Le Livre, tome III, p. 041-055

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 41 [055]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 42.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 42 [056]. Source : Internet Archive.

ainsi que les papiers à filtrer, sont des papiers non collés.

Lorsqu’on veut écrire sur du papier non collé, mettre, par exemple, une dédicace sur le faux titre d’un livre imprimé sur du papier de ce genre, il suffit de déposer à l’endroit où l’inscription doit être faite un peu de sandaraque, qu’on étend en frottant avec le doigt : la sandaraque, qui n’est qu’une variété de résine, colle l’endroit frotté, en obstrue les pores, et empêche l’encre ordinaire d’y pénétrer trop profondément et de s’y étaler trop largement[041.1].

Le papier collé prend aussi moins bien, par la même raison, l’encre d’imprimerie, mais il a plus de solidité et de résistance que le papier non collé[041.2]. Il

[III.055.041]
  1.  Pour empêcher le papier de boire, on peut aussi « faire fondre un morceau d’alun de la grosseur d’une noix environ dans un verre d’eau claire, et humecter ensuite de cette eau le papier qu’on veut préparer ; puis on le laisse sécher. C’est la manière dont les papetiers préparent les papiers à dessin appelés papiers lavés. » (Mémorial de la librairie française, 8 février 1906, p. 67.)  ↩
  2.  « Nous nous demandons… pourquoi les livres d’études, qui se tiraient autrefois sur papier collé, s’impriment aujourd’hui sur papier sans colle. Serait-ce parce que ces livres sont plus promptement détériorés par les écoliers, et qu’il faut les remplacer plus souvent ? Cela ne manquerait pas d’une certaine ingéniosité ; mais ce système de vente forcée peut se passer de commentaires. » (Georges Olmer, op. cit., p. 40.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 042-056

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 42.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 42 [056]. Source : Internet Archive.

est aussi moins susceptible de se piquer et de s’altérer dans un air humide.

Le papier non collé a ses partisans : aux yeux de certains, l’impression, plus pénétrante, plus onctueuse, y a meilleur aspect, surtout quand l’ouvrage est accompagné d’illustrations. Pour essayer de contenter tout le monde, les fabricants ont adopté un moyen terme et créé le demi-collé.

Les papiers de couleur se fabriquent en ajoutant, dans la pile raffineuse, au moment de l’encollage, la matière tinctoriale : le jaune s’obtient avec le bichromate de potasse et le sous-acétate de plomb ; les rouges et les roses proviennent de la cochenille (qui produit la belle couleur connue sous le nom de carmin), des bois de Fernambouc, etc.[042.1].

Les papiers se lissent, se glacent et se satinent à l’aide de feuilles de carton ou de feuilles métalliques (acier, zinc ou cuivre) et de presses et de cylindres appelés, selon leur forme, laminoirs ou calan­dres[042.2]. Bien que les mots glaçage et satinage s’emploient souvent l’un pour l’autre, ils ne sont pas, à vrai dire, absolument synonymes. « En fabrique, le satinage consiste à faire passer sous un cylindre, entre des

[III.056.042]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 242.  ↩
  2.  Paul Charpentier, op. cit., p. 173.  ↩

Le Livre, tome III, p. 043-057

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 43.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 43 [057]. Source : Internet Archive.

plaques généralement en zinc, le papier dont on veut faire disparaître le grain, et auquel on veut donner un lustré plus ou moins prononcé. On dit que le papier est satiné lorsque ce cylindrage n’a lieu qu’une fois ; mais, si l’on répète l’opération à diverses reprises, on dit alors que le papier est glacé[043.1]. En imprimerie, au contraire, le mot satinage désigne l’opération qui consiste à faire passer entre des feuilles de carton lisse ad hoc le papier, après tirage et séchage. Ce travail a pour but de rendre le brillant au papier, et d’abattre le foulage produit par l’impression[043.2]. »

Les filigranes, que nous avons vus[043.3] se produire dans le papier au moyen d’une marque placée sur le châssis, sur la forme avec laquelle on puise la pâte, s’obtiennent aussi à l’aide du laminoir. « On filigrane au laminoir en posant les feuilles entre des plaques de zinc et des cartons contenant le dessin en relief, ou entre des plaques métalliques sur lesquelles les rais désirés ont été reproduits en relief par la galvanoplastie ; les plaques d’acier donnent,

[III.057.043]
  1.  « Le glaçage est un satinage plus prononcé. » (Louis Figuier, op. cit., p. 256.)  ↩
  2.  Georges Olmer, op. cit., pp. 53-54. Foulage, en typographie, désigne : 1º l’action exercée sur la feuille de papier par la platine dans la presse manuelle, par un cylindre dans la presse mécanique ; 2º le résultat de cette action, et particulièrement le relief produit par l’impression sur le revers de la feuille. (Cf. Larousse, op. cit. ↩
  3.  Supra, p. 28.  ↩

Le Livre, tome III, p. 044-058

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 44.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 44 [058]. Source : Internet Archive.

dans ce cas, les filigranes les plus nets. On se sert de fils de soie ou de coton dressés sur un instrument spécial pour reproduire sur le papier ces lignes droites, aux dispositions variées, qui constituent le papier quadrillé[044.1]. »

Le papier couché est un papier, d’ordinaire très glacé[044.2], qui s’obtient en recouvrant une feuille de papier bien collé d’une couche de colle de peau et de blanc de Meudon mélangés. On y ajoute aussi du blanc de zinc, du sulfate de baryte, du talc, du chlorure de magnésium, etc.[044.3]. Le papier couché est surtout employé pour le tirage des similigra­vures[044.4], des gravures en couleur et des publications ornées de ce genre de vignettes.

On pourrait parfois confondre les papiers couchés

[III.058.044]
  1.  Louis Figuier, op. cit., p. 258.  ↩
  2.  Glacé après l’opération dont il va être question, après le couchage. Le papier couché, dont se servaient déjà les relieurs et cartonniers, commença à être employé pour les impressions vers 1878, et c’est le célèbre imprimeur américain Théo L. de Vinne qui s’avisa le premier d’y recourir. « Il avait à exécuter un travail contenant de nombreuses illustrations sur zinc et n’arrivait pas à des résultats suffisants sur les papiers qu’il avait à sa disposition. Par l’entremise de M. W. P. Dane, il s’entendit avec le technicien Ch. M. Gage, qui imagina de recouvrir le papier d’une couche crayeuse et de le satiner ensuite ; et, moyennant cette préparation, le résultat désiré était obtenu. (Mémorial de la librairie française, 9 avril 1903, p. 207.)  ↩
  3.  Voir encore, sur le papier couché, le Mémorial de la librairie française, 26 juillet 1900, p. 420.  ↩
  4.  Sur la similigravure ou simili, voir infra, p. 237.  ↩

Le Livre, tome III, p. 045-059

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 45.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 45 [059]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 46.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 46 [060]. Source : Internet Archive.

avec les papiers simplement glacés ou satinés. Pour les distinguer, il suffit de mouiller le doigt et de frotter légèrement un coin de la feuille à examiner : si le doigt se salit, se couvre d’un petit dépôt blanchâtre, on a affaire à du papier couché ; dans le cas contraire, à du papier simplement glacé ou satiné.

Ces papiers plâtrés et glacés, d’une blancheur éclatante, si répandus aujourd’hui, et qui, d’ailleurs, sont de date récente[045.1], ont pour la vue de sérieux inconvénients, on peut même dire de très graves dangers. On ne saurait mieux comparer l’effet produit par eux sur la rétine qu’à celui de la réverbération d’une route poudreuse tout ensoleillée ou d’un champ de neige, qu’on serait astreint à regarder. Des médecins allemands ont, il y a quelques années, dirigé des attaques très vives contre les papiers couchés et, en général, contre les papiers trop glacés et trop blancs.

« Nous n’avons pas besoin de faire remarquer, écrit à ce propos la Revue scienti­fique[045.2], quelle transformation complète s’est produite dans les papiers d’impression. On est bien loin des antiques papiers de chiffon, dotés d’une coloration grise ou bleuâtre[045.3],

[III.059.045]
  1.  Le papier glacé était, pour ainsi dire, inconnu, ou du moins n’était pas en usage avant le xixe siècle : « … Ce papier glacé, qu’on ne voit guère employé, en effet, au xviiie siècle, même par les mains les plus délicates…. » (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, p. 107, n. 1.)  ↩
  2.  Numéro du 3 juin 1899, p. 696.  ↩
  3.  On connaît principalement cette teinte bleuâtre de l’ancien papier de Hollande. Elle provenait de ce que ce papier, fabriqué surtout avec « les eaux saumâtres de Serdam [Saardam appelé aussi Zaandam], où sont situées les papeteries hollandaises…, ne pouvait pas conserver sa blancheur ; il devenait jaune en peu de temps ; pour déguiser ce défaut, les Hollandais ont imaginé de mettre du bleu dans leurs matières, et l’on voit actuellement plus que jamais cet œil bleuâtre dans leurs papiers ; ce n’est pas seulement un blanc de lait comme autrefois, c’est un blanc azuré, ou plutôt un bleu pâle. » (Lalande, op. cit., p. 82.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 046-060

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 46.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 46 [060]. Source : Internet Archive.

et d’un grain assez grossier, qui, pour l’impression comme pour l’écriture, exigeaient l’emploi de caractères de dimensions assez gran­des[046.1]. On se sert maintenant, pour ainsi dire exclusivement, de papiers faits de fibres végétales diverses, mais dont la caractéristique est de présenter une surface extrêmement lisse, où la plume glisse, où l’impression se fait en petits caractères. Or, qu’on regarde ces papiers perfectionnés, et l’on constatera qu’il se produit souvent à leur surface des reflets intenses…, toute une série de reflets, d’ombres et de lumière, qui fatiguent considérablement l’œil. »

La constatation n’est que trop facile et que trop exacte, et il y a là un fait digne au plus haut point d’appeler l’attention de tous ceux qui lisent, et de les mettre soigneusement en garde.

Certains bibliographes ont reproché aux belles éditions de Firmin Didot d’avoir, par leur blancheur, « rendu myopes nos pères de 1830[046.2] » : que ne dira-

[III.060.046]
  1.  Pas toujours : voyez les elzeviers. (A. C.)  ↩
  2.  L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 décembre 1898, col. 808-809.  ↩

Le Livre, tome III, p. 047-061

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 47.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 47 [061]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 48.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 48 [062]. Source : Internet Archive.

t-on pas de nos papiers, bien plus glacés, bien autrement chatoyants et éblouissants ! quels reproches ne méritent-ils pas !

Afin de remédier à ces manifestes et trop réels dangers, quelques éditeurs ont fait choix, pour leurs impressions, de papiers légèrement teintés, soit en jaune, soit en vert, soit en bleu. Vers la fin du xviiie siècle, l’éditeur Cazin a fréquemment employé le papier azuré, et ses charmants petits in-18, bien qu’imprimés en fins caractères, se lisent sans fatigue.

La teinte qui semble la meilleure pour les yeux, « c’est la teinte bulle et principalement celle désignée dans les étoiles sous le nom de teinte mastic[047.1] ». Le papier de cette nuance doit même être préféré au papier vert, parce que l’encre noire apparaît rougeâtre et peu distincte sur le vert, et, par suite, fatigue la vue[047.2].

[III.061.047]
  1.  La Nature, 13 décembre 1890, p. 30. « Le papier jaune, de la teinte produite par la pâte de bois », est aussi recommandé par le docteur Émile Javal (Physiologie de la lecture et de l’écriture, pp. 186-187), pour l’impression des livres.  ↩
  2.  « Les reflets verts étant facilement supportés par les yeux, on conseille aux hommes d’étude de les préférer à tout autre (tentures, rideaux, abat-jour verts), par suite, emploi du papier vert pour écrire, comme a l’habitude de le faire l’un de nos écrivains les plus féconds, M. Claretie, de l’Académie française. Ce papier a cependant un inconvénient, c’est de faire paraître l’écriture rougeâtre et peu distincte quand on a à se relire. Les papiers jaunes font admirablement ressortir l’écriture et ont des reflets plus doux que ceux du papier blanc. Plusieurs mathématiciens, notamment l’amiral Jonquière, font usage de papier jaune, lorsqu’ils ont à effectuer des calculs longs et compliqués. Les autres couleurs : bleu, rouge, violet, ne donnent pas de bons résultats. » (La Nature, 13 décembre 1890. p. 30.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 048-062

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 48.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 48 [062]. Source : Internet Archive.

Mais que penser des industriels qui, pour se singulariser, dans l’espoir de provoquer la curiosité, s’avisent de tirer leurs ouvrages sur papier rose ou rouge vif[048.1] ? Rien de plus pernicieux pour la vue que les papiers rouges ; la lecture d’une simple demi-page de cette couleur laisse dans la rétine des tremblements, des papillotages, qui, de l’aveu unanime des oculistes, peuvent avoir les plus fâcheuses conséquences. Il y a quelques années, un éditeur, déterminé à brusquer le succès, entreprit le lancement d’une collection de mignons petits in-i6, imprimés sur papier rose, papier « cuisse de nymphe ».

« Je sais bien, disait-il avec une aimable désinvolture, que je risquerais d’abîmer les yeux de mes clients, si ces braves gens commettaient l’imprudence

[III.062.048]
  1.  Il est des auteurs qui ont fait effectuer de ces tirages baroques uniquement pour s’amuser et par plaisanterie. « M. Étienne Guyard, auteur d’une Histoire du Monde, son évolution et sa civilisation (Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894 ; in-8, ix-690 pages) déclare avoir fait imprimer son livre sur papier rose, afin que le lecteur puisse voir tout en rose. » (L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 avril 1902, col. 535-536.) Henri de Bornier fait tirer dix exemplaires de son drame Franced’abord ! « sur papier rouge, pour les militaires ». (Catalogue de la librairie Dorbon aîné, novembre-décembre 1903, nº 5919.) « Caraccioli, le Livre des quatre couleurs ; Aux quatre éléments, Imprimerie des quatre saisons (Duchesne, 1760, in-12) ; ouvrage imprimé en quatre couleurs… » (Catalogue de la librairie Lucien Dorbon, 15 juillet 1904, nº 807.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 049-063

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 49.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 49 [063]. Source : Internet Archive.

d’ouvrir mes volumes, mais ils ne les ouvriront pas. C’est pour la pose et la montre qu’on achète des livres aujourd’hui… quand on en achète ! On ne lit plus ! »

Vous qui êtes de ceux qui lisent encore, vous qui achetez des livres pour vous en servir réellement et efficacement, fuyez, fuyez comme la peste ces papiers aux couleurs éclatantes. « Ménagez vos yeux ! Ayez-en un soin extrême ! » C’est la première règle à suivre, le premier et le plus important conseil que j’aie à vous donner.

Les papiers se vendent par mains, par rames, et par rouleaux ou bobines.

La main se compose de 25 feuilles, la rame de 20 mains ou 500 feuilles.

Une bobine a de 3 000 à 6 000 mètres de longueur, et de 0 m. 46 à 1 m. 35 de largeur ; son poids est des plus variables. La vente par bobines ne concerne que les journaux.

« On trouve du papier depuis 15 francs les 100 kilos jusqu’à 15 francs le kilo. Le premier est celui des emballages ; il se compose de paille non blanchie. Le second est celui des billets de la Banque de France ; on le tire des chiffons de toile neuve et de la ramie. Celui-ci coûtait même le double, 30 francs le kilo.…

Le Livre, tome III, p. 050-064

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 50.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 50 [064]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51 [065]. Source : Internet Archive.

L’Imprimerie nationale, qui emploie deux catégories de papiers, paie la première 50 à 80 francs en pâtes de chiffons ou de matières textiles et filamenteuses ; la seconde, celle des pâtes de bois ou matières minérales, lui coûte 36 à 45 francs les 100 kilos…. Le Petit Journal ou le Figaro s’impriment sur du papier à 35 francs les 100 kilos…. Les sortes de papier qui se payent aujourd’hui 35 francs les 100 kilos se payaient 100 francs au lendemain de la guerre de 1870, 65 francs en 1880, et 44 francs en 1888[050.1]. »

[III.064.050]
  1.  G. d’Avenel, op. cit., pp. 42, 51 et 52. « La pâte de chiffon se vend de 50 à 100 francs les 100 kilos ; celle de l’alfa, qui rivalise avec le chiffon pour les papiers de belle qualité, vaut de 40 à 45 francs. » (Mémorial de la librairie française, 10 août 1905. p. 425.) A propos du grand abaissement du prix des papiers, dû à l’emploi de la pâte de bois, et qui se produisit en France sous le règne de Napoléon III, Louis Figuier rapporte le curieux fait suivant, un projet de fondation d’une bibliothèque à un franc le kilogramme, dont les volumes seraient mis en vente, non plus seulement chez les libraires, mais chez tous les marchands et détaillants quelconques : « Vers 1865, comme M. Rouher parlait d’établir la liberté absolue de l’imprimerie et de la librairie, M. Aristide Bergès [fabricant de papier à Lancey (Isère)] s’apprêta, à cette époque, à fonder la bibliothèque à un franc le kilogramme, sans distinction de noms d’auteur ni de grosseur de volumes. Il avait calculé qu’on pouvait fabriquer, imprimer et brocher du papier à raison de 1 franc le kilogramme, en laissant un gain convenable aux auteurs et libraires, sauf à n’imprimer que les livres susceptibles d’être tirés à 100 000 exemplaires. Il fallait seulement, pour cela, pouvoir vendre les livres partout, chez le mercier, le quincaillier, le fruitier, etc., et toujours au kilogramme. Les événements ont retardé l’éclosion de cette idée hardie, dont la pâte de bois était le pivot, et que l’auteur n’a pas abandonnée. » (Louis Figuier, op. cit., p. 284.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 051-065

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 51 [065]. Source : Internet Archive.

On voit quelle ample progression décroissante, due aux perfectionnements de l’outillage et des procédés de fabrication, a parcourue, en moins de quarante ans, le prix des papiers de bois. Et cette baisse n’est pas enrayée, ce prix continue à décroître, toujours, il est vrai, au détriment de la qualité.

Nous donnons, dans le tableau ci-après, la liste des papiers actuellement le plus en usage, ainsi que leurs dimensions métri­ques[051.1] et leurs modes d’emploi : quant à leurs poids, ils présentent, pour chaque sorte, de telles variations, qu’il nous a semblé plus prudent de ne risquer aucun chiffre.

[III.065.051]
  1.  Ces chiffres ne sont pas toujours rigoureusement fixes, et présentent parfois, dans la réalité, des différences en plus ou en moins, comme on peut s’en convaincre en consultant : Paul Charpentier, op. cit., pp. 259-260 ; — Louis Figuier, op. cit., p. 295 ; — E. Desormes, Notions de typographie, p. 499 ; — Émile Leclerc, Nouveau Manuel complet de typographie, p. 286 ; — J.-B. Munier, Nouveau Guide illustré de l’imprimerie…, p. 10 ; — Albert Maire, Manuel pratique du bibliothécaire, p. 375, où se trouve un « Tableau des dimensions et des poids des papiers de France établis, avant le système décimal, en pouces et en lignes » ; — etc. M. Manquest, de la maison Darblay, a bien voulu me fournir aussi d’utiles renseignements sur les dimensions et les modes d’emploi des papiers ; je l’en remercie, ainsi que M. Lebreton, chef du service des impressions de la librairie Flammarion, qui, pour tout ce qui touche le papier, le format, l’impression et l’illustration, m’a maintes fois aidé de ses excellents conseils. — Pour exprimer les dimensions des papiers, il est d’usage de mentionner le plus petit nombre le premier : ex. : Raisin = 0,50 × 0,65 (et non 0,65 × 0,50).  ↩

Le Livre, tome III, p. 052-066

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 52.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 52 [066]. Source : Internet Archive.
DénominationDimensions
de la
feuille
Mode d’emploi
 m     m 
Grand aigle0,75 × 1,06Le grand aigle n’est guère employé que pour les cartes géographiques, les tableaux et les registres.
Colombier0,63 × 0,90Le colombier est particulièrement propre aux affiches commerciales et aux tableaux des compagnies de chemins de fer.
Soleil ou petit colombier0,58 × 0,80
Grand jésus0,56 × 0,76Le jésus, la double couronne, le cavalier et le carré sont plus spécialement affectés aux labeurs, aux livres, par exemple : voir le mot labeur p. 182.
C’est en jésus et en raisin que se font généralement les in-18.
Jésus0,55 × 0,70
Petit jésus0,52 × 0,68
Raisin0,50 × 0,65Le raisin sert à la fois aux labeurs et à la confection des registres.
Double couronne0,47 × 0,74L’in-16 double couronne remplace avec avantage l’in-18 jésus ; la grandeur du volume est la même, et l’impression des 1/4, 1/2 et 3/4 de feuille se fait sans perte de papier.
Cavalier0,46 × 0,62
Carré0,45 × 0,56
Coquille0,44 × 0,56La coquille, dont les dimensions étaient autrefois 0,41 × 0,54, ne diffère plus guère aujourd’hui du carré qu’en ce qu’elle est glacée et souvent quadrillée, et, comme telle, exclusivement consacrée aux travaux commerciaux : factures, lettres, etc., ce qu’en termes de métier on appelle ouvrages de ville, bibelots ou bilboquets.
Écu0,40 × 0,52L’écu, la couronne, la tellière, le pot et la cloche servent à l’impression de documents administratifs et commerciaux, et à la confection de cahiers et registres. L’écu s’emploie aussi pour certains labeurs : livres de distributions de prix, albums, almanachs, etc. La couronne est également utilisée pour l’impression des livres : dans ce cas, son format est un peu plus grand (0,37 × 0,47) que quand elle est destinée aux cahiers et aux registres. La double tellière sert aussi à l’impression des livres ; elle donne naissance au format dit in-16 elzevirien (0,113 × 0,18).
Couronne0,36 × 0,46
Tellière (le ou la) ou papier ministre (du nom de Le Tellier, ministre de Louis XIV)0,33 × 0,44
Pot ou papier écolier0,31 × 0,40
Cloche0,29 × 0,39

Le Livre, tome III, p. 053-067

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 53.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 53 [067]. Source : Internet Archive.

Bien que nous considérions le livre surtout au point de vue pratique, comme instrument d’étude et outil de travail, il convient de dire quelques mots des papiers de luxe, d’en définir les principales variétés tout au moins.

On appelle papier vergé celui qui laisse apercevoir par transparence les empreintes des fils métalliques formant le fond du moule où il a été fabriqué, comme nous l’avons expliqué plus haut. Nous rappelons que les empreintes les plus rapprochées sont nommées vergeures, et que les plus espacées, perpendiculaires aux premières, sont les pontuseaux.

Il existe du faux vergé, c’est-à-dire du papier vergé fabriqué non à la forme, mais à la machine. On l’obtient en faisant passer la pâte encore fraîche entre des cylindres à cannelures imitant vergeures et pontuseaux (c’est-à-dire transversales pour les vergeures et circulaires pour les pontuseaux), et où sont même au besoin gravés des filigranes ou marques d’eau[053.1].

Le papier de Hollande est, en dépit de son nom, un papier d’invention et de fabrication absolument françaises. Ce sont de nos ancêtres appartenant à la religion réformée, qui, obligés de s’enfuir à l’étran-

[III.067.053]
  1.  Nous avons vu (p. 43) que certains filigranes s’obtiennent au moyen du laminage.  ↩

Le Livre, tome III, p. 054-068

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 54.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 54 [068]. Source : Internet Archive.

ger, après la révocation de l’édit de Nantes, portèrent leur industrie et leurs procédés aux Pays-Bas, et, de là, nous expédièrent leurs produits. Lorsqu’il est de bonne qualité, de pur fil, le papier de Hollande, d’ordinaire vergé, est résistant, ferme, sonore, — sonnant, comme on dit, — et de très bel aspect. De l’avis de certains bibliophiles, il a ou il aurait parfois, quand il est trop collé sans doute, l’inconvénient de ne pas très bien prendre l’en­cre[054.1], et de donner accidentellement aux impressions une apparence un peu terne et grisâtre.

Le papier whatman, du nom de l’inventeur, l’Anglais Whatman, établi à Maidstone (comté de Kent), vers 1770[054.2], ressemble au papier de Hollande, mais il est toujours dépourvu de vergeures. Comme le hollande, il est grené, très ferme et très solide. On l’emploie beaucoup pour le dessin linéaire et le lavis[054.3].

Le vélin, ainsi nommé parce qu’il a la transparence

[III.068.054]
  1.  Jules Richard (l’Art de former une bibliothèque, p. 68) va même jusqu’à dire que, pour que « le sec s’opère, … sur les vergés de Hollande ou autres, il faut souvent quatre ans, et parfois davantage. » ce qui est manifestement exagéré.  ↩
  2.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, Essai sur la typographie, col. 734, qui écrit à tort Whatmann : la véritable orthographe est Whatman (avec un seul n) ; cf. Chamber’s English Dictionary, art. Paper. (London, Chambers, 1898.)  ↩
  3.  Un autre papier, employé spécialement pour le dessin, est le papier canson (du nom de l’inventeur, Barthélémy de Canson : 1773-1859) ; c’est un beau papier fort et lisse, qui se fabrique à Annonay.  ↩

Le Livre, tome III, p. 055-069

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 55 [069]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56 [070]. Source : Internet Archive.

et l’aspect de l’ancien vélin véritable, provenant de la peau de jeunes veaux, est un papier sans grain, très uni, lisse et satiné, excellent pour le tirage des vignettes. C’est au célèbre et si original imprimeur anglais John Baskerville (1706-1775) qu’est due l’invention du papier vélin ; elle remonte à 1750, et le premier ouvrage tiré sur cette sorte de papier fut une édition de Virgile, datée de 1757 et publiée par Basker­ville[055.1]. D’une façon générale, tout papier fabriqué à la forme, tout papier « de cuve », dépourvu de grains et de vergeures, est qualifié de vélin[055.2].

Le papier de Chine se fabrique avec l’écorce du bam­bou[055.3]. Il a une teinte grise ou jaunâtre, un aspect

[III.069.055]
  1.  Cf. Louis Figuier, op. cit., p. 205 ; et Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 686. En France, le papier vélin fut employé pour la première fois, en 1780, par MM. Johannot (cf. Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile, t. II, p. 428).  ↩
  2.  On rencontre fréquemment, dans les catalogues et annonces de librairie, cette locution : « papier de cuve du Marais », « vélin de cuve des fabriques du Marais ». Ce n’est pas à Paris, dans le quartier du Marais, comme certains se l’imaginent, que se trouvent ces fabriques de papier à la forme, mais dans le département de Seine-et-Marne, sur la rivière du Grand-Morin, près et en aval de Jouy-sur-Morin, au lieudit « le Marais ». Non loin de là, sur la rivière du Petit-Morin, en amont de la Ferté-sous-Jouarre, au lieudit « le Gouffre » ou « Usine de Biercy », se trouve une autre papeterie à la forme, qui appartient à la Banque de France, et où elle fait fabriquer le papier de ses billets.  ↩
  3.  « Inventeurs du papier, les Chinois en préparent plusieurs espèces qui manquent à l’Europe ; cependant eux-mêmes donnent toujours la préférence aux papiers coréens et japonais. Dès l’année 153 de l’ère vulgaire, Tsaïloun avait enseigné à ses compatriotes l’art de remplacer les tablettes en bambou par du papier, dont les écorces d’arbre, le fil de chanvre, les vieilles toiles, les filets de pêche lui fournissaient la pâte. Depuis cette époque, on emploie aussi pour la fabrication du papier, les jeunes pousses de bambou, le rotin, les algues marines, le glaïeul, la fibre du broussonetia papyrifera, les cocons de vers à soie. » (Élisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. VII, pp. 583-584.) Voir aussi, sur le papier de Chine, H. de Balzac, Illusions perdues, t. I, les Deux Poètes, pp. 116-118 (Paris, Librairie nouvelle, 1857). « Un inventeur de génie, Tsaï-lun (Tsaïloun), fabriqua le premier, en Chine, vers l’année 153 après Jésus-Christ, le papier proprement dit…. Le nom de Tsaï-lun est populaire dans le Céleste Empire. Un temple lui a été élevé, et, plus de mille ans après sa mort, on lui offrait des sacrifices. » (Louis Figuier, op. cit., pp. 177-178.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 056-070

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 56 [070]. Source : Internet Archive.

« sale », plus ou moins prononcé. Cela vient de ce que sa fabrication s’effectue en plein air. Il est, en outre, « très mince et très spongieux à la fois, et doux et brillant comme un foulard de soie. Malgré toutes ses qualités, le papier de Chine, trop inconsistant, doit sa réputation, non pas à sa propre beauté, mais bien à ses affinités particulières avec l’encre d’impres­sion[056.1]. Son tissu, lisse et mou tout ensemble, est plus apte qu’aucun autre à recevoir un beau tirage. Cette propriété fait rechercher le papier de Chine pour le tirage des gravures…. L’impression y vient avec une incomparable netteté. Les livres imprimés en petit texte gagnent particulièrement à être tirés sur chine[056.2]. » Le même bibliographe, qui n’est autre, paraît-il, que M. Alphonse Lemerre, l’éditeur, ajoute : « Nous rappelons aux

[III.070.056]
  1.  Et aussi à sa légèreté. (A. C.)  ↩
  2.  Le Livre du bibliophile, pp. 32-33. (Paris, Lemerre, 1874.)  ↩

Le Livre, tome III, p. 057-071

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 57.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 57 [071]. Source : Internet Archive.

amateurs que ce papier, fabriqué avec des substances végétales, est soumis à un travail incessant de décomposition, d’où résultent assez promptement ces petites taches jaunes ou piqûres dont aucun papier, d’ailleurs, n’est exempt pour tou­jours[057.1] ». Il est donc prudent de le faire encoller aussitôt après l’impression.

Le papier de Chine sert non seulement pour certaines éditions de luxe, mais aussi pour les reports lithographiques. La feuille de chine, convenablement encollée au préalable, et portant le texte, croquis ou dessin à transporter, à reporter sur la pierre, est appliquée sur celle-ci, et soumise à une forte pression : un simple mouillage suffit alors pour qu’elle laisse sur la pierre ce texte ou ce croquis, — le report.

Le papier du Japon est un superbe papier blanc ou légèrement teinté en jaune, soyeux, satiné, nacré, à la fois transparent et épais. Il provient de l’écorce d’arbrisseaux de la flore japonaise, tels que le mitsumata (Edgeworthia papyrifera), dont les fibres sont molles, souples, longues et solides ; le kozo-

[III.071.057]
  1.  Louis Figuier dit, au contraire (op. cit., p. 178) : « On a remarqué que des provisions de papier de Chine, gardées à Paris pendant plusieurs années, se sont très bien conservées sans attirer l’humidité et sans être attaquées par les insectes ». M. Pierre Dauze, directeur de la Revue biblio-iconographique, est d’avis, comme M. Alphonse Lemerre, et ainsi que nous le verrons un peu plus loin (p. 72), que « le papier de Chine se pique aisément ».  ↩

Le Livre, tome III, p. 058-072

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 58.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 58 [072]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 59.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 59 [073]. Source : Internet Archive.

kodzou (Broussonetia papyrifera), fibres grosses, longues et solides ; le gampi (Wickstræmia canescens), aux filaments très délicats : le papier fourni par ce dernier arbuste est particulièrement fin, souple et lisse[058.1].

Le japon absorbe l’encre très facilement et fait on ne peut mieux ressortir les tons des dessins. Il est d’un maniement qui exige des précautions ; c’est un papier qui redoute les frottements, qui ne peut supporter aucun grattage ni nettoyage sans s’effilocher, aucun lavage ; un papier réputé « fragile », ce qui ne l’empêche pas d’être très consistant et très résistant, très solide, souvent même presque indéchirable[058.2].

[III.072.058]
  1.  Sur la fabrication du papier du Japon, voir Charles Laboulaye, op. cit., art. Papier ; — le Magasin pittoresque, avril 1877, pp. 114 et 122 ; — la Nature, 5 octobre 1889, p. 291 ; — Paul Charpentier, op. cit., p. 249 ; — Albert Maire, op. cit., p. 373 ; — Félix Régamey, le Japon pratique, pp. 157 et s. ; — etc.  ↩
  2.  Nous verrons, en traitant de l’usage et de l’entretien des livres, qu’il faut se servir d’un couteau métallique ou d’un canif pour couper les feuillets d’un volume tiré sur japon : un coupe-papier de bois ou d’ivoire ne mordrait pas aisément, peut-être même pas du tout, et risquerait de se rompre. Cette qualité du papier du Japon, cette extrême solidité, a été mise à profit par les éditeurs de la « Nouvelle Carte de France au 100 000e, dressée par le service vicinal, sous la direction de M. E. Anthoine, ingénieur, par ordre du ministre de l’intérieur ». Ils ont eu l’excellente idée de faire tirer sur japon, ou, plus exactement, sur simili-japon (fabriqué en France, dans le Dauphiné, spécialement pour cette publication), les 587 feuilles de cette carte, ce qui dispense de les faire coller sur toile, d’où une économie d’argent et une facilité de lecture plus grande, les cartes collées sur toile et rendues portatives par le pliage étant nécessairement sectionnées en petits rectangles et présentant ainsi de nombreuses solutions de continuité. Ces cartes sur simili-japon peuvent se plier, se déplier, se manier sans aucune crainte. Il serait très désirable que cette excellente mesure se généralisât, que toute carte ou plan, destiné à être emporté et mis en poche, fût tiré sur papier du Japon ou sur simili-japon.  ↩

Le Livre, tome III, p. 059-073

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 59.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 59 [073]. Source : Internet Archive.

On fabrique, depuis quelque temps, un papier qui offre les apparences du japon, sans en posséder toutes les qualités, et qui se vend naturellement à bien meilleur compte : c’est le simili-japon.

L’utilisation du papier du Japon en Europe ne remonte guère au delà de la première moitié du xviie siècle, et c’est Rembrandt qui l’employa le premier. Un de ses compatriotes, un marin hollandais, de retour d’Extrême-Orient, lui fit don d’un certain nombre de feuilles de papier rapportées de ces lointaines contrées, « et le génial auteur de la Ronde de nuit réserva ces feuilles pour les états définitifs de ses estampes[059.1] ».

S’il était vrai, comme on l’a prétendu, « que le rang des peuples dans la civilisation se mesure à la quantité de papier qu’ils consomment, les Japonais pourraient prétendre à la première place ; non seulement ils sont parmi ceux qui emploient le plus de

[III.073.059]
  1.  Mémorial de la librairie française, 25 février 1904, p. 108. Le même périodique donne, dans son numéro du 24 mars 1904, pages 165-166, d’après la Revue des cultures coloniales, d’intéressants renseignements sur l’industrie du papier au Japon.  ↩

Le Livre, tome III, p. 060-074

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 60.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 60 [074]. Source : Internet Archive.

papier pour imprimer et pour peindre au pinceau, mais encore ils se servent du papier pour une foule d’usages : des cahiers remplacent nos mouchoirs et nos serviettes ; les tabourets, utilisés comme coussins, sont revêtus de papier ; au lieu de vitres, les fenêtres ont des carrés de papier, et ce sont des panneaux de la même pâte qui forment les parois mobiles des maisons ; on prend des vêtements en papier enduits de cire végétale pour se garantir de la pluie, et c’est encore du papier qui remplace les capotes de cuir des voitures traînées à bras ; les courroies en papier des machines sont plus résistantes que celles de cuir[060.1]. Certaines espèces de ces produits japonais n’ont pu être encore imitées dans l’Occident ; mais, pour la blancheur des feuilles, la supériorité reste aux manufacturiers anglais et français ; le papier du Japon est toujours un peu jaunâtre[60.2]. »

[III.074.060]
  1.  « Le papier, au Japon, est encore très employé dans le rite religieux, comme papier d’offrande. » (Louis Figuier, op. cit., p. 190.) La même coutume règne en Chine. « Le peuple chinois avait autrefois, et a encore aujourd’hui, l’habitude de brûler certaines substances en l’honneur des morts et des ancêtres. Tantôt on enflamme, dans les cérémonies, des allumettes parfumées, tantôt on fait brûler du papier. Les marchands vendent, à cet effet, de grandes quantités d’objets composés de papiers étamés ou dorés et affectant différentes formes. A certaines époques de l’année, on brûle, en souvenir des morts, ces papiers étamés, qui se nomment papiers à brûler ou papiers d’offrande. » (Id., op. cit., p. 187.)  ↩
  2.  Élisée Reclus, op. cit., t. VII, p. 831.  ↩

- page 3 de 4 -