Le Livre, tome I, p. 120-144

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 120.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 120 [144]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 121 [145]. Source : Internet Archive.

rance. De Melun, dont il était originaire, la mère de Jacques Amyot envoyait à son fils, chaque huit jours, une miche de pain, par les bateliers qui descendaient la Seine ; et l’on rapporte que le manque d’huile obligeait l’enfant à étudier la nuit à la lueur de charbons embrasés. Pour avoir des livres à sa disposition et obtenir des lambeaux de leçons, le jeune Amyot se fit le domestique de quelques étudiants riches, et, à force de privations, de volonté et d’énergie, il réussit à apprendre le latin, le grec, la philosophie, les mathématiques ; il se fit recevoir maître ès arts, et, grâce aux protections qu’il s’était acquises, car de tout temps il en a fallu, il finit par obtenir une chaire à l’université de Bourges[120.1].

[I.144.120]
  1.  Cf. l’enfance de Pierre Ramus (1515-1572), entré comme domestique, à l’âge de douze ans, au collège de Navarre, et consacrant ses nuits à l’étude ; de Georges Stephenson (1781-1848), qui, fils d’un ouvrier chauffeur, n’ayant pas le sou pour acheter des livres d’étude, dans sa mine de Newcastle-sur-Tyne, s’improvise le cordonnier de ses compagnons ; puis, plus tard, pousse si bien son fils, que ce fils, Robert Stephenson, devient un illustre ingénieur, un des premiers sujets d’Angleterre, et repose aujourd’hui à Westminster, à côté des rois (Fertiault, les Légendes du livre, pp. 40 et 190) ; du général Drouot (1774-1847), fils d’un boulanger de Nancy : « Le jeune Drouot s’était senti poussé à l’étude des lettres par un très précoce instinct. Agé de trois ans, il allait frapper à la porte des frères des Écoles chrétiennes, et, comme on lui en refusait l’entrée parce qu’il était encore trop jeune, il pleurait beaucoup. On le reçut enfin. Ses parents, témoins de son application toute volontaire, lui permirent, avec l’âge, de fréquenter des leçons plus élevées, mais sans lui rien épargner des devoirs et des gènes de leur maison. Rentré de l’école ou du collège, il lui fallait porter le pain chez les clients, se tenir dans la chambre publique avec tous les siens, et subir, dans ses oreilles et son esprit, les inconvénients d’une perpétuelle distraction. Le soir, on éteignait la lumière de bonne heure par économie, et le pauvre écolier devenait ce qu’il pouvait, heureux lorsque la lune favorisait, par un éclat plus vif, la prolongation de sa veillée. On le voyait profiter ardemment de ces rares occasions. Dès les deux heures du matin, quelquefois plus tôt, il était debout ; c’était le temps où le travail domestique recommençait à la lueur d’une seule et mauvaise lampe. Il reprenait aussi le sien ; mais la lampe infidèle, éteinte avant le jour, ne tardait point de lui manquer de nouveau ; alors il s’approchait du four ouvert et enflammé, et continuait, à ce rude soleil, la lecture de Tite-Live ou de César. » (Lacordaire, Oraison funèbre du général Drouot, p. 2. Paris, II. Gautier, s. d.)  ↩

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