Le Livre, tome I, p. 191-215

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 191.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 191 [215]. Source : Internet Archive.

Dans son oraison funèbre du général Drouot[191.1], qui, fidèle à ses dé­buts[191.2], a toujours conservé le culte des livres et de l’étude, Lacordaire a éloquemment magnifié l’amour des Lettres :

« L’amour des Lettres ! Oh ! faut-il que je surprenne par là peut-être quelqu’un de mes auditeurs ? Sommes-nous si loin déjà du temps où la culture des Lettres pour elles-mêmes était une passion distinctive de toutes les natures noblement trempées ? Le nombre va-t-il diminuant des esprits délicats et sérieux pour qui les Lettres sont autre chose qu’une vague réminiscence de la jeunesse ou un vulgaire métier ? Je n’ose le croire ; je ne me persuade pas, malgré des signes affligeants, que nous penchions vers la décadence, et que le bataillon sacré des intelligences d’élite soit chaque jour éclairci par des pertes qui ne se réparent point. Le général Drouot avait appris, dans les laborieuses études de sa jeunesse, cet amour antique des Lettres humaines. Un chef-d’œuvre était pour lui un être vivant avec lequel il conversait, un ami du soir qu’on admet aux plus familiers épanchements. Penser en lisant un vrai livre, le prendre, le poser sur la table, s’enivrer de son parfum, en aspirer la substance, c’était pour lui, comme pour toutes les

[I.215.191]
  1.  Prononcée dans la cathédrale de Nancy le 25 mai 1847. (Lacordaire, op. cit., p. 14. Paris, Henri Gautier, s. d.)  ↩
  2.  Cf. supra, pp. 120-121, n. 1.  ↩

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