Le Livre, tome I, p. 088-112

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 88 [112]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 89 [113]. Source : Internet Archive.

rer les progrès de l’instruction générale. Le premier dérivait des langues savantes, dont la connaissance était rare ailleurs que dans les cloîtres, et qui tombaient en désuétude encore par la concurrence et l’usage naissant de notre langue vulgaire. L’autre était le prix excessif des manuscrits qui se trouvaient par hasard mis en vente.

« Quel homme, en effet, ne jouissant que d’une fortune médiocre, aurait pu penser alors à se former une bibliothèque nombreuse, lorsqu’il était si peu commun de savoir écrire, et qu’un seul manuscrit des Homélies d’Aimon d’Halberstadt fut acheté au xe siècle, ou plutôt échangé, par une comtesse d’Anjou, contre deux cents brebis, trois muids de grain et nombre de peaux de martre ?

« La cherté des livres en fit naître le commerce au xie siècle ; c’est l’époque à laquelle on peut juger qu’il commença en France à s’en former des magasins[088.1]. Un procès que Pierre de Blois fut obligé d’in-

[I.112.088]
  1.  Sur le « Prix des livres dans l’antiquité et au moyen âge », voir, dans les Curiosités bibliographiques de Ludovic Lalanne, pp. 130-138, un chapitre consacré à cette question. On y lit, entre autres exemples intéressants, qu’en 1394 Louis d’Orléans acheta un bréviaire en un seul volume, moyennant 40 écus d’or ; qu’un autre bréviaire à l’usage de Paris, en deux grands volumes couverts de cuir blanc, fut acheté par le même prince, en 1397, pour 200 francs d’or…. Au milieu du xve siècle, le cardinal Jacques Piccolomini ayant prié le Florentin Donat Acciaioli de lui acheter un Josèphe, Acciaioli n’osa faire l’acquisition de cet ouvrage à cause de son prix élevé ; mais il offrit au cardinal trois volumes de Plutarque pour 80 écus d’or, et les Épîtres de Sénèque pour 16. On trouve, au livre V des Épîtres d’Antoine Panormita ou de Palerme (1394-1471), une lettre adressée par ce savant au roi de Naples Alphonse V (….-1458), qui prouve bien tout l’amour et le culte qu’Antoine Panormita — un des plus célèbres littérateurs de son temps — avait voués aux livres : « Vous m’avez fait savoir dernièrement de Florence qu’il y avait à vendre, pour 120 écus d’or, les œuvres de Tite-Live, en beaux caractères. Je supplie donc Votre Majesté d’acheter en mon nom et de me faire envoyer cet historien que nous avons coutume d’appeler le roi des livres. Pendant ce temps, je me procurerai l’argent nécessaire pour rembourser le prix de l’ouvrage. Mais je désire bien savoir de vous qui a le mieux agi de Pogge ou de moi. Celui-ci, pour acheter une villa à Florence, a vendu un Tite-Live qu’il avait magnifiquement transcrit de sa main, et moi, j’ai mis en vente une terre pour acheter Tite-Live…. »  ↩

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