Le Livre, tome I, p. 183-207

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 183.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 183 [207]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 184.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 184 [208]. Source : Internet Archive.

vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. Son heureuse mémoire cependant aurait pu se passer d’un tel secours. Il n’oubliait rien, en effet, des choses qu’il avait lues ; l’aspect seul du volume, un regard jeté sur la couverture, sur le titre, suffisaient pour réveiller tous ses souvenirs et renouveler soudainement ses impressions premières. C’était, de ses livres à lui, un commerce de tous les instants, une sorte de courant intellectuel presque ininterrompu. Ils ne renfermaient pas une bonne parole dont il ne leur tînt compte en passant, un mauvais propos dont il ne leur gardât rancune. Aussi était-il devenu fort scrupuleux dans le choix des volumes qu’il admettait sur ses rayons. Il avait grand soin de ne s’entourer que d’ouvrages amis, et proscrivait, comme un voisinage fâcheux, les auteurs qui blessaient sa pensée[183.1]. »

[I.207.183]
  1.  Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, Pensées de Joubert, t. I, pp. xlv-xlvi. Le même biographe donne encore les détails suivants sur l’amour et la sollicitude que Joubert témoignait à ses livres (ibid., p. xlviii) : « … Dès l’abord cependant une singularité m’avait frappé. Je l’avais vu (Joubert) quitter, à notre approche, un volume dont il était occupé, la main enveloppée dans un gant ciré, à polir la couverture. J’ai su depuis que, lorsque sa santé ne lui permettait ni de monter à sa galerie, ni de se livrer aux travaux de la pensée, il lui arrivait souvent de faire descendre quelques-uns de ses écrivains favoris, pour rendre à leur parure de ces petits soins humbles et naïfs où se laissait aller son amour pour eux. On concevra, du reste, le prix qu’il attachait à ses livres, en songeant que c’était peu à peu, sur des épargnes dont l’emploi était parfois contesté, et presque toujours après de longues recherches, qu’il les avait successivement acquis. » Dans un article publié par le Magasin pittoresque (mars 1887, p. 78), et traitant Du choix de vingt livres, Agénor Bardoux (1830-1897), membre de l’Institut, sénateur et ancien ministre de l’Instruction publique, révèle sur Joubert la particularité suivante, dont il a omis de fournir la preuve ou d’indiquer la source : « Le dernier des platoniciens, Joubert, celui de qui l’on a dit qu’il avait l’air d’ « une âme ayant rencontré par hasard un corps, et s’en tirant comme elle pouvait. » Joubert avait une singulière habitude : en dehors des classiques, qu’il conservait dans leur intégrité, il avait l’habitude de déchirer toutes les pages qui lui déplaisaient, de telle sorte qu’il ne conservait que les (sic) livres effilés, sans commencement ni fin. »  ↩

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