Le Livre, tome II, p. 220-236

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 220.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 220 [236]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 221 [237]. Source : Internet Archive.

et nos deux gentlemen entrent chacun en possession de son trésor.

« Vous croyez peut-être que ces deux hommes sont heureux ? Pas du tout : celui-ci envie l’exemplaire de celui-là. A quelque temps de là, l’un des deux part pour la campagne ; l’autre se rend aussitôt, son exemplaire sous le bras, chez son ami absent, et prie la femme de cet ami de lui communiquer pour un instant le second exemplaire, afin de comparer les gravures de l’un avec celles de l’autre. La femme, sans défiance, livre le bouquin, que l’ami semble feuilleter avec le plus grand soin, et dont il déchire, sans qu’on le voie, deux ou trois feuillets ; après quoi il retourne triomphant chez lui, avec son exemplaire désormais unique.

« Cependant le propriétaire de l’exemplaire lacéré revient, apprend la visite de l’ami, se doute de quelque chose, examine son livre, et intente un procès au lacérateur, qui est condamné à 2 000 livres de dommages-intérêts. La Société des Bibliophiles veut à son tour rayer de sa liste le nom du coupable, mais il se présente fièrement devant elle et dit : « Quel est celui d’entre vous qui n’en aurait pas fait autant que moi ? — Au fait ! » répliqua un des membres. Et son nom ne fut pas rayé.

« … Le vrai bibliomane croit, comme Alexandre[220.1], que rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à

[II.236.220]
  1.  L’auteur a sans doute voulu faire allusion ici à César, qui a dit, par la voix de Lucain, dans la Pharsale (livre II, vers 657, p. 46, collection Nisard) :
    •  Nil actum credens, quum quid superesset agendum.  ↩

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