Le Livre, tome II, p. 042-058

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 042.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 042 [058]. Source : Internet Archive.

puyé sur un de ses genoux, je bois chaque parole, je devance chaque récit, je dévore le livre dont les pages se déroulent trop lentement au gré de mon impatiente imagination. Or quel est ce livre, ce premier livre dont la lecture, entendue ainsi à l’entrée de la vie, m’apprend réellement ce que c’est qu’un livre, et m’ouvre, pour ainsi dire, le monde de l’émotion, de l’amour et de la rêverie ?

« Ce livre, c’était la Jérusalem délivrée, la Jérusalem délivrée traduite par Lebrun…. Ainsi le Tasse, lu par mon père, écouté par ma mère avec des larmes dans les yeux, c’est le premier poète qui ait touché les fibres de mon imagination et de mon cœur. Aussi fait-il partie pour moi de la famille universelle et immortelle que chacun de nous se choisit dans tous les pays et dans tous les siècles, pour s’en faire la parenté de son âme et la société de ses pensées[042.1].

« J’ai gardé précieusement les deux volumes ; je les ai sauvés de toutes les vicissitudes que les changements de résidence, les morts, les successions, les partages apportent dans les bibliothèques de famille. De temps en temps, à Milly, dans la même chambre,

[II.058.042]
  1.  C’est ce que Sénèque a dit, dans son traité De la Brièveté de la Vie, xv (cf. supra, t. I, p. 15) : « Nul n’a eu le privilège de se choisir ses aïeux, dit-on tous les jours ; c’est le sort qui les donne. On se trompe : l’homme peut désigner à qui il devra sa naissance. Il va des familles de nobles génies : à laquelle veux-tu appartenir ? Choisis, et non seulement son nom, mais ses richesses seront les tiennes. »  ↩

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