Le Livre, tome I, p. 123-147

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 123.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 123 [147]. Source : Internet Archive.

heures du jour…. C’est là mon siège ; j’essaye à m’en rendre la domination pure, et à soustraire ce seul coing à la communauté, et conjugale, et filiale, et civile…. Misérable à mon gré, qui n’a chez soy, où estre à soy ; où se faire particulièrement la court ; où se cacher[123.1]. »

« Le commerce (c’est-à-dire la fréquentation et l’usage) des livres, dit-il encore[123.2], est bien plus sûr et plus à nous (que le commerce avec les hommes par la conversation, et avec les femmes par l’amour)… il a pour sa part la constance et facilité de son service. Cettuy-cy costoye tout mon cours, et m’assiste partout ; il me console en la vieillesse et en la solitude ; il me descharge du poids d’une oysifveté ennuyeuse, et me desfaict à toute heure des compaignies qui me faschent ; il esmousse les poinctures de la douleur, si elle n’est du tout extrême et maistresse. Pour me distraire d’une imagination opportune, il n’est que de recourir aux livres ; ils me destournent facilement à eulx, et me la desrobbent : et si ne se mutinent point, pour veoir que je ne les recherche qu’au défault de ces aultres commodités, plus réelles, vifves et naturelles ; ils me receoivent toujours du mesme visage….

[I.147.123]
  1.  Essais, livre III, chap. iii (t. III, pp. 366-367. Paris, Charpentier, 1862). « Il se faut réserver une arrière-boutique, toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissions nostre vraye liberté et principale retraite et solitude, » dit ailleurs Montaigne (livre I, chap. xxxviii ; t. I, p. 359).  ↩
  2.  Op. cit., livre III, chap. iii (t. III, pp. 365-366).  ↩

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