Le Livre, tome II, p. 028-044

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 028.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 028 [044]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 029.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 029 [045]. Source : Internet Archive.

les entretenir propres. Si je trouvais, en les lisant, quelque chose qui valût la peine d’être noté, soit pour la correction du texte, soit pour l’éclaircissement des passages, je le notais à la marge. Une pensée toutefois m’obsédait : ce travail de tant d’années, me disais-je, cette masse de volumes rassemblés à si grands frais pour le plaisir ou l’aliment de mon esprit, seront dispersés un jour[028.1], ou retourneront dans les boutiques des libraires, ou tomberont dans les mains des sots. Cette idée m’épouvantait, et, pour empêcher qu’elle

[II.044.028]
  1.  Les mésaventures arrivées à la bibliothèque de Jacques de Thou avaient fortement donné à réfléchir à Huet. Voici ce qu’il écrit à ce propos (op. cit., pp. 234-235) : « J’étais en bons termes avec de Thou depuis quelques années. Il vint chez moi, l’air triste et se plaignant fort de la difficulté des temps. Bref, il me demanda si je croyais pouvoir persuader au roi d’acheter sa bibliothèque pour le Dauphin. « Elle n’est pas, me dit-il, absolument indigne de cette haute destination, soit à cause du choix des livres, soit à cause de leur nombre et de leur beauté. » Je lui promis que la proposition en serait faite au roi et à Colbert. Ce qui eut lieu, mais sans succès. Le roi répondit qu’il avait une bibliothèque assez considérable, dont le Dauphin pouvait faire usage. De Thou, frustré de son espoir, chercha d’autres acheteurs ; mais il les trouva froids ou marchandeurs, et sa bibliothèque resta invendue jusqu’à sa mort. Alors (je le dis à la honte de la littérature) elle fut offerte par les héritiers à si bas prix, que les ouvrages qui la composaient et dont la reliure seule, ainsi que de Thou me l’avait affirmé, avait coûté cent mille livres, ne furent pas même vendus le tiers de cette somme. J’en achetai quelques-uns qui font aujourd’hui l’ornement principal de ma bibliothèque. Je n’en déplore pas moins la dispersion d’un si magnifique trésor littéraire et l’insuffisance des précautions qu’avait prises Jacques de Thou pour la conserver. J’appris par là quel serait, à coup sûr, le sort de ma bibliothèque, si je ne me mettais aussitôt en mesure de le prévenir (1691). Cette pensée étant l’objet de ma préoccupation constante, il me parut que le meilleur moyen de la conserver à toujours dans son intégrité était de la donner à quelque solide établissement religieux où les Lettres fussent particulièrement cultivées, d’abord afin d’en pouvoir jouir ma vie durant, ensuite afin qu’après ma mort elle ne soit ni divisée ni confondue avec d’autres, ni échangée en partie, ni transportée ailleurs que là où elle était, sous prétexte d’en rendre l’accès plus facile à ceux qui lisent et qui étudient, ou pour tout autre motif. S’il en était autrement, la donation serait nulle, et mes héritiers ou leurs descendants rentreraient dans leurs droits. Et, pour perpétuer la mémoire de ces conditions, je les fis graver en lettres capitales sur une tablette de marbre, qui, placée dans un endroit élevé et bien apparent de la bibliothèque, attirait immédiatement les regards. Elles furent acceptées par les Jésuites de la maison professe de Paris, à qui je la donnai, et par le révérend père général. L’acte en fut passé devant notaire. »  ↩

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