Le Livre, tome II, p. 194-210

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 194.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 194 [210]. Source : Internet Archive.

dantes[194.1], je comprends bien que vous n’y trouviez pas tout le plaisir que vous attendiez de cette lecture sur ce qu’on vous en avait dit. Le temps fait sur les romans ce que le soleil fait sur les plus belles étoffes. On ne peut pas conserver les couleurs de l’arc-en-ciel. Cela fait son effet à un jour donné et seulement ce jour-là…. Les romans se ressentent plus de ces révolutions du goût que les autres parties de la littérature, par cela même que leur plus grand agrément consiste à mêler l’idéal à la vie de tous les jours. Quand le costume a vieilli, que les yeux, accoutumés à de nouvelles modes, le trouvent aisément ridicule, le pauvre idéal est un peu embarrassé de sa personne, et il prend l’air gauche, comme l’homme le plus distingué de manières serait gauche s’il était tout seul habillé à la mode de Louis XIV dans un salon d’aujourd’hui. Les tragédies de Sophocle ou de Racine, l’Iliade, l’Odyssée, ne sont point exposées à cette décadence, parce que les mœurs mêmes sont des temps héroïques, et qu’on n’est pas tenté de les rapprocher de la vie privée qu’on connaît ; là, les personnages ne courent pas risque de vieillir ; ils ne sont pas de la même étoffe que nous ; aussi ne sommes-nous jamais portés à un retour sur nous-mêmes ou sur ceux qui nous environnent en les voyant ; nous savons bien qu’ils vivent dans le pur éther…. »

[II.210.194]
  1.  A Mme Donné, lettre du 4 avril 1866. (Lettres, t. IV, pp. 12-13.)  ↩

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