Le Livre, tome II, p. 245-261

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 245.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 245 [261]. Source : Internet Archive.

ses paperasses, grelottant dans une guenille qui jadis avait été un manteau.

« Je n’ai pas froid, dit-il à M. Blancard, qui lui faisait des offres de service ; je ne fais jamais de feu, et, quand la température est plus rigoureuse, j’ai un autre manteau tout neuf. Je me trouve mieux à présent ; j’irai pourtant chez le médecin avec vous ; j’ai voulu pourvoir à des besoins plus pressés ; j’ai été me confesser (c’était un catholique fervent) et je viens de faire mon testament. »

« A son concierge qui, pris de pitié en le voyant passer exténué, amaigri, lui offrait un bouillon et un verre de vin, il répondait doucement : « Mon ami, les philosophes savent se passer de ces choses-là ».

« La petite pension n’arrivait pas ; il l’attendait anxieusement, mais n’en soufflait mot à personne.

« Il ne s’est pas alité et n’a pas même gardé la chambre ; presque jusqu’au dernier jour, il alla travailler dans les bibliothèques ; un matin, le concierge ne le voyant pas paraître monta à sa chambre et le trouva, comme toujours, assis devant sa table, mais la tête tombée sur ses manuscrits. Il était mort… de n’avoir pas mangé depuis bien des semaines.

« Quelques heures après sa mort, arrivait la petite rente qu’il n’avait pu attendre plus longtemps. Cette rente, il la laissa par testament à l’église des Petits-Pères, ainsi que de précieux manuscrits à la Biblio-

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce texte