extrêmement dur à la desserre. « Il ne rendait jamais les livres empruntés, assure Jules Richard[349.3], et il fallait la complicité de son secrétaire

[II.365.349]
  1.  Tome I, page 85, note l ; trad. Émile Délerot.  ↩
  2.  A bâtons rompus, Quand on range sa bibliothèque, p. 132.  ↩
  3.  Op. cit., p. 41.  ↩

Le Livre, tome II, p. 350-366

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 350.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 350 [366]. Source : Internet Archive.

pour que le prêteur pût aller reprendre furtivement son bien. »

Un autre immortel encore, Louis de Loménie (1815-1878), était, au dire du même biblio­graphe[350.1], atteint de cette même fréquente faiblesse.

Tous ces larcins, toutes ces négligences et détériorations expliquent et justifient la méfiance des bibliophiles. Les précautions employées par ceux-ci à l’égard de leurs confrères ou des simples profanes dépassent souvent toute idée.

Un célèbre collectionneur hollandais, le baron Westreenen van Tiellandt (1783-1848), dont la riche et curieuse bibliothèque se voit encore, réunie à celle du comte Meerman, le long d’un des canaux de la Haye, ne laissa, pendant quarante ans, — les quarante ans qu’il mit à rassembler ses livres, — personne, pas même son plus intime ami, entrer dans son « muséum ». « Un jour enfin, raconte M. Firmin Maillard[350.2], il annonça à deux amis qu’il allait pouvoir les admettre à contempler ses merveilles, ses trésors, etc. ; mais il fallait pour cela qu’ils se soumissent complaisamment aux conditions suivantes : la voiture du baron irait les prendre, parce

[II.366.350]
  1.  Op. cit., p. 41.  ↩
  2.  Les Passionnés du livre, pp. 127-128.  ↩

Le Livre, tome II, p. 351-367

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 351.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 351 [367]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 352.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 352 [368]. Source : Internet Archive.

que l’atmosphère pouvait être ce jour-là chargée d’humidité ; avant d’entrer dans son cabinet, ils changeront de costume, mettront chacun une robe de chambre (il en a deux toutes neuves pour cet usage), un bonnet et des pantoufles, leurs vêtements et leurs chaussures ordinaires pouvant introduire de la poussière, — la chose la plus pernicieuse pour les livres. Ce sont, du reste, des précautions auxquelles il se soumet lui-même. Les deux amis acceptèrent ; mais ce fut inu­tile[351.1] : il traîna la chose en longueur, et finalement mourut, laissant cependant sa fameuse bibliothèque à l’État ; mais, ajoute M. Firmin Maillard, avec des stipulations qui n’avaient d’autre but que d’écarter autant que possible de ses diables de livres les malheureux lecteurs[351.2]. »

[II.367.351]
  1.  Edmond Texier, dans son volume les Choses du temps présent (pp. 147-148) fait un récit qui diffère sensiblement de celui de M. Firmin Maillard. Il se borne à dire, sans le nommer, que le baron Westreenen contraignait ses amis les plus intimes, lorsqu’ils manifestaient le désir de visiter ses richesses, « à l’humiliante condition de revêtir par-dessus leur habit une grande robe sans manches et sans ouvertures pour laisser passer les bras ». Touchante confiance !  ↩
  2.  La Bibliothèque ou Muséum Meermanno-Westreenianum, qui occupe à la Haye un local distinct de la Bibliothèque royale, sur les confins de la ville, au bord du canal dit Prinzessegracht, n’est ouverte au public que les premier et troisième jeudis du mois. — A propos du baron Westreenen, rappelons qu’il s’est spécialement occupé de l’histoire de l’imprimerie dans les Pays-Bas, et s’est tout particulièrement attaché à prouver que la première idée de l’emploi des caractères mobiles est due aux Hollandais, — à Laurent Coster, de Harlem, — idée qui s’est ensuite perfectionnée à Strasbourg et à Mayence. Cette thèse, dont l’erreur est pleinement démontrée aujourd’hui, — puisque « Laurent Coster, né en 1370, avait soixante-dix ans en 1440, époque la plus éloignée qu’on puisse attribuer à la découverte de l’imprimerie, et que cette année même est celle où il est mort » (Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 590). — a été également soutenue par un autre bibliographe hollandais, le baron Gérard Meerman (1722-1771), père du comte Jean Meerman (1753-1815). C’est ce dernier qui a laissé à la ville de la Haye la riche bibliothèque de son père, bibliothèque qu’il avait lui-même beaucoup augmentée, et qui a été réunie à celle du baron Westreenen.  ↩

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