Le Livre, tome II, p. 173-189

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 173.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 173 [189]. Source : Internet Archive.

poids de la douleur. On m’a raconté que Gœthe, lorsqu’il eut perdu son fils, se mit à étudier une science nouvelle pour lui[173.1]. Ah ! Gœthe était un médecin qui savait ce qu’il lui fallait. Dans une douleur comme celle-là, vous ne pouvez pas chatouiller et divertir votre esprit ; il faut l’arracher, l’abstraire, l’absorber, le plonger dans un abîme, l’égarer dans un labyrinthe. C’est pourquoi, dans les irrémédiables chagrins de l’âge mûr et de la vieillesse, je recommande l’étude sérieuse et suivie d’une science qui occupe tout le raisonnement. C’est une contre-irritation. Amenez le cerveau à agir sur le cœur. Si la science est trop ardue, car nous n’avons pas tous la tête mathématicienne, il faut prendre quelque chose qui soit à la portée d’intelligences plus humbles, mais qui pourtant occupe suffisamment l’esprit le plus élevé, comme [étudier] une langue étrangère, le grec, l’arabe, le Scandinave, le chinois ou le gallois.

« Si l’on a perdu sa fortune, il faut que la dose s’applique moins directement à l’intelligence ; et, dans ce cas, j’administrerais quelque chose d’élégant

[II.189.173]
  1.  Eckermann, dans ses Conversations (trad. Délerot, t. II, pp. 237-238), se borne à dire que Gœthe, aussitôt relevé de la maladie qui l’avait frappé à la suite de la mort de son fils, « se donna tout entier au quatrième acte de Faust et à l’achèvement du quatrième volume de Vérité et Poésie. »… Et il poussa « ce cri, d’une si admirable beauté : « Allons ! Par-dessus les tombeaux, en avant ! »  ↩

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