Le Livre, tome I, p. III-019

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. III.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. III [019]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. IV.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. IV [020]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V [021]. Source : Internet Archive.

mettre, c’est certain et c’était fatal : alius alio plus invenire potest, nemo omnia, inscrivait un de mes prédécesseurs et de mes maîtres, Gabriel Peignot, en tête du manuscrit de son Myriobiblon français[III.1].

Avec une telle provision de beaux dicts, sages préceptes, sentences et anecdotes mémorables, ma tâche était des plus simples, et je n’ai été le plus souvent qu’un « encadreur », selon le mot de Sainte-Beuve[III.2].

[I.019.III]
  1.  Cf. J. Simonnet, Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, p. 177. (Paris, Aug. Aubry, 1863.)  ↩
  2.  « Je ne crois pas avoir à m’excuser auprès de mes lecteurs pour leur avoir donné ici tant de pages qui ne sont pas de moi, et qui sont de meilleurs que moi…. J’imagine qu’on aura pris, à les lire, quelque chose du plaisir que j’ai eu moi-même à les rassembler. En pareil cas, et quand j’ai les mains si bien remplies, ma tâche est simple, et mon métier est tout tracé : je ne suis qu’un encadreur. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 210.) « … Les citations découpées par la critique dessinent l’homme mieux que si l’on renvoyait au livre. La bonne critique n’est souvent qu’une bordure. » (Id., Portraits littéraires, t. II, p. 166, n. 1.) Chateaubriand faisait aussi grand cas de l’art des citations, qu’il a apprécié en ces termes (ap. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, p. 384) : « Il ne faut pas croire que l’art des citations soit à la portée de tous les petits esprits qui, ne trouvant rien chez eux, vont puiser chez les autres. C’est l’inspiration qui donne les citations heureuses. La mémoire est une Muse, ou plutôt c’est la mère des Muses, que Ronsard fait parler ainsi :
    •  Grèce est noire pays, Mémoire est notre mère.

     Les plus grands écrivains du siècle de Louis XIV se sont nourris de citations…. Cicéron, qui n’avait qu’un seul idiome au service de son érudition, prodigue les citations également…. Pour ma part, je n’y ai fait faute. Le Génie du Christianisme est un tissu de citations avouées au grand jour. Dans les Martyrs, c’est un fleuve de citations déguisées et fondues. Dans l’Itinéraire, elles devaient régner par la nature même du sujet. Je les admets volontiers partout…. Socrate a dit quelque part, chez Platon, qu’il était lui-même comme une coupe s’emplissant des eaux des sources étrangères au profit de son auditoire…. » Montaigne, qui a tant cité qu’on peut considérer ses Essais comme de véritables stromates, un vaste florilège, un copieux répertoire ou réservoir de l’antiquité, fait cette déclaration (I. xxv ; t. I, p. 198 : Paris, Charpentier, 1862) : « Je ne dis les aultres, sinon pour d’autant plus me dire » : en d’autres termes : « Je ne cite les autres que pour mieux exprimer ma pensée ». Remarquons encore que citer, pour certains esprits, c’est faire acte, non de paresse, mais de modestie. « J’ai toujours le nez dans les livres, c’est vrai, écrit, dans une de ses meilleures pages, Charles Monselet (Curiosités littéraires et bibliographiques, p. 3). On ne se refait point. Prêt à prendre la plume pour mon compte, je m’arrête en disant : « Ne vaudrait-il pas mieux citer ? » Ne voyez pas de la paresse là-dedans : cherchez-y plutôt de la modestie. Il y a tant de choses qu’on a si bien dites avant moi, tant de définitions si heureusement et si spirituellement formulées ! « C’est de la « besogne toute faite », dira-ton. Mais comptez-vous pour rien le mérite de l’avoir trouvée, les heures passées devant les étalages des bouquinistes, dans les bibliothèques, à la salle des ventes de la rue des Bons-Enfants ? Vous me faites trop d’honneur en réclamant ma prose ou mes vers. Ingrats lecteurs, vous mériteriez souvent d’être pris au mot ! » Rappelons encore, à propos des citations, cette humoristique réponse d’un ami et disciple de Sainte-Beuve précisément, à qui l’on reprochait un jour d’avoir reproduit, dans un article, diverses sentences et réflexions tirées de l’antiquité grecque qui l’avait frappé par leur justesse et leur originalité : « C’est fort bien, tout ce que vous nous dites là, lui objectait-on : c’est très joli, mais ce n’est pas vous qui l’avez inventé. — Dame ! répliqua-t-il, c’est comme les chiens de chasse, qui n’ont pas non plus inventé les perdreaux, mais qui savent, du moins, les dénicher. »  ↩

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