Le Livre, tome I, p. 202-226

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 202.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 202 [226]. Source : Internet Archive.

une belle campagne, un livre à la main, et en le fermant quelquefois, sans passion, sans désir, tout à la réflexion de la pensée ; le temps où, comme le Liseur de Meissonier, dans sa chambre solitaire, une après-midi de dimanche, près de la fenêtre ouverte qu’encadre le chèvrefeuille, on lisait un livre unique et chéri ? Heureux âge, où est-il ? et que rien n’y ressemble moins que d’être toujours sur les épines comme aujourd’hui en lisant, que de prendre garde à chaque pas, de se questionner sans cesse, de se demander si c’est le bon texte, s’il n’y a pas d’altération, si l’auteur qu’on goûte na pas pris cela ailleurs, s’il a copié la réalité ou s’il a inventé, s’il est bien original et comment, s’il a été fidèle à sa nature, à sa race… et mille autres questions qui gâtent le plaisir, engendrent le doute, vous font gratter votre front, vous obligent à monter à votre bibliothèque, à grimper aux plus hauts rayons, à remuer tous vos livres, à consulter, à compulser, à redevenir un travailleur et un ouvrier enfin, au lieu d’un voluptueux et d’un délicat qui respirait l’esprit des choses et n’en prenait que ce qu’il en faut pour s’y délecter et s’y complaire ! Épicurisme du goût, à jamais perdu, je le crains, interdit, désormais du moins, à tout critique, religion dernière de ceux mêmes qui n’avaient plus que celle-[202.1], dernier honneur et dernière vertu des Hamilton et des Pétrone, comme je te comprends, comme je

[I.025.001]
  1.  Cf. infra, t. II, chap. i, la Religion des Lettres.  ↩

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