Le Livre, tome II, p. 219-235

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 219.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 219 [235]. Source : Internet Archive.

« De tous les êtres créés par Dieu, dit-il[219.1], le bibliophile est, sans contredit, le plus égoïste et le plus féroce. La passion de l’or n’est rien comparée à celle du livre. Le public ne comprendra jamais toutes les passions malsaines qui agitent l’âme d’un amateur de bouquins à la vue d’un exemplaire unique ou même noté comme rare sur les catalogues. Pour arriver à la possession de cet exemplaire, il n’est pas de lâchetés qu’il ne fît, et il en est quelques-uns qui iraient volontiers jusqu’au crime. Le fait suivant, qui s’est passé à Londres, démontrera mieux que tout ce que je pourrais dire à quels excès peut se laisser entraîner un homme bien né qui ne sait pas refréner le démon bibliographique.

« Deux gentlemen, grands amateurs, conviennent de faire fabriquer à frais communs chez Wittigham, le premier imprimeur de l’Angleterre, un livre qui ne sera tiré qu’à deux exemplaires ; ils commandent le vélin, achètent des caractères neufs, surveillent l’impression et le tirage, et n’épargnent rien pour faire de ces deux exemplaires, enrichis de gravures originales, les deux merveilles de la typographie moderne. L’édition imprimée, tirée et brochée, est portée chez un relieur, qui donne aux deux volumes un vêtement splendide et de tous points semblable,

[II.235.219]
  1.  Les choses du temps présent, Collectionneurs et Bibliomanes, pp. 143-147.  ↩

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