Le Livre, tome II, p. 048-064

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 048.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 048 [064]. Source : Internet Archive.

« Où est ma jeunesse ? que sont devenues les heureuses années de l’amour sur les bords du Rhône ? où est le temps où je revenais aux doux pénates de la famille, et ma fenêtre ouverte au souffle tempéré du vent des Alpes ? où sont ces glorieux poètes qui, à Milan, me couronnaient du laurier des Muses ? où est la gloire, où sont les applaudissements qui accueillaient mon nom sur la scène ? et maintenant où sont mes dix années dans les fers ?

« De retour dans ma patrie, après avoir été enseveli vivant dans une nuit si profonde, je me replongeai dans la douceur de ces tendres affections, que le malheur n’avait pu interrompre ; je payai d’abord le tribut de mes prières et de mes larmes aux êtres si chers que le trépas m’avait ravis, puis je retournai aux œuvres immortelles qui jadis avaient été le charme et l’amour de mes veilles.

« Et souvent ma main tremblante se pose sur ces livres poudreux, et je crois, en les ouvrant, renaître aux jours studieux de ma jeunesse, et alors mes larmes coulent. Je retrouve les marques laissées par moi dans ces livres, à la page où je m’arrêtai sur une pensée profonde, à celle où j’ajoutai aux sublimes idées d’un auteur préféré le commentaire de l’erreur ou celui de la vérité.

« Maintenant c’est avec d’autres impressions que je vous regarde, ô livres autrefois tant aimés ! Je suis encore un poète, mais je ne saurais plus me pros-

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