Le Livre, tome II, p. 248-264

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 248.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 248 [264]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249 [265]. Source : Internet Archive.

rivaux n’allaient-ils pas le pousser au delà de ses forces ? Comme il respirait largement, après ces victoires si chèrement achetées, et comme il s’enfuyait bien vite avec sa conquête ! Un jour, il m’en souvient, je le rencontrai rue de Seine. Il déjeunait, en marchant, d’un petit pain d’un sou, et feuilletait avec ivresse un petit in-douze, relié en parchemin, merveille typographique de Jean de Tournes, célèbre imprimeur lyonnais. Le brave Gaullieur venait, sans hésiter et tout ravi de l’aubaine, de payer ce bouquin quelque chose comme dix louis. Ah ! l’heureux homme, et la belle journée ! et que ce petit pain d’un sou était bon à manger ce matin-[248.1] ! »

[II.264.248]
  1.  Napoléon Ier aurait droit aussi de figurer sur cette liste des « passionnés du livre » ; il fut, selon l’expression de M. Gustave Mouravit (Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, janvier et février 1905, pp. 13 et 61-62), « bibliophile au meilleur sens du mot… ; il cherche exclusivement dans le livre ce pour quoi, avant tout, un livre est mis en lumière, savoir : l’acquisition des notions qui font défaut à l’esprit, la rectification ou la confirmation des notions acquises ». Voici le témoignage fourni par M. Frédéric Masson et emprunté par lui à un livre, — une sorte de roman, il est vrai, — tout à fait oublié aujourd’hui, Napoléon en Belgique et en Hollande, 1811, par Charlotte de Sor [Mme Eillaux, née Desormaux] (Paris, Gustave Barba, 1838, 2 vol. in-8 ; cf. Quérard, Supercheries littéraires, t. I, col. 921-922 ; et Mouravit, loc. cit., avril 1904, p. 168) : Oui (c’est Napoléon qui parle), je trouvais le moyen de payer la pension de mon frère. Savez-vous comment j’y parvenais ? C’était en ne mettant jamais les pieds au café ni dans le monde, en mangeant du pain sec à mon déjeuner, en brossant mes habits moi-même…. Je vivais comme un ours, seul, dans ma petite chambre, avec mes livres, mes seuls amis alors. Et ces livres, pour me les procurer, par quelles dures économies faites sur le nécessaire, achetais-je cette jouissance ! Quand, à force d’abstinence, j’avais amassé deux ou trois écus de six livres, je m’acheminais, avec une joie d’enfant, vers la boutique d’un vieux bouquiniste qui demeurait près de l’évêché…. Souvent j’allais visiter ses rayons en faisant le péché d’envie. Je convoitais longtemps avant que ma bourse me permit d’acheter…. »  ↩

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