Le Livre, tome II, p. 024-040

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 024.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 024 [040]. Source : Internet Archive.

« … Devenu plus grand, quoique encore très enfant, je fus mis aux Jésuites du collège de Mont-Royal, à Caen. J’y étudiai cinq ans les Belles-Lettres et trois ans la philosophie. Mais si, peut-être charmés de mon goût pour les Belles-Lettres, les Pères ne m’eussent vivement poussé, encouragé, soutenu, tout ce qu’il pouvait y avoir de bon en moi eût été détruit par les mauvais exemples que j’avais à la maison. Car, comme ma passion pour les Lettres excitait l’envie de mes cousins, ils ne négligeaient rien de ce qu’ils croyaient pouvoir troubler mes études. Ils me volaient mes livres, déchiraient mes cahiers, les trempaient dans l’eau ou les frottaient de suif afin qu’il me fût impossible d’y écrire. Ils fermaient les portes de notre chambre, de peur que, tandis qu’ils joueraient, je ne m’y cachasse avec un livre, ainsi qu’ils m’avaient surpris plusieurs fois à la campagne, pendant les vacances d’automne. Regardant comme un crime de toucher seulement à un livre, ils exigeaient qu’on passât les journées entières à jouer, à chasser, ou à se promener. Pour moi, porté vers des plaisirs d’un autre genre, je m’esquivais au lever du soleil, et comme ils dormaient encore ; puis, m’enfonçant dans les bois, je m’arrêtais à l’endroit le plus sombre et le plus commode pour lire et étudier, à l’abri de leurs regards. De leur côté, après m’avoir longtemps cherché, traqué, cerné, ils m’expulsaient de mon gîte, soit en

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