Le Livre, tome III, p. 021-035

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 21.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 21 [035]. Source : Internet Archive.

courtes fibres mal digérées d’un bambou croissant dans le terreau des forêts vierges. L’éléphant serait ainsi producteur, lessiveur et broyeur de pâte. Il constituerait un appareil automatique, se vidant et se remplissant tout seul, mobile et susceptible de s’installer partout, solide, car l’animal vit très vieux, pas cher, parce qu’il se vend presque pour rien avant d’avoir été dressé[021.1]. »

On est même parvenu, dans ces dernières années, — ce qui n’a pas été chose facile et a nécessité de longues recherches, — à transformer en papier blanc le papier imprimé, les vieux papiers. C’est en Amérique et en Angleterre que ces expériences ont été effectuées[021.2].

Les essais de fabrication du papier avec d’autres

[III.035.021]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., pp. 23-24.  ↩
  2.  « Les vieux journaux et imprimé sont d’abord soumis à un bon trempage, puis déchiquetés en petits morceaux par une machine appropriée, et enfin passés au triturateur. La pâte ainsi obtenue subit un premier lavage, puis, après égouttage, est intimement mélangée avec une solution de savon. Celui-ci forme une émulsion entraînant toutes les matières grasses et colorantes contenues dans la pâte ; on s’en débarrasse par un lavage énergique. Suivant le degré d’impureté des papiers traités, on emploie, par 100 parties de papier, de 3 à 24 parties en poids de savon. » (Mémorial de la librairie française, 24 juillet 1902, p. 426.) Cf. G. d’Avenel, op. cit., pp. 24-26, où se trouve un curieux historique de la transformation des vieux imprimés en papier blanc. Mais, conclut M. G. d’Avenel, ces vieux imprimés ne peuvent fournir que des « espèces très ordinaires, car le vieux papier, fût-il de première qualité, est loin, après avoir été trituré…, de valoir du chiffon médiocre ».  ↩

Le Livre, tome III, p. 022-036

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 22.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 22 [036]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23 [037]. Source : Internet Archive.

substances que le chiffon datent de loin déjà. On voit au British Museum un livre en langue hollandaise, publié en 1772, et imprimé sur 72 sortes de papiers provenant d’autant de matières diffé­rentes[022.1]. Quelques années plus tard, le marquis de Villette, l’ami de Voltaire, faisait imprimer à Orléans, sous la rubrique de Londres, un exemplaire de ses œuvres (Œuvres du marquis de Villette ; à Londres, 1786 ; in-18) « sur 20 sortes de papiers : papier d’écorce de tilleul, de guimauve, d’ortie, de houblon, de mousse, de roseau, etc., etc.[022.2] ».

[III.036.022]
  1.  Cf. Charles Laboulaye, Dictionnaire des arts et manufactures, art. Papier.  ↩
  2.  Charles Monselet, Curiosités littéraires et bibliographiques, p. 113. « Ce petit volume (du marquis de Villette) est curieux en ce qu’il est imprimé sur des papiers de couleurs fabriqués avec différents végétaux. L’épître dédicatoire à M. Ducrest a été composée par M. Leorier de l’Isle, [ou Léorier Delille, selon l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 30 septembre 1905, col. 470 ; ou encore, d’après Larousse, Léorier Delisle], fabricant de papier, qui annonce avoir soumis à la fabrication du papier toutes les plantes, les écorces et les végétaux les plus communs. Il a joint à ce volume des échantillons, qui sont les extraits de ses expériences, et il a cherché à prouver qu’on pouvait substituer aux matières ordinaires du papier d’autres matières les plus inutiles. Les Œuvres du marquis de Villette, en 156 pages, sont imprimées sur papier de guimauve [sur papier d’écorce de tilleul, dit l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, ibid.] ; ensuite on trouve vingt feuillets composés chacun d’une substance différente, savoir : papier d’ortie, papier de houblon, papier de mousse, papier de roseaux, papier de conferva 1re espèce, papier d’écorce d’osier, papier d’écorce de marsaut, papier d’écorce de saule, papier d’écorce de peuplier, papier d’écorce de chêne, papier de conferva 2e espèce, papier de conferva 3e espèce, papier de racines de chiendent, papier de bois de fusain, papier de bois de coudrier, papier d’écorce d’orme, papier d’écorce de tilleul, papier de feuilles de bardane et de pas-d’âne, papier de feuilles de chardons. On est surpris de ne point trouver de papier de paille dans ce recueil, l’auteur ayant soumis tant d’autres substances à ses procédés. » (Édouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, t. VIII, p. 202, 5e édit.) Sur le fabricant de papier Leorier (sic) de Liste, ou Léorier (sic) Delille, né à Valence (Dauphiné), en 1744, mort à Montargis, en 1826, voir l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 30 septembre 1905, col. 470-473 ; et les dictionnaires de Rabbe, Michaud, Larousse,  etc.  ↩

Le Livre, tome III, p. 023-037

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 23 [037]. Source : Internet Archive.

En 1827, le fabricant de papier Louis Piette publia un Manuel de papeterie qui contient 160 échantillons de papiers divers. Une nouvelle édition de cet ouvrage, parue à Dresde, en 1861, renferme 300 de ces échantillons, provenant tous de sources différentes (feuilles d’arbres, chiendent, sparte, fougère, cuir, tourbe, etc., etc.). Ils forment un volume à part, sous le titre d’Appendice au Manuel de papeterie[023.1].

Cette industrie, aujourd’hui si active et si répandue, des succédanés du chiffon, a suggéré à un sagace critique les réflexions suivantes : « La science a découvert de belles et grandes choses, et elle en a inventé aussi de bien jolies : entre autres, la fabrication rapide du papier à très bon marché. Elle l’extrait aujourd’hui du bois et de la paille ; demain, elle le tirera de la houille ; elle trouvera bientôt un

[III.037.023]
  1.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 209.  ↩

Le Livre, tome III, p. 024-038

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 24 [038]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25 [039]. Source : Internet Archive.

moyen de le façonner avec la terre où pourriront nos corps. C’est sur cette ordure qu’on nous imprime, et voilà une fameuse leçon pour l’orgueil de nos constructeurs de monuments ! Ces feuilles, faites avec rien, se décomposent en quelques années, se tachent, s’usent, se déchirent, redeviennent poussière et cendre, et rentrent avec avidité dans le néant dont elles n’auraient jamais dû sortir[024.1]. »

Exposer par le menu les divers procédés employés pour la fabrication du papier dépasserait de beaucoup les limites fixées à notre travail ; nous nous bornerons à résumer les principales de ces opérations, en renvoyant, pour les détails, aux traités et documents spéciaux[024.2].

[III.038.024]
  1.  Paul Stapfer, Des réputations littéraires, Épilogue, Quatre Consolations, t. II, pp. 428-429. (Paris, Fischbacher, 1901.) Cf. aussi Voltaire, la Guerre civile de Genève, poème héroïque, chant IV (Œuvres complètes, t. VI, p. 490 ; Paris, édit. du journal le Siècle, 1869) :
    •  Tout ce fatras fut du chanvre en son temps ;
      Linge il devint par l’art des tisserands,
      Puis en lambeaux des pilons le pressèrent ;
      Il fut papier : cent cerveaux à l’envers
      De visions à l’envi le chargèrent ;
      Puis on le brûle, il vole dans les airs,
      Il est fumée, aussi bien que la gloire.
      De nos travaux, voilà quelle est l’histoire ;
      Tout est fumée, et tout nous fait sentir
      Ce grand néant qui doit nous engloutir.  ↩
  2.  On peut consulter, par exemple, outre les ouvrages de Louis Figuier (1873-1876), Georges Olmer (1882), G. d’Avenel (1900), C.-F. Cross et E.-J. Bevan (1902 : traité des plus récents et des plus complets), déjà mentionnés par nous : Lalande (Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, connu surtout comme astronome : 1732-1807), Art de faire le papier (sans lieu ni typographe ni date [1761] ; in-folio, 150 pp., xiv planches) ; — Paul Charpentier, le Papier (tome X de l’Encyclopédie chimique, publiée sous la direction de M. Fremy ; Paris, Dunod, 1890 ; in-8) ; — G.-A. Renel, la Fabrication actuelle du papier : la Nature, 18 janvier et 15 février 1890, pp. 99-103 et 167-170 (deux très bons articles) ; — V. Mortet, le Papier, le Papier au moyen âge : Revue des bibliothèques, 1891, pp. 195-207 ; et 1892, pp. 349-350 ; — Jolivet, Notice sur l’emploi du bois dans la fabrication du papier : Exposition universelle de 1878 (Paris, Imprimerie nationale, 1878 ; in-8, 15 pp.) ; — Philipon, député, Rapport fait au nom de la Commission des douanes chargée d’examiner le projet de loi relatif à l’établissement du tarif général des douanes : Pâtes de cellulose : Journal officiel, Documents parlementaires, 12 mai 1891, pp. 884-895 ; — Eugène Campredon, le Papier, étude monographique sur la papeterie française, et, en particulier, sur la papeterie charentaise (Paris, Dunod, 1901 ; in-8, 83 pp.) ; — Henry Vivarez, les Précurseurs du papier (Lille, Imprimerie Lefebvre-Ducrocq, 1902 ; in-4, 39 pp.) ; — et les articles « Papier » dans les dictionnaires de Charles Laboulaye, (Dictionnaire des arts et manufactures), Larousse, Bouillet (nouvelle édition refondue sous la direction de MM. J. Tannery et Émile Faguet), etc. ; voir aussi passim : le Magasin pittoresque, la Revue des bibliothèques, le Bulletin du bibliophile, la Revue biblio-iconographique, etc., etc. Pour la fabrication du papier à la forme, j’ai eu recours, en outre, tout particulièrement, à la compétence de M. Gruintgens, des Papeteries du Marais : je le prie d’agréer ici mes remerciements.  ↩

Le Livre, tome III, p. 025-039

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 25 [039]. Source : Internet Archive.

Jadis les papiers ne se fabriquaient que dans des cuves, à la forme ; actuellement, grâce à la machine à papier continu, inventée vers 1799 par un ouvrier

Le Livre, tome III, p. 026-040

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 26.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 26 [040]. Source : Internet Archive.

d’Essonnes, Louis Robert[026.1], et maintes fois perfectionnée depuis, ce mode de fabrication est l’exception. Voici succinctement en quoi consistait et consiste encore, sauf quelques modifications de détails, la fabrication du papier à la forme, dit aussi papier de cuve et papier à la main.

Après avoir lavé les chiffons et les avoir défilés[026.2], les avoir broyés et triturés dans des récipients, appelés piles, garnis de lames tranchantes, on procède

[III.040.026]
  1.  Nicolas-Louis Robert, né à Paris en 1761, mort en 1819. « … Revenu à Paris en l’an II de la République, Louis Robert fut d’abord correcteur d’imprimerie chez Pierre Didot. Ensuite il suivit Léger Didot, fils de Pierre Didot, qui venait de créer la célèbre papeterie d’Essonnes. Louis Robert reçut la direction du bureau et des trois cents ouvriers de cette importante usine. C’est en 1799 qu’il conçut le projet de sa machine…. Robert avait vendu, moyennant 25 000 francs, son invention à Léger Didot. Celui-ci n’ayant pas exactement rempli les conditions stipulées, l’inventeur lui intenta un procès et le gagna. Robert transporta alors sa machine à Darnetal, près de Rouen, où elle fonctionna pendant quelque temps. Plus tard, un arrangement eut lieu entre les deux parties. En 1814, Louis Robert n’ayant pas trouvé l’argent nécessaire pour renouveler son brevet, la machine à fabriquer le papier continu tomba dans le domaine public…. Louis Robert mourut en 1819, laissant pour toute ressource à sa femme et à ses deux filles le revenu d’une école primaire tenue par sa fille aînée, Marie-Eugénie. Lorsque Marie-Eugénie Robert fut devenue vieille et infirme, nos fabricants de papier s’intéressèrent à elle…. Quant à l’inventeur, il avait eu le sort ordinaire des grands inventeurs : la misère. » (Louis Figuier, op. cit., p. 206.)  ↩
  2.  Il vaudrait mieux dire effilés. « On défile ce qui est enfilé ; on effile ce qui est tissu avec du fil ; défiler des perles ; effiler du linge. » (Littré, Dictionnaire, art. 1. Défiler.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 027-041

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 27.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 27 [041]. Source : Internet Archive.

à leur blanchiment, ce qui s’effectue de diverses façons, entre autres, en les mettant détremper en contact avec un sel de chlore : le chlore a la propriété de détruire la couleur de toutes sortes de teintures, de rendre blancs tous les tissus, les fils, fibres, etc. Ce sel de chlore est l’hypochlorite de soude, dit, par abréviation et couramment, chlorure.

Ces chiffons, déjà ainsi presque réduits en pâte, — le défilé, c’est le nom qu’on leur donne, — sont ensuite descendus dans des caisses d’égouttage, où ils achèvent de se blanchir, sous l’action du chlorure, des « sels de blanchiment », qu’ils contiennent encore, et où ils perdent peu à peu l’eau dont ils sont imprégnés. De là, ils passent dans des piles raffineuses, où le broyage et le raffinage se complètent, où le défilé devient le raffiné ou pâte proprement dite[027.1].

Pour la transformation en feuilles, la fabrication même du papier, cette pâte est transportée dans une cuve, jadis en métal, aujourd’hui en bois, et, le plus ordinairement, chauffée par un tuyau qui amène du dehors un courant de vapeur d’eau, de manière à « entretenir une chaleur douce dans la cuve »[027.2].

Les feuilles s’obtiennent à l’aide de formes, — châssis en bois d’excellente qualité et très soigneusement faits (afin de résister le mieux possible à

[III.041.027]
  1.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Défilé.  ↩
  2.  Lalande, op. cit., p. 52.  ↩

Le Livre, tome III, p. 028-042

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 28.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 28 [042]. Source : Internet Archive.

l’action de l’eau et de conserver leur rectitude parfaite), dont le fond est garni d’une toile métallique, avec lesquels on puise dans la cuve la quantité de pâte nécessaire.

Pour la fabrication du papier vergé[028.1], cette toile métallique est composée de menus fils de laiton, de vergettes très rapprochées, nommées vergeures, et coupées perpendiculairement par d’autres fils de laiton plus espacés, les pontuseaux. Sur ce fond, cette sorte de tamis, entre les vergeures et les pontuseaux, est entrelacé un autre mince fil de laiton, affectant la forme d’un objet ou les initiales du fabricant, — une « marque de fabrique », destinée à apparaître au milieu de la feuille de papier : c’est le filigrane, qu’on appelle aussi la marque d’eau. Cette marque représentait autrefois soit un pot, soit une cloche, une couronne, un aigle, une grappe de raisin, l’écu de France, le monogramme de Jésus-Christ, IHS, etc., et c’est elle qui a donné son nom à ces divers formats de papier : pot, cloche, couronne, grand aigle, raisin, écu, jésus, etc.

Pour la fabrication du papier vélin[028.2],, la forme est simplement à toile métallique très fine, et, sur ce fond, on ajoute un filigrane, si on le désire.

Sur le cadre auquel sont fixés les fils de laiton, sur le cadre de la forme, on pose un second cadre,

[III.042.028]
  1.  Sur le papier vergé, voir infra, p. 53.  ↩
  2.  Sur le papier vélin, voir infra, pp. 54-55.  ↩

Le Livre, tome III, p. 029-043

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 29.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 29 [043]. Source : Internet Archive.
III-043-029-01 Forme pour la fabrication du papier raisin vergé. Châssis en bois, vergeures et pontuseaux
Forme pour la fabrication du papier raisin vergé.
A B C D, châssis en bois ; vv, v’v’,… vergeures ; pp, p’p’,… pontuseaux.
III-043-029-02 Cadre, nommé couverte, couverture ou frisquette, que le puiseur pose sur la forme avant de puiser la pâte dans la cuve
Cadre, nommé couverte, couverture ou frisquette, que le puiseur pose sur la forme avant de puiser la pâte dans la cuve.

Le Livre, tome III, p. 030-044

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 30.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 30 [044]. Source : Internet Archive.

également en bois, nommé couverte, couverture ou quelquefois fris­quette[030.1], qui, grâce à une rainure, s’adapte très exactement au premier, et est destiné à régler la quantité de pâte que retiendra la forme, après avoir été plongée dans la cuve, c’est-à-dire, en définitive, à déterminer l’épaisseur du papier : plus les bords de ce cadre seront élevés, plus évidemment la forme prendra et gardera de pâte.

La forme plongée dans la cuve, puis retirée, l’eau s’écoule instantanément par les vides de la toile métallique, et l’ouvrier, nommé plongeur ou puiseur, agite aussitôt la forme, la balance doucement de droite à gauche et de gauche à droite, « comme s’il voulait tamiser la pâte[030.2] ». Cette opération termi­née[030.3], il pose obliquement la forme sur une planchette fixée à la cuve, en ayant soin auparavant d’ôter la couverte, pour la placer sur une seconde forme qu’il plonge à son tour dans la cuve.

Pendant ce temps, un autre ouvrier, le coucheur, enlève la première forme et la renverse prestement

[III.044.030]
  1.  Frisquette est aussi un terme d’imprimerie désignant le châssis qui, au moment du tirage, s’applique sur les marges du papier pour les maintenir d’aplomb et les empêcher de se maculer.  ↩
  2.  Lalande, op. cit., p. 53.  ↩
  3.  « Il se forme sept à huit feuilles par minute dans les grandeurs moyennes de papier, telles que la couronne. » (Id., op. cit., p. 55.) Sept ou huit feuilles, c’est beaucoup. Ce nombre varie d’ailleurs sensiblement : quelquefois l’ouvrier ne fait que trois ou quatre feuilles par minute.  ↩

Le Livre, tome III, p. 031-045

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 31 [045]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32 [046]. Source : Internet Archive.

sur une pièce de feutre ou flotre[031.1], où, semblable à une crêpe, la feuille de pâte, c’est-à-dire de papier, vient se déposer, se coucher.

Le plongeur retire de la cuve sa seconde forme, à laquelle il fait subir la même opération qu’à la première. Le coucheur, en rapportant la première forme, prend cette seconde, qu’il va de même retourner sur un second feutre, placé sur la première feuille ; et, sur cette seconde feuille, il applique un troisième feutre destiné à recevoir la troisième feuille, etc.

« Ainsi l’on voit qu’au moyen de deux formes, qui sont toujours en mouvement, il n’y a point de temps de perdu : pendant qu’une forme se plonge, l’autre se couche ; quand le plongeur passe une forme au coucheur, il en reçoit une autre qui est vide, sur laquelle il pose la couverte, qu’il retire de dessus la première, et il plonge de nou­veau[031.2]. » Bien entendu, « les deux ouvriers doivent prendre soin de régler leurs mouvements, pour bien travailler d’accord, afin que l’un n’ait pas à attendre l’autre[031.3]. »

Lorsque les feuilles de feutre et de papier, ainsi intercalées et superposées, ont atteint une certaine hauteur, sont au nombre de 150 ou 200[031.4], on trans-

[III.045.031]
  1.  Le mot flotre, qu’on écrit aussi flôtre, s. m., « est une altération de feutre ». (Littré, op. cit. ↩
  2.  Lalande, op. cit., pp. 54-55.  ↩
  3.  Louis Figuier, op. cit., pp. 244-245.  ↩
  4.  M. G. d’Avenel (op. cit., p. 54) dit 800 feuilles. Louis Figuier (op. cit., p. 246) dit : La passe se compose de 6, 7 et 8 mains » (soit, — la main étant de 25 feuilles, — 150, 175 ou 200 feuilles). On nomme quet « l’assemblage et le nombre de 26 feuilles de papier avec leurs feutres ». (Littré, op. cit.) « Les ouvriers de cuve appellent un quet l’assemblage de 26 feuilles ; la porse est composée d’un certain nombre de quets, qui varie suivant la grandeur du papier. La porse de couronne a 10 quets, ou 260 feuillets, c’est-à-dire une demi-rame, et 10 feuilles de plus pour indemniser le fabricant du cassé. La porse n’est quelquefois que de 100 feuilles, lorsqu’on travaille dans les plus grandes sortes. » (Lalande, op. cit., p. 57.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 032-046

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 32 [046]. Source : Internet Archive.

porte en bloc cette pile, dite passe ou porse, — ou, plus exactement encore, porse-flotre[032.1], — sous une presse hydraulique ou à main, et on les comprime pour en faire complètement sortir l’eau et hâter la dessiccation. Ou désintercale ensuite les feuilles, on met en tas d’un côté les feutres, de l’autre les feuilles de papier, les passes blanches ou porses blanches, qu’on replace de nouveau sous la presse et qu’on comprime encore, puis qu’on porte à l’étendage, qu’on fait sécher, jusqu’à ce qu’elles soient absolument solidifiées et fermes, maniables sans risques ni difficultés.

Le papier à la forme — et c’est en quelque sorte

[III.046.032]
  1.  On nomme passe ou porse le paquet de feutres ou flotres destinés à être placés entre les feuilles de papier ; — passe-feutre ou passe-flotre, porse-feutre, ou porse-flotre, le paquet de feuilles qui viennent d’être fabriquées et sont encore intercalées avec les flotres : — passe blanche ou porse blanche, le paquet de feuilles dont les flotres ont été retirés. (Cf. id., op. cit., p. 90 ; Louis Figuier, op. cit., p. 246 ; et Larousse, op. cit. ↩

Le Livre, tome III, p. 033-047

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 33.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 33 [047]. Source : Internet Archive.

là sa caractéristique, le moyen de le reconnaître du premier coup d’œil — a toujours les bords irréguliers, plus ou moins marqués de boursouflures et d’aspérités, ce qui provient du contact de la pâte avec le cadre de la forme. Le papier à la mécanique, au contraire, qui, comme nous allons le voir, se fabrique sans cadre, d’une façon continue, et se sectionne à volonté, se tranche mécaniquement, a toujours cette section très nette, ses bords bien réguliers et lisses.

A propos des anciens papiers de fil, un écrivain anglais du xviie siècle, Thomas Fuller, a fait cette remarque, sans doute plus curieuse qu’exacte, que le papier participe du caractère de la nation qui le fabrique. Ainsi, dit-il, « le papier vénitien est élégant et fin ; le papier français est léger, délié et mou ; le papier hollandais, épais, corpulent, spon­gieux[033.1] ». Ajoutons que, « si Fuller avait connu le papier gris sur lequel les Allemands impriment leurs ouvrages, il l’eût certainement comparé à la teinte terne et nébuleuse qui assombrit l’esprit dans les cerveaux germaniques[033.2] ».

Passons à la fabrication mécanique, la fabrication

[III.047.033]
  1.  Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques, p. 108.  ↩
  2.  Paul Lacroix, Édouard Fournier et Ferdinand Seré, Histoire de l’imprimerie, p. 96.  ↩

Le Livre, tome III, p. 034-048

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 34.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 34 [048]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35 [049]. Source : Internet Archive.

au moyen de la machine à papier continu, dont l’invention, comme nous l’avons dit, est due à l’ouvrier Louis Robert et date de 1799 environ ; et, au lieu de pâte de chiffons, employons de la pâte de bois.

Cette pâte, « qui apparut vers 1867, et révolutionna l’industrie des papiers[034.1], » se prépare de deux façons, mécaniquement ou chimiquement.

La pâte de bois mécanique n’est autre chose que du bois moulu, du bois réduit en poudre. Cette pulvérisation s’obtient au moyen d’une meule de grès très dur, en contact avec des bûches d’environ cinquante centimètres de long, et qui tourne avec une extrême rapidité. « A mesure que la bûche s’effrite, s’émiette et se consomme, un ressort la pousse et la tient clouée à la meule, tandis que la poussière ligneuse est entraînée par un courant d’eau incessant. Peu à peu, les bûches, rongées, disparaissent ; le bois râpé et humide s’épure dans un tamis, d’où il est amené entre d’autres meules horizontales, chargées de le raffiner comme une véritable farine[034.2] ».

La pâte mécanique ne peut toutefois être employée seule ; elle ne donnerait qu’un papier sans consistance et sans « soutien ». Il faut l’allier à la pâte chimi­que[034.3]. Le bois se compose, comme on le sait,

[III.048.034]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., p. 27.  ↩
  2.  Id., op. cit., pp. 28-29.  ↩
  3.  « L’art du fabricant consiste à marier avec sagacité les pâtes chimique et mécanique. L’une est la chaîne, l’autre la trame ; la cellulose sert de soutien et procure la solidité, mais elle est trop chère et trop dure ; le bois pulvérisé, au contraire, donne du moelleux, de l’opacité, et permet d’abaisser le prix de vente. » (G. d’Avenel, op. cit., p. 51.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 035-049

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 35 [049]. Source : Internet Archive.

« de cellules allongées, souples et fibreuses, et de matières variées, dites incrustantes. Les premières résistent à l’action des acides ; les secondes se transforment, au contact de ces réactifs, en produits solubles. Les applications industrielles de cette idée ont donc pour objet de désorganiser le bois, tout en conservant intact le tissu primitif ou cellu­lose[035.1] ». C’est le bisulfite de chaux qu’on emploie pour cette opération. Après avoir été scié et haché mécaniquement en menus morceaux, le bois est renfermé sous pression dans des vases clos, et, ainsi désagrégé, dissous, par l’action du bisulfite ; d’où le nom de cellulose au bisulfite donné aussi à la pâte chimique. Dans la pâte mécanique, les matières autres que la cellulose, les matières incrustantes, ne se trouvent pas éliminées et supprimées, comme dans la pâte chimique : voilà pourquoi la pâte mécanique est inférieure à celle-ci.

Pour la fabrication du papier, la pâte de bois, qui est renfermée dans une cuve, s’écoule d’elle-même et s’étale sur une toile métallique sans fin (c’est-à-dire dont les deux extrémités sont jointes l’une à l’autre), sans cesse agitée d’un double mouvement, — mouvement en avant peu rapide, et mouvement

[III.049.035]
  1.  Id., op. cit., pp. 29.  ↩

Le Livre, tome III, p. 036-050

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 36.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 36 [050]. Source : Internet Archive.

latéral de brusque va-et-vient, de trépidation précipitée, — comparable au balancement que le coucheur faisait subir tout à l’heure à sa forme, après ravoir retirée de la cuve. L’eau s’égoutte à travers cette toile, de même qu’à travers les vergeures et interstices de la forme. La toile passe ensuite entre des cylindres de diamètres variés, qui compriment et affinent progressivement la pâte ; puis autour de rouleaux de fonte creux, dits sécheurs, chauffés par la vapeur et enveloppés de feutre, qui la dépouillent de toute humidité et complètent sa transformation en feuille de papier[036.1].

Si divers que soient les détails de l’opération, si nombreux et si compliqués que soient les organes de la machine actuelle à papier continu, ladite transformation s’effectue en très peu de temps, elle ne demande pas plus « de quelques secondes, surtout s’il s’agit de papier mince, avec lequel, l’évaporation étant très rapide, on peut accélérer le mouvement. Pour le papier-journal, on marche à la vitesse de 70 mètres par minute. Une heure suffit pour obtenir

[III.050.036]
  1.  « Des praticiens affirment que, pour le papier comme pour les étoffes, il n’est pas de mécanisme qui vaille la main de l’homme, que la force au dynamomètre d’un mouchoir en batiste de Courtrai, le dernier textile qui soit fait à la main, est plus grande que celle du même tissu fabriqué à la machine, et qu’il en est de même de l’ancien papier, créé si laborieusement, en comparaison de cette large bande blanche qui s’échappe, en courant continu, d’entre nos rouleaux évaporateurs. » (G. d’Avenel, op. cit., pp. 54-55.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 037-051

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 37.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 37 [051]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38 [052]. Source : Internet Archive.

ces énormes rouleaux dont la longueur atteint jusqu’à 5 000 mètres, que les presses rotatives de Marinoni se chargeront de noircir. L’opération s’accomplit toute seule. Un unique ouvrier y assiste, accoudé contre un bâti ; il se penche parfois sur lui cylindre, examine le papier, serre un écrou, verse un peu d’huile, puis rentre dans son immobilité, type expressif du travail moderne.

« De pareilles machines produisent 12 000 kilos par vingt-quatre heures : on en a construit qui atteignent 18 000 kilos ; leur grandeur, leur vitesse, tendent à augmenter sans cesse[037.1]…. »

[III.051.037]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., p. 59. « Les directeurs d’une grande papeterie d’Eisenthal, voulant se rendre compte du temps mis pour transformer un arbre en journal prêt à être lu, ont exécuté ce qui suit : A 7 h. 35 du matin, trois arbres étaient abattus dans la forêt voisine, portés à la fabrique, après avoir été écorcés. La pâte de bois liquide fut conduite jusqu’aux machines, et, à 9 h. 34. la première feuille était livrée. L’imprimerie d’un quotidien était située à 4 kilomètres de là, et, portée par une automobile, la feuille fut mise un instant après sous presse. A 10 heures du matin, elle paraissait imprimée. » (La Construction pratique, dans l’Informateur des Gens de lettres, 30 octobre 1904, p. 264.) Voici, sur cette question du défrichement des forêts et de leur transformation en papier, quelques autres renseignements statistiques, empruntés à la Nature (27 mars 1897, p. 270) : « Dans un volume de l’ « Encyclopédie Léauté », les Succédanés du papier, M. V. Urbain, répétiteur à l’École centrale, montre avec quelle intensité on défriche pour se procurer la pâte à papier. Pendant le cours de l’année 1895, dit-il, on a constaté que la France et l’Angleterre avaient manufacturé plus de 400 000 tonnes de pâte chimique, avec des bois importés de Suède et de Norvège. Ce chiffre doit attirer l’attention des économistes, car il représente le rendement en cellulose de pins ou de sapins âgés de trente ans au moins. Un pin de trente-cinq à quarante ans, de belle venue, ne cube pas plus de 1 mètre cube. Lorsqu’il aura été ébranché, écorcé, etc., il ne pourra donc former plus de 150 kilogrammes de pâte mécanique, propre à la papeterie. Il en résulte qu’un journal à grand tirage absorbe, à lui tout seul, une centaine d’arbres par numéro, en attribuant à son papier moitié de pâte de bois chimique et moitié de pâte de bois mécanique. Dans un demi-siècle, si l’on n’y prenait garde, toutes les forêts d’Europe seraient fauchées et imprimées à fond ; le bocage serait sans aucun mystère, et les rossignols de muraille seraient le dernier souvenir de leur poétique espèce…. » Un article de l’Illustration, analysé dans le Mémorial de la librairie française (22 novembre 1900, p. 622), prétend, au contraire, que cette disparition des forêts et leur transformation totale en papier n’est nullement à redouter. « Les forêts du Canada, lit-on dans cet article, sont, avec celles de la Sibérie, les plus vastes du monde. On les trouve partout, du Pacifique à l’Atlantique, et se renouvelant tous les vingt ans, elles sont, pour ainsi dire, inépuisables. Une des régions de la province de Québec peut, à elle seule, fournir plus de 500 000 tonnes de papier par an, et cela pendant un temps indéfini. » C’est être vraiment trop optimiste, et l’opinion précédente nous semble plus juste. D’abord il faut plus de vingt ans à une forêt pour se renouveler et se reconstituer ; ensuite la bouteille inépuisable est tout aussi chimérique que le mouvement perpétuel.  ↩

Le Livre, tome III, p. 038-052

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 38 [052]. Source : Internet Archive.

A la pâte de bois nombre d’ingrédients sont ajoutés, selon la qualité et la sorte de papier qu’on veut obtenir : gélatine, résine, fécule, alun, kaolin (terre à porcelaine), sulfate de chaux, etc. ; on y ajoute même et très souvent des chiffons. Les dosages de ces diverses matières varient de fabrique à fabrique, et sont presque toujours considérés comme « un secret du métier[038.1] ».

[III.052.038]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 241.  ↩

Le Livre, tome III, p. 039-053

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 39.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 39 [053]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40 [054]. Source : Internet Archive.

Le kaolin et le sulfate de chaux ont pour but de donner plus de poids, plus de charge au papier. « Une certaine quantité de kaolin donne au papier une apparence plus belle et plus fine, un grain plus doux…. Le kaolin, s’il est mis en excès, a l’inconvénient de rendre le papier cassant. N’étant autre chose qu’une poussière minérale, il accroît le poids et le volume de la pâte ; mais il remplit les intervalles qui existent entre les fibrilles sans se feutrer, s’entre-croiser avec elles. On fait également entrer le kaolin dans la pâte des papiers d’impression qui ne sont pas collés. Le kaolin a plus d’inconvénients, dans ce cas, et, s’il est employé en trop grandes proportions, il devient une véritable fraude de la part du fabricant[039.1]. »

La gélatine, la résine, la fécule et l’alun servent à coller ou encoller le papier.

Le collage ou encollage à la gélatine, dit collage animal, s’emploie surtout pour les papiers à la main, qui ne peuvent être encollés qu’après la mise en feuilles[039.2]. « En Angleterre…, les fabricants, qui pro-

[III.053.039]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 241. Il ne faut pas oublier que le kaolin, aussi bien que le sulfate de chaux, ou encore le sulfate de baryte, mêlés au papier, « usent rapidement les caractères d’imprimerie, en altérant chimiquement ces caractères ». (Id., op. cit., p. 263.)  ↩
  2.  Cf. id., op. cit., p. 248. Contrairement au papier mécanique, le collage du papier vergé, et, d’une façon plus générale, de tout papier de cuve, de tout papier à la main, se fait à la main, après séchage. A cet effet, les feuilles sont plongées dans de larges récipients contenant le bain préparé à cette intention, puis elles sont de nouveau étendues et séchées. Sur le papier ainsi collé superficiellement, le grattage est impossible ; en tout cas, il serait vite décelé ; c’est pour cela que, parait-il, les papiers timbrés sont ainsi collés. » (Émile Leclerc, Nouveau Manuel complet de typographie, p. 548.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 040-054

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 40 [054]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41 [055]. Source : Internet Archive.

duisent de si beaux papiers de luxe, n’ont pas cessé d’employer le collage à la gélatine, qui donne au papier un beau lustre et une certaine sonorité[040.1]. »

Le collage végétal, le plus répandu aujourd’hui en tout pays[040.2], s’opère à l’aide d’une sorte de savon résineux, préparé par la fusion de la résine avec du carbonate de soude ; l’addition d’un peu d’alun dans la pile raffi­neuse[040.3] précipite un composé résineux d’alumine, qui agglutine les fibres du papier, reconstitue ainsi l’adhérence primitive et naturelle existant entre les fibres végétales avant leur transformation en pâte, et permet d’écrire sur ce papier avec de l’encre ordinaire[040.4]..

Le papier collé est donc celui qui ne boit pas l’encre ordinaire, et le papier non collé, celui qui boit cette encre : les papiers buvards ou brouil­lards[040.5],

[III.054.040]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 252.  ↩
  2.  Id., op. cit., p. 240. Il existe aussi « une espèce de collage mixte, dit végéto-animal : c’est un mélange de gélatine, de résine, de fécule et d’alun ». (Id., op. cit., p. 241.)  ↩
  3.  Cf. id., op. cit., p. 239.  ↩
  4.  Cf. G.-A. Renel, la Nature, 18 janvier 1890, p. 102 ; Paul Charpentier, op. cit., p. 112 ; etc.  ↩
  5.  On fait souvent de papier brouillard le synonyme absolu de papier buvard. (Cf. Hatzfeld, Dictionnaire ; Littré, Larousse, op. cit.). On désigne cependant plus particulièrement sous le nom de papier brouillard un papier non collé mais calandré, d’ordinaire plus mince et plus léger que le papier buvard habituel, et d’ordinaire aussi de couleur brune, jaunâtre ou grise, qui s’emploie en pharmacie et thérapeutique (pansements), et sert en outre tout spécialement à confectionner les papillotes. Une sorte de papier buvard et de papier à filtrer a reçu, en raison de sa couleur, le nom de papier gris ↩

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